IP LEÇON
LE CHRISTIANISME ÉTABLI. ( Suile dU 1" sièclc.)
L'Evangile passe aux Gentils. — Baptême du centurion Corneille.— Missions de saint Pierre. — De Césarée, il part pour Antioche. — Il en est le premier évêque. — Il prêche dans toute l'Asie. — Il part pour Piome. — 11 convertit le sénateur Pudeutius et combat Simon le magicien. — 11 retourne à Jérusalem, où il est mis en prison par ordre d'Hérode Agrippa. — 11 est délivré par un ange. — Il revient à Rome. — Saint Marc écrit son Evangile. — Saint Pierre retourne à Jérusalem. — Concile de cette ville. — Saint Pierre revient à Rome. — Abrégé de la vie de saint Paul. — 11 prêche à Damas, à Césarée, à Antioche, en Chypre, où il prit le nom de Paul. — 11 vient à Rome, puis retourne en Asie. — Miracle qu'il opère à Lystre. — Il vient à Philippe, ville de Macédoine. — 11 y est arrêté et délivré.
Les Apôtres qui avaient accompagné le Sauveur durant sa vie publique étaient nommément et spécialement chargés de cultiver la Palestine. C'est aux enfants de Jacob qu'ils étaient d'abord envoyés, ainsi que Jésus- Christ l'avait été par son Père. Mais la Synagogue s'endurcissait de jour en jour ; la ville déicide approchait de sa ruine; l'ancien peuple touchait à sa dernière heure. Pour cela, le Soleil de justice qui s'était levé sur la Judée ne devait pas s'éteindre; il devait passer à d'autres peuples et éclairer de nouvelles régions. C'est ce transport merveilleux de l'Évangile que nous allons raconter.
Représentez-vous un foyer lumineux d'où parlent douze rayons qui se dirigent dans des directions opposées et qui atteignent jusqu'aux extrémités du monde, et vous aurez une image de la propagation évangélique. Ce foyer lumineux, c'est le Cénacle, c'est l'Église de Jérusalem ; ces douze rayons qui s'échappent dans des sens opposés, ce sont les douze Apôtres. Partis de Jérusalem, les uns se dirigent vers l'Orient, les autres vers le Midi, ceux-là vont au Nord, ceux-ci viennent au Couchant; la terre entière, jusqu'à ses extrémités les plus reculées, reçoit la visite de quelqu'un de ces nouveaux conquérants. Faisons la biographie de chacun d'eux, étudions leur marche rapide : nous les suivrons à la trace de leurs bienfaits et de leur sang. Commençons par saint Pierre.
C'en était fait : les Juifs allaient être rejetés et les Païens appelés à l'Evangile; mais il fallait que ce fût Pierre, chef de tout le troupeau et premier pasteur des étrangers aussi bien que des enfants du royaume, qui leur en ouvrît la porte. Chef de tout le troupeau et pasteur suprême des étrangers aussi bien que des enfants du royaume, il paraît partout le premier. Un jour donc qu'il était en prière, Dieu lui fit connaître que le moment était venu de faire entrer les nations dans le bercail du divin Pasteur. En même temps, il y avait à Césarée un officier romain nommé Corneille, commandant d'une cohorte dans la légion Italique; c'était un homme rempli de religion et de crainte de Dieu, qui faisait d'abondantesi aumônes accompa-
gnées de ferventes prières. L'Ange du Seigneur lui apparut et lui dit : Corneille, vos prières et vos aumônes sont montées jusqu'au trône de Dieu ; envoyez à Joppé chercher un homme appelé Simon et surnommé Pierre; il demeure chez un autre Simon, corroyeur, dont la maison est près de la mer ; c'est de lui que vous apprendrez ce que vous avez à faire. L'Ange ayant disparu, Corneille appela deux de ses domestiques et un soldat craignant Dieu, et les fit partir incontinent pour Joppé. On comptait environ quinze lieues de Césarée à Joppé ; ils ne purent arriver que le lendemain, sur l'heure de midi.
