IV« LEÇON
LE CHRISTIANISME ÉTABLI. ( 1«' Siècle, SUile.)
Vie et martyre de saint André, — de saint Jacques le Majeur. — Jugement de Dieu sur Agrippa, premier roi persécuteur de TEglise. — Vie de saint Jean l'Evangéliste. — Il est plongé dans l'huile bouillante. — Il écrit l'Apocalypse, — vient à Ephèse. — Histoire d'un jeune voleur. — Perdrix. — Mort de saint Jean. — Vie de saint Thomas, — de saint Jacques le Mineur, — de saint Philippe, — de saint Barthélémy, — de saint Matthieu, — de saint Simon, — de saint Judc, — de saint Matthias, — de saint Marc et de saint Luc.
La leçon précC'dente nous a présenté la rapide histoire de saint Pierre et de saint Paul ; celle-ci va nous retracer les expéditions et les victoires des autres conquérants évangéliques. Le premier dont nous avons à parler, c'est saint André. Frère de saint Pierre, il eut la gloire de conduire au Sauveur celui qui devait être le chef de l'Eglise universelle. Après l'ascension, il dirigea ses pas du côté de la Scythie, parcourut la Grèce et le Pont, et tourna ensuite vers le Nord. Les Moscovites sont persuadés que saint André a porté la foi dans leur pays et jusqu'aux frontières de la Pologne ; enfin il se rendit dans la ville de Patras en Achaïe. C'est là qu'il donna son sang pour Jésus-Christ, par un supplice semblable .à celui de son frère et de son divin Maître ; comme eux il fut crucifié. La tradition nous apprend que
la croix de saint André était formée de deux pièces de bois qui se croisaient obliquement par le milieu, et qu'elle représentait la figure d'un X.
Du plus loin qu'il aperçut l'inslruraent de son supplice, le saint Apôtre s'écria, dans un transport de joie : Je vous salue, croix précieuse, qui avez été consacrée par le corps de mon Dieu, et ornée de ses membres comme de riches pierreries. O croix salutaire ! recevezmoi dans vos bras, il y a longtemps que je vous désire et que je vous cherche ; que celui qui s'est servi de vous pour me racheter, daigne me recevoir par vous. Les reliques du saint reposent maintenant en Italie dans la cathédrale d'Amalfi'. Puisse son amour pour la Croix résider partout où il y a des Chrétiens.
Voici un nouveau conquérant et un nouveau témoin de la foi que nous avons le bonheur de professer.
Saint Jacques, fils de Zébédée et de Salomé, était frère de saint Jean l'Evangéliste, et proche parent du Sauveur. On le surnomme le Majeur, pour le distinguer de l'Apôtre du même nom qui fut évêque de Jérusalem. Ce dernier est surnommé le Mineur, ou parce qu'il fut appelé à l'apostolat après saint Jacques le Majeur, ou parce qu'il était de petite taille, ou enfin à cause de sa jeunesse. Salomé, mère de saint Jacques le Majeur et de saint Jean, se nommait aussi Marie, et était cousine germaine de la sainte Vierge.
Saint Jacques eut la Galilée pour patrie. Il était pécheur de profession, ainsi que son père et son frère.
* roy. UshcUi, Ital. sacr.y t. 7.
Après l'ascension de Jésus-Christ, il s'empressa, comme les autres Apôtres, de défricher le vaste champ qui lui était échu en partage. Nous lisons qu'il prêcha l'Evangile aux douze tribus d'Israël, dispersées en divers lieux de la terre, et qu'il porta le flambeau de la foi jusqu'en Espagne'. Chargé des dépouilles de l'enfer, il revint à Jérusalem , et n'attendit pas longtemps le jour de son triomphe.
