Qui était saint Paul
R. Saint Paul était Juif d'origine, né à Tarse, ville de Cilicie , et citoyen romain par sa naissance. Il fut élevé à Jérusalem. Après avoir persécuté les Chrétiens, il devint le plus ardent Apôtre de l'Évangile. Il prêcha d'abord à Damas. Les Juifs résolurent de le mettre à mort, mais les fidèles le descendirent pendant la nuit, dans une corbeille, par une fenêtre des remparts. Il se rendit à Jérusalem, où il vil saint Pierre. Il vint à Anlioche, y séjourna pendant une année entière. II partit avec saint Barnabe pour l'île de Chypre; il en convertit le gouverneur qui s'appelait Sergius Paulius : c'est de là qu'il prit le nom de Paul, car auparavant il s'appelait Saul.
0' Que fit-il ensuite ?
R. Accompagné de saint Barnabe, il parcourut l'Asie- Mineure, et se rendit dans la ville de Lystre. Il y guérit un homme perclus de tous ses membres depuis sa naissance. A la vue de ce miracle, les habitants, qui étaient encore païens, crurent que les deu\ Apôtres étaient des dieux. Ils voulurent leur offrir des sacrifices. Les Apôtres eurent bien de la peine à les détromper. Saint Paul revint ensuite à Antioche, où il laissa saint Barnabe. Il prit avec lui un autre disciple nommé Silas, et recommença aussitôt ses missions. Ils arrivèrent à Philippe, ville de Macédoine. Saint Paul y délivra une fille esclave,
possédée du démon. Les maîtres de celle fille en furent irrités, car elle se mêlait de prédire l'avenir, ce qui leur rapportait beaucoup d'argent. Ils firent battre de verges et mettre en prison Paul et Silas, sous prétexte qu'ils troublaient le repos public. Pendant la nuit, les fondements de la prison furent ébranlés, les portes ouvertes, et les chaînes des prisonniers se rompirent. Le geôlier crut que tous ses prisonniers s'étaient sauvés ; il voulait se tuer, mais Paul l'en empêcha en lui disant : Nous sommes tous ici. Le geôlier se convertit avec toute sa famille. Le lendemain on fit élargir Paul et Silas, qui avaient converti un grand nombre de personnes dans la ville.
PRIÈRE
0 mon Dieu! qui êtes tout amour, je vous remercie du zèle admirable dont vous avez rempli saint Pierre et saint Paul; donnez-nous la docilité des premiers fidèles.
Je prends la résolution d'aimer Dieu par-dessus toute chose, et mon prochain comme moi-même pour l'amour de Dieu ; et, en témoignage de cet amour, j'écouterai les instructions avec un grand désir d'en pro^ter.
m" LEÇON.
LE CHRISTIANISME ÉTABLI. (1^'Siècle, SUile.)
Saint Pau) Tient à Thessalonique, et ensuite à Athènes. — Il prêche devant l'Aréopage. — 11 passe à Corinthe. — Il séjourne trois ans à Ephèse. — Affaire du temple de Diane. — Saint Paul quitte Ephèse pour se rendre à Jérusalem. — Il arrive à Troade. — Il ressuscite un morl. — Il convoque à Milet les prêtres d'Ephèse, et leur fait ses adieux. — Il arrive à Jérusalem, rend visite à saint Jacques, est pris au temple. — Envoyé prisonnier à Césarée, il y reste deux ans. — Il part pour Rome. — Accueil qu'il y reçoit. — Quoique prisonnier, il prêche l'Evangile.— 11 retourne en Orient, et revient à Rome, où il entre avec saint Pierre. — Mort de Simon le magicien. — Martyre de saint Pierre et de saint Paul.
Paul el ses compagnons ayant quitté Philippe, vinrent à Thessalonique, ville célèbre et capitale de la province. Paul était par sa destination spéciale l'Apôtre des Gentils. C'est à ce titre surtout que les enfants de Jacob, qui le regardaient comme l'ennemi naturel de leurs privilèges et de leur loi, se déclaraient partout les siens. Il ne laissait pas de les chercher dans tous les lieux où il établissait ses missions. Il prêcha trois samedis dans la Synagogue de Thessalonique. Sa parole ne fut pas vaine ; il convertit quelques Juifs et un grand nombre de Gentils. Par leur constance, leur piété, leur tendre charité, ces nouveaux Chrétiens devinrentle modèle de toutes les Eglises.
L'Apôtre se conduisait envers eux comme une ten-
DE PERSÉVÉRAI t!E. 47
dre mère envers ses enfants. Dans son amour, il eût souhaité de leur donner non-seulement la connaissance de l'Evangile, mais aussi sa propre vie. Il les exhortait, les consolait et les conjurait d'agir toujours d'une manière digne de Dieu et de la gloire à laquelle il les avait appelés. Il leur apprit à sanctifier les moindres actions, et en particulier le travail des mains, dont il leur donnait l'exemple.
Cependant des Juifs endurcis résolurent de se défaire des nouveaux prédicateurs. Avertis à temps de l'orage qui les menaçait, Paul et Silas partirent pour la ville de Bérée. L'Evangile y fructifia bientôt ; mais des émissaires étant venus de Thessalonique pour ameuter le peuple, les Chrétiens furent obligés de conduire saint Paul au bord de la mer, et de le faire embarquer. Dieu permettait ainsi que le souffle de la persécution chassât de ville en ville cette nuée bienfaisante, afin qu'elle répandît au loin la pluie salutaire dont elle était chargée. Tant il est vrai qu'entre les mains de la Providence, les passions des hommes tendent à l'accomplissement de ses desseins !
