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CHAPITRE II

Les moyens de l'Education physique

« Soyez pour les enfants, que vous élevez, comme la providence paternelle et maternelle de Dieu. » (2)

Quels sont les moyens de Véducation physique ?

Ce sont : les précautions que la mère doit prendre avant la naissance (art. I); la nourriture de l'enfant (art. II); le bon air et la lumière (art. III); le vêtement (art. IV ; tes jeux et exercices (art. Y); le sommeil (art. VI) ; la propreté (art. VII); les soins médicaux (art. VIII).

Article I. — Les précautions que la mère doit prendre avant la naissance.

« Les pères ont mangé du raisin vert, et les dents des fils en ont été agacées. » (3)

Quand commencent les devoirs des parents envers leurs enfants ?

Aussitôt que l'enfant existe, c'est-à-dire, d'après l'opinion communément admise aujourd'hui, des le premier instant de la conception (il.

(i) Pour la détermination de cet état, voir ce que noas disons de la vocatioa au livre cinquième du présent ouvrage.

(2) Me Dupanloup, De l'Educution, t. I,r, p. i5o. >"

(3) Jer. xxxi, 29.

(4) Hoppe^ot, Petit Catéchisme du mariage, p. 190. — Si nous ne bornions nos indications aux limites strictes tracées par l'éducation, nous dirions, cer es, et avec instance, que les parents doivent, tout d'abord, vouloir des enfants et les accepter dans la mesure où il plait à Dieu de les leur envoyer.

Que fera la mère, pendant les mois qui précèdent la naissance de

sou enfanta

Convaincue de l'intime solidarité qui l'unit à son enfant, sachant que tout ce qui agit sur elle réagit sur lui, la mère évitera avec soin ce qui, dans sa nourriture, ses vêtements ou ses exercices, pourrait nuire à la frêle existence du petit être qu'elle porte dans son sein.

Quelles précautions prendra la mère au sujet de sa nourriture ?

Elle absorbera une nourriture saine, variée, abondante.

Elle supprimera les excitants, les metsépicés, les aliments indigestes, les boissons alcooliques ou acides.

Elle donnera la préférence à tout ce qui est rafraîchissant, léger, de digestion facile et reconstituant.

Quelles précautions prendra la mère au sujet des vêtements ?

Elle évitera l'usage inconsidéré du corset.

On ne saurait trop recommander aux femmes enceintes de ne pas se serrer la taille, et de sacrifier les petits intérêts de la mode et de la vanité a ceux plus respectables de l'êlre qu'elles portent dans leurs flancs. C'est un véritable cas de conscience il».

La mère doit donc s'interdire absolument les corsets destinés à dissimuler son état ; mais, en revanche, elle utilisera ceux qui, en la soutenant elle-même, protégeront son enfant.

Quelles précautions prendra la mère au sujet des exercices physiques ?

Un exercice modéré est aussi nécessaire à la santé de l'enfant qu'à celle de la mère : la promenade au grand air, par exemple. D'ailleurs, les femmes du peuple vaquent jusqu'à la dernière minute aux soins du ménage.

Mais ce qu'il faut absolument éviter, ce sont les travaux pénibles (2), les exercices violents, la danse, l'équitation, la bicyclette, les dîners, les réunions nombreuses, excitantes et fatigantes : et aussi, en général, tout ce qui, occasionnant des veilles prolongées, est cause de fatigue dangereuse: soirées, théâtres, etc.

(i) Dr buRBLBD, La morale dans ses rapports avec la médecine et Vhygiene, t. II, p 211.

(2'^ly a quelques années, les ouvrières de fabrique quittaient leur métier mécanique pour aller accoucher. Une loi a fait disparaître ces errements, en imposant, avant et après, un repos de vingt et un jours avec indemnité.

l'éducation physique 7i

Article H. — La noufriture de Penfant.

« 11 est temps que les bienfaits apportés à nos brebis et a nos bœufs par les découvertes faites dans les laboratoires, soient partagés par nos enfants. » (1)

Que verrons-nous dans cet article qui traite de la nourriture de l'enfant ?

1° L'allaitement des enfants ;

2° L'alimentation qui leur convient, quand ils sont capables d'absorber autre chose que du lait.

§ 1. — L'allaitement.

« Après que le petit enfant, est né, une vraie mère doit le nourrir et allaiter de ses mamelles, qui est la belle fontaine que dame Nature, sage et provide, a préparée à cet effe

Une mère est-elle obligée, en conscience, de nourrir son enfant t

Nous répondons sans hésiter: elle Test toujours, quand elle le i eut réellement.

C'est le vœu de la nature et, par conséquent, du Créateur.

C'est, ordinairement du moins, l'intérêt bien entendu de l'enfant et de sa mère.

Pourquoi peut-on dire que c'est le vœu de la nature?

Parce que, « dans toute la création, les êtres vivants nourrissent leurs petits

» La qualité de nourrice a toujours paru inséparable de celle de mère, et la preuve, c'est qu'il faut chercher une autre mère, si on veut avoir une autre nourrice. » (3)

Est-ce que l'allaitement ne doit pas être considéré comme le complément de la maternité?

La mère qui nourrit achève de créer son enfant : elle continue à mettre son sang dans le sang- du nouveau-né et sa chair dans sa chair (3).

(i) Herbert Spexcer, De l'Education, p 234.'

(2) M«r Patrice de Senès, Le Livre de la police humaine, p. 75.

Ci) Mtr Pichenot, Traité pratique de l'Education maternelle, p. 91.

Le jeune être que la mère a. porté neuf mois dans son sein ne devient vraiment sien, fait de sa chair et de sa vie. qu'après avoir longtemps puisé à son sein ce qu'Ambroise Paré appelle si bien « le sang blanchi » ili.

« Dieu donne le lait à une mère pour nourrir son enfant », disait Blanche de Gastille ; et. un jour qu'une pieuse dame de la cour avait allaité, une seule fois, le jeune Louis, pendant un accès de fièvre de sa mère, Blanche, revenue à elle-même, fit impitoyablement rejeter à son fils le lait étranger en disant : « Est-ce que vous crovez que je veux être mère a demi? » (2)

Pourquoi l 'intérêt bien entendu de l'enfant demande-t-il qu'il soit nourri par sa mère?

Parce que « le fruit ne se développe et ne mûrit jamais si bien que sur l'arbre qui l'a porté »; de même l'enfant s'alimente « beaucoup mieux à la source où il a reçu l'existence, à moins qu'elle soit vraiment empoisonnée ou tarie » (3); le sang dont il est sorti lui convient mieux qu'un sang étranger.

