‹ Catéchisme de la vénérable mère Marie de L'Incarnation, fondratrice des Ursulines de Québec ou Explication familière de la doctrine chrétienne [microforme]Chapitre 31 sur 83 · EXPLICATION DU CINQUIÈME PRÉCEPTE · texte numérisé non relu

EXPLICATION DU CINQUIÈME PRÉCEPTE

Vous ne tuerez point.

Ce précepte étant bien entendu et saintement pratiqué, il faut espérer que les hommes seront parfaitement unis ensemble, et que, vivant dans l'union et dans la concorde selon le dessein de Dieu, ils auront pour récompense l'honneur que Notre-Seigneur a promis à ceux qui aiment }s paix, quand il a dit ‘Matth. 5. 9.) : « Bienheureux sont les » pacifiques, parce qu'ils seront appelés enfants de Dieu. »

La nécessité de ce précepte est si grande, pour l'entretien de la paix parmi les hommes et pour la conservation même de leur vie, qu'une des premières lois que Dieu leur imposa après le déluge, fut de leur défendre l'homicide :

oi

+ Je demanderai raison, dit-il (Gen. 9. 5.). non-seulement » aux hommes, mais encore aux bêtes, de votre sang qu'ils * auront répandu, et dc :t l'effusion vous aura fait perdre

la vie. Quiconque aura repandu le sang d’un homme,

» Son sang sera pareillement répandu, d'autant que l'homme » à été fait à l’image de Dieu. »

Comme c’estune chose douce à l’homme, d'apprendre qu'on ne troublera point sa paix et que sa vie est en assurance, ce lui doit être une chose fort agréable, de savoir que Dieu y a pourvu par un précepte formel, qui défend qu'on ne le tue. Car Notre-Seigneur expliquant ce commandement, nous à fait entendre (Matth. 5. 21.) qu'il contient deux parties ; la première, par laquelle il nous défend de tuer; l’autre, qui est virtuellement enfermée en celle-là, par laquelle il nous ordonne d’avoir de la charité pour nos ennemis, de conserver la paix avec tout le monde, et de supporter avec charité et patience les défauts du prochain, au lieu de nous en rebuter, et d'en prendre la bonne intelligence que nous sommes obligés d'entretenir avec lui,

Or, encore que le précepte nous défende en termes généraux de tuer, sans rien dire davantage : Vous ne tuerez point; il ne faut pas croire néanmoins, qu'il soit défendu de tuer des animaux; car comme il est permis à l'homme de s'en nourrir, il lui est permis par conséquent, de les prendre et d'en disposer à sa volonté. C'est l’explication que saint Augustin donne à ces paroles : Quand nous entendons, dit-il, ces paroles : Vous ne tuerez point, il ne faut pas s'imaginer qu'elles s'entendent des plantes et des arbres, car ils n'ont point de sentiment; ni des bêtes et des animaux sans raison, parce qu'ils n’ont point de société avec nous.

Par ce précepte, il n’est point défendu aux juges et aux magistrats de condamner à mort les criminels. Ces sortes d'homicides ne leur sont point imputés à péché, mais plutôt ils pécheraient de ne les pas faire ou de les empêcher :

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parce qu'ils n'ont l'administration de la justice, que pour protéger les innocents et pour punir les coupables. S'ils n'arrêtaient le cours du mal, ils pécheraient contre le devoir de leurs charges; et ils seraient eux-mêmes responsables des crimes que commettraient les criminels qu'ils n’auraient pas punis. Ils ne font donc rien contre le précepte qui défend de tuer, mais plutôt ils le pratiquent parfaitement, puisque par la justice qu'ils exercent, ils empêchent qu'on ne tue, et qu'ils mettent tout le monde en sûreté de leur vie. C’est pourquoi, le Prophète disait : (Ps. 100. 8.) : « Dès le matin je condamnais à mort tous » les criminels de mon royaume, afin de chasser de la cité » du Seigneur tous ceux qui commettent l'iniquité. »

Ceux-là encore ne pèchent point, qui donnent ia mort à

leurs ennemis dans une guerre juste, pourvu qu'ils ne le fassent point par. un esprit de cupidité, de cruauté ou de haine; mais seulement pour obéir au prince, et pour la conservation de la patrie et du bien public.

