‹ Catechisme de la reforme electoraleChapitre 2 sur 18 · L’ÉTAT ACTUEL DE LA DÉMOCRATIE · texte numérisé non relu

L’ÉTAT ACTUEL DE LA DÉMOCRATIE

En Angleterre.

En dépit des répugnances législatives, la réforme électorale va bientôt frapper aux portes de la chambre et réclamer une décision. Si près de ce solennel combat, il vous appartenait, Timon , à vous l’un des premiers apôtres du suffrage universel, de donner aux représentants du privilège, une leçon de virilité. Mais, puisqu’absorbépar l’étude du contentieux Administratif, vous IaiSrsez momentanément dormir dans le carquois vos flèches politiques, qu’il me

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soit permis d’emprunter chez nos voisins une plume hardie et vigoureuse, pour redonner du cœur à nos Bayards parlementaires , que nous voulons bien croire sans reproche, mais qui assurément ne sont pas sans peur.

Ce n’est point par modestie que Bentham a donné à cet opuscule le titre de Catéchisme. Un catéchisme est. le résumé d’une doctrine , et l’illustre publiciste a concentré dans quelques pages tous les articles de sa foi politique, en matière électorale.

Nous ne sommes pas tenus sans doute d’accepter avec tous leurs corollaires, ses projets de réforme. Les Anglais sont moins organisateurs que nous ; car la puissance d’organisation ne s’acquiert qu’après avoir largement usé de la puissance de démolition 5 c’est la logique de l’histoire. Toutefois, il est intéressant de

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voir comment un esprit aussi droit que celui de Bentham , comprenait , il y a trente ans , une question qui pour nous , aujourd’hui encore, est presque à l’état de nouveauté.

Ici , nous ne pouvons nous empêcher de signaler les différences qui distinguent les deux peuples, et de faire voir combien ils sont éloignés l’un de l’autre, malgré leur voisinage.

Ce fut en 1809 que Bentham écrivit ce plan de réforme, où il attaque sans déguisement , sans réticence , la constitution britannique, où il invoque hautetement la démocratie comme la seule voie de salut pour la vieille Angleterre.

Nous sommes en 1 839 , et nous ne pourrions, sans péril d’amende et de prison, adresser à la royauté sortie des barricades les terribles avertissements que finit entendre Bentham à une royauté

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dont les prérogatives séculaires remontent jusqu’à Guillaume- le -Conquérant.

En présence de cette liberté de parole, d’une part, de ces entraves, de l’autre, ne semble-t-on pas en droit de conclure que l’Angleterre est bien plus avancée que nous dans les voies démocratiques, et que c’est à elle à nous donner des leçons? Une pareille conclusion serait une étrange erreur. L’Angleterre est restée ce qu’elle était, un pays de privilèges, de monopoles et de tyrannies : la France ne s’est jamais arrêtée dans sa marche progressive : tous les jours, sa main puissante renverse dans la poudre quelques vieux débris du passé ; son avenir démocratique est assuré. On n’est plus en désaccord que sur une question de temps.

Et pourtant l’Angleterre a eu ses révolutions ; mais ses révolutions ont été

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faites par l’aristocratie et au profit cIq l’aristocratie : en France, elles ont été faites par la démocratie et tourneront en définitive au profit de la démocratie, Les révolutions anglasies ont été des luttes de privilégiés qui se disputaientle privilège ; les révolutions françaises ont été des combats contre le privilège ; en Angleterre, ce sont des déplacements de pouvoirs 5 en France, des transformations sociales. En Angleterre , les institutions ont un caractère extérieur de liberté 5 mais ce n’est qu’une servitude plus ingénieusement organisée. En France, le code politique est surchargé d’entraves \ mais elles tombent devant l’application.

En Angleterre , les lois sont libérales , et les mœurs tyranniques : en France, privilège est dans la loi , l’égalité dans les mœurs. Cela seul met entre les deux pays une incommensurable distance.

