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V. — L'amour des parrains et marraines

Les parrains et marraines s'appellent en anglais : godfather et god-mother.

Comment peut-on former les enfants à l'amour de leurs « parrains et marraines » ?

En faisant ressortir l'importance et les responsabilités de cette paternité spirituelle assumée au jour du baptême par le parrain et. la marraine. « Hommes el femmes qui avez tenu des enfants sur les fonts du baptême, dit -saint Augustin, je vous rappelle que vous vous en êtes rendus garants devant Dieu. »

L'enfant bien élevé respecte donc et aime ses parrain et marraine: il reçoit, avec docilité et gratitude, leurs bons avis ou leurs charitables reproches.

§ 2. — L'amour des pauvres et des domestiques.

Parfois, lorsque, passant près d'eux, un indigent Contemple avec envie un beau hochet d'argcnl

- Que sa faim dévorante admire, La mère est là ; pour faire, au nom du Dieu virant, Du hochet une aumône, un ange de l'enfant, 11 ne lui faut qu'un doux sourire (î).

L'enfant sera-t-il assez « aimant », quand il aura été formé à l'amour de la famille?

Non.

Son cœur doit être élargi; sa bonté native doit atteindre

(i) Victor Hugo, Les voix intérieures, Regardez les enfants.

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d'autres objets et s'exercer, tout spécialement, à l'égard des personnes qu'il considérerait facilement comme des êtres inférieurs, s'il n'était formé et prévenu : je veux dire les pauvres et les domestiques.

Comment former l'enfant à la bonté envers les pauvres ?

En lui donnant, au plus tôt, ce que la Sainte Ecriture appelle le souci du pauvre : Beatns qui intelligit super èffenum et pauperem ' 1 :.

Est-ce i[ue l'enfant, livré à lui-même, arriverait facilement à ce souri affectueux?

Non.

Il ne verrait guère, dans le pauvre, que les haillons plus uu moins sordides qui le couvrent, les traits plus ou moins décomposés qui taillent sa physionomie; et il serait facilement pris de dégoût ou tenté de se moquer.

Que fera la mère pour donner à son enfant l'intelligence chrétienne du pauv)-e ?

Bossuet parle de la sublime dignité du pauvre : c'est donc que, -mis les haillons de la misère, il peut y avoir une grandeur cachée (2>,

Oui, il y a une grandeur cachée, c'est celle de la dignité humaine d'abord ; c'est celle des souffrances courageusement supportées; c'est celle du devoir accompli, sans consolation peut-être; c'est celle de la vie simplement vécue, alors qu'elle est sans joie et sans espérance; c'est surtout la ressemblance du pauvre avec Jésus-Christ.

La mère révélera à son enfant cette grandeur et cette beauté, et, en formant son esprit à l'intelligence du pauvre, elle ouvrira son âme au respect et à l'atïection dont il mérite d'être entouré.

Est-ce que les parents se contenteront de ces considérations générales?

Ils établiront, par manière de leçons de choses, une comparaison entre la situation de l'enfant et la" situation du pauvre, et plus spécialement la situation de tel enfant ^myre.

4° Les parents s'ingénient à procurer à leur enfant tout le confortable possible.

(l) PS. XLI.

(2 KlEFKEK, Op. Cit., p. 343.

C'est naturel, et généralement légitime.

Mais, s'ils veulent former à l'amour des pauvres, ils n'oublieront pas de faire remarquer que ces avantages ne sont pas assurés à tous ; que beaucoup en sont privés et en seront toujours privés, sans qu'il y ait de leur faute cependant ; qu'il était possible qu'ils lui fissent complètement défaut à lui-même, comme il est possible qu'il n'en jouisse pas toujours.

2° Ils lui diront quil y a des enfants comme lui qui n'ont ni vêtement, ni feu, ni viande, ni friandise, ni même du pain ; que ce petit pauvre, à qui il donne parfois une menue pièce de monnaie, sans affection, comme s'il était, d'une nature totalement différente de la sienne, est cependant un être semblable à lui, et qu'il aimerait, tout autant que lui, les douceurs et les plaisirs que procurent l'aisance et la richesse.

Ces révélations l'intéresseront.

Il deviendra sérieux.

Il fera préciser.

Et dans son cœur germera une tige à triple lleur : la joie du bienfait reçu, la gratitude envers les bienfaiteurs et la bonté envers ceux qui sont dans le besoin.

