‹ Catéchisme de persévéranceChapitre 1 sur 48 · CULTE EXTÉRIEUR, OU LE CHRISTIANISME RENDU SENSIBLE · texte numérisé non relu

CULTE EXTÉRIEUR, OU LE CHRISTIANISME RENDU SENSIBLE

L'avocat et le mathématicien. — Définition du culte intérieur et extérieur; son origine. — Cérémonies, rites, liturgie. — Culte extérieur nécessaire à l'homme, à la société. — Premier avantage du culte extérieur : il redit à nos sens toutes les vérités de la Religion, sous les patriarches, sous la loi de Moïse, sous l'Évangile.

(( Vous êtes donc un ange ? vous êtes donc un pur ôsprit? » telles furent les paroles qui, sans s'adressera moi, retentirent à mon oreille, lorsqu'au mois de septembre de l'année dernière, je prenais place dans une voiture publique en marche vers la capitale. Ces paroles, qui passaient de bouche en bouche , étaient accompagnées d'un sourire moqueur dont le mystère m'intrigua tout d'abord. Je me hasardai à demander le mot de Ténigme : un de mes nouveaux compagnons de voyage me répondit : a Vous avez vu ces deux messieurs qui viennent de descendre au relais ; le plus âgé est un avocat de Paris, l'autre un des plus habiles mathématiciens de notre époque. Leur supériorité, leur facilité d'élocution les ont rendus maîtres de la conversation : autour d'eux, tout était en silence. La vue d'une église que nous avons aperçue par la portière a fait tomber le dis- VIL 4

t CATÉCHISME

cours sur la Religion, a A quoi bon des églises , a demandé l'avocat; le seul temple digne de TÈtre suprême, n'est-ce pas l'univers ! Et puis, que signiGe tout cet appareil extérieur que les Catholiques déploient dans leurs exercices religieux? tout cela n'est propre qu'à matérialiser la Religion. »

» — Jusqu'ici, a répondu gravement le géomètre, je vous avais pris pour un homme, je vois maintenant que vous êtes un ange. — S'il y a un ange ici, a repris poliment l'avocat, c'est vous, monsieur le mathématicien. — Vous consentez donc, a répliqué celui-ci, à compter parmi les individus de Tespèce humaine? Dès lors, vous me permettrez de trouver dans vos paroles une extrême légèreté. Je parierais que vos études religieuses ne sont pas à vos autres études dans la proportion d'un à mille. A moins, je le répète, que vous ne soyez un ange, un de ces purs esprits qui , n'ayant rien de commun avec la matière, voient la vérité face à face , vous ne sauriez vous dispenser d'admettre les propositions suivantes :

» N'est-il pas vrai qu'il faut prendre l'homme tel qu'il est, composé d'un corps et d'une âme?

» N'est-il pas vrai que nos sens sont les organes de nos perceptions ?

)) N'est-il pas vrai que notre ame est tellement dépendante de nos sens, qu'elle n'est guère touchée que de ce (jui les frappe ?

» N'est-il pas vrai que l'homme doit à Dieu l'hommage de son être tout entier?

» N'est-il pas vrai que tous les jours , au barreau , vous revêtez votre éloquente parole d'images sensibles ; que vous f accompagnez de gestes et d inflexions va-

riées, c'est-à-dire que vous prenez tous les moyens de parler aux sens de vos auditeurs, afin de les captiver, de les toucher, et de faire passer vos convictions dans leur âme ?

» N'est-il pas vrai qu'au palais vous employez un costume particulier, que vous observez certaines formes solennelles et sacrées, afin d'imprimer plus de respect pour les juges et les jugements ?

» N'est-il pas vrai qu'au lieu de rendre la justice en plein air , vous vous assemblez dans des édifices spacieux, commodes, élégamment décorés, soit afin que la voix des magistrats soit entendue, soit afin que les justiciables ne soient pas plus que vous exposés aux intempéries des saisons?

» Or , dites-moi , qu'est-ce que tout cela ? sinon le culte extérieur de la justice humaine. Et pourquoi tout cela , sinon parce que vous traitez, non avec des anges, mais avec des hommes, c'est-à-dire avec des créatures corporelles et qui ne se laissent guère conduire que par les sens?

» Si donc vous voulez, monsieur Tavocat, condamner le culte extérieur de lEglise, soyez conséquent avec vous-même, et commencez par retrancher de vos discours tout ce qui parle aux sens; du barreau, tous les rites et tous les costumes consacrés ; de l'administration de la justice, toutes les formes extérieures destinées à inspirer le respect des magistrats et des lois ; les palais où vous vous mettez à Tabri du chaud, du froid, de la grêle, de la neige et de la pluie; ou plutôt faites que 1 homme soit un ange, alors vous pourrez supprimer le culte extérieur; mais tant que Thonime sera une intelligence servie et trop souvent asservie par des organes,

vouloir réduire la Religion au pur spirituel, c'est la reléguer dans Tempire de la lune. »

» Pendant qu'un rire approbateur accueillait la saillie du vieux géomètre, Tavocat, interloqué, s'est empressé de battre en retraite et de transporter la conversation sur un nouveau terrain. Nous en étions là lorsque la trompette du conducteur a sonné l'arrivée au relais : ces messieurs sont descendus, et la table d'hôte, nous l'espérons, fera la paix. »

Au risque de troubler la digestion de Yangélique adversaire de nos cérémonies, nous allons le rappeler au combat. Notre intention n'est pas de le confondre, ni lui ni ceux qui partagent ses préjugés ; mais de les instruire tous en leur faisant connaître la nécessité, la beauté, la sainteté et les avantages du culte extérieur de l'Église catholique.

r Définition et origine du culte. —Et d'abord, qu'entend-on par ces mots : culte extérieur ^ cérémonies, rites , liturgie?

Dans toutes les langues , le mot culte veut dire honneur, respect, vénération , révérence , service. Dans la langue religieuse, nous appelons culte i?itérieur les sentiments de foi, d'admiration, de respect, de reconnaissance, de confiance, d'amour, de soumission que nous devons avoir pour Dieu, parce que nous reconnaissons en lui toutes les perfections. Nous appelons culte extérieur les signes sensibles par lesquels nous manifestons ces sentiments, comme les génuflexions, les prosternements, les prières, les vœux, les oiïrandes. Nous enseignons que, lorsque ces témoignages ne sont pas accompagnés des sentiments du cœur, ce n'est plus un culte vrai et sincère, c'est une pure hypocrisie : vice que N.

S. Jésus-Christ et les Prophètes ont souvent reproché aux Juifs.

Nous reconnaissons un culte suprême : il se compose des sentiments et des témoignages qui ne sont dus qu'à Dieu ; un culte inférieur ei subordonné, que nous rendons aux Anges et aux Saints, et par lequel nous respectons et honorons, dans les Anges et dans les Saints, les grâces surnaturelles que Dieu leur a faites , la dignité à laquelle il les a élevés, le pouvoir qu'il leur accorde. Ce culte inférieur était déjà commandé et pratiqué chez les Juifs. Dieu leur dit : Respectez mon Ange, parce que mon nom est en lui \ Nous voyons la femme de Samarie se prosterner devant Elisée, qui venait de ressusciter son enfant, pour honorer en lui la qualité de saint prophète, d'homme de Dieu, et le pouvoir d'opérer des miracles*. C'est ainsi que dans l'ordre civil on peut appeler culte suprême celui que l'on rend au roi, et culte inférieur ou subordonné celui que l'on rend à ses ministres.

