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CHAPITRE VIII

La durée dans l'effort

EHes allaient et ne ?>e retournaient pas dans leur marche (iv

Quelle est l'importance de cette deuxième forme de la persévérance : la durée dans l'effort ?

1° Sans elle : la volonté cesse d'être la volonté; aucun progrès n'est possible: on n'aboutit guère qu'à des insuccès; parfois même on court à la mort : « Les Peaux-Rouges préfèrent se laisser décimer plutôt que d'essayer d'un labeur régulier qui leur assurerait une lar^e aisance. » -1

2° Avec elle, tous les obstacles s'aplanissent : ils sont franchis ou tournés; l'intelligence s'ouvre et se développe; la vertu s'affermit, la beau té morale resplendit d'un éclat chaque jour plus vif

faut-il faire pour arriver à pratiquer la durée dans l'effortY

H faut :

1 Eviter la diversité excessive ; i S'astreindre aux petites cboses; 3- Finir.

Puai quoi faut-il •< éviter la dnertite excessif?

1° Parce qu'elle est un dissolvant de la volonté.

Tandis que le changement d'occupations est nécessaire, autant pour enrichir et reposer l'esprit qup pour assouplir la volonté, une diversité excessive désagrèg-e 1

Saint François de Sales \ dénonce une ruse du diable, « car souvent l'ennemi lâche «le nous faire entreprendre et com-

i, Ezéchiel, i, 17.

2 P. Gaultier, op. cit., \>y. 248-251.

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mencer plusieurs desseins, atin que, accablés de trop de besogne, nous n'achevions rien et laissions tout imparfait » (II. 2° Parce qu'elle engendre la fébrilité et fait confondrp l'agitation aver l'action.

Est-il bien nécessaire de s'astremdr»' aa.r « petite* chsmt

V Lett'ort hanal el sans portée apparente est la pierre S'achoppement, dp la volonté, l'obstâcte qui tlistinsr»ip Ips fort*: qtr e*i triomphent, des faibles qui s'y buttent \i\.

2° « Les petites choses », d'ailleurs, constituent la trame ordinaire de notre vie et offrent, par conséquent, à la volonté de fréquentes occasions défaire les sacrifices nécessaires à sa préservation et à sa formation.

3° « Les petites choses », enfin, sont comme le fondement de l'édifice de notre vie morale.

Xous n'aurons jamais de grandeur, de solidité ni de beauté si nous n'établissons à la base de notre action la fidélité constante et généreuse aux petits devoirs.

Patience et longueur de temps Font plus que fnre,e n< qup rat:*-- (3).

Quel* sont tes « petits dmmrs •> auxquels il fmt s > {forcer dptrr fidèle* ?

Depuis le premier instant du réveil jusqu'au moment de se remettre entre les mains de Dieu, avant de prendre son repos, les occasions d'actes de volonté se présenteront par centaines.

!• Pour le lever, par exemple :

Combien ne déterminent que le matin l'heure exacte du commencement de leur journée.

C'est le plus sûr moyen de céder a la paresse.

L'heure du lever doit, être fixée une fois pour toutes, ou faire l'objet d'une résolution la veille au soir.

Le lendemain, au moment venu, la paresse réclamera ses droits, il semblera même quelquefois que l'on esl indisposé, etc.

Ce sont les assauts de la bète, mécontente, parce que dérangée.

(i\ Traite de l'amour de Dieu, vin. xi.

(a) P. Gaultier, op. cit., pp. 255-2Ô6.

(3) La Fontaine, Fohfcs. Le iicm et ic rat.

C'est l'heure d'un acte de volonté. II faut alors bondir sans hésitation . première victoire.

2° Les exercices de piété.

On se sent mal disposé, le cœur est sans amour, l'esprit sans lumière, l'âme sans goût.

ôue faire dans ces conditions ?

N'est-il pas mieux de tout laisser et d'attendre des dispositions plus favorables?

C'est l'assaut du vieil homme

C'est le moment de faire agir, sans discuter, une volonté immédiate et énergique.

3° Le travail.

Il se présente à faire.

Théoriquement, il s'impose avant le plaisir ou avant le repos.

Et Ton est tenté de remettre à plus lard ce qui coûte et de s'accorder d'abord quelque distraction ou quelque détente. C'est le moment de la volonté.

4° A tout instant du jour, la grâce actuelle, qui est une lumière surnaturelle donnée par Dieu pour nous aider à éviter le mal et à faire le bien, offre une vertu à pratiquer, un sacrifice à faire, une instruction à entendre, un sacrement à recevoir; l'on est tenté de dire : demain.

tE la volonté devrait faire dire : oui, aujourd'hui, tout de suite.

5° En résumé, chaque fois que l'on fait un acte en conformité avec la lumière divine de la foi, on fortifie sa volonté, donc on la forme.

Mais chaque fois que l'on refuse ou recule, on affaiblit d'autant sa volonté, donc on la déforme

Que faut-il entendre par cette expression : « finir » ?

On signifie par là qu'il faut : 1° aller jusqu'au bout de l'œuvre entreprise; 2° lui donner toute la perfection qu'elle comporte.

Est-il difficile de « finir » ?

Oui.

1° Et Ton s'en convaincra sans peine, si l'on considère le petit nombre de ceux qui en connaissent l'art et en réalisent les conditions : bien peu d'enfants soignent jusqu'au bout le

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cahier de leurs exercices journaliers ; bien peu de grandes personnes lisent jusqu'au bout un livre sérieux ; bien peu de chrétiens et de chrétiennes récitent pieusement jusqu'au bout leurs prières quotidiennes.

Il avait de la psychologie, ce directeur de conscience qui demandait à ses philothées : « Avez-vous bien dit vos Ainsisoit-il ? »

2° L'on s'en convaincra mieux encore, si l'on considère que la nécessité de produire beaucoup, et à bon marché, en notre siècle de concurrence effrénée, a engendré le «bâclage », le plâtrage, le tape-à-1'œil. Et dès lors,

Finir, polir, limer, c'est bon pour l'art antique!

Notre temps est trop court pour le perdre aux détails! il)

Cette difficulté est-elle insurmontable?

Loin de nous cette pensée !

1° « On va bien loin, depuis qu'on est las », dit un vieux proverbe plein de saveur et de sagesse.

2° Le travail accompli loyalement laisse à l'esprit un sentiment de contentement et. en quelque sorte, d'appétit satisfait r2i.

Est-il important de « finir »?

L'art de tinir est le signe le plus indiscutable de la force et le plus puissant agent d'influence sur les hommes (3).

Aussi, on ne saurait habituer trop tôt les enfants à pousser et à soigner jusqu'au bout les petits travaux auxquels ils se livrent; on ne saurait trop souvent le leur rappeler; on ne saurait trop les y encourager.

Une grande école catholique, FEcole des arts et métiers de la rue Auber, à Lille, a pris pour devise : « Finir! » Le conseil se lit sur des écussons armoriés placés à toutes les arêtes de la maçonnerie.

Un professeur de littérature, voulant habituer ses élèves à bien parler, leur répétait : « Ne laissez jamais, dans la conversation, aucune de vos phrases inachevée. »

Finir !

Achever !

(i) .T. Bûubée, Finir !

(21 Cité par Payot, dais Y Education de la volante, p. i Jo

(3) J. Guibert, op. cit., p. io.

Aller jusqu'au bout !

C'est toujours important.

Et c'est une affaire de volonté !

La volonté doit aller jusque-là !

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