‹ Catéchisme de persévéranceChapitre 2 sur 48 · VII · texte numérisé non relu

VII

3i CATECHISME

Ce fut aussi m\ moyen de soutenir la piété des Israélites, en leur inspirant plus de respect et de crainte pour le Seigneur, et en leur donnant la facilité de s'acquitter plus commodément du culte divin. En elTet , le tabernacle était placé au milieu de leur camp; on y voyait, rassemblés dans une étroite enceinte, les symboles de la présence de Dieu et les marques de sa toutepuissance. L'arche de lalliance, les tables de la Loi, les deux chérubins aux ailes étendues , le vase rempli de manne, la verge d'Aaron leur redisaient éloquemment et les bienfaits et la puissance du Dieu maître des éléments, législateur suprême , monarque des anges, vengeur du crime, père de ses enfants, seul saint, seul digne de respect, d'amour, de louange et d'adoration.

Toutes ces choses, et d'autres plus admirables encore, la plus pauvre église de village les redit aux Chrétiens. Il n'est donc pas vrai, comme le prétendent certains impies, quil ne faut point d'autre temple que l'univers. Non, l'univers ne.sufiit pas. Les trois quarts des hommes, accoutumés au spectacle de l'univers, le voient sans émotion; au lieu qu'ils demeurent frappés d'admiration à la vue d'un temple richement et décemment orné. Comment entrer dans nos sombres cathédrales sans être saisi d'un respect religieux ? D'ailleurs, l'univers, avec toute sa magnificence, ne dit pas au cœur tout ce que dit la modeste église du hameau. Sur le sommet des collines, à la face du Ciel , vous ne trouvez ni la croix, ni l'autel, ni le tabernacle, ni la table sainte , ni le tribunal de la miséricorde, ni les fonts sacrés, ni les tombes des aïeux, ni aucun de ces symboles si pleins de souvenirs et si puissants sur le cœur et sur les sens.

Et puis l'église est un lieu social. Or, réunissez, je vous prie, les hommes, les femmes, les enfants, les vieillards, en plein air, sur les collines, à la face du Ciel, quand la terre est couverte de neige et de glace, ou que la pluie tombe à torrents! Détruire les églises, c'est donc détruire le culte extérieur ; détruire le culte extérieur, c'est détruire le culte intérieur , c'est détruire la Religion , c'est détruire la société. Ah ! au lieu de détruire les églises ou d'en diminuer le nombre , il faut en construire de nouvelles : plus vous en élèverez , moins vous bâtirez de prisons. Ils ne méritent donc pas d'être écoutés, ces censeurs bizarres qui s'érigent contre ce que le sens commun dicte à tous les hommes. Qu'ils aillent adorer Dieu à la face du Ciel , sur la hauteur des montagnes, après l'avoir adoré dans le temple : qui les en empêche? Mais ils ne l'adorent d'aucune manière, et ils voudraient retrancher tout exercice public de la Religion, parce qu'ils savent que, sans le culte extérieur, elle n'existerait plus.

2" II faut que les églises soient convenablement décorées. Les impies disent encore : A quoi bon tant de luxe dans les églises? Jésus-Christ n'est-il pas né dans une crèche? n'a-t-il pas institué l'Eucharistie dans une chambre?

A quoibon tant de luxe dans les églises ? A leur compte , tout ce qu'on fait pour honorer Dieu est perdu. Ce langage n'est pas nouveau : c'est celui de Judas , murmurant contre la Madeleine qui répandait un parfum précieux sur les pieds du Sauveur. Vraiment les modernes Judas ont bonne grâce de se plaindre de la magnificence du culte catholique. Voyez, ils se disent les amis du peuple, et ils trouvent bon que ses richesses soient

prodiguées pour les filles publiques , pour les théâtres qui corrompent les mœurs, pour les amusements de toute espèce; et ils déplorent la dépense qui se fait pour les spectacles de Religion, parce qu'ils instruisent les hommes , les excitent à la vertu , les consolent par l'espérance d'un bonheur à venir. Ils affectent de la compassion pour la misère du peuple, et non-seulement ils ne voudraient rien se retrancher pour le soulager, mais ils veulent encore ôter au peuple le seul moyen qui lui reste de se consoler et de s'encourager dans les temples du Seigneur par des motifs de religion. Sans doute il vaut mieux, suivant leur opinion, qu'il aille s'en distraire dans les lieux de débauche et dans les écoles du vice ; aussi les a-t-on multipliés pour sa commodité. Mais où iront ceux qui craignent Tinfection de ces lieux empestés et qui ne veulent pas se pervertir ? Laissons déraisonner les insensés, et consultons la simple lumière naturelle et l'expérience de toutes les nations.

Oui , il faut qu'il y ait un certain luxe dans nos églises, parce qu'il est nécessaire de donner aux hommes une haute idée de la majesté divine et de rendre son culte respectable. Or, on n'y parviendra pas sans le secours d'une pompe extérieure. L'homme ne peut être pris que par les sens : voilà le principe duquel il faut partir; on ne réussira point à captiver son imagination, si l'on ne met sous ses yeux les objets auxquels il attache un grand prix. A moins que le peuple ne trouve dans la Religion la même magnificence qu'il aperçoit dans les cérémonies civiles, à moins qu'il ne voie rendre à Dieu des hommages aussi pompeux que ceux que Ton rend aux puissances de la terre, quelle idée se formerat-il de la grandeur du Maître qu'il adore? c'est la ré-

flexion de saint Thomas. Les Protestants sentent aujourd'hui les suites funestes de la nudité à laquelle ils ont réduit le culte divin; un incrédule même est convenu que le retranchement du culte divin, en Angleterre, en a banni la piété et fait éclore l'athéisme et Tirréligion. Aussi nos frères séparés rétablissent-ils peu à peu dans leurs temples les antiques symboles que leurs pères avaient exilés , brûlés , profanés avec tant de fureur et d'aveuglement'.

Si donc nous décorons les églises , ce n'est pas que Dieu ait besoin de celte magnificence, c'est nous qui en avons besoin pour nous élever à lui. Nous avons besoin de lui ofl'rir notre or, nos richesses , les chefs-d'œuvre des arts, parce que c'est un devoir de rendre Fhommage de toutes ces choses à celui de qui viennent l'or, les richesses et les talents. Ce tribut de reconnaissance et d'adoration est un titre à de nouveaux bienfaits , tandis que l'ingratitude est un vent brûlant qui dessèche la source des grâces : sous ce nouveau rapport, la pompe du culte est encore tout entière dans nos intérêts.

Il est vrai , notre Seigneur est né dans une crèche, il a institué la sainte Eucharistie dans une chambre. Par cette simplicité et cette pauvreté, il a voulu nous témoigner son immense amour, qui ne demande, pour se manifester, ni la richesse des édifices , ni la pompe des cérémonies. Pauvres de toutes les générations , il a voulu vous apprendre que vous aussi vous pourriez participer à ses mystères d'amour, qu'il daignerait haljiter sous votre église couverte de chaume. Il a voulu encore apprendre aux Chrétiens que le culte véritable était le

' Bergicr, art. Cullr.

cnlte de Tesprit et du cœur, et par là nous préserver des illusions du peuple charnel, trop enclin à supposer que l'appareil des cérémonies, la multitude des victimes était tout ce que le Seigneur demandait de lui. Mais il n'a pas voulu interdire la magnificence du culte extérieur ; autrement il aurait abandonné à Tesprit de mensonge rÉglise, son épouse; il aurait ignoré la nature humaine ; il aurait voulu l'anéantissement de la Religion. Or, il savait mieux que nos philosophes que l'homme ne peut être pris que par les sens, et qu'une religion réduite au pur spirituel serait bientôt reléguée dans l'empire de la lune.

3° La pompe extérieure doit passer du temple matériel au temple vivant, c'est-à-dire à l'homme. On doit être convenablement habillé les jours de fête, afin de témoigner le respect qu'on a pour Dieu; reconnaître que tous les biens viennent de lui, et que tout doit être consacré à son service. Ce sentiment est si naturel qu'il est dans le cœur de tous les hommes. Le pauvre luimême, l'habitant des campagnes le comprend si bien , que, pour assister aux assemblées religieuses les jours de fête, il se met le plus proprement qu il lui est possible, li doit en être ainsi, afin que cet appareil extérieur le fasse souvenir de la pureté de l'àme qu'il doit y apporter , afin que les grands qui dédaignent ces assemblées aient moins de répugnance à se mêler avec le peu[)le, afin que l'énorme disproportion que mettent les richesses entre les uns et les autres disparaisse un peu devant le souverain Maître, aux yeux duquel tous les hommes sont égaux. Déjà il en était de même dans l'ancienne Loi. Jacob, prêt à ofl'rir un sacrifice à la tête de sa maison, ordonne à ses gens de se laver et de

chansrer d'habits ^ Dieu commanda la même chose aux Hébreux quand il voulut leur donner sa loi sur le mont Sinaï ^. Ce signe extérieur de respect se trouve chez toutes les nations; toutes, sans exception, mettent dans les hommages qu'elles rendent à la Divinité le plus de pompe qu'il leur est possible \

Ne croyez pas que cet appareil extérieur, cet air de fête soit sans influence sur l'esprit et sur le cœur. Oh! non ; car il indique et fait naître les dispositions intérieures avec lesquelles on doit venir à l'église. Il éveille surtout le sentiment qui alors doit dominer tous les autres, le sentiment de la joie. En effet, revoir l'église, c'est revoir la maison de notre Père, la maison où il nous attend, les bras ouverts, le cœur brûlant d'amour, pour nous recevoir et nous embrasser, pour nous nourrir de son pain céleste et nous abreuver de son vin délicieux ; revoir l'église, c'est revoir la maison où nous sommes nés, où nous avons éprouvé nos premières joies, où notre esprit s'est ouvert à la vérité, notre cœur à l'innocence; où nos pas se sont aflérmis dans les sentiers de l'innocence et du bonheur , frère de l'innocence; où nous retrouvons les compagnons de notre enfance, nos frères, nos amis, nos parents; où nous prierons avec eux et pour eux, comme ils prieront euxmêmes avec nous et pour nous ; où nous mangerons ensemble le pain de bénédiction, pour nous rappeler que nous sommes tous frères ; où toutes nos voix se réuniront à celles des anges pour répondre à leurs cantiques éternels, et redire avec eux , à la louange de notre Père : Saint, saint, saint le Seigneur Dieu des armées, des Anges et des hommes; revoir l'église près

' Gen. ixxv, 2.— ' Kxod. xix, 10.— - Uergier, arl. Culle.

de laquelle est le cimetière, cest revoir la tombe de notre mèie, de notre sœur, de notre frère, sur laquelle il nous sera permis en passant de déposer une larme, une prière, une tleur; revoir Téglise, c'est revoir le lieu où Ton va dire aux riches de donner l'aumône aux pauvres, aux grands d'être les protecteurs des petits et des faibles, aux maîtres de traiter doucement leurs domestiques, à nous tous de nous aimer, de nous aider, de nous pardonner comme des frères , et de ne former tous ensemble qu'un cœur et qu'une âme. Comment ne pas éprouver le tressaillement d'allégresse des Israélites invités à se rendre au temple de Jérusalem : Nous nous sommes réjouis à la nouvelle que nous irions bientôt dans la maison du Seigneur ' ? Pleins de cette disposition, partons pour l'église. Afin de la respecter et de l'aimer encore davantage, apprenons à la bien connaître ; en voici l'histoire et la description.

Dès l'origine, nos pères dans la foi eurent des lieux consacrés aux assemblées de la Religion et à l'offrande des saints mystères^. Mais c'est dans les Catacombes ({u'il faut chercher le modèle et les éléments primitifs de nos églises^. Tout y retrace le souvenir de ces lieux à jamais vénérables ; nous le ferons remarquer en parlant de chaque partie de l'église. Lorsqu'il leur fut permis de célébrer leur culte à la face du soleil, les

' l'sal. cx\i. — ' S. Clem. epist. i, n. 40; S, Ignace, epist. ad Magnes, n. 7; CIcm. Alex. Strom. llv. vir, etc.

' Il csi certain, dit le célèbre antiquaire Botlari, que le» petites cliapelles de» Catacombes furent une ébauche tr^s-grossière des ('glises et des basiliques qu'on a bAlies d.ms la suite : E cerlo che qitcste cappellctte... furono un ro^jissfmo abo^^o délie chiese e délie basiliclie edificate dipoi. T. m , p. 75. Voyez là-dessus notre Histoire des Catacombes , où nous avons donné la description détaillée des églises souterrnincs et montré qu'elles furent le type de nos églises, et non pas les basiliques païennes.

Chrétiens s'empressèrent de bâtir des églises et de les disposer de la manière la plus convenable à l'accomplissement des cérémonies en usage dans ces jours de sainte mémoir'ë ; elles étaient divisées en sept parties', comme on peut le voir dans la figure suivante ;

' Nous prenons pour guides le» antiquaires de Home; plu» que loul autre il» méritent confiance : chacun le comprend, yoyej Mamachi, t. i.

i Le porche ou le vestibule extérieure C'était un espace oblong qui se trouvait à rentrée de léglise; il était couvert et soutenu par des colonnes placées de distance en distance. Les empereurs ambitionnaient Thonneur d'être ensevelis sous le vestibule des églises; ce qui fait dire à saint Chrysostome que les empereurs sont dans Ja maison des pécheurs, c'est-à-dire dans les temples dédiés aux Apôtres, ce que les concierges sont dans la maison des empereurs.

2 Le cloître^. Du vestibule on entrait dans le cloître. C'était une allée soutenue par des colonnes et qui environnait la troisième partie de F église appelée le parvis. C'est là que se tenaient les pénitents de la première classe, appelés fientes ou pleurants, parce qu'ils pleuraient leurs péchés et imploraient la piété des fidèles qui entraient dans Téglise.

3 Le parvis^. Le parvis était une cour carrée; il n'avait d'autre couverture que le ciel , et d'autres flambeaux que les astres et les rayons du soleil, afin que tous ceux qui entraient pussent contempler à loisir les beautés du ciel, et se préparer, par l'adoration du Dieu de la nature, à l'adoration du Dieu de la rédemption. Au milieu du parvis jaillissait une fontaine, symbole de la purification ; on s'y lavait les mains et le visage avant d'aller plus loin. Sur le bassin de la fontaine étaient gravées ces paroles : « Lavez vos péchés et non pas seulement votre visage. » Cette fontaine était bénite par le Prêtre, la veille ou le jour même de l'Épiphanic. Supprimée dans la suite des temps, elle a été

' Ce vesiihulc s'appelait nartex, c'est-à-dire verge ou bâton , à cause de sa forme alioiif^ée.

^ Clauslrum. — 3 Atrium.

remplacée par les bénitiers. L'usage de se purifier avec de Feau, avant de paraître devant Dieu, est aussi ancien que le monde ; les Patriarches et les Juifs le pratiquaient '. On le trouve chez les Païens, quoique dépositaires infidèles de la révélation. Ainsi, dès le premier pas que nous faisons dans Téglise, nous rencontrons un souvenir delà plus vénérable antiquité. Puissions-nous, en nous servant de l'eau bénite, être animés des mêmes sentiments de respect et de componction que nos vertueux ancêtres! Pour cela souvenons-nous que l'eau bénite, prise avec respect et componction, remet les péchés véniels ^.

i Le vestibule intérieur^ . En avançant on passait du parvis dans le vestibule intérieur. Dans les grandes églises, ce vestibule intérieur était séparé de la nef par un mur; là, se plaçaient les catéchumènes, les énergumènes, les pénitents appelés audientes , auditeurs , parce qu'il leur était permis d'écouter les hymnes et les psaumes qui se chantaient dans l'église, ainsi que la parole de Dieu ; ils y restaient jusqu'au moment où le Diacre, élevant la voix, disait : « Dehors, les auditeurs et les infidèles. » L'entrée du vestibule intérieur était également permise aux Païens, aux Juifs, aux hérétiques et aux schismatiques, afin qu'ils pussent entendre les instructions des ministres de 1 Évangile, et se convertir si Dieu daignait leur toucher le cœur.

5 La nef*. Plusieurs grandes portes communiquaient du vestibule intérieur dans la nef. Cette partie principale de l'église s'appelait comme aujourd hui nef, d'un mot latin, îuiviSj qui veut dire vaisseau. Ce nom lui a

' Gen. XXXV. — ' S. Thomas, 3*^ p. quaest. 03, arl. I. — ^ Narlcx interior. * Navi«.

