‹ Catéchisme de la vénérable mère Marie de L'Incarnation, fondratrice des Ursulines de Québec ou Explication familière de la doctrine chrétienne [microforme]Chapitre 15 sur 83 · EE ES · texte numérisé non relu

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Il viendra juger les vivants et les morts.

Cette vérité qui fait un des articles de notre foi, est d'une telle conséquence, que Dieu a voulu qu’elle nous fût marquée dans toutes les saintes Ecritures (I. Thess. 5. 2., II. Pet. 3. 10.), et le jour de cette grande discussion sera si éclatant, qu'il est par excellence appelé le jour du Seigneur.

Lorsque Notre-Seigneur montait au ciel, dsux anges apparurent aux apôtres et leur dirent (Act. 1. 11.) : « Hommes » de Galilée, pourquoi vous arrêtez-vous à regarder le » ciel? Ce Jésus qui vous a quittés pour monter au ciel, » viendra de la même manière que vous l'y avez vu mon- » ter. » S'il doit descendre du ciel, ce ne sera pour autre fin que pour juger le monde, comme dit saint Paul (II. Cor. 5. 10.): « Il faut que nous comparaissions tous devant le » tribunal de Jésus-Christ, afin que chacun reçoive le bien » ou le mal qu'il aura mérité durant sa vie. »

Il est donc certain que Notre-Seigneur viendra juger les vivants et les morts; mais nul ne sait le jour ni l'heure, comme témoigne saint Paul par ces paroles qu'il écrit aux fidèles de Thessalonique (I. Thess. 5. 1.) : « Touchant le

‘» temps et le moment, il n’est pas nécessaire, mes frères,

» que je vous en écrive : car vous savez très-bien que le » jour du Seigneur viendra comme le larron qui vient » durant la nuit; et quand on vous dira que tout est en

paix et qu'il n’y a rien à craindre, on se trouvera sur- » pris tout d'un coup d’une ruine imprévue, comme une » femme grosse l'est des douleurs de l’enfantement, sans » qu'il y ait moyen de se sauver. »

Saint Pierre dit quasi le même (II. Pet. 3. 8.) : « Mes » bien-aimés, il y a une chose que vous ne devez pas » ignorer, savoir qu'aux yeux du Seigneur, un jour est » comme mille ans, et mille ans sont comme un jour.

» Ainsi le Seigneur ne retarde point l’accomplissement de » sa promesse, comme quelques-uns se l'imaginent. Mais » c'est qu’il vous attend avec patience, ne voulant point » qu'aucun périsse, mais que tous se convertissent et » fassent pénitence. Mais le jour du Seigneur viendra » comme le larron : et alors, dans le bruit d'une grande » tempête, les cieux passeront, les éléments embrasés se » dissoudtont, et la terre avec tout ce qu'elle produit, sera » consumée par le feu. »

Et saint Jean dit dans son Apocalypse (16. 15.). « Lo » Seigneur dit : Je viendrai comme le larron lorsqu'on ne » m'attendra pas. C'est pourquoi, heureux celui qui veilic » et quitient ses habits prêts, de crainte qu'il ne paraisse » nu, et que sa honte ne soit vue de tout le monde. »

Les Apôtres dont je viens de rapporter les passages avaient appris cette doctrine de leur Maître qui, s'étant assis sur la montagne des Olives, en instruisit ses disciples qui lui vinrent demander en secret quand ces choses s’accompliraient, disant (Matth. 24. 3.) : « Dites-nous quand coià » arrivera, et quel sera le signe de votre avénement et de »* la consommation du siècle? Prenez garde, leur dit:il, » que personne ne vous séduise : car plusieurs viendront » sous mon nom, disant : Je suis le Christ ; et ils en sédui- * ront plusieurs. L'on verra élever nation contre nation, » et royaume contre royaume ; et il y aura des pestes, de: » famines et des tremblements de terre en divers lieux : c. » tout cela ne sera que le commencement des douleurs. » Alors vous serez livrés pour être tourmentés. On vous » fera mourir, et vous serez haïs de tout le monde à cause » de mon nom : et celui qui persévèrera jusqu'à la fr » sera sauvé. Cet Evangile du royaume de Dieu sera pré: » ché par toute la terre pour servir de témoignage à » toutes les nations, et alors on verra la consommation. »

