‹ Catéchisme de persévérance, ou, Exposé historique, dogmatique, moral et liturgique de la religion (volume 2)Chapitre 24 sur 29 · Ô42 CATÉCHISME · texte numérisé non relu

Ô42 CATÉCHISME

De ce pas, il se rend auprès du pape Beuoîl l", sollicite avec ardeur, et oblienl la permission de porter la foi à ce peuple intéressant. Il part en effet ; mais bientôt, touché des gémissements du peuple de Rome, qui réclamait son diacre, le souverain pontife envoie des courriers sur les traces de Grégoire, qui avait déjà fait trois journées de chemin, pour l'obUger à revenir sur ses pas. Le mérite de l'obéissance put seul le consoler d'un contre-temps si fâcheux. Mais le jeune missionnaire n'oublia pas sa chère Bretagne. Devenu le pape saint Grégoire le Grand, il fut à peine monté sur la chaire de saint Pierre qu'il songea à exécuter le projet qui depuis si longtemps faisait battre son grand cœur. Les Bénédictins lui parurent dignes de celle mission. Il lit venir Augustin, prieur de leur monastère de Saint- André de Rome, et l'envoya dans la Grande-Bretagne, à la télé de quarante missionnaires.

La troupe apostolique partit avec courage et aborda au pays de Kent. Le roi, qui se nommait Ethelbert, accorda aux missionnaires une audience publique. Il les reçut sous un chêne, à la sollicitation des pr(^tres idolâtres, qui lui avaient dit que dans un tel lieu les enchantements des magiciens étrangers perdraient leur influence. Au jour marqué, Augustin fut conduit vers le roi : on portai! devant lui une croix d'argent et une bannière représentant le Rédempteur; ses compagnons le suivaient en procession, et l'air retentissait des chants pieux qu'ils exérui aient en chœur et tour à tour. Le roi les lit asseoir, alin de les entendre à loisir. « Nous

VOUS annonçons, lui dit Augustin, la plus heureuse nouvelle : Dieu, qui nous a envoyés, vous offre après cette vie un royaume infiniment plus glorieux et plus durable que celui d'Angleterre.

— Toilà de belles promesses, répondit le roi ; mais je ne veux point abandonner les dieux de mes pères pour une adoration nouvelle et douteuse. Cependant je ne vous empêche pas d'attirer à votre religion ceux que vous pourrez persuader; et comme vous venez de loin pour nous faire part de ce que vous croyez être le meilleur, je veux que vous soyez défrayés à mes dépens. » Celte réponse favorable les combla de joie, et ils s'avancèrent jusqu'à Cantorbéry, chantant dans le chemin la prière suivante : « Seigneur, dans votre miséricorde, détournez, nous vous en supplions, votre colère de celte cité et de votre saint temple ; car nous sommes pécheurs. Alléluia ^ »

La curiosité porta les Païens à visiter ces étrangers; ils admirèrent les cérémonies de leur culte, comparèrent leur vie à celle des prêtres païens, et apprirent à aimer une Religion qui inspirait tant de piélé,d'austérilé et de désintéressement. Ce fut avec un plaisir secret qu'Ethelbert vit un changement dans l'opinioa de ses sujets. Frappé lui-même de la vertu des missionnaires et des miracles qu'ils opéraient, il se convertit. A la fête de la Pentecôte en l'année 595 il se déclara Chrétien et reçut le baptême. Au jour de Noël

• Bède, I, 25.

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suivant, dix mille de ses sujets suivirent l'exemple Je leur souverain.

Le royal nùophyle devint bientôt un Apôtre. Pendant les vingt dernières années de sa vie, le pieux roi Ethelbert employa toute son influence à seconder les efforls des missionnaires, non par la violence, mais par ses exhortations particulières et par ses exemples. La conversion d'une seule âme lui paraissait une conquête forl précieuse, et il ne se croyait roi que pour servir le Roi des rois '.