été donné pour deux raisons : la première, parce qu'elle est beaucoup plus longue que large ; la seconde, pour rappeler aux Chrétiens que 1 Église est un vaisseau. Rien de plus commun dans les Pères que la comparaison de l'Eglise avec un navire ou une barque : notre Seigneur en est le pilote invisible, saint Pierre le pilote visible, les ministres sacrés les ofliciers, les fidèles les heureux passagers ; toujours battue par les vagues , jamais TÉglise n'est engloutie sous les flots, ni ne se brise contre les écueils ; il faut être dans son sein pour traverser la mer du monde, échapper au déluge d'iniquités qui inonde la terre, et aborder sain et sauf aux célestes rivages. Quel sens admirable dans cette simple parole de notre langue religieuse ! c'est toute l'histoire de l'homme ici-bas; y avions-nous jamais pensé!

A l'entrée de la nef, près du mur qui la séparait du vestibule intérieur, était la troisième classe de pénitents qu'on appelait prostrati , ou prosternés. Après avoir passé trois ans sous le cloître à pleurer leurs péchés , et trois ans sous le vestibule intérieur à écouter la parole de Dieu , il leur restait encore six ans de pénitence à faire avant d'être admis à la communion publique ; ils demeuraient prosternés à l'entrée de la nef, afin de recevoir l'imposition des mains de l'Évoque lorsqu'il passait.

En avançant un peu dans la nef, se trouvait Vambon ou lejubé, du haut duquel on lisait au peuple l'Écriture sainte et on annonçait la parole de Dieu. Placé au milieu ou sur un des côtés de la nef, il était assez large pour contenir plusieurs lecteurs. Les Évêques prêchaient ordinairement sur les marches de l'autel ; mais saint Chrysostomc préférait l'ambon. Au-dessus de l'ambon

était la quatiième classe de pénitents appelés consistentes , parce qu'ils se tenaient debout , ou compétentes , parce qu'ils ressemblaient à des enfants , dit saint Augustin, qui pressent les entrailles de leur mère pour naître à la lumière.

A partir de cet endroit, la nef était partagée dans sa longueur en deux parties par deux cloisons qui empêchaient les hommes et les femmes de se voir. Entre les deux cloisons était un large couloir pour la circulation des ministres sacrés : les hommes étaient à gauche et les femmes à droite. En considérant Jésus-Christ assis dans le tabernacle tourné vers les fidèles, les hommes se trouvaient donc réellement à sa droite : cette place convenable à leur dignité est encore aujourd'hui pour eux dans un grand nombre d'églises ^

Tous, hommes et femmes, demeuraient debout, ou à genoux, ou assis sur leurs jambes croisées, à la manière des Orientaux; il n'y avait pour les fidèles ni bancs ni chaises. Plus tard, les religieux qui passaient une grande partie du jour à l'église s'appuyèrent sur leurs bâtons, ensuite sur des sièges attachés aux murailles ; c'est ce que représentent les staux des chanoines : ils ne sont ni assis ni debout, mais simplement appuyés. De là , il n'y eut qu'un pas pour introduire dans les églises les bancs et les chaises en faveur des fidèles. Néanmoins, l'Espagne a conservé l'usage primitif ^ : elle na point de chaises dans ses églises.

6 Le chœur \ Cette partie de l'église porte ce nom,

• Si dans la cc^Idbrallon du mariage cet ordre est interverti, c'est afin que l'rpoux 5oit à la droite de l't'pousc, dont il est le chef. ' 11 est encore gênerai en Iialie.

' Chorus.

parce qu'elle était réservée aux ministres saints , conducteurs du chant et de la prière. Elle était séparée de la nef par une grille demi-circulaire ; autour régnaient des sièges plus ou moins élevés, suivant la dignité des ecclésiastiques ; le plus élevé était pour l'Évêque, afin qu'il pût avertir, surveiller et garder le troupeau.

7 Le sanctuaire ' . Le sanctuaire était séparé du chœur par une grille ou balustrade à laquelle se trouvaient trois portes ; celle du milieu , plus large que les deux autres, était appelée la Porte sainte. Comme le sanctuaire se terminait en demi-cercle, cette partie de l'église se nommait abside, c'est-à-dire coupure. Le rideau tendu à l'entrée dérobait la vue de l'autel et empêchait qu'on ne vît les saints mystères dans le temps de la consécration ; on ne l'ouvrait qu'après. C'est ce qui faisait dire à saint Chrysostome : « Quand on est au Sacrifice, quand Jésus-Christ, TAgneau de Dieu, est offert; quand vous entendez donner le signal, réunissez- vous pour prier ; lorsque vous voyez tirer le rideau , pensez que le Ciel s'ouvre et que les anges descendent '■^. » Dans le sanctuaire était l'autel ; à côté du grand autel il y en avait un plus petit sur lequel on déposait le pain et le vin offerts par les fidèles pour le saint Sacrifice. Cet autel est remplacé dans nos églises par les crédences ; c'est là qu'on met encore les burettes. Les clercs seuls pouvaient entrer dans le sanctuaire : de là vient qu'on appelait ce lieu inaccessible et sacré.

L'autel était ordinairement à l'orient ^ Nos pères

' Hcma vcl sancluarium, — ' Homil. m, in Ephes.

^ «Jamais TtgUse, dit M. l'abbé Pascal (IcUre à M. Didron), n'a prescrit avec 8('\('Tiic de diriger les temples vers l'orient... Saint Paulin, qui vivait au quatrième siècle, reconnaît que l'usage le plus ordinaire est celui de diriger lei églises vers l'orient; mais il est si éloigné de voir dans cette coutume une

dans la foi, regardant notre Seigneur comme le véritable soleil du monde , comme l'Orient d'en haut, plaçaient leurs autels et se tournaient pour prier du côté de Torient, afin de marquer leur espérance et leur foi.

Sous Tautel était une grotte souterraine appelée crypte \ dans laquelle reposait le corps d'un ou de plusieurs martyrs ; sur Tautel, des flambeaux allumés; sur les cotés de l'église, des peintures murales, des tableaux et des chapelles ; enfin la partie de l'église derrière Tautel se terminait en rond, en sorte que la forme de nos églises est celle d'une niche : tout autant de souvenirs des Catacombes. Souvenirs sacrés si jamais il en fut ; chaque jour encore nous les avons sous les yeux , et peut-être n'ont-ils jamais rien dit à notre cœur. Qu'il n'en soit plus ainsi ! l'ignorance, du moins, ne nous servira plus d'excuse. Un mot sur chacun de ces souvenirs si vénérables.

Commençons par la crypte. Dans un grand nombre d'anciennes églises, on voit encore sous Tautel principal une crypte ou chapelle souterraine : c'est un souvenir des Catacombes. En effet, c est dans les grottes souterraines de ces vastes cimetières que nos pères dans la foi

règle liturgique qu'il fait en mCme temps construire àïyr un temple chrétien, qu'il tourne tout juslemciit dans une direction opposée, du levant au couchant. Ainsi donc, usage ordinaire, tant qu'on voudra; mais règle invariable, jamais. Je vais ix présent (onsialer un fait d'une assez grande importance. La plus auguste église du monde catholique, la cathédrale des cathédrales, Saint- Jean-de-Latrau, le type de tous les temples du christianisme, vers quel point cardinal est-elle dirigée? vers le couchant. La magnifique basilique de Saint- Pierre, la première collégiale de l'univers, étend ses vastes nels et sa longue ab»idc vers le couchant. L'antique église de Saint-Clément prolonge ses trois absides vers le même point cardinal. Ce serait donc fausser l'esprit de l'Église que de faire regarder comme règle constante et absolue ce qui jamais n'a été que de pure convenance et facultatif. • » Crypta, caverne, fosse, souterrain.

ollVaienl les saints mystères. Quand il leur fut permis de bàlir des églises, ils conservèrent autant qu'il tut en eux les souvenirs de ces temps d'épreuves et de vertus. Pour montrer ce que nos superbes basiliques ont emprunté aux Catacombes, jetons un rapide coup d'œil sur cette multitude de petites églises aujourd'hui enfouies dans les entrailles de Rome. Creusées dans le tuf, elles sont en général plus longues que larges ; au fond, terminé en forme circulaire et surmonté d'une voûte en forme d'arc \ est le tombeau d'un martyr.

On appelait ce tombeau autel ^ parce que c'est sur la table de marbre ou de pierre qui le recouvrait et qui s'avançait en saillie qu'on offrait le saint Sacrifice. Il s'appelait aussi con/es5ion, parce que le martyr, en mourant, avait confessé sa foi ; ses os étaient là pour la confesser encore et lui rendre témoignage ^. Dans quelques-unes de ces petites églises, on trouve encore en place, audevant du tombeau du martyr , une dalle de marbre percée à jour, et posée comme une espèce de grille : premier modèle des balustrades placées dans les temples chrétiens au-devant de fautel principal, et dont l'intention originaire devient évidente d'après l'observation des Catacombes. Il est clair, en effet, qu'elle a eu pour objet de mettre les restes sacrés recueillis dans la tombe, à Tabri des atteintes d'un zèle trop ardent ou irréfléchi, et d'inspirer plus de vénération pour le lieu où ils reposent.

' Monumentum arcualum.

2 En Italie, les autels ont fini par porter exclusivement le nom de confession. Ainsi on dit la confession de saint Pierre pour désigner Taulel et le tombeau du Prince des Apôtres. Quelquefois l'autel, c'cst-h-dire le tombeau, est détaché du fond et plac<' au centre de la grotte. De la sont venus les autels à la romaine, c'est-i-dire les autels avancés dans le sanctuaire et autour desquel» on peut circuler.

A Rome, les églises ont été bâties sur ces églises souterraines : l'autel de la grotte répond au point central de r intersection de la nef et de la croisée ; l'abord du souterrain où il est placé et auquel on descend par des degrés est fermé par une grille. C'est au-dessus de ce souterrain et au niveau du sol de l'église qu'est placé un second autel, servant à la célébration de la Messe : il rappelle par sa forme et par sa position même, directement au-dessus de l'autel souterrain ou du tombeau , son origine sépulcrale et sa première destination, comme le caveau auquel il répond témoigne du lieu d'où il est sorti. Presque toutes les anciennes basiliques de Rome, bien que reconstruites dans les temps modernes avec plus ou moins d'éclat et de magnificence, offrent ce trait essentiel des monuments du culte primitif.

Nous n'en citerons ici qu'un exemple. Entre les églises de la plus ancienne époque, une des plus remarquables à tous égards est Téglise dédiée à sainte Prisque, fille d'un sénateur romain, baptisée par saint Pierre lui-même. Ayant été mise à mort pour la foi, son corps fut déposé dans un cercueil qui a la forme d'un autel antique. Ce tombeau de Prisque fut placé au centre de sa propre chambre, dans le palais de son père, dont on voit encore aujourd'hui les restes sur le mont Aventin. Cette chambre, avec le tombeau qu'elle renfermait, devint ainsi une espèce de petit temple funèbre ; et lorsque plus tard on construisit au-dessus l'église qui existe encore, elle en forma la eonfcssion souterraine*.

Ainsi, cet édifice intéressant présente tout ce que l'on trouvait dans les Catacombes : un tombeau servant d'autel^ une chapelle souterraine ^ et enfin une église su-

I Voyez la description de cette t^gli^c dans les Tiois Rome, t. ii. VII. 4

périeurc; monuments nés les uns des autres, et où le culte des morts se lie, par un rapport intime, avec celui de la Divinité, de même que le Christianisme s'y unit malôriellement à l'antiquité, par la construction même de cette église élevée sur les fondements d'un palais

romain*.

La Religion a tant de respect pour les usages de ses jours naissants , que tous ses autels sont en forme de tombeau, et que dans les autels il y a une ou plusieurs cavités appelées tombeaux^ où sont renfermées les reliques de quelque Saint : il n'y a pas d'autel sans reliques. Ordinairement le tombeau est placé au milieu de l'autel; c'est là-dessus que repose, après la consécration, Jésus-Christ immolé à la gloire de son Père. Ainsi dans un espace d'un pied carré, l'Église, votre mère, réunit tout ce qu'il y a de plus puissant pour toucher le cœur de Dieu, N. S., et les martyrs immolés pour sa gloire. Elle ressemble à une veuve qui, pour obtenir une grâce, s'en irait trouver le prince, et, lui présentant d'une main les ossements de ses fils, et de l'autre le corps de son époux mort pour le service de l'État, lui dirait : « Voilà mes titres à vos faveurs ! » Est-il un prince dans l'univers qui refusât à cette veuve l'objet de sa prière? Dieu serait donc moins qu'un homme s'il n'exauçait l'Église quand elle lui présente dans nos saints mystères et le sang de son époux et les ossements de ses enfants.

PRIÈRE

0 mon Dieu ! qui êtes tout amour, je vous remercie d'avoir voulu vous choisir une demeure parmi les hom-

' Raoul Rocbelte, Tableau des Catacombes,

mes; faites-moi la grâce de venir toujours à l'église avec un grand sentiment d'amour, comme un enfant qui vient dans la maison de son père.

Je prends la résolution d'aimer Dieu par-dessus toutes choses, et mon prochain comme moi-même pour l'amour de Dieu ; et, en témoignage de cet dimouv, je prendrai de l'eau bénite avec beaucoup de respect.

6i CATlfXHISMK

IV*^ LEÇON

LE CHRISTIANISME RENDU SENSIBLE

Suite de la description de nos églises. — Flambeaux. — Chapelles latérales. — Peintures. — Décorations. — Cloche. Son baptême. — Pourquoi on la sonne dans les orages. — Harmonie des cloches avec nos sentiments.

Continuons à expliquer les souvenirs des Catacombes encore vivants dans nos églises. Ne pas les comprendre serait tout à la fois un malheur et une honte : un malheur, puisque les choses les plus capables de pénétrer notre àme d'un respect religieux et d'affermir notre foi, en remettant sous nos yeux et les usages, et les vertus, et les épreuves de nos pères, seraient pour nous comme si elles n'étaient pas. Au lieu d'être saisis d'un frémissement religieux en franchissant le seuil sacré, nous entrerons dans nos églises comme dans un édifice ordinaire. Une honte; oui, honte à Tenfant qui ne comprend ni les détails, ni la disposition de la maison paternelle; qui ne peut ni justifier la sagesse de ses aïeux dans la distribution de l'édifice qu'elle lui a légué, ni rendre compte des usages qu'elle a établisjet qu'il pratique lui-môme sans savoir pourquoi I Que dis-je! il ne les pratiquera pas longtemps : quand un livre est écrit dans une langue inconnue, on le laisse à d'autres, ou bien on le jette dans un coin obscur, abandonné à la poussière et aux vers; mais on n'y touche plus. N'estce pas une des raisons pour lesquelles nos églises sont devenues désertes et nos cérémonies un spectacle muet, insipide, ridicule peut-être aux yeux de plusieurs?

Or, après avoir parlé"clans la leçon précédente de la crypte, de l'autel et de la balustrade, il nous reste à rendre raison des flambeaux, des chapelles latérales et des peintures qui décorent nos églises, nouveaux souvenirs des Catac^3i bes.

1° Les /lambeaux. Obligés de fuir la lumière du soleil, nos pères y suppléaient, dans les souterrains qui leur servirent si longtemps de retraite et de temple, par des lampes et des flambeaux. Ces lampes se trouvent par miniers dans les Catacombes. Elles s'y rencontrent placées de deux manières difl'érentes, qui se rapportent certainement aussi à deux intentions distinctes. Les premières sont insérées dans de petites niches ou fixées sur des espèces de petites consoles en saillie le long des corridors, ou bien encore suspendues par une chaîne à la voûte des murs des chapelles. Tout prouve qu'elles servaient à guider la marche des fidèles et à éclairer les cérémonies rehgieuses qui se pratiquaient dans ces souterrains. Les secondes sont attachées en dehors des tombeaux sur lesquels on célébrait les saints mystères, quelquefois même déposées dans l'intérieur des sépultures, comme un svmbole d'immortalité. Cette intention ne saurait être révoquée en doute, puisqu'elle est dérivée de l'usage suivi dans les funérailles chrétiennes'. Cet usage des lampes s'est conservé parmi nous sous une autre forme, au moyen des cierges allumés dans la cérémonie des obsèques.

Les lampes de la première et de la seconde classe sont, pour la plupart, de terre cuite, quelques-unes de bronze; il s'en est aussi trouvé d'argent ou même d'am-

' Cet usage est attesté par saint Jérôme : Cum alii cereos lampadesque, aiii choros psaUcnlium ducaent. Voyez Bottari, t. m, p. 07 et 68.

bro. Elles ont généralement la forme de barque, parce que chez nos pères, la barque était un des symboles les plus populaires de TÉglise. Nous n'en citerons pour exemple qu'une belle lampe trouvée récemment dans les Catacombes. Elle est en forme de barque et porte deux personnages, saint Pierre assis au timon, et saint Paul debout, à la proue, prêchant l'Évangile. Le plus grand nombre de ces lampes sont ornées de figures symboliques : des palmes, des couronnes, des agneaux, des colombes, des poissons, des candélabres. Le plus souvent, c'est le chiffre de notre Seigneur. De là est venu r usage de graver sur les pieds de nos chandeliers d'autel les attributs, le chiffre ou la figure de notre Seigneur et de la sainte Trinité.

