I. — La douce France
Même tombée au fond de la souffrance,
Même dans le sépulcre, elle a l'étoile au front.
(V. Hugo.)
Comment convient-il de parler de la France?
Avec cette ferveur d'admiration émue que nos lointains aïeux mettaient dans toutes leurs paroles, quand il était question de la France.
Ils l'avaient appelée a la douce France ». a vocable magnifique où toute la tendresse de nos pères est enclose
Les trouvères et jongleurs du moyen âge la chantaient : à La France
le gai pays ». — « La France est le plus beau royaume après le
ciel. » — « Quand Dieu fonda cent royaumes, le meilleur fut douce
France. >» — « Quand le doux vent vient a souffler du côté de mon
piys. m'est avisque-je sens une odeur de paradis. ■> (4)
Berte aux grands pies doit quitter sa mère. Elle est dans ses bras, tout en larmes :
Douce mère, il semble que j'aie au cœur comme un coup de couteau !— Fille, ne pleurez pas! Sovez plutôt joyeuse: vous allez en France !
La douceur de la France, elle émeut nos entrailles dans les adieux de Guillaume d'Orange :
Vers douce France il sest retourné, et un vent de France le frappe au visage. Il découvre .sa poitrine pour le laisser entrer plus à plein.
li) R. Bazin, L i doua France, p. i6.
(2) Jean Vaudtn.
(3) R. Bazin, La douce France, Avant-propos, vi.
(4) Bernard de Ventadovr.
Placé contre le vent, il se met à genoux : « 0 doux souffle qui vient de France ! Là sont tous ceux que j'aime. Je te remets entre les mains du Seigneur Dieu. car. pour moi. je ne pense plus te revoir. »
Et les pleurs inondent son visage: son bliaut lui-même en est arrosé (i).