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de discours et d'entretiens dangereux ; et, comme nous enseigne le Sage (Eccli. 28. 28.) : « Il faut les environner » d'épines, c'est-à-dire d'une mortification aiguë qui réveille » l'attention, de crainte d'entendre les mauvaises langues ; » et il se faut faire des portes et des serrures à la bouche, » afin de n’y point répondre. »
Le dixième précepte, qui est aussi le dernier du déca-
logue, défend de désirer le bien d'autrui. Voici les termes dans lesquels il est conçu : « Vous ne désirerez point la » maison de votre prochain, ni son champ, ni son ser- » viteur, ni sa servante, ni son bœuf, ni son âne, ni rien » de ce qui lui appartient. »
Su maison.
Par le mot de maison, il ne faut pas seulement entendre le logis où il demeure, mais encore tout ce qui regarde son établissement, comme sont ses honneurs, ses charges,
ses dignités, sa réputation, ses richesses, Le mot de maison :
est souvent pris en ce sens dans l'Ecriture, comme on peut le remarquer dans l'Exode (1. 21.), où nous lisons que Dieu édifia des maisons aux: sages-femmes de l'Egypte, c'est-à-dire qu'il leur donna des prospérités temporelles, pour la miséricorde dont elles avaient usé envers les enfants des Israélites. |
Ni son champ.
Par le champ, il faut entendre toutes sortes de terres, soit qu'elles soient labourables, ou en jardin, ou en pré, ou en bois, ou même en fontaines et en étangs ; d'où il est évident, que ceux-là pèchent contre ce précepte, qui désirent étendre leurs seigneuries sur les terres des seigneurs voisins, et qui contraignent les vassaux à leur donner des aveux et des reconnaissances qui ne leur appartiennent pas.
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de maison :
Ni son serviteur, ni sa servante.
Cela ne se doit pas seulement entendre des captifs et des esclaves que l'on a acquis ou par argent, ou par conquête, ou en quelque autre manière que ce soit ; mais encore des serviteurs et des servantes qui se sont volontairement engagés à servir, ou par l'affection qu'ils ont pour leur maître, ou par l'espérance qu'ils ont d'en recevoir des gages et des récompenses. Il n’est pas permis de les solliciter, beaucoup moins de les corrompre par argent, par promesses, par menaces, de quitter leurs maîtres pour les attirer, sous prétexte que ce sont des gens de service et qui plaisent. Et même, s'ils voulaient quitter leurs maîtres de leur propre mouvement avant le temps pour lequel ils se sont engagés, ce précepte oblige de ne les pas recevoir, mais de les exhorter d’être fidèles à garder la parole de leur engagement ; car il est écrit (Tob. 4. 16.) : « Ne faites » pas à autrui ce que vous ne voudriez pas qu'on vous fit. »
Ni son bœuf, ni son âne.
Par ces animaux domestiques qu'il n'est pas permis de désirer, il faut aussi entendre les troupeaux de quelque
espèce qu'ils soient. C'est pourquoi le saint vieillard Tobie,
entendant béler en sa maison un chevreau que sa femme avait acheté, et croyant qu'il s'était écarté du troupeau de quelqu'un de ses voisins, criait avec empressement qu'on s'informât à qui il appartenait afin de le rendre au plus tôt. Au reste, par ces paroles du précepte, nous sommes avertis qu'il ne nous est pas seulement défendu de désirer les choses précieuses de notre prochain, comme sont sa maison, ses charges, son honneur, mais encore les plus basses, comme son bœuf, son âne, son chien, son chat.
Ni rien de ce qui lui appartient.
Afin qu'on ne s’imagine pas qu'il est seulement défendu de désirer les choses marquées dans ce précepte, Dieu, souverain législateur, a ajouté ces dernières paroles, pour nous apprendre qu'il ne nous est pas permis de rien désirer du tout de ce qui appartient à notre prochain, soit que les choses soient grandes ou petites, précieuses ou méprisables : il nous suffit de savoir qu'elles ne nous appartiennent pas, pour en détourner notre désir, et pour nous retenir dans les bornes de la justice qui donne et qui laisse à chacun ce qui lui appartient.
Ceux-là pèchent contre ce précepte, qui désirent la famine et la disette des marchandises et des denrées, afin de vendre plus cher celles qu'ils ont, et de s'enrichir aux dépens du prochain. Comme aussi ceux qui désirent que personne ne vende et n’achète qu'eux, afin de vendre cher et d'acheter à bon marché.
Il faut dire de même des personnes d'épée, qui désirent la guerre pour avoir un prétexte de voler; des médecins, qui désirent des maladies afin d’avoir des pratiques; des juges, des avocats et des procureurs, qui désirent des procès, afin d'avoir des causes qui les remplissent en épuisant les parties.
L'on peut encore ajouter ceux qui désirent de l'honneur et de l'estime, et qui souhaitent que ceux qui sont au-dessus d'eux et qui leur font ombrage, perdent leur éclat et tombent dans la confusion; ceux-là, dis-je, pèchent contre ce précepte et commettent un grand péché, surtout si ce sont des personnes lâches et vicieuses ; parce que, outre l'injustice qu'ils veulent faire à leur prochain, ils en commettent encore une autre à leur égard, désirant un bien qu'ils ne méritent pas; la gloire et l'honneur étant le prix du travail et de la vertu, et non la récompense de la lâcheté et du vice.