La vue de nos cierges nous reporte donc à dix-huit siècles, au temps des persécutions, dans le berceau même du Christianisme. Cette vue ne dira-t-elle rien à notre cœur? Elle nous reporte même beaucoup plus haut, car l'usage des flambeaux, des candélabres, comme partie du culte divin, remonte au temps de la loi mosaïque. Héritière de toutes les cérémonies immortelles de la Synagogue, aussi bien que du dogme et de la morale révélés dès l'origine du monde, l'Église ca^/ioliqîw a conservé à toutes les générations l'histoire toujours présente du passée

Les lampes étaient employées non-seulement pour dissiper les ténèbres, mais encore pour manifester la joie et la reconnaissance des bienfaits de Dieu. C'était aussi, comme figure de notre Seigneur, la vraie lumière du monde. « Nous ne célébrons jamais les saints mystères, dit un ancien, sans employer les flambeaux. Ce

' Sur les lampes, les peintures, etc., voyez notre Histoire des Catacombes.

n'est pas pour dissiper les ténèbres de la nuit, puisque nous disons la Messe au grand jour, mais pour figurer celui qui est la lumière incréée sans laquelle nous tâtonnons en plein midi ^ »

2" Les chapelles latérales. Voici un autre souvenir des Catacombes. Nous avons vu qu'au fond ou presque au fond de ces souterrains était un tombeau de martyr servant d'autel pour le saint Sacrifice. Les parois latérales des grottes sont remplies de petites niches^ contenant le corps d'un ou de plusieurs martyrs. Telle est l'origine certaine et la forme primitive des chapelles latérales de nos églises chrétiennes : elles sont comme autant de petites niches avec la voûte cintrée et les reliques de leur martyr. Il est constant, en effet, que la distribution de ces chapelles étrangères au plan des temples antiques n'a pu être empruntée qu'aux Catacombes, alors que l'Église, désormais assurée de sa victoire, transportait dans ses temples les monuments de ses persécutions, et les y plaçait de manière à rappeler, avec la forme et avec la disposition primitive de ces monuments, les souvenirs toujours si puissants sur la piété de ces temps d'épreuves et de misères où les cimetières servaient d'églises, où les tombeaux servaient d'autels, et où le sang des martyrs, suivant l'expression heureuse et consacrée de Tertullien, devenait la semence de nouveaux chrétiens \

* Microlog. c. 11. — » Loculi.

' La nécessité de perpétuer le souvenir des Catacombes a été telle, que les architectes, plutôt que ilc le sacriûer, ont mieux aimé déroger aux règles de leur art dans la construi lion de nos églises. In inconvénient pour l'archilecture, dit M. Haoui Rochelle, c'est la mulliplicalion i\€s petites chapelits latérales au sein des églises chrélieunes, en raison des con/Vsii'on.* particulières ou mémoiras des martyrs, dont le culte s'associait à celyi du Saint principal ou

r,f» CATÉCHISME

C'est encore pour la môme raison que les églises anciennes sont peu éclairées. En même temps que leur jour sombre favorise le recueillement, il rappelle Tobscurité mystérieuse des Catacombes. Et maintenant, quand nous serons dans nos églises, toute cette enceinte de tombeaux , tous ces martyrs qui nous environnent ne diront-ils rien à notre cœur? L'église pourra-t-elle encore n'être pour nous qu'un lieu profane, indiflerent, muet?

3" Les peintures. Les tableaux , les images sont des livres éloquents. Tout ce que nous voyons de nos yeux fait sur nous une impression plus vive que les paroles : c'est l'expérience de tous les siècles et de tous les pays. Aussi les premiers Chrétiens s'empressèrent-ils de peindre les sujets appropriés à leur pénible situation. L'Ancien et le Nouveau Testament, les combats de leurs frères morts pour la foi furent une mine féconde dont ils tirèrent tout le parti qu'on pouvait attendre d'hommes pauvres et ensevelis dans des souterrains obscurs. Mais quand on pense à la main qui les traça, aux lieux, aux circonstances où elles furent exécutées, que ces premières ébauches de l'art chrétien sont vénérables!

Voici les principaux sujets qu'on trouve encore sur les

patron. Cet usage, né avec Vf.^Wse elle-même dans le sein des Catacombes, cul sur la disposition générale des basiliques chrétiennes une influence plus décisive qu'aucune dos circonstances puisées dans le génie môme du culte. Pour tant de mémoires de martyrs, dont le nombre s'accrut insensiblement hors de toute mesure, de toute proportion dans le même temple, il fallut nécesîjlremcnt ouvrir dans les nefs latérales des chapelles particulières, qui devinrent autant de monuments indépendants au sein du monument principal, et, si on peut le dire, autant de basiliques construites dans les basiliques. II en résulta dans les plans, ainsi que dans les élévations, une interruption fréquente de cis lignes droites qui ne sont pas seulement le principal mérite des œuvres de rarcliitecture, mais encore le principal élément des impressions de grandeur qu'elles produisent. Tableau des Catacombes, p. 91.

parois de nos églises souterraines. Dans l'Ancien Tesl-ament, c'est l'histoire de Jouas; Moïse touchant de sa verge le rocher d'Oreb ; le même Législateur recevant les tables de la Loi; Aoe dans l'Arche; le sacrifice d'Abraham; Adam et Eve; les trois Enfants dans la fournaise; Daniel dans la fosse aux lions; Elie emporté dans le Ciel ; David avec la fronde en main ; Job assis à terre ; Tobie avec le poisson. De tous ces sujets celui de Joîias est le plus fréquemment répété. C'est donc celui qui semble avoir eu pour nos pères le plus d'intérêt , sans doute parce qu'il présentait l'image sensible de la résurrection sous une forme où le merveilleux se trouvait empreint au plus haut degré.

Dans le Nouveau Testament : le Sauveur sur les genoux de la sainte Vierge recevant les présents des trois Mages; assis au milieu des docteurs ; assis au milieu de ses disciples, ou avec les douze Apôtres, ou entre saint Pierre et saint Paul; multipliant les pains; guérissant le paralytique; rendant la vue à Taveugle; ressuscitant Lazare; en Bon Pasteur. Les sujets de ces peintures donnent lieu à une conséquence certainement bien remarquable.

Les Catacombes, destinées à la sépulture des premiers Chrétiens, longtemps peuplées de martyrs, ornées à des époques de persécution, et sous l'empire d idées tristes et de devoirs pénibles , n'offrent cependant de tontes parts que des traits héroïques, dans tout ce qui forme \ai partie historique de ces peintures. Ce sont les patriarches et les prophètes, Abraham, Moïse, Jonas, David , qui en sont les héros en môme temps que leurs imai^^es servent d'exemple aux martyrs et de consolation aux opprimés. En sorte qu'aucun trait , aucun personnage

tiré du domaine de la triste réalité et du temps présent , ne venait distraire les fidèles de Taccomplissement de leurs devoirs pieux ; et qu'à la veille comme au lendemain de persécutions sans cesse renaissantes , ils ne s encourageaient à persévérer dans la foi qu'à la vue de Daniel exposé aux lioîis , ou des trois EnfaïUs dans la fournaise , et non à l'aspect des Chrétiens livrés comme eux aux feux du bûcher ou aux animaux du cirque.

La partie décorative de ces peintures n'est pas moins remarquable dans tout ce qui la constitue. Rien que des sujets aimables et gracieux , des images du Bon Pasteur, des représentations de vendanges ^ des scèries pastorales , des agapes^ des figures àe chrétiens en prière , des palmes, des couronnes, des agneaux, des cerfs , des colombes, en un mot, rien que des motifs de joie, d'innocence et de charité '.

Telles sont les peintures des Catacombes , peintures généralement si pures, si aimables dans leur objet et dans leur intention , où il semble que TÉvangile ne dût jamais rencontrer d'ennemis et d'adversaires , quand il s'y montre si indulgent et si humain , où le martyre ne se reconnaît qu'à la prière, où le Christianisme enfin ne se révèle que par des symboles de paix, d'innocence et de charité.

Dans les âges suivants, lorsque les martyrs appartinrent à l'histoire, leurs combats et leurs triomphes devinrent le sujet ordinaire de nos peintures sacrées. Il en fut de même des actions mémorables de tous ces martyrs de la paix y c'est-à-dire de tous ces saints dont la vie, consacrée à la pénitence, au bien de leurs frères, à la propagation de PÉvangile, fut un long crucifiement de

' Tableau de» Catacoinbe», p. 185.

la chair et de ses convoitises. Tels sont les modèles que l'Église expose aujourd'hui au respect et à l'imitation de ses enfants; cet usage remonte à la plus haute antiquité '.

Si nous avons admiré le génie du Christianisme dans les peintures des Catacombes , les peintures de nos églises nous offrent un autre sujet de l'admirer encore. En plaçant dans l'enceinte sacrée les tableaux des Saints, l'Église catholique rappelle à ses enfants la communion sublime et touchante qui existe entre eux et les bienheureux habitants de la Jérusalem d'en haut; elle nous montre les Saints comme présents aux prières de la terre; elle les établit les premiers protecteurs des peuples qu'ils ont édifiés par leurs vertus; elle les considère comme toujours intéressés à l'accroissement de la justice et de la paix parmi les hommes.

Jusqu'à l'Évangile, chaque peuple avait réservé ses hommages aux héros de la patrie; dans le culte catholique, le vrai juste est honoré en même temps de toutes les nations ; sur nos autels, la vertu n'a plus qu'une seule patrie ; elle y est indépendante des lois, des mœurs, des usages; toutes les distinctions de nation, de fortune, de naissance, de talents sont oubliées; l'anachorète de la Thébaïde , le Pontife romain, l'empereur et le simple berger, le vieillard de cent ans et la jeune vierge à peine adolescente s'y trouvent sur le même rang; tous les âges, tous les pays, toutes les conditions y sont représentés; et dans cette galerie de famille, la vertu est ce qu'elle doit être , le patrimoine de l'univers , et l'exemple du juste devient profitable à tout le genre humain.

Ce n'est pas seulement par la réunion de tous ces

' Greg. Nyss. Orat. de iMudib. Ttieodor. et Paulin. Nol. Natal. !• de Ornai, ecct.: Greg. lib. ix. epist. 9, et Greg. Kaz. epfst. xux.

Saints que rÉglisenous dit: Jesuis catholique, à moi appartiennent les vraies vertus de tous les âges, car c'est moi qui les inspirai ; c'est encore par l'ensemble des ornements qu elle emploie à la décoration de ses temples.

Je suis catholique : voilà ce qu'elle nous dit encore par toutes les créatures inanimées , ces ceps , ces feuilles de vigne , ces épis de blé , ces fruits , ces arbres , ces Heurs de toute espèce qui ornent les murailles du temple saint ; toutes les parties de la création s'y sont donné rendez-vous pour louer Dieu à leur manière , et c'est la main puissante de l'Église catholique qui les a réunies.

Je suis catholique : voilà ce que l'Église continue de nous redire par cette variété de figures étranges de divinités païennes qu'elle place dans la construction de nos anciennes basiliques. Partout les dieux païens paraissent en vaincus; ici ils soutiennent, sur leurs épaules affaissées, de lourdes masses; là, sous formes d'animaux hideux, ils servent de conduits à la pluie. Les vices euxmêmes y tiennent leur place, et par leur aspect horrible ils excitent la risée ou le dégoût des spectateurs. Le Christianisme se montre ici en vainqueur qui traîne à son char ses ennemis vaincus , et qui perpétue de génération en génération le souvenir de son triomphe. Après avoir inondé la terre du sang chrétien, Dioctétien et Maximien avaient, il y a (juinze cents ans, élevé deux colonnes de marbre pour immortaliser la prétendue victoire du Paganisme sur le Christianisme. Dioctétien et Maximien ne sont plus ; leurs colonnes sont tombées ; le Christianisme est debout; les dieux païens lui servent de marchepied , et ses temples , monuments de sa victoire, ont déjà plus de durée que l'empire des Césars.

Je suis catholique, je suis immortelle; à moi l'empire

des siècles, le monopole des vraies vertus ; à moi la victoire sur le Paganisme : voilà ce que nous dit l'Église par les peintures et les ornements de ses temples. Ces choses admirables auxquelles il faut joindre toutes ces pierres si délicatement travaillées , toutes ces dentelles de marbre, toutes ces fines découpures , tous ces vitraux où la perfection de l'art le dispute à la variété des sujets, à la richesse, à la solidité , au moelleux des couleurs ; toutes ces gracieuses colonnettes , toutes ces aiguilles qui s'élancent vers le ciel, tous ces innombrables chefs-d œuvre où la foi , le génie de Tadoration , de la prière et de l'amour semble dire à Dieu : Jai fait tout ce que j'ai pu pour vous honorer; si je n'ai pas mieux fait, ce ri est pas ma faute : toutes ces choses , dites -moi, ne pourront-elles porter dans votre esprit une pensée de foi, dans votre cœur un sentiment d'amour et d'admiration? Ah ! s'il en est ainsi, je n'ai plus rien à vous dire, je me contente de vous plaindre, de vous plaindre comme on plaint un aveugle, un sourd, un paralytique, un mort.

Quittons l'église pour un instant seulement, car bientôt d'augustes cérémonies vont nous y rappeler, et parlons de la cloche.

4° Les cloches. L'usage des cloches est fort ancien dans l'Église, il remonte certainement au delà du huitième siècle. Quel est l'inventeur des cloches? Plusieurs prétendent que c'est le pape Sabinien , successeur de saint Grégoire-le-Grand \ On croit que les premières cloches ont été fondues dans la Campanie , province d'Italie : de là le nom de campanœ^ qui leur fut donné pour distinguer ces grandes cloches des sonnettes con-

« Polyl). Virg. lib. de tnvcntorib. rcrutn. Id. Omiplir. F.pist. summ. Pont>'f^

nues depuis longtemps'. Pendant les trois premiers siècles , les Chrétiens , obligés de se cacher pour fuir la persécution, n'avaient aucun signal public pour s'appi^ier aux saints oftices ; il est probable qu'ils s'avertissaient mutuellement en secret , ou qu'on annonçait publiquement dans les assemblées le jour et Theure de la réunion suivante. Lorsque la paix fut donnée à TÉglise, sous Constantin , et qu on eut construit de vastes basiliques , il y eut sans contredit un signal public pour convoquer les fidèles. On croit que c était le retentissement de planches fort minces frappées avec des maillets , ou bien d'énormes crécelles de bois , plus fortes que celles dont on se sert encore à présent les trois derniers jours de la Semaine Sainte.

Dans certains monastères on se servait de trompettes; dans d'autres c'était en chantant V Alléluia qu'on s'invitait à roilice "^ ; enfin , Tusage des cloches devint général en Occident , d'où il passa insensiblement à l'Église orientale. Aussitôt que les cloches furent inven-

*■ Cloche vient de rallcmaiid clocke ou glocke. Ce mot semble exprimer le son de rinslrumeut. Les souueltcs ue servaient point à appeler le peuple à la prière. A ce propos, le grave cardinal Bona rapporte, d'après Strabon, une plaisante anecdote. Un joueur de luth arriva dans une Ile de la Grèce pour y faire preuve de son talent. Tout le peuple se rassemble autour de l'artiste ambulant et se préparc à l'écouler; mais à peine a-t-il tiré quelques sons de «on instrument qu'on entend le bruit d'une clochette, et la foule de se sauver à toutes jambes. Au pauvre musicien il ne resta qu'un auditeur, dont rorellle était un peu dure. « Je vous féliciie et vous remercie, lui dit l'artiste, d'être resté seul pour m'écouter; mais pourquoi, dans votre pays, se sauve-t-on k)rsqu'on entend le bruit d'une clochette? — La clochette a donc sonné? reprit le sourd. — Oui. — J'ai bien l'honneur de vous saluer; • et il se mit à courir de toutes ses forces en criant au musicien désappointé : « C'est le marché du poisson *. •

' Duraniu», de Uilib. Eccl. catliol. lib. I, C. 21.

• lier. UluTg. lib. I, c. 2i, p. 192.

tées , il fallut leur bâtir des tours élevées , afin que leur son fût entendu de plus loin. On plaça sur la plupart de ces tours une pyramide surmontée d'un globe , audessus duquel on arbora la croix ; sur la croix on mit un coq, emblème populaire qui indique Tusage des cloches dans l'Église. Aux Pasteurs , il rappelle la vigilance; aux fidèles, le zèle pour la prière , l'ardeur pour le travail * ; de même que la croix , placée sur le globe de la pyramide, annonce au Ciel et à la terre la victoire de Jésus-Christ sur le monde.

