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CHAPITRE III

Il faut faire vouloir aux enfants la correction de leurs défauts

Sitôt que par un vice ils pensent me confondre. C'est en me corrigeant que je sais leur répondre. (Bou.ea.it, Epitres, vn.)

Que verrons-nous dans ce chapitre ?

\ous verrons pourquoi il faut faire vouloir aux enfants la correction de leurs défauts (art. I); et comment on peut obtenir des enfants qu'ils veuillent cette correction. (Art." II.)

Article I. — Pourquoi faut-il faire vouloir aux enfants la correction de leurs défauts?

Voulez-vous être gUéri ?

Juan., v, li.)

Pourquoi faut-il faire vouloir à l'enfant la correction de ses défauts ?

Pour deux raisons principales :

1° Parce que la correction véritable est impossible sans une certaine collaboration de l'enfant.

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2* Parce que faire Youloir à l'enfant la correction de ses défauts et le bien élever sont une seule et même chose.

Gomment peut-on établir que « la correction véritable est impossible sans une certaine collaboration de l'enfant » ?

« Dieu, qui nous a créés sans nous, dit saint Augustin, ne nous sauvera pas sans nous. »

Pourquoi?

Parce qu'il a fait l'homme libre et qu'il veut et doit traiter avec respect le formidable privilège de cette liberté.

De même, et la pensée est de M*r Dupanloup, on n'élève Das un enfant sans lui et malgré lui.

D'où nous pouvons conclure, puisque la correction fait partie de l'éducation, qu'on ne corrige pas un enfant sans qu'il le veuille, au moins d'une certaine façon.

Sans doute, on pourra bien, sans lui, et peut-être malgré lui, plaquer à la périphérie de son être moral une vague apparence de vertu, un certain vernis de perfection, faits d'hypocrisie et de mensonge; mais la correction véritable, c'est-à-dire sincère, profonde et complète, n'est possible qu'avec la collaboration de l'intéressé.

Commeiit peut-on prouver que : « faire vouloir à un enfant la correction de ses défauts et le bien élever sont une seule et même chose » ?

Le voici.

Pourquoi, en effet, l'enfant répugnerait-il à la correction de ses défauts ?

Gela ne peut venir que de deux sources : de l'intelligence ou de la volonté.

1° De l'intelligence :

a) En ce sens que l'enfant ne sait pas qu'il a des défauts.

Mais alors son esprit n'a pas été éclairé, donc n'a pas été formé.

b i En ce sens que l'enfant n'admet pas que ce sont des défauts.

Mais alors c'est sa conscience qui n'a pas été formée.

c) En ce sens que l'enfant ne comprend pas l'importance de ses défauts

Mais alors c'est son jugement qui n'a pas été formé

2# De la volonté :

En ce sens que l'enfant n'a pas assez d'énergie pour entreprendre l'œuvre difficile de son amendement, ou qu'il s'oppose systématiquement à l'emploi des moyens nécessaires : il est faible ou entêté.

Mais alors c'est sa volonté qui n'a pas été formée.

De sorte que l'enfant qui ne veut pas la correction de ses défauts témoigne de lacunes graves dans la formation de son intelligence, de son jugement, de sa conscience et de sa volonté; il accuse ses parents de l'avoir mal élevé.

Voilà pourquoi nous disons : les parents sont obligés de faire vouloir à l'enfant la correction de ses défauts, comme ils sont obligés de le bien élever.

Article II. — Comment peut-on obtenir des enfanta qu'ils veuillent la correction de leurs défauts?

... Ce me sont de mortelles blessures De voir qu'avec le vice on garde des mesures.

(Molière.)

Comment les parents pourront-ils obtenir de l'enfant qu'il veuille la correction de ses défauts ?

Pour répondre plus adéquatement à la question, examinonsla sous trois aspects.

i° Quand l'enfant est petit; 2° Quand l'enfant grandit; 3° Quand l'enfant résiste.

Comment faut-il procéder « quand l'enfant est petit » ?

Comme l'enfant est davantage impressionné par les senti ments et les attitudes, il faut :

1° L'aimer beaucoup; 2° Eviter toute passion dans la correction d; ses défauts.

Quelle affection faut-il éviter ?

Il faut éviter l'affection de faiblesse et de complaisance qui se masque fréquemment sous cette formule, devenue banale à force d'avoir été répétée : « Mon fils a le caractère un peu difficile, il se bute promptement, mais, en le prenant par le cœur, on en fait tout ce que l'on veut. » En le prenant par le cœur, c'est-à-dire, trop souvent, en satisfaisant tous ses caprices; en provoquant à fleur de peau, par caresses et

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baisers, un mouvement de sensibilité qui lui fait faire des concessions ; en obtenant, par marchandages et promesses, qu'il veuille vendre sa soumission.