Il faut se souvenir encore que dans la société civile on emploie souvent les mêmes démonstrations extérieures pour témoigner un culte inférieur et pour rendre un culte suprême; c'est alors l'intention seule qui détermine la signification des signes. On s'incline, on se découvre, on se met à genoux, on se prosterne devant les grands aussi bien que devant les rois , sans avoir pour cela l'intention de leur rendre un honneur égal. Il en est de môme dans la Religion à l'égard de Dieu et à l'égard des Anges et des Saints : presque toute la différence se trouve dans la forme des prières. Nous demandons à Dieu de nous accorder ses grâces par lui-même, et nous

« Exod. XXIII, 21. — MV l\(z. iv, 9, 37.

supplions les Anges et les Saints de les obtenir poumons

par leur intercession : cela est très-di(Térent.

Enfin nons distinguons un culte absolu et un culte relatif. Celle distinclion est aussi admise dans Tordre civil. Les honneurs que Ton rend au roi sont un culte civil absolu, parce qu'ils se terminent à lui ; le respect que l'on a pour son image, pour son ministre ou pour son ambassadeur, est relatif : on ne les honore pas pour euxmêmes, mais en considération du roi. Il en est de même dans Tordre religieux.

Ce culte relatif était aussi commandé et pratiqué chez les Juifs : Adorez F escabeau des pied :i du Seigneur^ paire qu'il est saint; adorez sa sainte montagne^. Lors donc que les Juifs se prosternaient devant Tarche d'alliance, devant le temple, devant la montagne de Sion ; lorsqu'ils se tournaient de ce côté-là pour prier, ils ne prétendaient pas rendre leur culte à la montagne , au temple ni à Tarche, mais à Dieu, qui était censé y être présent. Lors donc que nous faisons de même devant une image du Sauveur ou devant sa croix, ce n'est point à ces symboles que se termine notre culte, mais à Jésus- Christ lui-même. N'a-t-il pas dit que le culte qu'on rend à ses Saints se rapporte à lui : Celui qui vous écoute m'écoute, celuiquivous méprise me méprise , celui qui vousreçoit me reçoit^? Comme vous le voyez, le culte intérieur et extérieur, suprême ou subordonné, absolu ou relatif, est une loi de Thumanité, pratiquée universellement dans Tordre civil aussi bien que dans Tordre religieux.

■ Psal. xcviii.

» Luc. X, 16; Malih. x, 40. Voyez Bcrgier, Dût. de théoloy. an. Culte; JaufTret , du Culte public.

Ed le prescrivant, l'Église ne manque ni de sagesse ni de raison.

Le culte extérieur ne s'exerce pas sans cérémonies. Ou entend par cérémonies religieuses des actions mystérieuses et extérieures établies pour accompagner le culte divin et le rendre plus auguste et plus expressif.

Les cérémonies sont des actions mystérieuses , c'est-àdire qu'elles renferment et expriment un sens caché. On dirait un voile transparent qui laisse entrevoir des choses purement spirituelles. Je vois un homme qui se prosterne , je n'ai pas besoin de leçon pour comprendre qu'il a dans le cœur un sentiment de respect et de soumission : sa cérémonie me le fait voir. Il élève les yeux et les mains vers le Ciel, je comprends qu'il Tinvoque; il se frappe la poitrine, je vois qu'il a du repentir. Il n'est aucun sentiment qui ne se montre au dehors par un geste particulier, tant il est vrai que les cérémonies s-jnt naturelles à l'homme, et que nous en avons en nous-mêmes le sentiment et l'intelligence : aussi le mot cérémonie veut-il dire manifestation du cœur^ .

Fondées sur la nature de l'homme, les cérémonies ont été en usage chez tous les peuples , dans la société civile comme dans la Religion; elles sont nécessaires, de Taveu môme des impies ; car les signes extérieurs de bienveillance mutuelle adoucissent les mœurs, les démonstrations de respect envers la Divinité rendent l'homme religieux.

Quoique les cérémonies soient naturelles à l'homme, Dieu n'a pas voulu que celles de son culte fussent abandonnées aux caprices, à l'ignorance et aux passions des

« Il est dérivé de car, kcr, le cœur, cl de monco , avertir, manifostcr, faire connaître. Voyez Bergier, art. Cérém.

individus et des peuples. Nous devons lui en rendre grâces ; car jetez un regard sur l'histoire des nations anciennes et modernes, et dites si les cérémonies, tantôt iniïmies, tantôt cruelles, souvent ridicules, et toujours superstitieuses des religions païennes et des sectes hérétiques, ne prouvent pas combien il était nécessaire que Dieu réglât les formes extérieures de la Religion'? D'ailleurs , n'est-ce pas à Dieu seul et aux dépositaires de son autorité qu'il appartient de prescrire la manière dont il veut être servi , comme il appartient aux rois de la terre de régler le cérémonial de leur cour? Dès le commencement , le Seigneur s'est montré jaloux de ce droit sacré : il a voulu l'exercer en personne. Lorsqu'il donne sa loi à Moïse , c'est lui-même qui règle les plus petits détails du culte ; plus tard son divin Fils prescrit les principales cérémonies de l'Eglise catholique, laissant à ses Apôtres et à leurs successeurs, dirigés par son esprit, le soin exclusif d'établir les autres. Il n'est donc pas vrai, comme le répète la légèreté mondaine, que la manière extérieure d'honorer Dieu soit indilférente et facultative. Pour être agréables à Dieu, les cérémonies doivent s'exercer suivant les prescriptions de Dieu même ou de ses ministres : de là le rit.

On appelle rit un usage ou wie cérémojiie selon V ordre prescrit. Le mot rit vient du latin rite ou recte^ qui veut dire ce qui est bien fait, ce qui est conforme à Tordre. Ainsi les rites catholiques sont les cérémonies religieuses comme elles sont prescrites par TEglise catholique. Le rit romain, le rit milanais, le rit parisien, le rit lyonnais, sont les cérémonies telles qu'elles sont prescrites à Rome, à Milan , à Paris, à Lyon'.

' Ln auteur païen , ICstus, nomme rituels le» livre» qui apprenaient le»

Le culte extérieur, les cérémonies, les rites se rapportent directement ou indirectement à l'acte par excellence de la Religion, l'auguste sacrifice de la Messe, parce que dans le Christianisme considéré intérieurement et extérieurement, Jésus-Christ est le terme final auquel tout aboutit : de là le nom de liturgie donné à l'ensemble des cérémonies et des prières qui composent le culte extérieur de l'Eglise catholique.

Liturgie est un mot grec qui signifie œuvre publique,

cérémonies de la consécration des villes, des temples et des autels, et nous nommons à présent rituel le livre qui prescrit la manière d'administrer les sacrements.

