‹ Catéchisme de la vénérable mère Marie de L'Incarnation, fondratrice des Ursulines de Québec ou Explication familière de la doctrine chrétienne [microforme]Chapitre 74 sur 83 · Elle munit et fortifie l'âme contre les tentations · texte numérisé non relu

Elle munit et fortifie l'âme contre les tentations

7. Elle est un préservatif contre les péchés que l'on pourrait commettre, tant mortels que véniels.

8. Elle remplit l'âme de force et de courage, pour pratiquer toutes sortes de vertus et de bonnes œuvres, et même pour souffrir le martyre si l'occasion s’en présentait.

9. Elle réprime les aiguillons de la chair, et excite en la place les ardeurs de la charité.

10. Enfin elle est le viatique qui nous soutient et qui nous donne les forces pour parvenir à la vie éternelle.

Des dispositions pour la communion.

Ce sacrement néanmoins n'opère dans l'âme que selon les dispositions qu'il y trouve : car si quelqu'un le recevait en état de péché mortel, bien loin de recevoir les excellents effets dont nous venons de parler, au contraire, il commettrait un sacrilége exécrable, et ajouterait un nouveau péché aux autres. Car comme dit saint Paul (I. Cor. 15. 27.), « quiconque mangera ce pain, ou boira le calice du » Seigneur indignement : il sera coupable du corps et du n sang du Seigneur. Que l'homme donc s'examine soi-

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» même, et qu'il mange ainsi de ce pain, et boive de ce - calice : car quiconque en mange et en boit indignement, * mange et boit sa propre condamnation, ne faisant pas le » discernement qu’il doit du corps du Seigneur. »

Il est donc nécessaire avant toutes choses de se mettre en bon état, en sorte que la conscience ne se sente chargée d'aucun péché mortel. Il n’est pas nécessaire de se confesser quand l'on n’a commis que des péchés véniels. C'est pourtant bien fait de le faire, parce qu'on ne se peut approcher de ce divin sacrement avec trop de pureté. Il n'opère dans les âmes qu’à proportion qu'il les trouve pures : car, encore qu'il y produise toujours son effet quand elles sont en grâce, il le produit néanmoins faiblement, quand il y trouve de l'obstacle par quelque impureté volontaire. Saint Jean-(13. 5.) nous marque cette disposition dans la cérémonie que fit Notre-Seigneur avant que de donner son corps et son sang à ses apôtres : car, encore qu'ils fussent tous purs et en grâce, excepté Judas, « il se leva néanmoins » de table, il leur lava les pieds, pour leur apprendre, et » à nous aussi, avec combien de pureté il faut s'approcher » des saints mystères. »

Secondement il faut faire un retour sur sa conscience pour voir si l’on ne s'approche point de ce sacrement de paix et de charité, avec quelque haine ou inimitié contre le prochain. Car c’est en cette rencontre qu'il faut garder ce conseil du Fils de Dieu, qui dit (Matth. 5. 24.) : « Si » vous offrez votre présent à l'autel, et qu'étant là vous » vous souveniez que votre frère a quelque chose contre » vous, laissez là votre: présent, et allez vous réconcilier » auparavant avec votre frère, après cela vous reviendrez » offrir votre présent. »

En troisième lieu, il faut s’en approcher avec y profonds sentiments d’humilité dans le cœur; car c’est particulièrement aux humbles que Notre-Seigneur se communique et qu'il fait largesse de ses grâces. L'Eglise nous exhorte

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à cette disposition, lorsque le prêtre étant sur le point de nous donner la communion, il dit tout haut sur nous ces paroles de l’humble centenier, que nous devons aussi dire avec lui en notre cœur : Seigneur, je ne suis pas digne que vous entriez en ma maison ; mais dites seulement une parole, et mon âme sera guérie.

En quatrième lieu, il faut recevoir cette sainte viande avec un grand recueillement d'esprit, se retirant quelque temps auparavant du soin des affaires du monde, et même des plaisirs et des divertissements, quoique licites et innocents : car il s’agit de participer au mystère de la croix et de la Passion de Notre-Seigneur, qui ne se peut accorder avec les plaisirs des sens.

