EXPLICATION DU DOUZIÈME ARTICLE. LE
La vie éternelle. |
| lan Après la résurrection des corps, les chrétiens n'ont plus éle rien à attendre ni à espérer que le prix de la vie éternelle. (J C'est pourquoi les saints apôtres ont conclu et fermé leur N'a symbole par cet article. #4 Par la vie éternelle, il ne faut pas entendre simplement "40 une perpétuité de la vie naturelle : les démons et les »d réprouvés l’auront commune avec les bienheureux après la » la résurrection; mais il faut de plus entendre une perpétuité ” O de béatitude, c'est-à-dire de la vie bienheureuse, qui rem- *.99 plira tous les désirs des anges et des saints. C'est ce Ne. qu'entendait ce docteur de la loi, qui demanda à Notre- il nc Seigneur (Luc. 40. 25.) ce qu’il devait faire pour mériter auon la vie éternelle : car son intention était d'apprendre du eus Maître de la vérité ce qu'il devait faire pour parvenir à Tr la jouissance d’une parfaile félicité. C'est encore en ce deme sens qu'il faut entendre cette vie éternelle qu'il promet S9nn (Matth. 19. 29.), à tous ceux qui auront abandonné toutes pps choses pour le suivre, et cette récompense qui est préparée, Ce dès le commencement du monde (Matth. 25. 34.), à ceux Feu qui auront pratiqué les bonnes œuvres qu'il nous a ensei- : blé gnées. Ce divin Maître s'explique plus clairement, quand 2 il dit (Joan. 17. 2.) : « Mon Père, vous avez donné à votre as » Fils la puissance sur tous les hommes, afin qu'il donne ie » la vie éternelle à tous ceux que vous lui avez donnés, F:108 » Or, la vie éternelle consiste à vous connaître, vous qui en
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» êtes le seul Dieu véritable, et Jésus-Christ que vous avez » ENVOYÉ. »
La béatitude est appelée vie éternelle, afin qu'on ne s'imagine point qu'elle consiste dans les biens temporels, ni dans les prospérités de la vie présente qui ne font que passer. La récompense que Dieu promet à ceux qui le servent, est bien élevée au-dessus de tout cela, puisqu'elle doit durer éternellement. C'est pourquoi saint Jean, voulant détacher notre cœur des biens de la terre, pour les élever à ceux de l'éternité, dit ces paroles consolantes
(IJoan. 2. 15.) : « Mes enfants, n'aimez point le monde
» nice qui est dans le monde, car si quelqu'un aime le » monde, l'amour du Père céleste n'est point en lui. Car » tout ce qui est dans le monde n'est que concupiscence » de la chair, ou concupiscence des yeux, ou orgueil de » la vie, ce qui ne vient point du Père, mais du monde. » Or, le monde passe, et la concupiscence du monde passe » comme lui; mais celui qui fait la volonté de Dieu demeu- » rera éternellement. » Selon ces principes de l’Apôtre, il nous faut mépriser les choses passagères, et n'espérer aucun bonheur en cette vie, dans laquelle, comme témoigne le Prince des Apôtres ([ Pet. 2. 41.), nous devons vivre, non comme des citoyens qui y doivent toujours demeurer, mais comme des étrangers, et comme des voyageurs qui n'y font que passer, et qui ne pensent qu’à leur patrie. |
Ce n’est pas que les justes ne puissent être appelés heureux dès cette vie. Ils le sont, non en effet, mais en espérance, s'ils font ce que saint Paul nous ordonne, écrivant à son disciple Tite (2. 11.) : « La grâce de Dieu notre Sauveur a paru à tous les hommes, et elle nous a appris » que renonçant à l’impiété et aux affections mondaines, * nous devons vivre dans le siècle présent avec tempérance, » avec justice, avec piété, étant toujours dans l'attente » de la béatitude que nous espérons, et de l’avénement
» glorieux du grand Dieu notre Sauveur Jésus-Christ. » L'on donne divers noms à cette béatitude pour montrer son excellence. On l'appelle vie éternelle, royaume de
Dieu, royaume de Jésus-Christ, royaume des cieux, le :
paradis, la sainte cité, la nouvelle Jérusalem ; mais quelque idée que ces noms nous en donnent, elle ne peut arriver à la dignité de la chose, d'autant que par la béatitude nous entendons un état exempt de tous maux et comblé de tous biens.