Ce sont là des contrefaçons de l'amour.

Laissons-les.

Quelle affection faut-il témoigner ?

Il faut aimer l'enfant d'un amour véritable, sérieux, intelligent, dévoué, désintéressé; d'un amour qui n'ait pas besoin de formules pour se traduire, mais qui transpire à travers tout l'être ; qui projette autour de la personne un rayonnement de douce lumière ; qui se dégage de la vie comme les effluves de chaleur d'un ardent foyer.

Quelle est l'impression produite par cette affection?

L'enfant, avec sa perspicacité naturelle, la reconnaît tout de suite, et tout de suite il y répond.

Nul regard ne discerne mieux le cœur de l'homme que le regard d'un enfant. Dans un cercle de vingt personnes, il a vite découvert celle qui aime le plus et qui aime le mieux, et il est bientôt sur ses genoux ili

Et s'il est vrai de dire que tout est bien accepté de la part d'une personne aimée, voilà l'enfant préparé à vouloir, au moins avec soumission, la correction de ses défauts, quand ses parents jugeront opportun de la lui faire subir.

À une condition, cependant, c'est que l'attitude des parents, en cette circonstance, ne soit point passionnée.

Pouquoi faut-il éviter toute passion dans la correction ?

Parce que. si les parents témoignent quelque passion, ils rabaissent la correction aux proportions d'une question personnelle : il n'y a plus, dès lors, que deux égoïsmes opposés l'un à l'autre, "et l'enfant pourra se demander pourquoi son égoïsme, à lui, devrait céder devant l'égoïsme d'autrui.

Si, au contraire, les parents restent pleinement maîtres d'eux-mêmes, s'ils se comportent avec une dignité à peine teintée d'une ombre de tristesse, ils montreront qu'ils agissent au nom d'un principe supérieur à eux, et l'enfant le com-

i) M*r Bolgaud, Le christianisme et les temps orésents, t. II, p. 279-280.

prendra suffisamment, pour n'opposer, tout au plus, qu'une résistance passagère à ce qu'on veut obtenir de lui.

Comment faut-il procéder « quand l'enfant grandit » ?

En lui formant l'intelligence, les parents lui apprendront

qu'il a, non pas des défauts en général ^les plus aveugles

et les plus orgueilleux sont obligés d'en convenir, et cela ne leur coûte gaère), mais tel et tel défaut, en particulier, sous telle et telle forme, en telle et telle fréquence, à tel et tel degré de gravité.

En lui formant la conscience, ils lui présenteront ces défauts comme des désordres désagréables à Dieu; comme des déformations morales, des souillures d'âme; comme des sources de fautes; comme des dangers surnaturels.

En lui formant le jugement, ils lui feront envisager les conséquences possibles, probables ou certaines de ses faiblesses ; ils lui montreront sa réputation ternie, son avenir compromis ou diminué, son bonheur menacé, la longue série des souffrances personnelles, familiales et sociales' qu'il se prépare, s'il n'amende sa vie. « Ce qui peut nous arriver de pire après avoir commis une faute, c'est de ne pouvoir expier cette faute », disait Platon.

En lui formant la volonté, déjà ébranlée par la crainte d'un avenir troublé, ils lui proposeront le stimulant d'un grand amour, l'amour de ses parents, l'amour du bien, l'amour de son âme, l'amour du ciel, l'amour de Dieu.

Tout cela avec bonté, avec intelligence, avec désintéressement, à la faveur des circonstances, d'une manière progressive.

Que résultera-t-il de cette formation.''

1° L'enfant, pour le moins, se soumettra à la correction de ses défauts;

2° Souvent même, il l'acceptera généreusement, et en témoignera sa reconnaissance. Il serait désirable d'habituer l'enfant à dire « merci » à ses père et mère, quand ils lui rendent le grand service de le corriger de ses défauts (1).

(n Quelques-uns, peut-être, trouveront cette pratique un peu Spartiate ; nous croyons qu'elle est surtout chrétienne : elle s'harmonise si bien avec ce que l'enfant doit penser de son âme et de sa destinée.

Et, par ailleurs, elle entre si facilement dans les habitudes d'une éducation

^° Souvent encore, l'enfant la voudra, cette correction; il la désirera ; il la demandera ; il prendra même les devants, comme en témoignent les trois petits traits authentiques que nous allons citer :

Françoise, quatre ans, à sa maman, très malhonnêtement :

— Je veux que tu mé donnes un crayon !

Distraite, ne retenant que le mot « crayon », sa maman lui en avance un :

— Merci! mais tu oublies de me gronder!

