EXPLICATION DU SEPTIÈME PRÉCEPTE
Vous ne déroberez point.
Les prêtres et les pasteurs de la primitive Eglise, avaient coutume de donner aux fidèles un grand sentiment de ce précepte, parce qu'on le peut violer en tant de marières, que plusieurs pèchent en cette matière sans y faire réflexion. C'est pourquoi, saint Paul ayant remarqué que quelques-uns, qui commettaient des fautes considérables contre ce précepte, corrigeaient les autres qui y contrevenaient, il les reprit eux-mêmes de cette manière (Rom. 2, 21.) : « Vous qui enseignez les autres, vous no » Vous enseignez pas vous-môêmes : vous prêchez qu'il ne » faut pas voler, et vous volez comme les autres. » L'Apôtre par ces paroles ne reprend pas seulement le larcin, mais encore tous les péchés qui en sortent comme des rejetons de leur racine,
Nous avons ici un nouveau sujet d'admirer la bonté de Dieu envers nous : car comme par le précepte qui défend l'homicide, il met notre vie en assurance ; et par celui qui défend l'adulière, il pour voit à l'honneur et à la réputation
de ceux qui sont engagés dans le mariage; de même, par celui-ci qui défend le vol, il prend soin des biens qu'il nous
a donnés, et il ne veut pas que personne touche à ce qui nous appartient.
Ce précepte, ainsi que les autres, est divisé en deux parties, dont la première qui défend le vol, se fait connaître par les paroles sous lesquelles il est conçu ; et l'autre qui est plus cachée, et qui est proprement la vertu et la perfection du précepte, est la libéralité que nous devons exercer envers notre prochain.
Pour l'intelligence de la première partie, il faut savoir que le vol n’est pas seulement l'enlèvement qui se fait d’une chose à l'insu et contre le gré du maître à qui elle appartient ; il faut encore donner ce nom aux usurpations violentes et manifestes, par lesquelles on enlève le bien d'autrui. C'est de cette dernière espèce de vol que parle saint Paul, quand il dit : « Que les ravisseurs ne posséde- » ront point le royaume de Dieu (I. Cor. 6. 10.). »
Or, quoique le ravissement qui se fait avec violence, et qui outre le vol, cause encore de l’ignominie, soit un plus grand péché que le simple vol ou larcin, Dieu néanmoins a plutôt défendu le vol que le ravissement, parce qu'il a beaucoup plus d'étendue ; en sorte même que le ravissement est compris dans le vol; car tout vol n'est pas ravissement, mais tout ravissement est vol.
En un mot, le vol est une possession injuste du bien d'autrui, et un usage des choses qui lui appartiennent, contre sa connaissance et contre sa volonté.
Cette possession injuste et cet usage illicite du bien d'autrui, se peut faire en plusieurs manières, et elle peut avoir plusieurs noms. Si ce que l’on prend appartient à un particulier, c'est un vol ou larcin ; s’il appartient au prince ou au peuple, c'est un péculat; si c'est une chose sacrée ou qui appartienne à l'église, et qui soit destinée pour l'entretien des prêtres et des pauvres, c'est un sacrilége.
e, par 1 nous ce qui
| deux it conl'autre u et la devons
savoir t d’une apparns viole bien e parle osséde-
C'est une espèce de vol, que l'on appelle plagiaire, de retenir par force une personne libre, et de s'en servir comme d'une esclave.
C'est voler, que d'acheter ou recéler des choses qu'on sait avoir été volées, ou trouvées, ou enlevées par an autre.
C'est encore voler, que d'user de fraude en ce que l'on achète et en ce que l'on vend ; de vendre des marchandises fausses et corrompues pour de vraies et bien conditionnées; de jurer que ce qui est méchant est bon, et que ce qui a coûté peu a coûté beaucoup ; de vendre à faux poids et à fausse mesure ; d'avoir un poids ou une mesure pour . acheter, et un autre poids ou une autre mesure pour
. vendre. C’est ce que Dieu défend si expressément dans
l'Ecriture (Deut. 25. 45.) : « Vous n'aurez point des poids » différents. Vous ne ferez nulle injustice ni dans la règle, » ni dans le poids, ni dans la mesure : que la balance soit » juste et les poids égaux; que le muid soit juste et le » boisseau égal. C’est une abomination devant le Seigneur » d'avoir un poids d'une façon et un poids de l'autre, et » d’user d’une balance injuste et frauduleuse. »
Ceux-là encore commettent un vol, qui font tort à leurs maîtres furtivement et sans qu'ils s’en aperçoivent, et ce vol est d'autant plus criminel, devant Dieu et devant les hommes, qu'il est contre la fidélité qu’un serviteur doit à son maître, et qu'il blesse la confiance que le maître témoigne avoir en son serviteur.
Enfin, c'est un vol dans les ouvriers et dans les artisans, qui demandent et qui reçoivent la récompense d'un travail qu'ils n'ont pas fait, ou qu'ils n'ont fait qu'à demi. Voilà pour le vol secret et caché.