Comment peut-on former l'enfant à la bonté de cœur à l'endroit des domestiques ?

1° En lui confiant que « légalement, moralement et chrétiennement, ces serviteurs, tout en ayant plus de devoirs, n'en ont pas moins de droits; qu'ils aliènent leur liberté par nécessité; qu'on doit être bon pour eux parce qu'ils sont moins heureux » (1).

2° En lui apprenant :

Que sa « bonne », pour lui donner les soins dont il profite, en a privé ses propres enfants, qui en avaient mille fois plus besoin que lui ; que c'est, l'indigence qui a contraint cette femme à les sevrer brusquement de son amour, à s'éloigner de son foyer pour aller s'établir dans la dépendance/ sous un toit étranger.

La mère vit et cependant ses fils sont orphelins !

Non. je n'imagine pas cet enfant capable de cracher au visage d'une mère parce qu'elle est pauvre!

Au lieu de souiller cette joue privée de baisers filiaux, il pensera,

(i) Nicolay, op. cit.t p. 5-6.

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je gage, à y déposer une caresse, comme aurait pu le faire le petit absent, et à* murmurer cette charmante confidence : « Moi aussi, je t'aime bien. » (i)

? 3. — L'amour du travail.

« Le travail éloigne «le nous trois grands maux : l'ennui, le vice et le besoin. » (VOLTAIRE.

L'enfant a-t-il besoin d'être formé à l'amour du travail?

Oui.

Car il est plus ou moins paresseux.

Le travail, en effet, est toujours, depuis la chute, inséparable de quelque peine, et l'homme cherche instinctivement à s'y soustraire.

Il ne faut donc pas s'étonner de rencontrer chez les enfants de la répugnance pour l'application et le travail.

Mais il est de toute nécessité d'en triompher.

Comment formera-t-on l'enfant à l'amour du travail?

l°Par la persuasion ;

2° Par l'entraînement;

3° Par l'horreur du temps perdu.

Quelles considérations pourra-t-on faire pour « persuader » l'enfant de l'importance du travail ?

On lui fera comprendre que le travail est une obligation, une gloire, un préservatif et une source de biens.

Comment fera-t-on comprendre à l'enfant que le travail est une « obligation » ? ^

En lui rappelant et en commentant cette parole de saint Paul : « Si quelqu'un ne veut pas travailler, qu'il ne mange pas » (2) ; cette autre de Pasteur : « Une fois que l'on est au travail, on ne peut vivre sans lui. D'ailleurs, c'est de là que dépend tout dans ce monde. » (3)

Comment fera-t-on comprendre à l'enfant que le travail est une « gloire » ?

1° En lui montrant que, par le travail, l'homme se trouve, en quelque manière, associé à la puissance même du Créateur.

u) Nicolay. op. cit., p. 5-ë.

(2) Saint Paul // Thess. m, 10.

(3) Louis Pasteur, Lettre à une de ses sœurs.

2° En lui disant, avec W1 Gibier (1 : « Il faut que le travail suit une chose bien belle, pour que Dieu s'en soit épris! Il faut que la sueur qui découle du front de l'ouvrier soit bien noble, pour que Jésus-Christ ait voulu la sentir sur son front '

3 « C'est par le travail qu'on règne ! » disait Louis XIY.

ëls sont les maux dont le travail nous « préserve i Le besoin. Les hommes, pour la grande majorité, sont obligés de travailler pour gagner leur vie; et tous, sans exception, doivent se soumettre à la loi du travail, s'ils veulent garder leur santé : « L'oisiveté est comme la rouille, dit Franklin; elle use plus vite que le travail; la clé est claire tant qu'on s'en sert. »

%> L'ennui, u l'inexorable ennui, comme l'appelle Bossuet. 2 >, qui fait le fonds de toute âme humaine, depuis que l'homme a perdu le goût de Dieu », et auquel on ne peut échapper qu'en se livrant au travail, à un travail sage et soutenu. Car « l'ennui est entré dans le monde par la paresse »

Je ne trouve point de fatigue si rude

Que l'ennuyeux loisir d'un mortel sans étude. Qui, jamais ne sortant de sa stupidité. Soutient dans les langueurs de son oisiveté. Dune lâche indolence esclave volontaire, Le pénible fardeau de n'avoir rien a l'aire. (4)

3° Le rtce. L'oisiveté, dit le proverbe, est la mère de

tous les vices.

