‹ Catéchisme de persévérance, ou, Exposé historique, dogmatique, moral et liturgique de la religion (volume 2)Chapitre 1 sur 29 · CHANOINE DB NEVERS · texte numérisé non relu

CHANOINE DB NEVERS

Jesus-Chrisius heri et hodie, ipse

et in secula. Hebr. , xiii, 8.

Je'sus-Christ hier, aujourd'hui et

dans tous les siècles.

Deus charitas est. l Jean., ir, 8.

Dieu est charité'.

GAUME FRÈRES, ÉDITEURS^ LIBRAfÉ'ES.

Rue du Pot-«de-JFer-Sainf-Syipi«e, ^

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AjIHTOI

DE PERSÉ\tR.«CB.

TBOISIÉHE PARTIE.

r^ LEÇON.

LK CHRISTIANISME ÉTABLI (l*"^ siècle).

Vie de l'Église, lutte éternelle. — Tableau du premier siècle, — Jour de la Pentecôte. — Discours de saint Pierre.— Confirmation de sa doctrine par des miracles. — Boiteux guéri. — Pierre et Jean mis en prison. — Eglise de Jérusalem. — Ananie et Sapbire. — — Election des sept diacres. — Martyre de saint Etienne.— Avantage de cette mort et de la persécution. — Prédication de l'Evangile dans la Palestine. — Simon le magicien- — Conversion de saint Paul.

L'histoire des quatre raille ans qui précèdent le Messie se résume en trois mots : Tout pour le Christ, le Christ pour l'homme *, l'homme pour Dieu.

L'histoire des dix -huit siècles écoulés depuis la naissance du Messie, et de tous ceux qui s'écouleront

' Le Christ pour l'homme ! Cette vérité sublime appartient à la foi. De peur que nous ne venions à l'oublier, l'Eglise catholique la proclame chaque dimanche sur tous les points du globe : Qui propter nos homines et propter nostram salutem descendit de cœlis, etc.

encore jusqu'à la fin des temps, se résume aussi en trois mots : Tout pour le Christ, le Christ pour l'homme, l'homme pour Dieu.

De celle admirable philosophie, avec laquelle on rend compte de tout, et sans laquelle on ne peut rendje comple de rien, il résulte que le salut du genre humain par Jésus-Christ est le terme de l'action divine dans le temps ; qu'au lieu de n'être rien dans le monde, comme le prétend l'indifférence de nos soins, le christianisme est le centre auquel tout aboutit, le pivot autour duquel roule tout le gouvernement de l'univers.

Avant la venue du Rédempteur, tout le dessein de Dieu est de réaliser sa naissance au temps et aux lieux prédits par les Prophètes et déterminés de toute éternité dans les conseils divins.

Après sa venue, tout le dessein de Dieu est d'établir, de conserver, de répandre par tout l'univers, d'individualiser à tous les hommes l'œuvre de sa Rédemption.

Nous avons vu jusqu'ici les événements, les empires, les rois et les peuples sous la main de Dieu, serrant, sans le savoir ou le sachant, le voulant ou ne le voulant pas, à la gloire du Messie ; le même spectacle nous attend sur la longue roule que nous allons parcourir.

Mais cet établissement du règne du Messie, sa propagation, sa conservation, ne se fera pas sans effort. La vie de l'Église sera une longue lutte ; cette lutte a commencé du jour où le mal entra dans le monde par le péché de nos premiers parents. Depuis ce moment, la vérité, le bien, chassé du cœur de l'homme, a fait effort

pour y rentrer. Il suit de là que l'Église catholique, dépositaire de la vérité, quoique toujours en guerre, n'attaque jamais.

Dès le jour de la chute de l'homme au Paradis terfestre, elle put dire au Démon ce qu'elle a dit à tous les hérétiques dans la suite des siècles : Pourquoi êtes- vous venu mettre la faux dans mon champ? Qui vous a donné le droit de vivre ici à discrétion ? Je suis la première, je possède avant vous, je suis fille du propriétaire; je prouve ma descendance, parce que je remonte jusqu'à lui; vous, vous êtes un nouveau venu. Où étiez-vous hier? En un mot, l'Église c'est le propriétaire qui, dépouillé injustement, vient proclamer ses droits et chasser les usurpateurs ; c'est le mal qui a attaqué, c'est lui qui attaque toujours, parce que c'est lui qui est venu le dernier.

Or, dans chaque siècle, il varie ses assauts afin de reprendre à l'Église une partie de ses conquêtes, ou de l'empêcher d'en faire de nouvelles ; mais toujours il est forcé de battre en retraite.

