‹ Catéchisme de la vénérable mère Marie de L'Incarnation, fondratrice des Ursulines de Québec ou Explication familière de la doctrine chrétienne [microforme]Chapitre 45 sur 83 · STE · texte numérisé non relu

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que de tout ce qui est au monde, et que nous devons plutôt perdre toutes choses et la vie même, que de rien faire qui oblige Dieu de nous la retirer. C'était le sentiment que saint Paul conservait dans son cœur et qu'il a laissé par écrit : » Ce que je considérais, dit-il (Phil. 3. 7.), aupa- » ravant comme un gain et comme un avantage, m'a paru » depuis comme un désavantage et comme une perte. Jo » dis plus : tout me semble une perte au prix de cette » haute connaissance de Jésus-Christ mon Seigneur, pour » l'amour duquel je me suis privé de toutes choses, et je » les regarde comme des ordures, afin de gagner Jésus- » Christ, » Il explique encore ailleurs le sentiment qu'il avait de la grâce et de la charité qui régnait en lui, d’une manière également forte et touchante (Rom. 8. 35.) « Qui » pourra nous séparer de l'amour de Jésus-Christ? Sera-ce » l'affliction, ou les déplaisirs, ou la persécution, ou la » faim, ou la nudité, ou les périls, ou le fer? Je suis sûr * que ni la mort, ni la vie, ni les anges, ni les principautés, » ni les puissances, ni les choses présentes, ni celles qui » sont à venir, ni tout ce qu'il y a au plus haut des cieux, » ou au plus profond des enfers, ni toute autre créature ne » nous pourra jamais séparer de l'amour de Dieu qui est en » Jésus-Christ Notre-Seigneur. » Voilà les sentiments que ce saint Apôtre avait dans le cœur, de l'amour et de la grâce par laquelle Dieu régnait en son âme : ce sont aussi ceux que nous devons avoir et que nous devons demander à Dieu lorsque nous lui disons : Que votre règne arrive.

4, Ce règne néanmoins, se peut encore entendre du royaume de la gloire où Dieu règne et régnera éternellemeni sur les bienheureux. C'est dans ce royaume céleste que Notre-Seigneur appellera ceux qui l’aiment et qui le servent âvec fidélité; lorsqus, ayant séparé les élus des réprouvés au jugement dernier, il leur dira : « Venez, les » bénis de mon Père, recevez le royaume qui vous est » préparé dès la création du monde (Matth. 25. 34.). »

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C'est ce royaume, que notre même Sauveur étant en croix, promit au bon larron de lui donner dès le même jour; car ce pécheur converti lui ayant dit (Luc. 23.42.) : « Souve- » nez-vous de moi, Seigneur, quand vous serez dans votre » royaume ; » Notre-Seigneur lui répondit : « Vous serez » aujourd'hui dans le paradis avec moi. » C’est ce royaume, que le Fils de Dieu disait, qu'il allait préparer à ses disciples; voici comme il leur parlait immédiatement avant sa passion (Luc. 22. 28.) : « Vous êtes toujours demeurés » fermes avec moi dans mes tentations et dans mes maux; » c'est pourquoi je vous prépare le royaume comme mon » Père me l'a préparé; afin que vous mangiez et buviez à » ma table dans mon royaume, et que vous soyez assis » sur des trônes pour juger les douze tribus d'Israël. Je » m'en vais vous préparer le lieu (Joan. 14. 2.). » Enfin, c'est ce royaume où nous devons tous aspirer, et où néanmoins rien de souillé ne pourra jamais avoir entrée (Apoc. 21. 27.).

C'est pourquoi nous demandons à Dieu que ce règne s'accomplisse en nous, c'est-à-dire, qu'il nous donne place dans son paradis, afin qu'il règne sur nous comme il règne sur les anges et sur les saints, Nous devons nous considérer comme des exilés dans un pays étranger, car nous sommes en effet bannis du ciel qui est notre patrie et la maison de notre Père céleste. C'est pourquoi nous lui demandons comme des enfants prodigues, qu’il nous reçoive auprès de lui et qu’il règne éternellement sur nous.

Mais pour mériter le règne céleste que nous demandons, il faut nécessairement que Dieu règne en nous par la grâce, comme nous l'avons remarqué, et que nous soyons soumis et obéissants à ses saintes lois : car Notre-Seigneur nous enseigne (Joan. 4. 14.) que la grâce est une fontaine d'eau vive qui rejaillit à la vie éternelle ; comme s’il voulait dire que du règne de la grâce l’on monte au règne de la gloire, et que l'on ne peut y monter autrement.

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