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Quand je dis que Dieu a donné cette loi sainte à son peuple sur la montagne de Sinaï, il ne faut pas croire que ce soit la première fois qu'il l'ait donnée aux hommes. Il la leur a donnée dès qu'il les a créés avec une nature raisonnable, et c'est pour cela qu'on l'appelle quelquefois loi de nature, ou loi naturelle, parce qu'elle est imprimée dans la raison qui fait la nature de l'homme. Mais le péché avait tellement obscurci cette lumière naturelle, qu'elle semblait quasi tout éteinte dans les raïens qui habitaient toute la terre, et il en restait fort peu dans le peuple hébreu, qui n'avait occupé qu'une partie de l'Egypte et qui était alors ramassé dans le désert en fort petit nombre. C'est pourquoi, Dieu voulant se faire connaître à ce peuple choisi, et lui déclarer la manière dont il voulait être servi, écrivit sur la pierre les mêmes lois qu'il avait gravées dans le cœur de l'homme au temps de sa création. Ainsi la déclaration qu'il en fait sur la montagne n'est pas tant la promulgation d'une nouvelle loi, que le renouvellement de la première.
Trois jours avant que Dieu donnât cette loi sainte à son peuple, il lui ordonna de laver ses habits et de se purifier de toute tache, afin de recevoir d’un cœur pur et net une loi qui ne devait tendre qu'à la pureté.
Au bout de trois jours, le peuple se trouva au pied de la montagne, selon l'ordre qu'il en avait reçu. Moïse y monta seul par Je commandement de Dieu, et aussitôt la montagne fut environnée de nuages obscurs, d'où sor-
-taient des tonnerres et des éclairs effroyables. C'était la
majesté de Dieu qui voulait se faire voir au monde avec
un appareil redoutable, pour nous apprendre que nous - devons écouter sa sainte loi avec crainte et tremblement, ‘là pratiquer avec: soumission, et que si nous lui désobéissons, il a la’ puissance de nous châtior et même de nous détruire. k S'il nous châtie pour ne lui avoir pas obéi, ce sera avec beaucoup de justice, parco que ce qu'il nous commande n'est point difficile, « ses commandements, dit le disciple » bien-aimé (I. Joan. 5. &.), ne sont point à charge ni * difficiles. » Et le Prophèie, reprochant aux pécheurs leur lächeté, leur adresse ces paroles (Ps. 93. 20.) : « Ne faut- » il pas dire que l'iniquité domine en toi, et qu'elle y a » établi sa demeure; en toi, dis-je, qui t'imagine qu'il y » a de la difficulté et de la peine à pratiquer les com- »* mandements de Dieu? » Et en effet, saint Paul nous apprend (Rom. 13. 8 et 10.) que tous les commandements de Dieu consistent à l'aimer, ou en lui, ou en nos prochains. Sur quoi saint Augustin dit : Peut-on dire qu'il y ait de l'impossibilité ou de la difficulté à aimer Dieu: à aimer, dis-je, un créateur si bienfaisant, un Père si aimable, un Maître si libéral? O mon Dieu, qu'est-ce que l’homme? et qui suis-je? Que vous me commandiez de vous aimer, en sorte que si je ne vous aime pas, vous me menacez de me faire souffrir des misères? Mais, Ô mon Dieu, y a-t-il une plus grande misère quo de ne vous pas aimer? Que si quelqu'un s'excuse sur l'infirmité humaine qui ne lui permet pas d'aimer Dieu, qu'il sache que Dieu peut nous fortifier par sa grâce, et qu’il nous fortific, en effet, en nous donnant l'amour même, par la vertu du Saint- Esprit qu’il répand dans nos cœurs ‘Kom. 5. 5.). Or, il donne cet Esprit saint à ceux qui le lui demandent, comme Notre-Seigneur nous l'enseigne duns l'Evangile (Luc. 11. 13.). Si donc nous n'aimons pas, c'est que nous n'avons pas le Saint-Esprit, et si nous n'avons pas cet Esprit d'amour, c'est que nous négligeons de le demander.