Pour donner une forme durable à l'Eglise naissanle d'Angleterre, saint Augustin passa en France, et reçut la consécration épiscopale des mains de Yirgile, évéqne d'Arles et vicaire du saint Siège dans les Gaules. De retour en Angleterre, il produisit les fruits les plus abondants, parce que Dieu appuyait sa prédication par des miracles éclatants et multipliés. La moisson augmentant de jour en jour, le zélé moissonneur envoya à Rome pour y solliciter une recrue d'ouvriers évangéliques. Ils ramenèrent avec eux plusieurs fervents disciples de saint Grégoire. Avec cette nouvelle colonie de missionnaires, le saint pape envoya tout ce qui était nécessaire pour le service divin, comme des vases sacrés, des parements d'autel, des ornements d'église, des vêtements pour les prêtres et les clercs, des reliques des Apôtres et des martyrs, et un grand nombre de livres.

Il y ajouta une lettre pleine de conseils salutaires

' Lingarti, Hist. tVÀngl, t. 1, p. 122-127.

i>fc ['EKSÉVÉRANCE. 645

pour Augustin. «Prenez garde, lui disait-il, mon cher frère, de tomber dans l'orgueil et la vaine gloire à l'occusion des miracles que Dieu opère par vous au milieu de la nation qu'il a choisie. Tandis que Dieu agit par vous au dehors, vous devez vous juger intérieurement avec sévérité. Tâchez de bien comprendre ce que vous êtes, et quelle est l'excellence de la grâce accordée à un peuple pour la conversion duquel vous avez reçu le pouvoir de faire des miracles. Ayez toujours devant les yeux les fautes que vous pouvez avoir commises par paroles et par actions, afin que le souvenir de vos infidélités étouffe les mouvements d'orgueil qui voudraient s'élever dans votre cœur. Songez que ce don des miracles ne vous est pas donné pour vous, mais pour ceux dont vous devez procurer le salut. Vous savez ce que dit la Vérité même dans l'Evangile : Plusieurs viendront me dire : Tsous avons fait des miracles en votre nom ; et je leur répondrai : Je ne vous connais pas. » Connaissez-vous une meilleure preuve de la vérité des miracles de saint Augustin que la conversion rapide de l'Angleterre et ces avis si sérieux de saint Grégoire? L'Apôtre de la Grande-Bretagne mourut le 26 mai de l'an 604, conduisant au Pasteur des pasteurs un peuple entier converti par ses soins. Rien ne donne une plus haute idée de saint Augustin et du Christianisme que le changement merveilleux qui s'opéra en Angleterre. Avant l'arrivée des saints missionnaires, les Anglais étaient livrés à toutes sortes de vices et plongés dans la plus grossière ignorance. Ce qui prouve surtout

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lenr ignorance, c'est qu'en débarquant dans la Grande- Bretagne, ils ne connaissaient pas l'usage des lettres, et que loiil le progrès qu'ils firent dans les sciences jus-qu'au temps de saint Augustin se borna à augmenter l'alphabet des Irlandais. Ils étaient si cruels, qu'ils vendaient leurs enfants comme esclaves, inhumanité qu'on ne trouve point dans les Nègres d'aujourd'hui.

Mais la lumière de l'Evangile n'eut pas plutôt brillé aux yeux de ces peuples, qu'ils devinrent des hommes nouveaux et de vrais disciples du Sauveur. Les nobles et les rois rivalisèrent de ferveur et de piété avec le peuple. Par une merveille exclusivement réservée au Christianisme, on vit, dans l'espace de deux cents ans, (rente, tant rois que reines des Anglo-Saxons, descendre du trône au milieu de la faix et de la prospérité, pour aller se renfermer dans des cloîtres. Où est l'héroïsme? où est la force d'âme, si elle n'est pas dans le mépris des grandeurs humaines et de toutes les passions dont les plus fiers conquérants de l'antiquité furent les honteux esclaves * ?

Ce que les Bénédictins faisaient dans leurs monastères, pour la conservation des ouvrages anciens, un grand nombre d'autres communautés le faisaient également depuis le sixième siècle sur diflérents points du globe. Telles étaient entre autres les congrégations religieuses de Saint-Césaire, & Arles; de Saint-Ferréol, iiUzès; de Sainl-Colomban, ^i Luxeuil, etc. Il serait trop

' l'nyez Specd, Hist. de la Crande-Hret., p. 243, et Monasticon linglicAnuiH, préf.,'p. 9.

long de redire leurs immortels lravau\. D'ailleurs, une nouvelle phase de la grande luUe du mal contre le bien appelle toute notre attention.