L'aphorisme célèbre de Théophile Roussel : « Tout ce qui éloigne l'enfant de la mère le met en état de souffrance et en danger de mort », est imprescriptible. Si chétif que soit l'enfant, si débile que soit la mère, il est aux trois quarts sauvé s'il ne la quitte pas. Leurs deux faiblesses rapprochées font une force (4).

Pourquoi l'intérêt bien entendu de la mère demande-t-il qu'elle

nourrisse son enfant ?

1° Parce que, de même que la femme a été créée pour avoir des enfants, demême elle a des seins pour nourrirses enfants: c'est une obligation naturelle dont il serait imprudent de s'affranchir, car la nature contrariée se venge parfois cruellement.

D'où vient que tant de femmes, jeunes encore, sont en proie à des souffrances, à des maux inconnus, et vont se coucher si tôt dans leur cercueil?

Ah! je crains bien qu'il y ait là souvent une punition et une cor>séquence fatales! (5)

2° Parce que l'accomplissement de ce devoir s'accompagne des plus douces joies.

Quelle consolation, pour une mère, de savoir que son enfant no vit que par elle, ne connaît qu'elle, et lui doit tout cprès Dieu!

(i) Dr Surbled, op. cit , p. 292.

(2) Mf Pichenot, p. 92.

(3) Ihid., p. 91.

(4 Hemhi Lavedan, La famille française, p. i&3. 'b) M*r Pichknot, op. cit., p. 93-94.

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La lactation contribue, plus qu'on ne pense, a entretenir l'amour des mères pour leurs enfants et la reconnaissance des enfants pour leurs mères (i).

Malgré tous ces avantages de l'allaitement maternel, pourquoi tant de mères cherchent-elles à l'éviter et rejettent-elles sur des étrangères le soin si doux de nourrir leur enfant ? (2)

On ne nourrit pas, parce qu'on ne veut pas de sujétion pénible et constante; parce que le monde, le bal, le théâtre vous réclament; parce que l'allaitement détruit la jeunesse, la beauté, déforme la poitrine, etc. (3).

Les femmes qui ne veulent pas nourrir ne donnent-elles pas des motifs plus avouables que ceux-là? (3)

On n'a plus de lait

Le médecin a défendu de nourrir

Ces deux cas se présentent, il est vrai, dans la pratique

Le plus souvent, cependant, les états d'anémie et de faiblesse nerveuse, loin de constituer une contre-indication, se trouvent rapidement améliorés quand la femme se décide à nourrir (4).

Une femme qui nourrit est très souvent clans un épanouissement de santé remarquable; d'où la phrase banale : « Oh! la belle nourrice! »

Si cependant la mère est obligée, pour des raisons graves, de partager avec une autre le bonheur, le mérite et la gloire de sa maternité, que devra-t-elle faire?

Elle devra choisir cette étrangère avec un soin extrême : pour le plus grand bien du corps et de l'âme de son enfant, elle exigera une santé parfaite et des mœurs éprouvées (5).

Est-on toujours assez sévère dans le choix des nourrices ?

Pour ce qui est de la santé, oui, on s'en préoccupe généralement, mais on pense beaucoup moins à la dignité morale. Et cependant l'âme d'une nourrice passe toujours quelque peu dans son lait.

Aussi une mère sérieuse ne confie son petit ange ni à une fille-mère, ni à une nourrice sans religion, ni à une femme orgueilleuse, passionnée, irascible. Elle n'accepte, pour la

(1) M*r PlCHENOT, Op. Cit. p. 93-94.

(2) Hoppenot, Petit Catéchisme du mariage, p. 198.

(3) Hoppenot. op. cit., p. 199.

(4) Dr Surbled, op. cit., p. 2y3.

(5) D'après Hoppe.not, op. cit., p. 200.

remplacer auprès de son enfant, qu'une personne vraiment chrétienne, foncièrement pieuse et solidement vertueuse (4).

Si cependant la mère, incapable d'allaiter elle-même son enfant, ne peut, pour quelque raison que ce soit, trouver une nourrice qui la remplace dignement, que devra-t-elle faire ?

Elle pourra dans ce cas, au moins si l'enfant n'est pas malingre ou débile, recourir à l'allaitement artificiel : en utilisant les méthodes actuelles de pasteurisation du lait de vache; en employant le lait « maternisé »; en prenant du lait de vache tuberculinisée; en se procurant du lait de chèvre, ou, mieux encore, du lait d'ânesse, qui se rapproche le plus du lait maternel.

§2. — L'alimentation progressive.

« De la façon dont sont nourr s nos enfants dépendront la régularité de leur croissance, et proprement la qualité

rie leurs tissus. » i-2\

Quelles règles convient-il de suivre dans l'alimentation de l'enfant ?

Ces règles ont deux objets :

1° Les éléments constitutifs, et 2° La fréquence des repas.

De quels « aliments » doivent se composer les repas des enfants ?

Jusqu'à six moi*, l'enfant ne doit prendre aue du lait.

A six mois, on donnera, comme repas supplémentaire, à midi, une soupe composée de pain rôti, d'eau avec addition de sucre, et d'un peu de beurre.

A huit mois, on donnera deux soupes, une à midi et une le soir.

A midi, on peut remplacer la soupe par un bouillon avec biscotte, <>u par du pain trempé dans la sauce du rôti.

A dix mois, on donnera à midi un demi-jaune d'oeuf cuit légèrement, ou bien un potage aux légumes; le soir, une soupe au lait.

A un an, on donnera un œuf entier à midi et une soupe le soir.

A quinze mois, on donnera, le matin, du lait avec une tartine:

(ij Nous ne méconnaissons rien des difficultés qui s'opposent pratiquement à la réalisation de ce programme : d'une part, les parents sérieux se feront scrupule •. "arracher une mère de famille à ses enfants pour en faire Ja nourrice de leur bébé: d'autre part, s'ils arrêtent leur choix sur une fille-mère, ainsi qu'i! arrive quatre-vingt-dix fois sur cent, comment pourront-ils espérer la garantie d'une vraie piélé et d'une solide vertu?

Et ceci prouve que, du moment que l'on sort du chemin tracé par la nature et la providence de Dieu, l'on se heurte à des obstac'es g/éneralement insurmontables

(2) Dr M. db Fleurv, Le corps et l'âme de l'enfant, p. 33-34

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à midi, un œuf à la coque, et le soir, un deuxième œuf ou une soupe au lait.

A un an et demi, et jusque vers la fin de la deuxième année, on ajoutera des. tartines, des légumes, des fruits, mais le fond de l'alimentation restera toujours le lait.

Passé la deuxième année, on pourra ajouter des viandes blanches (1).

Les viandes de gibier, les mets fort épicés. le vin, l'alcool, la bière et le café fort ne conviennent pas à l'enfant et doivent être écartés (2).

Quelles précautimis faut-il prendre quand le lait qu'on donne à l'enfant vient de la vache?