S'étanl présentés à la demeure de Simon le corroyeur, ils demandèrent si ce n'était pas là que logeait Simon, surnommé Pierre. Comme ils parlaient encore, Pierre parut, et repartit avec eux pour Césarée. Il y baptisa le vertueux officier et toute sa famille. Telles furent les heureuses prémices de l'Eglise des nations.
De Césarée, Pierre se rendit à Anlioche, où l'Évangile faisait de rapides conquêtes ; c'est là que les Disciples du Sauveur commencèrent à porter le nom de Chrétiens. Ce nom n'avait alors rien que d'honorable parmi les Gentils; il ne traînait encore après soi ni persécutions ni supplices ; et tandis que les Juifs le blasphémaient à Jérusalem, il était en honneur dans le centre de l'idolâtrie. Dans le partage que les douze pêcheurs firent entre eux de l'univers, saint Pierre fut destiné à porter l'Évangile dans la Capitale du monde romain; mais il n'exécuta pas sitôt ce dessein : le rao-
ment de la Providence n'était pas arrivé. En l'attendant, saint Pierre fut établi, du consentement commun des Apôtres, évêque d'Anlioche, qui était la capitale de la Syrie. On croit qu'il gouverna cette Église pendant sept ans ; cela ne veut pas dire qu'il y soit demeuré durant tout ce temps. En effet, durant cet intervalle, l'infatigable Apôtre prêcha aux Juifs répandus dans toute l'Asie, dans le Pont, dans la Galatie, dans la Bithynie et dans la Cappadoce. Malgré ces pénibles travaux, ce vicaire du Fils de Dieu menait une vie extrêmement frugale. Saint Grégoire de Nazianzc nous apprend qu'il se contentait de manger par jour pour un sou de lupins, qui sont une espèce de pois ou de fèves'.
Pierre, enrichi de tant de dépouilles remportées sur le démon, entreprit d'aller le combattre jusque dans Rome. 0 merveille ! ce même homme, qui avait tremblé devant une servante, ne craint point maintenant de s'engager dans une ville, semblable à une vaste forêt remplie de bêtes furieuses; son courage, en cette occasion, fut plus grand que lorsqu'il marcha sur la mer. Mais d'où venait tant d'intrépidité? de cet amour ardent que Jésus-Christ lui avait inspiré pour ses brebis en les conGanl à sa conduite. Pierre vint à Rome, de l'avis des autres Apôtres, qui l'avaient destiné pour la Capitale du monde, afin que la lumière de la vérité se répandît avec plus de promptitude el d'efficacité de la
' Orat., XVI, p. 241.
DE PERSE V^JIANCE. 29
tête sur tout le corps, aucun endroit de l'Empire ne pouvant ignorer ce qui se passait à Rome.
Ce fut la seconde année du règne de l'empereur Claude, la quarante-deuxième de Jésus-Christ, que le pêcheur galiléen entra dans la ville des Césars. Il planta l'arbre sacré de l'Évangile au centre même de l'idolâtrie ; et comme cette plante toute nouvelle était encore faible, Dieu, pour lui donner le loisir de croître dans la paix, inspira à l'empereur Claude un esprit de douceur et de bonté pour les peuples ; il étouffa en peu de jours des révoltes très-dangereuses, prêtes à renverser l'Empire. Ainsi l'État même profita de la grâce que Dieu faisait à la ville de Rome en lui envoyant son Apôtre.