Tandis que l'empire romain, attaqué, morcelé, démoli pièce à pièce par les Barbares du Nord, disparaissait à vue d'œil et allait bientôt cesser de compter parmi les nations, un autre empire, également coupable, allait s'écrouler et couvrir la haute Asie de ses ruines sanglantes. Cet empire est celui des Perses. Les Apôtres lui avaient présenté le flambeau de l'Evangile; il Pavait refusé. Le cruel Sapor persécuta même les Chrétiens de ses Etats pendant quarante années avec une violence inouïe : plus de deux cent mille martyrs signèrent notre foi de leur sang. Les successeurs de Sapor héritèrent de sa haine et de sa cruauté. Tant de sang répandu demandait vengeance. Elle fut différée pendant quelque temps, car Dieu ne punit qu'à regret; mais enfin, lorsque les empires aussi bien que les particuliers refusent de se rendie à la grâce, il appesantit sur eux son bras redoutable.

L'empire des Perses et des Parthes va nous en offrir un grand exemple, et nous donner une utile leçon. Nous l'avons dit : tous les royaumes sont créés et mis au monde pour connaître, aimer et servir Jésus-Christ, à qui Dieu son Père a donné toutes les nations en héritage. Tant qu'ils sont dociles à ce Roi immortel, la gloire, la prospérité sont leur partage; et la vue de leur bonheur affermit, étend l'empire du Fils de Dieu, en apprenant aux autres peuples à l'aimer.

ois 0ATÉCHlL^3Ji.

Soiil-ils infidèles, osent-ils se i•^i^olleI■ coulre l'Agneau dominateur du monde, et lui dire comme les Juifs : « Nous ne voulons pas que tu règnes sur nous?» ils sont aussitôt brisés ; et le spectacle de leurs malheurs, et le retentissement de leur ruine affermit l'empire de Jésus-Christ, en apprenant aux autres peuples à trembler devant lui.

L'empire romain, nous l'avons montré, est devenu un monument éternel de cette terrible justice de Dieu ; l'empire des Perses va le devenir à son tour ; en sorte que les deux grands peuples qui, à la naissance du Christianisme, se disputaient le sceptre du monde, ont contribué et contribuent encore, malgré eux, à l'affermissement du règne immortel de l'Homme-Dieu. Sur leurs vastes tombeaux, comme sur le front du Juif errant, l'œil du Chrétien lit cette inscription : Ainsi sont traités les peuples qui osent dire : Nous ne voulons pas que le Christ règne sur nous : nations et rois qui passez, instruisez-vous.

Or, pour mettre le comble à ses iniquités, l'empire des Perses se précipita sur la Palestine. Ce fut au commencement du septième siècle, l'un G14. Une armée romaine, qui se rencontra sur son passage, fut taillée en pièces. Les vainqueurs passèrent le Jourdain. Les rives de ce fleuve, dans toute l'étendue de son cours, furent couvertes de ruines. Les habitants des campagnes avaient pris la fuite ; la fureur des ennemis se tourna contre les saints solitaires qui habitaient le long du Jourdain.

LL, PERSÉVÉRANCJi. 649

iiuii jjurs avaiil la prise de Jérusalem, la laure de saint Sabas fut attaquée. La plupart des moines s'éloignèrent; il en demeura seulement quarante-quatre des plus anciens et des plus vertueux. C'étaient de vénérables vieillards, qui, ayant embrassé la vie monastique dès leur jeunesse , avaient blanchi dans ses exercices. Quelques-uns n'étaient pas sortis de la laure depuis cinquante ou soixante ans ; quelques autres, depuis leur entrée dans le monastère, n'avaient point vu la ville; ainsi ils ne voulurent point abandonner la laure en cette occasion. Les Barbares ayant pillé l'église, prirent ces saints vieillards et les tourmentèrent durant plusieurs jours, croyant qu'ils leur découvriraient quelques richesses ; mais voyant leurs espérances trompées, ils entrèrent en fureur et les mirent en pièces. Tous ces patriarches du désert reçurent la mort d'un visage gai et avec actions de grâces : on voyait qu'ils désiraient depuis longtemps d'être délivrés de cette vie et d'aller à Jésus-Christ.