Quelques Chrétiens de Bérée accompagnèrent l'Apôtre jusqu'à Athènes. C'est là que Silas et Timothée avaientordre de le rejoindre. Athènes avait été le rendezvous général des plus beaux esprits et des plus grands philosophes ; c'était encore la ville la plus polie et la plus occupée de belles-lettres. Tout le fruit qu'elle en avait retiré, c'est qu'il n'y avait pas dans le monde, Rome exceptée, de ville plus remplie d'idoles et de su-
Ï8 CATÉCHISME
perstilions. Elle adorait tous les fau^ dieux qu'elle savait être adorés des autres peuples ; de peur (.Yen avoir oublié quoiqu'un qu'elle ne connu! pas, elle avait dressé un autel avec celte inscription : An Dieu inconnu.
Le zèle des Athéniens pour l'erreur animait celui de saint Paul pour la vérité, au point de le faire sécher de douleur. Il parlait aux Juifs tous les samedis dans les Synagogues, et tous les jours sur la place à ceux qui s'y rencontraient. Il ne manquait pas d'auditeurs. Les habitants d'Athènes semblaient n'avoir d'autre occupation que de promener leur oisiveté pour dire ou apprendre des nouvelles. La ville était aussi peuplée de Stoïciens et d'Epicuriens, gens curieux de toute doctrine étrangère. Ils venaient donc en foule entendre le discoureur : c'était le nom qu'ils donnaient à l'Apôtre. Dans le principe ils se contentèrent de se moquer de lui; mais bientôt ils le conduisirent à l'Aréopage pour qu'il eût à rendre compte de sa doctrine. L'Aréopage était le sénat d'Athènes ; rien de plus célèbre dans l'histoire que celte illustre compagnie, regardée comme l'oracle delà vérité et la règle du goût.
Nous pouvons dire aussi que jamais séance ne fat plus célèbre que celle où Paul parut devant celle académie. Le Christianisme et le Paganisme se trouvaient en présence; ils allaient lutter corps à corps. D'une part, on voyait les représentants de toutes les sectes philosophiques de l'antiquité, le cœur gonflé d'orgueil, la tôle pleine de préjugés et d'arguments, la langue habile à manier le sophisme. De l'autre, un
élranger, un Juif, de petile stature, et dont l'extérieur n'avait rien qui pût commander le respect. Quoi de plus dramatique et de plus saisissant qu'un pareil contraste ^ ? Quand tous les juges furent assis, Paul parut à la tribune. Que va-t-il dire? Pour sentir toute la sublime simplicité de son discours, il faut bien faire attention que chacune de ses paroles est comme un coup de marteau qui réduit en poudre quelqu'un et même plusieurs des systèmes absurdes sur Dieu, sur l'homme et sur le monde, dont ses juges étaient les partisans et les apôtres. Afin de ne pas les heurter de front, Paul ne combat directement ni la philosophie ni le Paganisme ; il expose la vérité ; à ses auditeurs de tirer la conséquence. Voici son admirable discours :
« Citoyens d'Athènes, tout ce qui frappe mes regards m'annonce que vous êtes religieux jusqu'à l'excès. Car en parcourant votre ville, et en examinant les simulacres de vos dieux, j'ai rencontré un autel sur lequel j'ai lu cette inscription : Au Dieu inconnu. Or, ce que vous adorez sans le connaître, je viens vous l'annoncer : c'est le Dieu qui a fait le monde et tout ce qu'il renferme. Maître du ciel et de la terre, il n'habite point dans des temples fabriqués de la main des hommes. S'il reçoit les hommages des hommes, ce n'est pas qu'il ait besoin de quelque chose, puisqu'il donne à tous la vie, la respiration et tous les biens.
' H y a trois choses que j'aurais voulu voir, disait S. Augustin : Rome dans un jour de triomphe, Cicéron à la tribune aux harangues, et Paul devant l'Aréopage.
50 CATÉCUISME
» C'est lui qui d'un seul homme a fait sortir tout le genre humain pour lui faire habiter la terre, marquant à chacun des hommes le temps de sa vie, et à chaque peuple les limites de sa possession. Son dessein" ^tait que les hommes le cherchassent dans ses œuvres, et qu'après l'avoir trouvé, ils lui rendissent leurs hommages; car il n'est pas loin de chacun de nous. C'est en lui que nous avons la vie, et le mouvement, et l'être. C'est en ce sens que quelques-uns de vos poêles ont dit : Nous sommes de la race de Dieu.
» Or, étant les enfants de Dieu, gardons-nous d'imaginer que la Divinité soit rien de semblable îi des simulacres d'or, d'argent ou de pierre, ouvrages de l'art et de l'invention des hommes.