On appelle rit mozarabe le rit suivi par les Églises d'Espagne depuis le commencement du huitième siècle jusque vers la fin du onzième. Les Arabes s'ctant emparés de l'Espagne en 712, les Espagnols qui subsistèrent sous leur domination Turent nommés Mozarabes, c'est-à-dire Arabes externes, pour les distinguer des Arabes d'origine; suivant le cardinal Bona , le mot mozarabe veut dire mêlé avec les Arabes : cum Arabibus mixti. Ce rit est aussi appelé gothique à cause qu'il fut suivi par les Goths, devenus chrétiens et maîtres de TEspagne jusqu'au temps des Maures.

On appelle Sacramcntaire le livre qui contient les prières et les paroles que les Évoques et les Prêtres récitent en célébrant la Messe et en administrant les sacrements.

Missel. Tout le monde sait que c'est le livre qui contient ce qui se dit à la Messe pendant le cours de l'année. On dit le Missel romain, gothique ou mozarabe, gallican, parisien, pour indiquer le Missel en usage dans ces différents pays.

Antiphottaire ou Antiphonier. On nommait ainsi autrefois le livre qui contenait tout ce qui devait élre chanté au chœur pendant la Messe, à cause que les introits avaient pour titre Antiphona ad introitum. Depuis longtemps on n'a plus appelé Aniiphonaire que le livre qui contient les antiennes de Matines, de Laudes et des autres heures canoniales.

Ordre romain. C'est le livre qui contient la manière de célébrer la Messe et les orTices des principaux jours de l'année, surtout ceux des quatre derniers jours de la semaine sainte et de l'octave de Pâques.

Ordinaire de la Messe. On nomme ainsi ce qui se dit à chaque messe pour le distinguer de ce qui est propre aux fêtes et aux autres jours de l'année.

neutres. Ce «ont les livres qui contiennent, outre les offices des principales fêtes et l'ordinaire de la Messe, des prières sur difTércnts sujets. On les appelle Heures parce que l'odice ecclésiastique se divise en diCTércntes heures : Matines, laudes, Prime, Tierce.

10 CATÉCIilSMB

œuvre par excellence; c'est ce que nous nomaions en français \e service divin. C'est la Messe ou la consécration de lEucharistie , qu on nomme proprement liturgicj parce qu'elle est la partie la plus auguste du service divin. Voilà pourquoi les livres qui contiennent la manière de célébrer les saints mystères sont nommés les liturgies \

^'^ Nécessité du culte. — Maintenant que vous connaissez la déûnilion et Torigine divine du culte extérieur, il faut vous parler de son but et de sa nécessité. Suivant la pensée de Tapôtre saint Paul , le monde visible est un miroir dans lequel se réfléchit le monde invisible. Les merveilles qui nous environnent et que nous voyons nous révèlent des vérités j[que nous ne voyons pas : Dieu, son unité, sa puissance, sa sagesse, sa bonté, sa providence ^.

Eh bien, le culte extérieur est aux vérités et aux préceptes de la Religion ce que le monde visible est au monde invisible : c'est un miroir dans lequel nous voyons les vérités de l'ordre surnaturel, comme nous voyons les vérités de Pordre naturel dans le monde physique. Par le culte extérieur sont rendus sensibles et même palpables les dogmes de la foi et les préceptes de la morale : la chute de l'homme, sa rédemption, ses espérances immortelles, ses devoirs , sa dignité. Que dirai-je encore? le culte extérieur est à la Religion ce que la parole est à la pensée : il en est l'expression vraie, cest-à-dire tour à tour douce , joyeuse, terrible, suivant la nature des vérités qu'il exprime. En un mot, le culte extérieur catholique est le Christianisme pré-

' Voyez Berjjier, art. Liturgie, et le P. Le Brun, Cérém. de la Messe, p. 1. * Rom. I, '20.

sente aux sens ; et voilà pourquoi le titre général de nos leçons, dans cette quatrième partie, est celui-ci : Le Christianisme rendu seîïsible. Cela posé, nous disons que le culte extérieur est nécessaire à Ihomme et à la société.

Nécessaire à l'homme, i" parce que Thorame n'est pas un pur esprit. Composé d'un corps et d'une àme , il lui faut nécessairement des signes extérieurs pour manifester ses sentiments et pour connaître ceux des autres. Il nous est même impossible d'éprouver des sentiments vifs d'amour, de joie, de crainte, d'espérance, d'admiration, sans recourir aussitôt à des signes extérieurs propres à les produire au dehors. Bien plus, les sentiments que nous devons avoir pour Dieu naîtraient difficilement dans le cœur de la plupart des hommes; ils n'y dureraient pas longtemps si l'on n'employait pas des signes extérieurs pour les exciter , les entretenir, et se les communiquer les uns aux autres : ce qui ne frappe point nos sens ne fait jamais sur nous une impression vive et durable.

Voilà une des raisons fondamentales du culte extérieur : « L'homme étant tel , dit le saint concile de Trente, qu'il ne peut que dillicilement, sans le secours des signes sensibles, s'élever à la méditation des choses divines , l'Église , comme une tendre mère, a établi certains rites, ordonné que certaines parties de la Messe se disent à voix basse et d'autres à haute voix. Elle a aussi institué des cérémonies : telles sont les bénédictions mystérieuses, les flambeaux, les encensements, les habits et beaucoup d'autres choses, d'après la discipline et la tradition apostoliques'. » Tout cela a pour

» Se»». XXII, c. 5.

but de relever la majesté de l'auguste Sacrifice et de porter Tesprit des Fidèles , au moyen de ces signes visibles de piété et de Religion, à la contemplation des profonds mystères cachés dans le Christianisme.

Sur ce point les impies , dans leurs paroles et dans leur conduite, sont parfaitement d'accord avec nous. « La Religion réduite au pur spirituel, dit l'un d'entre eux , est bientôt reléguée dans l'empire de la lune. » « Les dogmes, dit un autre, ont disparu avec les signes extérieurs qui les attestaient. » Quand, à la fin du dernier siècle, les disciples de ces hommes qui raisonnaient si bien ont voulu détruire la Religion parmi nous, par où ont-ils commencé ? par le culte extérieur; ils ont d'abord tourné les cérémonies en dérision , puis ils ont abattu les temples , les croix et les autels.

Mais en vain 1 homme veut-il lutter contre la nature. Ces impitoyables ennemis du culte extérieur ont à peine tenu les rênes du gouvernement, qu'ils ont senti toute la nécessité des rites publics et solennels. Pour convertir les peuples à leur morale , ils se sont empressés de pratiquer ce qu'ils condamnaient dans les Catholiques , en appelant à leur secours le culte extérieur. Ils en ont seulement changé l'objet immortel , et l'ont rapporté tout entier aux humaines vertus, qui ne sont quun pompeux néant quand elles sont séparées de leur auteur.

