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CHAPITRE I

Le bon caractère

« La bonne humeur est féconde en idées riantes, en

perspectives, en espérances

La gaieté clarifie l'esprit, aulieu que l'ennui l'embrouille. » (1)

Qu'est-ce que le bon caractère ?

C'est cette disposition, naturelle et acquise, faite d'affabilité, de douceur et de complaisance, qui s'impose la loi de ne jamais blesser personne volontairement; qui, après avoir affaibli les tendances mauvaises de la nature, donne la pré-

(i) JOUBERT.

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pondérance aux inclinations nobles; et qui nous met en mains toutes nos énergies morales, comme des soldats à la disposition du capitaine qui les a disciplinés pour la lutte (1).

Quels sont les avantages du bon caractère ? Ceux qui ont un bon caractère sont heureux et font des heureux.

Quels sont les inconvénients du mauvais caractère ? Ceux qui ont un mauvais caractère sont malheureux et font des malheureux.

Fénelon écrivait pour le duc de Bourgogne :

Surtout, soyez en garde contre votre humeur: c'est un ennemi que Tous porterez partout avec vous jusqu'à la mort : il entrera dans vos conseils et vous trahira, si vous l'écoutez. L'humeur fait perdre les occasions les plus importantes: elle donne des inclinations et des aversions d'eûfant, au préjudice des plus grands intérêts ; elle fait décider les plus grandes affaires par les plus petites raisons : elle obscurcit tous les talents, rabaisse le courage, rend un homme inégal, faible, vif et insupportable. Défiez-vous de cet ennemi (2).

Quels sont les moyens à prendre pour former un bon caractère?

Il en est de deux sortes :

1° Il y a des moyens négatifs, qui consistent à supprimer tout ce qui prédispose au mauvais caractère : les excitants, les pleurnicheries et la bouderie.

2° Il y a un moyen positif : l'épanouissement dans l'éducation. "

Quels sont les excitants qu'il faut supprimer? 1° La nourriture échauffante (3); 2° Les paroles méchantes ou troublantes ; 3° Les exemples de mécontentement, d'aigreur, de rancune, de vengeance ou de colère.

Comment peut-on empêcher un enfant de devenir «pleurnicheur))? En ne donnant jamais satisfaction à des pleurs sans motifs. S'il souffre, il faut le guérir (4); s'il a du chagrin, il faut le con-

(i) D'après J. Guibert, Le caractère, p. 24-25.

(2) Cité par M« Dupanloup, op. cit., t. Ier, p. xxi.

(3) Se reporter au livre II, L'éducation physique.

(4) Au moins le soigner.

soler (1), parfois du moins, car souvent l'enfant n'a de chagrin que dans la mesure où ses parents attachent de l'importance à ce qui le chagrine;

S'il pleure pour se faire bbéir (car c'e^t sa manière à lui de commander), on ne doit pas se laisser émouvoir par ses larmes : si on tient bon. il comprendra qifil n'a rien à gagner et il se taira (1).

La « bouderie » est-elle nuisible au caractère de l'enfant?

Enormément.

F. Nicolay (2) va jusqu'à dire que « une heure de bouderie lui fait plus de mal que ne lui feraient de bien les bons exemples d'une semaine entière ».

La bouderie n'est-elle pas l'effet plutôt que la cause du mauvais caractère ?

Elle est l'un et l'autre.

L'effet. — Quand elle se manifeste, elle révèle L'orgueil froissé d'un mauvais caractère.

La cause. — Si elle n'est pas combattue, elle affermit et développe les sentiments qui lui ont donné naissance.

Comment se comporter avec la bouderie/

Quand elle se produit, il faut paraître ne rien remarquer.

Dans la suite, on fera utilement appel à l'amour-propre, aux sentiments religieux, on montrera le ridicule d'une pareilie contenance. Parfois môme, une légère moquerie peut réussir.

Quel est le meilleur moyen à employer pour faire prendre aux enfants l'habitude du bon caractère ?

C'est de faire leur éducation dans une atmosphère d'épanouissement.

Comment créer autour des enfants l'atmosphère d'épanouissement dont ils ont besoin ?

lù Les parents s'efforceront d'être gais.

Notez qu'il est essentiel pour l'enfant d'avoir des parents gais.

(i) Abbé Simon, L'art d'élever les enfants, pp 104 et 227.

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qui comprennent la gaieté, qu'elle n*importune pas, et qui la partagent et même l'excitent. Les hommes de bon caractère sont ceux qui ont eu des parents gais; les neurasthéniques sont ceux qui ont eu des parents tristes — eut non rUere parentes. — Il n'y a presque plus de parents gais : c'est qu'ils ont de quarante a cinquante ans. C'est un désastre pour une génération d'avoir des parents feuille-morte (1).

2° Au moins les parents donneront-ils l'exemple d'une bonne humeur toujours égale à elle-même et maîtresse des impressions.

3° Les parents observeront ce qui est de nature à faire naître le rire chez les petits enfants, et ils s'en serviront avec intelligence et discrétion.

Au dire de M"e de Genlis, le rire vaut souvent mieux que les médicaments.

Et. en tant que facteur dans une bonne éducation, il est vraiment nécessaire : rien ne peut le remplacer. Il dilate le cœur, détend l'esprit, distend l'organisme, prédispose à la souplesse du caractère et à la discipline des organes inférieurs (2).

4° Les parents accorderont à leurs enfants une détente raisonnable.

« Un saint triste est un triste saint », déclarait saint François de Sales, et il s'élevait contre ces hommes « rigoureux, agrestes et sauvages qui ne veulent prendre pour eux, ni permettre aux autres, aucune récréation ».

Le bon roi saint Louis entendait les choses comme l evèque de Genève, puisqu'il avait coutume de dire, lorsque des religieux voulaient lui parler de choses relevées après dîner : • Il n'est pas temps de raisonner, mais de se récréer par quelques joyeusetés et quolibets: que chacun dise ce qu'il voudra honnêtement » (3).

5° Ils éviteront les saillies et les éclats qui terrorisent et referment les physionomies et les cœurs.

6° Ils rendront aussi courts que possible les moments de sévérité, et, une fois la correction achevée, ils n'en garderont aucun souvenir et n'en feront aucune mention.

a» E. Fagueï, De la famille, p. 91.

(2) Nicolay, op. cit., p. 226.

(3) L'éducatrice ^Beauchesnei, p. 17S.

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