Entre autres conversions que saint Pierre fil à Rome dans ce premier voyage, on compte celle du sénateur Pudentius, chez qui il logea*. Il célébra chez lui les divins mystères et consacra la première église de Rome, c'est-à-dire la première maison où les Chrétiens s'assemblaient. L'ApOlre combattit Simon le magicien-; cet imposteur, au lieu de profiter de la remontrance que saint Pierre lui avait faite à Samarie, était devenu plus endurci que jamais. Il se livra avec plus d'ardeur à la magie, parcourant diverses provinces, et, poussé par le démon, il vint à Rome vers l'empereur Claude, afin de se saisir le premier de la capitale du monde. Il y fit un si grand nombre de prestiges, qu'il fut mis au
* Baron., 44.
* Eusèb., li\. II, (•• l'i.
nombre des dieux par le Sénat'. Saint Pierre ruina le crédit de cet imposteur ; néanmoins sa victoire ne fut complète que plus tard.
En attendant, l'Apôtre repartit pour l'Orient. L'année suivante, ou au plus tard l'an 44, il célébra la fête de Pâques à Jérusalem. Hérode, surnommé Agrippa, avait renouvelé la persécution contre les Chrétiens; déjà il avait fait mourir saint Jacques, frère de saint Jean l'Évangéliste. A cette mort si injuste, il voulut ajouter celle de saint Pierre. Le chef de l'Église fut donc arrêté et jeté dans une étroite prison, chargé d'une double chaîne ; il y était gardé par seize soldats, divisés en quatre bandes, pour se succéder les uns aux autres. Deux étaient nuit et jour auprès du prisonnier, peutêtre même leur était-il attaché par ses chaînes, suivant la coutume ordinaire des Romains ; deux autres faisaient sentinelle devant la porte.
Toutes les précautions d' Agrippa ne servirent qu'à rendre plus incontestable le nouveau miracle que Dieu voulait opérer. L'Église de Jérusalem s'était mise en prières pour oblenir la délivrance de son père; Dieu l'accorda. La nuit même qui précédait le jour destiné au supplice de saint Pierre, un Ange descendit dans la prison et éveilla cet Apôtre, qu'un péril si pressant n'empêchait pas de dormir. L'Ange lui dit de s'habiller et de le suivre. En même temps, il rompit ses chaînes, lui ouvrit les portes, et le mena, au travers de deux
' s. Just., apol. II, p, C9. — Eusèb., liv. ii, c. 14.
corps de gardes, avec une lumière que lui seul voyait, jusqu'au delà d'une dernière porte qui était de fer; il le conduisit encore le long d'une rue et disparut. Saint Pierre, qui jusque-là avait regardé comme un songe tout ce qui se passait, comprit seulement alors que Dieu l'avait véritablement délivré.
Ayant reconnu où il était, il s'en alla frapper à la porte de la maison de Marie, mère de Jean Marc*, où un grand nombre de fidèles étaient en prières. Une servante, nommée Rhodes, vint pour savoir qui c'était; elle écoule, elle reconnaît la voix de Pierre. La surprise et la joie la saisissent; au lieu de songer à ouvrir, elle court toute transportée dire aux Chrétiens : Pierre est à la porte. — Vous êtes folle, lui dirent-ils. — Pas du tout, reprit-elle ; c'est bien lui. — Vous vous trompez, ajoutèrent-ils; c'est son bon Ange. En attendant, Pierre, que Rhodes avait laissé dans la rue, continuait de frapper. On ouvrit, il entra, on le reconnut: il ne faut pas demander quelles furent la surprise et la joie de tous les fidèles. Pierre leur fit signe de la main de se taire, et il leur raconta comment Dieu l'avait délivré.
Dès que le jour parut, Agrippa fut informé que son prisonnier avait disparu, et fit donner la question aux soldats ; mais n'ayant rien pu en apprendre, il les fil conduire au supplice. L'Église, qui avait demandé à Dieu la délivrance de son chef par tant de prières, lui
* Saint Jean Marc était disciple et cousin de saint Barnabe.
en rend grâce tous les ans, le premier jour d'août, dans la fête de saint Pierre ès-Uens.