» Aussi Dieu, après avoir paru dissimuler ces temps d'ignorance et d'aveuglement, annonce maintenant aux hommes, dans tous les lieux de la terre, qu'ils aient à faire pénitence de leurs égarements volontaires ; car il a déterminé un jour auquel il jugera tout l'univers avec une souveraine justice, par le ministère d'un homme à qui il en a donné le pouvoir ; ce qu'il a rendu indubitable en ressuscitant cet homme «l'entre les morts. »
11 est impossible d'imaginer rien de plus proportionné à la disposition des auditeurs, et de mieux mesuré sur leurs lumières présentes que le discours du grand Apôtre. Il aperçoit dans la ville d'Athènes un autel érigé au Dieu inconnu; il en prend occasion do réveiller dans l'ûme des Athéniens, idolâtres et superstitieux, l'idée comme naturelle que les ouvrages de Dieu dorment à
tous les hommes d'un créateur, d'un maître et d'un juge. 11 leur fait sentir combien ils se sont écartés de la première de toutes les vérités. Il ajoute que Dieu veut mettre fin à cette coupable ignorance ; qu'il faut se convertir, parce qu'il jugera le monde ; que ce juge existe, et que pour rendre témoignage à l'autorité souveraine qu'il lui donne, Dieu l'a ressuscité d'entre les morts.
Ainsi unité, spiritualité, souveraine perfection de Dieu, création de l'homme à l'image de Dieu, sa dégradation, son obligation de faire pénitence parce qu'il doit rendre compte de ses œuvres, création du monde destinée à nous révéler l'existence de Dieu, voilà le simple et sublime symbole que l'Apôtre expose ; et voilà tous les systèmes des philosophes sur la pluralité des dieux, sur l'éternité du monde, sur les atomes créateurs, sur la nature de l'âme, sur sa fin, renversés et réduits en poussière. Aussi quel fut le fruit de ce discours, le plus beau sans doute qui soit jamais sorti de la bouche d'un simple mortel? le même que la parole de Dieu produit encore tous les jours. Personne n'osa répliquer ; ils se contentèrent de la réponse de ceux qui n'en ont pas. Quelques-uns se moquèrent, voilà les impies ; d'autres remirent à s'en occupe/ une autre fois, voilà les indifférents; un petit nombre crurent, voilà les fidèles. De ce petit nombre fut un des membres de l'Aréopage, nommé Denys ; il devint le premier évêque d'Athènes.
En sortant de l'Aréopage, Paul apprit que Timothée était arrivé. Accompagné de ce cher disciple, il quitta la
ville où il avait reconnu que la moisson n'était pas encore dans sa maturité. Il arriva bientôt à Corinihe, capitale de toute la Grèce.
Située entre deux mers qui en faisaient le centre de tout le commerce de l'Orient et de l'Occident, cette ville était fort peuplée et fort riche. Tous les vices, mais surtout l'impudicité, y régnaient d'une manière effroyable. Saint Paul alla loger chez Aquila et Priscille, sa femme. Il choisit leur maison parce qu'ils étaient .Tuifs et faiseurs de tentes comme lui ; il travaillait chez eux. Moins à Corinthe qu'ailleurs, le grand Apôtre ne voulut recevoir sa subsistance de ceux à qui il prêchait. En dépit de tous les obstacles, Paul planta la foi à Corinthe. C'est là que Timothée, qui était allé à Thessalonique,vint le rejoindre avec Silas. Ils firent sa consolation, tant par leur présence que par les bonnes nouvelles qu'ils lui apportèrent de ses chers Thessaloniciens. Il leur écrivit sa première Lettre pour les féliciter et les encourager dans leur attachement h la foi.
Après dix-huit mois de séjour, Paul partit de Corinthe, parcourant les différentes provinces de l'Asie, vint à Jérusalem, et retourna bientôt à Ephèse. Il y demeura trois ans pour fonder celte Eglise, que saint Jean devait ensuite affermir par sa présence et honorer par sa mort. Il est impossible de dire tout ce que ce grand Apôtre eut à souffrir pour défricher ce champ inculte. Il nous apprend lui-même qu'il n'y avait pas de jours ou il ne fût exposé h périr. Une fois entre autres on se saisit de
sa personne, et on le livra aux bêtes dans l'amphithéâtre; mais Dieu le délivra.
Au milieu de tant de travaux et de dangers, l'infatigable Apôtre écrivit sa Lettre aux Galates. Ces fervents Chrétiens s'étaient laissé tromper par de faux docteurs qui voulaient les obliger à se soumettre aux observances mosaïques. Leurs efforts n'allaient à rien moins qu'à la ruine de l'Evangile. Saint Paul leur écrit avec une énergie proportionnée à son zèle et à la grandeur du mal qu'il s'agissait de détruire.
Il écrivit aussi vers le même temps ses deux Lettres aux Corinthiens. Tout ce que la fermeté, la charité la plus éclairée et la plus tendre, la prudence dirigée par la foi peuvent inspirer, se trouve dans ces deux monuments du zèle apostolique.
Cependant la bonne semence commençait à lever ; Ephèse comptait déjà un grand nombre de Chrétiens. Tant de conversions attirèrent à l'Apôtre de nouvelles traverses. Diane, déesse de la chasse, avait à Ephèse un temple qui passait pour une des merveilles du monde. Tous les idolâtres l'avaient en vénération. Ceux qui se rendaient à Ephèse ne manquaient pas de visiter ce temple, et pour rendre hommage à la déesse, ils avaient coutume d'acheter et d'emporter chez eux de petites figures d'argent, faites en forme de niches, où la statue de la déesse était placée.