Ils se moquaient dans leurs ouvrages et dans leurs lycées du culte des Saints, et ils lui ont substitué celui des héros, à la manière des Païens, qui ne rendaient les honneurs de l'apothéose qu'aux actions éclatantes et aux génies le plus souvent dévastateurs des nations. Ils tournaient en dérision la piété des Catholiques pour

les restes précieux de riiomme juste, et ils ont rendu des honneurs presque divins à leurs grands hommes. Enfin, est-il une seule partie du culte catholique dont ils n'aient fait usage pour donner à leurs leçons plus de faveur et de crédit, plus d'accès et de confiance sur l'esprit de la multitude? Les hymnes, les cantiques, les autels, les tables de la loi, Tarche de la constitution, les candélabres, le feu sacré, l'usage des parfums, les jours de fête, les figures de la Liberté et de rÉgalité, les génies tutélaires et les autres emblèmes de la révolution ne nous ont-ils pas offert une suite de cérémonies religieuses aussi étendues que celles des autres cultes?

2. Le culte extérieur est nécessaire à l'homme , parce que l'homme, composé d'une double substance, doit à Dieu 1 hommage de son être tout entier, c'est-àdire de son corps et de son âme. L'àme honore Dieu par le culte intérieur, et le corps l'honore à sa manière par le culte extérieur. Ce n'est pas seulement son corps que l'homme soumet et offre à Dieu quand il s'agenouille ou se prosterne devant lui, c'est le monde matériel tout entier, dont le corps humain est le mystérieux abrégé. De telle sorte que, par le culte intérieur et extérieur, la création tout entière retourne à Dieu purifiée, ennoblie, sanctifiée, divinisée en quelque sorte : Dieu jouit par l'homme de la plénitude de ses œuvres.

3. Le culte extérieur est nécessaire à l'homme pour soutenir le culte intérieur, l'un ne peut exister sans l'autre. Dieu, en associant la matière à l'esprit, l'a associée à la Religion d'une manière si admirable, que, lorsque l'àme n'a pas la liberté de satisfaire son zèle en

se servant de la parole, des mains, des proslernements, elle se sent comme privée d'une partie du culte qu'elle voudrait rendre et de celle même qui lui donnerait le plus de consolation. Mais si elle est libre, et que ce qu'elle éprouve au dedans la touche vivement et la pénètre, alors ses regards vers le Ciel , ses mains étendues, ses cantiques, ses prosternements, ses adorations diversifiées en cent manières, ses larmes que la pénitence et l'amour font également couler, soulagent son cœur en suppléant à son impuissance; il semble dès lors que c'est moins l'ame qui associe le corps à sa piété et à sa Religion, que ce n'est le corps même qui se hâte de venir à son secours et de suppléer à ce que l'esprit ne saurait faire. De telle sorte que dans l'action, nonseulement la plus spirituelle, mais aussi la plus divine, la Communion, c'est le corps qui tient lieu de ministre public et de Prêtre, comme dans le martyre c'est le corps qui est le témoin visible et le défenseur de la vérité contre tout ce qui l'attaque'. Du reste, Texpérience de tous les jours ne nous apprend-elle pas que la négligence du culte extérieur entraîne la ruine du culte intérieur? Quel est, je vous prie de me le dire, si vous le savez, le culte intérieur rendu à Dieu par tous ces hommes indifférents à notre culte extérieur? A quoi se réduit leur religion? S'il faut en juger par leur conduite, il est bien évident qu'elle se réduit à zéro.

En résumé, le culte extérieur est nécessaire à l'homme pour manifester, pour compléter et pour entretenir le culte intérieur. D'où ce raisonnement : point de Dieu sans religion ; point de religion sans culte intérieur ; point de culte intérieur sans cuite extérieur : donc

' tncyclop. art. ndifiion.

DE PERSÉVÉHANCE. ic>

l'homme étant ce qu'il est, composé d'une double nature, point de religion, point de Dieu sans culte extérieur. La nécessité du culte extérieur est donc fondée sur la nature de l'homme et sur la nature de Dieu.

Nous avons ajouté que le culte extérieur est nécessaire à la société : c'est Dieu qui a fait les peuples et les sociétés, comme il a fait les individus : il a droit à leurs hommages. Personnes morales, personnes publiques, elles ne peuvent payer à Dieu leur tribut que par des adorations publiques. Un peuple sans culte public serait un peuple athée; et comme un peuple athée n'exista jamais, de là, depuis l'origine du monde, un culte public. Ajoutez que le culte public, chez tous les peuples, est tout à l'avantage des nations : elles en ont besoin pour vivre ; un simple raisonnement suffit pour le prouver. Point de société sans religion ; point de religion sans culte intérieur; point de culte intérieur sans culte extérieur : au dire des impies eux-mêmes, la Religion, réduite au pur spirituel, est bientôt reléguée dans l'empire de la lune : donc, sans culte extérieur point de société. La société est d'autant plus éclairée, plus prospère, plus tranquille et plus forte, que son culte extérieur est plus parfait et mieux observé.

3° Avantages du culte. — De la nécessité du culte extérieur^ soit pour Thomme, soit pour la société^ passons à ses avantages.

Premier avantage : le culte extérieur, et nous parions exclusivement du culte catholique, rappelle et fixe toutes les vérités, base de la conduite et sauverjnrde de la société. Suivons-le rapidement depuis son origine jusqu'à nos jours. Sous les Patriarches, dans le premier âge du monde, alors que Tidolàtrie gagnait partout, le culte

extérieur avait pour objet d'inculquer aux hommes le dogme essentiel d'un seul Dieu, créateur et conservateur de l'univers, maître absolu de la nature, souverain distributeur des biens et des maux, protecteur des familles, vengeur du crime et rémunérateur de la vertu ; de les faire souvenir que Thomme est pécheur et qu'il a besoin de pardon; toutes les cérémonies, même les [>lus petites en apparence, tendaient à resserrer entre eux les liens de Tamitié fraternelle. Il serait aisé de le montrer en les considérant en détail. Le culte extérieur préserva les premiers hommes de l'idolâtrie et de tous les crimes qui en furent la suite; car, puisqu'il faut à r homme des rites extérieurs, il ne peut être préservé des cérémonies superstitieuses que par des pratiques saintes et raisonnables.

Sous la loi de l\Ioïse, alors que les hommes, sortant de l'état domestique, passaient à Tétat national et déifiaient leurs princes et leurs rois, les rites religieux étaient destinés à rappeler aux Juifs que Dieu est nonseulement l'unique maître de la nature, mais le souverain législateur, le fondateur et le père de la société civile, l'arbitre des nations, qui dispose de leur sort comme il lui plaît, les récompense par la prospérité et les punit par des malheurs. La plupart des cérémonies juives étaient autant de monuments des faits miraculeux qui prouvaient la mission de Moïse, la protection spéciale de Dieu sur son peuple, la certitude des promesses que Dieu lui avait faites. Elles devaient donc tenir les Juifs en garde contre l'erreur générale des autres peuples, contre les dieux locaux, indigènes, nationaux, auxquels les Gentils oiïraientleurencens. Dieu lui-même témoigne par ses Prophètes qu'il n'a prescrit aux Juifs cette mul-

tilude de cérémonies que pour répriaier leur penchant à 1 idolâtrie'.