Immoralité, incrédulité, paresse font cercle, a écrit Joultert (5) : le commencement est où l'on veut.

En occupant Pâme, le travail la préserve « des enseignements du mal que multiplie l'oisiveté » (6).

Dieu a confié au travail la mission qu'il a donnée au vent du Nord, celle de purifier le cœur, comme le vent purifie l'atmosphère.

(i) Nos plaies sociales, p. 14.

(2) Maximes et réflexions sur la comédie.

(3) La Bruyère.

(i) Boileau, Epi très, XI.

10) Pensées.

(6; Eccli. xxxi 11, 27.

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Quels sont les biens dont le travail est ta source »?

i° La science. Le travail- donne à l'ouvrier, comme a l'homme d'étude, une science utile et honorable.

2° La vertu. Saint Antoine, le patriarche du désert, baisant les mains de saint Macaire, dans un élan d'admiration pour le travail qu'elles avaient fourni, disait : « Voilà des mains qui ont bien de la vertu. »

3° La piété. « Le travail exerce la plus heureuse influence sur le maintien de la religion ; et il y ramène les hommes bien plus que ne le font les loisirs de fa richesse. » l

4° Le salut éternel. C'est l'aboutissement logique de la piété et de la vertu.

Ne faut-il pas aussi se reposer ?

Oui. évidemment.

Mais le repos est un état accidentel qu'une âme généreuse trouve humiliant par lui-même.

Vous avez besoin d'une maison, dit Bossue) (2), comme d'une

défense nécess-ire contre les injures de l'air: c'est une faiblesse. Vous avez besoin de nourriture pour réparer vos forces qu perdent : autre faiblesse. Vous avez besoin d'un lit dans votre accablement, et vous vous y livrez au sommeil qui lie et ensevelit v raison: autre faiblesse déplorable. Et vous faites de tous ces témoins, de tous ces monuments de votre faiblesse un spectacle à votre vanité! Il semble que vous vouliez faire triomphe de l'infirmité qui vous environne de toutes parts.

Il ne faut donc prendre de repos que dans la mesure strictement nécessaire au dë-Iassement et à la ré-création ; ces deux mots sont très justes et très expressifs.

Ces. considérations seront-elles toujours e/fian

Elles le deviendront facilement si, d'une part, les parents ont assez de foi pour faire passer la conviction dans leurs paroles; et si, d'autre part, parents et enfants, talonnés par la nécessité, sont poussés dans la voie du travail par l'obligation quotidienne de gagner leur vie.

N'y a-t-il pas une difficulté spéciale à entraîner dans ta voie du travail les enfants qui se savent les héritiers d'une grande fortune?

Oui, assez fréquemment. Mais aussi quelle nécessité y a-t-il à leur faire connaître la situation de leurs parents ?

(i) Le Play, Ré/orme sociale, 1. III.

(a) Traité de la concupiscence.

Pères et mères, si vous êtes riches, que vos enfants l'ignorent le plus longtemps possible.

Quel raisonnement ces enfants de parents fortunés sont-ils en danger de tenir?

1° Ils se disent qu'avec la situation de leurs parents, ils sont assurés de pouvoir vivre sans rien faire. 2° Quelques-uns même le disent tout haut.

Je sus. à l'âge de douze ans, que j'étais destiné à une fortune immense et à la plus belle place du royaume, sans être obligé de me donner la peine d'être un bon sujet, disait le duc de Lauzun, une des tristes figures de la noblesse française à la fin de l'ancien régime.

il n'est pas un jeune homme de nos lycées ou de nos collèges qui n'ait connu de ces malheureux que la situation paternelle ou la fortune maternelle dispensaient de tout travail sérieux.

3° Sans doute, ils ne vont pas jusqu'à considérer l'ignorance comme un privilège.

Mais les diplômes et, conséquemment, l'application, le travail sérieux, les bonnes places, etc., les jeunes^ gens fortunés laissent tout cela avec une sorte de dédain à d'autres, à ceux qui en ont besoin, aux fils des directeurs, ingénieurs et même contremaîtres de l'usine de leur père.

Pour les jeunes filles, il était de bon ton, dans les grandes pensions d'il y a quelques années à peine, de dédaigner les diplômes. Il en reste encore quelque chose (1).

Quels inconvénients résultent de cette conception défectueuse de la loi du travail?