Il faut veiller à ce que la bête soit saine et convenablement nourrie.

Le lait devra être trait récemment, stérilisé ou bouilli, coupé de moitié d'eau et additionné de sucre, au premier mois, puis sera de moins en moins étendu d'eau jusqu'au sixième mois, où il sera donné sans coupage

Le lait sera administré à l'enfant, à l'aide d'un biberon sans tube, qui sera nettoyé après chaque repas et i incé à l'eau bou Hante 13». etc., etc.

On se gardera de sucer la tétine du biberon, suus prétexte de goûter si le lait est assez chaud ou assez sucré; on évitera avec le même soin d'y mettre de la salive.

Quels sont, d'une manière générale, et pour tous les âges, les aliments considérés comme étant de digestion difficile? et ceux que Von peut recommander?

i° Aliments de digestion difficile :

Mie de pain et potages à la mie de pain: sauces, conserves alimentaires, via. des noires, mets épicés, gibier faisandé, poissons lourds, crustacés (homards, langoustes, écrevisses, crevettes, huîtres, coquillages); crudités : radis, salades, melons, aliments acides (vinaigre. oseille, tomates): aliments gras : foie gras, fritures, pommes de terre fi ites, charcuterie, rillettes: asperges, choux-fleurs, choux de Bruxelles, oignons, haricots secs; sucreries, pâtisseries, crèmes crues, fruits crus (fraises, framboises, prunes et poires), fromages gras et déliquescents.

2° Aliments à recommander :

Pain grillé froid ou croûte de pain rassis: œufs (sauf les œufsi durs), maigre de jambon; poissons légers (soles et merlans grillés ou bouillis au court-bouillon (sauce blanche): si l'on fait frire le poisson, avoir soin d'enlever la peau, qui est imprégnée de friture. Viandes blanches et rouges (veau, poulet, mouton et bœuf) grillées et rôties,

(i) Ces indications n'ont rien d'absolu; la progression dans la nour iture, qui do t touj nrs èire ires .ente, varie avec chaque entant. La mère iou le médecin) doit inspecter les selles, s- rendre compie du poids de l'enfant, etc.

(a) Abbé Simon, L'art d'élever les enfants, p. 23-24.

(3) Ibld., p. 23.

plutôt un peu cuites: haricots verts tendres, artichauts à la sauce blanche, purées tines et passées au tamis (pour que l'enveloppe ligneuse, très indigeste, ne soit pas ingérée) de pommes de terre, de lentilles, de petits pois et de pois secs; purées de salades cuites : cresson, chicorée, épinards; laitues, endives et céleri au jus.

Pour dessert : gâteaux secs, compotes peu sucrées, crèmes cuites, fromages de gruyère et de chester (i).

Que faut-il faire par rapport à la fréquence des repas?

Le nombre des repas de l'enfant est relatif à son âge; mais, quel qu'il soit, il doit toujours être déterminé à l'avance et strictement réglé (2).

Si l'enfant peut manger entre les repas de ses parents, au moins qu'il ne mange pas entre ses repas.

Ne leur laissez pas (aux enfants) prendre l'habitude de manger et de boire hors des repas. Qu'ils apprennent à supporter la faim, et la soif surtout, même dans leurs jeux, en été; c'est le moyen d'éviter bien des petits accidents et de fortifier leur moral en même temps que leur estomac. La règle est la condition de la santé comme de la sagesse (3i.

Voici ceque Fénelon écrivait au sujet du règlement des repas :

Qu'il (l'enfant) mange toujours à peu près aux mêmes heures; qu'il mange assez souvent à proportion de son besoin; qu'il ne mange point hors de son repas, parce que c'est surcharger l'estomac pendant que la digestion n'est pas finie; qu'il ne mange rien de haut

fout qui l'excite à manger au delà de son besoin, et qui le dégoûte es aliments plus convenables à sa santé; qu'enfin, on ne lui serve pas trop de choses différentes, car la variété des viandes qui viennent l'une après l'autre soutient l'appétit après que le vrai besoin de manger est fini, (ii

Quels sont les défauts à éviter pour pratiquer et faire pratiquer l'art de manger?

« Les animaux se repaissent, l'homme mange, l'homme d'esprit seul sait manger. » (5) L'éducateur doit être, pour le moins, un homme d'esprit, à la manière de Brillât-Savarin ; il doit savoir manger pour pouvoir en enseigner l'art. Et, pour ce, il évitera trois principaux défauts :

1° Le premier, qui consiste à manger beaucoup et à satisfaire pleinement son appétit.

(i) Dr M. de Fleury, op. cit., p. 54-55.

(2) Nous avons parlé plus haut de ce qui convient aux tout petits enfants; nous ne nous. occupons ici que des enfants qui ont plus de deux ans.

(3) Ur Donne, cité par Depoisikr, De l'Education, p. 223.

(4) De l'éducation des filles, en. m.

(5) Brillai-Savarin.

La mère qui tombe dans ce défaut n'est contente que si son enfant est gorgé de nourriture.

2° Le deuxième, qui consiste à attribuer aux aliments une valeur absolue, indépendante de l'âge, de la santé et du tempérament. Avec cette conviction, on donne à l'enfant, encore très jeune, des aliments solides pris à la table commune, sous prétexte qu'il deviendra d'autant plus fort qu'il mangera plus tôt comme tout le monde.

3° Le troisième, qui est la détestable habitude de manger trop vite et de ne pas mâcher suffisamment.

Ce n'est pas ce que l'on mange qui nourrit, mais bien et uniquement ce que l'on digère; or, un aliment qui n'est pas bien mâché digère mal, provoque des gastrites et autres misères. Il faut donc faire soigner les dents des enfants.

Même s'ils n'en souffrent pas. envoyez-les, tous les trois mois, montrer leur bouche à un dentiste, habile en son art, et assez doux pour que les pauvres marmots n'aient pas trop de répugnance à retourner chez lui (i).

Article III. — Le bon air et la lumière.

« Le mauvais air rend inquiet aigre, mécontent, et inspire les goûts du vice. » (2)

Quelle est l'importance du bon air et de la lumière, dans la première éducation physique de l'enfant?

Les hommes d'expérience n'hésitent pas à dire que le bon air et la lumière sont les premières conditions de la vie et de la santé d'un enfant.

De même qu'une plante, quelle que soit la nourriture qu'elle prenne par ses racines, s'étiole et périt, si elle manque d'air et de soleil, de même un enfant, fùt-il bien alimenté, reste pâle et chétif, s'il ne respire pas un air pur, et s'il est soustrait à l'action bienfaisante du soleil.

En pratique, que faut-il faire pour procurer à l'enfant le bénéfice du grand air et de la lumière?