Jules, cinq ans, entend un prédicateur dire, du haut de la chaire : « Les enfants gâtés ont déjà un pied dans l'enfer! » il se tourne vers sa mère, et, tout haut, avec des larmes dans la voix :

— Je ne vais pas aller en enfer, dis, maman ?

Jacques, à onze ans ; dans une maison amie où il va quelquefois, il est repris à table par l'institutrice des enfants, pour une bévue qu'il a commise. Après le repas :

— Mademoiselle, je vous prie, réprimandez-moi encore, quand je ferai quelque chose de mal.

4 • Il y a des enfants qui s'imposent a eux-mêmes une pénitence, quand ils ont commis quelque faute à l'insu de leurs parents, et qui, ensuite, simplement, font connaître le tort et sa réparation, pour savoir s'ils ont sainement apprécié et s'ils se sont suffisamment punis !

Heureux parents ! Plus heureux enfants !

Seuls ceux-là pourront douter des ressources merveilleuses que recèle le cœur des petits, qui ne les ont jamais exploitées avec intelligence et amour.

N'y a-t-il pas des « enfants entêtés » dont il est difficile d'avoir raison ?

Oui ; soit disposition naturelle, soit fruit d'une éducation défectueuse, il y a des enfants qui opposent de la résistance à ce qu'on veut obtenir d'eux : ce sont des entêtés.

Aux parents qui se trouveraient aux prises avec ce genre

sérieuse, que nous ne pouvons nous résoudre à y voir un effort contre nature. Est-il besoin de dire qu'il ne s'agit pas ici dé ce merci ironique avec lequel les mauvais élèves, dans certains collèges, accueillent les remontrances et le? punitions des professeurs!

de difficultés et qui seraient tentés de se décourager, on pourrait rappeler cette parole de M*r Dupanloup :

Et pourquoi donc êtes-vous sur terre, pères et mères, sinon pour vouloir avec sagesse et pour faire vouloir avec autorité? (1)

Tous les parents ont-ils assez d'autorité pour faire vouloir leurs enfants ?

Non, malheureusement.

Les parents timides et faibles sont incapables d'y réussir.

Ce sont eux qui capitulent, et ce sont leurs enfants qui les font vouloir :

— Mon fils a quinze ans, disent-ils; on ne peut plus lui commander.

Et ils obéissent.

Ces malheureux pourraient lire, dans la sainte Ecriture, l'histoire du grand-prêtre Héli : Héli était un digne ministre de Dieu ; ses fils avaient trente ans ; ils prévariquèrent ; leur père ne les corrigea pas : on sait, par la Bible, comment eux et lui furent punis de Dieu.

Que faut-il pour y réussir ?

11 faut que les parents le veuillent à tout prix. 1° Il faut que les mères soient de nouvelles Blanche de Castille et qu'elles préfèrent tout, même la mort, au péché.

Je ne sais plus quel philosophe, se posant cette question : qu'est-ce que l'homme ? y fait cette réponse sublime : « Lhomme est un être qui est capable de donner sa vie pour la justice. » La mère chrétienne est une bien autre merveille. C'est un être qui est capable de donner la vie même de son enfant pour la justice: qui aime tant la justice, la vérité, e'est-a-dire Dieu habitant l'âme de son enfant, que, pour qu'il ne sorte pas de ce sanctuaire ou elle Ta déposé elle-même, elle verrait plutôt se briser et disparaître l'enveloppe matérielle : que dis-je ? c'est un être qui, lorsque la persécution éclate, lorsque le mal se montre, dans lafîreuse alternative qui lui est faite de voir périr son enfant dans le temps ou de le perdre pour l'éternité, n'hésite pas un instant à le présenter elle-même au bourreau, l'aimant mieux mort que souillé. Voila ce dont Jésus-Christ a donne au monde l'étonnant spectacle en créant la mère chrétienne (2).

2° Il faut que les mères soient, s'il est nécessaire, d'autres Monique, et qu'elles tirent de leur cœur ce cri, ce sanglot auxquels Dieu ne résiste pas, et qui sauvent les enfants égarés.

(i) Op, cit., t. II, p. 207.

(2) M«r Bougaud, Histoire de sainte Monique, p. /j5-46.

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Quand une mère a épuisé, pour ramener un fils coupable, les conseils, les avertissements, les reproches, et quen apparence elle ne peut plus rien, il lui reste encore une puissance, la plus grande de toutes : il lui reste ses larmes. Quelle prie, qu'elle pleure, qu'elle aille chercher dans ces replis secrets où l'âme de la mère et l'âme de la chrétienne se touchent une certaine larme que Dieu a faite exprès : voilà l'enfant sauvé! Et tous les jours on voit des jeunes gens qui avaient abusé de tout, dont la vie avait traîné dans les ignominies et dans tous les scandales, et qui renaissent à la vertu, parce que leurs mères ont pleuré (1).

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