L'Apôtre, ne se trouvant pas en sûreté dans la maison de Marie, se retira dans un autre lieu. Bientôt il repartit pour Rome, d'où il écrivit sa première Epître. Elle est adressée aux fidèles du Pont, de la Galatie,de l'Asie et de la Cappadoce. Quoiqu'elle soit particulièrement pour les Juifs convertis, répandus dans toutes ces provinces, elle parle aussi aux Gentils qui avaient embrassé la foi. On y trouve une dignité et une vigueur dignes du prince des Apôtres. Saint Marc avait accompagné saint Pierre dans ce second voyage de Rome. C'esldans cette ville qu'il écrivit son Evangile à la prière des Chrétiens, et particulièrement des chevaliers romains à qui saint Pierre avait annoncé Jésus-Christ *. Après l'avoir écrit, saint Marc le porta en Egypte, où il fut envoyé par saint Pierre, l'an 49. L'Apôtre lui-même retourna bientôt en Orient.
L'an 51 de Jésus-Christ, il se trouvait au concile de Jérusalem. Il y fut décidé qu'on n'obligerait pas les Gentils convertis à la foi de se soumettre aux observances mosaïques, comme le voulaient certains Juifs devenus Chrétiens. Les Apôtres exprimèrent leur décision, à laquelle toute l'Eglise se soumit, par ces remarquables paroles : // a paru bon au Saint-Esprit et à nous, qui marquent et la toute-puissance et l'infaillibilité du collège apostolique. Après le concile de Jéru-
' Eusèl»., Ht, II, c. li.
salern, saint Pierre continua avec la même ardeur d'accomplir sa grande mission de gouverner et de paître les agneaux et les brebis. Le temps de recevoir avec la couronne du martyre la récompense de ses travaux n'était pas éloigné.
Le Sauveur, qui, après sa résurrection, lui avait révélé de quelle manière il devait glorifier Dieu dans sa vieillesse, lui fit connaître plus tard le temps et le lieu où cela devait arriver. Sachant donc qu'il devait bientôt quitter son corps mortel, saint Pierre voulut profiter du peu de temps qui lui restait pour réveiller la piété des fidèles, et les faire souvenir des vérités qu'il leur avait enseignées. C'est pour cela qu'il écrivit sa seconde Epître. Comme la première, elle est adressée aux fidèles du Pont et de l'Asie. Cette lettre est comme le Testament du chef de l'Eglise. Après l'avoir écrite, le Père commun des Chrétiens se rendit à Rome, où il savait que son sacrifice devait se consommer. C'était l'an G5 après la naissance de Jésus-Christ.
L'arrivée de saint Pierre à Rome y augmenta beaucoup la Religion ; mais le démon, furieux de voir son empire diminuer de jour en jour, épuisa tout ce qu'il avait d'artifice et de haine pour arrêter les progrès de l'Evangile. Une persécution violente s'alluma tout à coup, elle devait procurer à saint Pierre la couronne du martyre. Avant de raconter sa mort, nous allons faire connaître celui qui devait en être le glorieux compagnon, et partager sa victoire après avoir partagé ses combats.
Ce nouveau conquérani, sorti de la Judée pour soumettre le monde à l'empire de la Croix, s'appelle Saul. Né à Tarse, ville de Cilicie, il était de la race d'Abraham et de la tribu de Benjamin. 11 était aussi par sa naissance citoyen romain. Car les habitants de Tarse, qui avaient toujours eu beaucoup d'affection pour la maison des Césars, ayant beaucoup souffert pendant que Cassius, l'un des assassins de Jules-César, était maître de l'Asie, Auguste se crut obligé de les récompenser. Aux honneurs et aux bieçs dont il les gratifia, il ajouta le droit de bourgeoisie romaine.