1° A la maison :

Il faut placer son berceau dans une pièce bien aérée, et dans un endroit convenablement éclairé.

(i) Dr M.'de Flkurt, Le corps et l'âme de l'enfant, p. 58. (2) Cité par M»r Dupanloup, op. cit., t. I", p. i53.

Les rideaux du berceau doivent être de tissus très légers: s'en passer est un moyen d'endurcissement aux variations de température.

Il ne faut laisser dans la chambre quoi que ce soit qui en vicie l'air: fleurs, plantes odoriférantes, linge sale, etc.

On supprimera les parfums même dans la toilette.

Quand le temps le permet, on tiendra les fenêtres ouvertes.

Pour ia lumière, on orientera le berceau un jour à droite, un jour à gauche.

1° Au dehors :

Il taut faire sortir l'enfant le plus souvent possible, surtout quand l'habitation laisse à désirer, au point de vue de l'hygiène et de l'aération.

Il faut choisir un temps sec et profiter de la matinée; l'air est plus pur, le soleil plus bienfaisant.

Article IV. — Le vêtement.

. « Le vêtement est une ques tion de pudeur et d'hygiène, et non une affaire de vanité. »

Quel est le grand ennemi de V éducateur dans la question des vêtements?

C'est la mode, « la grande emperiére du monde », comme dit Montaigne.

Le père et la mère, auxquels rien de ce qui peut contribuer au bien de leurs enfants n'est étranger, doivent surtout en observer les résultats, pour approuver les usages utiles qu'elle peut introduire, et proscrire ceux qui pourraient être préjudiciables à la santé (i).

Quelles sont les prescriptions de l'hygiène en ce qui concerne les vêtements des petits enfants ?

Le maillot doit laisser aux membres une certaine liberté de mouvements : les bras ne seront jamais emprisonnés.

Au moment de lemmaillotement, il faut laisser gigoter le nouveau-né, ou l'enfant déjà plus grand de quelques mois: c'est le véritable début de la culture physique.

Quelle que soit la forme des vêlements, ils ne doivent jamais être ni trop serrants ni trop lourds.

Trop serrants, ils entravent la circulation du sang et le développe-

(i) Dictionnaire des sciences médicales.

l'éducation physique 70

ment des organes; trop lourds, ils provoquent une transpiration dangereuse et nuisible à la santé (1).

Que faut-il penser de la mode anglaise : bras nus3 jambes nues, épaules découvertes ?

Voici ce que dit un médecin, le Dr M. de Fleury (2) :

J'ai consulté un bon nombre de médecins d'entants, réputés à Paris pour leur sagesse et leur savoir. Presque tous se montrent hostiles à la mode des jambes nues, qu'ils accusent de provoquer des rhumes, des bronchites, des broncho-pneumonies, et de nuire à la nutrition générale en l'activant avec excès.

Si le Dr M. de Fleury faisait le procès à la mode des bras nus et des épaules découvertes, nous nous rangerions facilement à son avis; mais nous pensons qu'il convient d'être plus large pour les mollets nus.

Article V. — Les jeux et exercices.

« Laissez donc jouer les enfants. » (Féxelox.)

Que faut-il faire dans le tout jeune àqe ?

On ne doit pas exciter trop tôt l'enfant à marcher : la faiblesse de ses m uscles et de ses os 1 exposerait à des déforma tions.

Le petit enfant doit apprendre seul à marcher.

Quand 11 sait se tenir debout, en s'accrochant à quelque chose, chaise, etc., on pourra tout doucement lui donner le doigt.

On ne doit jamais lever un enfant par une main.

Pour le soulever, il faut le prendre comme une botte, à pleines mains.

Quand l'enfant sait marcher, il faut lui permettre tous les mouvements susceptibles de lui développer la poitrine et de lui fortifier les organes.

Que faut-il penser des récréations?

Les récréations sont nécessaires au corps et à lame. 11 y a même une vertu morale, appelée eatrapélie, qui les règle et qui nous dispose aux actes dont elles doivent se composer (3).

(i) Abbé Simon, op. cit., p. 25. — Quand enseig-nera-t-on la puériculture â la jeune fille ? A la Maternité Sainte-Anne, les jeunes filles des professeurs de la Faculté catholique de Lille et leurs amies suivaient des cours de puériculture, apprenaient à emmailloter, baignaient les enfants, surveillaient l'allaitement, etc.

(a) Le corps et l'âme de V enfant, p. 66.

(3) M*r Rosset, Devoirs des parents, p. 65.

D'une manière générale, quels plaisirs faut-il préférer ? Il faut préférer les plaisirs simples.

Avec la tempérance, qui fait la santé du corps et de l'âme, on est toujours dans une joie douce et modérée; on n'a besoin ni de machines, ni de spectacles, ni de dépenses pour se réjouir : un petit jeu qu'on invente, une lecture, un travail qu'on entreprend, une promenade, une conversation innocente qui délasse après le travail, font sentir une joie plus pure que la musique la plus charmante.

Les plaisirs simples sont moins vifs et moins sensibles, il est vrai : les autres enlèvent l'âme, en remuant les ressorts des passions. Mais les plaisirs simples sont d'un meilleur usage : il donnent une joie égale et durable sans aucune suite maligne; Ils sont toujours bienfaisants; au lieu que les autres plaisirs sont comme les vins frelatés, qui plaisent d'abord plus que les naturels, mais qui altèrent et qui

nuisent à la santé Les gens qui ont eu le malheur de s'accoutumer

aux plaisirs violents perdent le goût des plaisirs modérés, et s'ennuient toujours dans une recherche inquiète de la joie (1).

Quels sont les jeux qu'ils faut interdire à l'enfant qui grandit?

Nous ne nous plaçons ici que sur le terrain de l'éducation physique, et nous disons qu'il faut interdire toutes les récréations qui feraient courir quelque danger à la vie ou à la santé de l'enfant : certains sports, par exemple; le cinématographe, dont un trop grand nombre de films détraquent les nerfs, et par conséquent la santé (2), etc.

Quels sont les exercices auquels l'on peut soumettre l'enfant?

Il y a des exercices de distraction et des exercices d'entraînement.

Quels sont les principaux exercices de distraction? Ce sont les récréations et les promenades. Que faut-il pour que les récréations soient utiles ?

Il faut qu'elles soient joyeuses : « Le plaisir en est le meilleur condiment. » (3) « C'est pourquoi il est bon que les enfants jouent à ce qui leur plaît, et comme il leur plaît. » « 11 convient seulement de les entraîner », comme faisaient les Pères Jésuites, qui, « retroussant leur soutane, entamaient, sans le moindre respect humain, une partie de paume, de ballon au camp ou de barres » (4).

(i) Fènelon, De l'Education des filles, ch. v.

