‹ Catéchisme de la vénérable mère Marie de L'Incarnation, fondratrice des Ursulines de Québec ou Explication familière de la doctrine chrétienne [microforme]Chapitre 55 sur 83 · SES · texte numérisé non relu

SES

D De ess

sainte et salutaire, par laquelle Dieu les exerce et les éprouve, afin de purifier leur vertu et de les proposer aux autres comme des modèles qu’ils doivent imiter. Il a tenté Abraham en cette manière, lui commandant de lui immoler son propre fils, afin de nous le proposer comme un modèle d'obéissance dans les choses rudes et difficiles; il a tnté Tobie, afin que nous eussions à imiter sa patience : « Parce » que vous étiez agréable à Dieu, il a été nécessaire que » la tentation vous mît à l'épreuve (Tob. 12. 13.). » Il tente tous les jours une infinité de justes, permettant qu'ils soient affligés, porsécutés, dépouillés de leurs biens, de leurs charges, et de leurs honneurs. C’est ainsi qu'il tenta les Israélites dans le désert, afin d’éprouver leur fidélité, comme nous lisons dans le Deutéronome (13. 8.) : “ Votre Dieu vous tente afin de faire connaître si vous » l’aimez, ou si vous ne l’aimez pas. » Les tentations de Dieu et celles du démon sont donc bien différentes : celles du démon portent toujours au mal, et celles de Dieu tendent toujours au bien et à la sanctification de ceux qui sont tentés : « Que nul ne dise, quand il est tenté, que c'est » Dieu qui le tente : car il n’attire point au mal, et il ne » tente personne pour le faire pécher (Jac. 1. 13.). » Quand donc nous demandons à Dieu qu'il ne permette point que nous succombions à la tentation, cela ne s'entend pas proprement de ces tentations saintes et salutaires, qui ne sont que des effets de sa grâce et de son amour : l'on peut néanmoins employer celte prière lorsque l'on se trouve dans ces épreuves, car c’est comme si l’on demandait la grâce d'en faire un bon usage, et la patience dans les affictions que Dieu envoie. Mais cette prière regarde principalement les tentations du démon qu‘ nous portent au péché, parce que l’on n’y peut succomber aue l'on ne perde la grâce, et que l’on ne se mette en danger de perdre son salut.

Il faut pourtant remarquer que nous ne demandons pas

ce et les poser aux Il a tenté i immoler un modèle il a tinté : « Parce ssaire que 13.). »Il permettant urs biens, ainsi qu'il ouver leur e (13. 3.) :

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absolument de n'être point tentés, mais seulement de ne point succomber à la tentation : car encore que Dieu ne soit point l’auteur de la tentation qui nous porte au péché,

il la permet néanmoins, et il la permet pour notre bien,

afin qu'ayant surmonté notre ennemi, il ait occasion de récompenser notre vertu, et de nous couronner dans le ciel; car comme dit saint Paul (II. Tim. 2. 5.) : « Nul » ne sera couronné qu'il n'ait fidèlement combattu. » Et saint Jacques dit (Jac. 1. 12.) : « Heureux ceiui qui souf- » fre la tentation, parce que lorsqu'il aura été éprouvé, » il recevra la couronne de vie que Dieu a promise à ceux » qui l’aiment. » Ainsi humilions-nous sous la puissante main de Diea, afin qu'il noùs élève quand le temps sera venu; et combattons généreusement, afin que nous puissions remporter la couronne de gloire qui ne se flétrira jamais.

Si nous nous sentons quelquefois pressés dans nos tentations, consolons-nous en ce que Jésus-Christ comowat en nous par sa grâce, et que « nous avons un pontife qui sait » compatir à nos infirmités, ayant été tenté lui-même en » toutes choses, sans néanmoins avoir été sujet au péché » (Hæbr. 4. 15.). » Il a déjà par avance surmonté le monde, comme il dit lui-même (Joan. 16. 33.) : « Ayez » confiance et prenez courage, j'ai vaincu le monde. » Il a encore surmonté le démon : car il est « cet homme fort » qui est venu au monde, qui a surmonté le fort armé, qui » lui a ôté ses armes, et qui a enlevé ses dépouilles (Luc. » 11. 21.). » |