Ainsi, chaque siècle va nous présenter deux armées en présence. D'un côté le mal, l'erreur, le Démon, l'usurpateur du champ du Père de famille ; et de l'autre la vérité, le bien, l'Église, ou plutôt le Fils du Père de famille, vivant perpétuellement dans l'Église et soutenant les intérêts de son Père; d'un côté Satan et son étendard, de l'autre Jésus-Christ et sa croix.

Voici le bulletin du combat pendant le premier siècle :

/i. CATÉCHISME

Le Démon, voyant qu'on vient lui arracher le sceptre qu'il a usurpé, sonne l'alarme ; sous ses étendards accourent : 1° les Juifs; 2" les hérétiques, les Nicolaïtes, les Ébionites, les Corinthiens et plusieurs autres ; 3° les païens. Au Démon, Jésus-Christ oppose ses douie pêcheurs et leurs nouveaux disciples; la lutte est continuelle, sanglante.

La victoire n'est pas un instant douteuse; le Christianisme est partout vainqueur. Pour remplacer les Juifs qui refusent de se soumettre à la vérité, on voit accourir des millions de Païens, et le vrai Dieu est connu bien au delà des limites de la Judée.

Le Fils de Dieu avait révélé à ses Apôtres cette guerre éternelle ; }\ leur avait dit : * Je suis venu jeter une épée dans le monde; désormais la guerre sera entre tous ; entre le père et la mère, l'époux et l'épouse, le frère et la sœur ; vous serez en bulle à toules sortes d'attaques; mais ne craignez rien : toute puissance m'a été donnée au ciel et sur la terre. Vous me rendrez témoignage à Jérusalem, à Samarie, et jusqu'aux extrémités de la terre. Allez, enseignez, baptisez toutes les nations, voici que je suis avec vous tous les jours jusqu'à la consommation des siècles. » Instruits à sa divine école, les Apôtres savaient à fond toutes les vérités dont ils devaient être les prédicateurs et les martyrs. Le corps de l'Eglise existait, mais l'âme ou l'esprit qui devait l'animer n'était point encore descendu, car Jé^us n'était pas encore glorifié'.

' Joan., VII, .9.

DE l'ERSÉVÉRANCE. 5

Aussi, en quitlanl ses Apôtres pour remonter au ciel, le Sauveur avait-il eu soin de leur dire : «N'entreprenez rien, restez en prières jusqu'à ce que vous soyez revêtus de la force d'en haut. » Eh ! qu'auraient-ils pu entreprendre, faibles comme ils étaient?

Pleins de conûance aux paroles de leur Maître, les Disciples descendirent de la montagne des Oliviers, naguère théâtre des douleurs de l'Homme-Dieu , et aujourd'hui témoin de son dernier triomphe. Accompagnés de Marie, mère de Jésus, ils rentrèrent à Jérusalem et se renfermèrent au Cénacle, c'est-à-dire dans un appartement solitaire oîi rien ne pouvait troubler leur recueillement ni diminuer la ferveur de leurs prières. C'est ainsi qu'ils se préparaient à leur ministère redoutable, et qu'ils appelaient sur eux l'Esprit divin, qui devait par eux régénérer le monde. Jamais les dons de Dieu ne furent si dignement demandés, et nous ne pouvons mieux apprendre qu'à celte école comment on mérite de les obtenir.

Tout le temps néanmoins ne fut pas employé à l'oraison. Le Sauveur avait dit à ses Apôtres, en les choisissant comme les douze patriarches du peuple chrétien, qu'au temps de la régénération , lorsque le Fils de l'homme se serait placé sur le trône de sa majesté, à la droite de Dieu son Père, ils seraient eux-mêmes assis sur douze trônes, d'où ils jugeraient les douze tribus d'Israël.

Un de ces douze trônes était vacant par l'apostasie et la malheureuse fin de Judas; il fallait le remplir. Il

tonvenait de le faire avant que le Saint-Esprit, dont Jésus leur avait promis l'effusion, se fût répandu sur le collège apostolique. Pierre se leva donc au milieu de rassemblée, composée d'environ cent vingt Disciples, et lui dit qu'il fallait donner un successeur à Judas, dont il rappela en peu de mots la trahison et la mort tragique. Parmi ceux qui ont été à la suite du Seigneur Jésus, ajouta-t-il, durant tout le temps qu'il a vécu parmi nous, à compter depuis le baptême de Jean jusqu'au jour où ce divin Maître nous a quittés pour remonter au ciel, choisissez-en un qui rende avec nous témoignage à la vérité de sa résurrection. On présenta deux sujets : l'un fut Joseph, surnommé lejuste, l'autre fut Matthias. Tous deux étaient dignes de l'apostolat, si l'apostolat pouvait se mériter ; mais ni les Disciples assemblés, ni les anciens Apôtres, ni Pierre lui-même, ne voulurent se charger de la décision ; on convint de remettre cette élection au Seigneur, et tous les assistants lui adressèrent de concert celte fervente prière : Vous, Seigneur, qui sondez les cœurs, faites-nous connaître lequel des deux vous avez choisi. La prière finie, on tira au sort; il tomba sur Matthias : aussitôt il prit place parmi les apôtres.