Il en est plusieurs, et de très graves.

1° L'humiliation, pour les jeunes gens surtout, d'avoir été dépassés dans leurs classes par moindres qu'eux, socialement parlant, d'où une diminution d'autorité accompagnée d'un certain mépris. Car. qu'on ne s'y méprenne pas, un homme reste toujours, dans l'esprit de ses anciens condisciples, ce qu'il était sur les bancs du collège.

2° Un autre inconvénient plus grave provient de ce que la fortune, sur laquelle on comptait pour parer aux consé-

s ne doutons pas que cette abstention soit inspirée parles plus purs motifs : celui, par exemple, de pouvoir suivre, en plus grande indépendance d'esprit et de temp>, un programme d'instruction et de formation chrétiennes; mais nous pensons que le travail a maintes fois souffert de cette indifférence.

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quences fâcheuses d'un travail quelconque, peut faire un tour ou un demi-tour de roue: et comme certains riches d'hier sont devenus les pauvres d'aujourd'hui, les riches d'aujourd'hui pourraient bien devenir les pauvres de demain.

3° Un troisième inconvénient, c'est de se trouver, par suite de cette négligence dans le travail, inférieur aux devoirs d'état dans la famille et aux obligations du dévouement dans la société. Telle jeune fille, lors de l'expulsion des religieuses, se torturait le cœur et la conscience, parce qu'elle n'était pas capable, manquant de diplôme, d'ouvrir même une école maternelle et d'enseigner l'A. B. G. à des marmots de village.

Telle autre, ayant uni sa vie à un mari intelligent, ami des lettres et des arts, sent son infériorité, souffre de se l'entendre reprocher, et se voit contrainte de faire sa petite Mm8 Curie en recommençant, après le mariage, des études négligées ou incomplètes, pour n'être pas trop indigne de celui dont elle sent bien ne pouvoir garder l'affection que si elle mérite son estime. (Authentique.)

A cette décision, toute généreuse qu'elle fût, ne se mêlait-il pas quelque remords?

Et n'y a-t-il pas eu des lacunes dans les méthodes éduca tives de ceux qui ont été chargés de la former.

4° Le quatrième inconvénient, c'est que les enfants, n'ayant pas pris l'habitude du travail dans leur jeune âge, courront le risque de n'être jamais que des paresseux.

Doit-on se contenter de bons conseils quand il s'agit d'inspirer aux enfants l'amour du travail?

Il faut encore les encourager, les exciter, les aider, leur montrer comment on travaille, faire avec eux quelques pas de la route qu'ils ont à parcourir.

N'y a-t-il pas quelque chose de mieux encore, un sentiment qui serait comme le viatique du travailleur au moment de traverser les heures difficiles de son existence?

Oui.

Et cela s'appelle l'horreur du temps perdu. « De toutes les prodigalités, la plus blâmable est celle du temps. » l

— Maman, maman, viens! criait du haut de l'escalier un enfant de douze ans du genre paresseux.

i) Mapie Leczinska..

La mère y court.

— Que veux-tu ?

— Viens m'eni pêcher de perdre mon lemp> I

Un enfant capable de cet appel est un enfant sauvé.

Est-il donc nécessaire d'inspirer l'horreur du temps perdu lui.

Que <Je temps, en effet, se perd tous les jours, très spécialement dans la portion féminine de ce monde assez aisé pour se faire servir, et qui se croit dispensée de travailler parce qu'elle n'est pas obligée de gagner sa vie.

Temps perdu par la jeunesse qui grandit.

Temps perdu par la jeunesse qui attend.

Temps perdu par la jeunesse qui vient de fixer sa vie.

Temps perdu par les jeunes femmes, voire même par les jeunes mères.

Qui dira la mesure de ce gaspillage?

Qui trouvera des accents capables de secouer la torpeur de ces enfants prodigues de la vie?

Et qui convaincra les éducateurs de la nécessité de former au sérieux tous ceux dont ils ont la charge et la responsabilité?

Quels biens résulteraient de cette estime du temps/ Ne pas perdre son temps, dit l'auteur des Paillettes a peut-être une des vertus les plus difficiles à acquérir.

Mais il ajoute aussitôt :

. bien rempli sa journée est une des joies les plus douces de l'âme.

ccuper et n'être jamais à se demander : que vais-je faire? est la science la plus utile au bonheur et a la vertu.

§ 4. — L'amour du devoir.

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