Il en est de même, de ceux à qui Dieu commande de donner la mort à quelqu'un, ou pour établir sa gloire, ou pour la venger. Ainsi Abraham n'eût point péché s’il eût donné la mort à son fils, comme il lui avait été commandé; et les enfants de Lévi ne péchèrent point lorsque, transportés de zèle, ils mirent à mort vingt mille personnes du peuple de Dieu, en un seul jour. D'où vient que Moïse, qui les avait excités à cette expédition et qui marchait à la tête, loua leur zèle, et leur dit : « Sachez que vous avez » aujourd'hui consacré vos mains au on aid (Exod. n 82. 27 et 28.). »

Celui-là ne pèche point contre ce péage qui tue ou offense un autre par accident et sans y penser, selon qu’il est écrit dans le Deutéronome (19. 5.) : « Celui aui blesse » son prochoin par ignorance, en sorte qu'il est constant » qu'il n'avait, ni hier ni auparavant, nulle haine contre » lui, mais qu'ils sont sortis ensemble simplement et à la

» bonne foi, pour aller couper du bois dans la forêt, ou en » coupant du bois la cognée lui est échappée de la main, » ou le fer est sorti du manche, qui est allé frapper son » ami qui en est mort, il se retirera dans une des villes de » refuge où il sera en assurance de sa vie. »

Dans ce cas néanmoins, il peut y avoir péché en deux manières ; 1. Si celui qui tue se conduisait négligemment, et n'ayant pas sur soi la circonspection et l'attention qu’un homme raisonnable doit avoir. 2. Si celui qui donne la mort, la donne en faisant quelque action illicite : comme si en se divertissant, il donnait un coup de pied ou un coup de poing à une femme enceinte d'où suivrait l'avortement. Celui-là serait coupable de la mort de l'enfant, car encore qu’il le fit mourir contre son intention, et peut-être même avec bien de la douleur, il ne lui était pas permis de frapper la mère, non pas même par divertissement. .

Si quelqu'un étant attaqué se mettait en défense, et qu'en se défendant il donnât la mort à son agresseur, nonobstant tout le soin qu'il aurait pu apporter pour ne le pas tuer, il ne serait pas criminel et ne pécherait point contre ce précepte. Voici les cas qui ne tombent point sous le commandement qui défend de tuer : 4. Tuer des animaux pour se nourrir, et quelquefois pour son divertissement, comme sont ceux qui en tuent à la chasse. 2. Faire mourir des hommes criminels par l’ordre de la justice, 3. Tuer les ennemis de l'Etat dans une guerre juste. 4. Oter la vie à quelqu'un par l’ordre de Dieu, comme Abraham eut ordre de l’ôter à son fils. 5. Blesser ou tuer quelqu'un par accident et par hasard contre sa volonté, sauf les exceptions que nous avons faites.

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INSTRUCTION x.

CONTINUATION DU MÊME PRÉCEPTE

Nous avons rapporté, dans l'instruction précédente, les espèces d'homicide qui ne sont point imputés à péché. Nous ferons mention, en celle-ci, de ceux qui sont criminels et qui sont défendus par le précepte.

Je dirai donc en un mot, que tout homicide qui se commet par une autorité privée est défendu absolument, et qu'il doit être puni si on le commet. C'est pourquoi, les homicides que nous avons rapportés ne sont pas imputés à péché, parce qu'ils ne se font pas par l'autorité privée de ceux qui les commettent. Les criminels qui sont condamnés au supplice, sont exécutés par l’autoriié de la justice et des lois publiques. Les homicides qui se font dans une guerre juste et légitime, se font par l'autorité du prince; ceux qui se font à son corps défendant, se font par l’autorité de la loi commune et naturelle; ceux qui se commettent par accident et contre la volonté de celui qui les commet, se font par l'ordre de la providence qui l’a ainsi déterminé ; ceux enfin qui s'exécutent par l'ordre de Dieu, comme celui qu'Abraham était sur le point d'exécuter, se font par l'autorité du premier Etre, qui peut disposer de nos vies comme il lui plaît, sans nous faire aucune injustice. Mais quand un homme donne la mort à un autre de son propre mouvement, et sans être autorisé d'aucune

autre loi que de celle de sa passion, il se rend coupable du.

péché d’homicide.