Comme tout ce qui sert à son culte , l'Église bénit la cloche : cette bénédiction s'appelle baptême. Ce n'est pas qu'elle croie la cloche susceptible d'une vertu intérieure et d'une véritable sainteté ; mais son intention est de la retirer de Tordre des choses communes, et d'annoncer qu'élant une fois consacrée au service du Seigneur, elle ne peut plus être employée à d'autres usages sans une espèce de profanation ; elle veut encore rendre mystérieux et saint l'instrument et le son qui doivent convoquer les Chrétiens à tout ce qu'il y a de plus saint sous le ciel , la parole de Dieu , les offices , l'assistance et la participation à nos augustes mystères.

La cloche est la trompette de l'Église militante*; elle doit sonner pour toutes les circonstances remarquables de la vie : de là cette variété de prières et de cérémonies par lesquelles on la bénit. Elle doit sonner au baptême , et on la purilie avec de l'eau bénite ; elle doit sonner les combats de notre vie depuis le jour où nous entrons

' Dona, ner. liturg. lib. i, c. 22.

inslaïuis quod sifjna canens , det Gallus Eoi, Kt revocet famulas, ad nova pensa manus.

Alciatiu, in Emblemate.

' Concil. Colon, c lu.

dans la lice sacrée par la Confirmation , jusqu'à celui que nous rendrons sur notre lit de mort : voilà pourquoi ou lui fait des onctions réitérées avec le saint chrrme et l'huile des infirmes ; elle doit sonner Tauguste Sacrifice, voilà pourquoi on la parfume d'encens; elle doit nous rappeler sans cesse Jésus crucifié, auteur et consommateur de notre foi : voilà pourquoi on répète si souvent, durant la cérémonie, le signe sacré de la croix. On donne à la cloche le nom d'un Saint ou d'une Sainte : cette idée est pleine de charmes. Nos pères ont cru que la piété serait plus active, plus joyeuse, plus fidèle , si on supposait que c'est un Saint ou une Sainte qui nous appelle à l'église \

Lorsque la cloche est bénite, le Prêtre ou lÉvêque, le parrain et la marraine la sonnent doucement par trois fois, comme pour lui donner sa mission. On couvre la cloche d'un linge blanc jusqu'à ce qu'on la monte au clocher, à cause du respect qu'on doit au saint chrême ; et Tofiîciant, ayant fait sur elle le signe de la croix, se retire à la sacristie.

Dans une des prières de la bénédiction, le Prêtre dit : « 0 Dieu, qui, par Moïse, votre serviteur, avez commandé de faire des trompettes d'argent, afin que, par la douceur de leur son , le peuple fut averti d'aller au sacrifice et de se préparer à vous prier, faites que ce vase qu'on destine à votre Église soit sanctifié par votre Saint-Esprit, afin qu'étant frappé et rendant un son mélodieux et agréable à l'oreille de vos peuples, leur foi et leur ferveur s'augmentent de jour en jour; que les embûches de leurs ennemis, le bruit des grêles ^ les orages, les loiirbiilons et la violence des tempêles soient dissi-

' Boiia , id.

DE PERSÉVÉRAiNCE. 65

pés; que les [adieux ejfets du tonnerre soient détournés ; retenez par votre main toute-puissante les ennemis de notre salut, et faites quen entendant cette cloche, ils tremblent à la vue de la croix de Jésus-Clirist , au nom de qui tout genou fléchit au Ciel, sur la terre et dans les enfers. »

Nos savants et spirituels philosophes se sont beaucoup moqués de la simplicité de nos aïeux , qui sonnaient les cloches pour détourner les orages. Sonner la cloche , disent-ils doctement , c'est ébranler la colonne d'air, c'est appeler la foudre. Oui, vous raisonnez peut-être juste, vous qui ne voyez dans le son de la cloche qu'un son matériel ; mais si vous y voyiez ce que nos pères y voyaient, ce que 1 Église catholique^ qui en sait plus que vous, y voit elle-même, une prière, un cri d'alarme, une supplication pressante adressée au maître du tonnerre, vous deviendriez peut-être plus réservés. Or, le son de la cloche était une prière vocale : la bénédiction de lÉglise citée plus haut vous Tindique. Si vous vous en moquez, vous moquerez-vous aussi de Dieu lui-même? Ne dit-il pas en propres termes que le bruit des instruments, le son des grandes voix, Téclat des trompettes, excitent sa miséricorde? Vous sonnerez de la trompette y vous pousserez de grands cris^ et votre souvenir viendra en la présence du Seigneur, votre Dieu , et rous serez délivrés des mains de vos ennemis ' .

Si le progrès des sciences vous permet de détourner la foudre sans recourir à la prière , rendez-en gloire au Dieu des sciences qui vous a fait retrouver une partie de Tempire du premier homme sur les créatures ; mais

' Num. \\ Durandus, lib. I, c. 22, n. !i, VII. 5

66 CATECHISMK

ne vous moquez pas de vos aïeux, qui recouraient à la prière pour atteindre le même but.

Que dire de toutes les impressions que produit le son de la cloche sur Thomme et sur le Chrétien? Ce son a une foule de relations secrètes avec nous. Combien de fois, dans le calme des nuits, les tintements d'une agonie , semblables aux lentes pulsations d'un cœur expirant , n'ont-ils pas effrayé le coupable qui veillait pour le crime ! Des sentiments plus doux s'attachent aussi au bruit des cloches. Lorsque, avant le chant de l'alouette, en entend, au lever de l'aurore, les petites sonneries de nos hameaux , on dirait que 1 ange des moissons , pour réveiller les laboureurs , soupire sur quelque instrument des Hébreux l'histoire de Séphora ou de Noémi. Les carillons des cloches, au milieu de nos fêtes, semblent augmenter l'allégresse publique ; dans les calamités, au contraire, ces mômes bruits deviennent terribles. Les cheveux se dressent encore sur la tête au souvenir de ces jours de meurtre et de feu, retentissant des clameurs du tocsin.

Tous les sentiments que fait naître la sonnerie de nos temples sont d'autant plus beaux, qu'il s'y mêle un souvenir du Ciel, un souvenir de charité et de religion. Depuis la clochette qu'un homme agitait dans les rues de nos villes pendant la nuit qui précédait nos fêtes, en répétant ces paroles : « Eveillez-vous^ gens qui dormez , priez pour les trépassés, » jusqu'à la cloche du hameau solitaire , qui sonne le couvre-feu pour avertir le voyageur égaré dans les montagnes et les forêts d'alentour, et au bourdon qu'on sonne la nuit dans certains ports de mer pour diriger le pilote à travers les écueils ; toutes les cloches se marient avec notre situation présente , et

portent tour à tour dans notre àme la tristesse, la joie , Tespérance , la frayeur religieuse. D'où vient ce mystère ? C'est que les cloches sont essentiellement religieuses. Si elles étaient attachées à tout antre monument qu'à nos églises, elles perdraient leur sympathie morale avec nos

cœurs '

PRIERE

0 mon Dieu î qui êtes tout amour , je vous remercie d'avoir conservé dans nos églises tant de souvenirs si propres à exciter notre piété en aflermissant noire foi. Faites-nous la grâce de ne plus être sourds à toutes ce& voix qui prêchent la vertu et votre amour.

Je prends la résolution d'aimer Dieu par-dessus toutes choses , et mon prochain comme moi-même pour l'amour de Dieu ; et , en témoignage de cet amour , f entrerai dans V Église avec le plus profond respect.

' f'&y«3; Génie du Cbrisiiaii. iv* part.

V^ LEÇON

LE CHRISTIANISME RENDU SENSIBLE

Des bénédiclions en général. — riincipos sur lesquels elles reposent. — Enseignement qu'elles nous donneni. — Leur antiquité. — Leurs effets. — Ceux qui ont le pouvoir de bénir. — Cimetière. — (.imelièrcsprès des églises; sentiments qu'ils inspiren». — Hénédiciion du cimetière.

Puisque nous venons de rapporter la bénédiction de la cloche, et que nous allons bientôt expliquer celle du cimetière , c'est ici le lieu de parler des bénédictions en général.

I. Bénédictions. — Pour comprendre quelque chose aux bénédictions de l'Église , il faut se rappeler plusieurs vérités certaines. l"Les créatures, étant Touvrage d'un Dieu bon , sont sorties bonnes de ses mains : c'està-dire parfaitement appropriées au dcxible but de leur existence , la gloire de Dieu et le bien physique et moral de r homme. 2° Les créatures ont été viciées par le démon, lorsque, souillant l'homme, il souilla toutes les choses qui dépendaient de lui. En conséquence, les créatures, sous l'influence du malin esprit , ne servent plus , comme auparavant, à la gloire de Dieu et au bien de l'homme. Toutes sont devenues des instruments de péché et de mort ; elles gémissent de ce dur esclavage , de cette tyrannie injuste qui arrête leurs hommages et les empêche d'accomplir leur vocation. Aussi, nous dit Tapotre saint Paul, elles soupirent après leur délivrance *. 3" Dieu n'a abandonné ni Thomme ni la créature sous Pempire du démon : depuis le jour de la chute , toutes

' Rom. Mil, '22.

DE PERSÉVÉUANCE. 69

ses pensées tendent à délivrer la création. Si nous demandons à son divin Fils pourquoi il est venu sur la terre, il nous révèle la pensée de son Père et la sienne en nous disant : Je suis venu pour mettre à la porte le prince de ce mondcy pour détruire ses œuvres et oter le péché ou le maV . 4" Dieu peut effectivement chasser le démon, soustraire ses créatures à sa maligne influence, et il peut confier ce pouvoir à ses envoyés.

Sur ces grands principes, avoués de tous les peuples, sont fondés le pouvoir et l'usage des bénédictions dans 1 Église catholique. C'est donc pour ramener rhomme et la créature à leur sainteté primitive qu'elle les bénit. Cette bénédiction affranchit graduellement la création jusqu'au moment suprême où , le prince de ce monde étant tout à fait chassé et son influence anéantie , Dieu redeviendra tout en toutes choses -. Alors l'homme sera transformé en un nouvel être ; alors il v aura de nouveaux Cieux et une nouvelle terre ; alors toutes les créatures chanteront, parce qu'elles en seront dignes, le cantique immortel des Anges : Saint, saint, saint est le Dieu des armées, tout est plein de sa gloire.

Vous le voyez, dans une simple bénédiction, l'Eglise nous raconte toute l'histoire du monde : la chute et la rédemption , le paradis terrestre et le Calvaire , le temps et l'éternité. Y avons-nous jamais réfléchi?

Les bénédictions de l'Eglise catholique nous rappellent encore une vérité donl l'oubli est une source féconde d'iniquités et de bassesses : c'est la grandeur et la sainteté de l'homme. Nous ne nous estimons pas assez ; nous ne savons pas assez ce que nous sommes. Images de Dieu, la sainteté même , nous sommes créés pour être

' Jo.TM. Ml, 31 ; ici. I, 29. — ' I Pclr. in, 12.

saints, c csL-cVdire pour être consacrés à Dieu, dégagés (lu mal, aifranchis de la servitude du Méchant. Notre esprit, notre cœur, notre imagination, nos sens sont autant de vases sacrés qui ne doivent recevoir que des (. hoses saintes , des pensées , des affections, des images saintes ; vases sacrés qui ne doivent toucher non plus que des choses saintes.

Pas une de ses bénédictions , par laquelle TÉgiise ne rappelle l'homme à cette noble idée, et ne lui dise : ({ Mon fils, la terre est trop petite pour ton cœur; tu es saint , consacré à Dieu , fait pour Dieu , aspire uniquement au bien qui seul peut te satisfaire; tu es saint, regarde : je bénis les éléments qui sont à tes ordres, Teau, le feu, la terre; je bénis tes aliments, tes prairies, tes champs , tes vignes ; je bénis les animaux qui te servent, parce qu'ils doivent approcher de toi, être en contact avec toi ; je bénis ta dernière demeure , que dis-je ! je la consacre par les mains d'un Pontife, parce que cette terre doit toucher à ta poussière; saint, tu dois, après ta mort, reposer dans une chose sainte, comme lu es né, comme tu as grandi, comme tu as vécu, au milieu des choses saintes. » Cela posé, il vous est facile de comprendre ce que sont dans TÉglise catholique les bénédictions.

Dans la langue de l'Église, bénir une chose signifie la tirer de son état naturel , la séparer des usages communs et ordinaires, la rendre sainte de profane qu'elle était, la dévouer à Dieu et aux cérémonies de la Religion ; en un mot , la déterminer et l'appliquer à des usages pieux et sacrés.

Nous l'avons dit plus haut, après avoir créé l'univers, Dieu le bénit. Ainsi, toutes les créatures sont

DE PERSÉVÉRANCE. Tf

bonnes, et elles ont été appliquées à la gloire de Dieu ou sanctifiées par une bénédiction et une approbation générale : Dieu, dit l'Écriture^ regarda toutes les choses qu'il avait faites, et il les trouva très-bonnes \ Mais le péché, étant entré dans le monde , a gâté et vicié toutes les créatures -. De là, l'indispensable nécessité de les purifier par la parole de Dieu et par la prière, afin d(^ mettre en fuite le démon et paralyser sa funeste influence \ Telle est la raison profondément philosophique des bénédictions.

Aussi les voyons -nous en usage dès l'origine du monde. Dans l'Ancien Testament, Moïse, par une bénédiction que le Ciel lui révèle, rend douces les eaux de Mara^ . Elisée purifie les sources de Jéricho en y jetant du sel tandis qu'il prononçait ces paroles : Voici ce que dit le Seigneur : J'ai rendu ces eaux saines , et elles ne produiront plus la mort". Tobie, par la prière, bénit la chambre nuptiale et en chasse les démons^. On connaît la bénédiction solennelle et pleine de mystères qu'on donnait chaque année à la gerbe nouvelle et aux fruits nouveaux. Avant le sacrifice on imposait les mains sur les victimes, et Ton priait sur l'huile, le froment, etc., pour les sanctifier et les rendre dignes du Seigneur"^.

Notre Seigneur a confirmé par son exemple ce qui se faisait dans l'ancienne loi : il bénit les cinq pains et les deux poissons dont il nourrit un peuple nombreux*; il impose les mains aux malades pour les guérir ; il bénit les petits enfants; il bénit et il oll're à son Père, avant la Cène, le pain et le vin qu'il va changer en son corps et en son sang.

' Grn. 1. — - r.om. xiii. — ^ I Tini. iv. — * Exod. xv. — ^ lY Bec- J, 20 — ^ Tob. Mil. — • Le^lt. passlm. — ^ Matih. mv.

7i CATÉCHISME

Héritière de la doctrine et du pouvoir de Jrsus- Clirist, rÉglise a fait un usage constant des bénédictions. A répoque où elle parut , le démon régnait en prince sur le monde, dont il avait usurpé Tempire : il en infectait toutes les parties. De là , cette croyance des Païens, malheureusement si vraie, quoique mal comprise, que toutes les parties de la nature étaient animées par des esprits ou des génies. Il fallait dire qu'elles étaient souillées, tyrannisées par des démons , et ce qu'il y a de plus fâcheux, les démons, regardés comme les maîtres de chaque créature , recevaient pour cela des hommages qui n'étaient dus qu'à Dieu. Les philosophes euxmêmes soutenaient que les aliments et les autres choses usuelles étaient un présent de ces génies ou démons. Plus tard , les Marcionites et les Manichéens prétendirent que tous les corps avaient été formés par un mauvais principe ennemi de Dieu.

Pour combattre toutes ces erreurs et chasser le démon de son empire , l'Église s'empressa de faiie usage des bénédictions. De là , chez les premiers Chrétiens , les prières et le signe de la croix répétés, à chaque instant, avant de faire usage d'aucune créature; delà, toutes ces admirables formules de bénédictions rédigées par l'Église, et qui remontent jusqu'à son berceau. La plupart de celles dont nous nous servons encore aujourd liui se trouvent dans le Sacrameniaire du pape saint Gélase, qui vivait au cinquième siècle : et ce Pape n'en a pas été le premier auteur. Elles sont usitées chez les diflérentes sectes de Chrétiens orientaux , séparées de l'Église romaine depuis les premiers âges du Christianisme. Saint Paul lui-même parle des bénédictions quand il dit : Toute créature de Dieu est bonne; elle est

sanctifiée j)ar In pai'ole de Dieu et par la prière * . Or, les bénédictions sont des prières destinées à sanctifier, c'est donc ici un usage apostolique.

L'Église, envoyée pour sanctifier le monde et en chasser le démon, a donc le pouvoir de bénir, puisque c'est par la bénédiction que le monde est sanctifié et rendu à son usage primitif. En bénissant, l'Église donne donc une preuve de sa profonde science , en même temps qu'elle continue un usage aussi ancien que la chute de l'homme.