Le jeune Saul fut envoyé à Jérusalem, et élevé par un célèbre docteur nommé Gamaliel. C'était une pratique fort commune parmi les Juifs de faire apprendre un métier à ceux qui étudiaient les saintes lettres, soit afin qu'ils eussent toujours un moyen de gagner leur vie, soit pour leur faire éviter les dérèglements qui naissent de l'oisiveté. Ainsi, on peut croire que ce fut dans ce temps-là qu'il apprit le métier de faiseur de tentes, qu'il exerçait même en prêchant l'Evangile. Pharisien zélé, Saul se déclara le persécuteur des Chrétiens. Mais ayant été, comme nous l'avons vu, converti sur la roule de Damas, il devint le plus ardent propagateur de l'Evangile.
La conversion des Gentils, telle fut sa mission. Il prêcha d'abord à Damas, puis se retira dans l'Arabie ; après un séjour d'environ trois ans, il revint à Damas. Les Juifs, ne pouvant plus souffrir l'avantage que l'Eglise retirait de sa conversion et de ses discours, pri-
rent la résolution de le mettre à mort. Saul en fut instruit. Les Disciples, qui craignaient pour sa vie, le descendirent durant la nuit dans une corbeille, par une fenêtre qui était à la muraille de la ville. Délivré du danger, Saul prit la roule de Jérusalem pour voir saint Pierre. Il convenait qu'avant de partir pour sa grande mission, il rendît hommage au chef de l'Eglise.
De Jérusalem Saul se rendit à Gésarée, de là dans la Cilicie, et passa quelque temps à Tarse, où il était né. C'est là que saint Barnabe, son ami, qui prêchait à Antioche, vint le chercher pour prendre part à ses travaux. Il vint le chercher, dit saint Chrysostôme, non-seulement comme son ami particulier, mais comme un général de l'armée chrétienne, comme un lion, comme une lampe brillante, comme une bouche capable de se faire entendre dans toute la terre *.
Saul demeura un an entier à Antioche : ses prédications se multipliant, procurèrent à cette ville un honneur qui la rend illustre dans tout l'univers. C'est là que les Disciples commencèrent à porter le nom de Chrétiens; ce nom leur fut donné par les Apôtres eux-mêmes.
Pendant que Saul était à Antioche, une grande famine se fit sentir en Orient. C'était la quatrième année du règne de l'empereur Claude, la quarante-troisième de Jésus-Christ. Dieu, qui faisait servir tous les événements à l'établissement de l'Evangile, trouva dans cette famine le moyen de rendre les Chrétiens recommandables, et d'unir les Gentils, qui composaient la plus
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grande partie de l'Eglise d'Antioche, avec les Juifs qui avaient embrassé la foi dans la Judée. Ceux-ci avaient quitté leurs biens ou en avaient été dépouillés ; c'est pourquoi les fidèles d'Antioche résolurent de venir à leur secours. Saul et Barnabe se chargèrent de leurs aumônes. Etant partis pour Jérusalem, ils les mirent entre les mains des prêtres.
De retour à Antioche, ils reçurent l'imposition des mains, et résolurent de quitter celte ville chérie où la foi était désormais plantée et suffisamment affermie. Les deux amis résolurent de se rendre en Chypre. Cette île avait alors pour gouverneur le proconsul Sergius Paulus, homme sage et prudent; il désirait entendre la parole de Dieu, il envoya chercher pour cela Saul et Barnabe. Mais il avait auprès de lui un Juif magicien et faux prophète, nommé Barjesu, qui s'opposait aux Apôtres, et mettait tout en œuvre pour empêcher le proconsul d'embrasser la foi. Saul lui fit perdre la vue, et le réduisit à chercher quelqu'un pour le conduire. Frappé de ce miracle, le proconsul se convertit. On croit aussi que par cette cécité qui ne devait être que passagère. Dieu amollit le cœur de Barjesu, lui donna l'esprit de pénitence, el lui ouvrit les yeux de l'dme avec ceux du corps, afin qu'il vît et le soleil qui éclaire le monde des intelligences, el le soleil qui éclaire le monde matériel '. En mémoire de la conversion du proconsul, Saul prit le nom de Paul, et voulut marquer par là le glorieux triomphe que Jésus-Christ avait rem-
' Orij^. in F.xotl., xxii.
porté par le faible ministère du dernier de ses Apôtres.