Outre tout ceia, dit le Prophète (Ps. 17. 35.), « il nous

» fortifie de telle sorte par sa grâce intérieure, qu'il fait de » nos bras comme un arc d’airain. Ii enseigne nos mains » à combattre, et nos doigts à faire la guerre (Ps. 143. » 1.). Et il se met au-dessus de nous pour nous défendre » et pour nous être un asile de salut (Ps. 17. 36.). »

Après tous ces avantages et {ous ces Secours, ne serait-

ce pas une lâcheté de nous laisser vaincre par nos ennemis quand ils nous attaquent par la tentation Ÿ

J'ajouterai encore l'honneur que ontidiies promet de faire à ceux qui auront heureusement vaincu leurs ennemis et les siens. « Celui, dit-il (Apoc, 2. 11.), qui sera » victorieux, ne recevra point d'atteinte de la seconde » mort, qui est la mort éternelle. Celui qui sera victorieux » sera revêtu d'habits blancs, je n'effacerai point son nom » du Livre de vie, et je confesserai son nom devant mon » Père, et devant ses anges (Ibid. 3. 5.). Celui qui sera » victorieux, je le rendrai une colonne dans le Temple de » Dieu; il ne sortira plus dehors, et j'écrirai sur lui le » nom de mon Dieu (Ibid. 3. 12.). Celui qui sera victorieux » possèdera toutes ces choses ; je serai son Dieu, et il sera » mon fils (Ibid. 21. 7.). Celui qui sera victorieux, je le » ferai asseoir avec moi sur mon trône, tout ainsi que j'ai » été victorieux, et que mon Père m'a fait asseoir sur son » trône avec lui (Ibid. 8. 21.). » Avec quelle ferveur, avec quelle assiduité, avec quelle conffance devons-nous donc faire cette prière : Et ne permettez pas que nous succombions à la tentation !

INSTRUCTION Xl.

EXPLICATION DE LA SÉPTIÈME SEMANDE.

Mais délivrez-nous dt mal.

Cette dernière demande est semblable aux autres pour son importance, et en ce iu'elle ne se fait pas seulement peur celui qui prie, car nous ne disons pas : Délivrez-moi, œais délivrez-nous du mal. Notre-Seigneur voulant nous

ennemis

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en faire voir la force et le poids, s’en servit lui-même lorsqu'il était sur le point de quitter cette vie pour aller à son Père : « Mon Père, dit-il (Joan. 9. 11. 45.), je vous prie » de les préserver du mal. Je ne prie pas pour le monde, » mais pour ceux que vous m'avez donnés, parce qu'ils » sont à vous. Père saint, conservez en votre nom ceux » que vous m'avez donnés. »

Il y a cette différence entre cette demande et les deux précédentes, que par la première, nous demandons d'être préservés du péché; par la seconde, nous demandons d’être préservés de la tentation qui nous porte au péché ; et par cella-ei. nous demandons d'être préservés des peines du péché, Car il serait difficile d'expliquer de combien de maux et de peines le péché a rempli le monde. Comme tous les hommes ont péché, il n’y en a pas un qui n’en fasse une triste épreuve, et Job en dit son sentiment en ces termes (14. 1.) : « L'homme qui est né de la femme, » et qui est dans le monde pour y vivre. peu de temps, est » rempli de beaucoup de misères. Il vient au monde » comme une fleur, et peu après il est foulé aux pieds. Il » passe comme l'ombre, et il ne demeure jamais dans un » même état. » Ainsi, comme il n’y a personne qui ne ressente chaque jour les effets du péché, et qui n’en souffre la peine, en sorte que Notre-Seigneur dit dans l'Evangile (Matth. 6. 34.) : « Il suffit à chaque jour de souffrir sa » peine, » il sera fort utile au chrétien de faire souvent cette prière : Mais délivrez-nous du mai.

Du mal.

Il y a donc plusieurs sortes de maux dont nous demandons d'être délivrés par cette prière.

1. Nous demandons d'être délivrés des maux extérieurs, comme sont les dangers de l’eau, du feu, des tempêtes, des tonnerres, des grêies, des maladies, de la guerre, de la

peste, de la famine, de l’esclavage, des prisons, des exils, des embüûches et des trahisons de nos ennemis, et généralement de tout ce qui peut troubler la paix de cette vie.

2. Nous demandons d’être préservés de la mort imprévue, et à laquelle on n'est pas bien disposé : car c'est de ce moment que dépend l'éternité.

