‹ Catéchisme de la vénérable mère Marie de L'Incarnation, fondratrice des Ursulines de Québec ou Explication familière de la doctrine chrétienne [microforme]Chapitre 16 sur 83 · EXPLICATION DU HUITIÈME ARTICLE · texte numérisé non relu

EXPLICATION DU HUITIÈME ARTICLE

Je crois au Saint-Esprit.

Il est d’une extrême conséquence aux fidèles de ne pas ignorer ce que c'est que le Saint-Esprit; et s'ils ne l’ignorent pas, de n'en avoir que des sentiments légitimes tels qu'ils nous sont marqués dans les saintes Ecritures : car ignorer le Saint-Esprit, c'est ignorer le mystère de la Trinité; et ne pas connaître ce mystère, c'est ne pas con-

naître son baptême, qui ne se peut administrer qu’au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. C'est pourquoi saint Paul (Act. 19. 2.) ne put souffrir cette ignorance dans quelques chrétiens de l'Eglise d'Ephèse; car leur ayant demandé s'ils avaient reçu le Saint-Esprit, et eux ayant répondu qu'ils n'avaient pas seulement entendu dire qu'il y eût un Saint-Esprit, il leur dit avec quelque sorte d'étonnement : Quel baptême avez-vous donc reçu ?

Il nous faut donc expliquer cet article, dont l'intelligence nous est d'autant plus nécessaire, que tout ce que nous avons de charité et d'amour nous est donné par la grâce de cet Esprit divin. « La charité de Dieu, dit saint Paul » (Rom. 5. 5.), est répandue dans nos cœurs par le Saint- » Esprit qui nous a été donné. Et il dit ailleurs (Ibid. 8. » 26.) : Le Saint-Esprit prie pour nous avec des gémisse- » ments ineffables. »

Saint-Esprit.

Nous commençons par la propre signification de ces mots, Saint-Esprit, qu'il est nécessaire de bien entendre, pour ne rien confondre dans le mystère de la très-sainte Trinité : car ces termes conviennent à Ja premièrs .t à la seconde Personne aussi bien qu'à la troisième, «t il est vrai de dire que le Père est un Esprit saint, et que le Fils est un Esprit saint, comme il est vrai de dire que la troisième Personne est un Esprit saint, ou un Saint-Esprit; la raison est que la sainteté et la spiritualité sont des perfections communes aux trois Personnes. Les anges mêmes, et les âmes qui jouissent de Dieu dans le ciel, sont aussi des esprits saints. Ils sont esprits, parce qu'ils sont dégagés de la matière, et ils sont saints, parce qu'ils possèdent Dieu dans le lieu de la sainteté.

Ce nom néanmoins est particulièrement attribué à la troisième Personne de la très-sainte Trinité, comme nous

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l'apprenons des saintes Lettres, tant de l'Ancien que du Nouveau Testament. Pavid faisait aïhsi sa nrière à Dieu (Ps. 50. 11.) : « Mon Dieu, donnez-moi un cœur net, et » renouvelez dans le fond de mes entrailles l'esprit de » droiture et de justice. Ne me rejetez point de devant » votre face, et ne retirez point de moi votre Saint-Esprit. » Rendez-moi la joie de votre salut, et fortifiez-moi de » votre Esprit principal. »

Nous lisons aussi dans le livre de la Sagesse (9. 17.) :

« Qui pourra, Seigneur, pénétrer dans vos pensées, si vous » ne lui donnez votre sagesse, et si vous ne lui envoyez * du ciel votre Saint-Esprit? Et le sage dit ailleurs : Dieu » à créé la sagesse par le Saint-Esprit. »