(2) Ajoutons tout de suite, pour ne plus y revenir, que, fréquemment le cinéma» tographe détraque encore l'esprit, 1 • cœur et la conscience.

(3) P. Gaultier, La vraie éducation, p. 17.

(4) DT M. de Fleury, op. cit., p. 27.

Comment faut-il comprendre la promenade des enfants ?

1° Quand l'enfant est petit, la promenade doit se présenter à lui comme un passe-iemps agréable, et jamais, pour aucun motif, comme une corvée pénible : qu'il jouisse donc d'une certaine liberté d'allures; que ses vêtements soient simples, en i apport avec la saison et les exigences de la santé, et non avec les caprices de la mode ou les satisfacuons de la vanité.

N'est-ce p<-s pitié de voir la toilette qu'on impose à certains enfants, quand le moment est venu de les sortir : gantés, guêtres, cuirassés, encapuchonnés, ils font penser aux chevaliers du moyen â^e, dont il est dit, dans 1 histoire, qu'ils étaient incapables de se relever sans aide, s'il leur arrivait, par malheur, de vider les étriers.

2° Quand l'enfant a grandi, la promenade doit devenir « un entraînement à la marche » (1), mais à la marche « libre et animée, au grand air de la pleine campagne, vers quelque but intéressant » (2).

La marche et la course constituent la manière d'activité physique la plus simple, la moins fatigante et la plus heureuse, au point de vue de l'ample fonctionnement des divers organes et de l'activité de la nutrition (3).

On digère avec ses jambes, dit Trousseau, autant qu'avec son estomac (4).

Le grand-père d'Henri IV voulut qu'on l'accoutumât à courir et à grimper nu-pieds sur les rochers, à cause que, par ce moyen, on le formait à la fatigue, et que, pour ainsi dire, on donnait une'trempe à ce jeune corps pour le rendre plus dur et plus robuste (5).

Quels sont les principaux exercices d'entraînement ?

Ce sont : la bicyclette, la natation, la « noble équitation » (6), le canotage, la boxe, le foot-ball, le tennis, le cricket, la gymnastique, l'escrime, etc.

Quelles règles faut-il suivre dans la pratique des différents sports ?

1° 11 faut éviter tout excès.

Les exercices physiques devront être relativement modérés et d'intensité graduée, sous peine de prompt épuisement nerveux pour les faibles, c'est-à-dire pour ceux que nous voulons fortifier (7).

(i) D M. de Fleury, p. 28.

(2) P Gaultier, p. 17.

(3) Dr M. de Fleur y, op. cit., p. 29.

(4) Cité par Gaultier, op. cit., p. 18.

(5) PÈREFIXE.

(6) Dr M. de Fleury, op. cit., p. 3o.

(7) Ibid., p. 24.

Il est de règle, en effet, de voir la fatigue d'un sport, auquel on est insuffisamment entraîné, devenir, à l'époque de la croissance, la cause déterminante d'une maladie infectieuse, typhoïde, diphtérie, rougeole ou scarlatine (i).

Le trop de promenade Me mettrait hors d'haleine et me ferait malade (-2).

2° Il ne faut pas perdre de vue que ces différents sports augmentent la fatigue, et, comme la fatigue est un phénomène cérébral, on doit préférer les exercices automatiques à ceux qui exigent une intervention constante de la volonté : la gymnastique suédoise ou d'assouplissement, par exemple, fatigue moins, et donc vaut mieux, que la gymnastique athlétique ou d'application. L'école "de gymnastique de Vincennes en revient aux vieux jeux d'autrefois : la course accroupie, etc. (3).

Quels sont les avantages des sports sagement compris ?

1° Par la vigueur, la souplesse et l'agilité qu'ils procurent, ils mettent le sportsman en possession de son corps et de ses membres; il en tire le maximum de jouissance et de rendement.

2° Les sports sont « une précieuse école d'endurance, d'énergie, de coup d'œil, d'initiative et de sang-froid » (4).

3° Les sports « inculquent des habitudes d'ordre, de régularité et de tempérance, pour tout dire, de discipline » (4).

Article VI. — Le sommeil.

« Se coucher de bonne heure, se lever de bonne heure donne à l'homme santé, richesse et sagesse. » (o)

Quelles conditions matérielles doit réaliser la chambre de l'enfant?

1° Elle doit être située de telle façon que l'air puisse en être fréquemment renouvelé, et que la lumière du soleil y entre directement.

(i) Dr M. de Fleury, op. cit., p. 29.

(2) Cchneille, Le Menteur, II, 5.

(3) Reconnaissons cependant que de bons médecins, spécialistes en la question, ne sont pas tout à fait de l'avis que nous émettons ici, d'après le D' M. de Fleury.

(4) P. Gaultier, op. cit. p. 20.

(5) Westeley.

l'éducation physique 83

Donner pour logement à un enfant une pièce où le soleil n'entre Jamais, c'est, sinon le vouer fatalement, du moins le pré isposer fortement au rachitisme, à la scrofule, aux pales couleurs, à l'anémie, à la neurasthénie, à la dépression mélancolique. C'est préparer un bon terrain pour la phtisie (1).

2° La chambre à coucher doit avoir un cubage minimum de quinze à vingt mètres par tête (2).

Pas de tentures, pas d'étoffes drapées, nids à poussières, réservoirs de microbes.

Pas de rideaux au lit, pas de tapis par terre, sinon un tapis mobil qui sera battu chaque joui-, battu loin de ia chambre, et non à la fenêtre (3).

La croisée devra demeurer ouverte, la plus grande partie du jour. En hiver, on la fermera un peu avant la disparition du soleil (4).

Quelle doit être la couche de l'enfant ?

1° La couche de l'enfant doit être plutôt dure : un lit trop moelleux favorise la paresse et la sensualité (5).

2° Les couvertures doivent être légères.

3° Les enfants ne doivent jamais dormir avec des personnes âgées ou maladives.

4° Le mieux serait qu'il y eût autant de couchettes que d'enfants; au moins que les sexes ne soient jamais confondus dans un seul lit, ou dans une même chambre.

Combien d'heures les enfants doivent-ils consacrer à la réparation de leurs forces par le sommeil ?

Le nouveau-né a besoin de beaucoup de sommeil, ordinairement vingt heures sur vingt-quatre.

Après quelques mois, l'enfant dort la nuit et fait deux sommes par jour : un dans la matinée, l'autre l'après-midi.

La deuxième année, il ne fait plus qu'un somme par jour, ordinairement après le dîner.

A partir de la troisième année, la sieste du jour peut être supprimée, mais le repos de la nuit doit avoir de dix à douze heures (6),

(O D' M. de Fleury, op. cit., p. 75-76.