Agrippa, petit-fils d'Hérode, avait été élevé à Rome sous le règne de Tibère; il y avait connu Cahgula, et avait mérité la confiance de ce prince en flattant bassement ses passions. A peine Caligula fut-il parvenu à l'empire, que pour témoigner à Agrippa l'attachement qu'il avait pour lui, il lui donna le titre de roi des Juifs. Le nouveau souverain s'empressa de venir prendre possession de ses Etats. Affectant un grand zèle pour la loi de Moïse, il suscita une persécution sanglante contre les disciples de Jésus, bien sûr de gagner par là le cœur des Juifs. II profita donc du voyage qu'il fit de Césarée à Jérusalem, dans le dessein d'y célébrer la fête de Pâques de l'année 43, pour leur témoigner le désir qu'il avait de leur plaire. Saint Jacques fut la première victime de sa politique ; l'ayant fait arrêter quelques jours avant la solennité, il ordonna qu'on lui tranchât la tête, ce qui fut exécuté.
Eusèbe rapporte, d'après Clément d'Alexandrie, que le dénonciateur du saint Apôtre fut si frappé de son
Telle est la traditioQ de l'Eglise d'Espagac appuyée sur l'autoritd de saint Isidore de Sévillc,ctc.
courage et de sa constance, qu'il se déclara Chrétien lui-même, et fut condamné en même (emps à être décapité. Comme on le conduisait au supplice avec saint Jacques, il lui demanda pardon de l'avoir ainsi livré à ses bourreaux. L'Apôtre se tourna de son côté, el lui dit en l'embrassant : La paix soit avec vous. Ils furent mis à mort au même lieu'. Saint Jacques le Majeur est le premier des Apôtres qui ait enduré le martyre. L'Eglise, en perdant sur la terre une des grandes colonnes sur lesquelles elle semblait particulièrement appuyée, n'en demeura pas moins ferme, afin que ses ennemis sussent que ce n'est pas sur les hommes, mais sur la toute-puissance de Dieu qu'elle est établie.
Saint Jacques conserva une virginité perpétuelle ; il ne mangeait ni viande ni poisson, et ne portait qu'une seule tunique et un simple manteau de lin-. Son corps fut enterré à Jérusalem; mais, peu de temps après, ses disciples le portèrent en Espagne. Il repose aujourd'hui dans la cathédrale de Composlelle en Galice. Ce lieu est devenu un des plus célèbres pèlerinages du monde catholique.
Agrippa fut le premier roi persécuteur de l'Eglise. C'est par lui que nous allons commencer la formidable histoire de la justice de Dieu sur ceux qui ont osé s'élever contre le Seigneur et contre son Christ. Rois et peuples sont créés et mis au monde pour connaître, aimer et servir Jésus-Christ, agneau dominateur du
• Eusèb., liv. 2, c 9.
* S, Epiph.,épi8t. 13, c. 14.
monde. Telle est la condition de leur gloire, de leur bonheur, de leur existence noiême; s'ils la violent, ils sont aussitôt punis. La rigoureuse précision avec laquelle cette loi s'exécute depuis dix-huit siècles, n'est pas la moindre preuve de la divinité du christianisme ; elle répond victorieusement à l'impie de nos jours, qui semble regarder Jésus-Christ comme je ne sais quel monarque détrôné qui ne mérite plus d'être craint, ni respecté, ni obéi ; en même temps qu'elle montre avec éclat le soin que le divin Pasteur prend, du haut du ciel, de son bercail chéri.
Hérode et Pilate, nous l'avons vu, sont morts misérablement. Couvert du sang d'un Apôtre de Jésus- Christ, Agrippa tarda peu à éprouver les effets de la vengeance divine. Après la fOte de Pâques, il retourna à Césarée dans le dessein d'y donner des jeux publics en l'honneur de l'empereur Claude. Il y fut suivi par un nombreux cortège de personnes de considération. Le second jour des jeux, il parut sur le théâtre avec une robe lissuc en argent, dont l'art surpassait la richesse ; elle lirail un nouvel éclat des rayons du soleil, qui, venant à se réfléchir, éblouissaient les spectateurs. Ceux-ci, de leur côté, marquaient une sorte de respect qui tenait de l'adoration. Agrippa ayant fait un discours, les flatteurs, qui environnent ordinairement les princes, firent entendre des acclamations réitérées : Ce n'est point, s'écrièrent-ils, la voix d'un homme; c'est la voix d'un dieu. Le prince, enivré de ces louanges impies, oublia qu'il était mortel ; mais à l'instant l'Ange du
Seigneur le frappa, et il ressentit des douleurs d'entrailles si violentes, qu'il ne pouvait les supporter. Après avoir langui cinq jours sans que les médecins pussent apporter le moindre adoucissement à son mal, ni empêcher les vers de le ronger tout vivant, il expira dans des souffrances qu'on ne peut imaginer et encore moins exprimer. Justice de Dieu : avis aux persécuteurs.