Cependant la retraite des Disciples touchait à son terme : enfin le jour à jamais mémorable de la Pentecôte brilla sur le monde. Sur les neuf heures du malin, vers le temps où l'on faisait dans le temple l'oblalioD des pains de blé nouveau, voilà que tout ix coup on entend venir du riel comme le bruit d'un vent impé-

tueux, dont retentit toute la maison où les Apôtres sont assemblés. A ce premier prodige en succède un second plus surprenant encore et plus expressif. Ils voient paraître comme des langues de feu qui viennent se reposer sur la tête de chacun d'eux, admirable symbole de l'unité de croyance et d'amour qui allait régner sur le monde : ils sont tous remplis de l'Esprit saint. Dès ce moment, l'Eglise fut animée de sa vie divine et immortelle, et les douze pêcheurs de Galilée devinrent les Apôtres du Fils de Dieu et les coopérateurs de son ministère.

Changés en des hommes nouveaux, délivrés de toutes leurs anciennes faiblesses, courageux et pleins d'un zèle brûlant, ils se mettent à parler différentes langues suivant l'impression du Saint-Esprit.

Le bruit de ce prodige se répandit bientôt dans la ville. Ce jour-là, Jérusalem était remplie d'une multitude innorabrabl^d'enfants d'Abraham ; il en était venu celte année de toutes les parties du monde, et en plus grand nombre que d'ordinaire, parce qu'on était persuadé dans tout l'Orient que le Messie allait paraître. On courut en foule au Cénacle pour être témoin du prodige. Dans leur élonnement, tous se demandaient : Ces hommes qui parlent ne sont-ils pas tous Galiléens? Comment se fait-il que chacun de nous les entende parler en même temps la langue de son pays ?

Or, il y avait là des Parlhes et des Mèdes, des Elamiles, des hommes originaires de la Mésopotamie, des montagnes de la Cilicie, de la Cappadoce, du Pont,

de l'Asie proconsulaire, dont Ephèse était la capitale, de la Phrygie, de l'Egyple, de la Lybie, placée vers Cyrène, des Romains, des Juifs, des Arabes et des Cretois.

A la vue de tout ce peuple, Pierre, accompagné des Onze, prit la parole en ces termes : « Le prodige qui vous étonne est l'accomplissement sensible de la prédiction de Joël. Yoilâ, disait le Seigneur par la bouche de ce prophète, que dans les derniers temps du règne de la Synagogue je répandrai mon esprit sur toute chair ; alors je ferai paraître des prodiges dans le ciel et sur la terre, et vos enfants prophétiseront. » Il leur annonça ensuite la ruine prochaine de Jérusalem, en ajoutant que ceux qui croiraient au Seigneur ne seraient point enveloppés dans cette épouvantable catastrophe; que Jésus de Nazareth, qu'ils avaient crucifié, était véritablement le Messie promis à leurs pères, et les exhorta à se faire baptiser en soi^nom, pour recevoir la rémission de leurs péchés et les dons du Saint- Esprit.

Trois mille personnes converties et baptisées le même jour, tel fut l'efiTet de ce premier discours. Quel nouveau prodige que le changement opéré par la grtîce dans tant de cœurs! On voyait ces fidèles d'un jour, dociles aux instructions des Apôtres, assidus à la prière, communiant ensemble dans la fraction du pain, c'est-à-dire participant en commun au corps et au sang de Jésus- Christ, réellement présent sous les espèces du pain.

Dieu conOrmait la doctrine des Apôtres et la foi des

nouveaux fidèles par un grand nombre de miracles qui tenaient toute la ville dans une sainte frayeur. Un jour Pierre et Jean montaient au temple sur les trois heures après midi; c'était un temps de prière publique pour les enfants d'Israël. Déjà les pauvres se tenaient aux portes du temple pour demander l'aumône : dans tous les temps, on a supposé que ceux qui fréquentent le plus la maison de Dieu sont aussi les plus charitables.

Un homme de quarante ans, qui était né boiteux, et qui ne pouvait faire aucun usage de ses jambes, s'y faisait porter tous les jours. On le plaçait à la porte du temple nommée la Belle-Porte, et il demandait la charité à ceux qui entraient. Voyant venir Pierre et Jean, il leur demanda l'aumône. Les deux Apôtres le regardèrent, et Pierre lui dit : Regardez -nous. Persuadé qu'il allait recevoir quelque chose, le boiteux les regardait avec attention. Pour de l'or et de l'argent, lui dit Pierre, je n'en ai point; mais ce que j'ai je vous le donne. Au nom de Jésus de Nazareth, levez-vous et marchez. Tout en disant ces mots, Pierre prend cet homme par la main et l'aide à se lever. Aussitôt ses jambes sont affermies; il se met à sauter et à marcher. Bien assuré de sa guérison, il entre dans le temple avec les Apôtres, et se met de nouveau à sauter en présence de tout le peuple et à bénir Dieu.