Car les lois peuvent être menteuses, et par conséquent sans force -, les mœurs ne peuvent mentir : elles sont ce qu’elles sont. La loi peut se changer en quelques instants 5 il faut des siècles pour transformer les mœurs. D’ailleurs, la loi, qui donne plus que les mœurs n’exigent, a un caractère de générosité qui la fait respecter ; la loi qui donne moins n’a pas de chances de durée.

Ce n’est pas que l’Angleterre ait manqué de leçons. D’habiles écrivains, des penseurs audacieux ont rappelé à haute voix le peuple à sa dignité; ils ne lui ont épargné ni avertissements ni reproches; et Bentham, à lui seul, a résumé toutes les hardiesses de nos plus fougueux novateurs. Mais ce n’étaient que des voix sans écho , des paroles sans retentissement. En Angleterre , l’audace est dans quelques cœurs, l’in-

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telligence dans quelques têtes ; en France, l’audace est dans la pensée commune, l'intelligence dans l’esprit de tous.^ Là, une âme forte reste isolée ; ici,, elle retrempe sa force dans la force générale. Là, les publicistes ont peine à donner quelque vie à l’élément démo-' cralique ; ici c’est l’élément démocratique qui donne la vie aux publicistes.

N’est-ce donc pas, Timon, un acte de, dérision amère ou deprofonde ignorance qui a fait invoquer en politique l’exem-, pie de l’Angleterre? Oh ! sans doute la loi ouvre la représentation parlementaire au plus grand nombre ; mais les habitudes morales du pays veulent que l’on n’y arrive qu’en dépensant cent mille francs pour son élection. Le voyageur peut parcourir la contrée sans êtrë arrêté par les formalités légales d’un, passeport 5 mais il ne peut faire un pas

sans être soumis aux formalités minutieuses d’une société toute imprégnée d’aristocratie. L’aristocratie le poursuit dans chaque circonstance de sa vie, dans chaque détail de son existence.

Qu’un noble se complaise dans ses traditions , qu’un riche s’admire dans son opulence, en France, on le laisse faire, et l’on passe outre ; en Angleterre, chacun le justifie en s’associant à son culte.

Les petits sanctionnent par leurs hommages l’orgueil des grands. Or , ce qui constitue essentiellement des moeurs aristocratiques, c’est moins l’existence d’une certaine classe privilégiée que l’acquiescement des masses aux prétentions de cette classe. L’aristocratie , c’est un maître qui commande et un valet qui obéit 5 c’est une divinité qui n’a pas d’existence isolée 5 elle ne vil que par ses adorateurs. Que nous importe, à

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nous, que le faubourg Saint-Germain croie à sa supériorité, pourvu qu'il reste seul à y croire ?En Angleterre , répélons-le, cette supériorité de la noblesse est constatée par les inférieurs qui l’acceptent. L’humilité des uns sert de complément à la vanité des autres.

Ainsi organisée , l’aristocratie forme un vaste réseau qui enlace et emprisonne tous les habitants des îles britanniques quels que soient leur classe, leur rang, leur opinion. L’aristocratie est dans le cœur du marchand comme du seigneur, de l’ouvrier comme du rentier, du mendiantcomine du propriétaire. Elle se fait voilurer en équipage, et elle se promène en haillons; elle se glorifie dans le parlement , et elle s’enivre au cabaret ; elle se pavane dans les hautes régions du pouvoir, et elle se débat dans la boue des ruisseaux.

Bentham.