Quant à celui qui se fait avec violence et ouvertement, c'est voler que de retenir le salaire des ouvriers, des artisans et des serviteurs domestiques. Voici comment saint Jacques (5. 1.) excite à la pénitence ceux qui sont cou-
pables de ce vol : « Vous, riches, pleurez; poussez des » soupirs et des cris dans la vue des misères qui doivent » fondre sur vous. Sachez que le salaire que vous faites » perdre aux ouvriers qui ont fait la récolte de vos » champs, crie au ciel, et que les plaintes de ceux qui ont » moissonné vos terres, sont montées jusqu'aux oreilles » du Dieu des armées. » Dieu demandait autrefois une si grande exactitude à payer le salaire des ouvriers, qu'il voulait qu'on le payât sans délai : « Que le salaire de vos » ouvriers, dit-il. (Levit. 49. 13.), ne demeure point chez * vous jusqu’au lendemain. » Et dans un autre lieu (Deut. 24, 14.) : « Vous ne différerez point le salaire qui est dû » à vos ouvriers pour leur travail, soit qu’ils soient de vos » frères, soit qu'ils soient étrangers; mais vous leur don- » nerez ce qui leur est dû dès le même jour, avant que le » soleil se couche, parce qu'ils sont pauvres et que c'est de » Jà qu'ils attendent de quoi vivre : de crainte qu'ils ne se » plaignent à Dieu, et que ce retardement ne vous soit » imputé à péché. »
C'est encore un ravissement et un vol manifeste, de ne pas payer les tributs au prince, les cens au seigneur, les dimes à l'Eglise, et autres semblables droits à ceux à qui ils appartiennent.
Il faut dire de même des usuriers, qui consument la substance des pauvres par leur usure. Or, l'usure est une espèce d’avarice, par laquelle on prend ou on exige, outre le fort principal d'une somme prêtée, quelque chose de plus, soit argent, soit autre chose qui peut être appréciée ou estimée par argent. Le prophète Ezéchiel (18. 8.) l'explique de la sorte : « Si quelqu'un ne prête point à usure, et » s'il ne reçoit rien au dessus de ce qu'il a prêté. » Et Notre-Seigneur dit dans l'Evangile (Luc. 6. 34.) : « Pré- » tez, cela vous est permis, mais n'espérez et n’attendez » rien davantage que ce que vous avez prêté. »
Ceux-là encore sônt des ravisseurs et des voleurs publics,
ez des oivent | faites le vos jui ont reilles une si , qu'il de vos nt chez (Deut.
est dû de vos r donque le c'est de s ne se us soit
qui vendent la justice, et qui ne la rendraient pas si on ne leur donnait de l'argent, ou si on ne leur faisait des pré
sents; qui font perdre un procès qu'ils connaissent être juste; qui différent malicieusement le jugement d’une cause, consommant en frais ceux à qui ils doivent la justice.
Il y en a encore d'autres qui sont coupables de ce crime, ce sont ceux qui ferment leurs greniers et qui cachent leur blé et leurs autres denrées dans les temps de famine, faisant par ce moyen que les vivres soient encore plus Chers. Le Sage reprend cette sorte de vol, quand il dit (Prov. 11. 26.) : « Celui qui cache ses blés recevra la * malédiction des peuples, celui-là au contraire sera béni » de tout le monde, qui exposera le sien en vente. »
Il faut mettre en ce rang, ceux qui cherchent des moyens pour faire perdre à leurs créanciers ce qu'ils leur doivent, comme sont les banqueroutiers; ceux qui sans raison demandent du temps pour payer ce qu'ils doivent; ceux encore qui feignent des incommodités et des pertes pour n'acquitter qu'une partie de leurs dettes; ceux enfin, qui retiennent malicieusement ce qu'ils ont emprunté, et que le Prophète met au rang des pécheurs, quand il dit (Ps. 86. 21.): « Le pécheur empruntera, et il ne rendra pas » ce qu'il emprunte. »
On peut mettre au nombre de ces usurpateurs, ceux qui possèdent le bien d'autrui, soit meubles, soit héritages, mais qui n’en sont pas les possesseurs de bonne foi, et qui savent assurément que ce bien a été usurpé ou par eux ou par leurs ancêtres. Ceux-là sont obligés de le restituer en quelque temps que ce soit, et quoique pour le repos de la vie civile, les lois humaines permettent de prescrire après un certain temps contre les légitimes propriétaires. Quant à l'intérieur néanmoins et à la conscience, ils sont toujours obligés de restituer ; parce que cette prescription ne les rend pas possesseurs de bonne foi, et Jeur conscience qui sait assurément que ce bien ne leur appartient pas, ne peut
nedécli contre un commandement de Dieu, qui est une loi immuable et éternelle.
Il faut dire de même de ceux qui veulent avoir par procès, un bien qu’ils savent assurément ne pas leur appartenir, et qui l’emportent par un arrêt injuste, ou parce qu'ils ont corrompu le juge, ou parce qu'ils l'ont trompé par des titres qu'ils savaient assurément être faux. Ils ne sont pas moins obligés à restituer que les précédents; parce que n'étant pas possesseurs de bonne foi, l'arrêt qu'ils savent être injuste, ne met pas Jeur conscience à couvert devant Dieu, quoiqu'il les mette à couvert et en. assurance à l'égard des hommes.
CONTINUATION DU MÊME PRÉCEPTE
Nous avons expliqué dans notre dernière instruction, la première partie du précepte, par laquelle Dieu nous défend de voler et de faire tort à notre prochain. Nous expliquerons en celle-ci, la seconde, dont le sens est plus caché, et qui nous oblige à faire du bien à tout le monde, et particulièrement à ceux qui sont dans la misère et dans la nécessité ; car il arrive souvent que la misère des pauvres et des personnes incommodées, les porte à prendre où ils peuvent, ce qu'ils croient les pouvoir tirer du misérable état où ils se trouvent.
C’est donc un devoir de chrétien et qui est compris dans ce nrécepte, de jeter les yeux sur le prochain qui est dans
l’incommodité, et de le soulager autant qu'il est possible. __« Tandis que nous avons le temps et le moyen, dit saint » Paul (Galat. 6. 10.), faisons du bien à tous. » Notre divin
L 3 Lo ” ” Lo n ”