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Comme la désobéissance aux commandements de Dieu attire sur nous sa colère et le porte à nous punir; l'obéissance, au contraire, avec laquelle nous les pratiquons, nous attire une infinité de biens. Sans parler de la gloire du paradies qui en est la veritable récompense, elle nons fait grands dès cette vie et nous rend glorieux devant les hommes. « La loi de Dieu, dit le Prophète (Ps. 18. 8.), » convertit les âmes, et elle rend sages les simples et les » obéissants. » Elle convertit les âmes, parce qu'elle nous découvre la volonté de Dieu et qu'elle nous fait marcher dans ses voies, ce qui fait la véritable conversion de l’âme ; et elle rend sages les simples, c'est-à-dire ceux qui lui obéissent, parce que ceux-là peuvent seuls être véritablement appelés sages, qui craignent Dieu et qui obéissert à ses commandements, puisque par cette sainte crainte et par cette obéissance salutaire, nous assurons notre salut, ce qui est le premier devoir de la véritable sagesse.
Dieu même nous enseigne par la bouche de Moïse (Deut. 4, 4 et 6.) que notre véritable sagesse consiste à garder ses commandements : « Ecoutez, peuple d'Israël, les com-
» mandements que je vous fais et les lois que je vous » donne, afin que les pratiquant vous vous rendiez dignes
» de vivre dans la terre que vous devez posséder. C'est en » cela que consiste votre sagesse et voire prudence à la « vue de tous les peuples de la terre, qui entendant parler » des lois que je vous donne, diront avec étonnement : Que » co peuple est sage! qu'il est éclairé! que cette nation » est grande et glorieuse! Car, en effet, il n'est point de » nation sous le ciel, pour grande qu'elle soit, dont les » dieux lui soient présents, comme notre Dieu est présent à son peuple quand il l'invoque ct qu'il lo prie. Entre les » nations les plus glorieuses et les plus renommées, y en » a-t-il une qui se puisse glorifier d’avoir des cérémonies » pour honorer Dieu comme vous en avez, des jugements aussi équitables que les vôtres, et une loi aussi sainte
» en tout ce qu'elle contient, que celle qui vous est pro- » posée? Gardez-vous donc vous-mêmes, gardez votre âme * en gardant cette loi avec tout le soin et toute l'applice- » tion qui vous sera possible. »
Or, de toutes les nations du monde, Dieu en a choisi une qu'il a appelée son peuple, à qui il s'est fait connaître, et de laquelle il a bien voulu être servi et honoré; non que cette nation fût plus juste ou qu'elle eût plus de mérite que les autres, mais par un pur effet de sa bonté, et seulement parce qu’il lui a plu de l'élever. Cette nation fut celle des Hébreux, qui étaient descendus du patriarche Abraham, à l'égard desquels Dieu s'est conduit de telle sorte, que, encore qu'il fût le Seigneur du ciel et de la terre et le souverain de tous les hommes, il a voulu être appelé le Dieu du peuple Juif à l'exclusion de tous les autres qui n'avaient pas l'honneur de le connaître. C’est ainsi qu'en parle le Prophète (Ps. 94. 7.;, quand il dit: « Venez, » adorons notre Dieu, prosternons-nous en sa présence, :» pleurons devant le Seigneur qui nous a créés : parce » qu'il est notre Dieu, et que nous sommes son peuple; » il est notre Pasteur, et nous sommes les brebis de son » troupeau. » ;
Dieu donna donc la table de ses commandements à ce peuple choisi, non lorsqu'il était dans l'Egypte, qui était un pays fécond et abondant, mais dans le désert où il l'avait attiré. C'est pour nous apprendre que Dieu ne manifeste ses volontés qu'à ceux qui s'éloignent des plaisirs du monde, et qui sortent des occasions qui pourraient corrompre le cœur et l'empêcher de lui obéir. Car, comme dit un Prophète (Isaïe. 28.9.) : « À qui Dieu fera- » t-il part de sa science? A qui fera-t-il entendre sa voix, » sinon à ceux qu'il trouvera sevrés du lait des plaisirs » de la terre, et détachés des mamelles du monde et de » lachair? »
Il faut donc nous souvenir : 4. Que Dieu est le véri-
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table auteur des lois du décalogue, et que c'est lui qui nous parle quand nous entendons dire : Tu aimeras le Seigneur ton Dieu, tu ne tueras point, tu ne déroberas point, tu ne porteras point faux témoignage, etc. 2. Que les commandements de Dieu sont des préceptes naturels que Dieu a gravés dans la nature et dans la raison de l'homme. 3. Qu'il les a renouvelés, et non institués sur la montagne de Sinaï. 4. Que ces commandements ne sont ni impossibles ni ditliciles avec la grâce de Dieu. 5. Que par conséquent, Dieu punit avec justice ceux qui les méprisent ou qui ne les pratiquent pas. 6. Que la véritable sagesse de l'homme consiste à garder les commandements
de Dieu, comme des moyens sans lesquels il ne peut être sauvé.