Et voyez, tandis que les Philistins, les Chaldéens, les Perses, les Grecs, les Égyptiens, les Carthaginois, les Gaulois, les Romains, tous ces peuples si vantés étaient prosternés devant des divinités infâmes et cruelles dont ils célébraient les fêtes par des sacrifices humains et des cérémonies abominables, le seul peuple juif n'adorait qu'un seul Dieu, grâce en grande partie à son culte extérieur, qui formait entre lui elles nations païennes une barrière insurmontable.

Sous le Christianisme, alors que tous les peuples sont appelés à ne former qu'une seule famille unie par le double lien de la même foi et de la même charité, les cérémonies ont un objet encore plus auguste et un sens plus sublime. Elles nous mettent continuellement sous les yeux un Dieu sanctificateur des hommes, qui, par Jésus-Christ ?on Fils, nous a rachetés du péché et de la damnation; qui, par des grâces continuelles, pourvoit à tous les besoins de notre àme ; qui a établi entre tous les hommes, de quelque nation qu'ils soient, une société religieuse universel!^, que nous nommons la commtmioii des Saints^.

Ainsi, sous le Christianisme comme sous la Loi et sous les Patriarches, c'est-à-dire depuis le commencement du monde jusqu'à nos jours, le culte extérieur est :

1" Une prédication non interrompue et une profession solennelle des dogmes les plus essentiels à l'homme et à la société : la création, l'unité de Dieu, sa [)rovi-

• Ezcch. xxu, 5; Jcrcm. vu, 22.

* Bcrgicr, art. Cérémonies.

vu. 2

dence, la chute originelle, la venue du Rédempteur, la spiritualité, la liberté, Tifumorlalité de Tùme, la résurrection, la vie future. Cette prédication est nécessaire; car tout peuple qui n'a pas été fidèle à pratiquer le cérémonial tel que Dieu l'avait prescrit n'a pas tardé à méconnaître ces mêmes vérités.

^2" Le culte extérieur est une leçon de morale intelligible aux ignorants comme aux sages, qui leur rappelle continuellement leurs devoirs envers Dieu, envers leurs semblables, envers eux-mêmes, devoirs qui découlent naturellement des dogmes dont nous venons de parler. Le cérémonial des sacrements, par exemple, est un tableau des obligations du Chrétien dans toutes les circonstances de la vie. Les vrais Fidèles comprennent toutes ces leçons, ce langage figuratif produit sur leurs cœurs les plus douces, les plus vives, les plus salutaires impressions. Malheur à ceux qui ont des yeux pour ne point voir, des oreilles pour ne point entendre! cette insensibilité, qui les rend semblables aux bêtes stupides ou aux idoles de pierre et de bois, est le premier châtiment de leur incrédulité.

PRIÈRE

0 mon Dieu! qui êtes tout amour, je vous remercie d'avoir établi le culte extérieur pour conserver la Religion; faites-nous la grâce de bien comprendre le sens des cérémonies de 1 Église.

Je prends la résolution d'aimer Dieu par-dessus toutes choses, et mon prochain comme moi-même pour Famourde Dieu; et, en témoignage de cet amour, fétudieraiavec beaucoup de soin celle quatrième partie du Catéchisme.

IP LEÇON

LE CHRISTIANISME RENDU SENSIBLE

Second avantage du culte extérieur : II fixe toute» les vérités de la Religion. — Troisième avantage : il est le premitr lien social. — Quatrième avantage : il influe admirablement sur les arts. — Origine des cérémonies. — Variété des cérémonies. — Respect qui leur est dû. — Empressement à les étudier.

Second avantage du culte. Non-seulement le culte extérieur redit sans cesse à l'esprit, au cœur, aux sens, les dogmes de la foi et les préceptes de la morale; il a de plus Yinestimable avantage de les fixer.

Nos cérémonies, nos prières sont autant de témoins incorruptibles de la croyance des anciens jours : on dirait une longue galerie de tableaux , qui commence à l'origine du monde, se continue sous Moïse, et se prolonge jusqu'au seuil de Téternité. Tous ces tableaux , tantôt terribles, tantôt gracieux, toujours pleins de vérité, peints à des époques si éloignées les unes des autres et par des mains si difîérentes, nous montrent la Religion toujours la même, quoique inégalement développée, toujours proportionnée aux lumières, aux besoins et à Tétat social du genre humain, pour lequel elle est faite.

Toute cette chaîne de cérémonies , tout ce culte extérieur si magnifique dans son ensemble, si varié dans ses détails, rend à la Religion un témoignage authentique, vivant, perpétuel , en même temps qu'il la fixe , comme les monuments de bronze ou de marbre fixent et perpétuent le souvenir des événements humains. Par

là notre Religion est mise à l'abri des caprices des novateurs et des interprétations arbitraires de l'hérésie. De tout temps on s'est servi du culte extérieur pour montrer aux hérétiques la véritable doctrine de Jésus-Christ et des Apôtres , et pour éclaircir au besoin le sens des paroles de l'Ecriture sainte, sur lesquelles on contestait.

Aux Ariens, les Pères des quatrième et cinquième siècles opposèrent les cantiques de la primitive Église, qui attribuaient à Jésus-Christ la divinité ; aux Pélagiens . les prières par lesquelles T Eglise a continuellement imploré le secours de la grâce divine. Dans les temps modernes , on a employé le même moyen contre les Protestants. Des anciennes liturgies , conservées par les sectes orientales séparées de l'unité catholique dès le quatrième siècle, on a tiré la preuve invincible de la présence réelle, de la confession auriculaire, de la prière pour les morts , etc. N'ayant rien de solide à répliquer à cet argument, qu'ont fait les novateurs? ils ont supprimé chez eux tout l'appareil du culte extérieur qui les condamnait : cela est plus court \

Le troisième avantage du culte extérieur , c'est tréire nn lien social. L'histoire nous apprend que les premiers rendez-vous des nations , les premiers monuments des peuples, les premiers asiles des vertus sociales, ont été des lieux consacrés à la Divinité , des autels , des tombeaux. Le Patriarche, voyageur du désert, réunit autour de l'autel de pierre et de gazon ses enfants et ses petitsenfants, pour oiïrir le sacrifice au Seigneur, leur parler de ses miracles et leur rappeler ses promesses. Trois fois, chaque année, les grandes solennités de Pâques , de la Pentecôte et des Tabernacles appellent toutes les

• Voyei la Perpétuité de (a foi, Arnaud, Renaudot, Le Brun.

tribus dlsrael à Jérusalem ron'prie, on adore, on chante, on pleure, on mange, on se réjouit ensemble : voilà tous les liens de charité rétablis ou resserrés.

C'est aux Catacombes que les Chrétiens éperdus, dispersés par la persécution, viennent apprendre à vivre en saints et à mourir en héros : là , se cimente dans leur sang généreux la société moderne. Plus tard, les monastères , les églises-mères furent en Europe les premiers lieux de réunion. Cest là que se rendaient, pour assister au service divin , les habitants de vastes contrées. Pour nourrir la foule des pieux pèlerins qui venaient entendre la Messe, près de l'antique église on établit des hôtelleries. Aux hôtelleries se joignirent bientôt des boutiques où l'on vendait des objets de première nécessité.