Si l'on considère le précepte pe rapport à ceux qui peuvent commettre l’homicide, nul n’est exempt de l'obli-

CAT, M. INC. 15

gation de le garder. Les rois et les sujets, les grands et les pétits, les riches et les pauvres, les maîtres et les esclaves, les pères et les enfants, les hommes et les femmes, sont également obligés d'éviter l’homicide, et de tenir leurs mains nettes du sang de leur prochain.

Mais si l'on prend le précepte par rapport à ceux qui peuvent être tués, il est favorable à tous; et il n'est point d'homme, pour basse et méprisable que soit sa condition, qui ne soit, s’il faut ainsi parler, sous sa protection et sa sauvegarde ; car il défend absolument et sans exception, de tuer qui que ce soit.

Ce précepte est même favorable à un chacun, en ce qu'il ne lui est pas moins défendu de se tuer soi-même que de tüer les autres : car comme nul n’a le pouvoir de se donner la vie quand il ne l’a pas, nulle aussi n’a le droit de se l'ôter quand il la possède. C’est pourquoi la loi divine ne dit pas : Vous ne tuerez point les autres, ou vous ne tuerez point votre prochain; mais elle dit absolument: Vous ne tuerez point.

Or, on ne commet pas seulement l'homicide en ôtant la vie à un homme, mais encore en donnant conseil à un autre de le faire, ou en lui donnant du secours quand il le fait, ou en lui marquant les moyens par lesquels il le pourra exécuter. En quoi l'on peut remarquer l’aveuglement effroyable des Juifs, qui voulant faire mourir Notre-Seigneur, le livrèrent entre les mains de Pilate (Joan. 18. 81.), le pressant de le faire crucifier, et disant qu'il ne leur était pas permis de tuer personne ; comme si ce n’était pas un crime égal de tuer un homme de ses propres mains, ou de le faire mourir par la main d’un autre.

Il n'est pas même permis d'en conserver le désir dans le cœur, puisque Notre-Seigneur expliquant ce précepte, dit ces paroles, qui montrent la sincérité d'âme que nous devons avoir à l'égard de notre prochain (Matth. 5. 22.): « Tout homme qui se fâche contre son frère, méritera d’être

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» condamné par le jugement. Celui qui dira à son frère : » raca, méritera d'être condamné par le Conseil; et celui » qui lui dira: Vous êtes un fou, méritera d'être condamné » au feu de l'enfer. »

Il faut inférer de ces paroles, que celui-là pèche qui se fiche contre son frère, encore qu'il retienne sa colère dans ls cœur, et qu'il n'en donne aucune marque extérieure. Que Ja faute est encore plus grande quand la colère éclate au dehors : mais qu’elle augmente encore beaucoup quand,

des paroles, on en vient aux coups et aux mauvais traite-

ments, à moins qu'il n’y ait quelque sujet légitime. Je dis quelque sujet légitime; parce que ceux que Dieu a élevés en charge et en dignité, sont quelquefois obligés de se mettre en colère contre ceux dont ils ont la conduite, et même de les punir quand ils sont en faute. Mais ils doivent toujours se ressouvenir que la colère d'un homme chrétien, qui est le temple et la demeure de Jésus-Christ, ne doit pas être un effet de la cupidité, mais de la charité du Saint-Esprit.

Notre Maître céleste nous a encore laissé d'autres conseils, pour nous établir dans la parfaite observation de ce précepte, comme sont ceux qui suivent (Matth. 5. 38.) : « Vous avez appris qu'il a été dit : œil pour œil, et dent » pour dent; et moi je vous dis de ne point résister à » celui qui vous traite mal; mais si quelqu'un vous donne un soufflet sur la joue droite, présentez-lui encore l'autre. » Si quelqu'un veut plaider contre vous pour vous prendre votre robe, laissez-lui encore emporter votre manteau; » et si quelqu'un veut vous contraindre de faire mille pas * avec lui, faites-en deux mille, Vous avez appris qu’il a » été dit : Vous aimerez votre prochain, et vous haïrez » votre ennemi; et moi je vous dis : Aimez vos ennemis; » bénissez ceux qui vous maudissent ; faites du bien à ceux » qui vous font du mal; et priez pour ceux qui vous per- » sécutent et qui vous calomnient, afin que vous soyez les