Bientôt Paul et Barnabe partirent pour de nouvelles conquêtes. Après avoir parcouru, en évangélisant, une partie de l'Asie-Mineure, ils arrivèrent à Rome. C'est là, suivant la tradition commune, que l'Apôtre des nations convertit sainte Thècle, et lui persuada de consacrer à Dieu sa virginité. A Lystre, il guérit un homme perclus de ses jambes et qui n'avait jamais marché. Voici de quelle manière le miracle fut opéré. Parmi ses nombreux auditeurs, Paul remarqua cet infirme; éclairé d'une lumière divine, il lut dans son âme sa foi et son désir de connaître la vérité. Tout à coup, l'Apôtre s'interrompt au milieu de son discours, et d'une voix forte, il dit à cet homme : Levez-vous et tenez-vous droit sur vos pieds.
L'infirme éprouva bientôt quelle est l'efficace du commandement d'un Apôtre de Jésus-Christ qui parle au nom de son maître, et fit plus qu'on ne lui avait ordonné ; il se mit à sauter et à marcher devant tout le monde. Ce miracle eut un etfet prodigieux ; tous les assistants s'écrièrent : Ce sont des dieux déguisés sous une figure humaine. En un moment cette folle imagination s'empara de tous les esprits ; il ne restait plus qu'à leur donner chacun son nom, on n'en fut pas embarrassé. Barnabe était plus âgé que Paul, et d'une taille plus avantageuse : ils en firent Jupiter. Paul, qui portait la parole, et qui prêchait avec une grande éloquence, fut pris pour l'interprète du maître des dieux : ils en firent Mercure. Le prêtre de Jupiter accourut, apportant des
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couronnes pour les nouveaux dieux, et faisant amener des taureaux pour les immoler à leur honneur. Paul et Barnabe, voyant ce qui se passait, déchirèrent leurs vêtements, et se jetant au milieu de la foule, s'écrièrent de toutes leurs forces : Que faites-vous ? nous sommes des mortels, des hommes semblables à vous, qui venons vous conjurer de renoncer à vos vaines idoles, pour vous convertir au Dieu vivant qui a créé le ciel et la terre.
Ces paroles et l'horreur qu'ils témoignaient du culte sacrilège qu'on voulait leur rendre, empêchèrent à peine qu'on ne leur immolât des victimes. C'était un piège que le démon leur tendait. Us en sortirent en rendant gloire à Dieu par leur humilité, comme ils lui rendaient gloire par leur patience dans les persécutions. Us éprouvèrent bientôt combien ces applaudissements populaires sont des choses vaines et fragiles.
Pendant qu'ils contestaient encore avec les habitants idolâtres de Lyslre, des émissaires, envoyés par les Synagogues d'Antioche et d'Icône, arrivèrent ; par leurs déclamations ils tournèrent tellement l'esprit du peuple, qu'il soulTrit que ces Juifs lapidassent saint Paul. Le croyant mort, ils le traînèrent hors de la ville. C'est ainsi que Dieu le punit des pierres qu'il avait jetées contre saint Etienne par la main des autres, et qu'il expia la faute qu'il avait commise alors en concourant au même supplice.
Les Juifs étaient satisfaits, mais Paul n'était pas mort. Le jour même il rentra dans la ville. Pour ne pas irriter
davantage les persécuteurs, il en partit le lendemain et se rendit à Derbe avec saint Barnabe. De nombreuses victoires couronnèrent leur courage. Ils repassèrent à Lystre, à Icône, ordonnant des prêtres dans chaque église avec des prières et des jeûnes, exhortant les fidèles à persévérer dans la foi, et leur rappelant que c'est par beaucoup de tribulations que nous devons entrer dans le royaume de Dieu.