Par ces paroles, Notre-Seigneur no1s apprend qu’il vier.. dra juger les hommes, et il prédit même quelques signe:

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qui le doivent devancer ; mais il en tient le temps telle-

ment secret, que l'on n'en peut connaître ni le jour ni le

moment. C'est pourquoi il dit ensuite après avoir rapporté plusieurs autres signes : « De même qu'un éclair sort de » l'Orient et paraît tout d’un coup jusqu’à l'Occident, ainsi * sera l'avénement du Fils de l'homme. Et il continue en » cette sorte : Nul autre que mon Père ne sait ce jour ni » cette heure, non pas même les anges du ciel. Il arrivera » à l’avénement du Fils de l'homme ce qui arriva au » temps de Noé. Les hommes mangeaient et buvaient, » épousaient des femmes et mariaient leurs filles, jusqu'au » jour auquel Noé entra dans l'arche, sans penser seulement » au déluge, jusqu’à ce qu’il fût arrivé, et qu’il eût enlevé » tous les hommes. IL en sera de même à l’avénement du » Fils de l'homme. Tenez-vous donc toujours prêts, parce » que le Fils de l'homme viendra à l'heure que vous ne » pensez pas. »

Notre-Seigneur a voulu que ce . nous fût inconnu afin que nous nous tenions toujours sur nos gardes et que nous ne menions pas une vie relächée, dans la pensée qu'il soit fort éloigné. Il montre assez son intention par les dernières paroles que je viens de rapporter ; et il l'enseigne encore plus fortement au même lieu (Ibid. 42.), où il dit : « Veillez, parce que vous ne savez pas à quelle heure » votre Seigneur viendra. Si un père de famille savait à » quelle heure le larron doit venir, il veillerait toute la » nuit, et se mettrait en état de ne pas souffrir qu'il fit une » brèche à sa maison, de mêms soyez toujours prêts, de » crainte d’être surpris. »

Saint Pierre nous exhorte encore à cette vigilance, à laquelle il ajoute les dispositions avec lesquelles nous devons attendre le jour du jugement, qui sont la pureté et l'innocence : « Nous attindons, dit-il (II. Pet. 3. 13.), selon » la promesse de Dieu, des cieux nouveaux et une terre » nouvelle où il ne demeurera que des justes, c'est pour- CAT, M, INC. 6

» quoi, Ô mes bien-aimés, en attendant ces choses, tra- » vaillez en paix, en sorte que vous soyez trouvés purs et » Sans reproche. »

CONTINUATION DU MÊME ARTICLE

Les vivants et les morts.

Il y a deux temps auxquels tous les hommes doivent comparaître devant Jésus-Christ comme juge. Le premier est celui de la mort: car au moment que l'âme sort du corps elle est présentée devant son tribunal pour rendre compte de toutes les pensées, de toutes les actions, et de toutes les paroles de sa vie, et pour être ensuite jugée selon le bien ou selon le mal qu'elle aura fait. C'est ce que l'on appelle jugement particulier, parce que la discussion ne s'en fait qu'entre le juge et l'âme particulière qui est jugée.

Le second sera à la consommation des siècles, lorsque tous les hommes seront assemblés en un même jour et en un même lieu devant ce Juge redoutable, pour rendre compte de leur vie devant tout le monde, et pour recevoir l'arrêt qui sera prononcé, et qui ne sera que comme une confirmation et une déclaration publique de celui qui aura été prononcé au jugement particulier.

Ce jugement est appelé général et universel, parce qu'il se fera en présence des anges et des hommes, et que le livre des consciences sera ouvert, afin que le bien et le mal que l'on y a tenu caché durant la vie, soit publié et connu à tout le monde, Ce sera sans doute une très-grande satis-

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faction aux bons, de se voir si glorieusement justifiés, et une confusion mortelle aux méchants, de voir tant de témoins de leurs péchés et de leur condamnation.

Il est convenable à la justice de Dieu, qu'outre le jugement particulier, il y en ait encore un universel et général : car comme il y a des pécheurs, qui se couvrent du manteau de l'hypocrisie, afin de paraitre saints aux yeux du monde; et au contraire, qu'il y a des saints que l'on persécute, comme coupables et criminels, il est juste que la vérité soit manifestée, et que chacun paraisse ce qu'il a été en effet.