De là, le nom de messe, qui, dans la langue allemande, signifie encore foire ou marché. On dit la messe de Strasbourg, la messe de Francfort, pour signifier les foires qui se tiennent dans ces deux villes. Souvent même Ihumble cellule du solitaire a donné naissance à des bourgades et à des cités. C'est autour de la croix de bois plantée par le missionnaire qu'ont pris naissance les vastes cités du Nouveau-Monde. Aujourd'hui enccj \ le véritable point de réunion, c'est l'église paroissiale. Détruiscz-la, et les habitants des campai^nes , c'est-àdire les trois quarts des hommes, vivront éternellement isolés, à la manière des peuplades sauvages de PAmérique.

La commune, direz-vous, les rassemblera. Je le veux ; mais elle ne les civilisera pas. Pour civiliser les hommes, il ne sufiit pas de les assembler, il faut les rendre meilleurs. Or, le culte catholicjue seul a cet avantage : nos églises sont de véritables écoles de morale. Là , tous

Jt CATÉCHISME

les liabitanls d'une contrée, réunis dans la maison de leur Père commun , entendent la parole éternellement sociale, parce qu'elle est toute charité; là, ils entendent la voix de leur pasteur , de leur Évoque , et ils comprennent qu'ils sont en rapport de fraternité avec les habitants d'une vaste province ; là, ils entendent nommer avec respect le souverain Pontife , ils prient pour lui et ils comprennent qu'ils sont les enfants de cette grande société répandue sur tous les points du globe. Pour eux , il n'y a plus ni mers ni montagnes, ni Grecs ni Barbares ; ils voient dans tous les Catholiques des amis et des frères ; ils savent qu'en priant ils prient avec eux ; qu'au moment où ils sont réunis au pied des autels, mille voix s'élèvent de l'orient et de l'occident, qui s'unissent à la leur , et qui , toutes ensemble , portent au pied du trône de Dieu les vœux, les hommages, les cœurs de la grande famille humaine.

Et puis, que de souvenirs propres à rendre les hommes meilleurs! Cette église où l'on a été baptisé, marié, où l'on sera présenté une dernière fois à la mort ; et ce vieux pasteur à cheveux blancs qui instruisit l'enfance et qui fit faire la première communion; et enfin ce cimetière où dorment les aïeux, ce cimetière qu'il faut traverser pour entrer à Téglise : tous ces souvenirs, et bien d'autres encore, contribuent infiniment plus qu'on ne pen^e à rendre les hommes plus détachés de la terre, moins égoïstes, plus moraux , plus sociaux en un mot. Si vous en doutez , voyez ce que deviennent les habitants des villes et des villages qui ne fréquentent pas l'église.

Là encore, dans ces réunions, les hommes sont rappelés à cette égalité nécessaire au bien de la société ,

parce qu'elle abaisse l'orgueil des uns , et relève le courage des autres. Dans 1 église, on ne connaît plus de titre ni de dignité ; le Prêtre ne voit que des enfants et des frères : en proclamant les futurs mariages, en appelant les époux, ou les parrains et marraines, en adressant son prône, il ne dit pas : Messieurs, mesdames, mais: mes frères, mes sœurs. Là enfm, à la table sacrée , à la table de Dieu , père commun des rois et des sujets, tous se placent indistinctement : c'est la seule table dans le monde où il n'y ait pas de haut bout.

Le véritable type de la civilisation, c'est donc la paroisse, et non pas la commune; Téglise, et non pas la mairie. A la paroisse , on parle de Dieu , de la charité mutuelle, du Ciel et des vertus qui y conduisent; à la commune, on parle intérêts, vente, achat, contrat, cadastre, champs, vignes, bestiaux. Dans la paroisse, je vois un Prêtre qui enseigne au nom de Dieu , qui console, qui encourage, qui rappelle au devoir, qui rend la paix à Tame, qui réconcilie les ennemis ; dans la commune, je vois le maire qui lit les arrêtés du préfet, le garde champêtre qui fait des rapports, le percepteur qui exige des impôts, tout au plus le juge de paix qui inflige des amendes, et des gendarmes qui conduisent en prison. Que vous en semble? laquelle des deux, de la paroisse ou de la commune, est la plus propre à rendre les hommes meilleurs ? Si c'est la paroisse, rendez grâce au culte catholique, sans lequel la paroisse n'existerait pas. Nous avons montré, en parlant des sacrements, comment ils donnent l\ Thomme une haute idée de sa dignité, comment ils consacrent toutes les é()oques solennelles de sa vie, comment ils lui confèrent tous les movens de vivre saintement , c'est-à-dire (1 'tre sur la

terre un citoyen utile à la société temporelle, et après la mort un habitant glorieux de la Jérusalem céleste. Bientôt nous verrons tout ce que les fêtes catholiques otlVent de consolant et d'utile à Thomme et à la société. Disons un mot de Vin/luejice du culte catholique sur les arts, ce sera, si vous le voulez, un quatrième avantage. Les arts sont fils de la Religion. L'artiste qui ne croit pas à l'autre vie, qui ne voit pas au-dessus de sa tète un monde plus parfait que le nôtre, où son imagination et son âme aillent chercher des modèles et puiser des inspirations, cet artiste-là est mon dès celte vie. Pour lui ni poésie, ni avenir, ni gloire : c'est à l'autel de la foi que s'allume le flambeau du génie. Dans le Paganisme même, tous les chefs-d'œuvre de poésie, de sculpture, d architecture et de musique sont dus à l'inspiration religieuse. Il en est de même chez les nations modernes : ici , les chefs-d'œuvre sont d'autant plus parfaits (jue la Religion qui les inspire est plus divine. Arts et artistes, tombez à genoux devant le culte catholique, c'est à lui que vous devez votre gloire. Les Vierges de Raphai'l, la coupole de Saint-Pierie de Rome, les cathédrales gothiques, la musique de Mozart, de Pergolèze, d'Haydn, le chant de la Préface, le Te Deum, le Stabat , le Lauda Sion , le Dies irœ, tous ces chefsd œuvre et mille autres sont fils du culte catholique. Il est donc bien beau, bien majestueux, bien divin, ce culte qui inspira tant de génies et qui créa tant de chefsd'œuvre : à lui seul cette nouvelle gloire. Où sont les (îhefs-d'aiivre de poésie, d'architecture, de peinture, de musique, inspirés par le Protestantisme, par le Mahomélisme, par toutes les sociétés séparées de la véritable Église?

C'est encore au culte catholique que nous devons les plus beaux instruments de musique, Torgue et la cloche : 1 orgue, cette réunion de tous les instruments ; Torgue, qui, par la variété de ses sons, remue toutes les fibres de lame, parle toutes les langues , fait entendre toutes les voix; voix de la douleur, voix de l'épouvante, voix de l'espérance et de la joie , voix de la mort, voix du Ciel; la cloche, qui remplit nos cités et nos hameaux d'une indicible harmonie; la cloche, qui dans un instant porte au loin le même sentiment dans mille cœurs divers. Considérée comme harmonie, la cloche a indubitablement une beauté du premier ordre : celle que les artistes appellent le grand. Le bruit de la foudre est sublime, et ce n'est que par sa grandeur : il en est ainsi des vents, des mers, des volcans, des cataractes , de la voix de tout un peuple. Avec quel plaisir Pythagore, qui prétait l'oreille au marteau du forgeron, n'eut-il point écouté le bruit de nos cloches la veille d'une solennité de l'Église! L'âme peut être attendrie par les accents d'une lyre, mais elle ne sera point saisie d'enthousiasme comme lorsque la foudre des combats la réveille ou qu'une pesante sonnerie proclame dans la région des nuées les triomphes du Dieu des batailles ' .