Un certain Démélrius, orfèvre de profession, qui avait le grand débit de ces sortes d'ouvrages, vit bien que si la doctrine de Paul venait à prendre le dessus, c'en
était fait de son commerce et de ses bénéfices. Sur cela, il convoqua tous les orfèvres qui faisaient le même trafic. Vous savez, leur dit-il, que ce sont les ouvrages fabriqués en l'honneur de Diane qui nous font vivre. Vous savez cependant, et vous le voyez, que ce Paul détourne non-seulement h Ephèse, mais dans toute l'Asie, une multitude innombrable de personnes de s'adresser à nous, prêchant partout que les dieu\ faits de la main des hommes ne sont pas des dieux. De là qu'arrivera-t-il ? Notre commerce sera décrié, et le temple de la grande Diane, révéré dans toute l'Asie, ne sera plus qu'un objet de mépris.
C'était prendre des Ames vulgaires par tous les endroits propres à les remuer, lintérêt et la superstition. Démétrius réussit au delà de ses espérances. Tous les ouvriers, transportés de colère, se mirent à vociférer : Vive la grande Diane des Ephésiens ! Le peuple s'attroupe, toute la ville est dans la confusion ; la foule se précipite vers le théâtre. Au défaut de Paul, que Dieu dérobe à la fureur de ses ennemis, elle entraîne avec violence Gaïus et Aristarque, deux de ses compagnons.
Paul, informé de ce qui se passait, eut assez de courage pour vouloir se présenter au peuple furieux; mais ses disciples s'y opposèrent . Cependant mille cris confus s'élevaient de la foule. Un grand nombre de ces échauffés ne savaient pas seulement de quoi il était question. Les Juifs craignirent que l'orage ne lomb.1l sur eux. Dans cetto inquiétude, ils firent tous leurs efforts pour placer un des leurs, nommé Alexandre, sur un en-
droit élevé, d'où il pouvait se faire enlendre et plaider leur cause. Il voulut parler; mais bientôt on sut qu'il était Juif, et mille voix couvrirent la sienne, en criant plus haut qu'auparavant : Vive la .grande Diane des Éphésiens ! Les clameurs durèrent environ deux heures sans qu'il fût possible d'apaiser le tumulte.
Quand on fut las de crier, le secrétaire de la ville s'avança, et représenta que ce tumulte pouvait passer pour une sédition dont les habitants seraient responsables à l'empereur ; que siDémétrius avait des affaires à démêler avec quelqu'un, il pouvait aller à l'audience, et demander justice au proconsul. Le peuple se contenta de ces paroles et se retira.
De son côté, Paul ayant réuni tous les Chrétiens, leur dit adieu, et ne songea plus qu'à partir. Avant d'entreprendre son voyage, il écrivit sa fameuse Lettre aux Romains. C'était l'an de Jésus-Christ 58. Cette Lettre, écrite après plusieurs autres, est néanmoins placée la première, tant à cause de la dignité de la ville de Rome que des instructions importantes et de la belle doctrine qu'elle contient. C'est particulièrement dans cette Lettre que l'Apôlre explique le mystère de la grâce qui justifie le pécheur; il montre que ni les Juifs ni les Genlils ne la méritaient.
Quoique saint Pierre eût fondé l'Eglise de Rome, saint Paul écrivait aux fidèles qui la composaient, car il était l'Apôtre des Romains aussi bien que celui des autres nations. Déjà il avait rempli du nom de Jésus- Christ lous'les pays qui s'étendent de la Judée à l'Illyrie,
Dans toutes les provinces de l'Orient il ne trouvait plus de lieu où l'Évangile n'eût été annoncé. C'est pour cela qu'il était résolu d'aller en Espagne aussitôt qu'il aurait porté à Jérusalem, les aumônes des fidèles, et en y allant de passer par Rome. Zèle admirable! les empires manquaient à l'ambition d'Alexandre, et voici que la terre se trouve trop petite pour noire nouveau conquérant.
Tout étant prêt, Paul sortit d'Éphèse, où il avait séjourné trois ans. Après avoir traversé la Macédoine, recueillant les aumônes des fidèles pour leurs frères de Jérusalem, il arriva à Troade. C'est dans cette ville qu'il célébra la fête de Pâques. Ce jour-là même les Disciples s'assemblèrent dans une chambre du troisième étage, pour y rompre le pain sacré. Paul prêcha jusqu'à minuit, parce qu'il devait partir le lendemain ; ainsi, ils oublièrent l'heure du repas et du sommeil, tous n'ayant faim que de la vérité et du salut de leurs âmes.
Le démon voulut troubler cette joie sainte, mais il ne fit que la rendre plus vive. Un jeune homme, nommé Eulyque, qui s'était assis sur une fenêtre, ne put résister au sommeil. 8'étant endormi durant le sermon, il tomba du troisième étage et se tua. Cet accident marque la punition que méritent ceux qui entendent la parole de Dieu avec négligence. Mais Dieu le fit servir à la gloire de son Apôtre et à la consolation des fidèles.
Paul descendit aussitôt, se jeta sur le mort, et en l'embrassant lui rendit la vie. Ne vous affligez point,
dit-il en rentrant dans l'assemblée, le jeune homme est plein de vie. II continua son discours et bénit le pain sacré. On peut juger avec quel renouvellement de ferveur les Disciples écoutèrent l'Apôtre et participèrent aux saints mystères. La divine Eucharistie, présentée par les mains d'un saint qui venait de ressusciter un mort, ne pouvait manquer de trouver des esprits bien convaincus et des cœurs bien disposés. Après le banquet céleste, Paul continua d'exhorter et de consoler les fidèles. Au lever de l'aurore il descendit pour s'avancer vers le port ; il s'embarqua tout de suite, et deux jours après il était à Milet, ville célèbre, sur la côte de l'Asie, dans la province de Carie.