. Et dans le Nouveau Testament, Jésus-Christ a ordonné que nous soyons baptisés au nom du Père, du Fils, et du Saint - Esprit. Nous trouvons pareillement que la trèssainte Vierge a conçu par l'opération du Saint-Esprit. Et saint Jean-Baptiste nous renvoie à Jésus-Christ (Joan. 1. 33.), « afin que nous soyons baptisés, no" ’un baptôme » d’eau tel qu'était le sien, mais d’un baptême de feu et du » Saint-Esprit. »

Encore dis-je que ce nom soit commun aux trois Personnes, il est néanmoins attribué à la troisième, comme nous avons remarqué, avec beaucoup de raison; parce que c’est cet Esprit saint qui nous donne la vie spirituelle, et que sans la grâce de ses inspirations, nous serions morts spirituellement, et ne pourrions rien faire qui fût digne de la vie éternelle. Et de plus, il n’en est pas de la troisième Personne comme de la seconde. Cette seconde est jastement appelée Fils, parce qu’elle procède par la voie dé l'entendement, qui est une véritable génération. Mais la troisième procède par la voie d'amour : et d'autant qu'il n'y a point de nom propre pour exprimer cette sorte de procession, où lui donne le nom de spiration, et à celui qui procède le mom d’Esprit; et de la sorte le nom de

Saint-Esprit qui était commun aux trois Personnes, est demeuré propre à la troisième.

Cette Personne sainte et adorable procède des deux autres, comme je viens de remarquer. Et l'Eglise le chante dans le symbole de saint Athanase. « Le Saint-Esprit est » du Pére et du Fils, non fait, non créé, non engendré, » mais procédant. » Celui de Nicée dit la même chose : «“ Je crois au Saint-Esprit, Seigneur, vivifiant, qui pro- » cède du Père et du Fils; qui est adoré et glorifie con- » jointement avec le Père et le Fils; et qui a parlé par les » prophètes. » C’est pourquoi cet Esprit saint est appelé dans l’'Ecriture tantôt l'Esprit du Père, et tantôt l'Esprit du Fils, pour nous apprendre qu'il procède de tous les deux.

Il est appelé l'Esprit du Père dans saint Matthieu (10. 20.), où Notre-Seigneur dit à ses Apôtres : « Ce n'est pas » vous qui parlez, mais c'est l'Esprit de votre Père qui » parle en vous. » Et dans le fameux sermon de la cène le même Sauveur dit (Joam. lu. 26.) : « Le consolateur » que je vous enverrai de La part de mon Père, cet Esprit » de vérité, qui procède du Père, donnera témoignage » de moi. # Et plus bas : « Le Saint-Esprit que mon Père » VOUS enverra en mon nom, vous enseignera toutes » choses. »

Cet Esprit adorable est aussi appelé l'Esprit du Fils dans l'épitre aux Romains (&. %), où saint Paul dit : « Celui qui n’a pas l'Esprit de Sésus-Christ, n'est pas du » nombre des siens. » Et aux Galates (4. 6.) : « Dieu a » envoyé dans vos cœurslEsprit de son Fils qui vous fait » crier Abba, Père. »

De ces passages où le Saint-Esprit st quelquefois appelé l'Esprit du Père, et quelquefois l'Esprit du Fils, nous devons inférer qu'il procède de l’un et de l’autre. Dans cette procession néanmoins, il ne faut pas compter les personnes d'où il procède qui sont deux, mais le principe qui est unique. Le Saint-Esprit est amour, et par conséquent

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il procède de la volonté, et comme il n’y a qu'une seule volonté dans le Père et dans le Fils, il s'ensuit qu'il procède du Pères et du Fils, non comme de deux principes, mais comme d'un seul principe.

Le Saint-Esprit procèdant du Père et du Fils, est Dieu comme le Père et le Fils; il est comme eux immense, infini, incompréhensible; tout bon, tout sage, tout-puissant, de même nature, de même gloire, de même majesté.

Eternel, Créateur, Seigneur de toutes choses.