Perpétuer les vérités de la Religion , les fixer et les mettre à couvert des attaques de l'impiété et de Thérésie, être un lien social, élever l'homme et le consoler, inspirer les arts et leur faire produire d'inimitables chefs d'oeuvre , voilà quelques-uns des avantages du culte catholique. En faut-il davantage pour lui mériter notre respect et notre amour? Ah ! nous devons être fiers,

' (.('•nie du (^hri>liai.i*.Tic, iv pail. cIj. 1.

S6 CATECHISMK

nous Catholiques, de professer un culte source féconde de tant de beautés, principe de tant de vertus.

Gîréraonies. — Parlons maintenant de l'orij^ine des cérémonies qui le composent, du respect qui leur est dii, des fruits qu'elles produisent et de la nécessité de les connaître. C'est Dieu qui a donné à l'homme le besoin de manifester par des signes extérieurs les sentiments qui naissent dans son àme : il est donc le premier auteur des cérémonies. Il en a fait sentir la nécessité; il a inspiré les premiers actes religieux : lui-même en régla chez les Juifs la manifestation. Plus tard, son Fils, descendu parmi les hommes, révéla lui-même certaines cérémonies essentielles, et investit son Église du pouvoir de régler le culte que les hommes doivent à Dieu.

Telle est, nous l'avons déjà dit, la noble origine des cérémonies ecclésiastiques; elles viennent de Dieu, soit quil les ait instituées lui-môme par Jésus-Christ son Fils, soient quelles aient été établies par les Apôtres ou par leurs successeurs, qu'il a remplis de son esprit et revêtus de son autorité ' .

De là, des cérémonies d'institution divine, d'institution apostolique et d institution ecclésiastique. Les premières sont celles que Jésus-Christ a instituées lui-même, comme la bénédiction et la consécration du calice, la formule des sacrements; les secondes sont celles que les Apôtres ont établies, telles que l'usage pour les hommes de prier la tête découverte et tournés vers l Orient, telles encore que certaines prières de l'oflice divin ; les troisièmes enfin sont celles que l'Église a instituées dans la suite di's temps: un giand nombre de bénédictions, do génuflexions, de prières, de processions, etc.

• Voyez ncrii'ier, orl. Céranonics.

Considérées dans leur nature, les cérémonies de l'Église se divisent en cérémonies essentielles et en cérémonies accessoires. Les premières appartiennent à l'essence même du sacrifice et des sacrements, et, par celte raison, elles ne peuvent point être changées : telles sont les paroles de la consécration de l'Eucharistie et de la forme des sacrements. Les secondes, qui regardent la décence, la commodité ou la majesté du service divin, peuvent différer dans les divers diocèses, elles peuvent même changer selon les temps et les circonstances ; car rÉglise a reçu de Jésus-Christ le pouvoir de les instituer et de les modifier pour la gloire de Dieu et le salut des hommes.

Ce pouvoir, elle en a usé dans tous les temps. En effet , la succession des siècles, les usages des pays, les mœurs des peuples exigent, dans les formes accidentelles, des modifications qu'une autorité sage et bienveillante a toujours le droit d'opérer'. Voilà pourquoi nous trouvons , par exemple, une si grande différence entre le rit grec et le rit latin. Néanmoins le Grec et le Romain catholiques professent la même Religion, ont la même foi, observent les mêmes préceptes.

Cette diversité de rites ne nuit donc en rien à l'unité de rÉglise. Que dis-je! elle fait ressortir avec éclat sa

' Ce que nous disons des c(?rémonic« il faut le dire de la discipline. La discipline de rÉ(;Iise est la police oMcricure quant au fîoiivcrntnKut. Kile est fondée sur les déci^ions et les canons des conciles, sur les décret* «le» papes, sur les lois ecclésiastiques, sur les usages et coutumes des pay«. D'où U suit que les rè{;ltmeiits sajjes et nérissiiiies dais un temps n'cml plus été de la même utilité dans un autre ; que certains abus ou certaines cirronsiances, des cas imprévus, etc., ont souvent exigé qu'on Ht do nouvelles lois, quelquefois qu'on abroReût les anciennes; quel(|U(fois aussi celles-ci sont ahuli'S | ar le non-usa[;e : ce q'.i a nécessairement introduit des varijlious dans la discipline de l'Kglisc. Hergier, art. Discipline.

ravissante beauté. « L'unité de la foi , dit saint Augustin, qui est la même par toute TÉglise, est ce qui fait la beauté du corps delépouse de Jésus-Christ, selon cette parole du Prophète : Toute la beauté de la fille du roi est au dedans ; et si, dans le culte que produit cette unité de foi, il se trouve des pratiques différentes, celte diversité de cérémonies n'est que la variété de la robe de la céleste épouse, selon qu'il est dit au même endroit : U épouse est revêtue d'une robe en broderie d'or, semée de diverses couleurs\

Les Philosophes et les Protestants ont prétendu que nos cérémonies étaient imitées des Païens : je ne connais pas de reproche plus maladroit. Il est certain que tous les peuples ont eu des cérémonies religieuses. Dans ce fatras de pratiques superstitieuses, il restait, de même que dans leurs croyances et dans leur morale, quelques lambeaux d'une révélation primitive. Qu'a fait l'Église? Héritière universelle de toutes les vérités, elle a fait le triage du vrai et du faux, du bon et du mauvais. En adoptant ce qu'elle a trouvé de bien et de vrai , elle a chassé les usurpateurs et leur a dit : « Je suis avant vous, je suis la première, je remonte jusqu'aux premiers jours du monde, j'ai reçu la vérité en dépôt et en héritage, je reprends mon bien ; tout ce que vous avez conservé de bon, de vrai, de louable, est à moi.» Puis elle a purifié, sanctifié ces usages, comme elle a sanctifié les temples des idoles et les a fait servir à la gloire de leur véritable maître. Tel est le sens de la réponse de saint Augustin à Fauste le Manichéen*. « L'emploi des cérémonies au culte du vrai Dieu, dit

' Epist. xxxvr.

' Conir. Fau«i, lih. w, c. ^j, 21.