L'armée ennemie marcha ensuite à Jérusalem, où elle entra sans aucune résistance. Elle y mit tout à feu et à sang; un grand nombre de prêtres, de moines et de religieuses y périrent. C'était principalement à eux qu'en voulait ce peuple idolâtre et ennemi du Christianisme. Le reste des habitants, hommes, femmes, enfants, furent chargés de fers pour être traînés au-delà du Tigre. Les Juifs seuls furent épargnés, à cause de la haine qu'ils portaient aux Chrétiens; ils la signalèrent en cette occasion en poussant leur rage plus loin que

les Païens mêmes. Ils achetèrent des Perses tout ce qu'ils purent de Chréliens captifs, afin de se donner le barbare plaisir de les faire mourir à leur gré Ml y en eut jusqu'à quatre-vingt-dix mille que les Juifs massacrèrent ainsi. L'évêque Zacharie fut emmené en captivité. Le saint Sépulcre et les églises de Jérusalem, après avoir été pillés, furent livrés aux flammes; mais la perle la plus sensible fut celle de la vraie Croix, que chaque Chrétien aurait voulu racheter au prix de sa propre vie.

Les Perses l'emportèrent dans l'état où ils la trouvèrent, c'est-à-dire enfermée dans un étui scellé du sceau de l'évêque. Le patrice Nicétas sauva cependant deux précieuses reliques, l'éponge et la lance de la passion. La sainte croix fut déposée à Tamis en Arménie. Lorsque les ennemis se furent retirés, leshabilap's de Jérusalem, qui avaient pu se soustraire par la fuite aux Perses et à la fureur des Juifs, revinrent dans la sainle cité. Le prêtre Modeste, en l'absence de l'évêque Zacharie, prit le gouvernement de celte Eglise désolée, et travailla avec ardeur à rétablir les sainis lieux.

Les Perses avaient ravagé et pillé non-seulement la Palestine, mais encore la Syrie et une partie des provinces voisines. La désolation était extrême; des milliers de femmes, d'enfants, de vieillards, de personnes naguère riches, se voyaient exposés à périr de misère. La plupart de ces infortunés se réfugièrent en Egypte. La Providence maternelle, qui veille sur l'Eglise, leur avait préparé un refuge, un appui, un consolateur, un

' Ckr. pose.

père nourricier. C'était saint Jean, surnommé l'Aumônier, patriarche d'Alexandrie. Quoi de plus utile à nousmêmes et de plus glorieux au Christianisme que de faire connaître en détail ce Vincent de Paul de l'Orient? Ecoutons le naïf récit de son historien*.

« Etant allé à Alexandrie pour baiser les reliques des saints martyrs Cyr et Jean, je me trouvai à table en la compagnie de quelques personnes très -affectionnées au service de Jésus-Christ; nous nous entretenions ensemble de l'Ecriture sainte et de l'état de l'âme, lorsqu'un étranger vint nous demander l'aumône. Il disait avoir été délivré depuis peu de la captivité des Perses. II se trouva que nul d'entre nous n'avait d'argent sur soi; mais un des convives avait un domestique fort ingénieux à faire l'aumône. Cependant il ne gagnait que trois écuspar an, pour se nourrir, lui, sa femme et deux petits enfants. Il suivit l'étranger sans faire semblant de rien, et prenant une petite croix d'argent qu'il portait sur lui, la lui donna, et lui dit qu'il n'avait pas, outre cela, un denier vaillant.

» Je fus si touché de cette action que la grâce de Dieu avait inspirée à ce serviteur, que je la racontai aussitôt à celui qui était assis auprès de moi. Il se nommait Menne. C'était un saint prêtre' qui avait été économe de l'Eglise d'Alexandrie sous le célèbre et bienheureux patriarche Jean l'Aumônier. Lorsqu'il me vit tant admirer et louer celui qui avait donné celte aumône, il médit : Vous ne vous étonneriez pas qu'il ait fait une telle • Léonce, étêqn* de Naplc en Chypre.