Enfin, l'Eglise nous oblige de recevoir la communion à jeun, en sorte que nous n’ayons ni bu ni mangé au moins depuis minuit. Après l'avoir reçue, le respect et la bienséance demandent que l'on ne mange pas que les espèces sacrées ne soient entièrement digérées : et tout le reste de la journée doit se ressentir de la dévotion de lacommunion, et de l'entretien que l’on y a eu avec Notre-Seigneur.

De la fréquente communion.

Au commencement de l'Eglise, les fidèles, qui avaient les prémices de l’esprit de Jésus, communiaient tous les jours ; et ils étaient si affamés de cette viande céleste, qu'ils ne croyaient pas la pouvoir recevoir trop souvent. Quelque temps après, la charité étant refroidie, ils communiaient trois fois l’année; savoir, à Pâques, à la Pentecôte et à Noël. Mais enfin, la négligence a été jusqu'à un tel point, que l'Eglise à obligé ses enfants de communier au moins une fois l'année; savoir, à la fête de Pâques : c’est l'usage qui se pratique aujourd’hui, et que l'on doit garder sous peine de péché mortel.

Mais c'est une extrême lâcheté, pour ne pas dire un

mépris de la faveur inestimable que Dieu nous présente, de se tenir à cette pure obligation. On ne peut s'en approcher trop souvent quand on mène une vie assez pure pour mériter de la recevoir : et c'est le sentiment des saints Pères qu’on devrait la recevoir tous les jours. Mais parce que la plupart des fidèles ne sauraient souffrir une pureté de vie aussi parfaite, qu’il est nécessaire pour s'en approcher si souvent; l'Eglise laisse cet avantage aux prêtres qui doivent être dans une disposition continuelle d'offrir les saints mystères, et de les recevoir tant pour eux que pourle peuple.

Quant à l'âge que les enfants doivent avoir pour communier, il est difficile d'en rien déterminer, parce qu'il y en a qui sont plus tôt avancés dans l'usage de la raison que les autres : il est du soin des pasteurs, des pères et des mères, d'examiner quand ils ont assez de maturité et de lumière pour comprendre l'importance de cette action.

De la communion sous une seule espèce.

Nous avons dit ailleurs, que Jésus-Christ est tout entier sous les espèces du pain, et tout entier sous les espèces du vin. Il est même tout entier sous chaque partie des espèces du pain, et tout entier sous chaque partie des espèces du vin; en sorte que celui qui reçoit une grande hostie, ne reçoit pas davantage que celui qui en reçoit une petite; et celui qui en reçoit une petite, ne reçoit pas moins que celui qui en reçoit une grande; et celui qui communie sous les espèces du pain et du vin, ne reçoit pas plus que celui qui communie seulement sous les espèces du pain; et celui qui communie seulement sous les espèces du pain, ne reçoit pas moins que celui qui communie sous les espèces du pain et du vin. |

C'est ce qui fait que les prêtres seuls communient sous les deux espèces, et que le peuple communie seulement

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sous les espèces du pain. L'Eglise l'a ainsi sagement ordonné pour des raisons très-pressantes.

1. Pour empêcher que le précieux sang ne se répande à terre, ce qui serait comme impossible d'empêcher, quand il y a un concours extraordinaire de communiants, parmi lesquels il s'en trouve souvent d'assez peu adroits.

2. Parce que s'il fallait conserver la sainte eucharistie sous les deux espèces pour les malades, les espèces du vin s'aigriraient, et se corrompraient facilement.

8. Parce qu'il y en a plusieurs qui ont üne telle aversion du vin qu'ils n'en peuvent seulement souffrir l'odeur; et s'ils étaient obligés de recevoir le Saint-Sacrement sous les espèces du vin, il serait à craindre que l’aversion qu'ils en ont ne les provoquât au vomissement, ou ne leur causât quelque maladie.

4. Il y a des pays ou le vin est si rare qu'à peine en peuton trouver pour la nécessité du sacrifice.

5. Afin de détruire l'erreur de ceux qui nient que Jésus- Christ soit tout entier sous chacune des deux espèces, et qui soutiennent que le corps de Jésus-Christ est sans le sang sous les espèces du pain; et que son sang est sans son corps sous les espèces du vin.

De lx communion spirituelle.

Tous les fidèles ne peuvent pas communier réellement tous les jours, aussi cela n'est-il pas expédient; mais tous peuvent communier spirituellement.

