‹ Catéchisme de l'éducationChapitre 124 sur 135 · III. — Le désintéressement · texte numérisé non relu

III. — Le désintéressement

a C'est la femme qu'on épouse, et non pas la dot. »

(Charriai.)

En quoi les parents sont-ils exposés à manquer de désintéressement?

1° En aimant leurs enfants d'une affection exclusive de toute idée de séparation.

2° En les poussant à des mariages d'argent, sous prétexte de dévouement pour les autres membres de la famille.

3° En subissant, par vanité, et en faisant partager la fas-

(i) Hoppenot, op. cit., p. i£o.

(2) Molière, L'étourdi, iv, 3.

cination d'un grand nom, au détriment des autres avantages que les enfants pourraient légitimement désirer.

Comment procèdent les parents dont l'affection est exclusive?

Ils ne peuvent se résigner à n'être plus les premiers, dans le cœur de leur enfant, — le plus souvent il s'agit d'un fils et surtout d'une fille uniques. — Ils l'ont toujours considérée, cette unique, comme leur bien, leur chose, leur tout; ils l'ont élevée avec l'affection la plus personnelle, dans une atmosphère saturée d'égoïsme ; ils ont répété que leur petite fille ne voudrait jamais quitter son papa et sa maman; qu'elle resterait toujours avec eux; qu'elle ne serait, du reste, jamais aussi bien, ailleurs, que dans leur société, etc.

Que devient la jeune fille endoctrinée de cette façon?

Suggestionnée par la répétition des mêmes formules, elle finit par accepter la pensée qu'elles renferment, sans conviction, il est vrai, mais avec assez de résignation pour ne pas

s'occuper de la question de son avenir jusqu'au jour, où,

les circonstances changeant, les passions explosant, la malheureuse, victime de l'égoïsme de ses parents, se désespère d'être restée, par leur faute, en marge de la vie, ou se lance dans des aventures, pour s'étourdir et jouir à son tour.

Le cas, pour être rare, n'est pas chimérique.

Les parents poussent-ils toujours aussi loin leur criminel égoïsme?

Non, heureusement.

Mais on peut rester en deçà, et de beaucoup, sans être néanmoins irréprochable.

Certains parents, par exemple, « pour ne pas se priver de la compagnie, des soins et de l'affection de leur fille, refusent, pendant des années, d'excellents partis. Cependant le temps a marché, leur enfant n'est plus jeune, et le mariage est devenu beaucoup plus difficile » (i).

Alors il arrive à plusieurs d'être victimes de la mésaventure arrivée, dit La Fontaine (2), « à certaine jeune

(i) Charruau, Aux mères, p. 227.

(2) Fables, vu, 5.

fille un peu trop fière » qui refusait tous les partis : elle fut, à la fin,

Toute heureuse et toute aise

De rencontrer un malotru.

Que manque-t-il donc à ces parents tyranniquement affectueux?

Il leur manque la connaissance ou la conviction pratique d'une vérité essentielle, à savoir : qu'ils ne sont pas les maîtres de leurs enfants.

Sic vos, non vobis, mellificatis, apes; Sic vos, non vobis, nidificatis, aves; Sic vos, non vobis, vellera fertis, oves; Sic vos, non vobis, fertis aratra, boves,

disait le poète latin :

Ainsi vous, abeilles, ce n'est pas pour vous que vous faites du miel;

Ainsi vous, oiseaux, ce n'est pas pour vous que vous construisez des nids;

Ainsi vous, agneaux, ce n'est pas pour vous que vous portez des toisons;

Ainsi vous, bœufs, ce n'est pas pour vous que vous tirez la charrue.

Ainsi vous, pères et mères, ce n'est pas pour vous que vous avez des enfants : c'est pour Dieu d'abord, c'est pour eux ensuite.

F a-t-il donc des mariages d'argent qui sont inspirés par

l'égoisme des parents?

Un père et une mère, par exemple, s'efforcent de décider leur fille à épouser un homme âgé, malade, infirme ou débauché, mais riche, très riche.

Pourquoi?

Ils sont dans une situation modeste, précaire, ou quelque peu déchue; ce mariage est une aubaine qui les remonte, leur permet d'établir facilement les autres enfants, et apaise instantanément leurs soucis paternels et maternels, relatifs à l'avenir.

Cela est si vrai que quand la jeune fille, après avoir d'abord résisté, finit par croire que c'est, pour elle, un devoir d'obéir aux désirs de ses parents, on n'a pas assez de louanges à son adresse : « Celte chère enfant! va-t-on répétant dans

son entourage, elle s'est sacrifiée pour les siens! Quel noble cœur! » C'est très exact, mais il est tout aussi vrai que les parents ont fait preuve d'un égoïsme criminel, qui peut occasionner les plus grands dangers.

N'est-ce pas encore de l'égoïsme que de sacrifier ses enfants à la vanité d'un grand nom?

Oui.

Et c'est le cas de ces parents de très humble origine qui ont gagné une grosse fortune dans le commerce ou l'industrie, et qui donnent leur fille à quelque baron, comte ou marquis, à charge pour eux de redorer le blason.

On connaît le mot d'une grande dame à une amie qui s'étonaait de voir un fils de noble race épouser la fiile d'un roturier :

— Que voulez-vous? il fallait bien graisser nos terres il)!

La vanité croit y trouver son compte, mais il est probable que cette petite satisfaction sera payée bien cber, par la dot d'abord, et plus encore par l'humiliation perpétuelle de se sentir inférieure au milieu où l'on vit (1).

Mais cette dernière souffrance est pour la jeune fille, et les parents, égoïstement vaniteux, n'y pensent pas un instant.

Il faut donc se méfier des alliances qu'on appelle « unions de sacs et de parchemins ».

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