Saint Jean l'Evangélisle tient le cinquième rang parmi ces pêcheurs d'hommes qui ont retiré l'univers du gouffre de l'idoldtrie. Le plus jeune des Apôtres, vierge de corps et de cœur, saint Jean fut le disciple bien-aimé du Sauveur. Avec Pierre et Jacques, il assista au spectacle glorieux du Thabor, et plus lard à l'agonie de Jésus au jardin de Gelhsemani. Mais lui seul, entre tous les Apùlres, eut le bonheur ineffable de reposer pendant la dernière cène sur le sein adorable de l'Homme-Dieu ; seul, il le suivit au Calvaire ; seul avec Marie, il fut nommé du haut de la Croix dans le testament du Sauveur. En récompense de son amour et de sa fidélité constante, Jésus lui confia le soin de son auguste Mère.
Après l'ascension du divin Maître , Jean prêcha l'Evatigile dans la Judée et la Saraarie. Lorsque le moment fut venu de porter aux Gentils le flambeau sacré, le disciple chéri eut pour département le vaste pays occupé par les Parthes'. Ce peuple fameux était le seul qui disputait alors aux Romains l'empire du monde. Il
» Bar., 44. — S. Augustin, Quœst. a'., liv. 2,c. 39; et Estius, i/i Joan., p. 1230.
ne reste dans l'histoire aucune trace des merveilles que saint Jean opéra pour le salut de cette nation. Nous savons seulement qu'il repassa dans l'Asie-Mineure, et qu'il se fixa dans la ville d'Ephèse. La sainte Vierge y habitait avec lui : c'est là même qu'elle mourut. Pour l'Apôtre bien-aimé, il était chargé du gouvernement de toutes les églises d'Asie, et jouissait d'une grande réputation, tant à cause de son éminente dignité, que par ses vertus et ses miracles. Domilien l'ayant fait arrêter, il fut conduit à Rome l'an 95 de Jésus-Christ. Il parut devant l'empereur, qui, loin de se laisser attendrir par la vue de ce vénérable vieillard, eut la barbarie d'ordonner qu'on le jetât dans une chaudière d'huile bouillante ^ Grande fut la joie du saint, lorsqu'il entendit prononcer sa sentence ; il brûlait d'un désir si ardent d'aller retrouver son divin Maître, et de lui rendre amour pour amour ! Mais Dieu se contenta de ses dispositions, en lui accordant toutefois le mérite et l'honneur du martyre. Il suspendit l'activité du feu^et lui conserva la vie, comme il l'avait conservée aux trois enfants dans la fournaise de Babylone. L'huile bouillante se changea pour lui en un bain rafraîchissant, et il en sortit plus fort et plus vigoureux qu'il n'y était entré. Le tyran fut très-frappé de cet événement ; n'osant faire mourir le saint, il se contenta de le reléguer dans l'île de Tathmos", pour y travailler aux mines. C'est là que, martyr, apôtre et prophète de la loi nouvelle,
* TcrtuU., de Prccscript., c. 36.
• Une tlos ilfs Sporatlcs, yiiiu^es dans la mer Egée ou l'Arclupel.
saint Jean écrivit son Apocalypse : le mot Apocalypse signiOe révélation. Le Sauveur y fait connaître à son Disciple bien-aimé ce qui doit arriver à la fin des temps, ainsi que les merveilles de la Jérusalem céleste, jusquelà connues des anges seules, tant notre Dieu aime à se communiquer aux cœurs purs ! Condamné à l'exil et au rude travail des mines dans un âge fort avancé, saint Jean espérait bientôt voir finir sa vie par le martyre; mais son divin Maître lui ôta cette espérance.