(2) Le cubag d'ai ree urne par le Dr M. de Fleury est considéré par plusieurs comme insuffisant : i! faudrait 3 X 3 X 3 = 27 mètres par léie.

(3- Il serait mieux encore d'utiliser pat tout, même par terre, des étoffes lavables.

(4) 0r M. de Fleury, op cit., 78-79.

(5) Abbe Simon, op. cit., p. 27.

(0) Ibid., p. a6.

Un enfant de cinq à huit ans doit dormir de 8 heures du soir à 7 heures du matin, soit onze heures (1).

Un enfant de huit à douze ans doit dormir de 9 heures du soir à 7 heures du malin, soit dix heures (2).

Un entant de douze à quinze ans doit dormir de 9 h. 1/2 du soir a 6/2 du matin, soil neuf heures

Un peu plus tard, il sera bon de les (les enfants) entraîner, peu à peu, à se contenter de sept heures de sommeil, car c'est assurément une force dans la vie que de pouvoir rester en plein éveil dix-sept heures de suite (3).

Un sommeil trop prolongé les appesantit, ne sert qu'à les amollir, les rend délicats, capricieux, de mauvaise humeur, sans parler des inconvénients plus graves pour la vertu (4).

A quel moment doivent être placées de préférence ces heures de repos ?

Se coucher régulièrement, de bonne heure, et, en tout temps, se lever de grand matin, est une des plus importantes lois de l'hygiène; c'est une des principales conditions de santé et de longévité, non seulement sous le rapport purement physique et matériel, mais encore sous le rapport intellectuel et moral (5).

C'est une grande faute de mener les enfants en soirée, au delà de l'heure habituelle de leur coucher, mais c'est ua crime de les conduire au bal ou au spectacle (6i.

Comment V enfant doit-il reposer dans son lit?

1° Le plus naturellement.

Le coucher sur le côté droit paraît être la position la plus naturelle, la plus ordinaire et la plus propre au repos du sommeil et au travail digestif (7).

Néanmoins, si l'on a mis l'enfant tout jeune un jour à droite, un jour à gauche, quand il sera plus grand, il dormira n'importe comment.

2° Le plus horizontalement.

On conseille un léger traversin, pour que, en cas de vomissements, l'enfant ne soit pas étouffé.

(i) Certains hygiénistes réclament douze beures. (a) Certains hyg-iénistes réclament onze heures.

(3) Dr M. de Fleury, op. cit., p. 83.

(4) M»r Dupanloup, De l'Education, t. I«r, p. i58. — Il ny a cependant rien d'absolu ; il faut tenir compte du tempérament, de la latitude, des occupations, etc.

(5) Depoisier, op. cit., p. 201.

(6) Dr Donné, cité par Depoisier, op. cit., p. 202.

(7) Depoisier, op. cit., p. 199-200.

l'éducation physique 80

3° Le plus hygiéniquement.

Il ne doit pas « s'endormir ta tète cachée sous les couvertures, pour ne pas respirer un air altéré par la respiration et par les produits de la perspiration cutanée » (i).

Article VII. — La propreté.

« La netteté extérieure représente en quelque façon t'honnèteté intérieure. » (-2)

Quelle est l'importance de la propreté?

Chez les enfants, la propreté est une condition de moralité, en même temps que de santé (3).

La propreté sur la personne, dans les vêtements, est lune des règles les plus certaines de l'hygiène; elle prévient une foule de maladies; elle entretient la fraîcheur de tous les organes, en facilite le jeu, mais elle facilite aussi les idées de décence, les habitudes d'ordre; elle concourt à rappeler le respect que l'homme se doit à lui-même, à exercer la vigilance, la modération, l'attention, la retenue; elle dispose au travail; elle offre l'image sensible de la pureté intérieure de l'innocence; elle est aussi un égard pour autrui : elle plaît, elle attire la bienveillance, elle facilite le commerce de la vie, elle est un lien de sociabilité (4).

L'importance de la propreté est-elle suffisamment comprise?

Tout le monde a la prétention d'être propre, ou croit l'être : illusion

fâcheuse, car trop souvent cette qualité reste imparfaite Un des

philosophes les plus célèbres du siècle dernier, qui était aussi un des plus lins lettrés, n'osait pas. m'a-t-on dit. changer de gilet de flanelle durant tout l'hiver, parce qu'il pensait que cette pratique aurait pu l'enrhumer; aussi l'entre-bàillement de ses manches laissait voir que les bords du vêtement intime étaient beaucoup moins nets que son style. Dans une école supérieure de Paris, consacrée à la plus haute culture intellectuelle, les soins du corps étaient trop souvent sacrifiés à l'entretien de l'esprit. Un jour, un des élèves avait à consulter pour une entorse; la directrice de l'infirmerie, à qui sa longue expérience inspirait une méfiance justifiée, engagea le patient à prendre au préalable un bain de la partie malade.

— Faut-il baigner les deux pieds?

— Pendant que vous y êtes, il n'en coûtera pas plus. Profitez de l'occasion.

Que de fois le médecin est prié d'ajourner un examen qu'on n'avait pas prévu et qui pourrait révéler des négligences fâcheuses (5).

(i) A. Becquerel, cité par Depoisier, p. 199.

(2) Saint François de Sai.es, Introduction à la vie dévote, ch. xxv.

(3) Abbé Simon, p. 2a.

(4) De Gérando, cité par Depoisier, op. cit., p. 205. <5) Dr Ch. Fernet, Le Correspondant, 25 juin 1909.

Quels sotit les soins de propreté qu'il faut donner aux petits enfants?

Le corps du tout jeune enfant doit être tenu dans un état constant de propreté; on le changera de linge à temps; on le plongera au moins trois fois par semaine, pendant quelques minutes, dans un bain d'eau tiède

On lavera les yeux de l'enfant aussitôt la naissance et les jours suivants avec de l'eau boriquée tiède (i). Si, malgré ces" soins, une sécrétion jaunâtre collait les cils, il faudra t au plus tôt prévenir le médecin, sinon la vue de l'enfant pourrait être à jamais compromise.

Il faut aussi laver fréquemment le cuir chevelu avec une brosse douce, pour faire disparaître les croûtes et pellicules qui pourraient (faire naître une foule d'accidents (2>.

Que faut-il faire dans la suite?

1 II faut utiliser « les bains, les (louches, les ablutions et les lotions; en un mot, tous les lavages généraux ou partiels » qui « sont, avec les frictions, les moyens usuels d'entretenir la propreté du corps » (3).

2° Il faut donner des soins particuliers à la chevelure, au nez, aux oreilles, à la bouche et aux dents, aux organes intimes.

Quelles précautions faut-il prendre par rapport à l'eau dont on se sert ?

L'eau est loin d'offrir toujours IjjnTariable pureté qui

devrait être sa principale qualité.

