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CHAPITRE II

Les conditions physiques

de l'Education intellectuelle

« U n'y a rien dans l'intelligence qui n*ait d'abord été dans dans le sens. » {Axiome philosophique.)

Quelles sont les conditions physiques de l'éducation intellectuelle *

Nos connaissances nous venant du monde extérieur, par l'intermédiaire des sens et des organes, les conditions phy-

siques de l'éducation intellectuelle sont relatives : 1° au milieu; 2° aux organes ; 3° à la culture des sens.

Article I. — La préparation du milieu.

« Heureux celui oui grandit dans un milieu intelligent. » (l)

Quelle est l'importance du milieu?

Elle est considérable.

Vous constatez sans peine sur le visage de vos enfants l'effet sensible de l'air qui pâlit ou brunit leur teint, sur leur santé l'action du climat qui la fortifie ou bien l'étiolé. Ce que tous envoyez n'est rien auprès des fortes mais invisibles empreintes que laissent dans l'âme enfantine les spectacles, les exemples, les gestes, les paroles, en un mot la vie qui se joue autour d'eux (2).

Cette réflexion est aussi vraie de l'intelligence que du cœur et de la volonté ; car, au dire de La Rochefoucauld : « L'accent du pays où l'on est né demeure dans l'esprit et dans le cœur comme dans le langage. »

Que faut il faire pour donner à l'enfant un milieu qui favorise la formation de son intelligence ?

Il n'est pas toujours possible de relever, au gré de ses désirs, le niveau intellectuel du milieu dans lequel on vit : qu'on y tâche, cependant, par tous les moyens; mais, au moins, "que l'enfant ne voie ni n'entende jamais rien de déraisonnable, parce que intellectuellement faux, ni rien de grossier ou d'inconvenant, parce que moralement taux : l'esprit vit de vérité et Terreur le déforme.

Article II. — Le soin des organes.

« L'homme est une intelligence servie par des organes. »

(De Bonald.)

Quel est le rôle des organes dans l'éducation intellectuelle ?

Les organes sont les instruments des sens, dans tous les actes par lesquels ils mettent l'intelligence en rapport avec le monde extérieur, d'où lui viennent ses connaissances.

(i) P. Gaultier, La vraie éducation, p. i33. (2) E. Julien, Du berceau à l'école, p. 5i.

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Ces instruments sont nécessaires : si, en effet, « le sourd ne peut percevoir les sons, ni l'aveugle les couleurs, ce n'est pas précisément qu'ils soient privés du sens de l'ouïe ou delà vue, mais seulement des organes sans lesquels ces sens ne sauraient s'exercer. » (1)

Quels sont les organes sur lesquels il faut plus spécialement veiller, en vue de faciliter l'éducation intellectuelle ?

Ce sont les yeux, organes de la vue; ce sont les oreilles, organe de Touïe; c'est la langue, organe de la parole.

Il est, en effet, de toute nécessité que l'enfant voie bien, qu'il entende sans effort, et qu'il exprime aisément sa pensée.

Article III. — La culture des sens.

« L'homme ne sait ni cheminer, ni parler, ni manger, ni rien que pleurer sans apprentissage. » (2)

Suffit-il que l'enfant ait de bons organes pour arriver à la connaissance saine des objets extérieurs ?

Non, il faut encore que les sens sachent utiliser leurs instruments : l'enfant doit donc apprendre à se servir de ses yeux, de ses oreilles et de sa langue.

Exercer les sens, ce n'est pas seulement en faire usage, c'est apprendre à bien juger par eux; c'est apprendre, pour ainsi dire, à sentir, car nous ne savons ni toucher, ni voir, ni entendre, que comme nous avons appris (3).

Comment l'enfant apprendra-t-il à se servir de ses yeux?

Si l'enfant aime à voir, on endiguera sa curiosité, pour qu'elle ne devienne pas de l'indiscrétion; mais on se gardera bien de Tétouffer.

On lui fera connaitreles choses au milieu desquelles il vit (4): les meubles^ les images, les animaux, les plantes, les fleurs; on lui en dira les noms; on lui en fera remarquer les défauts

(i) P. Lahr, Philosophie, t. i" p. 86.

(2) Montai gn«, Essais, t. IL

(3) J.-J. Rousseau, Emile, 1. II.

(4) Les voyages autour de mon jardin, ou Les voyages autour de ma chambre pourraient être faits et refaits avec grand profit.

et les qualités; on meublera sa mémoire; on lui formera le goût.

Si l'enfant ne cherche pas à voir, s'il ne demande rien, on éveillera sa curiosité, on l'intéressera à tout ce qui l'entoure, on excitera son attention. « La culture de l'attention est le secret de tout l'entrainement intellectuel. »(i)

Il faut se promener en regardant, en voulant et en sachant voir, en demandant à ses yeux de comprendre, d'être mieux que des abeilles fixes et des papillons captifs se posant, à distance, et sans lâcher les paupières, sur toutes choses, au hasard du butinage et de la rencontre. Il faut se faire des yeux appliqués, attentifs et intentionnels, des yeux pensants (2).

Comment l'enfant apprendra-t-il à se servir de ses oreilles?

Il est avide d'histoires; on lui en racontera, on lui en fera raconter, mais de bien choisies, simples, courtes, vraies, intéressantes, chrétiennes.

Par elles, on développera sa sensibilité; on l'attachera à ce qui est bien et beau ; on le détournera de ce qui est mal, grossier, nuisible au prochain, irrespectueux.

Ma mère, qui avait été ma nourrice, ne m'allaitait jamais sans chanter, et je puis dire que j'ai pris mes premières leçons sans m'en douter. Sans avoir conscience, j'avais déjà la notion très claire et très précise des intonations et des intervalles qu'elles représentent, des tout premiers éléments qui constituent les modulations, et de la différence caractéristique entre le mode majeur et le mode mineur, avant même de savoir parler, puisqu'un jour, ayant entendu chanter dans la rue — par quelque mendiant, sans doute, — une chanson en mode mineur, je m'écriai : Maman, pourquoi qu'il chante en do qui pleure? (3)

Comment l'enfant apprendra-t-il à se servir de sa langue?

On lui parlera toujours distinctement; on appellera les choses par leur nom; on laissera les expressions enfantines, qui n'ont aucun sens par elles-mêmes; on veillera à ce qu'il prononce bien; on corrigera dès le début toute prononciation défectueuse; on lui donnera l'exemple d'une conversation digne, correcte, respectueuse; on répondra aux questions de l'enfant avec exactitude, prudence, habileté;

(i)Guyau, Education et hérédité, p. 120.

(2) Henri Lavedan, Bon an, mal an, VI* série, p. 22.

(3) Charles Gounod, Mémoires d'un artiste, cité par P. Gaultier, op. cit., p. io3-io4-

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on supprimera les brusqueries, qui arrêteraient la confiance et l'initiative.

Vous n'êtes pas loin d'admirer la drôlerie avec laquelle votre bébé les (les mots) déforme, et, pour l'encourager, vous prenez l'habitude de les prononcer de travers comme lui. Je vous entends .

— Maman, sotolat'

— Oui, mon mignon, voilà sotolat.

Ces évidemment 1res amusant , mais il vaudrait beaucoup mieux

que vous lui répétiez à satiété chocolat, et que vous lui refusiez cette friandise, jusqu'à ce qu'il s'hab tue à prononcer ce mot comme il doit être prunoncé (1).

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