Domitien ayant été assassiné l'année suivante, Nerva, rempli de bonnes qualités et d'un caractère naturellement pacifique, fut élevé à l'empire. Saint Jean eut la liberté de retourner à Ephèse : il était alors âgé d'environ quatre-vingt-dix ans. Cette grande vieillesse ne l'empêchait pas d'aller dans les provinces voisines, tantôt pour y ordonner des évêques , tantôt pour y établir et former des Eglises nouvelles. Ainsi il gouvernait comme auparavant toutes les Eglises d'Asie. L'un de ceux qu'il ordonna dans les dernières années de sa vie, fut le grand Polycarpe, qu'il établit évêque de Smyrne'.
C'est vers le même temps que se montra tout entier le cœur du Disciple bien-aimé. Ce saint vieillard étant allô dans une ville voisine d'Ephèse -, appela l'évêque, et, en présence de tout le peuple, il lui présenta un jeune homme qui, aux grâces du corps, joignait un naturel vif et ardent : Je vous recommande ce jeune homme, lui dit-il, autant que je peux vous le recom-
■ TertuU., Prœscrip., liv. 32.
* S.Chrysost., «d r^., Baron,,lib. I, c. 98. — Eu?., lib. 3, c. 23.
mander, et vous le donne en dépôt eh présence de Jésus-Christ et de l'Eglise. L'évêque promit d'en avoir soin, mais bientôt il négligea sa promesse ; le jeune homme, vivant dans une trop grande liberté, fut corrompu par des jeunes gens de son âge. Emporté par l'ardeur de son naturel, comme un cheval fougueux qui prend le mors aux dents, il surpassa bientôt ses compagnons ; il se mit à leur tête et en forma une troupe de voleurs : nul n'était plus violent, plus cruel et plus redoutable que lui.
Cependant quelques affaires obligèrent l'Apôtre de revenir dans la même ville ; après les avoir réglées, il appela l'évêque et lui dit : Rendez-moi le dépôt que Jésus-Christ et moi vous avons confié en présence de l'Eglise à laquelle vous présidez. L'évêque parutétonné. Je vous redemande, ajouta l'Apôtre, le jeune homme, l'âme de voire frère, que je vous ai confiée. L'évêque, baissant les yeux, lui dit avec larmes : Il est mort! Comment? reprit le saint vieillard; et de quel genre de mort ? Il est mort à Dieu, répondit l'évêque ; il est devenu un méchant, un pervers, et, pour tout dire, un voleur ; et maintenant, au lieu d'être ici dans l'église, il s'est emparé d'une montagne, où il demeure avec une troupe de gens semblables à lui.
A ces mots, l'Apôtre, déchirant ses vêtements et jetant un profond soupir, lui dit en se frappant la tête : Vraiment, vous avez été un fidèle gardien de l'âme de votre frère ! Qu'on m'amène un cheval, et qu'on me donne un guide. N'écoutant que sa charité, le vénéra-
ble vieillard monte à cheval et se rend à la montagne indiquée. Bientôt il est arrêté par les sentinelles des voleurs ; mais au lieu de s'enfuir et de leur demander la vie, il s'écrie à haute voix : C'est pour cela que je suis venu ; menez-moi à votre capitaine. On le mène vers ce jeune homme qui l'attend les armes à la main. Tout à coup il reconnaît saint Jean ; saisi de frayeur, il prend la fuite. Oubliant sa faiblesse et son grand âge, le Saint court après lui de toutes ses forces en criant : Mon fils ! mon fils! pourquoi me fuyez-vous? pourquoi ftiyez-vous votre père? que craignez-vous d'un vieillard faible et sans armes ? Mon fils, ayez pitié de moi î Ne craignez point, il y a encore espérance pour voire salut. Je répondrai pour vous à Jésus-Christ, je souffrirai très-volontiers la mort pour vous, je donnerai mon âme pour la vôtre. Demeurez, croyez -moi, c'est Jésus-Christ qui m'envoie vers vous.