Son intention était d'être à Jérusalem à la Pentecôte, afin de gagner plus aisément les Juifs par ce respect qu'il témoignait pour leurs fêtes et pour leurs cérémonies. Malgré son peu de loisir, il ne put refuser à son zèle de convoquer à Milet une espèce de Synode. 'Ayant envoyé des exprès à Éphèse, il fit venir les Anciens de l'Église, c'est-à-dire les pasteurs que le Saint-Esprit y avait établis pour gouverner le peuple de Dieu. Les voyant tous réunis autour de lui, il leur fit un de ces adieux apostoliques, où un père plein de tendresse, laissant échapper sans contrainte les sentiments de son cœur, dit à ses enfants des choses si touchantes, que jamais ils ne les oublient.
0 Vous savez, leur dit-il, fuelle a été ma conduite au milieu de vous depuis le jour où je suis entré en Asie. J'ai servi le Seigneur dans l'humilité, dans les larmes.
dans les dangers, et les conlradictions qui m'ont été suscitées par les Juifs. Néanmoins, je n'ai rien négligé, rien omis de ce que j'ai cru pouvoir contribuer à votre salut. Je vous ai annoncé l'Évangile en public et dans vos maisons.
» Voilà que maintenant, entraîné, et comme enchaîné par le Saint-Esprit, je m'avance vers Jérusalem, ignorant le sort qui m'est réservé. Ce que je sais, c'est que le Saint-Esprit me fait annoncer dans toutes les villes où je passe que des chaînes et des tribulations m'attendent â Jérusalem ; mais je ne crains rien de tout cela ; je n'aime pas ma vie plus que le salut éternel de mon âme; peu m'importe, pourvu que je consomme ma course et que j'accomplisse la mission que j'ai reçue du Seigneur Jésus, d'annoncer l'Évangile de la grâce de Dieu.
» Ce que je sais encore, c'est que vous ne me reverrez plus, vous que j'ai visités en préchant le royaume de Dieu. Veillez donc sur vous-mêmes et sur le troupeau don I le Saint-Esprit vous a établis les évoques et les conducteurs; troupeau chéri qu'il a acheté de son sang. Il s'élèvera parmi vous des hommes qui précherontune fausse doctrine ; loups ravisseurs qui n'épargneront pas le troupeau. Veillez donc encore une fois, vous souvenant que dorant trois années je n'ai cessé, nuit et jour, d'avertir chacun de vous avec larmes. Et maintenant je vous recommande à Die^ et à sa grâce, qui est assez puissante pour élever cl soutenir l'édince de l'Église dont j'ai jeté les fondements parmi vous. »
A tous ces traits qui caractérisent le pasteur accompli, l'Apôtre ajoute celui de son désintéressement, cette noble vertu qui avait paru en lui avec un éclat supérieur ; « Je n'ai jamais désiré ni l'argent, ni l'or, ni les vêtements de personne, vous le savez vous-mêmes. Ces mains ont fourni à mes besoins et à ceux de mes collaborateurs.»
Après ce discours si touchant, Paul se mit à genoux ; les assistants le suivirent, et se mirent à prier. Le silence de la prière fut bientôt interrompu par les soupirs et les sanglots de toute l'assemblée. Tous ces enfants se jetaient au cou de ce bon père en fondant en larmes, surtout à cause qu'il leur avait déclaré qu'ils ne le reverraient plus. Ils le conduisirent ainsi jusqu'au vaisseau.
Paul vint débarquer à Tyr. Quelques jours après, il était à Jérusalem. Dès le lendemain de son arrivée dans celte ville il alla voir saint Jacques qui en était évoque. Tous les prêtres vinrent le saluer, et bénir Dieu de ce qu'il avait fait par son ministère au milieu des Gentils. Il y avait déjà sept jours que l'Apôtre était à Jérusalem, uniquement occupé de la distribution des aumônes qu'il avait apportées aux fidèles. Comme il priait dans le temple, il fut reconnu par quelques Juifs d'Asie. Ils se mirent à crier que c'était là celui qui dogmatisait partout contre la loi. A ce cri, toute la ville accourut; on se jeta sur l'Apôtre, on le traîna hors du temple pour le battre et le massacrer avec plus de liberté et moins de scrupule. Ces furieux l'eus-
sent mis à mort si on les avait laissé faire; mais le tribun Claudius Lysias, qui commandait la cohorte romaine en garnison dans Jérusalem, accourut en diligence avec ses soldats. Sa présence arrêta les perturbateurs. II arracha l'Apôtre de leurs mains et le fit charger de chaînes. I! voulut le faire battre de verges pour apaiser le peuple. Mais Paul l'arrêta tout à coup en lui demandant : Est-ce ainsi que vous osez traiter un citoyen romain ?
Ces mots firent trembler Lysias. Il s'empressa de soustraire l'Apôtre à la fureur de ses ennemis, et de l'envoyer à Félix, gouverneur de la Palestine, qui résidait à Césarée. Comme la plupart des gouverneurs romains de ce temps-là, Félix était une âme vénale, qui cherchait à s'enrichir. L'innocence de son prisonnier lui fut bientôt connue, néanmoins il le retint deux années en prison, espérant qu'on achèterait sa délivrance à prix d'argent. Il aurait peut-être prolongé cette inique détention si Paul eût été plus longtemps en son pouvoir, mais Félix fut révoqué, et Néron lui donna pour successeur Porcins Festus, afin de gagner les Juifs. Félix laissa Paul enchaîné dans les prisons de Césarée à la discrétion de Festus.