Les effets attachés à ses bénédictions sont ou généraux ou particuliers. Les effets généraux sont : i" de soustraire l'objet bénit à l'empire du démon, et de le délivrer de sa maligne influence; ^"^ de le séparer des choses communes et profanes ; S"* enfin de lui donner la vertu d'exciter des sentiments de foi, d'amour de Dieu et de Religion, et par là d'obtenir la rémission des fautes vénielles.

Les effets particuliers répondent aux intentions de l'Église, et sont différents selon la chose qu'elle consacre et le but qu'elle se propose. Tantôt c'est pour fortifier l'âme contre les tentations et les attaques de l'ennemi du salut, tantôt c'est pour prémunir le corps et le mettre à l'abri des incommodités qui pourraient lui survenir. Elle bénit le feu, pour qu'il ne nuise point à l'homme, mais qu'il devienne pour lui l'emblème de la charité et de la vérité ; elle bénit l'eau, pour qu'elle serve à le purifier ; elle bénit les temples, les autels, les vases du sacrifice, parce que rien n'est assez saint pour le culte du Seigneur; elle bénit la demeure de 1 homme et ses aliments, afin qu'il puisse reposer en

I I Tim. IV.

paix, et prendre avec reconnaissance et sans crainte la nourriture nécessaire à son corps. Elle bénit le bétail, les prairies et les champs, afin de les préserver des maladies et des fléaux qui pourraient les faire périr ou les rendre stériles, et priver le pauvre laboureur du fruit de ses travaux.

Dans les grandes villes, où Ton se débarrasse tant que Ton peut de l'extérieur delà Religion, où Ton traite de dévolions populaires les pratiques les plus louables, on a perdu les touchants usages dont nous parlons. Et en effet, qu'a-t-il besoin des bénédictions de Dieu, le riche usurier ou débauché qui peut-être ne croit pas en lui? Mais le peuple des campagnes, qui se sent plus immédiatement sous la main de Dieu, qui voit souvent sa fortune et ses espérances détruites par un fléau, qui conçoit que rien ne peut prospérer si Dieu n'y met la main, recourt plus souvent aux prières de l'Église, y ajoute de bonnes œuvres, des aumônes, quelque service rendu aux pauvres. Le désir de rendre plus eflicaces les bénédictions qu'il demande conserve ainsi et nourrit en lui les sentiments d'humanité. Avant de se moijuer de lui, les hérétiques et les impies auraient du commencer par prouver en quoi ces bénédictions sont opposées à la vraie philosophie, à la vraie piété, à la confiance en Dieu, à la reconnaissance, à l'obéissance, à la parole de Dieu, et à la croyance universelle du genre humain'.

Quant à ceux qui ont le pouvoir de bénir, ce sont les Évé(îues et les Prêtres. Revêtus de la plénitude du sacerdoce, les Évêques peuvent consacrer et bénir tous les objets qui sont sous leur juridiction. A eux seuls ap-

' Bergier, art. Dincdiction,

partiennent les bénédictions qui sont accompagnées d'onctions, comme la consécration des églises, des autels, du calice et de la patène, le sacre des rois et des reines, la bénédiction des saintes huiles, des abbés, des abbesses et des chevaliers. Il est d'autres bénédictions qui leur sont réservées, celles des linges d'autel , des ornements, des cloches, des cimetières, etc. , mais pour lesquelles ils peuvent commettre de simples Prêtres.

Les bénédictions qui sont de la compétence des Prêtres sont celles des mariages, des fruits de la terre, de Peau mêlée de sel, des cendres, des rameaux, des cierges, etc.

L'effet de la bénédiction ne dépend pas des dispositions de celui qui la donne; car il n'agit pas en son propre nom, mais au nom de Jésus-Christ, dont il n'est que l'instrument. Toutefois, pour lui rappeler à luimême la sainteté dont il convient qu'il soit orné dans cette auguste fonction, il doit être revêtu du surplis, emblème de l'innocence, et de létole, symbole de son pouvoir. Un jeune clerc, image d'un ange, doit l'accompagner, tenant d'une main un flambeau allumé, lii2:urede la charité et de la foi, et de l'autre le bénitier.

En récitant la formule de bénédiction, le ministre sacré tient les mains jointes ou élevées vers le Ciel, pour exprimer la ferveur de la prière et l'ardent désir qu'il a d'être exaucé. Il fait plusieurs fois avec la main le signe de la croix sur l'objet qu'il bénit, pour rappeler que toute grâce vient de la croix, et que ce n'est qu'en vertu des mérites de Jésus-Christ que nous avons part à ses miséricordes; enfin il l'asperge d'eau bénite, pour signifier que, par la prière de l'Eglise, il est sorti du rang des choses profanes, et a obtenu toute la pureté

dont il est susceptible. L'eau bénite répandue sur l'objet est encore le signe extérieur que la bénédiction lui est appliquée. Si on emploie l'encens dans quelque bénédiction, c'est pour demander à Dieu que la prière qu'on lui adresse lui soit d'une agréable odeur et s'élève jusqu'à son trône.

Maintenant que nous connaissons la raison, l'origine et le sens des bénédictions, passons au cimetière : nous n'avons qu'un pas à faire ; car, dans l'intention de la Religion catholique, le cimetière touche à Téglise.

II. Cimetière. Le mot cimetière signifie dortoir. C'est le Christianisme qui, le premier, a donné ce nom au lieu où reposent les défunts* : il y a là toute une philosophie. Aux yeux de l'Église catholique, la mort n'est qu'un sommeil, puisque le lieu où reposent ceux qui ont vécu est un dortoir. Or, le sommeil suppose nécessairement le réveil. Il est désormais impossible de prononcer le nom de cimetière, et qui ne le prononce pas quelquefois? sans exprimer le dogme le plus consolant pour les bons et le plus redoutable aux méchants, le dogme de la résurrection.

Dès le principe, l'Église témoigna le plus grand respect pour les dépouilles mortelles de ses enfants. Ce respect pour les morts est une leçon qui apprend aux vivants à se respecter eux-mêmes; mais, toujours sage, l'Église évita le double excès dans lequel donnaient les Païens. Les Égyptiens embaumaient les morts, les renfermaient dans des cercueils, et les conservaient dans leurs maisons comme un dépôt précieux. L'Église n'eut

« Aille Chrisli adventum mors morti» nomen habcbat, Atpostquam Chrislus vcnlt, el pro miindi viia mortem subiil, non ampliiis vocalur mor», scd somnu? et dormiiio. Chrys. Scnn. de l'arasccv. t. v, p. Û82, (•Jit. Bcned.

garde d'adopter celte recherche excessive, cette curiosité superstitieuse. Les Romains au contraire brûlaient les corps des morts et conservaient seulement les cendres. Cette manière d'anéantir les restes d'un homme dont la mémoire mérite d'être conservée a quelque chose d'inhumain. Encore les Romains n'en usaient-ils de la sorte qu'à l'égard de leurs parents et de leurs amis. Quant à ce peuple d'esclaves qui les environnait, ils le traitaient après la mort avec la même brutalité que durant la vie : les corps des esclaves étaient jetés pélemêle dans de vastes souterrains \ ou abandonnés aux oiseaux de proie.

Ce n'est pas tout encore. La coutume générale chez les anciens, les Egyptiens exceptés, était de placer les tombeaux à la campagne, sur le bord des grands chemins, dans des cavernes solitaires, dans les jardins. L'Eglise catholique adopta des usages bien plus conformes à la raison et bien plus propres à entretenir un tendre souvenir des défunts. Et d'abord elle abolit la coutume de briller les morts. Il est beaucoup mieux de les enterrer et de vérifier ainsi la prédiction que Dieu fit à l'homme pécheur : Tu es poussière, et tu retourneras dans la poussière de laquelle tu as été tiré^. Ensuite elle voulut que les morts fussent réunis dans un même lieu, voisin de son temple, afin de pouvoir veiller sur les générations éteintes, conime une mère veille sur le berceau de son fils endormi.

Que dis-je ! les premiers temples de l'Eglise catholique furent des cimetières : les Catacombes n étaient pas autre chose. C'est au milieu des morts que les vivants s'assemblaient pour prier et olfrir les mystères sacrés.

' Puticuli. — ' ficn. iir.

7à CATÉCHISME

Plus tard, lorsque la paix fut donnée, et qu'il fut loisible de bût il* des temples chrétiens, l'Eglise s'empressa de consacrer un lieu pour la sépulture de ses enfants. Elle voulut quece lieu fut rapproché de son temple, pour conserver le souvenir de son berceau, et apprendre aux hommes qu'une mère n'oublie pas ses enfants môme lorsqu'ils ne sont plus. Cet antique et saint usage, qui veut que le cimetière soit inséparable de l'église, s'est conservé jusqu'à nos jours dans presque toutes les paroisses du monde catholique, mais nulle part peut être avec plus de fidélité que dans la Suisse allemande.

Nous n'oublierons jamais le touchant spectacle qui, d'heure en heure, s'offrait à notre vue en traversant les cantons de Soleure, de Lucerne, de Schwitz. A l'entrée du village, quelquefois si élégant, toujours si propre, vous voyez Téglise , dont vous admirez la beauté, la grandeur, le svelte clocher, avant d'avoir pu reposer votre vue sur les riches décorations de l'intérieur. Le cimetière enceint l'église comme un fer à cheval : l'entrée principale répond à la grande porte de l'église. Après avoir ouvert la grille dorée qui la ferme , vous montez quelques marches en pierre. A votre droite et à votre gauche sont placés deux larges bénitiers; dans l'un et l'autre est un goupillon pour jeter en entrant de l'eau bénite sur les

morts.

Toutes les tombes, couvertes de gazon, forment différentes lignes, parfaitement régulières, séparées par un petit sentier couvert de sable, afin de rendre plus accessible à chacun la tombe qui renferme ce qu'il a de plus clier. Pas un de ces modestes tombeaux qui ne soit surmonté d'une croix en fer d'environ deux pieds d'élévation. Les trois extrémités visibles de la croix sont en

cuivre doré ; au centre est attachée une plaque de même métal sur laquelle sont inscrits les noms du défunt, la date de sa naissance, celle de sa mort , et une prière ou une sentence de TÉcriture.

Lorsqu'aux derniers rayons du soleil vous apercevez de loin ce champ de Dieu , brillant d'une si élégante simplicité, toutes ces croix d'égale hauteur, symétriquement rangées, et dont la couleur noire et jaune se détache si bien sur le vert gazon de la tombe, je ne sais quelle douce mélancolie vous saisit le cœur ; des larmes d'attendrissement vous viennent aux yeux, et des prières sur les lèvres. Les souvenirs de l'antiquité se pressent en foule dans votre mémoire. Vous vous croyez transporté à dixhuit siècles, dans les Catacombes de Rome ; devant vous en est l'image complète. Ici, comme dans la Rome souterraine, vous voyez au milieu l'autel du martyr principal, c'est l'église; devant l'autel, des Chrétiens, à genoux , se préparant au combat par la réception du pain des forts; autour des vivants, une enceinte de morts, qui, de leurs tombeaux, les encouragent en leur parlant de dét.7chement, de couronnes, de repos et d'immortalité. Vous vous réjouissez de trouver l'Église catholique toujours la même, et vous regrettez que Taftaiblissement de la fui, bien plus que l'intérêt de la salubrité publiciue, ait séparé parmi nous le cimetière du temple, et éloigné les morts des regards des vivants.

On dit que l'usage d'inhumer dans les églises ou près des églises est devenu dangereux pour les grandes villes; cette supposition est tout à fait gratuite : jusqu'à ce qu'elle vSoit prouvée, on voudra bien nous permettre de la tenir pour douteuse. Nous y sommes d'autant mieux autorisés qu'elle tend à faire le procès à l'Église catholique,

et qu'elle vient de personnes dont la légèreté, pour ne rien dire de plus, nous est parfaitement démontrée. On voudra bien encore nous permettre de rappeler qu'à Rome on enterre dans les églises' , et que, malgré la chaleur du climat, on ne s'aperçoit pas qu'il en résulte aucun inconvénient. Nous demanderons ensuite si Ton pourrait citer dans Thistoire une seule épidémie produite par Tusage d'inhumer dans les villes. Enfin, nous dirons qu'il est très-bon décarter des villes tous les principes de contagion ; mais, pour être conséquents, il ne faudrait pas y laisser subsister, y bâtir, y doter des lieux de débauche cent fois plus meurtriers que la sépulture des morts. Parmi ceux qui isolent aujourd'hui les cimetières, et qui blâment avec tant d'aigreur Tancien usage de lÉglise catholique, combien, peut-être, qui ne cherchent à éloigner toutes les idées funèbres qu'afin de goûter les plaisirs sans mélange d'amertume et sans remords , et qui veulent pallier cet épicuréisme par des prétextes de bien public !

Quoi qu'il en soit des villes , nous soutenons que dans les campagnes, où l'air joue librement, et où il n'y a aucun danger, il ne faut rien changer à la coutume établie. H est très à propos qu'avant d'entrer dans le temple du Seigneur, les Fidèles aient sous les yeux un objet capable de leur rappeler l'idée de la brièveté de la vie, l'espérance d'un avenir plus heureux , un tendre souvenir de leurs parents et de leurs amis*.

Séparer le cimetière de léglise, c'est rompre une des plus belles harmonies que la Religion ait pu établir; et

« Jusqu'à Toccupailon françaUe on y cnicrrail tout le monde; depuis ou n'y place qu'une panic de la populallon. ' Bergler, art. Cimetière,

cette harmonie mérite bien d être comptée pour quelque chose, car la société y gagne plus qu'on ne l'imagine. Dans un petit espace se trouvent réunies les trois Églises, l Église du Ciel, lEglise de la terre et l'Église du Purgatoire ; n'est-ce pas là une grande leçon de fraternité ? L'Église du Ciel, composée des Anges et des bienheureux dont les tableaux suspendus aux murs du temple rappellent les victoires et la présence invisible, se trouve rassemblée autour de cet autel, tombeau d'un martvr ou d'un Saint, sur lequel s'immole le Dieu qu'elle contemple face à face, et que nous adorons sous les voiles eucharistiques ; l'Église de la terre s'y montre à nos regards, Composée de ce peuple d'enfants, de femmes, de jeunes hommes et de vieillards priant ensemble; lÉglise du Purgatoire tient aussi sa place, composée de nos amis et de nos proches , dont la voix semble sortir de dessous ces tombes sur lesquelles nous prions, pour nous dire avec Job : Ayez pitié de nous , ayez pitié de nous, vous du moins qui fûtes nos amis^ !

Croyez-moi, dans ce siècle de froid égoïsme, d'indifférence glaciale , il est bon de laisser au Christianisme le moyen de rappeler à ses enfants le puissant souvenir de son berceau ; il est bon que le lieu de la prière soit une catacomhe. La prière faite au milieu des tombeaux en est plus recueillie, le rapprochement même entre les mystères de la Religion et ceux de la tombe, le contact en quelque sorte immédiat du temps et de l'éternité, de la cendre des aïeux et de Thomme agenouillé, en face du Dieu immortel des siècles, sur les débris des générations qui ne sont plus, tout cela donne de salutaires pensées.

* Job, XIX, 21.

8i CATÉCHISME

fait naître plus d'un noble sentiment, et inspire plus

dune résolution vertueuse.

Tous les cimetières sont bénits : cet usage remonte à la naissance même du Christianisme. La Religion qui tant de fois bénit Thomme, la Religion qui bénit ses champs, ses prairies , ses aliments, son bétail même et sa maison, pour lui apprendre qu'il est saint , puisque tout ce qui l'environne doit être saint pour entrer en contact avec lui , la Religion bénit aussi et consacre le lieu de sa sépulture, afin de lui rappeler que la mort ne le dépouille pas de sa sainteté , et qu'il continue d'être respectable jusque dans la cendre du tombeau.

Cette bénédiction de notre dernière demeure est une source de leçons utiles aux vivants : en voici le détail. Et d'abord, afin de rendre le cimetière plus vénérable, la bénédiction en est réservée à TÉvêque : seulement il peut se faire remplacer par un Prêtre. Plus l'homme devient en quelque sorte méprisable, plus il approche du néant et de la poussière , et plus la Religion l'environne de respect. La veille de la cérémonie, on plante au milieu du cimetière une croix de bois de la hauteur d un homme , ayant trois pointes de bois propres à tenir des cierges; savoir, une sur le haut, et deux à l'extrémité des deux bras. Devant la croix on plante un pieu de bois de la hauteur de deux pieds, ayant à son extrémité trois pointes semblables à celles de la croix.