Le jeune homme ne put tenir à ces tendres paroles; il s'arrêta, jeta ses armes, et, baissant les yeux, il se mit à fondre en larmes. Comme il vit que le saint vieillard approchait, il alla l'embrasser et l'arrosa de ses pleurs ; mais il avait soin de cacher sa rtain droite, parce qu'elle était souillée d'une multitude de crimes. Le saint Apôtre, le pressant sur son cœur, l'assura tout de nouveau et avec serment qu'il lui obtiendrait du Sauveur le pardon de ses péchés; il se mit même à genoux devant lui, et, par une bonté qu'on ne peut assez admirer, il lui prit la main droite qu'il cachait, et la baisa, comme étant déjà purifiée par les larmes de la pénitence.
Glorieux de sa conquête, le bon pasleur ramena au bercail cette brebis égarée, et la présenta dans l'assemblée des fidèles. Il ne s'en tint pas là : il offrit à Dieu de continuelles prières pour ce jeune homme; il se mortifia avec lui, il lui adoucit le cœur par diverses paroles de l'Écriture, comme par un saint enchantement, et ne se sépara de lui qu'après l'avoir rétabli dans l'Eglise par l'absolution de ses péchés et la participation aux sacrements.
Ce fat aussi dans la ville d'Éphèse, après son retour de Pathraos, que saint Jean écrivit son Évangile; il le fît à la prière de ses disciples, de presque toutes les Églises d'Asie, et de tous les fidèles des provinces voisines, qui vinrent le supplier de rendre par écrit un témoignage authentique à la vérité. Il ne le commença qu'aprés un jeûne et des prières publiques ; c'est au sortir d'une révélation profonde qu'il en prononça les premières paroles *. Les autres évangélistes avaient fait connaître l'humanité du Sauveur, saint Jean nous en découvre la divinité. Tel est son but principal.
L'Apôtre bien-aimé écrivit aussi trois lettres que nous avons encore ; elles sont dignes du disciple favori de celui qui est tout amour. Afin d'affermir l'œuvre évangélique. Dieu laissa vivre saint Jean jusqu'à une extrême vieillesse. Réduit, à cause de son grand âge, à ne plus pouvoir se rendre à l'église, il y était porté par ses disciples ; hors d'état de faire de longs discours, il ne disait au peuple, dans toutes les assemblées, que ces
• Voy Tillemont, t. 1.
courtes paroles : Mes chers enfants, aimez-vous les uns les autres. On s'ennuya de lui entendre toujours répéter la même chose ; il fit celte réponse vraiment digne de l'Apôtre de la dilection : C'est le commandement du Seigneur ; pourvu qu'on l'accomplisse, cela suffit ^
Sa vieillesse n'était point chagrine ; il voulait qu'on prit des récréations innocentes, et il en donnait luimême l'exemple. Un jour qu'il s'amusait à flatter une perdrix apprivoisée, il fut rencontré par un chasseur, qui parut étonné de voir un si grand homme s'abaisser à un tel amusement. « Qu'avez- vous à la main? lui dit saint Jean. — C'est un arc, lui répondit le chasseur. — Pourquoi ne le tenez-vous pas toujours bandé? — Il perdrait sa force, dit le chasseur. — Eh bien , repartit ?e saint Apôtre, c'est pour la même raison que je donne quelque relâche à mon esprit. »
Enfin, parvenu à sa centième année, il rendit sa belle âme entre les bras de celui sur le sein duquel il avait eu le bonheur de reposer. Il fut enlerré à Éphèse.
Le sixième conquérant évangélique est saint Thomas. Comme les autres dont nous avons parlé, il était Juif d'origine; c'est à lui que le Sauveur ressuscité permit de mettre la main dans l'ouverture de ses plaies. Après l'ascension, il partit pour l'Orient, et porta l'Evangile dans la Perse, dans l'Ethiopie et dans la Judée^. C'est dans ce dernier pays qu'il signa de son sang la
' Hieron., p. 200.