Jamais miracle ne fut plus incontestable; l'admiration saisit tous les cœurs et devint, si l'on peut parler de la korte, une extase générale. On s'assembla en foulo

autour des deux Apôtres ; Pierre saisit ce moment pour prêcher de nouveau l'Evangile. Ce second discours fut si efficace, qu'il convertit cinq mille personnes.

Les sacrificateurs et le capitaine du temple, irrités d'uu si prodigieux succès, arrêtèrent les Apôtres et les mirent en prison. Pierre et Jean y passèrent la nuit; mais en perdant la liberté, ils ne perdirent rien de leur courage. Ce n'étaient plus ces hommes que la vue des ennemis de leur maître ou la voix d'une femme faisait trembler. Le lendemain le Sanhédrin, qui était le conseil souverain de la nation, s'assembla, et, s'élant fait amener les deux Apôtres, il leur demanda par quelle autorité ils agissaient. Pierre, rempli du Saint-Esprit, leur répondit avec assurance : Puisque c'est au sujet du bien qui a été fait à cet homme infirme qu'on nous interroge aujourd'hui, et que nous avons à déclarer au nom de qui il a été guéri, sachez tous, princes et prêtres, et que tout IsraOl l'apprenne ave^ vous, que c'est au nom de Noire Seigneur Jésus -Christ de Nazareth, que vous avez crucifié, mais que Dieu a ressuscité, que cet homme a été guéri.

Tout le conseil fut frappé d'étonnement en voyant la fermeté des Apôtres, qu'ils savaient n'être que des hommes du peuple. D'ailleurs le miracle était incontestable. Après avoir délibéré, les juges leur défendirent d'enseigner au nom de Jésus. Pierre et Jean leur répondirent avec une sainte intrépidité : Jugez vousmêmes s'il est juste de vous obéir plutôt qu'à Dieu ; pouvons-nous taire]|ce que nous avons vu et entendu, quand

DE PERSÉVÉRANCE. Il

Dieu nous ordonne de le publier? On leur fit de grandes menaces, néanmoins on les laissa aller.

De retour auprès des fidèles, les deux Apôtres racontèrent ce qui venait de se passer. Toute l'assemblée rendit grâces à Dieu en s'animantà publier plus hautement que jamais la divinité du Sauveur Jésus.

Le monde n'a jamais rien vu de plus admirable que celte Eglise de Jérusalem. Toutes les vertus y brillaient avec éclat; la charité surtout, cette grande verlu des Chrétiens, y régnait avec un empire absolu. Les fidèles vendaient leurs biens, en apportaient le prix aux pieds des Apôtres, qui le mettaient en commun. Il n'y avait point de pauvres parmi eux : tous ensemble n'avaient qu'une fortune, qu'un cœur et qu'une âme.

Cependant un de ces fidèles, nommé Ananie, de concert avec Saphire, son épouse, se rendit coupable d'un mensonge, en apparence bien léger. Cet homme avait un champ, il le vendit, et réserva secrètement une partie de la somme ; il apporta le reste aux pieds des Apôtres. Pierre lui dit : Ananie, pourquoi avez- vous permis à Satan de tenter votre cœur au point de vous faire mentir au Saint-Esprit et de retenir une partie du prix que vous avez reçu de votre champ? Cet héritage était à vous, rien ne vous obligeait à le vendre. Ce nest pas aux hommes que vous avez menti, c'est à Dieu. Au moment où le coupable écoutait les paroles de i'Apôlre, il tomba mort à ses pieds. On peut juger de la sainte frayeur que cette mort subite inspira à tous les fidèles ; de jeunes hommes qui étaient présents enle-

vèrent le corps, et, selon l'usage, ils allèrent Tenlerrer hors de la ville.

Pierre continua son instraction; elle dura près de trois heures. Il parlait encore lorsque la femme d'Ananie, qui ne savait rien de ce qui s'était passé, se présenta. Dites-moi, lui demanda saint Pierre, la somme que vous voyez ici, est-ce là tout l'argent qui vous est revenu de la vente de votre champ? Oui, répondit-elle. Pourquoi donc, reprit l'Apôtre, êles-vous convenue avec votre mari de tenter l'Esprit du Seigneur? Voilà que j'entends approcher ceux qui ont enterré votre mari; ils sont à la porte; ils vont vous porter en terre. A ces mots,Saphire tomba et mourut. Lesjeunes hommes qui avaient enterré son époux la portèrent auprès de lui.

