‹ Catéchisme de la vénérable mère Marie de L'Incarnation, fondratrice des Ursulines de Québec ou Explication familière de la doctrine chrétienne [microforme]Chapitre 47 sur 83 · EXPLICATION DE. LA TROISIÈME DEMANDE · texte numérisé non relu

EXPLICATION DE. LA TROISIÈME DEMANDE

Que votre volonté soit faile sur la terre comme au ciel.

Notre-Seigneur dit dans l'Evangile (Matth. 7. 21.) : « Tous ceux qui me disent : Seigneur, Seigneur, n’entre- » ront pas pour cela dans le royaume des cieux; mais » celui-là seulement y entrera qui fait la volonté de mon » Père qui est dans le ciel. » Nous apprenons de ces paroles l'importance de cette demande; car si nous ne pouvons aller au ciel qu'en faisant la volonté de Dieu, il nous est de la dernière importance de la faire, et par conséquent de demander à Dieu la grâce de l'accomplir.

Dieu, au commencement du monde, avait donné à toutes les créatures, une inclination naturelle de se porter à la fin pour laquelle elles avaient été créées. L'homme avait cette inclination comme tout le reste, en sorte que par le moyen de la grâce jointe à la raison, il se portait à Dieu comme à sa dernière fin, et comme à l'unique objet de sa béatitude. Toutes les créatures ont conservé l’inclination qu'elles avaient à leur fin, et elles y parviennent infailliblement, si elles n’en sont empêchées par quelque cause extérieure. L'homme seul a perdu la sienne, et comme témoigne le Prophète (Ps. 13.3.), « ils se sont tous égarés » de leur chemin, et se sont rendus inutiles, en. sorte qu'il » n'y en à pas un qui fasse le bien. Ils se sont corrompus » et sont devenus abominables dans leurs inclinations, » en sorte qu'il ne s'en trouve pas un seul qui se porte

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» à la vertu. » Et ce qui est le plus déplorable, ils n'ont pas seulement perdu l'inclination qu'ils avaient au bien, ils en ont contracté une autre en la place, qui les porte au mal avec une impétuosité étrange. Dieu même l'a déclaré et en a eu de la compassion, comme nous lisons dans la Genèse (8. 21.) : « Les sens et les pensées du - cœur humain se portent au mal dès leur enfance, c'est » pourquoi je n'aflligerai plus les mortels par le déluge » comme j'ai fait. » C’est de là que les hommes ont tant de peine à pratiquer la vertu, et qu'ils se portent au mal avec tant de facilité et de plaisir.

Leur malheur va encore plus loin, parce qu'ils sont tombés dans un tel aveuglement d'esprit, qu'ils prennent souvent le mal pour le bien et le faux pour le vrai : « Malheur à vous, dit un prophète (Isaïe. 5. 20.) ; malheur » à vous, qui dites que ce qui est mauvais est bon, et que » Ce qui est bon est mauvais ; qui prenez les ténèbres pour » Ja lumière, et la lumière pour les ténèbres ; qui proposez » l'amer pour le doux, et le doux pour l'amer. »

Parmi tant de misères, nous devons chercher des remèdes salutaires, et choisir une règle assurée, sur

} | 4 laquelle nous puissions former notre vie et nos actions. {ai Cette règle et ce remède est la prière que nous faisons He à Dieu, quand nous lui disons : Que votre volonté soit FL faite; car comme nous sommes tombés dans le misérable

| in état où nous sommes, en désobéissant à la volonté de Dieu, je | nous ne saurions mieux nous relever, qu'en l’accomplisà sant avec un cœur humble et soumis, et en priant Dieu |A qu'il règne parfaitement sur nous et sur nos volontés. | Hà Nous ne saurions rendre à Dieu des sacrifices qui lui LA soient plus agréables, que de lui obéir et de lui immoler ii nos volontés, comme le Prophète nous l'enseigne (Ps. 39. ‘ii 3.): « Vous n'avez point voulu de sacrifices ni d'obla- - tions, mais vous m'avez donné des oreilles pour obéir : » vous n'avez point demandé d’holocaustes pour le péché;

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» c'est pourquoi j'ai dit : Me voici moi-mêine. Il est écrit » de moi au commencement de voire livre que je fasse, » mon Dieu, votre volonté. Je le veux, Seigneur, et j'ai » mis votre loi dans le milieu de mon cœur. »

Que votre volonté soit faite.

Par la volonté dont il est parlé dans cette demande, l’on entend tout ce que Dieu a commandé et tout ce qu'il a défendu, soit par lui-même; comme sont les divins préceptes; ou par son Fils, comme sont les avis et les conseils qu'il nous a laissés dans l'Evangile; ou par la sainte Eglise qui nous fait des.commandements, et nous impose des lois que nous devons observer; ou par nos supérieurs, à qui Dieu a donné l'autorité et le pouvoir de nous commander en son nom. Nous devons donc suivre le conseil de saint Paul, quand il dit (Ephes. 5. 17.) « Ne » soyez point imprudents ni inconsidérés, mais soyez » sages et discrets pour discerner quelle est la volonté de » Dieu. » Or, c'est dans les points que je viens de marquer, que nous découvrons la volonté de Dieu dont nous demandons l’accomplissement, quand nous disons : Que votre volonté soit faite.