L'an 47 de Jésus-Christ, les deux Apôtres étaient de retour à Antioche. Paul n'y resta pas longtemps. Il porta l'Évangile dans la Cappadoce, le Pont, la Thrace, la Macédoine et jusque dans l'Illyrie. Semblable à une nuée divine poussée par le vent de la charité, ce vase d'élection courait par toute la terre pour y répandre la pluie vivifiante de la parole sainte. Cinq ans plus tard, il était à Philippe, ville de Macédoine. Il y convertit entre autres une marchande de pourpre, nommée Lydie. Elle reçut le baptême avec toute sa famille, et obUgea saint Paul et ses compagnons à loger chez elle, pour marque qu'ils la croyaient fidèle au Seigneur.
De cette maison, Paul s'efforçait de gagner à Jésus- Christ tous ceux qui se présentaient pour l'entendre. Un jour que les ouvriers évangéliques se rendaient à la prière, ils furent rencontrés par une fille possédée d'un démon qui l'instruisait de choses secrètes autant qu'un démon a pouvoir de le faire. Elle s'était mise au service d'une troupe d'imposteurs, et son maudit talent de divinatioD, dont les hommes de tous les temps ont été les
dapes, était une source féconde de richesses pour ses maîtres.
Comme nous passions, dit l'historien sacré, nous fûmes aperçus de celte fille qui se mit à nous suivre en criant : Ces hommes sont les serviteurs du Dieu Très- Haut, ils vous montrent le chemin du salut. Paul la laissa dire. A la fin, ennuyé de ces louanges artificieuses, il commanda au démon de sortir du corps de cette fille. Il fut obéi. Mais l'avarice cruelle qui possédait les maîtres de cette fille, les mit au désespoir de sa guérison. N'osant avouer leur passion, ils la colorèrent d'un crime d'État. Ils se saisirent de Paul et de Silas, les traînèrent sur la place publique où ils les présentèrent aux magistrats. Nous vous amenons, dirent-ils, deux hommes qui mettent le trouble dans la ville. Sans autre examen, les magistrats les firent battre de verge et jeter en prison. Le geôlier les mit dans un cachot et leur serra les pieds dans des ceps, ce qui les obligeait de demeurer couchés sur le dos sans pouvoir se tenir debout.
Tanl d'ignominies, bien loin de les abattre, les remplirent d'une joie divine ; de sorte qu'au milieu de la nuit ils se mirent â prier et à louer Dieu avec tant d'ardeur, que les autres prisonniers les entendaient. Dieu voulut faire voir quelle était la force d'une telle prière. Les fondements de la prison furent ébranlés, les portes s'ouvrirent, les liens même de tous les prisonniers furent rompus. Le geôlier s'étant éveillé, et voyant les portes ouverlos, crut que ses prisonniers s'étaient sauvés. Comme il en répondait sur sa tête, il prit son épée pour
se tuer. Saint Paul le vit, quoiqu'on n'eût point encore apporté de lumière, et lui cria : Ne vous faites point de mal, nous sommes tous ici. Le geôlier se fit apporter de la lumière, et, étant entré dans le cachot de Paul et de Silas, il tomba tout tremblant à leurs pieds. Il conduisit les Saints dans son logement, lava leurs plaies et leur servit à manger : Mes seigneurs et maîtres, leur dit-il, que faut-il que je fasse pour être sauvé? Ils lui répondirent : Croyez au Seigneur Jésus. Il crut et fut baptisé avec toute sa famille.