Ce double exemple de sévérité eut son effet. Tous furent pénétrés de la grandeur de Dieu et de la terreur de sa justice. Chaque jour le nombre des fidèles augmentait : Jérusalem changeait insensiblement de face. Peut-être serait-elle devenue toute chrétienne, si ceux qui la gouvernaient n'eussent pas été pour la plupart des hommes impies et des maîtres sans religion. Ils cherchaient uniquement à renverser ce qu'ils appelaient la nouvelle secte ; mais les moyens par où l'Evangile s'étendait malgré leurs efforts déconcertaient leurs mesures. C'étaient des miracles constants, visibles, continuels. Pierre surtout les opérait sans le savoir; jusque-là qu'on exposait les malades dans la rue; qu'on les mettait sur leurs lits dans les places publiques, afln que Pierre venant à passer, son ombre du moins lou-

chât quelqu'un de ces malheureux et qu'ils fassent guéris de leurs infirmités. De toutes les villes voisines, on accourait à Jérusalem ; on y apportait les infirmes et les possédés, et tous étaient guéris.

Quel moyen pour la Synagogue de tolérer ces progrès de l'Evangile ! Le Prince des prêtres, outré de dépit, fit mettre les Apôtres en prison ; mais un Ange les délivra et leur ordonna d'aller au temple prêcher hardiment la parole de Dieu. C'est là qu'on les saisit de nouveau pour les amener devant le conseil de la nation. Nous vous avons défendu, leur dit le grand-prêtre, d'enseigner au nom de cet homme, et voilà que vous avez rempli Jérusalem de votre doctrine, et vous voulez faire retomber sur nos têtes le sang de cet homme.

Ah! voilà donc l'iniquité qui se ment à elle-même. Ce même Caïphe, ces mêmes Princes des prêtres n'avaient-ils pas été les premiers à demander que ce sang retombât sur leur tête et sur celle de leurs enfants? pourquoi maintenant le craignent-ils? pourquoi font-ils aux Apôtres un crime de les accuser de la mort de cet homme?

Sans se laisser intimider, Pierre leur répondit : Il faut obéir à Dieu plutôt qu'aux hommes. Cette réponse, pleine de dignité et de justesse, irrita tellement ces juges iniques, qu'ils songaient à mêler le sang des Disciples à celui du Maître; mais un membre du conseil, nommé Gamaliel, prenant la parole, leur fit ce raisonnement : Cessez d'inquiéter ces gens-là ; si leur projet est l'ouvrage des hommes, il tombera de lui-même ;

si c'est l'œuvre de Dieu, vainement vous essaierez d'en arrêter les progrès.

L'avis de Gamaliel fut adopté. Le conseil se relâcha sur l'arrêt de mort qu'il était près de prononcer; mais il fit honteusement flageller les Apôtres en leur défendant sévèrement de jamais parler au nom de Jésus; après cela, ils les remirent en liberté. Loin d'être humiliés et découragés, les Apôtres se retirèrent pleins de joie d'avoir été trouvés dignes de souffrir un outrage pour le nom de leur Maître.

Qui peut enchaîner les rayons du soleil? de même, qui peut enchaîner des langues que Dieu lui-même délie? Malgré les mauvais traitements et les défenses de la Synagogue, les Apôtres n'en continuèrent pas moins à publier la divinité du Sauveur.

Jusque-là ils s'étaient chargés de partager entre les nouveaux fidèles les aumônes dont ils étaient les dépositaires; mais le nombre des Disciples augmentant tous les jours, les Apôtres leur dirent : Il ne convient pas que nous abandonnions la prédication de la parole de Dieu pour veiller au service des tables et régler en détail ce qu'on doit fournir à chacun ; cherchez parmi vous, et choisissez sept hommes de bonne réputation, remplis du Saint-Esprit et doués du don de sagesse, afin que nous les chargions de cet emploi ; pour nous, nous partagerons notre temps entre la prière et la prédication de la parole.

La proposition des Apôtres fut acceptée d'une voix unanime ; on procéda à l'élection, et le sort tomba sur

Etienne, Philippe, Prochore,Nicanor, Timon, Parménas et Nicolas. Le choix fut ratifié par les Apôtres; ils prièrent tous ensemble sur les nouveaux élus, et, leur imposant les mains, leur conférèrent Tordre du diaconat, institué par Jésus-Christ pour donner aux évoques et aux prêtres des ministres inférieurs dans les fonctions saintes attachées à leur dignité.