Il est juste encore quela conduite de la providence de Dieu soit justifiée contre les plaintes que le monde ne fait que trop souvent, et que les saints mêmes ont fait quelquefois, quoique avec respect, et en adorant ses jugements, voyant que les impies prospèrent en toutes choses, et que rien ne leur manque en cette vie; et au contraire que les gens de bien sont quasi continuellement affligés de disgrâces, et de la perte de leurs biens. C’est la plainte que faisait David dans la soumission de son cœur à l’ordre de la divine providence (Ps. 72. 4. 5. 12.) : « Que Dieu est » bon à ceux qui ont le cœur droit! Néanmoins mes pieds » ont été presque ébranlés, et j'ai été tout prêt de tomber : » parce que j'ai été piqué de jalousie, voyant la paix où » vivent les pécheurs. Ils ne sentent point les misères » humaines, et ils ne sont point châtiés comme le reste » des hommes. C'est pourquoi ils en sont plus insolents, » et ils sont comme ensevelis dans l'injustice, et dans » l'impiété. Voilà comme les pécheurs et comme les heu-

reux du siècle possèdent les plus grands biens. Et pour

moi, il faut que je dise, que c'est en vain que j'ai porté

mon cœur du côté de la justice, et que je me suis mis

du parti des innocents, pour faire de bonnes œuvres : » puisque je suis affligé tout le jour, et que mon aflliction » commence dès le matin, »

Et le prophète Jérémie (12. 4.) dit: « Vous êtes équi- » table à la vérité, Seigneur, si j'ose vous dire mon senti- » ment.: néanmoins, ce que je vous vais dire, me paraît » juste. Pourquoi la vie des impies est-elle dans la pros- » périté, en sorte que tous ceux qui contreviennent à » votre loi, et qui commettent des injustices, prospèrent » en toutes choses? Vous les avez mis dans le monde » comme des arbres que l'on plante dans une bonne terre, » et ils y ont jeté de profondes racines; ils fleurissent et » ils font du fruit. Votre oreille est proche de leur bouche, » pour les écouter quand ils vous demandent quelque » chose, et il semble que vous vous éloignez de leur dos, » pour ne les point châtier quand ils font mal. Vous me » connaissez, Seigneur, et il semble que vous ne me regar- » diez que pour m'affliger, et pour mettre mon cœur à » l'épreuve. »

C'est ainsi que les saints admirent et adorent la conduite de Dieu; mais les pécheurs en murmurent. C'est pourquoi il est convenable qu'il y ait un jour auquel Dieu fasse voir à tout le monde qu'il est saint en toutes ses voies, et que ce qui paraît une injustice à la raison humaine, est en Dieu la justice même. |

Il viendra juger.

Jésus-Christ sera donc le Juge de tous, non-seulement comme Dieu, mais aussi comme homme, ainsi qu'il le déclare lui-même (Joan. 5. 26.), quand il dit : « Comme » le Père a la vie en lui-même, il a aussi voulu que le » Fils eût la vie en lui-même, et il lui a donné le pouvoir » de juger, parce qu'il est Fils de l'homme. Et que cela » ne vous étonne poin, ; car le temps viendra, auquel tous » ceux qui sont dans les tombeaux entendront sa voix ; et » ceux qui auront fait de bonnes œuvres en sortiront pour » ressusciter à la vie, et ceux qui en auront fait de mau-

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» vaises, en sortiront pour ressusciter à leur condamna- » tion. » Et il dit au même chapitre : « Le Père ne juge » personne, mais il a donné tout le jugement au Fils. » Ce n'est pas que le Père et le Saint-Esprit ne jugent avec le Fils, car comme nous avons dit ailleurs, tout ce qu'une Personne de Ja Trinité fait au dehors, les deux autres le font indivisiblement avec elle. Notre-Seigneur dit un peu plus haut : « Le Fils ne peut rien faire que ce qu'il voit » faire au Père, et tout ce que le Père fait, le Fils le fait » avec lui. Comme le Père ressuscite les morts et leur donne : » la vie, de même le Fils donne la vie à qui il lui plaît. » L'on dit néanmoins que c'est le Fils qui jugera les vivants et les morts, parce qu'il apparaîtra dans sa chair humaine, afin que les hommes étant ressuscités, le puissent voir des yeux corporels, et entendre leur sentence de leurs propres oreilles. Et de plus, il était convenable que celui-là même que les hommes avaient si injustement jugé et condamné, fût le Juge des hommes et de ses juges mêmes. Le Prince des Apôtres toucha cette raison, lorsqu'il enseignait au centurion Corneille les principaux articles de notre foi : car après lui avoir déclaré que Jésus-Christ avait été attaché à la Croix pour le salut des hommes, qu'il était ressuscité le troisième jour, qu'il était monté glorieux et triomphant dans le ciel, il lui dit (Act. 40. 42.) « qu'il » était établi de Dieu pour être le Juge des vivants et des » morts, et qu'il avait ordre de prêcher cette vérité au » peuple. »