Cela se fait par un mouvement intérieur d'amour et de charité, et par un désir ardent de s'unir à Notre-Seigneur. Non-seulement l’on peut communier tous les jours de cette manière spirituelle, on le peut faire même plusieurs fois le jour. Le temps le plus convenable est lorsque l'on se trouve devant le très-saint Sacrement, et particulièrement lorsque le prêtre communie, ou qu’il donne la communion

à d’autres. Cette pratique est très-sainte; et quand l'on est en grâce, et dans les autres dispositions dont nous avons parlé, l'on en reçoit de grands accroissements d'amour et de dévotion.

DE L'’EXTRÊME-ONCOTION.

Les saints Pères du concile de Trente ont estimé que ce sacremént est la consommation, non-seulement de la pénitence, mais encore de toute la vie chrétienne qui doit être une perpétuelle pénitence.

Il est appelé extrême-onction, tant parce que c'est une onction qui se donne à la fin de la vie, qu'à cause qu'il est le dernier des sacrements qui se consomment par l'onction, savoir, du baptême, de la confirmation et de l'ordre.

De l'institution de ce sacrement.

Comme Notre-Seigneur est l’auteur de tous les sacrements, il l'est par conséquent de celui-ci : car l’évangéliste nous apprend (Marc. 6. 42.) que « les apôtres étant sortis » par son ordre pour aller prêcher l'Evangile, ils exhor- » taient les peuples à faire pénitence, ils chassaient beau- » coup de démons, et ils oignaient d'huile plusieurs malades » qui en étaient guéris. » Il ne faut pas croire que cette onction fût une invention des apôtres, mais une institution de Jésus-Christ qui dans leurs missions leur avait ordonné ce qu'ils avaient à faire.

Ce sacrement a particulièrement été publié et recommandé par l'apôtre saint Jacques, qui parle ainsi dans son

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épître canonique (5. 14.) : « Ÿ a-t-il quelqu'un de malade | » parmi vous? Qu'il appelle les prêtres de l'Eglise, et qu'ils » prient pour lui, l'oignant d'huile au nom du Seigneur : » ôt la prière de la foi sauvera le malade, le Seigneur le 1 » soulagera; et s'il a commis des péchés ils lui seront nn » pardonnés. » {l

Que l'extréme-onction est un véritable sacrement de la nouvelle loi.

Les paroles de l'Ecriture que je viens de rapporter, prouvent assez que l’extrême-onction est un sacrement de la nouvelle loi. Le saint Concile de Trente l'a ainsi déterminé, et il a déclaré excommuniés ceux qui ne seraient pas dans cette créance. Et enfin, tout ce qui est nécessaire pour faire un sacrement se trouve dans cette dernière onction, savoir, la forme, la matière, la chose signifiée qui est la grâce intérieure, et le pardon des péchés.

Quelle est la matière de l'extréme-onction.

La matière de ce sacrement est l'huile bénie consacrée par l'évêque, que l'on appelle ordinairement l'huile des infirmes. Toute sorte d'huile n'est pas propre pour cette matière, mais seulement celle qui est tirée de l'olive : car, comme cette sorte d'huile a la vertu d'adoucir les douleurs ju du corps, ainsi le sacrement a la force d'apaiser les tristesses et les chagrins qui agitent l'âme dans la vue de ses péchés. Il y a d’autres rapports entre cette huile et le sacrement, dont je ne fais point ici mention, tant pour abréger que parce que je serai obligée d'en dire encore quelque chose ci-après.

De la forme de l'extréme-onction.

La forme dont toutes les Eglises se servent dans l'usage de ce sacrement est telle : Que par cette onction sainte 1: Seigneur vous pardonne tous les péchés que vous avez commis par la vue, par l'oute, par l'odorat, par le goût, par la parole, par l'attouchement, par le marcher, par le plaisir du corps. D'où il faut remarquer que cette forme est déprécatoire; c'est-à-dire, en forme de prière, ce qui est particulier à ce sacrement. L'apôtre saint Jacques l'ayant ainsi ordonné en ces paroles (6. 15.) : « Que les + prêtres de l'Eglise prient sur la malade, et la prière de » la foi le sauvera. »

Des effets de ce sacrement.