Saint Pierre prouve la divinité du Saint-Esprit aux Actes des Apôtres (5. 3.), où il parle ainsi à un chrétien nommé Ananias : « Pourquoi, Ananias, votre cœur a-t-il consenti » à la tentation de Satan, mentant au Saint-Esprit et retereut une partie du prix de la terre que vous avez ven- » due? ce n’est pas aux hommes que vous avez menti, mais » à Dieu. » Nous voyons dans ce passage, que saint Pierre appelle Dieu celui qu'il avait un peu auparavant appelé Saint-Esprit. :

Il faut faire le même raisonnement de ces paroles, qua saint Paul écrit aux Corinthiens (I. Cor. 12. 5.):«Ilya » diversité de dons, mais il n’y à qu’un même Esprit: il y » à diversité de ministères, mais il n’y a qu'un même Sei- » gneur ; il y a diversité d'opérations, mais il n’y a qu'un » même Dieu qui opère tout en tous.» Et ce saint Apôtre, après avoir rapporté par le menu quels sont ces dons, ces ministères, ce. opérations que Dieu fait dans les hommes, il conclut en cette sorte : « Or, c'est un seul et même Esprit » qui opère toutes ces choses, distribuant à ciacun ses » dons selon qu’il lui plaît. » Nous voyons dans ce passage que tantôt le Saint-Esprit est 2ppelé Dieu, et tantôt :1 est appelé Saint-Esprit.

Il ne faut donc point douter que le Saint-Esprit ne soit Dieu comme le Père et le Fils, mais plutôt nous sommes obligés de croire et de confesser cette vérité, Saint Jean dit ([. Joan. 6. 7.): « Il y en a trois qui donnent témoi-

» gnage dans le ciel, le Père, le Verbe, et le Saint-Esprit; » et ces trois ne sont qu’un. » Par cà l'on voit que ce saint Evangéliste met ces trois divines Personnes dans un même degré d'honneur. Notre-Seigneur les y avait mises avant lui, commandant à ses apôtres de baptiser les hommes au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit (Matth. 28. 19.). Saint Paul et les autres, apôtres ont parlé de la même manière, ne les distinguant jamais dans leur nature, ni dans leur majesté, mais seulement dans leurs personnes.

De plus, l'Ecriture sainte attribue au Saint-Esprit des choses qui ne conviennent qu'à la divinité, comme sont l'honneur des temples et la grâce de la sanctification : car il n’y a que Dieu à qui l'on puisse ériger des temples et des autels, et lui seul a le pouvoir de nous sanctifier. Pour l'honneur des temples, saint Paul dit (I. Cor. 6. 19.) : « Ne » SAVOZ-VOUS pas que votre corps est le temple du Saint. » Esprit qui réside en vous et que Dieu vous a donné, en »* sorte que vous n'êtes plus à vous-mêmes ? » Et pour marquer encore plus expressément que cet Esprit saint, dont nous sommes les temples, est Dieu, l'Apôtre conclut en cette manière : « Glorifiez donc et portez Dieu dans votre » corps. » Ce saint Apôtre dit le même encore plus ciairement dans un autre endroit (I. Cor. 6. 15.) : « Ne savez- » vous pas que vous êtes le temple de Dieu, et que l'esprit » de Dieu habite en vous? Si quelqu'un profane le temple » de Dieu, Dieu le détruira : car le temple de Dieu est » saint, et ce temple, c'est vous-mêmes. »

Quant à la justification, ce saint Apôtre dit (I. Cor. 6. 11.) : « Vous avez été lavés, vous avez été sanctifiés, vous » avez été justifiés au nom de Notre-Seigneur Jésus- » Christ, et par l'Esprit de notre Dieu. Et dans la seconde ». épître aux chrétiens de Thessalonique (2. 12.), il dit : » Pour nous, mes frères bien-aimés en Notre-Seigneur, * nous nous croyons obligés de rendre à Dieu des actions » de grâces continuelles pour vous, de ce qu'il vous a choisis

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