3. Des peines du purgatoire, lesquelles bien que temporelles, et que l’on y soit en grâce et dans l'assurance du salut, peuvent néanmoins être mises parmi les maux, tant pour leurs douleurs excessives, qu’à cause qu’elles retiennent l'âme, et l'empêchent de jouir de Dieu.

4. De la mort éternelle qui est le plus grand de tous les maux, et qui peut être appelée la souveraine misère, parce qu'elle séparera éternellement de Dieu qui est le souverain bien.

5. Parmi les maux, il faut mettre le démon : 1. Parce qu'il est le premier auteur de tous les maux, tant par son propre péché, que par celui qu’il a fait commettre à nos premiers parents, et qui est la cause de tous les autres maux que je viens de rapporter. 2. Parce que Dieu se sert de lui, comme d’un instrument de sa colère, pour faire du mal aux hommes, quand il veut les punir, soit en ce monde, soit en l’autre. 3. Parce que, encore que nous ne lui ayons jamais fait de mal, il ne cesse point de nous en faire, et de nous porter une haine mortelle.

6. Il faut joindre aux maux dont nous demandons d'être délivrés, le péché et la tentation ; et de la sorte quand nous faisons cette prière, nous répétons confusément les deux demandes précédentes que nous avions faites séparément et avec distinction. Nous devons néanmoins demander ces choses bien diversement : car nous devons demander absolument et sans exception d'être délivrés d'une mauvaise mort, de la mort éternelle, du péché, de la tentation, et de la concupiscence, parce que toutes ces choses sont de véritables maux qui s'opposent à notre salut.

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Quant aux infortunes extérieures dont nous avons parlé, il n’en faut demander la délivrance qu'autant qu'elles sont contraires à notre sanctification, et que nous connaissons par expérience que nous n'avons pas astez de vertu pour les supporter sans péché : car les considérant absolument en elles-mêmes, elles ne nous sont point contraires, mais plutôt elles nous sont très-utiles, en ce que les supportant avec patience, elles nous sont une matière de vertu en cette vie, et un sujet de couronne dans le ciel. Ainsi quand elles nous sont contraires, c'est par notre faute, par l’immortification de nos passions et par notre

délicatesse, qui, ne pouvant rien souffrir, nous font tom-

ber dans l'impatience, dans des paroles oïensantes et injurieuses, et quelquefois dans des murmures contre Dieu. C’est pourquoi j'ai dit, que quand nous savons par expérience que nous n'avons pas assez de vertu pour supporter ces sortes de peines, nous pouvons prier Dieu fe nous en délivrer.

Si néanmoins Dieu ne nous écoute pas, nous ne devons pas nous attrister, mais nous devons nous soumettre à ses saintes volontés, et croire que le refus qu'il nous fait est plus avantageux à sa gloire, et pius utile à notre salut, que ce que nous lui avions demandé. Car, comme témoigue l'Ecriture (Act. 1. 21.), « il nous faut entrer dans le » royaume des cieux par la porte des aflictions. » C'est par celle-là même que Notre-Seigneur y a voulu entrer pour nous frayer le chemin; car il a dit lui-même (Luc. 24. 26.) : « N’a-t-il pas fallu que le Christ souffrît, et que » par ce moyen il entrâtdans le royaume de sa gloire? Or, » il n’est pas juste que les serviteurs soient mieux traités » que leur maître, et que les membres soient traités plus » délicatement que leur chef (Matth. 10. 24.). »

Et nous ne devons pas seulement recevoir les maux de cette vie, et même la mort quand elle se présente, avec patience et résignation, mais encore avec joie et dilatation

de cœur à cause de l'honneur qui nous revient d’être traités comme Notre-Seigneur; comme les Apôtres qui se réjouissaient après avoir été châtiés de verges ; car il est écrit (Act. 5. 4.) : « Les Apôtres s'en allaient en se réjouissant » de ce qu'ils avaient été trouvés dignes de souffrir pour » le nom de Jésus, une injure si humiliante. » Et enfin comme le Prophète qui dit (Ps. 118. 16.) : « Les princes » m'ont persécuté sans sujet; dans cette persécution vos » paroles ont donné de la crainte à mon cœur : Je me » réjouirai sur vos paroles comme celui qui trouve de » grandes dépouilles, ou un riche trésor. »

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