Ainsi, quand nous faisons cette demande à Dieu, nous lui demandons qu'il nous fasse la grâce de garder ses

“saints commandements, et de le servir, comme parle

l'Evangile (Luc. 1. 75.), en toute sainteté et en toute justice tous les jours de notre vie; de ne rien faire qui ne soit conforme à ses ordres et à ses divines volontés; d'accomplir avec fidélité tous les devoirs auxquels nous sommes obligés par la loi de Dieu, et par les règles.de la condition où sa providence nous a engagés; de faire tout ce qui est bienséant et convenable à ceux qui font profession de la religion chrétienne, et à qui, comme parle saint Jean (1. 12.) : « Dieu a donné le pouvoir de

+ devenir ses enfants; qui sont nés non du sang, ni de » la volonté de 1a chair, ni de la volonté de l’homme, » mais de l'esprit et de la volonté de Dieu, » et qui veulent imiter Notre-Seigneur, qui s'est rendu obéissant jusqu’à la mort et à la mort de la croix.

Et il ne faut pas s'imaginer, que cette soumission et humiliation de notre volonté à celle de Dieu nous captive et nous déshonore : il n’y a point de plus grande liberté, ni de plus grand honneur, que d'obéir à Dieu. Servir Dieu, c'est régner : « Car quiconque fait la volonté de » mon Père qui est dans le ciel, dit Notre-Seigneur (Matth. » 12. 50.), celui-là est mon frère, ma sœur, et ma mère. » Comme s’il voulait dire : Celui-là est très-honoré, parce qu'il entre dans mon alliance, et il m'est uni par un lien très-étroit d'amour et de bienveillance.

Aussi à peine se trouve-t-il un saint, qui n'ait mis le fort de sa sainteté dans l'accomplissement de la volonté de Dieu, et à lui faire cette prière : Que votre volonté soit faite. Le Prophète la fait quasi continuellement, quoique en d’autres termes : « O mon Dieu, que mes voies ne » tendent qu'à garder vos justifications (Ps. 118, 5.). » Conduisez-moi dans le chemin de vos commandements » (Ib. 35). Dressez mes pas selon votre parole, afin - qu'aucune injustice ne règne en moi (Ib. 133). Condui- » 8ez-moi dans la voie de vos justices. Ouvrez mon esprit

» afin que je connaisse et que je pratique vos préceptes.

» Enseignez-moi vos jugements. Donnez-moi de l'intelli- » gence afin que je sache vos commandements et vos » volontés. » Voilà les prières de ce saint Prophète que nous devrions continuellement avoir dans le cœur et dans la bouche avec celle-ci : Que votre volonté soit faite.

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ission et 18 captive le liberté, a. Servir olonté de ir (Matth.

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mis le fort olonté de >lonté soit , quoique voies ne 118, 5.).

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réceptes.

l'intellis.et vos hète que r et dans ite.

Sur la terre comme dans le ciel.

L'on peut donner plusieurs sens à ces paroles. Le premier est littéral, en sorte que par le ciel l'on entende le paradis, et par la terre le monde que nous habitons : 4. Ainsi, demandant que la volonté de Dieu soit faite sur la terre comme dans le ciel, nous demandons qu'elle soit faite dans le monde comme elle l'est dans le paradis, en sorte que le monde devienne un paradis terrestre, où les volontés de Dieu soient. gardées sans résistance et sans contradiction, comme elles le sont dans le royaume de

‘ la gloire.

2, L'on peut prendre le ciel, pour les anges et pour les âmes des bienheureux qui sont des substances spirituelles et incorruptibles ; et par la terre, les hommes mortels qui sont composés d'une âme spirituelle et d'un corps charnel et de terre. Nous demandons donc que la volonté de Dieu soit accomplie par les hommes, comme elle l’est par les anges à qui le Prophète adresse ces paroles (Ps. 102. 21.):« Bénissez le Seigneur, vous qui êtes ses vertus; bénissez le Seigneur, vous qui êtes ses ministres et qui faites ses volontés, »

8. Par le ciel, l'on veut sucore entendre les justes et les gens de bien, qui ménent sur la terre une vie céleste; et par la terre, les pécheurs et les impies qui mènent une

vie terrestro et animale ; et c'est comme si nous disions :

Que votre volonté, Seigneur, soit faite par les pécheurs, comme elle l'est par les justes; afin que vous soyez obéi de tout le monde. C'était le souhait du Prophète, lorsqu'il disait (Ps. 66. 7.) : « Que Dieu, Dieu notre Seigneur, » nous bénisse, et que toutes les extrémités de la terre le » craignent et le servent. »

Enfin, le ciel peut être pris pour l'âme, qui est spirituelle et la plus haute portion de l'homme ; et la terre pour le corps, qui est matériel et la plus basse partie :

car si l'homme est, comme l'on dit, un petit monde, l'âme en est le ciel, et le corps en est la terre. Ainsi quand celui qui prie dit ces paroles : Que votre volonté soit faite en la terre comme dans le ciel, c'est comme s'il disait : Faites, mon Dieu, que comme mon âme.se soumet à vos saintes volontés, de même il n'y ait rien dans mon corps qui leur soit rebelle et désobéissant. C'était la prière que saint Paul faisait à Notre-Seigneur, pour arrêter la rébellion de son corps qu'il décrit en‘cette sorte (Rom. 7. 21.) : « Lorsque je veux faire le bien, je trouve en moi une loi » qui s’y oppose : car je me plais dans la loi de Dieu » selon l'homme intérieur. Mais je sens dans les membres » de mon corps une autre loi qui combat contre la loi de * mon esprit, et qui me rend captif sous la loi du péché » qui est dans les membres de mon corps. Malheureux que » je suis ! qui me délivrera de ce corps de mort? Ce sera » la grâce de Dieu, par Jésus-Christ Notre-Seigneur. » Ainsi je suis moi-même soumis tout ensemble à la loi de

» Dieu selon l'esprit, et à la loi du péché selon la chair. »

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