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SIXIÈME PARTIE

La correction

« Ne vous flattez pas d'aimer vos enfants, si vous ne savez ni les reprendre ni les corriger. » (Saint Jérôme.)

Que verrons-nous dans cette sixième partie de l'éducation morale : la correction?

Nous verrons :

Section I. — L'importance de la correction. Section IL — Les conditions de la correction. Section III. — La pratique de la correction.

Section 1 L'IMPORTANCE DE LA CORRECTION

« Quand les enfants sont petits, ils vous marchent sur le pied: quand ils sont grands, ils vous marchent sur le cœur. » (i)

Comment faut-il envisager la correction?

Il faut la considérer comme un grave devoir. « Malheur, trois fois malheur aux parents qui le négligent. » (2)

Pourquoi la correction est-elle un grave devoir ? i° Parce que la sainte Ecriture nous l'ordonne. 2° Parce que la raison nous l'impose.

(i) Proverbe slave.

(2/ M«r Rosset, Devoirs des parents envers leurs enfants, p. 72.

En quels termes la « sainte Ecriture » nous fait-elle un devoir de la correction ?

Saint Paul (i), en parlant des devoirs des parents envers leurs enfants, prononce hautement les noms de discipline et de correction : « Educate illos in disciplina et correctione Domini. Elevez vos enfants, en les avertissant et en les corrigeant selon le Seigneur. »

Comment la « raiso)i » confie me-t-ellc cet argument d'autorité?

En établissant la nécessité de la correction :

1° Par la considération de la sensibilité de l'enfant ;

2° Par l'examen éclairé de l'état de son âme;

3° Par l'utilisation des données de l'expérience.

Comment peut-on tirer de la « sensibilité » de l'enfant tin argument en faveur de la correction ?

L'enfant juge de la valeur des choses par l'impression qu'il en ressent.

Il n'est que sensibilité: son intelligence n'est pas développée, son jugement n'existe pas encore.

Or, il s'en faut qu'une impression agréable soit toujours produite par ce qui est bon moralement ; et, en sens inverse, qu'une impression fâcheuse provienne toujours du mal moral.

L'enfant a donc besoin que l'éducateur lui rende le mal mauvais pour sa sensibilité; il a besoin que la correction fasse, pour lui, du mal moral un mal sensible, le seul qu'il puisse comprendre.

Que révèle l'examen attentif de « l'âme » de l'enfant?

11 nous apprend que si l'enfant a reçu, à l'état de dispositions, au jour de sa naissance, un certain nombre de vertus naturelles, au jour de son baptême, toutes les vertus chrétiennes, il a été, par le péché originel, l'esclave du démon, qui a jeté dans son àme la semence de tous les vices, les sept péchés capitaux.

Il ressemble donc à un champ qu'on aurait ensemencé tout ensemble de froment et d'ivraie. Le cultivateur peut-il raisonnablement se promettre une récolte qui lui fasse honneur,

(i) Eph. vi, 4.

l'éducation morale 321

s'il laisse pousser et grandir simultanément le bon grain et les mauvaises herbes?

Non, évidemment.

Les parents ne pourraient espérer davantage, s'ils négligeaient d'arracher l'ivraie, c'est-à-dire de corriger leurs enfants.

Que nous apprend « l'expérience », relativement à la nécessité de corriger les enfants ?

L'expérience nous apprend que les enfants qui ont grandi sans réprimande et sans correction sont, très généralement, des incapables, des vicieux ou des malfaiteurs ; pour tout dire, en un mot, ils deviennent des enfants gâtés.

Que faut-il penser des enfants gâtés ?

1° Les enfants gâtés sont des malheureux.

Ecoutez ce cri d'un de nos plus grands rois, dont l'éducation avait manqué de fermeté :

— N'y avait-il donc pas de verges dans mon royaume quand j'étais enfant? Que m'épargnait-on alors? Ah! si Ton avait réprimé mes mauvais penchants, je ne serais pas où j'en suis aujourd'hui.

2° Les enfants gâtés font le désespoir de leurs familles.

L'enfant à dix ans.

Pauvre petit, de l'école chassé, viens, mon fils! Ces maîtres sévères N'ont point des entrailles de mères !

Viens donc! Et dans mes bras pressé.

Pauvre petit! maudissons leurs colères.

L'enfant à vingt ans.

Va-t'en! Va-t'en! De ta mère maudit!

* Pour le prix de mes sacrifices, Dans le plus amer des calices, Tu ne m'as fait boire, ô bandit!

Que des larmes et des supplices! (1)

3e Les enfants gâtés constituent une peste pour la société : ils la troublent et la menacent.

Témoin ce condamné qui disait : « Je pardonne aux juges:

(i) Be Laprade CATÉCHISME DE L'ÉDUCATION H

leur sentence est juste; je pardonne aux gendarmes qui me conduiront au bagne; mais il est un homme à qui je ne pardonne pas, c'est à mon père, ici présent : c'est à sa faiblesse que je dois de m'asseoir sur ces bancs de Cour d'assises. »

Que diront de semblables enfants au jugement général, et peut-être pendant toute l'éternité? Car, et c'est là le dernier trait qui caractérise ces malheureux.

4° Les enfants gâtés ont déjà un pied en enfer.

N'y a-t-il pas des enfants sans défauts?

Non.

Tous les enfants ont des défauts; même ceux qui ont reçu du ciel la meilleure et la plus riche nature; môme ceux qui paraissent n'en pas avoir; même ceux qu'on appelle de « jolis enfants »; même, et peut-être surtout, ceux qui ont beaucoup de qualités, puisqu on a généralement les défauts de ses qualités.

(jue faut-il donc penser des parents qui disent : « Mon fils et ma fille n'ont pas de défauts ? »

Il faut penser que ce sont des aveugles, des prétentieux et des faibles.

Des aveugles :

On ne sait, en vérité, d'où vient cet aveuglement: le fait est qu'il est prodigieux, incurable, et que le bandeau s'épaissit tous les jours sur tes yeux des rmrents qui le portent (1).

Des prétentieux :

Heureuse mère! En vérité, on croirait, a vous entendre, qu'ils Iles entants) ont été exempts de la souillure originelle (1).

D'hommes sans défauts, il n'y en a que deux, et il n'y en aura pas d'autres : Jésus-Ghrist et sa mère, la Vierge bénie, parce que, seuls, ils ont été conçus sans péché (2).

En dehors de cela, « il n'y a point de saint qui n'ait été, dans son jeune âge, repris et châtié dans sa famille; il n'y a point de héros ni de grand homme à qui une verte réprimande ou une sévère correction n'ait fait commencer l'apprentissage de la vie » (3).

tu M*1 Besson, Le Décalogue, t. Ier, p. 3i2.

(2) M** Rosset, Devoirs des parents envers leurs enfants, p. 73.

(3) M" Besson, Le Décalogue, t. Ier, p. 3i2.

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Des faibles :

Qu'avez-vous fait pour le savoir? Belle merveille d'être écouté,

quand on n'a jamais rien commandé, quand on n'a jamais rien interdit î Non, vous ne connaissez pas de défauls à vos entants, parce que vos enfants ne connaissent pas de devoirs (i).

Section 1]

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