N’allez pas croire , Timon , que l’esprit démocratique se révèle en Angleterre par les mouvements désordonnés des chartistes. Il y a loin, bien loin, de ces insurrections à tout ce qu’on pourrait leur comparer chez nous. Il y a toute la distance d’un fait instinctif à un fait intelligent. L’Anglais se bat pour du pain , le Français se bat pour une idée : l’Anglais est un esclave révolté qui pille les boutiques et brûle les maisons privées ; le Français est un ennemi politique qui attaque un gouvernement et tue ceux qui pillent. La révolte à Birmingham , c’est le cri de l’estomac 5 à Paris, c’est une exaltation du cerveau. Les besoins physiques entraînent l’un à des violences qui vont jusques à la férocité ; les besoins intellectuels dominent l’autre jusques à l’égarement, mais sans jamais le faire sortir des lois de la guerre.

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Cette différence ne saurait justifier sans doute le gouvernement anglais : elle est peut-être contre lui une plus terrible accusation. Mais elle démontre jusqu’4 l'évidence qu’entre les deux pays il n’y a pas de similitude politique. Que l’op assure aux ouvriers anglais leur existence matérielle , et ils rentreront dans leur repos. Les Français ne cesseront de s’agiter jusqu’à ce que la démocratie soit passée à l’état d’institution.

C’est encore par la même cause que les luttes présentent un caractère si dissemblable dans leurs moyens et leurs résultats. L’insurgé anglais est criard * brutal et cruel : tant que l’autorité reste inactive, c’est un torrent qui semble dé; fier la digue ; mais qu’il se présente cinquante baïonnettes , ces bandes furieuse§ ne laissent d’autres traces de leur pasf sage que les ruines qu’elles ont faites*

Le Français marche à l’insurrection calme et silencieux : s’il pousse quelques cris, c’est en présence du canon : il tient en échec des régiments entiers ; et trois cents hommes disputent Paris à toute une armée. Ce contraste s’explique aisément : on affronte la mort pour une conviction politique, même erronée ; on ne se fait pas tuer pour un besoin matériel, même très-puissant, parce que le besoin de la vie est encore plus puissant que le besoin de la faim. Aussi l’insurrection des charlistes est-elle destinée à linir comme les révoltes de la Jacquerie 5 tandis que la démocratie française gagne tous les jours du terrain , et déjà commande à l’avenir.

Tout est fiction en Angleterre, tout est convention, tout est surface, moins l’aristocratie. Des orateurs démagogiques parcourent la campagne, il est vrai,

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prêchant tout haut la résistance et la révolte. Mais si on les laisse prêcher, soyez convaincu, Timon, que c’est parce qu’on ne les craint pas. La logique du pouvoir est trop habile pour tolérer longtemps ces missionnaires insurrectionnels, s’il y avait dans leur apostolat quelque sérieux danger. Mais l’aristocratie britannique connaît mieux que nous le peuple dont elle a si bien organisé l’oppression.

Elle lui abandonne quelques vaines formes d’indépendance, et le nourrit d’illusions en le chargeant de chaînes. L’Anglais n’imagine pas d’autre liberté que le droit de parler : il prend des voix pour des droits , des images pour des réalités. Courbé sous le joug du plus intolérable despotisme , il est tout fier qu’on lui permette la diatribe. Mais, après avoir épuisé le vocabulaire des injures, il s’arrête : il ne sait pas aller au»delà.

Aussi, que voyons-nous dans leurs rassemblements, leurs meetings, leurs associations ? L’occasion pour quelque parlementaire ignoré de faire retentir le? éclats d’un verbe toujours muet à Westminster-Hall ; quelques joutes de vanité , beaucoup de cris et de tapage , d’effrayantes menaces contre l’autorité, tous les hurlements de la colère , de la vengeance et du désespoir, puis le conciliabule terminé , une froide indifférence , un égoïsme plat et une stupide impassibilité.

II y a vraiment quelque chose d’étrange dans le langage de certains journaux, lorsqu’ils parlent des clubs de l’Angleterre comme d’institutions sérieuses.