Etienne, le premier des sept diacres, était un homme rempli du Saint-Esprit; Dieu faisait par son ministère une multitude de miracles qui propageaient rapidement l'Evangile. Les membres de la Synagogue voulurent disputer avec lui, mais Etienne les confondit tellement, qu'ils résolurent de le perdre. De faux témoins furent payés pour dire qu'Etienne blasphémait contre Moïse et contre Dieu. Le conseil de la nation s'assembla de nouveau ; l'innocent accusé fut condamné à mort. On s'empare de lui et on le conduit au lieu du supplice. Pendant qu'ils le lapidaient, le martyr invoquait Dieu et disait : Seigneur Jésus, recevez mon âme. Puis étant tombé sur les genoux, il dit à haute voix : Seigneur, ne leur imputez pas ce péché, car ils ne savent ce qu'ils font. Après ces paroles, il s'endormit dans le Seigneur.

Ainsi était mort sur le Calvaire le chef de tous les martyrs; ainsi devait mourir le premier de ses imitateurs et le modèle d'un million d'autres.

Etienne, triomphant dans le Ciel, n'était pas à plaindre. L'Eglise même, qui perdait à sa mort un ministre digne d'elle, profita en quelque sorte de sa perte. Dieu avait tellement ménagé les événements, qu'une perse-

cution s'élant élevée à celte occasion , la parole du salut, resserrée depuis la Pentecôte dans l'enceinte de Jérusalem, se répandit dans les provinces, et dès lors on put dire avec vérité que le sang des martyrs était la semence des Chrétiens.

On ne sait combien de temps dura la persécution contre la sainte Eglise de Jérusalem, ni combien de victimes innocentes elle immola; on sait seulement qu'un des plus ardents persécuteurs fut ce même jeune homme, nommé Saul, qui gardait les vêtements d'Elienne pendant qu'on le lapidait. Partisan dévoué des Pharisiens et des grands-prêtres, il en obtint d'amples pouvoirs. Nous apprenons de lui-même qu'il se transportait à Jérusalem dans toutes les maisons qui lui étaient suspectes de Christianisme ; il faisait traîner en prison les hommes et les femmes qui confessaient Jésus- Christ ; il les faisait cruellement tourmenter, et décernait contre eux des arrêts de mort dont il se hâtait de presser l'exécution.

Tant de violences ne purent intimider les Apôtres. Ils restaient constamment à Jérusalem ; mais ils obligèrent les nouveaux Disciples à se répandre dans les différentes contrées de la Judée et de la Samarie. Leur dispersion fut le salut des peuples.

Tandis que les Apôtres, demeurés à Jérusalem, cultivaient leurs premières conquêtes, les Disciples dispersés dans le pays prêchaient à tous les Israélites l'Évangile de Jésus-Christ. Ainsi, cette furieuse tempête, qui devait anéanlir l'EgUso naissante, ne fut qu'un vent

DE PERSKVÉRANCE. 17

favorable qui répandit au loin la bonne semence. 11 en a été de même de toutes les persécutions : les siècles suivants nous en offriront la preuve.

Le diacre Philippe descendit dans la Samarie, et prêcha Jésus-Christ dans la ville où il s'arrêta. Ses discours, soutenus par des miracles chaque jour répétés, disposaient les esprits à l'Evangile ; mais un magicien fameux, nommé Simon, les avait remplis de tant de préjugés, qu'il fallut du temps pour dissiper les illusions. Philippe y réussit avec tant de bonheur, qu'il convertit, et les peuples séduits, et le séducteur luimême. Simon renonça à la magie, confessa Jésus-Christ et reçut le baptême. Aussitôt que le saint diacre vit son ouvrage affermi, il s'empressa d'en rendre compte aux Apôtres. Cette nouvelle les combla de joie. Comme Philippe n'avait pas le caractère pour imposer les mains, c'est-à-dire pour donner la confirmation aux nouveaux baptisés, l'Eglise de Jérusalem envoya Pierre et Jean dans la Samarie pour administrer ce sacrement.

Dans ces premiers jours de l'Eglise naissante, Dieu ajoutait souvent aux impressions invisibles de son Esprit des dons sensibles qui se manifestaient au dehors, tels que le don de prophétie et le don des langues. Ce merveilleux spectacle piqua la curiosité de Simon. Rien ne lui parut plus glorieux et plus désirable que de pouvoir communiquer aux autres ces dons extraordinaires. Il offrit aux Apôtres une somme d'argent, en leur disant : Donnez -moi le pouvoir de faire descendre le Saint-Esprit sur ceux à qui j'imposerai les mains.

Que voire argent, lui répondit saint Pierre, périsse avec vous, puisque vous avez cru que le don de Dieu s'achetait à prix d'argent. A'ous n'avez rien à prétendre à ce ministère, car votre cœur n'est pas droit devant Dieu. Simon ne profita pas de cette remontrance. Au contraire, il devint l'ennemi personnel des Apôtres. La honte de son crime est demeurée pour toujours attachée à sa mémoire, et après dix-huit cents ans, on désigne encore par son nom le trafic des choses saintes projeté par cet impie.