Que veut dire cette cérémonie en apparence si bizarre? Loin de vos lèvres le sourire impie du mépris. Tout est grand dans la Religion ; tout est plein de mystères. Cette croix de bois représente le Sauveur du monde, celui qui est kl résurrection et la vie ^ Ce pieu , de couleur blan-

' Joan. xr, 25.

châtre, quou prendrait pour un libia^ décharné, est limage de l'homme, que la mort rend semblable à un bois sec et inutile. La nuit qui suit la plantation de la croix rappelle les ténèbres du tombeau, comme la cérémonie du lendemain est la vive image de le résurrection. Cette croix debout devant ce pieu annonça hautement que Jésus-Christ protège dans le tombeau même la dépouille de Ihomme, qu'il la conserve sous sa main , et qu'il saura lui rendre la vie au jour marqué.

Le lendemain, l'Evéque ou le Prêtre commis pour la bénédiction , s'étant revêtu d'un surplis, d'une étole et d'une chape blanche, se rend au cimetière. La couleur blanche est employée parce qu'il va se faire une joyeuse cérémonie, un mystère consolateur va être proclamé. Précédé du clergé , le Prêtre vient se placer devant la croix. A ses cotés sont trois clercs; le premier porle le bénitier, le second l'encensoir, et le dernier trois cierges <iuil allume et met sur le pieu destiné à les recevoir.

Placés sur ce bois privé de sève et de vie, trop fidèle image de l'homme dans le tombeau, ces cierges allumés annoncent la résurrection. Leur nombre marque la sainte IVinité, au nom et par la puissance de qui la résurrection doit s'opérer. La prière que le Prêtre récite aussitôt nous révèle l'esprit de ces belles cérémonies. La voici : u 0 Dieu tout-puissant et plein de miséricorde, vous qui êtes le gardien des âmes , l'ancre du salut et l'espérance des fidèles, écoutez avec faveur notre humble prière, et daignez, par votre bénédiction toute céleste, purifier ce lieu et le rendre saint, afin que les corps qui y reposent après le cours de cette vie, méritent, au grand jour du jugement, la bienheureuse immortalité, et une

' On appelle ainsi, eo lerme d'anatomic, Pot principal de la jambe.

part de la félicité éternelle avec les âmes justes. Par Jésus- Christ, etc. »

Après cette sublime prière, le clergé et les fidèles se mettent à genoux devant la croix et supplient tous nos frères du Ciel de joindre leurs supplications aux nôtres, afin d'obtenir la grâce que nous sollicitons : on chante les litanies des Saints. Lorsqu'elles sont achevées , îe célébrant fait processionnellement avec le clergé le tour du cimetière , qu'il arrose d'eau bénite , en prononçant ces paroles : Aspergez-moi, Seigneur ^ avec l'hysope, et je serai pur. Pendant cette cérémonie, le chœur chante le psaume Miserere. C'est un long gémissement qui prend du lieu et de la circonstance quelque chose de solennel et de lugubre , capable d'attendrir le cœur de Dieu.

Le Prêtre revient devant la croix : c'est là , en effet, qu'il convient de prier. Il adresse au Dieu de la vie et de la mort Toraison suivante : « 0 Dieu qui êtes le créateur de l'univers , le rédempteur du genre humain et la providence de toutes les créatures visibles et invisibles, nous vous demandons avec une voix suppliante et un cœur dévoué de daigner purifier, bénir et sanctifier ce cimetière où, après cette vie, les corps de vos fidèles doivent reposer. 0 vous , qui, par votre infinie miséricorde , avez pardonné tous leurs péchés à ceux qui avaient mis en vous toute leur confiance, accordez avec bonté la consolation éternelle à leurs corps qui reposent ici , en attendant le son de la trompette de votre archange. Par Jésus-Christ notre Seigneur, etc. »

Ces dernières paroles , par lesquelles le Prêtre proclame la résurrection future, sont aussitôt suivies d'une cérémonie qui en est la vive image. Il ôte du pieu les

cierges allumés et les place sur les trois pointes de la croix. Cette action dit à l'homme : « L'espérance de la résurrection , qui descend avec toi dans la tombe , sera réalisée par Jésus-Christ. Tu es son membre , il est ton chef; il est ressuscité. Regarde, son corps déjà brille d'immortalité. » On ôte ensuite le pieu ; mais la croix demeure debout. Elle est là pour dire à toutes les générations ; « Vous ressusciterez ; votre Rédempteur est vivant; il veille sur vous; il arbore l'étendard de sa victoire sur le lieu même où la mort vous a vaincus. » Et le Prêtre, ne voyant plus dans la croix que le Dieu quelle représente , la salue avec respect, l'encense trois fois ; après quoi il se retire.

0 hommes! ne craignez plus la mort maintenant; vous ne serez pas longtemps sa proie : voyez l'emblème de la résurrection et de l'immortalité qui vous attend au lieu même de votre sépulture! Si de paieils usages se trouvaient chez quelques peuples de l'antiquité, nos savants modernes n'auraient pas assez d'éloquence pour les louer : nous les aurions redits dès notre jeunesse en vers et en prose. Pourquoi donc leur indifférence? Pourquoi l'ignorance dans laquelle on nous laisse à l'égard de ces usages si pleins d'instruction et de poésie ? Parce qu'ils appartiennent à l'Église catholique, en sont-ils moins vénérables? 0 hommes! jusques à quand aurezvous deux poids et deux mesures?

PRIÈRE

0 mon Dieu! qui êtes tout amour, je vous remercie d'avoir pris tant de soin pour me sanctifier et pour sanctifier toutes les créatures; faites-moi la grâce de bien

il CATÉCHISME

comprendre les salutaires leçons que vous me donnez

par toutes vos bénédictions.

Je prends la résolution d'aimer Dieu par-dessus toutes choses , et mon prochain comme moi-môme pour Taraour de Dieu ; et , en témoignage de cet amour, f aurai un grand respect pour moi-même.

VI' LEÇON

LE CHRISTIANISME RENDU SENSIBLE

Définiiion et di\ision du temps. — Fêtes. — Leur objet sous les Patriarclie* , sous Moïse, sous l'Évangile. — Fêtes des martyrs et des Saints. — Supériorité des fêtes chrétiennes. — Leur beauté, leurs harmonies, leurs avantageîi sociaux. — Sanctification des fêles.

I. Définition du temps. Nous connaissons réj^lise el le cimetière , cette double demeure où s'accomplissent tous les mystères de la vie et de la mort. Que fait la Religion dans les temples? quelles fêtes s'y célèbrent? voilà les questions auxquelles il faut maintenant répondre. Mais , pour être comprise , la réponse à ces questions demande quelques explications préliminaires. Le temps, sa division., ce nom même de fête veulent être connus.

D'abord, qu'est-ce que le temps? Si nous voulions définir le temps en lui-même , nous dirions avec un poète célèbre, que le temps est l'image mobile de V immobile éternité ^ ; mais tel n'est point notre but : nous envisageons le temps dans ce qu'il est par rapport à l'homme déchu, c'est-à-dire à l'homme tel qu il est aujourd'hui. Or, après le péché originel, Dieu pouvait traiter l'homme comme il avait traité les anges : il pouvait lui ôter le temps et le précipiter, avec la rapidité de l'éclair, dans l'éternité du malheur. Grâces lui en soient rendues, il n'en usa pas de la sorte. Il voulut bien accorder à l'homme le temps , mais pourquoi? Pour faiiv

' J.-B. Rousseau.

pénitence. Si Thommc ne la fait pas, il sera traité comme les anges rebelles , et lorsque le temps sera fini, il entendra de la bouche même du souverain Juge celte irrévocable sentence : Retirez-vous de moi , maudits, allez au feu éternel qui a été préparé pour le démon et pour ses anges ' . D'après cela , qu'est-ce que le temps aux yeux de la foi , c'est-à-dire de la vérité? Le temps, c'est le délai accordé par la justice divine à la race humaine pour faire pénitence. Oui , il en est ainsi : le temps, la vie, est une pénitence perpétuelle; c'est l'oracle infaillible qui le proclame , d'accord avec la raison^.

Que d'erreurs dissipées, que de systèmes renversés, que d'idées rectifiées , que de regrets peut-être , que de remords excités dans plus d'une âme par cette seule définition! Que de vieillards à cheveux blancs apprennent ici qu'on peut mourir à cent ans sans avoir vécu un jouri Quand on réfléchit à cette définition et qu'on jette un regard sur la face du monde, qu'on voit l'usage que les rois et les peuples , les savants et les ignorants , les riches et les pauvres font du temps, il y a de quoi se cacher le visage dans ses mains et s'asseoir, comme Jérémie, pour pleurer sur les ruines de rintelligencc. Homme! fils d'un coupable et coupable toi-même, lu n'as qu'un jour pour laver la tache qui souille ton àme, et ce jour, tu l'emploies à te souiller davantage ; roi déchu, tu n'as qu'un jour pour reconquérir ton trône , et ce jour, lu l'emploies à poursuivre des fantômes ; esclave du démon, tu n'as qu'un jour pour briser ton

• VaiUi. XXV, kl.

' Visuin isl aulcm &3iictx Synotlo, praecc lenti ùoctrinae de pœtiiteiilla adjUMgcre ca quœ sequuiitur de «acramcnlo Exlreinae L'ncllonl»: quod non modo liœnilentia;, jtd cl toit'us christianœ vilœ (juac perpétua panitcntia esse débet, con»u:u;iiativun> exislimalum csl a pairilius. Scss. \vi, 9.

joug, et ce jour, tu remploies à river tes chaînes. Et voici la nuit qui vient ^ la nuit noire , profonde , immobile de réternité, où nul ne pourra plus agir! et tu ny penses pas !

II. Division du temps. Pour rappeler sans cesse Thomme à lui-même , TEglise a divisé le temps. Comme tout ce qui vient de TÉglise catholique , cette division du temps porte un grand cachet de sagesse et d'utilité. En effet, Tannée ecclésiastique se divise en trois parties : la premicre, qui comprend le temps de TAvent jusqu'à Noël, nous retrace les quatre mille ans de préparation, les soupirs et les espérances du monde ancien, jusqu'au moment où les cieux entr'ouverls laissèrent descendre le Juste, le Désiré des nations. La seconde , qui s'étend depuis Noël jusqu'à l'Ascension, renferme toute la vie mortelle du Rédempteur. La troisième enfin , qui commence à la Pentecôte et finit à la Toussaint , rappelle la vie de l'Église.

Ainsi cette division du temps , (jui nous retrace toute l'histoire du monde et toute l'histoire du Christianisme, passée , présente et future , se termine par la fêle du Ciel. En effet, tout conduit là : le Ciel, voilà le dernier mot de toutes choses. Cette division , qui a passé dans les idées, dans le langage même, inspire à l'homme, sans qu'il s'en aperçoive, de saintes pensées, lui donne l'intelligence de lui-même et de la vie, et exerce sur les mœurs des peuples une influence beaucoup plus salutaire qu'on ne croit. Si vous en doutez, les impies du dernier siècle, plus intelligents (}ue vous, n'en doutaient pas. Dans leur fureur d'abolir \e Christianisme , voyez quel empressement ils ont mis à supprimer cette division de l'année, afin d'éteindre les souvenirs qui s'y

rattachent , pour lui substituer leur division et leur calendrier républicains. Le temps et la raison ont fait une prompte justice de cette folle tentative; on n'efl'ace pas en un jour des idées de dix-huit siècles, surtout lorsque ces idées rappellent des événements qui embrassent l'histoire tout entière du genre humain. L'homme et le Christianisme sont tellement liés, que, pour abolir le second, il faudrait anéantir, puis recréer le premier.

Parmi les événements qui composent notre histoire, il en est de glorieux, il en est de tristes, il en est de consolants : de tous l'Église consacre la mémoire. Mais, chose admirable ! dans les événements les plus tristes que la Religion offre à notre méditation , il y a toujours une place pour Tespérance, partant, pour la joie. Voilà pourquoi les jours où elle en célèbre l'anniversaire, elle les appelle fêtes.

IIL Fêtes. Le mot fête veut dire jour heureux, jour agréable^, et aussi jour d'assemblée solennelle. Il y a eu chez tous les peuples des jours de fêtes ou d'assemblées, soit civiles, soit religieuses. Comme elles étaient, ainsi qu'elles le sont encore généralement aujourd'hui , suivies d'un repas commun, de là est venu le nom de festin , qui signifie régal , repas de fête et de cérémonie. Dans le Christianisme même, les plus saints personnages ont été d'avis que le jeune et les mortifications ne doivent pas avoir lieu les jours de fête; qu'il convient au contraire de faire un festin , c'est-à-dire un repas plus somptueux qu'à l'ordinaire. Leur avis est confirmé par l'exemple même des anachorètes de la Thébaïde.

Nous entendons ici par fêles les jours auxquels nous nous assemblons pour louer Dieu ; dans ce sens, les fêtes

» FetluSj frstivtis. l'oyr^ Ducancc.

sont aussi nécessaires que les assemblées de religion. Jamais un peuple n'a eu de culte public, sans que les fêtes n'en aient fait partie : aussi les trouvons-nous établies dès l'origine du monde.

Les Patriarches avaient leurs fêtes. Ils assemblent leur famille, tantôt sur la hauteur, à l'ombre du cèdre ou du palmier, tantôt devant la pierre du désert ' ; ils se lavent, changent d'habits, se purifient, offrent des sacrifices à l'occasion des bienfaits qu ils ont re^'us de Dieu. Noé sauvé du délu2:e, Abraham comblé des bénédictions et des promesses de Dieu , Tsaac assuré de la même protection , Jacob revenu de la ^Mésopotamie et mis à couvert de la colère do son frère , féient ces heureux événements en élevant des autels et en offrant des sacrifices. Devenue une nation, la famille des Patriarches eut aussi ses fêtes, dont Dieu lui-même daigna régler l'objet , le nombre et l'appareil.

Le Christianisme, continuant, développant cette longue chaîne de traditions sacrées, a aussi ses fêtes; nous en parlerons bientôt en détail.

ÏV. Objet des fêtes. L'objet principal des fêtes a varié suivant les temps : sous les Patriarches, dans la religion primitive, le principal objet des fêtes était d'inculquer aux hommes Tidée d'un seul Dieu créateur et gouverneur du monde, père et bienfaiteur de ses créatures ; dans la religion juive, elles étaient destinées à réveiller le souvenir d'un seul Dieu législateur, souverain maître et protecteur spécial de son peuple; dans le Christianisme, elles nous montrent un Dieu sauveur et sanctificateur des hommes, dont tous les desseins tendent à notre salut éternel. Ainsi, rien ne sert mieux que les

' Gen. xxw.

fêles à nous marquer Tobjet direct du culte religieux sous les trois époques successives de la révélation; on dirait de magnifiques llambeaux placés sur la roule des siècles pour montrer aux générations qui suivent le point précis où en était le développement de la vérité dans les générations qui précèdent.

Un autre objet des fêles est de fixer, en les rappelant chaque année , les événements mémorables de la Religion. Et quels événements que ceux qui étaient rappelés aux Juifs par les fêtes de Pâques, de la Pentecôte et des Tabernacles! Quels événements ne rappellent pas aux Chrétiens ces mêmes jours , et 1 Ascension, et l'Assomption, et Noël, et tant d'autres! Toute l'histoire du genre humain est comme tracée à grands traits dans les fêtes religieuses. Les Juifs perpétuaient aussi par des fêles des événements moins importants; la délivrance de Béthulie par Judith , la délivrance des Juifs par Esther furent l'objet de fêtes perpétuelles.

lien a été de même dans le Christianisme; dès l'origine, on célébra la fête des Martyrs. Selon la manière de penser de nos pères dans la foi, la mort d'un martyr était pour lui une victoire, pour ses frères un modèle, pour la Religion un triomphe. Le sang de ce témoin cimentait l'édifice de l'Eglise : on solennisait le jour de sa mort, on s'assemblait à son tombeau , on y célébrait les saints mystères; les Fidèles ranimaient leur foi et leur courage par son exemple. Dès le commencement du second siècle, nous le voyons par les actes du martyre de saint Ignace et de saint Polycarpe, et nous ne pouvons pas douter qu'on n'ait fait la même chose à Rome, immédiatement après le martyre de saint Pierre et de saint Paul. En efi'et, le témoignage des Apôtres et de

leurs disciples, scellé de leur sang, était trop précieux pour ne pas le remettre continuellement sous les yeux des Fidèles. Les mêmes motifs qui ont fait établir les fêtes des martyrs ont donné naissance aux fêtes des Confesseurs, c'est-à-dire des Saints qui, sans avoir souffert la mort, ont édifié l'Église par l'héroïsme de leurs vertus. Leur vie est un glorieux témoignage à la sainteté du Christianisme; elle montre que la morale évangélique n'est impraticable pour personne. Quelle leçon plus utile à consacrer par une fête perpétuelle !

