CHAPITRE I
Certains grands-parents
J'obéis à ces charmants amours,
Je les guette, et je cherche à comprendre toujours Tout ce qui peut passer par ces divines tètes. (-2»
Comment les grands-parents nuisent-ils à l'éducation de leurs petits-enfants ?
Par leur excès de bonté.
i) L\ Fontaine, Fables, IV, 22.
2) Victor Hugo, L'art d'être grand-père. La lune.
On les appelle « bon-papa », « bonne-maman »; nous ne critiquons pas l'appellation, elle est trop juste.
Ils sont tellement bons, le bon-papa et la bonne-maman, qu'ils en sont trop bons, et qu'ils gâtent les enfants. A combien d'entre eux ne pourrait-on pas dire:
A chaque instant L'ordre est troublé par vous, te pouvoir se détend: Plus de règle. L'enfant n'a plus rien qui l'arrête. Vous démolissez tout (1) !
Françoise, cinq ans, à la cuisinière :
— Aujourd'hui, je vais pouvoir faire une colère; bon-papa est arrivé! (Authentique.)
Un petit tableau exposé au Salon, il y a quelques années, représentait. Un enfant qui pleure devant un pot au lait renversé et brisé.
Il pleure parce qu'il va être grondé, battu, peut-être.
Un autre enfant, son camarade, voyant ses larmes, lui dit simplement :
— Tu as peur d'être battu ? Mais. Maurice, tu n'as donc pas une grand'mère? (2)
C'est charmant, touchant, mais il ne s'agit ni d'art ni de sentiment, il s'agit d'éducation Alors c'est inquiétant!
Mais enfin, n'est-il pas tout naturel que les grands-parents soient, au foyer, les représentants de la douceur, de l'indulgence et de la bonté?
Oui, tout naturel, en effet. Il y a un rapprochement instinctif entre les deux extrêmes de la vie. Et puis, en avançant en âge, généralement on s'adoucit.
Et comme l'on n'est plus retenu par le sentiment direct de la responsabilité, en matière d'éducation, on se laisse glisser sur cette pente agréable et facile des caresses, des cajoleries et des gâteries.
Et voilà précisément le danger : la faiblesse résultant de l'irresponsabilité.
L'aïeul obéissait, comme il sied : « Père, attends. » Il attendait, « Non, viens. » Il venait. Le printemps A sur le vieil hiver tous les droits du jeune âge. Comme ils faisaient ensemble un bon petit ménage,
(0 Victor Hugo, L'art d'être grand-père, Le pain sec. (2; D'après les Paillettes d'or, IX* série, i33.
GÉNÉRALITÉS SLR L'ÉDUCàTION 41
Ce petit-lils tyran, ce grand-père opprimé! Gomme janvier cherchait à plaire au mois de mai ! Comme, au milieu des nids chantant à leurs oreilles, Erraient gaiment ces deux naïvetés pareilles. Dont l'une avait deux ans et l'autre quatre-vingts iii.
Que faut-il faire alors ?
1° L'éducateur restera ferme.
Et si le grand-père, par exemple, réédite les objections de Bonnaud, la mère fera siennes les réponses de Tata 2 .
— Adèle, je ne peux pas voir ça !
— C'est facile, mon père; éloignez-vous un moment.
— S'il ne prend pas de dessert, moi je n'en prendrai pas non plus. Je ne pourrai pas
— Vous ne vous en porterez pas plus mal, mon père.
— Cela l'ait hien mal !
— Il faut souffrir pour leur faire une àme.
2° Les parents ne confieront pas le soin de leurs enfants aux grand-père et grand'mère, sans une raison grave, au moins pendant un temps prolongé.
Nous sentons des cœurs de « bons-papas » et de « bonnesmamans » qui bondissent: nous le regrettons; mais, à part de rares exceptions, le conseil est nécessaire.