DE PIîRSÉVKRANCE. 29

Hergier, n'est pas un emprunt, c'est la restitution d'un vol fait par les Païens: la vraie Religion est plus ancienne que les fausses ; elle a droit de revendiquer des rites que ses rivales ont profanés. Faut-il nous abstenir de prier Dieu , parce que les Païens ont prié Jupiter? cesser de nous mettre à genoux, parce qu'ils se sont prosternés devant les idoles? »

Afin de ne pas répéter ce que nous avons déjà dit de la nécessité du culte extérieur, parlons en peu de mots de l'utilité des cérémonies. Les unes sont une profession de notre foi : par exemple, lorsque nous accompagnons le Saint-Sacrement, ou que nous honorons les images et les reliques des Saints, nous manifestons hautement que nous sommes Chrétiens et Catholiques ; les autres nous rendent sensibles les effets invisibles de la grâce : par exemple, l'effusion de l'eau sur la tète de l'enfant dans le baptême ; celles-ci nous avertissent de nos devoirs : tels sont la tonsure, qui rappelle aux ecclésiastiques leur renoncement aux vanités du monde; leur vêtement non- et celui des religieux ou des religieuses, qui est un prédicateur continuel de l'esprit de sacrifice ; celleslà nous inspirent un profond respect pour les choses sacrées : tels sont les chants de lÉglise, le son des cloches, la pompe des vêtements sacerdotaux, Tordre des ministres qui servent à Tautel; enfin, presque toutes, pratiquées comme il convient, produisent des grâces spirituelles : les sacrements, les sacramentaux, les exorcismes , et bien d autres encore.

Et maintenant, quoi de plus propre à inspirer un [)rofond respect pour nos cérémonies que leur noble origine, leur antiquité, leur beauté, leur utilité! Elles sont descendues du Ciel ; elles ont traversé les âges ;

.no CATÉCHISME

elles mettent la Religion à Tabri des nouveautés; elles nous aident à nous élever jusqu'aux choses les plus spirituelles; elles captivent nos sens; elles réjouissent notre cœur; elles environnent le culte de tant de grandeur et de dignité, que l'impie môme ne saurait, sans se rendre coupable aux yeux de la science et de la raison , ne pas vénérer des rites si pleins de sagesse et qui produisent de si heureux résultats pour r homme et pour la société. Aussi, sainte Thérèse, cette âme si aimante et si bien inspirée , disait : «Je donnerais ma tète pour la plus petite cérémonie de l'Église: w

Voulez- vous d'autres motifs à votre vénération pour nos cérémonies saintes? vous les trouverez et dans l'extrôrae importance que l'Église y attache , et dans les suites déplorables qu'entraîne le mépris qu'on en fait. L'Éiilise recommande à ses ministres de les connaître, d'en étudier l'esprit et de s'y conformer avec soin. Un Prêtre ne pourrait sans crime, et sans nuire à l'intégrité du sacrifice et à la validité des sacrements, omettre quelqu'une des cérémonies essentielles; et, s'il négligeait , par légèreté ou par ignorance , les cérémonies non essentielles, il pécherait d'une manière plus ou moins grave, selon que son omission volontaire serait plus ou moins importante. Ce n'est que dans le cas d'une extrême nécessité qu'on peut omettre les cérémonies qui ne sont point essentielles à l'intégrité du Sacrifice et à la validité des sacrements : par exemple, lorsque le Prêtre qui célèbre la Messe est menacé de mort par la ruine de l'édifice ou par l'approche des ennemis de la Religion, qui veulent le faire mourir. Dans un danger pressant de mort, on supprime

les cérémonies du baptême, avec obligation toutefois de les suppléer si Tenfant survit.

L'Église va plus loin encore : elle commande à ses ministres d'expliquer les cérémonies aux fidèles* : c'est donc pour ceux-ci un devoir de les étudier. Vous le comprendrez sans peine; les cérémonies sont établies pour nous édifier, nous instruire et réveiller notre attention ; des grâces particulières y sont attachées ; elles sont un livre, une suite de tableaux qui nous présentent la Religion sous des images sensibles. Mais ce livre, tout beau quil est, sera pour nous un livre fermé; il ne dira rien à notre foi, si nous ne connaissons pas la langue dans laquelle il est écrit ; ces tableaux, tout expressifs que vous les supposiez, seront pour nous de vaines images, si nous n'en connaissons ni le sujet, ni le sens, ni la raison.

Dès lors tout le culte extérieur nous sera à peu près inutile. Le spectacle de nos saintes cérémonies, au lieu de ranimer notre foi , d'exciter notre amour, de satisfaire une sainte curiosité , ne nous inspirera que du dégoût et de l'ennui , peut-être du mépris; car c'est le propre des ignorants de se moquer de ce qu'ils ne comprennent pas. Ces ignorants, on les rencontre partout aujourd'hui. Ne serait-il pas honteux pour les Chrétiens de ne pouvoir défendre leur culte et de participer à des cérémonies dont ils ne peuvent rendre compte ? et cependant combien de fidèles qui assistent depuis longtemps à la Messe , qui ont paru à l'église comme parrains ou marraines, qui ont vu administrer la Confirmation, l'Extréme-Onction, tous les sacrements, sans rien comprendre à ce qui se passait sous leurs yeux î Eh quoi I

• CoDr. Trid. Sc«». xxii, c. 8.

32 CAT^:C11ISMK

aujourd'hui on inel un empressement extraordinaire à découvrir le sens caché des anciennes écritures , des inscriplions gravées sur les colonnes et les tombeaux profanes; n'aurions-nous pas à rougir, nous Cluéliens, d'apporter moins de zèle à comprendre le sens de nos cérémonies, mille fois plus instructives que tous les monuments de l'antiquité païenne?

PRIKRE.

0 mon Dieu ! qui êtes tout amour, je vous re:uercie d'avoir rendu sensibles à mes yeux les vérités de la Religion; je vous demande pardon de n'avoir pas eu assez de respect pour les cérémonies de IKglise.

Je prends la résolution d'aimer Dieu par-dessus toutes choses, et mon prochain comme moi-même pour l'amour de Dieu; et, en témoignage de cet amour, f étudierai avec beaucoup de soin les cérémonies de l Eglise,

IIP LEÇON.

LE CHRISTIANISME RENDU SENSIBLE

Églises; leur nécessité. — Nécessité de leur décoration. — Habillements convenables et décents pour les jours de fête. — Description des anciennes églises. — Nos églises actuelles pleines des souvenirs des Catacombes. — Crypte. — Autel. — Balustrade.

Puisque nous allons expliquer en détail le culte catholique, il est naturel de commencer par l'église où il s'accomplit.

)" Il faut des églises, quoique Dieu soit partout, quoique l'univers soit un temple magnifique. Il y a eu dans tous les temps et chez tous les peuples des lieux spécialement consacrés à honorer la Divinité. Le sommet des montagnes , la profondeur des forets étaient choisis de préférence : celles-ci , parce qu'elles favorisaient davantage le recueillement ' ; celui-là, parce qu'il semblait davantage rapprocher l'homme du Ciel ; ces lieux devinrent chez les Païens des théâtres de crimes. Le culte des astres, qu'on découvrait mieux du haut des montagnes, fut la première idolâtrie. Il est très-probable qu'une des raisons pour lesquelles Dieu voulut qu'on construisît le tabernacle fut de convaincre le peuple juif qu'il n'était pas nécessaire d'aller sur les moniagnes pour s'approcher de Dieu , et qu'il daignait lui-même s'approcher de son peuple en rendant sa présence sensible dans le temple porlalif énii^é en son honneur: le tabernacle fut donc un préservatif d'idolâtrie ^

' Num. \xn, U\\ Mém. de TAcad. p. 63. ' lîcrgier, art. Eglise.

Page 1