* S. Chrys., t. 6, Homil. xjlxi. — Baron., xliv.
doctrine qu'il avait prôchée. On ne connaît au juste ni le lieu ni l'année de son martyre; on sait au moins que son corps fut porté dans la suite à Édessc, ville célèbre de la Mésopotamie *. 11 y était l'objet d'une singulière vénération : qu'il soit toujours celui de notre reconnaissance. C'est au zèle, aux travaux, aux souffrances des Apôtres que nous devons l'avantage de connaître l'Évangile et d'être Chrétiens.
Le septième est saint Jacques le Mineur. Il était fils d'Alphée et de Marie, proche parente de la sainte Vierge. Saint Jérôme et saint Épiphane nous apprennent que le Sauveur, au moment de son ascension, lui recommanda l'Église de Jérusalem, et qu'en conséquence les Apôtres l'établirent évêque de cette ville, lorsqu'ils se dispersèrent pour prêcher l'Evangile. Le saint évéque de Jérusalem força les Juifs à le respecter, malgré la fureur avec laquelle ils persécutaient les Chrétiens. Ce fut vers l'an 59 qu'il écrivit la lettre qui porte son nom; elle aie titre de catholique ou universelle, parce qu'elle ne fut point adressée à une Église particulière, mais à tout le corps des Juifs convertis qui étaient dispersésdans les différentes parties de l'univers. L'Apôtre y réfute certains faux docteurs qui enseignaient que la foi seule suffisait pour la justification, et qu'ainsi les bonnes œuvres étaient inutiles. 11 donne aussi des règles excellentes pour mener une vie sainte, et il exhorte les fidèles à recevoir le sacrement de l'Extrôme-Onclion dans leurs maladies.
• Grég. de Tours, Gloria martyr., c. 32.
Ce fut vers ce temps-là que saint Paul ayant éludé, par son appel à l'empereur, les mauvais desseins des Juifs, ceux-ci résolurent de faire tomber toute leur rage sur le saint évêque de Jérusalem. Le grand-prêlre Ananus, digne fils du fameux Anne dont il est parlé dans l'Évangile, assembla le Sanhédrin, et fit comparaître saint Jacques avec plusieurs autres Chrétiens. On accusa l'Apôtre d'avoir violé la loi de Moïse, et on le condamna à être lapidé.
Avant de le livrer au peuple, on le porta sur la plateforme du temple; là on voulut l'obliger à renier sa foi, en sorte que sa voix fût entendue de tout le monde. Ce sera là, lui dil-on, le moyen de détromper ceux que tu as séduits. Le Saint, au lieu de faire ce qu'on exigeait de lui, se mit à confesser Jésus-Christ de la manière la plus solennelle. Les Scribes et les Pharisiens, transportés de fureur, s'écrièrent : Quoi donc ! l'homme juste s'est égaré aussi ! Ils montèrent aussitôt à l'endroit où il était, et le précipitèrent en bas.
Saint Jacques ne mourut pas de sa chute ; il eut encore la force de se mettre sur ses genoux. Dans cette posture, il leva les yeux au ciel, et pria Dieu de pardonner à ses meurtriers , en disant , comme son divin Maître : Ils ne savent ce qu'ils font. La populace fit pleuvoir sur lui une grêle de pierres, jusqu'à ce qu'enfin un foulon l'acheva, en lui déchargeant sur la tête un coup du levier dont il se servait pour fouler les draps. Ceci arriva le jour de Pâques, qui était le 10 avril de Van 61
de Jésus-Christ \ Telle était l'opinion que les Juifs avaient de sa sainteté, qu'ils attribuèrent à sa mort injuste la destruction de Jérusalem -.