La nomination d'un nouveau président romain dans la Judée était la dernière disposition que la Providence mettait au départ de l'Apôtre pour sa mission d'Italie. Festus, en arrivant de Rome, fit comparaître l'Apôtre devant lui. Après avoir entendu ses accusateurs, le président lui demanda où il voulait être jugé? Paul répon-
dit : J'en appelle à César. Festus, élonné de celle réponse, en conféra un moment avec son conseil, puis, remontant sur son tribunal, il prononça en ces termes : Vous avez appelé b. César, vous irez à César. Ainsi les hommes, sans le savoir et sans le vouloir, secondaient les desseins delà Providence. Paul allait prêcher à Rome l'Évangile, et les prédictions du Sauveur s'accomplissaient à la lettre.
Le gouverneur apprit qu'un vaisseau, qui avait relâché à Césarée, se disposait à lever l'ancre. Paul y fut embarqué avec d'autres prisonniers, sous la garde d'un officier nommé Julius, centurion d'une cohorte de la légion Augusta. Il avait avec lui saint Luc et Arislarque de Thessalonique. L'histoire de celle navigation est si intéressante par elle-même et si propre à nous faire connaître le zèle et le grand caractère de saint Paul, que nous allons la raconter en détail. « Après avoir levé l'ancre, dit saint Luc, nous commençâmes à côtoyer les terres d'Asie. Dès le lendemain, nous arrivâmes à Sidon, et Julius traitant Paul avec humanité, lui permit d'aller voir ses amis et de pourvoir lui-même à ses besoins. Étant partis de là, nous prîmes notre route au-dessous de Chypre, parce que les vents étaient contraires. Après avoir traversé la mer de Cilicie et de Pamphylie, nous arrivâmes à Lystre, de Lycie, où le centenier, ayant trouvé un vaisseau d'Alexandrie qui faisait voile pour l'Italie, nous y fit embarquer. Nous allâmes fort lentement pendant plusieurs jours, et nous arrivâmes avec grande difficulté vis-à-vis de Gnide; et parce que le
vent nous empêchait d'avancer, nous côloydmes l'île de Crète , du côté de Salmone. El allant avec peine le long de la côle, nous abordâmes à un lieu nommé Bons- Ports, près duquel était la ville de Thalasse. Mais beaucoup de temps s'étant ainsi écoulé, et la navigation devenant périlleuse, parce que le jeune était déjà passé, Paul leur donna cet avis : Mes amis, leur dit-il, je vois que la navigaliou va devenir très-périlleuse, non-seulement pour le vaisseau et pour sa charge, mais aussi pour nos personnes. Mais lecentenier ajoutait plus de foi auv avis du pilote et du maître du vaisseau qu'à ce que disait Paul; et comme le port n'était pas propre pour hiverner, la plupart furent d'avis de se remettre en mer pour tâcher de gagner Phénice, qui est un port de Crète situé au vent du couchant d'hiver et d'été, afln d'y passer l'hiver. Le vent du midi commençant à souffler doucement, ils crurent pouvoir exécuter leur dessein, cl ayant levé l'ancre d'Asson, ils allaient côtoyant l'île de Crète; mais il se leva peu après un vent impétueux d'entre le Levant et le Nord, et ce vent donnait contre l'île; et comme il emportait le vaisseau sans qu'on pût y résister, on laissa aller le vaisseau au gré du vent. Nous fûmes poussés au-dessous d'une petite île appelée Caude, où nous pûmes à peine être maîtres de l'esquif; mais l'ayant enfin tiré à nous, les matelots mirent tout en œuvre. Ils lièrent le vaisseau par dessous, craignant d'être jetés sur des bancs de sable; ils abaissèrent le mât, et ils s'abandonnèrent ainsi à la mer.