» enfants de votre Père qui est dans le ciel, qui fait lever » son soleil sur les bons et sur les méchants, et qui fait » pleuvoir sur les justes et sur les injustes. Car si vous » n'aimez que ceux qui vous ‘aiment, quelle récompense » en aurez-vous ? les publicains ne font-ils pas c‘'a? Et si » vous ne saluez et n'embrassez que vos frères, que faites- » vous en cela de particulier ? les païens ne le font-ils pas » aussi Soyez donc, vous autres, parfaits, comme votre » Père céleste est parfait. » Et saint Paul, conformément à la doctrine de ce divin Maître, dit (Rom. 42. 49.) : « Ne » VOUS vengez point vous-mêmes, mes frères, mais donnez » lieu à la colère, car il est écrit : C’est à moi que la ven- » geance est réservée, et c'est moi qui la ferai, dit le » Seigneur. Si donc votre ennemi a faim, donnez-lui à » manger; s'il a soif, donnez-lui à boire; car, agissant » de la sorte, vous amasserez des charbons ardents sur sa » tête. Ne vous laissez point vaincre par le mal; mais » travaillez à vaincre le mal par le bien. »

L'on voit ici l'excellence des conseils évangéliques, et les grands avantages qu'ils donnent pour garder les commandements de Dieu et pour assurer son salut; car il est évident que celui qui aime ses ennemis; qui fait du bien à ceux qui lui font du mal ; qui donne son manteau à celui qui veut dérober sa tunique ; qui présente une joue à celui qui a frappé l’autre, et en un mot, qui pratique la doctrine de Jésus-Christ que je viens de rapporter; il est, dis-je, évident que celui-là est bien éloigné de haïr son prochain, et encore plus de commettre un homicide; mais revenons au précepte.

Le dessein de Dieu établissant cette loi, a été d'entretenir l'union, la paix et la concorde dans le monde. C'est pourquoi Notre-Seigneur dit dans l'Evangile (Matth. 5. 23.) : « Si vous êtes à l'autel pour offrir votre présent, et que » VOUS vous ressouveniez que votre frère a quelque chose » contre vous, laissez là votre présent, et allez première-

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» ment vous réconcilier avec votre frère, et après cela » vous viendrez offrir votre présent. » Notre-Seigneur donc, prenant tant de soin de nous ôter du cœur la haine que nous pourrions avoir çontre notre prochain, nous montre assez clairement que ce précepte est un précepte d'amour et de charité.

Dieu promet deux sortes de biens, qui ne se peuvent exprimer, à ceux qui gardent fidèlement ce précepte, et qui, au lieu de se venger, pardonnent généreusement les injures qui leur sont faites.

Le premier est qu'il nous pardonnera nos offenses, de

la même manière que nous pardonnons celles qui nous sont faites. Voici comment Notre-Seigneur parle dans l'Evangile (Luc. 6. 36.) : « Soyez pleins de miséricorde, » comme votre Père est plein de miséricorde. Remettez, » et il vous sera remis; donnez, et il vous sera donné. On » Vous versera dans le sein une bonne mesure, pressée, » entassée, et qui se répandra par-dessus : car on se servira envers vous de la même mesure dont vous vous serez servi envers les autres. » L'autre, est que Dieu nous fera l'honneur de nous mettre au nombre de ses enfants : « Aimez vos ennemis, dit » Notre-Seigneur (Luc. 6. 35.), et faites du bien à tous. » Votre récompense sera grande et vous serez les enfants » du Très-Haut, qui est bon aux ingrats même et aux » méchants. » Cet honneur va bien loin : « Car si nous » sommes les enfants, nous sommes aussi les héritiers, les » héritiers de Dieu at les cohéritiers de Jésus-Christ (Rom, n 8.17.). »

Comme Dieu fait de grandes grâces à ceux qui bannissent de leur cœur, toute haine et touta mauvaise volonté contre le prochain ; ceux, au contraire, qui retiennent ce venin mortel dans leurs âmes, tombent dans des malheurs très-funestes : 4. Ils passent pour homicides devant Dieu, comme témoigne le Disciple bien-aimé (I. Joan. 3. 15.) :

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