il faut leur présenter le devoir comme une chose
sérieusç, pratique, définitive et sacrée.
u ! E. Legoit* i, Nos files et nos fils, p. 2^8. . :ie, p. n8; ubert, Pensées.
l'éducation morale 247
3° Il faut leur en donner une idée souriante. V II faut leur infuser la notion et l'estime du devoir jusque dans la moelle et le san?.
Qu'est-ce donc que le devoir^ et comment en « instruitenfants?
On dira aux enfants :
1° Que le devoir n'est pas subordonné à l'impression, au
plaisir ou à l'intérêt; qu'il ne s'identifie pas avec le seul sa voir-vivre.
-2} Que le devoir, c'est ce qui s'impose à la conscience partout où ils sont; c'est ce qu'ils ont à faire pour plaire à Dieu dans la situation où ils se trouvent: c'est, en un mot, la volonté de Dieu.
Comment peut-on habituer tes enfant* à considérer le comme une chose « sérieust
Eu le traitant avec le plus grand respect non seulement en lui-même, mais en tout ce qui l'approche, le touche, le traduit ou le représente : les maîtres et leur ton. les prédicateurs et leur genre, les leçons et leur objet, etc.
Gomment peut-on habituer les enfants à considérer !me chose a pratique » ?
En le faisant remplir chaque fois qu'on l'a fait connaître.
— Regarde comme ton petit frère est obéissant, ton camarade travailleur et pieux.
Cela dit. si Ion n'exige pas l'imitation du petit frère et du camarade, l'enfant s'accoutume a voir et a ne pas faire, a fuir devant le mieux l
C'est de la mauvaise formation.
Comment peut-on habituer les enfants a considérer !" devoir comme une chose définitive »?
En le présentant aux enfants sous un jour immuable, indépendant des besoins, de l'humeur ou du caprice.
En combien de foyers, cependant, on entend des propos contradictoires qui se succèdent presque sans interruption :
— Pourquoi ne t'amuses-tu pas?
Fuis :
— Tu fais trop de bruit
uviER, L'Education, religieuse, p. 1C1-1C2.
Ou bien :
— Tu prends chaud a bouger ainsi
Puis :
— Un enfant ne doit pas rester immobile. Ou bien :
— Tu manges trop!. ...
Puis :
— Allons, encore ce petit gâteau.
Ou encore :
— Pourquoi as-tu dit que j'y étais?
Puis :
— Pourquoi as-tu dit que je n'y étais pas?.... Ou. pour finir :
— tu nous ennuies. Fais ta prière et couche-toi
Puis :
— Tu ne nous dis pas adieu, ce soir? (i)
Comment peut-on habituer les enfants à considérer le devoir comme une chose « sacrée »?
1 En lui donnant toujours, dans ses discours et ses actes, la priorité sur les intérêts, les goûts, les affections, le repos et même la vie.
2 En habituant les enfants à se comporter de même façon, à se demander toujours : Que dois-je fairt? et jamais : qu'aimé-je à faire? Qu'ai-je intérêt à faire? etc.
o° En les exerçant à faire leur devoir parce que c'est le devoir, c'est-à-dire la volonté de Dieu.
Trois enfants, trois amis, s'en allaient à leur classe. Si je travaille bien, moi père m'a promis, Dit l*un. un louis d or. Le second des amis Dit : Je travaillerai pour que maman m'embrasse. Le dernier soupira : Pour moi, je n'aurai rien. Car je suis orphelin, je. n'ai père ni mère; Mais je m'efforcerai cependant de bien faire. Il faut faire le bien parce que c'est le bien (2).
Comment procéder pour donner du devoir une idée « souriante » et agréable?
1° 11 faut l'accomplir et le faire accomplir franchement et avec décision :
Le devoir ne fronce les sourcils que tant que vous le fuyez suivez-le, il vous sourit (3).
(i) Bou>ier, ibid., p. 161.
(2) L. Ratisbo.nne, La comédie enfantine, p. i5o.
(3j ;tlva.
l'éducation morale 2'*9
2° Il faut l'accomplir et le faire accomplir avec générosité, sans craindre d'en dépasser les strictes limites :
Nous avons beaucoup moins de peine à faire plus que nous ne devons qu'à faire ce que nous devons (4).
3° Il faut l'accomplir et le faire accomplir joyeusement.
Si je ne chantais pas. disait un ouvrier, je ne suffirais pas à la besogne (2).
Arriére ces soupirs résignés en face du devoir : « 11 faut
donc s'y mettre! » « Ah! si on pouvait faire ce que Ton
veut! »
Arrière cette mauvaise humeur qui accompagne le temps du travail, et cette gaieté expansive des seuls jours de chômage!
Non ! Non !
Les jours où l'on a plus à faire, les jours où Ton exige davantage des enfants, doivent être marqués par un surcroit d'allégresse familiale.
Ainsi le veut l'Evangile quand il recommande de faire face avec entrain aux obligations difficiles de la pénitence : Unge caput tuum et faciem tuam lava : Parfume ta tête et lave ton visage (3).
Comment peut-on infuser l'estime du devoir jusque « dans 'a moelle » et le sang des enfants?
1° En leur montrant les avantages qui découlent de l'accomplissement du devoir.
2° En les exerçant à faire toujours leur devoir.
Quels sont les >.• avantages » qui découlent de l'accomplissement
du devoir?
r La joie de la conscience. —Si vous saviez comme on est heureux chaque fois que. portant un regard intérieur sur son âme, on v trouve le sourire et qu'on entend la voix aimée de la conscience qui dit : Tu as fait ton devoir (4).
2« La sécurité. — Le devoir accompli est un oreiller sur lequel on repose sans inquiétude en attendant, le sourire sur les lèvres, la récompense promise au serviteur fidèle
(i) BOURDALOUE.
(2) Paillettes d'or, :" série, p. i35.
(3) Matth. vi, 17
(4) Paillettes d'or, 5« série, p. 43-44-45.
3 /» sanctification. — Le devoir, c'est le marteau qui fait tomber ce qu'il y a de terrestre en nous, et nous aide a faire ressortir ce que Dieu y a mis de céleste.
Le devoir, c'est la barrière gênante peut-être pour la fantaisie, mais qui nous empêche de nous égarer loin du chemin de la vertu. Un saint peut so définir : une âme qui accomplit parfaitement son devoir (i). ... , . .
', le bien-êtn tiieme physique. — Lair quon respire est plus doux» les plantes sont plus parfumées, la petite cellule où on travaille est pin- aimable, le travail lui-même devient plus aisé, la vie est plus facile. G'esl une oasis qui met de l'ombre sur toutes les routes, des sources au milieu de tous les sables, des voix mystérieuses H encourageantes dans toutes les solitudes (i).
;, ha bienveillance pour autrui. — Le devoir accompli donne pour très cette bonté miséricordieuse qui se répand comme une douce atmosphère et attire les âmes.
Le devoir, c'est la pierre dure et rugueuse qui polit les aspérités du caractère et les remplace par des dehors pleins de bienveillance et de chariti
Faut-il donc « toujours » faire son devoir?
Oui. toujours.
1 Même quand il est difficile.
il ne faut pas oser regarder le devoir en face, mais l'écouter h lui
obéir les yeux baissés