Quant aux signes qui doivent devancer cet effroyable jugement (Matth. 24. 1.), Notre-Seigneur en rapporte plusieurs, mais les plus considérables sont : Que l'évangile sera premièrement prêché par tout le monde, qu'il y aura une rébellion et une révolte presque universelle, et que cette révolte se fera par la venue de l'Antechrist, comme saint Paul nous l'enseigne par ces paroles (II. Thess. 2. 3.) : « Ne vous laissez séduire en aucune manière, car le

CAT. M. INC. 6*

» jugement ne se fera point que la révolte ne soit aupara-

» vant arrivée, et que l'homme de péché et de perdition

» n'ait paru ; cet homme, dis-je, qui s’opposera au véritable » Christ, et qui s'élèvera au-dossus de tout ce qui est » appelé Dieu, et de ce qui est adoré; jusqu'à s'asseoir » dans le Temple de Dieu, voulant lui-même passer pour » une divinité, »

La sentence finale que le Juge prononcera, sera pleine de consolation pour les justes, et de terreur pour les pécheurs. S'adressant aux ‘premiers qui seront à sa main droite, il leur dira (Matth. 25. 34.) : « Venez, les bénis de » mon Père, possédez le royaume qui vous a été préparé » dès le commencement du monde; car j'ai eu faim, et vous » m'avez donné à manger ; j'ai eu soif, et vous m'avez

» donné à.boire; j'ai été voyageur, et vous avez exercé

» envers moi l'hospitalité: j'ai été nu, et vous m'avez » revêtu; j'ai été malade, et vous m'avez visité; j'ai été en » prison, et vous m'êtes venu voir. |

»+ Le Juge dira ensuite à ceux qui seront à sa gauche : ñn Retirez-vous de moi, maudits, et allez au feu éternel, » qui a été préparé pour le diable et pour ses anges, car » j'ai eu faim, et vous ne m'avez pas donné à manger; j'ai » eu soif et vous ne m'avez pas donné à boire; j'étais voya- » geur, et vous ne m'avez pas logé; j'étais nu, et vous ne » m'avez pas revêtu ; j'ai été malade et en prison, et vous » ne m'avez pas visité. »

Par ces mots, Allez, maudits, que le Juge dira aux réprouvés, il faut entendre la peine du dam, qui consiste dans la privation éternelle de la vision de Dieu, sans espérance de la pouvoir jamais posséder : et ce mot, maudit, augmentera infiniment leur douleur, parce qu'il leur apprendra qu'ils ne seront jamais trouvés dignes de bénédiction. Et par ces paroles, au feu éternel, il faut entendre une autre sorte de peine qu'on appelle du sens; parce qu'elle affligera l'âme et le corps d’une manière bien plus sensible que tous les tourments imaginables.

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Le Juge dira que ce feu est préparé pour le diable et pour 8es anges, ce qui sera un surcroît de supplice aux réprouvés de se voir pour jamais en la compagnie des démons. |

Il dira enfin que ce feu sera éternel, c'est-à-dire que la peine des damnés n'aura jamais de fin, ce qui leur causera un désespoir enragé et fera la consommation de leur malheur. |

Par cet article, nous sommes obligés de croire : 4. Que Jésus-Christ viendra juger tous les hommes. 2. Qu'il les jugera non-seulement comme Fils de Dieu, mais encore comme Fils de l'homme. 3, Qu'il y aura deux jugements, l'un particulier à la fin de la vie, l'autre général à la fin des siècles. 4. Que le jour du jugement est assuré, mais inconnu. 5. Que ce jour sera devancé de plusieurs signes effroyables. 6. Que chacun sera jugé selon le bien ou le mal qu'il aura fait durant sa vie. 7. Que l'exécution de la sentence, soit pour le bien, soit pour le mal, n’aura jamais de fin.

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