Ce qui précède nous fait 'comprendre la supériorité des fêtes chrétiennes sur les fêtes judaïques et patriarcales. Dans celles-ci on honorait de grands événements sans doute; mais, tout grands qu'ils sont, ils n'étaient que l'ombre d'événements plus grands encore. Queconclure de là, sinon que nos dispositions pour les célébrer doivent être bien plus parfaites que celles des Juifs et des Patriarches ?

V. Beauté des fêtes. Que dirons-nous de la beauté de nos fêtes, c'est-à-dire de leur harmonie avec les saisons où elles se célèbrent, avec les mystères qu'elles rappellent et avec les besoins de notre cœur? Il est bien à plaindre, celui qui est insensible à l'admirable succession de nos solennités ! Otez nos fêtes, et voyez quelle monotonie règne dans le cours de l'année ! comme tout devient ennuyeux, insipide dans la succession des jours et des saisons. Essayez d'intervertir Tordre dans lequel on les célèbre, et vous verrez quelle profonde sagesse en a déterminé l'époque.

Pour en citer quelques exemples, placez la fête de Pâques ou de la Résurrection en automne, alors que tout dans la nature présente Timage de la mort, et les jours

9i CATÉCHISME

qui diininueut, et les arbres qui se dépouillent, et les feuilles desséchées qui roulent emportées par Taquilon comme la poussière des tombeaux , et l'horizon qui se charge de nuages et qui s'assombrit, que vous en semble? N'y a-t-il pas là un contraste choquant et une difûcuUé extrême d'entrer dans l'esprit de la solennité? De même encore, célébrez la Fête-Dieu au mois de janvier, et dites-moi si vous sentirez naître dans vos cœurs ces sentiments d'allégresse que doit inspirer le triomphe de THomme-Dieu? Au contraire, supposez qu'au lieu de se célébrer en hiver, la fête de Noc'l se célèbre dans les beaux jours de l été : ne sentirez-vous pas aussitôt s'affaibhr celte piété compatissante pour le nouveau-né de Bethléem? Quelle difiicuUé d'exciter dans notre cœur, au milieu des chaleurs brûlantes, ces sentiments si vifs pour ce petit enfant transi de froid? Replacez Noël au vingt-cinq décembre, et vous éprouverez comme malgré vous celte tendre pitié pour l'Enfant divin qui naît au milieu d'une longue nuit d'hiver, dans une grotte humide, ouverte de toutes parts au soufïle glacé de l'aquilon. Ne vous en étonnez pas : dans la première supposition, il y a désaccord entre la fête et la saison ; dans la seconde, l'harmonie existe, Tordre est rétabli, les obstacles disparaissent, et sans peine, le cœur éprouve tout ce qu'il doit éprouver ^

Descendez encore plus avant dans ces mystérieuses harmonies, et vous verrez que, dans le cours d'une année, il n'est pas un besoin de notre cœur que la

» Pour que celle obscrvaiion soit juste, il n'est pas nécessaire que la même harmonie règne dan» lous les climats : la Dourc de la terre et le mouvement du soleil la rendent impossible. Certains peuples ont l'été peudant que nous avons Tbiver; il sufTii que cette harmonie soit parfaite au centre de la catho- Iklié : là »€ trouve la perfection de» rapports.

DE PERSÉVf.RANCE. 95

succession de nos fêtes ne satisfasse. Ainsi est fait le cœur de Tliomme : il ne peut pas, il ne veut pas éprouver toujours le même sentiment ; la variété le fait vivre, la monotonie le tue; on dirait un luth qui ne résonne bien que lorsque toutes les cordes en sont habilement touchées. Il nous faut en effet tour à tour le sentiment de Tespérance, de la foi, de la sainte tristesse, de la joie, de 1 allégresse et de Tamour, quelques sourires et beaucoup de larmes ; il nous faut surtout une grande variété de motifs pour exciter en nous l'amour et la pratique des différentes vertus. Or, étudiez bien Fenchaînement des trois parties de Tannée ecclésiastique, la succession de nos fêtes, et dites s" il est dans la Religion une seule vertu qui, dans une année, ne soit proposée à notre imitation avec son molif propre? une seule fibre dans notre cœur qui ne soit remuée? Malheur! malheur à ceux qui ne distinguent les saisons que par les sensations du chaud et du froid, et pour qui toutes nos harmonies religieuses ne sont qiw comme si elles n étaient pas! Cette insensibilité morale, cette paralysie spirituelle est plus qu'un malheur, c'est une punition : la punition de ceux qui , s'étant rendus semblables aux animaux par leurs appétits, ont mérité de ne plus connaître la vie que par des sensations grossières*.

VI. Avantages des fêtes. Nos fêtes chrétiennes ont encore d'autres avantages; elles intéressent au plus haut degré le bien-être matériel de Thommc et la paix de la société. Tant il est vrai, de l'aveu même des impies, que la Religion, qui ne semble avoir pour but que la féli-

> Homo cum in honore essel, non Intcllcxii : comparatus est jumcnlis insipicntlbus et similis factus est illis. Psal. lviiu

cilé de l'autre vie, est encore le meilleur moyen de nous rendre heureux dus celle-ci ! « Que doit-on penser, demande Jean-Jacques Rousseau , de ceux qui veulent ôter au peuple ses fêtes, comme autant de distractions qui le détournent de son travail? Cette maxime est barbare et fausse. Tant pis si le peuple n'a de temps que pour gagner son pain: il lui en faut encore pour le manger avec joie : sans quoi il ne le gagnera pas longtemps. Ce Dieu juste et bienfaisant qui veut qu'il s'occupe veut aussi qu'il se délasse. La nature lui impose également l'exercice et le repos , le plaisir et la peine. Le dégoût du travail accable plus les malheureux que le travail même. Voulez-vous rendre un peuple actif et laborieux? donnez-lui des fêtes. . . Des jours ainsi perdus feront mieux valoir les autres. »

Au peuple il faut donc des fêles, et, par peuple, j'entends les grands et les petits, les riches et les pauvres, les savants et les ignorants, les rois et les sujets; car tous sont hommes, composés d'une double nature et dominés par les sens. Mais quelles fêles donnerez-vous au peuple pour le rendre plus actif et plus laborieux? des fêtes civiles? mais elles ne sont et ne peuvent être que pour les habitants des grandes cités : les dépenses qu'elles entraînent, les préparatifs qu'elles demandent les rendent impossibles dans les campagnes. Si vous n'avez que des fêtes civiles, vous condamnez à n'avoir jamais de fêtes ceux à qui la continuité du travail et des privations les rend le plus nécessaires. Des fêtes civiles! mais aujourd'hui, divisés comme nous le sommes par des haines politiques, les fêtes civiles blessent et humilient une partie des populations : le triomphe des vain- (jueursexasprre les vaincus.

Laisserez-vous au peuple le soin de se procurer des fêtes? mais le peuple, et par peuple, je le répète, j'entends les riches aussi bien que les pauvres, ceux qui habitent des palais conûffie ceux qui dorment sous le chaume, le peuple ira les demander à la débauche. Vous verrez les uns, passant tour à tour de la table au théâtre, se ruiner en folles prodigalités; vous verrez les autres s'ensevelir dans les tavernes, s'y dégrader, s'y abrutir, et, dévorant en quelques heures la substance de leur famille pendant une semaine entière, condamner leurs enfants et leurs épouses à la faim et aux larmes. Ce mouvement déréglé, une fois établi , fera chaque jour de nouveaux progrès. Les salles de spectacle, les cafés, les écoles du vice, les lieux de débauche de toute espèce se multiplieront; une fausse politique, un intérêt sordide et un fonds d'irréligion persuaderont que ces établissements pestilentiels sont devenus nécessaires. Les bons citoyens, les artisans honnêtes s'en plaindront; ils ne pourront plus retenir dans les ateliers les apprentis ni les garçons : gémissements inutiles! au peuple il faut des fêtes.

Vous lui avez oté celles qui lui convenaient, parce qu'elles seules pouvaient le rendre plus actif et plus laborieux , par conséquent plus moral ; vous l'avez tourné en dérision lorsqu'il y assistait , vous l'en avez dégoûté, il en a cherché d'autres ; et maintenant , ce peuple immoral, mécontent, incjuiète votre sommeil et trouble vos jouissances, en attendant qu'il vous paye par le pillage et la violence vos leçons d'impiété : tant pis pour vous! Et quelles étaient donc ces fêtes qui seules convenaient au peuple, parce qu'elles convenaient à la société tout

entière ? Ce sont les fêtes religieuses. Dabord , tous VII. 7

ix?iivent y prendre part; pas plus que ceux des villes, les habitants des campagnes n'en soi^t exclus ; elles ne sont onéreuses ni au riche, ni au pauvre; souvent ils se font une gloire et un plaisir de contribuer volontairement à leur magnificence. Ici nul n'est froissé ; ce n'est ni le triomphe, ni la défaite des autres qu'on célèbre; on ne connaît point de partis dans nos temples ; les enfants n'ont plus de haine quand ils sont ensemble dans le giron de leur mère : s'il y a des larmes , ce sont des larmes de joie ou de repentir. Les concerts profanes , les danses voluptueuses des théâtres , les vociférations de la lubricité, les emportements de la fureur, les rixes de la débauche, sont remplacés par de saints cantiques, de magnifiques et touchantes cérémonies. Les passions se taisent, l'àme reprend sa vigueur ; l'homme, heureusement délassé, y devient plus actif et plus dispos au travail , parce qu'il y devient meilleur.

Oui, rendre Thomme meilleur, c'est-à-dire plus moral, tel est le grand avantage, l'avantage exclusif des fêtes religieuses ; elles rassemblent les hommes au pied des autels du Seigneur, cimentent entre eux la paix et la fraternité, rappellent le souvenir des faits sur lesquels la Religion est fondée, et qui sont autant de bienfaits de Dieu. Par conséquent elles rendent les hommes reconnaissants envers le Seigneur, humains et charitables envers leurs frères ; elles leur proposent de grands modèles, des Saints de tout âge, de tout rang, de toute profession, qui , ayant été ce que nous sommes , faibles et tentés , nous disent du haut du Ciel qu' il ne tient qu'à nous d'être un jour ce qu'ils sont. Ne dites pas que ces belles leçons, données au uiilieu du spectacle, tour à tour majestueux, gracieux ou terrible de nos cérémonies, sont tout à fait

inutiles, car il faudrait désespérer de T humanité ; et dès lors que dev iennent \os pompeuses maximes et vos rêves chéris de la perfectibilité indéfinie de l'espèce humaine ?

En instituant des fêtes, T Église a donc procuré le bien de la société autant que celui des particuliers ; car, dans un État policé, la Religion, les mœurs, les vertus sociales ne sont pas moins nécessaires que la subsistance, Tarirent, le travail , le commerce ; il faut des hommes et non des brutes ou des automates. Or, connaissez-vous un meilleur moyen d'avoir des hommes et des citoyens que la Religion? et dans quelles circonstances la Religion a-t-elle plus d'empire que dans nos solennités?

Autrefois on se plaignait de la multitude des fêtes, et voilà qu'on les a presque toutes supprimées, du moins en France. Qu'y avons-nous gagné? L'ouvrier, le laboureur en a travaillé quelques jours de plus , mais en est-il devenu plus heureux? Hélas î non ; il n'y a rien gagné, même pour son travail ; car il passe aujourd'hui en débauches plus de jours qu'il n'en passait à l'église , alors que toutes les fêtes existaient; il y a même une différence à son désavantage rnosjours de fête ne lui coûtaient rien, tandis que les jours de libertinage lui coûtent son argent et sa santé.

YII. Sanctification des fêtes. — LTÎglise s'était donc montrée bien sap:e, bien maternelle en multipliant ses solennités. Jamais elle ne fit de son pouvoir un usage plus utile; heureux du moins si nous savons profiler des fêtes qu'on a bien voulu nous laisser ! Pour cela il faut les sanctifier, et, pour les sanctifier, il faut entrer dans l'esprit de la solennité. Mais qu'est-ce donc que respritd'unesolennité?Cest l'intention que l'Église s'est

100 CATÉCHISMK

proposée en rinstituant ; il faut bien la connaître afin de la remplir , et de pénétrer notre àine des dispositions analogues. Tantôt c'est une vertu qui nous est commandée ; tantôt c'est un sentiment qu'il faut ranimer : toujours il y a une chose à croire et une à imiter. Laissons-nous aller aux impressions de la grâce , et le Saint- Esprit nous dira tout ce que nous devons faire pour célébrer nos fêtes de manière qu'elles deviennent le gage de la fête éternelle dont elles sont une faible image. Une neuvaine préparatoire est un des meilleurs moyens que nous puissions employer pour nous disposer, comme la réception fervente du Sauveur est le moyen de profiter des g! aces que Dieu répand ces jours-là avec plus d'abondance. Puisse-t-il en être ainsi pour tous ceux qui liront ces lignes ' !

PRIÈRE

0 mon Dieu! qui êtes tout amour, je vous remercie

> Sur les malières traitées dans cette quatrième partie du Catéchisme, voyc» les ouvrages suivants que nous avons consultés : saint Justin, ses deux Apologies; Tertuilicn, V Apologétique^ les Prescriptions de la Couronne du soldat; Clément d'Alexandrie, les Stromates et le Pédagogue ; saint Augustin, la Cité de Dieu, de la Genèse à la lettre, et les Livres contre Pauste ; Innocent I", sa Uttre à Deccntius, les Constitutions apostoliques ; saint Isidore de Scville, des Offices ecclésiastiques ; Durand, évéque de Mcnde, Rationale divinorum officiorum; on disait de cet ouvrage : Cœteri libri utiles, iste nccessarius ; Duranil, premier président du parlement de Toulouse, son excellent ouvrage de RitiOus Ecctesiœ catholicœ ; le cardinal Bona, Rerum liturgicarum libri duo ; Boldelli, chanoine de Sainte-Marie, in Transtevcre : Osserva^ioni sopra i ci' mitrri de' santi martiri ed anticlii Cristiani di Roma, in-fol.; le P. Mamachî, Dominicain , De' Costumi de' primititi Cristiani; Aniiquitates Christianœ , du même auteur; Le Ilrun, Cérémonies de la Messe, Liturgies de toutes les Églises; Thomassin, Traité des Fêtes ; liaillet, Fêtes mobiles; Rergier, Dictionnaire de Théologie; Jauffrcl, du Culte public; M. Raoul Rochelte, Tableau des Catacombes; M. Thirat, Esprit des Cérémonies de l'Église, Rituel romain, et plufleurs autfs, etc., etc.

d'avoir établi des fêtes pour me rappeler vos bienfaits et me porter plus efficacement à la vertu.

Je prends la résolution d'aimer Dieu par-dessus toutes choses, et mon prochain comme moi-même pour Tamour de Dieu ; et, en témoignage de cet amour, je me préparerai aux fêles par une neuvaine.

VIP LEÇON.

LE CHRISTIANISME RENDU SENSIBLE

Dimanche. — Son histoire. — Son objet. — Dimanche chez les premiers Chrétiens. — Prière en commun, Office. — Origine de l'Office divin. — Différentes heures de l'Office. — Leur harmonie avec Dieu, l'homme et le monde.

I. Dimanche. — La première de toutes les fêtes chrétiennes, c'est le Dimanche : en voici T histoire. Dieu, ayant créé le monde en six jours, se reposa le septième. Il le sanctifia et commanda aux hommes de le sanctifier aussi. (( Souvenez-vous, leur dit-il, de sanctifier le jour du Sabbat. Vous ne ferez ce jour-là aucun travail, ni vous, ni vos enfants, ni vos serviteurs, ni vos servantes, ni votre bétail, ni l'étranger qui se trouve parmi vous, afin qu'ils se reposent aussi bien que vous. Souvenezvous que vous avez servi vous-mêmes en Egypte, et que Dieu vous en a tirés par sa puissance: c'est pour œla qu'il vous ordonne le jour du repos ^

Ainsi, le repos du Sabbat au septième jour fut ordonné aux Juifs non-seulement par motif de religion, mais encore par principe d'humanité : ce double motif subsiste dans l'institution du Dimanche. Le repos de rame et du corps, le bien de Thomme tout entier, tel est i"(jbjet de Tinstitution du jour du Seigneur ^ qui peut à juste titre être appelé aussi le/owr de V homme. L'impiété s'est montrée cruellement absurde quand, supprimant le Dimanche, elle a voulu calculer les forces des

' Dcut V, la.