Dès qu'il fut jour, les magistrats envoyèrent des licteurs à la prison, avec ordre d'élargir les deux prisonniers. Le geôlier s'empressa de leur annoncer celte bonne nouvelle. Alors saint Paul, qui ne s'était pas plaint quand on l'avait battu de verges et mis en prison, prit la parole, et dit qu'il était bien étrange qu'on eût outragé comme on avait fait des citoyens romains, et qu'après cela on prétendît les faire sortir de prison en secret, sans leur faire aucune réparation *. Non, dit-il, cela ne peut se passer de la sorte, il faut qu'ils viennent eux-mêmes nous en tirer. Il était bien aise de leur donner de la crainte, afin que les fidèles de cette ville eussent plus de repos et de liberté. Les magistrats, saisis de crainte, vinrent à la prison, prièrent les deux saints de sortir et de s'éloigner. Paul se souvint toujours depuis des Chrétiens de Philippe. Eux, de leur côté,
' Les citoyens Romains jouissaient de grands privilèges : les lois défendaient surtout de les battre de verges. — Chrys. in Act., ho m il. 48.
l'aimaient tendrement. Ce furent ces enfants bien aimés qui plus lard vinrent à Corinthe apporter au grand Apôtre les choses dont il manquait. Ils tinrent la même conduite longtemps après lorsqu'il était prisonnier à Rome.
PRIÈRE
O mon Dieu! qui êtes tout amour, je vous remercie du zèle admirable dont vous avez rempli saint Pierre et saint Paul ; donnez-nous la docilité des premiers fidèles.
Je prends la résolution d'aimer Dieu par-dessus toute chose, et mon prochain comme moi-même pour l'amour de Dieu; et, en témoignage de cet amour, j'écouterai les instructions avec un grand désir d'en profiter.
PETIT CATÉCHISME
LE CHRISTIANISME ÉTABLI
(Premier siècle.)
Q. Que firent les Apôtres après avoir prêché l'Évangile dans la Judée ?
R. Après avoir prêché l'Évangile dans la Judée, les Apôtres se partagèrent le monde entier pour le soumettre à Jésus-Christ. Ils allèrent chacun de son côté. Nous allons les suivre dans le cours de leurs miss' ons. Nous commencerons par saint Pierre.
Q. Racontez son histoire.
jR. Le temps approchait où les Juifs ingrats allaient être rejetés, et les Gentils appelés à l'Évangile. Mais c'était le chef de l'Eglise qui devait leur en ouvrir la porte. Un jour que saint Pierre était en prière, Dieu lui fit connaître qu'il n'y aurait bientôt plus de distinction entre les Juifs et les Gentils, et ceux de ces deux peuples qui se convertiraient ne formeraient qu'une grande famille. En même temps, il y avait à Césarée un officier romain nommé Corneille. C'était un homme craignant Dieu. Il envoya chercher saint Pierre ; il reçut le baptême avec toute sa maison. Ainsi commença l'Église des nations. Après avoir instruit ces nouveaux fidèles, saint Pierre quitta la ville de Césarée.
O.Oùalla-t-il?
R. Il se rendit à Antioche, capitale de la Syrie. C'est là qu'il établit son siège. Il parcourut ensuite une grande partie de l'Asie, et vint à Rome pour combattre Simon le magicien. Le démon s'était empressé d'y envoyer cet imposteur afin de s'opposer à l'établissement de l'Évangile. Après avoir ruiné le crédit de Simon et converti un grand nombre de personnes, saint Pierre repartit pour l'Orient. Il se réunit aux Apôtres au concile de Jérusalem. Il y fut décidé qu'on n'obligerait pas les Gentils qui se convertiraient à suivre la loi de Moïse. Saint Pierre écrivit deux lettres aux fidèles répandus dans les différentes provinces de l'empire romain. On y trouve, avec la tendresse d'un père, la dignité du chef de l'Église. Il revint ensuite à Rome où l'attendait la couronne du martyre. Avant de raconter sa mort, il faut
faire connaître celui qui devait en être le compagnon et partager sa victoire après avoir partagé ses combats : c'est saint Paul.