La troisième chose qui montre que l’extrême-onction est un sacrement, est son premier et principal effet, que les paroles de la forme opèrent quand le ministreles prononce; car nous avons dit ailleurs que les sacrements ne signifient pas seulement ce qu'ils disent, mais qu'ils le font en effet. Or, le principal effet de l'extrême-onction est qu'il efface les péchés véniels, et même les mortels qui sout restés dans l'âme, mais qui sont inconnus. L'apôtre saint Jacques nous enseigne cette vérité dans les paroles que nous avons déjà rapportées. « La prière de la foi sauvera » le malade, le Seigneur le soulagera, et s’il a commis des » péchés, ils lui seront pardonnés. »

L'apôtre fait encore mention d'un autre effet de ce sacrement, savoir que le malade sera soulagé. Il est soulagé en effet fort souvent dans le corps, et toujours dans l'âme quand elle est bien disposée. Car ce qui afflige l'âme dans une extrémité de maladie c'est la crainte de la mort, des jugements de Dieu, et des attaques des démons, qui dans

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cette extrémité font leurs derniers efforts pour la jeter dans le désespoir, ou pour lui faire commettre quelque péché. Mais ce sacrement la fortifie contre la mort; il la remplit de confiance pour ne pas craindre les jugements de Dieu ; il l'arme du signe de la croix, et l'oint de l'onction intérieure de la grâce pour surmonter tous les efforts de ses ennemis, Enfin, il lui donne une ferme espérance de son salut, et une consolation intérieure qui lui est comme un avant-goût de la béatitude céleste.

De la préparation à ce sacrement.

Les effets que je viens de rapporter du sacrement de l'extrêéme-onction sont admirables, et d'une grande consolation à une âme qui est sur le point de quitter son corps pour paraitre devant Dieu; mais ils supposent une préparation convenable en celui qui le reçoit; et plus les dispositions sont bonnes, plus les effets en sont sensibles et consolants.

La disposition nécessaire est que l'âme soit en la grâce de Dieu : c'est pourquoi, avant que de recevoir le sacrement d'extrême-onction, elle se doit mettre en bon état par celui de la pénitence. Car l'extrême-onction ne remet point les péchés mortels dont la conscience se sent chargée, mais seulement les véniels, et les mortels qui par fragilité eurés cachés et inconnus. Il faut ensuite se disr des actes fervents de contrition, d'amour de u, © foi, d'espérance, d'humilité, de résignation, et :es autres vertus curétiennes.

Quel est le mini re du sacrement de l'extréme-onction.

Le ministre :e ce sacrement est le prêtre seul : car l'apôtre saint J. sques nous l'a ainsi enseigné (5. 14.) : “ Si quelqu'un, dit-il, est malade, qu'il fasse appeler les

» prêtres. » Il faut pourtant savoir que ce ministère n'appartient pas à toutes sortes de prêtres, mais seulement à ceux qui ont juridiction et autorité snr le malade, comme sont les pasteurs, ou ceux à que les pasteurs donnent le pouvoir.

Le ministre applique l'onction aux yeux, aux oreilles, aux narines, aux lèvres, et aux mains, afin d'effacer les péchés que le malade a commis par la vue, par l'ouie, par l'odorat, par le goût, par la parole, et par l’attouchement. Il oïint encore les reins, qui sont le siége des voluptés sensuelles, et les pieds qui ont porté le corps dans les occasions du péché, afin d'effacer les taches que l'on a pu contracter en ces deux manières,

Ce sacrement ne se doit point administrer aux personnes qui sont en santé, mais seulement aux malades, parce que l'Apôtre dit : « Si quelqu'un est malade, qu'il appellé les » prêtres. » Il ne faut pas néanmoins attendre que Île malade soit désespéré entièrement, et qu'il ait tout à fait perdu l'usage des sens et de la raison : car la grâce en est pius abondante et la consolation plus grande, lorsqu'il reçoit le sacrement avec une entière liberté d'esprit, et qu'il peut accompagner cette action de quelques actes de vertu.

On ne donne pas non plus ce sacrement aux enfants qui ne peuvent pas encore pécher, ni aux insensés s'ils r'ont quelques intervalles de raison, et que dans leurs bons moments ils ne déclarent qu'ils désirent de le recevoir avant leur mort.

11 faut observer que ce sacrement ne se peut recevoir qu'une seule fois dans une même maiadie, lorsque le malade est en danger de mort. Mais s’il guérit de cette maladie, il se pout réitérer autant de fois qu il tombera dans un semblable péril.

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