» Lejour suivant, comme nous étions fortement battus (le la tempête, ils jetèrent les marchandises dans la mer ; trois jours après, ils y jetèrent aussi de leurs propres mains les agrès du vaisseau. Cependant, ni le soleil, ni les étoiles ne parurent durant plusieurs jours, et la tempête était toujours si violente, que nous perdîmes toute espérance de nous sauver. Mais parce qu'il y avait longtemps que personne n'avait mangé, Paul se leva au milieu d'eux, et leur dit : Sans doute, mes amis, vous eussiez mieux fait de me croire et de ne point partir de Crète, pour nous épargner tant de peine et une si grande perte : je vous exhorte néanmoins à avoir bon courage, parce qu'il ne périra personne et il n'y aura que le vaissean de perdu ; car cette nuit même, un ange de Dieu à qui je suis, ei que je sers, m'a apparu, et m'a dit : Paul, ne craignez point ; il faut que vous com-^ paraissiez devant César, et je vous annonce que Dieu vous a accordé la vie de tous ceux qui sont avec vous dans le vaisseau. C'est pourquoi, mes amis, ayez bon courage, car j'ai cette confiance en Dieu, que ce qui m'a été dit arrivera. Mais nous devons être jetés contre une île. La quatorzième nuit, comme les venls nous poussaient de tous côtés sur la mer Adriatique, les matelots crurent vers le milieu de la nuit entrevoir quelque terre, et ayant jeté la sonde, ils trouvèrent vingt brasses d'eau, et un peu plus loin, ils en (rouvèrent quinze. Alors, craignant que nous n'allassions donner contre quelque écueil, ils jetèrent quatre ancres de la poupe, attendant avec impal^^nce que le jour vînt. Or,
comme les matelots cherchaient h s'enfuir du vaisseau, et qu'ils descendaient l'esquif en mer, sous prétexte d'aller jeter des ancres du côté de la proue, Paul dit au centenier et aux soldats : Si ces gens-ci ne demeurent dans le vaisseau, vous ne pouvez vous sauver. Alors les soldats coupèrent les câbles de l'esquif et le laissèrent tomber. Sur le point du jour, Paul les exhorta tous h prendre de la nourriture, en leur disant : Il y a aujourd'hui quatorze jours que vous êtes comme à jeun et que vous n'avez presque rien pris, attendant la fin de la tempête ; c'est pourquoi je vous exhorte à prendre de la nourriture pour pouvoir vous sauver, car aucun de vous ne perdra un seul cheveu de sa tête. Après avoir dit cela, il prit du pain, et, ayant rendu grâces à Dieu devant tous, il le rompit et se mit à manger. Tous les autres reprirent courage et se mirent aussi à manger. Or, nous étions dans le vaisseau deux cent soixante-seize personnes en tout. Quand ils furent rassasiés, ils soulagèrent le vaisseau en jetant le blé dans la mer. Le jour étant venu, ils ne reconnurent point quelle terre c'était ; mais ils aperçurent un golfe où il y avait un rivage, el ils résolurent d'y faire échouer le vaisseau, s'ils pouvaient. Ils retirèrent donc les ancres et lâchèrent en même temps les attaches des gouvernails ; et s'abandonnanl à la mer, après avoir mis la voile de l'artimon au vent, ils liraient vers le rivage. Mais ayant rencontré une langue de terre qui avait la mer des deux côtés, ils y firent échouer le vaisseau ; et la proue s'y étant enfoncée, demeurait immobile; mais la poupe se rom-
pait par la violence des flots. Alors les soldats furent d'avis de tuer les prisonniers, de peur que quelqu'un d'eux s'étant sauvé à la nage, ne s'enfuît. Mais lecentenier, qui voulait conserver Paul, les en empêcha, et commanda que ceux qui savaient nager se jetassent les premiers dans l'eau et se sauvassent à terre; pour les autres, on les fit passer sur des planches, et quelquesuns sur des débris du vaisseau : et ainsi ils gagnèrent tous la terre et se sauvèrent.
» Nous étant ainsi sauvés, nous reconnûmes que l'île s'appelait Malte, et les barbares nous traitèrent avec beaucoup d'humanité ; car après avoir allumé un grand feu, à cause de la pluie et du froid qu'il faisait, ils nous donnèrent à tous les secours dont nous avions besoin. Alors Paul ayant ramassé quelques sarments et les ayant mis au feu, une vipère, que la chaleur en fit sortir, le prit à la main. Quand les barbares virent cette bête qui pendait à sa main, ils s'enlre-disaient : Cet homme est sans doute quelque meurtrier, puisqu'après avoir été sauvé de la mer, la vengeance divine ne veut pas le laisser vivre ; mais Paul ayant secoué la vipère dans le feu, n'en reçut aucun mal. Les barbares s'attendaient qu'il enflerait et qu'il tomberait mort tout d'un coup ; mais après avoir attendu longtemps, lorsqu'ils virent qu'il ne lui arrivait aucun mal, ils changèrent de sentiment et dirent que c'était un dieu. Il y avait dans cet endroit-là des terres qui appartenaient à un nommé Publias, le premier de cette île, lequel nous reçut fort humainement, et exerça envers nous l'hospitalité durant
trois jours. Or, il se rencontra que son père était malade d'une fièvre et d'une dyssenlerie ; Paul alla le voir, et, s'étant rais en prière, il lui imposa les mains et le guérit. Après ce miracle, tous ceux de l'île qui étaient malades vinrent à lui et furent guéris. Ils nous rendirent aussi de grands honneurs, et nous pourvurent de tout ce qui nous était nécessaire pour noire voyage. Au bout de trois mois, nous nous embarquâmes sur un vaisseau d'Alexandrie, qui avait passé l'hiver dans l'île, et qui portait pour enseigne Castor et Pollux ; nous abordâmes à Syracuse, où nous demeurâmes trois jours. De là, en côtoyant les terres, nous vînmes à Rhége, et le lendemain, le vent s'étant mis au midi, nous arrivâmes le jour d'après à Pouzzole, ville de la campagne de Naples. »
Paul y trouva des Chrétiens, car Rome et l'Italie en étaient déjà remplies. Saint Pierre y avait planté la foi depuis longtemps. Après avoir passé une semaine entière avec les fervents Chrétiens de Pouzzole, Paul partit pour Rome. Les frères de Rome vinrent h sa rencontre à vingt lieues de distance, les uns jusqu'à une ville nommée le Marché d'Appius, les autres jusqu'au lieu appelé les Trois-Loges. Environné de ces fervenis disciples, le grand Apôtre fil son entrée dans la ville des Césars, par la voie Appienne, au commencement du printemps de l'année 61 après la naissance de Jésus-Christ. 11 y entra chargé de ses chaînes, avec le même courage qu'un prince qui ro viendrait dans sa capitale sur un char de triomphe, couvert des lauriers de la victoire.