Voulez-vous savoir , Timon , ce que c’est qu’un club, réformiste ou tory, wliig ou radical ? C’est un restaurant en commandite , où l’on va dîner sans crainte de

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se trouver en contact avec son tailleur ou son bottier , c’est un cabinet de lecture le matin, et une maison de jeu le soir. Les membres du club sont seuls admis à lire , à manger , à jouer ; car on a horreur en Angleterre des sociétés mêlées. Un gentleman doit perdre son argent avec un gentleman, un noble avec un noble. Aussi est-on très scrupuleux sur les admissions. Dans certains clubs, on consulte votre généalogie, dans d’autres, votre fortune, dans aucun votre intelligence ou votre probité.

Le club est l’asile des riches oisifs qui ne savent comment échapper aux ennuis de la plus ennuyeuse des métropoles, la retraite des vieux garçons qui fuient les tracas d’un ménage , le repaire des fils de famille , qui vont y prendre des leçons de dissipation et d’orgueil. Chacun de ces clubs , il est vrai , a sa couleur

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politique; niais, s’isolant du monde extérieur, repoussant avec soin toute communication profane , ils se retranchent dans une politique de salon, et formulent des doctrines de petite église. Rien n’est si opposé à l’esprit démocratique que ces associations fractionnées, qui transportent le pays dans le cercle mesquin de leurs petites passions et de leurs petits préjugés : il ne peut en sortir que des minorités vaniteuses et des idées exagérées d’importance personnelle. De temps à autre cependant , ces clubs veulent franchir le monde étroit où ils s’agitent, en s’associant ostensiblement à quelque mouvementdu dehors. Onverra, par exemple, élaborer dans le club de la réforme une pétition en faveur des ouvriers de Birmingham, ou une protestation contre les droits exorbitants qui frappent les eaux-de-vie ; et puis,

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après avoir vu les éloges de leurs journaux, naïvement répétés par les journaux du continent, les dignes clubistes reprendront leur partie interrompue de whist ou de piquet. Il faut assurément une imagination bien complaisante pour attendre quelque chose d’utile de ces aggrégations. S’il en sort de la politique , ce ne peut être que de la politique de coterie , sous un vain nom populaire , c’est-à-dire une contrefaçon de l’aristocratie sous le manteau démocratique.

Les clubs tories ont au moins cet avantage d’être franchement aristocratiques, et dans le fond et dans la forme; Les réformistes sont d’autant plus coupables, qu’avec l’aristocratie au cœur, leur hypocrisie emprunte des formules libérales pour combattre une aristocratie supérieure.

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Voici donc, en résumé, la situation politique de l’Angleterre : aristocratie par position dans les classes élevées; aristocratie par envie dans les classes moyennes ; aristocratie par servilité dans les classes inférieures. Les tories méprisent la démocratie , les whigs la redoutent, les radicaux la caressent, et le peuple ne la comprend pas. D’où peuvent donc lui venir les lumières qui doivent l’éclairer? Ce n’est pas de ceux qui l’environnent : ils ont trop intérêt à perpétuer son ignorance. Ce n’est pas de ceux qui arment son bras à leur profit, pour aussitôt recommencer à l’opprimer, quand, avec son aide, ils auront conquis une position ; ce n’est ni du parlement, ni des clubs, ni des meetings; ce n’est pas même de celte convention dont la conception est si gigantesque , et l’action si insignifiante. Il faut au peu-

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pie anglais l’appui et les leçons d’un payi vraiment démocratique qui lui enseignéune aggression plus intelligente etune ré- ; sistance mieux organisée. Déjà quelque^ hommes ont invoqué, de l’autre côté du détroit, l’exemple de notre pays : ils' comprennent que ce n’est qu’à l’ombre de la France que peut se développer Iè germe démocratique , imperceptible aujourd’hui sur le sol de l’Angleterre-, mais ils comprennent aussi que celte alliancé des deux peuples ne peut se réaliser que par la rupture de l’alliance des deux gouvernements.