Pour montrer que cet état est exempt de tous maux, il suffit de rapporter les paroles de l’Apocalypse (7. 16.), que j'ai déjà citées dans une autre occasion : « Ils n'auront plus » de faim ni de soif, et le poids du soleil et de la chaleur » ne les accablera plus; parce que l’Agneau les gouver- » nera et les conduira aux fontaines des eaux vives. Dieu » essuiera toutes les larmes de leurs yeux. La mort ne »* sera plus, et il n’y aura plus de pleurs, plus de plaintes, » plus de douleurs (Ib. 21. 4.). »
Et pour déclarer le comble des biens de cette béatitude, je me contenterai de dire que notre divin Maître l'appelle la joie du Seigneur : « Entrez, dit-il (Matth. 25. 21.), * entrez, mon bon et fidèle serviteur, dans ja joie de votre » Maître. » Ces deux mots comprennent tout ce qui se peut dire des joies et de la félicité de la vie éternelle ; en dire davantage ce serait en diminuer l'estime, car, comme dit saint Paul (I Cor. 2. 9.) : « L'œil n’a jamais vu, » l'oreille n'a jamais entendu, et le cœur humain n'a » jamais pu comprendre les biens que Dieu a préparés » à ceux qui l'aiment. »
Néanmoins, pour ure plus claire intelligence des biens
5 cetto vie éternelle, il faut remarquer qu'il y a deux sortes de béatitude, l’une essentielle et l’autre accidentelle, ui est comme une suite et un écoulement de la première, ces deux béatitudes font la vie éternelle.
La béatitude essentielle consiste dans la claire vision
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de Dieu. Notre-Seigneur l'explique ainsi (Joan. 17. 3.) : « C'est en cela, Ô mon Père, que consiste la vie éternelle, » que l'on vous connaisse, vous qui êtes le seul vrai Dieu, » et que l'on connaisse aussi Jésus-Christ que vous avez » envoyé. » Il semble que le même évangéliste veuille expliquer cette sentence quand il dit dans un autre endroit (I. Joan. 3. 2.) : « Mes très-chers frères, nous sommes à » présent enfants de Dieu, mais nous n'avons point encore » YU CE que nous serons un jour; Car nous savons que » quand Dieu se découvrira à nous, nous lui serons sem- » blables, parce que nous le verrons comme il est. » Nous apprenons de ce passage que la béatitude essentielle consiste en ces deux points, savoir, que nous contemplions Dieu en sa propre nature, et que par cette vue nous devenions comme des dieux; parce que ceux qui jouissent de Dieu, encore qu'ils retiennent toujours leur propre substance, ils sont néanmoins revêtus d'une certaine forme admirable et toute aivine, qui fait qu'ils semblent être plutôt des dieux que des hommes.
La gloire de cette béatitude essentielle est si élevée au-dessus de notre esprit, qu'il est impossible de l'expliquer et de la comprendre. L'on peut néanmoins en donner une légère connaissance par quelque comparaison. Quand l'on jette le fer dans Je feu, il conserve toujours sa substance et sa nature de fer, et néanmoins il est tellement revêtu de la forme du feu au dehors, et il en est tellement pénétré au dedans, qu'on le prendrait plutôt pour du feu que pour du fer. Il en est de même de ceux qui jouissent de Dieu. Ils sont tellement unis à son essence et ils en sont tellement possédés, que si nous les voyions, nous les prendrions plutôt pour des dieux que pour des hommes. Il faut donc dire que la béatitude essentielle, dont nous parlons, consiste dans la claire vision de Dieu et dans le plaisir que l'on prend à contempler ses beautés et ses divines perfections.
Outre cette béatitude essentielle, les bienheureux jouiront encore de celle que nous avons appelée accidentelle, qui consiste dans une claire et manifeste connaissance qu'ils auront de la gloire les uns des autres, et de la dignité qu'ils se seront acquise dans le ciel par leur bonne vie, car ils ne seront plus appelés serviteurs comme ils le sont dans ce monde, mais ils seront appelés amis, frères, et enfants de Dieu, et ils le seront en effet. C'est pourquoi, quand Notre-Seigneur fera la séparation des élus d'avec les reprouvés, il dira à ceux-là avec une singulière recommandation de leur mérite devant les anges et devant les hommes (Matth. 25. 34.) : « Venez, vous qui êtes bénis » de mon Père, recevez la possession du royaume qui vous » est préparé dès le commencement du monde. » Et le
Prophète dit (Ps. 138. 17.) : « Vos amis, 6 Dieu, seront
» extrêmement honorés, leur principauté sera extrême- » ment affermie. » De la sorte chaque bienheureux, outre sa propre félicité, jouira en quelque façon de la félicité de tous les autres, ce qui sera une chose admirable et d'un bonheur presque infini.