Les Apôtres ayant fait dans la Samarie ce qu'ils s'étaient proposé d'y faire à la gloire de la Religion, retournèrent à Jérusalem. Philippe continua sa mission, et convertit un des ministres de Candace, reine d'Ethiopie, qui était venu adorer ;» Jérusalem. Ensuite il parcourut tout le pays depuis Azot jusqu'à Césarée. La paix régnait encore dans ces contrées éloignées; mais elle n'était pas rétablie dans la capitale. La haine publique y était toujours également allumée, et Saul continuait de la servir avec la môme chaleur.

Un jour qu'il était tout occupé de ses projets contre les Disciples de Jésus crucifié, il apprit qu'à Damas un bon nombre d'Israélites avaient quitté Moïse pour suivre Jésus de Nazareth. Sur-le-champ il alla trouver le Grand-Prétre, cl lui demanda des lettres et des pouvoirs pour les synagogues de cette ville, afin qu'on lui laissât la liberté de faire saisir les prévaricateurs et de les conduire enchaînés à Jérusalem. Sa proposition fut accueillie, ol il partit pour Damas, accompagné de quel-

ques officiers sous ses ordres. Comme un tigre allérù de sang court vers une bergerie, de même Saul précipitait sa marche, ne respirant que le sang et le carnage, lorsqu'il fut subitement arrêté.

Au milieu d'un beau jour, dit-il lui-même en racontant sa conversion au roi Agrippa, je fus ébloui par une lumière venue du ciel ; elle m'inveslil tout entier aussi bien que la troupe que je conduisais. Frappés comme d'un coup de foudre, nous tombâmes à la renverse. En même temps, j'entendis une voix qui me disait : Saul, Saul, pourquoi me persécutez-vous? Seigneur, répondis-je, qui êles-vous? Je suis, reprit la voix, je suis Jésus de Nazareth à qui vous faites la guerre. Ne vous obstinez pas plus longtemps ; il vous serait funeste de regimber contre l'aiguillon. Tremblant et confus, je n'eus que la force de dire ces deux mots : Seigneur, que voulez-vous que je fasse ? Levez-vous, me dit le Seigneur, entrez dans Damas, là vous apprendrez ce que \ous aurez à faire. Je me relevai, mais j'étais devenu aveugle. Ceux qui m'accompagnaient me conduisirent par la main jusqu'à Damas ; j'y restai trois jours sans boire ni manger.

Or il y avait à Damas un Disciple de Jésus, nommé Ananie. Le Seigneur lui apparut et lui dit : Allez dans la rue qu'on nomme la Rue-Droite, cherchez dans la maison de Jude, un homme de Tarse, nommé Saul. Seigneur, répondit Ananie, j'ai appris tous les maux qu'il a faits à vos Saints de Jérusalem ; je sais qu'il est venu à Damas pour arrêter tous ceux qui invoquent

W CATKCniSME

voire nom. Allez, Ananie, reprit le Seigneur, ne craignez rien : j'ai fait de Saul un vase d'élection que je destine à porter mon nom devant les Gentils, devant leurs Rois et devant les enfants d'Israël. Ananie rassuré se mit en chemin. Etant entré dans la maison, il met les mains sur les yeux de Saul, et lui dit : Saul, mon frère, le Seigneur Jésus, qui vous a apparu sur voire route, m'a envoyé vers vous afln que vous recouvriez la vue et que vous soyez rempli du Saint-Esprit. Ananie parlait encore, qu'il tomba des yeux de Saul comme des écailles. Il recouvra la vue, et reçut le baptême.

PRIÈRE

O mon Dieu ! qui êtes tout amour, je vous remercie d'avoir choisi d(^s Apôtres pour annoncer votre Evangile, non-seulement aux Juifs, mais encore aux Gentils. Faites-nous la grâce de recevoir votre sainte parole avec la môme docilité que les fidèles de Jérusalem.

Je prends la résolution d'aimer Dieu par-dessus toutes choses, et mon prochain comme moi-môme pour l'amour de Dieu ; et, en témoignage de cet amour, j'étudierai avec soin cette troisième partie du Catéchisme.

DE PERSÉVKRANCE. 21

PETIT CATÉCHISME

LE CHRISTIANISME ÉTABLI

(Premier siècle.)

Q. Que firent les Apôlres après l'ascension du Sauveur?

R. Après l'ascension du Sauveur, les Apôtres retournèrent à Jérusalem avec la sainte Vierge ; ils entrèrent au Cénacle pour attendre dans la prière et la méditation la descente du Saint-Esprit. Enfln, le jour de la Pentecôte, leurs vœux furent accomplis ; le Saint-Esprit descendit sur chacun d'eux.