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acUon, si vous saviez les instruclions qu'il a reçues et la tradition qu'il suit en agissant de la sorte. — Comment donc? lui répondis-je. 11 me repartit : Il a toujours été au service de notre très-saint et bienheureux patriarche Jean, et, comme vrai fils de ce grand pasteur, il a hérité de l'ingénieuse charité de son père, qui lui disait si souvent : Humble Zacharie, soyez charitable, et Dieu vous promet par ma bouche qu'il ne vous abandonnera jamais, ni durant ma vie, ni après ma mort; ce que Zacharie a toujours pratiqué jusqu'à ce jour. Dieu lui fait beaucoup de bien ; mais il donne à l'heure même tout aux pauvres, sans rien réserver pour lui, et réduit ainsi sa famille à une grande nécessité.

» On l'a souvent entendu dire à Dieu avec une joie toute naïve : Nous verrons, Seigneur, lequel sera victorieux dans ce combat, ou vous en me faisant toujours du bien, ou moi en le distribuant toujours aux pauvres. Or, il arriva un jour qu'étant tout triste de n'avoir rien à donner à un pauvre qui lui demandait, il dit à un marchand de sa connaissance : Ma famille n'a pas de pain; je vous prie de me donner une pièce d'argent, et je vous servirai en récompense un mois ou deux où vous voudrez et à tout ce qu'il vous plaira. Le marchand y consentit; mais aussitôt qu'il eut cet argent, il le donna ù ce pauvre en le priant de n'en parler à personne.

1 Menue, qui était un saint homme, voyant que j'éroutais ce discours comme j'aurais écoulé l'Kvangile, me dit avec une grande effusion de cœur : Cela vous

DE PERr.ÉVÉRANCE. 653

étonne! Et qu'auriez-vous donc éprouvé si vous aviez vu notre saint patriarche? — Qii'aurais-je pu voir davantage? luirépondis-J8. — Vous pouvez, ajouta- l-il, par la miséricorde de Dieu, ajouter foi à mes paroles; c'est notre bienheureux patriarche qui m'a ordonné prêtre etéconomedecette très-sainte Eglise, et je lui ai vu faire des choses qui vont au delà de tout ce qu'on peut imaginer; s'il vous est agréable de venir aujourd'hui chez vos serviteurs et de nous donner votre bénédiction, je vous raconterai ses œuvres, dont j'ai été témoin oculaire.

» Il n'eut pas plutôt achevé ces mots, que je me levai, et, le prenant par la main, je le suivis dans sa maison. Alors il se mit à me raconter avec naïveté la vie du Saint, dont il me dit qu'une des premières qualités était de ne jamais faire le moindre serment. Je demandai du papier et de l'encre, afin de marquer par ordre ce qu'il me disait, et il continua ainsi sa narration :

» Saint Jean ayant été élevé sur le trône de l'Eglise de la grande ville d'Alexandrie, si chérie de Jésus-Christ, il fitvenir'jes économes elles diacres et leur dit : Il n'est pas juste, mes frères, que nous ayons plutôt soin des hommes que de Jésus -Christ. Tous les assistants, et ils étaient fort nombreux, furent extrêmement touchés de ces paroles; ils en attendaient l'explication, lorsque le Saint continua ainsi : Allez donc par la ville, et faites-moi un rôle exact de tous mes maîtres. Comme on ne savait de qui il voulait parler, ni quels pouvaient

être les maîlres du patriarche, on le supplia de les nommer; sur quoi il leur répondit celte parole angélique : Mes maîtres et mes aides sont ceux que vous nommez pauvres et mendiants, puisque c'est à eux qu'il appartient de nous aider véritablement et de nous donner le royaume du ciel.

» L'ordre du saint patriarche fut promptemcnt exécuté. Les économes lui amenèrent plus de sept mille cinq cents pauvres; il ordonna de leur donner tous les jours ce qui leur était nécessaire. Accompagné de ce bienaimé troupeau, il alla prendre possession de son Eglise métropolilaine. Mais la charité de ce bon pasteur éclata d'une manière merveilleuse envers les pauvres habitants de la Palestine et de la Syrie, pillés et mis en fuite par les Perses. Tous ceux qui purent s'échapper s'enfuirent vers ce très-saint homme comme vers un port assuré ; clercs, laïques, magistrats, particuliers, les évêques même se réfugièrent à Alexandrie. Jean les recevait tous, les traitait, les consolait, non comme de pauvres captifs, mais comme de véritables frères. 11 fit mettre les blessés et les malades dans des hôpitaux où ils étaient traités gratuitement ; ils n'en sortaient que quand ils voulaient, et lui-même allait les visiter deux ou trois fois la semaine.