Aussi, pour l'employer en toute sécurité, il conviendrait de la soumettre a une filtration efficace, ou mieux encore à une ébullition capable de détruire les geimes nocifs qu'elle peut contenir. Xotre épidémie n'est pas toujours une barrière suffisante contre les germes nuisibles que l'eau peut contenir: cette enveloppe protectrice a parlois des fissures: aussi, pour les petits enfants surtout, plus encore pour les nouveau-nés. il y a quelque danger à se servir d'une eau qui ne soit pas absolument pure, disons d une eau qui n'ait pas préalablement bouilli; nombre de petites éruptions n'ont pas d autre origine que l'impureté de l'eau dé toilette (3).

Comment faut-il se servir de l'eau qu'on emploie pour faire sa toilette ?

Le mode d'emploi de l'eau pour les lavages est le plus souvent défectueux; je veux parler, par exemple, de la toilette usm lie de la

(i) Il est recommandé de laisser tomber deux trouttes de citron frais dans chaque ce 1. H denlevtr l'excédent avec de l'ouate propre trempée dans l'eau boui lie tiède.

(2) Abbé Simon, op. oit., p. 22.

(3; D' Ch. Fernet, Le Corrtspondant, 25 juin 1909.

figure ou des mains dans une cuvette. Quelles que soient la dimenvetle et la quantité d'eau qu'on y verse, on ne peut arriver qu'à une propreté relative ; si on a les mains sales ou souillées, on commence par polluer l'eau et répandre dans sa masse toutes les impuretés qu'on y apporte, et c'est ainsi, dans une eau malpropre, qu'on achève de 'se laver: erreur grossière, qui se contente des apparences et qui néglige la réalité. Il faudrait au moins, après cette toilette sommaire, se rincer les mains à eau courante, afin d'enlever les résidus d'un lavage imparfait: c'est ainsi que procèdent les blanchisseuses après la lessive du linge, ou les balayeurs des rues après le nettoyage des ruisseaux. Combien il serait plus simple et préférable de se laver sous un robinet, ce qui permettrait, avec une ■ use d'eau beaucoup moindre, de faire à eau courante une toilette efficace.

A ce même point de vue et pour des raisons pareilles, je ne doute

pas que le bain-do'iche puisse remplacer avec grand avantage le

bain en baignoire On peut d'ailleurs, à défaut d'une installation

;aie, le réaliser aisémenl partout, avec l'appareil dit collier-douche et ses accessoires (1)

Quels sont les avantages des frictions?

Les frictions générales sont encore de précieux agents de propreté: outre les avantages qu'elles présentent, en stimulant les fonction de la peau, en y activant la circulation, en l'habituant a réagir contre les impressions extérieures, outre leurs propriétés thérapeutiques, qui sont, en dehors de notre objet, elles contribuent puissamment à la propreté, en débarrass ;nt la peau de tous les débris épidermiques qui se déposent à sa surface, et en respectant seulement ceux de ses éléments que leur vitalité rend encore résistants. Elles s'associent d'ailleurs, avec de multiples bénéfices, aux bains et aux douches, qu'elles peuvent accompagner, précéder et suivre; elles concourent au même résultat, l'entretien et la propreté du corps. Elles ont été de tout temps le procédé usuel pour la toilette des chevaux et des autres bestiaux; comment se fait-il que l'homme ne les ait pas plus communément employées pour lui-même, et qu'il attende le plus souvent, pour en faire' usage, qu'elles lui soient prescrites par le médecin? (i)

Quels soins faut-il donner à la chevelure?

La chevelure doit être brossée avec soin chaque jour, en ne craignant pas de frotter énergiquement la peau du crâne, qu'il faut, en outre, laver de temps en temps; cette simple pratique est suffisante si les cheveux ne sont pas souillés par des pommades ou des cosmétiques qui. pour la plupart, sont plus nuisibles qu'utiles il».

Quels soins faut-il donner au nez et aux oreilles-7

Le nez et les oreilles sont aisément et suffisamment nettoyés par un linge humide engagé dans leur entrée: il est nuisible, en même

(i) Dr Charles Fernet Le Correspondant, 25 juin 1909.

temps que malséant, d'engager les doigts dans le nez; il est dangereux d'introduire au fond des oreilles des cure-oreilles ou instruments rigides, qui peuvent compromettre l'intégrité du tympan (1).

Quels soins faut-il donner à la bouche et aux dents ?

La bouche, et en particulier les dents, devraient être beaucoup plus soignés qu'elles ne le sont en général; l'habitude qui est la plus répandue de se laver les dents tous les matins est insuflisante; je dirai même que si on ne voulait faire celte toilette qu'une fois par jour, 'e moment le plus convenable serait le soir avant le coucher, afin d'éviler le séjour entre les dents, pendant toute la nuit, de parcelles alimentaires qui s'allèrent, au grand dommage de la conservation des den's. Au demeurant, il convient de faire une toilette soignée de la bouche, matin et soir; l'eau pure et un peu de savon, avec une brosse de crin assez dure, sont les meilleurs denlifrces; si cela vous agrée, il vous est loisible de rincer la bouche avec une eau parfumée. 11 serait rertainement utile de laver la bouche après chaque repas, pour la débarrasser des résidus d'aliments; il est aisé de le faire chez soi, à part, mais il faut avouer que l'usage du rincebouche dans les repas en commun est quelque peu déplaisant. — On ne saurait apporter trop de soin et d'exactitude dans les pratiques destinées à l'entrelien de la bouche; c'est une coquetterie qui, par exception, mérite d'être encouragée (1).

Quels soins faut-il donner aux organes intimes'?

Je crois qu'il serait très utile de faire, sous ce rapport, l'éducation des enfants avant l'âge où il devient plus délicat d'y appeler leur attention. Ici la propreté est de nécessité absolue et doit toujours être assurée; l'habitude, contractée de bonne heure, de satisfaire à ses exigences ne risque en rien d'offenser la pudeur, et, outre ses avantages pour l'hygiène physique, elle a aussi, je le crois, des avantages au point de vue de l'hygiène morale, en inspirant une aversion salutaire pour les contacts impurs, et en développant le sentiment du respect que l'on doit à une des fonctions les plus hautes de la nature humaine. Gomme le dit le pieux auteur de l'Imitation, « il faut se bien conduire dans les choses extérieures, suivant l'état et la liberté des enfants de Dieu, qui ne sont point dominés par les cnoses temporelles et ne s'y attachent point du cœur, mais les dominent et s'en servent pour les usages auxquels Dieu les a destinées, et de la manière prescrite par le souverain Artisan, qui ne souffre rien de déréglé dans ses créatures ». Du reste, il n'y a pas à épiloguer à perte de vue. et à chercher le fin du fin; quelle mère, quand elle en connaîtra l'utilité, ne saura, en toute simplicité, faire, sur ce point, l'éducation de ses enfants des le jeune âge (1).