DE PERSÉVÉRAxNCE. 103

ouvriers comme celles des bêtes de somme. Quelque robuste qu'il soit, Ihomme a besoin de repos ; tous les peuples l'ont senti, et tous ont établi des jours pour satisfaire à celte nécessité ^ : le septième est le plus convenable. « On sait maintenant par expérience que le cinq est un jour trop près, et le dix un jour trop loin pour le repos. La terreur, qui pouvait tout en Franco, n'a jamais pu forcer le paysan à remplir la décade^ parce qu il y a impuissance dans les forces humaines, et même, comme on Ta remarqué, dans la force des animaux. Le bœuf ne peut labourer neuf jours de suite; au bout du sixième, ses mugissements semblent demander les heures marquées par le Créateur pour le repos général de la nature. Les paysans disaient : Nos bœufs connaissent le Dimanche, et ne veulent pas travailler ce jour-là^. »

Nous avons dit que le repos du septième jour rappelait l'existence du Dieu créateur du monde. Or, après rextinction du Paganisme et de Tidolàtrie, il n'a plus été nécessaire de continuer à célébrer le Sabbat ou le repos du septième jour en mémoire de la création : la croyance d'un seul Dieu créateur ne pouvait plus se perdre; mais il a été très-important de consacrer par

' De celle acliviié incessante au iravail qui ne rcspecle pas le jour salut, et qui est fille de l'industrialisme, c'est-à-dire de réyoïsme poussé à l'exccs, sont résultées les conséquences suivantes : c'est le premier magistrat d'une grande ville manufacturière qui vient de le signaler dans un rapport oflicicl sur les causes du paupérisme : 1" la concurrence illimitcc qui produit; 2' les fraudes dans la production; 3' la rivalité ardente et de mauvaise fol; .'r la ruine des artisans; 5° le monopole dea grands établissements; ô^ l'augmentalion du nombre des faillites; 7* le désordre et rabrulissement des artisans et des ouvriers; 8" la destruction de la >ic de famille; 9 l'absence du lien moral entre le mallre et l'ouvrier.

^ Génie du Chr. iv« part.

un monumenl éternel le souvenir du grand miracle qui

sert de Ibndement au Christianisme, la résurrection de

Jésus-Christ.

L'établissement du Dimanche rend ce fait incontestable et toujours vivant aux yeux de toutes les générations. En effet, ce sont les témoins mêmes de l'événement qui ont établi la fête qui en perpétue le souvenir et l époque ; qui la font célébrer, sur le lieu même où il est arrivé, par des milliers dliommes qui ont pu vérifier par eux-mêmes la vérité ou la fausseté du fait, et en prendre toutes les informations possibles. A moins que tous n'aient été saisis de la plus inconcevable démence, auraient-ils pu se résoudre à rendre, par une cérémonie publique, répétée tous les huit jours, témoignage d'un fait imaginaire ou dont ils n'auraient pas été bien convaincus? Ajoutez que, pour assister à cette cérémonie et pour la pratiquer, il a fallu pendant trois cents ans s'exposer aux tourments et à la mort.

IL Dimanche primitif. — Le Dimanche est donc une preuve toujours vivante de la résurrection de notre Seigneur*. Voici de quelle manière nos pères dans la foi célébraient ce grand jour. Transportons-nous par la pensée à dix-huit siècles, entrons dans une de ces Catacombes illuminées par une foule de petites lampes suspendues à la voûte ou attachées aux parois : autour de ces tombeaux de martyrs, qu'allons-nous voir? qu'allons-nous entendre? soyons attentifs, voici saint Justin qui va nous expliquer toutes les cérémonies du Dimanche primitif.

• ioyrj, dans la eeconJe partie de cet ouvrage, ce que nous disons du Dimanche. i.i\' lorou.

i( Le jour du soleil, c'est-à-dire le Dimanche \ tous ceux qui demeurent à la ville où à la campagne s'assemblent au même lieu. On commence par lire les écrits des Apôtres ou des Prophètes, autant que le temps le permet. La lecture finie, celui qui préside fait un discours à l'assemblée pour rinstruire et pour l'exhortera mettre en pratique les sublimes maximes de vertu et de religion qu'elle vient d'entendre. Ensuite nous 7iaus levons * tous pour faire notre prière en commun. Nous prions pour nous-mêmes, et pour ceux qui sont alors baptisés, et pour tous les hommes, de quelque nation qu'ils soient, afin qu'ils arrivent à la connaissance de la vérité, qu'ils mènent une vie sainte, pleine de bonnes œuvres, qu'ils observent les commandements du Seigneur et parviennent enfin à la gloire éternelle. Les prières finies, nous nous saluons par le baiser de paix.

» Ensuite on présente à celui qui préside du pain et une coupe de vin et d'eau. Les ayant pris, il rend gloire au Père par le nom du Fils et du Saint-Esprit, et lui fait une longue action de grâces pour ces mêmes dons qu'il a daigné nous accorder. Les prières et l'action de grùces terminées, tout le peuple assistant dit à haute voix : Amen, mot hébreu qui veut dire : Ainsi soit-il. Alors ceux que nous appelons Diacres distribuent à chacun des assistants le pain, le vin et l'eau consacrés par l'action de grâces, et en portent aux absents.

* On lit dans ri^:pUre catholique de saint Barnabe : « Nous passons dans la joie le jour du Dimanche ainjnil Jrsiis est ressu8ci(é des moris. Diem Dominicam lœtitia agimui , in quo Jcsn.% resurrexit a mortuis. • x, 15. Tertullien : • Nous IdéTendons do jeûner le jour du Dimanche. />i> Dominico jejunium nefas (lucimus. ■ De coron. 3; cl dans VApologcl. n. 16.

' Les premiers Chrétiens priaient debout le Dimanche en mémoire et eu signe de la ré«urrecHon.

y) Nous appelons cette nourriture Eucharistie, et il n'est permis à personne d'y participer, s'il ne croit la vérité de notre doctrine, s'il n'a été lavé par la rémission des péchés et la nouvelle vie, et s'il ne vit conformément aux préceptes de Jésus-Christ. Car nous ne la prenons pas comme un pain commun et comme un breuvage ordinaire, mais comme la chair et le sang de notre Sauveur. Car nous avons appris que, par l'eflicace de la prière eucharistique, qui contient la parole même du Sauveur, ce pain et ce vin deviennent la chair et le sang de ce même Jésus qui a été fait chair pour notre salut. En elfet, les Apôtres nous ont appris, dans les mémoires qu'ils nous ont laissés et qu'on nomme Évangiles, que Jésus-Christ leur avait ordonné d'en user ainsi lorsque, ayant pris le pain et ayant rendu grâces, il dit : Faites ceci e?i mémoire de moi: ceci est mon corps; et qu'ayant pris pareillement la coupe et rendu grâces, il dit : Ceci est mon sang.

» Ensuite nous nous rappelons ces choses en mémoire les uns des autres. Ceux qui ont du bien soulagent tous les pauvres , et nous sommes toujours de cœur les uns avec les autres. En toutes ces offrandes, nous bénissons le Créateur de toutes choses, par son fils Jésus-Christ et par le Saint-Esprit. Les aumônes, que chacun fait avec la plus grande liberté, sont remises entre les mains de celui qui préside et qui est chargé d'assister les veuves, les orphelins, les étrangers, les malades, tous ceux en un mot qui sont dans les larmes pour quelque cause que ce soit'.

« Qualre-vingU ans après saint Justin, Tertullicn disait encore : • Des vieillards recomman(Jal)les président : cliacun de nous apporte chaque mois son modique iril)ui, lorsqu'il le veut cl comme il le veut, en raiuon de ses moyens:

» Nous avons coutume de nous assembler le jour du soleil, parce que c'est le jour auquel Dieu commença de créer le monde ; que c'est ce même jour que Jésus- Christ notre Sauveur est ressuscité , qu'il est apparu à ses Apôtres et leur a enseigné ce que nous venons de mettre sous vos yeux ^ »

Est-ce l'histoire du Dimanche au second siècle du Christianisme que nous venons d'entendre , ou bien l'histoire du Dimanche telle que nous la voyons encore au dix-neuvième siècle ? Est-ce le tableau d'une Catacombe ou d'un temple catholique qui vient de passer sous nos veux ? C'est l'un et l'autre. Admirez , enfants de la sainte Église romaine, avec quelle vigueur votre mère imprime le cachet de l'immortalité à tout ce qu'elle touche! Ce que faisaient vos pères, ne le faites-vous pas encore aujourd'hui de même? Tous les souvenirs du Dimanche primitif ne sont-ils pas conservés parmi nous? A nos grand' messes , ne retrouve-t-on pas ces lectures des livres saints de V Ancien et du Nouveau Testament, ces prières en commun, ces instructions pour nous exhorter à la vertu, ce pain distribué aux fidèles, ces dons faits aux pauvres et aux captifs? Si de superbes esprits dédaignent une grand' messe , c'est qu'ils ne savent pas tout ce quelle rappelle de vieilles mœurs et de saintes coutumes. Chose admirable ! il n'y a pas dans toute la chrétienté un village, un petit hameau , qui ne

car personne n'y e«t obligé, tout est volontaire. C'est là comme un dépôt de piété qui ne se ronsomme point en repas ni en stériles dissipations : il s'emploie à la nourriture des indigents, aux frais de leur sépulture, à l'enlrelien des pauvres orphelins, des domestiques épuisés par Tâge, des naufragés. Qu'i' y ait des Chrétiens condamnés aux mines, relégués loin rie leur patrie, ou détenus dans les prisons uniquement pour la cause de Dieu, on pourvoit à leur subsistance. » ApoiogH.

' Apol. Voyc^ Mamachi, t. i, p, 287.

puisse offrir tous les huit jours, aux savants et aux érudits, des réuiiniscences de l'antiquité, des souvenirs des Césars, du Cirque, des Catacombes et des martyrs ^

III. Office divin. — Les pricres en commun de nos pères dans la foi nous donnent lieu de parler ici de Vojfice divin, c'est-à-dire de la véritable prière en coin- 7nun du Christianisme. Quoique les fidèles ne disent plus Toftice, cependant ils y assistent au moins une fois tous les Dimanches. Ils en récitent même une partie, Vêpres, par exemple, et quelquefois Complies. Leur foi, leur piété, leur respect pour toutes les prières et les usages de lEglise ne peuvent que gagner beaucoup à connaître le sens et la raison de cette partie.

Origine de l office divin. Tous les hommes ont prié, et prié en commun. Les premiers Chrétiens surtout aimaient à se réunir pour oftVir à Dieu le sacrifice de leurs lèvres. A leurs oreilles retentissaient encore ces paroles du divin Maître : Là où deux ou trois sont assemblés en mo7i nom, je suis au milieu d'eux-. Persécutés, poursuivis comme des brebis innocentes par des loups cruels , ils cherchaient la force et la constance qui leur étaient si nécessaires en mettant leurs cœurs , leurs vœux et leurs prières en commun avec leurs frères, comme ils partageaient avec eux leur fortune et leurs périls.

La nuit comme le jour, des heures étaient réglées pour la prière. Les Constitutions apostoliques ordonnent aux fidèles de prier le matin , à la troisième heure , à la sixième , à la neuvième , le soir et à minuit *. Saint Jérôme, écrivant à une grande dame sur Téducation de sa

» Tableau poétique des fêle» chrét. par le vicomte Walsh.

•Mallh. xviii, 20.

' Precaiioncs fiant manc, tcriia hora, sexla, nona , cl vcspere, atque ad

galli canlum. Lib. viii, c. 34; Durandus, 11b. m, c 11, p. 733.

fille, lui dit : « Mettez auprès d'elle une vierge d'un âge tour, modèle de foi et de pudeur, qui lui apprenne et rhabitue par son exemple à se lever la nuit pour prier et chanter les psaumes ; le malin , les hymnes sacrées; à Tierce, à Sexte, à Nane, à continuer le combat, comme une héroïne de Jésus-Christ; et vers le couclier du soleil, à allumer son flambeau, comme une vierge sage, et offrir le sacrifice du soir'. » Le même Saint nous assure, dans ses Lettres, que le moissonneur chrétien accompagnait ses travaux du chant des psaumes, et que le vigneron taillant sa vigne répétait les cantiques de David \

Les moines de TÉgypte et de la Thébaïde , les solitaires de rOrient, de la Palestine et de la Mésopotamie, dans chaque monastère, se réunissaient plusieurs fois le jour pour réciter des psaumes et chanter des hymnes à la gloire du Seigneur. Ce n'étaient pas seulement les religieux (jui priaient ainsi aux différentes heures du jour et de la nuit , le commun des fidèles suivait ce saint usage. Saint Augustin, s'adressant à son peuple, lui dit : « Mes chers frères , je vous en prie , levez-vous de meilleure heure pour assister aux veilles; venez avant tout à Toflice de Tierce, Sexte et Noue; que personne ne s'exempte de cette œuvre sainte, à moins qu il n'en soit empêché par quelque infirmité , par quelque service qu'il rende au public, ou par une grande nécessité^.»

La réunion de toutes ces prières se nomme o/jUce divin, parce que c'est un devoir qu'on rend à Dieu pour l'adorer, l'apaiser, pour le remercier et lui demander ses

« Ad Ijelam, epist. vu, de Instit. filiœ. > Ad Marccll.

3 Scrm. 1, Ferii quarl.-p-, lvi df Temporc. — loijr^ auMÎ saint Basile, HomiL in martyr. Julittam ; S. Auc- ^pist. 109, etc.

grâces. On voit, par ce qui précède, que l'office, tel à peu près qu'il existe aujourd'hui, remonte à la plus haute antiquité. Héritière des traditions anciennes, l'Église l'a établi pour perpétuer ces cantiques sacrés dont retentirent et le temple de Jérusalem , et les échos du Sinaï, et les rivages de la mer Rouge: elle a voulu aussi faciliter aux Chrétiens Texercice de la prière.

IV. Différentes heures de l'office. — Ici encore une tradition de trois mille ans. David disait au Seigneur : Je cJiante vos louanges sept fois le jour * ; et l'ofiice divin se divise en sept parties, qu'on nomme Heures , parce qu'elles se récitent à sept heures différentes de la nuit et du jour. Voici le nom de ces différentes heures : Matines, Prime, Tierce, Sexte , Noue, Vêpres et Complies. Cette division est de la plus haute antiquité \ Les Laudes, qu'on compte quelcjucfois pour une huitième heure, font partie des Matines ou de l'office de la nuit. C'est donc sur la vénérable autorité d'une tradition de trois mille ans qu'est établie la division de l'office en sept heures, adoptée par l'Église. Mais cette tradition ellemême, sur quoi repose-t-elle? Sur les admirables harmonies du nombre sept avec Dieu , 1 homme et le monde.

i^ Le nombre sept est celui des dons du Saint-Es-

« Psal. cxviir.

* Isitlor. lib. 1 , de Ferles, offic. ; Ral),in Maur. lil). ii , de Instit. clen'c. ; la»il. lib. 1, de Instit. monach.; Hieron. in Exposii. Psal. cxviii; Cassian. lib. m, de Instit. cœnobit. c. 4. — Nous aimons à citer ces anciens vers, qui donnenl la raison des dlffOrcntcs heures de l'office en indiquant le mystère qu'on honore par chacune d'elles :

Matulijia ligat Chrislum qtii criinina purgal;

l'rinia replet spulis; rnus.iiu dat Terlia mortis;

Sevla cruci ncclil; l.itus ejus Nona biperlit;

Vcsppra de;ionil; tuinnlo Compléta rcponit.

prit. « L'antique serpent, dit la-dessus saint Jérôme, chassé du cœur humain, revient avec sept démons plus méchants que lui ; impossible à nous de lui résister, si nous ne sommes fortifiés par les sept dons du Saint- Esprit. C'est pour les obtenir que nous prions sept fois le jour \ » i" Le nombre sept est celui des sept péchés capitaux. C'est pour les éviter, ou pour nous relever si nous les avons commis , que nous prions sept fois le jour. 3° Tous les besoins spirituels et temporels du genre humain sont au nombre de sept, renfermés dans les sept demandes du Pater. C'est pour obtenir Tobjet de chacune de ces demandes que nous prions sept fois le jour. 4" Le nombre sept est celui des jours de la création et du repos de Dieu. C'est pour nous rappeler cette grande semaine qui vit sortir le monde du néant , et nous exciter à remercier Dieu de chaque partie de la création, afin qu'usant bien des créatures, nous parvenions au saint repos de l'éternité, que nous prions sept fois le jour. Les raisons de cette division septénaire de la prière existaient déjà il y a trois mille ans. Voilà le fondement de cette vénérable tradition, et la preuve de la profonde sagesse de l'Église catholique.

Rêveries que tout cela , diront peut-être les hommes légers , inaccoutumés à réfléchir. Rêveries tant qu'il vous plaira : nous aimons mieux rêver avec saint Jérôme, saint Basile, saint Augustin, Varron, que de raisonner avec vous *.

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