» Quant à ceux qui se portaient bien et qui venaient demander l'aumône, il donnait aux hommes une pièce d'argent, et deux aux femmes comme plus faibles. Quelques-uns, portant des bracelets et des ornements d'or, s'étaient présentés pour demander l'aumône ; les érono-

mes du saint patriarche s'en plaignirent ; mais il les regarda, contre sa'coutume, d'un œil sévère, et leur dit d'un Ion élevé : Si vous voulez être mes économes, ou plutôt ceux de Jésus-Christ, obéissez simplement au précepte qu'il nous fait de donner à quiconque nousdemande. 11 n'a pas besoin, ni moi non plus, de ministres curieux. Si ce que je donne était à moi, j'aurais quelque raison de le ménager; mais s'il est à Dieu, il veut qu'on exécute ses ordres dans la distribution de ses biens. Je ne veux point participer à votre peu de foi ; car, quand tout le monde s'assemblerait à Alexandrie pour demander l'aumône, il n'épuiserait pas les trésors infinis de Dieu,

» La sollicilude du charitable patriarche n'oublia pas l'i-^fortunée Jérusalem. Aussitôt qu'il eut appris le sac de cette ville, il y envoya un homme pieux nommé Cré- «i;:pe, avec beaucoup d'argent, de blé et d'autres vivres et d'habits. En même temps, il fit parlir deux évoques et l'abbé du Mont-Saint-Antoine avec de grandes sommes pour racheter ceux qui avaient été emmenés caf.iifs. Ainsi en avaient agi autrefois, dans les invasions des peuples du Nord, saint Léon, saint Ambroise, saint Augustin, et (ant d'autres évêques qui ne furent pas seLlement les lumières de leur siècle, mais encore les bieiifaiteurs de l'humanité.

«Les députés dupatriarche lui rapportèrent que l'abbé Modeste était dans un grand besoin des choses nécessaires pour le rétablissement des saints lieux. Il lui envoya sur-le-champ mille pièces d'or, mille sacs de froment, mille de légumes, mille livres de fer, mille

656 CATÉCTlISMF

paquels de poissons secs, mille vaissenm de vin et mille ouvriers égyptiens, avec une lollre où il disait : Pardonnez-moi si je ne vous envoi? rien qui soit digne du temple de Jésus-Christ, je voudrais aller moi-même travailler au temple de sa sainte Résurrection. Avec ces secours l'abbé Modeste rétablit l'église du Calvaire, celle de la Résurrection, celle de la Croix et celle de l'Ascension ; il rebâtit de fond en comble cette dernière que l'on nommait la mère des Eglises. »

PRIÈRE

O mon Dieu ! qui êtes tout amour, je vous remercie d'avoir suscité dans saint Augustin un Apôtre pour l'Angleterre, et dans saint Jean l'Aumônier un père et un consolateur pour l'Eglise d'Orient, dépouillée par vos ennemis; je bénis votre Providence qui veille ainsi sur tous les besoins de vos enfants.

Je prends la résolution d'aimer Dieu par-dessus toute chose, et mon prochain comme moi-même pour l'amour de Dieu; et, en témoignage de cet amour, je ne dirai jamais : Je ne veux 2)as que Jésus-Christ règne sur moi.

PETIT CATÉCHISME

LE CHRISTIANISME CONSERVÉ ET PROPAGÉ

( 6* et T siècle.)