Qu’est-cc en effet, Timon, que ce que l’on appelle l’alliance anglaise? Jé n’en parle pas sous le rapport des intérêts matériels -, à cet égard , il est depuis longtemps convenu que nous jouerons constamment le rôle de dupes. Les traités avec la Grande-Bretagne ont plus

ôté à la France que les plus longues guerres ; chaque note diplomatique lui coûte un sacrifice ; chaque protestation d’amitié lui vaut une défaite. L’humiliante mystification de l’Orient n’a pas même le mérite de la nouveauté.

Mais ces profits matériels sont peu de chose à côté des profits politiques qu’a extorqués l’aristocratie anglaise à la crédulité de notre gouvernement. C’est nous, en effet, qui, la fortifiant à l’extérieur par notre alliance et nos concessions , lui permettons de continuer à l’intérieur son système d’esclavage; c’est nous qui sommes les complices de son odieuse tyrannie ; et nous avons beaucoup à expier envers le peuple anglais, avam que nous réparions tous les maux que lui a causés notre connivence avec ses oppresseurs.

Il ne faut donc pas s’étonner , Timon,

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que les tories aient accepté de si bonne grâce les conséquences monarchiques dé juillet. Ils voyaient renaître, avec le nouveau trône , les signes de l’antique alliance ; et , trop heureux de n’être pas menacés, ils tendirent avec joie la main à la jeune dynastie, que leur habile politique avait devinée.

Mais jamais les tories n’eussent transigé de même avec la démocratie -, leur haine instinctive a, pendant vingt ansj poursuivi dans Napoléon le représentant de la révolution. Ils attaquaient en lui , moins le conquérant que l’homme du peu; pie : jamais leur colère ne s’est reposée j et jamais elle ne se reposera quand ils se trouveront face à face avec la démocratie. Sachons donc leur rendre haine pour haine -, sachons accepter le combat plu-, tôt que de nous compromettre dans les périlleux détours d’une alliance trom-

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peuse. Que les hommes de toutes les monarchies se proclament les apôtres de l’alliance anglaise, leur logique est en cela d’accord avec leurs principes 5 mais, par la logique des contraires , les hommes de la démocratie doivent se prononcer avec énergie contre ce pacte oppresseur. S’il est des hommes politiques qui s’abusent encore et s’imaginent qu’il y a quelque chose à espérer du gouvernement britannique, qu’ils lisent cet opuscule de Bentham; qu’ils voient la constitution anglaise jugée par un Anglais : nous ne saurions rien ajouter à celte foudroyante accusation.

S’il y avait possibilité d’alliance avec le peuple , nous l’aiderions volontiers à accomplir de lui-même sa délivrance.

Mais, affaibli par les chaînes d’une longue tutelle , le peuple est comme ces enfants devenus rachitiques à force

de mauvais traitements ; il a besoin d’un bras plus puissant qui combatte pour lui, d’une tête plus forte qui guide son intelligence : c’est à la France que doit appartenir cette magnifique œuvre d’affranchissement. Mais il faut qu’elle n’y apporte ni ménagements , ni transactions. Qu’elle fasse entendre au loin le delenda Carlhago; et, depuis les rives d’Erin jusqu’aux bords du Saint- Laurent, la voix du peuple répétera son cri de guerre. Carthage , n’est-ce pas cette communauté de marchands titrés qui vend et achète les peuples , qui vendit Praga au visir de Janina et acheta le Canada à une prostituée , qui vend les Belges aux Prussiens et achète" les principautés des Indes à de stupides rajahs? Carthage, n’est- ce pas l’oligarchie qui organise l’esclavage sous le nom de paupérisme, et la famine

des ouvriers sous le nom d’industrie?

Carthage, n’est-ce pas le repaire de ces abominables pirates qui renouvellent en Irlande les sacrifices humains, et qui , par la longue impunité de leurs sanglants holocaustes , se sont accoutumés à ne plus croire à la résurrection des peuples ?

Élus Régnault.

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