Q. Racontez l'histoire de ce miracle.

jR. Vers les neuf heures du matin, un grand bruit comme celui d'un vent violent se fît entendre dans toute la maison où les Apôlres étaient assemblés. En même temps il parut comme des langues de feu qui vinrent se reposer sur la tête de chacun d'eux. Aussitôt ils parlèrent diverses langues. Changés en des hommes nouveaux, pleins de zèle et de courage, ils sortirent aussitôt pour annoncer Jésus crucifié. Une multitude de peuple ayant appris ce qui venait d'arriver, accourut au Cénacle : il y avait des hommes de toutes les nations qui parlaient diverses langues, néanmoins tous comprenaient les Apôtres. Ce miracle, joint au discours de saint Pierre, convertit sur-le-champ trois mille personnes.

2â CATÉCHISME

Q. Que firent ensuite les Apôtres ?

R. Les Apôtres baptisèrent les nouveaux fidèles, et Pierre et Jean se rendirent au temple. A la porte du temple était un homme d'environ quarante ans, boiteux de naissance, qui demandait l'aumône. Il la demanda aux Apôtres. Pierre lui dit : Je n'ai ni or ni argent; mais ce que j'ai je vous le donne : au nom de Jésus de Nazareth, levez-vous et marchez. Et le boiteux se leva et fut guéri. Il entra tout joyeux dans le temple avec les Apôtres. Pierre prêcha de nouveau, et ce second discours convertit cinq mille personnes.

Q. Que firent les Princes des Prêtres ?

R. Les Princes des Prêtres et toute la Synagogue, effrayés des progrès de l'Evangile, firent arrêter les Apôtres et leur défendirent de prêcher au nom de Jésus de Nazareth. Les Apôlres leur répondirent : Il faut obéir à Dieu plutôt qu'aux hommes. Et les Apôlres continuèrent leur mission. On les fit arrêter une seconde fois et cruellement battre de verges. Les Apôtres se retirèrent pleins de joie d'avoir été trouvés dignes de souffrir un outrage pour le nom de leur divin Maître. Les Juifs, plus irrités que jamais, condamnèrent saint Etienne à être lapidé.

Q. Quel fut l'effet de cette persécution ?

JR. L'effet de cette persécution fut entièrement favorable à l'Evangile. Les Apôtres resteront c'i Jérusalem, mais ils obligèrent une partie des Disciples à se répandre dans la Samaric et dans la Judée. Partout ils prêchaient Jésus crucifié, et faisaient un grand nombre de

conversions. Le diacre Philippe vint dans la Samarie, où il convertit un fameux magicien nommé Simon. Il baptisa aussi un des ministres de la reine d'Ethiopie, qui était venu à Jérusalem pour adorer le vrai Dieu. Saint Pierre et saint Jean vinrent donner la Conflrmation aux nouveaux fidèles. Simon le magicien voulut acheter le pouvoir de donner le Saist-Esprit. Il avait en cela de mauvaises intentions ; saint Pierre l'exhorta à rentrer en lui-même, il n'obéit point, et devint dans la suite l'ennemi particulier des Apôtres.

Q. Quel était alors le plus ardent persécuteur de l'Eglise?

R. Le plus ardent persécuteur de l'Eglise était un jeune homme nommé Saul. Il apprit qu'il y avait des Chrétiens à Damas, c'est pourquoi il demanda au Grand- Prêtre le pouvoir de les faire arrêter et de les conduire enchaînés à Jérusalem. Il partit avec un certain nombre d'officiers sous ses ordres ; mais il fut tout à coup arrêté au milieu de son chemin : une vive lumière l'environna, il tomba à la renverse, et une voix se fit entendre, qui lui disait : Saul, Saul, pourquoi me persécutezvous ? Saul, effrayé, répondit : Seigneur, qui êtes-vous? Je suis Jésus de Nazareth que vous persécutez. Que voulez-vous que je fasse ? Allez à Damas, et on vous dira ce que vous devez faire. Il s'y rendit, et fut baptisé.

PRIÈRE

0 mon Dieu ! qui êtes tout amour, je vous remercie d'avoir choisi les Apôtres pour annoncer votre Evangile,

non-seulement au\ Juifs, mais encore aux Gentils. Faites-nous la grâce de recevoir votre sainte parole avec la même docilité que les fidèles de Jérusalem.

Je prends la résolution d'aimer Dieu par-dessus toutes choses, et mon prochain comme moi-même pour l'amour de Dieu; el, en témoignage de cet amour, j'étudierai avec soin cette troisième partie du Catéchisme.

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