Tous les prisonniers furent remis par le centurion Julius entre les mains du préfet du prétoire, qui était capitaine des gardes de l'empereur. Celte charge était alors occupée par Afranius Burrhus dont l'histoire loue les bonnes qualités, et qui arrêtait autant qu'il le pouvait les mauvais penchants de Néron. Paul, admiré des Païens eux-mêmes, eut la liberté de demeurer en son particulier avec un garde, auquel il était attaché nuit et jour par une longue chaîne, suivant la coutume des Romains. Paul loua un Idgis pour lui et pour son prétorien. Il y passa deux années entières, travaillant de ses mains pour payer le loyer de cette maison.
Il recevait tous ceux qui venaient le visiter et leur prêchait hautement l'Evangile. Sa captivité fut une mission continuelle qui servit beaucoup à la propagation de la foi, et le rendit lui-même célèbre jusqu'à la cour de l'empereur, où il y avait déjà plusieurs Chrétiens.
Cependant les fidèles de Philippes, si tendrement attachés à leur Apôtre, ayant appris qu'il était prisonnier à Rome, lui envoyèrent Epaphrodite leur évêque, tant pour lui porter des secours que pourl'assister en personne en leur nom. Paul écrivit à ses chers Philippiens une lettre où se révèle toute la grandeur de son âme et toute l'ardeur de son zèle. Il écrivit aussi à Philémon de Colosses, ville de Phrygie, en faveur d'Onésime son esclave ; il le supplie, au nom de ses chaînes, de le recevoir comme lui-môme. De cette même prison sortirent encore les admirables Epîtres aux Colossiens et aux Hébreux.
Après deux ans de captivité, saint Paul parvint à se faire entendre, et, s'étant pleinement justifié des accusations que les Juifs intentaient contre lui, il fat mis en liberté. L'homme de Dieu repartit bientôt pour l'Orient. On croit que c'est dans le cours de ce voyage qu'il écrivit à ses deux disciples bien-aimés, Tite et Timothée. Ayant jeté un dernier regard sur les Eglises orientales, ce soleil brillant dirigea de nouveau sa course vers la ville de Rome, où il devait s'arrêter pour toujours. Après son retour dans cette capitale du monde, il écrivit sa seconde Lettre à Timothée et aux fidèles d'Ephèse.
Cette seconde fois Paul entra dans Rome avec saint Pierre. Ces deux conquérants, unissant leurs forces, plantèrent l'étendard de leur divin Maître jusque dans le palais de Néron. Ce prince infime ne put souffrir qu'on introduisît dans Rome une religion si sainte, lui qui eût mieux aimé perdre l'empire que ses plaisirs déréglés. Sa fureur ne connut plus de bornes lorsqu'il apprit la conversion d'une courtisane dont il faisait sa coupable idole. Le grand Apôtre qui avait opéré ce prodige fut aussitôt chargé de chaînes et jeté dans une étroite prison, où saint Pierre alla promptement- le rejoindre.
Avant de triompher de Néron lui-même par une mort glorieuse, les deux athlètes <lc Jésus-Chrisl devaient remporter une éclatante victoire sur le plus grand ennemi que l'Eglise eût en ces premiers temps. Simon le magicien, envoyé h Rome par le démon pour décrier et ruiner l'œuvre évangélique, avait annoncé en preuve
de sa divinité qu'il s'élèverait dans les airs. C'était le jour des jeux publics, en présence de toute la ville et de l'empereur lui-même, que le faux prophète devait opérer son prétendu miracle et confirmer sa doctrine. Pierre et Paul l'ayant appris, se mirent en prière ; l'imposteur, abandonné des démons qui le soulevaient, tomba parterre, se cassa les jambes, et son sang rejaillit jusque sur le pavillon d'où Néron le regardait. On l'emporta ; mais, outré de dépit, il se précipita du haut de son logis et se tua'.
Le jour de leur martyre étant venu, les deux Apôtres furent tirés de leur prison et conduits ensemble hors de la ville par la porte d'Oslie, jusqu'au lieu appelé les Eaux salviennes'^. Saint Pierre fut crucifié la tète en bas ; il l'avait demandé lui-même par humilité, de peur qu'on ne crût qu'il aflectait la gloire de Jésus-Christ s'il eût été crucifié de la même manière que son divin Maître. Saint Paul, en qualité de citoyen romain, eut la tète tranchée. Ce jour à jamais mémorable fut le 29 jnin de l'an 66 après Jésus-Christ. Saint Pierre, fondateur et premier évéque de l'Eglise de Rome, l'avait gouvernée pendant environ vingt-cinq ans.
PRIÈRE
0 mon Dieu! qui êtes tout amour, je vous remercie de nous avoir fait naître dans le sein de votre Eglise ;
' Prud., de Martyr., ii, 145. — f'oyez aussi Tillcmont, 1. 1, 180. ' Baron., 68; Constit. apost-, lib. 6, c. 9.
faites-nous la grâce d'être toujours attachés du fond de notte cœur à l'Eglise romaine, mère et maîtresse de toutes les autres Eglises.
Je prends la résolution d'aimer Dieu par-dessus toute chose, et mon prochain comme moi-même pour l'amour de Dieu ; et, en témoignage de cet amour, je veux faire sans raisonner tout ce que V Eglise me commande.
PETIT CATÉCHISME
LE CHRISTIANISME ÉTABLI
(Premier siècle.)