N'y a-t-il pas des excès à craindre?

La propreté doit être modeste, grave, sévère, digne. Elle a en horreur la recherche et l'affectation

(i) Dr Charles Fsrnbt, Le Correspondant, a5 juin 1909.

l'éducation physique 89

Modestie et simplicité sont toujours de bon goût et de mode. Ce sont deux qualités précieuses, naturelles aux enfants, mais qu'ils perdent en avançant en âge. très souvent par la faute des parents.

Il est une limite aux soins de propreté; l'excès peut gàler la beauté même, a dit un auteur avec un rare bon sens (i).

Evitez l'excès de la propreté; la propreté, quand e'ie est modérée, est une vertu, mais quand on suit trop son goût, on la tourne en petitesse d'esprit; le bon goût rejette la délicatesse excessive (2).

Article VIII. — Les soins médicaux.

« MéHez-vous des remèdes et n'y ayez pas recours sans nécessité: ne faites pis une maladie d'une simple incommodité. » (3)

Quelle doit être la compétence de la mère en ce chapitre ?

Elle doit savoir: 1° tout ce qui est nécessaire pour remédier elle-même aux accidents, aux malaises et aux indispositions de peu d'importance.

2° Ce qu'il faut faire, dans les cas plus graves, en attendant l'arrivée du médecin.

1 1. — Accidents.

Quels sont les accidents qui arrivent ordinairement aux enfants?

Ce sont :

1° L'asphyxie par noyade, gaz délétères ou corps étrangers; 2° les brûlures; 3° les contusions; 4° les coupures, plaies, écorchures; 5° les empoisonnements; 6° les entorses, foulures, efforts des jointures; 7° les hémorragies provenant de blessures; 8° le saignement de nez.

Que faut-il faire en face de ces divers accidents?

1° Asphyxie par noyade, gaz délétères ou corps étrangers. — Il faut : a) Faire disparaître la cause.

b) Pratiquer la respiration artificielle.

Pour pratiquer la respiration artificielle, on saisit la langue de la victime, à l'aide des doigts garnis d'un linge, et

(i) Depoisier, op. cit., p. 200-206, passim.

(a) Fbnjblon, cité par M" Dupanloup, De l'Education, t. I", p. 161.

3) DT Donné, Conseils aux familles sur la manière d'élever les enfants.

on attire la langue fortement hors de la bouche, environ dix-huit à vingt fois par minute.

Cet exercice doit se prolonger au moins pendant une demi-heure. On a vu des asphyxiés reprendre vie après plusieurs heures de respiration artificielle.

c) Mander le médecin.

2° Brûlures. — a) Si la brûlure est au premier degré, c'est-à-dire rougissant la peau, on traite la partie atteinte par le vinaigre : immersion ou frottement.

b\ Si la brûlure est au deuxième degré, c'est-à-dire produisant des cloches, on la traitera par la chaleur et l'humidité; Tenfant met le doigt brûlé dans la bouche, c'est une indication; il faut placer l'épiderme atteint dans les meilleures conditions de résistance et de réfection : on utilisera les corps gras; — on évitera, en ôtanl les vêlements, d'enlever l'épiderme; — on en respectera les moindres lambeaux: — on percera les cloches; — on protégera les extrémités nerveuses que l'enlèvement de l'épiderme a mises à nu, par l'acide picrique (sol. du 3 000 au 5 000), lenéol en solution, l'ambrine. — On appellera le médecin.

ç) Si la brûlure est au troisième degré, c'est-à-dire détruisant la peau ou les chairs, on mandera aussitôt un médecin, et. en l'attendant, on appliquera, dans la mesure du possible, le même traitement qu'à la brûlure au deuxième degré.

3° Contusion. — a) S'il n'y a pas d'écorchure.. on applique des compresses d'alcool camphré, ou d'eau froide salée, ou vinaigrée, ou additionnée de teinture d'arnica.

b) S'il y a écorchure. voir le 4°.

4° Coupures, plaies, écorchnres. — a) On débarrasse la plaie des débris de verre ou d'autres corps étrangers.

b On lave la blessure avec de l'eau bouillie tiède, dans laquelle on aura mis un peu de sublimé corrosif (1 gramme dans deux litres d'eau).

c On recouvre de gaze au sublimé et on bande.

d) On renouvelle le pansement tous les jours.

o° Empoisonnement. — a) On mande le médecin.

b) En attendant, on fait prendre beaucoup de lait, dans lequel on a délayé du charbon de bois réduit en poudre.

6° Entorses, foulures* efforts des jointures. — a) On immobilise le membre malade. '

b) On appelle le médecin.

l'éducation physique 91

7° Hémorragies provenant de blessures. — a) Si le sang vient d'une veine, ce que l'on reconnaît à sa teinte noirâtre. il faut serrer le membre au-dessous de la plaie, au moyen d'un lien solide.

b) Si le sang vient d'une artère, ce que l'on reconnaît à sa teinte rouge vif, il faut serrer le membre au-dessus de la plaie.

c) En attendant, on met le doigt sur la plaie.

8° Saignement de nez. — a) Parmi les remèdes empiriques, on peut utiliser la clé dans le clos.

b) On presse, avec l'ongle du petit doigt, la partie extérieure de la narine qui répond a l'endroit d'où vient le sang. On respire longuement, lentement, largement.

d> Si le saignement continue, on introduit dans la narine d'où vient le san? une boulette d'ouate imbibée d'une solution d'alun ou d'antipyrine: on fait sur le front une application d'eau froide; on en aspire un peu; on donne un bain de pieds. Les boulettes de Pinguawar-Jamboni sont considérées comme très efficaces.

i 2. — Indispositions.

Quelles sont les indispositions les plus ordinaires dont souffrent les enfants ?

Ce sont : 1° les accès nerveux ; 2° l'amygdalite ; 3° l'angine; i le carreau des enfants; 5° les coliques ; 6° la constipation; 7° les convulsions; 8° la coqueluche; 9° les croûtes de lait; 10° la dentition; 11° la diarrhée; 12° les engelures, gerçures, crevasses ; 13° l'indigestion ; 14° la mi.sraine ; 15° le muguet ; 16° le panaris; 17° les paupières enflammées: 18° les rhumes: 19° la rougeole; 20° la scarlatine; 21° la syncope; 22° la vérole (petite); 23° les vers intestinaux.

Comment faut-il traiter ces diverses indispositions*

Nous examinons successivement chacune d'elles ; nous

donnons le signalement des moins connues; nous indiquons.

d'après les bons auteurs, unemédication sommaire appropriée.

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