CHAPITRE VII
La transfiguration de la vie surnaturelle
« Arriver au tombeau, c'est atteindre le faite. (V. Hugo, La léjende des siècles, \xxvni.)
Où s'opère la transfiguration de la vie surnaturelle?
Dans le ciel auquel conduisent la maladie chrétieûneineot supportée (article I), les derniers sacrements pieusement reçus (article II), et la mort surnaturellement acceptée peur l'amour de Dieu (article III).
(i) Charruau, op. cit., p. 229.
Article I. — La maladie.
Dans ma vigne, il n'est pas de meilleur ouvrier Que l'infirme qui prie et souffre résigné, Je prenais les douleurs et j'en faisais des grâces. Sur Jes remords naissants et sur les vertus lasses, Je les versais, ainsi qu'un flot fertilisant (4)
Comment faut-il présenter à l'enfant la maladie ou l'infirmité dont il est atteint?
1° Comme une grâce que Dieu lui envoie, pour l'aider à se sanctifier et à se sauver: peut-être, sans cette épreuve, le s'Aut de son âme eût-il été compromis; et si Dieu, pour lui assurer la béatitude éternelle, l'a privé des biens périssables de ce monde, il ne saurait assez le remercier.
2° Gomme un châtiment de ses péchés : on pe ut aisément faire jaillir de son cœur et placer sur ses lèvres des prières comme celle-ci : « Je souffre, je l'ai bien mérité ; car j'ai offensé Dieu, la bonté infinie, la souveraine justice. » C'est à la fois un exercice d'humilité et un acte de réparation.
3° Comme un moyen de ressembler au Sauveur, et d'être ainsi plus agréable à Dieu, qui voit en lui l'image de Jésus crucifié.
Comment les autres enfants doivent-ils considérer le malade ou l'infirme?
Il faut les habituer à voir en lui l'honneur de la famille, la source des bénédictions que Dieu répand et répandra sur la maison.
Article II. — Les derniers sacrements.
«Les apôtres oignaient d'huile beaucoup de malades et les guérissaient. » (2)
Est-il difficile de faire accepter les derniers sacrements à un
enfant?
Oui, quand l'enfant n'a pas été chrétiennement formé. Nous avons eu, maintes fois, dans le cours de notre ministère, à administrer les derniers sacrements à des enfants. Nous
(ij Jean Lionnet, Le miracle de la douleur. {2} Marc, vi, i3.
l'éducation surnaturelle 501
y avons trouvé peu de consolations : les uns, élevés dans une crainte ridicule de la mort, criaient qu'ils ne voulaient pas mourir; les autres pleuraient, sanglotaient et refusaient toute explication; d'autres enfin mouraient sans sacrements : on n'aurait jamais osé leur en parler.
Que peut-on faire pour prévenir ces douloureuses résistances?
Outre les moyens généraux d'éducation chrétienne, qui habitueraient l'enfant à envisager toutes choses, en fonction de Dieu, de son âme et de son éternité, les mères véritablement chrétiennes savent trouver, dans leur cœur et dans leur foi, nombre de petites industries, appropriées au temps de la maladie, qui leur permettent de prévenir ou de surmonter toutes les difficultés.
Au moins, que le petit malade fasse régulièrement ses prières, et reçoive de temps en temps les sacrements de Pénitence et d'Eucharistie : alors il s'habituera à voir le prêtre, et il ne sera plus effrayé des derniers sacrements.
Article III. — La mort.
« Mourir n'est pas finir, c'est le matin suprême. » (V. Hugo, La légende des siècles, L\, v.i
Quelle idée les enfants se font-ils de la mort?
Les enfants se font, de la mort, une idée logiquement harmonisée avec l'éducation qu'ils ont reçue à son sujet.
1° En général, ils n'aiment pas qu'on leur parle de la mort; ils en ont une horreur profonde; à leurs yeux, c'est le pire des maux; et leur désespoir est extrême quand ils sont obligés de la considérer en face : c'est la conséquence d'une mauvaise éducation.
2° Sans doute, la mort, étant un châtiment, ne peut se présenter à nous sous un jour naturellement agréable. Mais si, au lieu d'accentuer cette répugnance naturelle, par des considérations trop terrestres, on prenait soin d'élever l'esprit et le cœur des enfants jusqu'à Dieu et jusqu'au ciel, par la foi et la vertu, la mort elle-même s'auréolerait de splendeurs, et l'enfant, tabernacle de Dieu par l'innocence conservée ou recouvrée, lui sourirait comme à une messagère de liberté et de bonheur.
502 CATÉCHISME DE i/ÉDUCATION
Est-il possible de familiariser V enfant avec la pensée de la mort?
Oui.
Le petit Jean de L..., âgé de sept ans, fut emporté par le croup,
dans le courant de l'année 1897 Huit jours avant sa mort, il
appela sa bonne auprès de son lit :
— Ma bonne, lui dit-il, je vais mourir, j'en suis sûr; il ne faut pourtant pas le dire à papa et à maman : ils auraient trop de chagrin! Mai.s ce n'est pas triste de mourir, puisqu'on va au ciel avec le bon Dieu.
L'année suivante, sa sœur aînée, Marguerite, âgée de onze ans, mourait, elle aussi, des suites du même mai. Quelques instants avant d'expirer, comme le docteur lui prenait la main, elle le repoussa doucement, et, levant les yeux au ciel :
— Mon Dieu, je vais a vous! dit-elle.
Et « lie partit pour un monde meilleur.
Devant de pareils trépas, on se rappelle naturellement les vers du joete :
Quand on est pur comme à ton âge, Le dernier jour est le plus beau (1).
Ces traits sont rapportés par le P. Charruau (2).
Est-il nécessaire de familiariser les enfants avec la mort?
Oui, il le faut.
Car ils sont chrétiens, et destinés au ciel; les parents sont donc obligés de les élever dans la pensée et le désir du ciel; de leur montrer le ciel comme le but dernier de leur existence.
Or la mort est une condition indispensable de la possession du ciel. Pourquoi, dès lors, ne pas envelopper dans une même aspiration le but et le moyen, le ciel et la mort.
Il est raconté dans la vie de M. Dupont, le saint homme de Tours, que, au jour de la mort de sa fille, âgée de seize ans, il passa avec elle, en conversations saintes et célestes, la dernière heure de son séjour sur cette terre, et quand elle eut rendu le dernier soupir, il se leva, transfiguré par la foi, et il s'écria :
— Docteur, ma fille voit Dieu!
Et il chanta le Magnificat.
(i) Reboul, L'ange et l'enfant.
(2} Aux mères, p. 202-203.