Je ne parle point du lieu destiné pour cette béatitude, qui surpasse tout ce que l'esprit humain se peut imaginer. Saint Jean en décrit quelque chose dans son Apocalypse (21. 3.), mais tout ce qu'il en dit n’est que figurauif et un faible rayon de la vérité de la chose; voici ce qu'il dit : «“ J'entendis une grande voix qui venait du trône et qui » disait : Voici le tabernacle de Dieu avec les hommes, il + demeurera avec eux, et ils seront son peuple, et Dieu » demeurant avec eux sera leur Dieu. Et celui qui était » sur le trône dit : Je vais faire toutes choses nouvelles. » Alors un des sept anges qui tenaient les sept coupes » pleines des sept dernières plaies, me dit : Venez avec » moiet je vous montrerai l'Epouse de l'Agneau. Et il » me transporta sur une grande et haute montagne, et il » me montra la grande Ville, la sainte Jérusalem qui des-
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» cendait du ciel de la part de Dieu. Elle était environnée » de la clarté de Dieu, et l'astre qui l'éclairait était sem- » blable à une pierre précieuse, savoir à une pierre de
»jaspe, transparente comme le cristal. Elle avait une
» muraille grande et fort élevée, où il y avait douze portes » et douze anges, savoir, un ange à chaque porte, où il y » avait aussi des noms écrits, qui étaient les noms des » douze tribus des enfants d'Israel. Il y avait trois portes » à l'orient, trois portes au septentrion, trois portes au » midi, et trois portes à l'occident. La muraille avait douze » fondements où étaient les noms des douze Apôtres de » l'Agneau. Cette muraille était bâtie en jaspe, et la ville » était d'un or pur semblable à un verre très-clair. Les » fondements de la muraille de la ville étaient enrichis de » toutes sortes de pierres précieusés. Le premier fonde- » ment était de jaspe, le second de saphir, le troisième de » calcédoine, le quatrième d'émeraude, le cinquième de - sardonix, le sixième de sardoine, le septième de chry- » solite, le huitième de béril, le neuvième de topaze, le » dixième de chrysoprase, le onzième d'hyacinthe, le » douzième d’améthiste. Or, les douze portes étaient douze » perles, et chaque porte était faite de l'une de ces perles. » La place de la ville était d'un or pur transparent comme » le verre. Je n’y vis point de temple, parce que le Sei- » gneur Dieu tout-puissant et l'Agneau en est le temple. » Et cette ville n'a pas besoin d’être éclairée par le soleil, » ou par la lune, parce que c'est la gloire de Dieu qui » l'éclaire, et que l’Agneau est la lampe, les portes n’en »'seront point fermées à la fin de chaque jour, parce qu'il » n'y aura point de nuit. Il n'y entrera rien de souillé, » ni aucun de ceux qui commettent l'abomination ou le » mensonge ; mais ceux-là seulement qui sont écrits dans » le livre de vie de l’Agneau. Il n’y aura plus d'anathème ; » mais le trône de Dieu et de l'Agneau y sera, et ses » serviteurs le serviront. Il n’y aura plus de nuit, etils
» n'auront point besoin de Jampe, ni de la lumière du » soleil; parce que c’est le Seigneur Dieu qui les éclairera, » et ils règneront dans le siècle des siècles, »
Ces paroles sont assez capables de nous exciter à travailler pour mériter cette nimable patrie. Mais ce que dit le Prophète presse encore davantage (Ps. 83. 2.) : « O Dieu des nrmées, que vos tabernacles sont aimables ! » Mon âme soupire et languit de désir d'entrer dans la » maison du Seigneur. Mon cœur et ma chair tressaillent » de joie pour le Dieu vivaut. — Comme le cerf soupire » avec ardeur après les sources des eaux, ainsi mon âme » soupire après vous, Ô mon Dieu. Mon âme a une soif » ardente pour le Dieu fort, pour le Dieu vivant (Ps. 41.). » Quand irai-je paraître devant la face de mon Dieu. Je » me présenterai devant votre visage, et je serai rassasié » lorsque je verrai votre gloire. »
Maïs quoique tous les saints soient bienheureux dans le ciel, tous néanmoins ne Île sont pas également. Notre- Seigneur nous enseigne l'inégalité qu'il y aura entre eux, quand il dit (Joan. 44. 4.) : « Que votre cœur ne se » trouble point; vous croyez en Dieu, croyez aussi en » moi. Il y a plusieurs demeures dans la maison de mon » Père, et s’il était autrement, je vous l'aurais dit, car » je m'en vais vous préparer le lieu ; et après que je m'en » serai allé, je reviendrai et vous retirerai à moi, afin que » vous soyez où je serai. » Selon ces paroles, tous les bienheureux seront avec Jésus-Christ, mais leur récompense sera grande ou petite, selon la mesure des bonnes œuvres qu'ils auront pratiquées et des services qu'ils auront rendus à Dieu en cette vie. Car, comme dit saint Paul (II Cor. 9. 6.) : « Celui qui sème peu, moissonnera » peu; et celui qui sème en abondance, moïssonnera aussi » en abondance. »
La foi nous oblige de croire en cet article : 1. Qu'il y a une vie bienheureuse pour ceux qui aiment Dieu et
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