Q. Comment l'Angleterre fut-elle convertie?

R. Un jeune diacre, nommé Grégoire, passait un jour sur le marché de Rome ; il vit des esclaves d'une grande beauté exposés en vente ; il apprit qu'ils étaient de la Grande-Bretagne et encore Païens : « Quel dommage, s'écria-t-il, que des créatures aussi belles soient esclaves du Démon ! » Sur-le-champ il se rendit auprès du pape et lui demanda la permission de partir pour l'Angleterre afin d'y porter la foi. Le souverain pontife lui accorda sa demande ; mais le peuple de Rome ne voulut jamais que son saint diacre s'exposât à celte mission périlleuse. Grégoire, étant devenu pape, n'oublia pas sa chère Angleterre ; il y envoya saint Augustin, prieur d'un couvent de Bénédictins de Rome. Le Saint partit à la tête de quarante missionnaires ; ils abordèrent heureusement en Angleterre. Le roi du pays leur donna une audience publique où il leur permit de prêcher la Religion dans ses États. Les saints missionnaires se rendirent jusqu'à la ville de Cantorbéry, dont Augustin fut fait évoque. Les Païens se convertirent en foule, frappés de l'éclat des vertus et des miracles de leur Apôtre. Le roi lui-même demanda le baptême ; il le reçut le jour de la Pentecôte de l'an b^l. A Noël dâ I. V. 42

l'année suivante, dix mille de ses sujets imitèrent son exemple. Bientôt toute la Grande-Bretagne fut chrétienne. C'est ainsi que Notre-Seigneur dédommagea l'Eglise des pertes que l'hérésie lui faisait faire dans l'Orient. Telle fut la fin du sixième siècle.

Q. Quel fut le commencement du septième?

R. Le commencement du septième fut aussi triste et consolant pour l'Eglise. Nous y voyons la justice de Dieu sur un empire qui, depuis la naissance du Christianisme, n'avait cessé de persécuter les Chrétiens. Cet empire est celui des Parthes ou des Perses. Comme le vieil empire romain, il refusa d'obéir à Jésus-Christ en repoussant l'Evangile, et, comme l'empire romain, il fut anéanti. Avant de raconter sa ruine, il faut dire comment il mit le comble à ses iniquités.

Q. Dites-le.

R. Les Perses, commandés par Chosroès leur roi, se précipitèrent sur la Syrie et sur la Palestine ; ils prirent Jérusalem, la mirent tout à feu et à sang, et s'emparèrent de la vraie croix qu'ils portèrent en Arménie; ils massacrèrent aussi un grand nombre de saints solitaires et de Chrétiens. Tout cela eut lieu en 614.

Q. Comment Notre-Seigneur vint-il au secours de seenfants affligés ?

R. Notre-Seigneur vint au secours de ses enfants affligés en leur suscitant un homme qui épousa toutes leurs misères, qui les consola, les nourrit, et qui aida beaucoup à rebâtir Jérusalem. Cet homme, qu'on peut appeler le saint Vincent de Paul de l'Orient, fut saint Jean

l'Aumônier, patriarche d'Alexandrie en Egypte; il était si charitable, qu'on l'a surnommé l'Aumônier. Il appelait les pauvres ses maîtres, parce qu'il voyait en eux Jésus- Christ, son Seigneur et son Dieu ; il les traitait avec la plus grande charité et le plus grand respect. La plupart des habitants de la Syrie et de la Palestine se réfugièrent auprès de lui; il les reçut, les nourrit, les logea, les consola non comme des captifs, mais comme de véritables frères. Il envoya deux évêques avec de grandes sommes d'argent pour racheter ceux qui étaient captifs chez les Perses ; il envoya aussi beaucoup d'argent, de blé, de vin, des provisions de toute espèce à Jérusalem, avec mille ouvriers égyptiens pour rebâtir les saints lieux.

PRIÈRE

O mon Dieu! qui êtes tout amour, je vous remercie d'avoir suscité dans saint Augustin un Apôtre pour l'Angleterre, et dans saint Jean l'Aumônier un père et un consolateur pour l'Eglise d'Orient dépouillée par vos ennemis. Je bénis mille fois votre Providence qui veille avec tant de soin sur les besoins de vos enfants.

Je prends la résolution d'aimer Dieu par-dessus toute chose, et mon prochain comme moi-même pour l'amour de Dieu; et, en témoignage de cet amour, je ne dirai jamais : Je ne veux pas que Jésus-Christ règne sur moi.

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