Le huitième conquérant évangélique est saint Philippe. Ce nouvel Apôtre était de Bethsaïde en Galilée : il fut un des premiers disciples du Sauveur. Lorsque après la descente du Saint-Esprit les douze pêcheurs d'hommes se dispersèrent dans les différentes parties du monde, saint Philippe partit pour les deux Phrygies. Le glorieux vainqueur du paganisme y jouit longtemps du fruit de sa victoire, puisque saint Polycarpe, qui ne se convertit que dans l'année 80 de Notre-Seigneur, eut quelque temps le bonheur de converser avec lui. 11 fut enterré dans la ville de Hiérapolis, en Phrygie. Plus d'une fois cette ville se crut redevable de sa conservation aux miracles continuels qui s'opéraient par la vertu de son saint Apôtre.
Le neuvième est saint Barthélemi. Galiléen d'origine, il fut mis au nombre des Apôtres par le Sauveur lui-même. Tandis que, au sortir du Cénacle, ses compagnons se dirigeaient les uns vers l'occident, les autres vers le midi et vers le nord, saint Barthélemi jeta ses vues sur les contrées les plus barbares de l'Orient ; il pénétra jusqu'aux extrémités des Indes ^. Sous ce nom les anciens entendaient quelquefois non-seulement l'Arabie et la Perse, mais encore l'Inde proprement dite.
• Eusèb,, p. 04.
" Josèphe, Jntiq., liv. 20, c. 8.
' Eu8èb>,l. 5,c. 10.
En effet, ils parlent des Bracmanes de ce pays, fameux dans l'univers pour leur prétendue connaissance de la philosophie et pour leurs mystères superstitieux. Au commencement du troisième siècle, saint Pantène ayant été dans les Indes pour réfuter les Bracmanes, y trouva des traces de Christianisme ; on lui montra une copie de l'Évangile de saint Matthieu, en hébreu, qu'on lui assura avoir été apportée dans ce pays par saiiit Barthélemi, lorsqu'il y avait planté la foi *.
Le saint Apôtre revint dans les pays situés au nordouest de l'Asie, et rencontra saint Philippe à Hiérapolis, en Phrygie ; de là il se rendit dans la Lycaonie, où saint Chrysostôrae assure qu'il instruisit les peuples dans la religion chrétienne. Enfin il pénétra dans la grande Arménie, pour y prêcher la foi à un peuple opiniâtrement attaché aux superstitions de l'idolâtrie : il y reçut la couronne du martyre -. Les historiens modernes grecs et latins s'accordent à dire qu'il fut crucifié etécorché tout vif. La réunion de ce double supplice était en usage non-seulement en Egypte, mais encore chez les Perses ; les Arméniens pouvaient avoir emprunté de ces derniers peuples, leurs voisins, un tel genre de barbarie. On croit que la ville d'Albanopolis, où il fut martyrisé, est la ville d'Albane, située sur les bords de la mer Caspienne, qui confine à l'Arménie.
Qui peut, sans étonnement, penser à tant de prisons que les Apôtres sanctifièrent par leur présence, à tant
' Eusèb., p. 175.
* Grég. de Tours, liv. 1, c. 34.
de vastes régions qu'ils parcoururent et qu'ils arrosèrent de leur sang ? Mais, en admirant l'ardeur de leur zèle et l'héroïsme de leur courage, comment ne pas nous humilier à la vue de notre paresse, nous qui ne faisons rien pour étendre le royaume de Dieu parmi les autres, ni pour la sanctification de nos propres âmes!
Pendant que saint Barthélemi se dévouait à tant de travaux et de souffrances dans les Indes et l'Arménie, le dixième conquérant évangélique pénétrait dans l'Ethiopie et dans la Perse *. Ce nouvel Apôtre est saint Mat' thieu. De son bureau des impôts appelé à l'apostolat par le Sauveur lui-même, il ne se donne pas d'autre titre que celui de sa première profession : toujours il se nomme Mallhieu le Pubîicain. Son humilité emploie ce langage pour faire admirer h toutes les généralions la puissance et la miséricorde de celui qui d'une pierre même sait faire, quand il lui plaît, un enfant d'Abraham.
Avant de partir pour ses missions lointaines, il écrivit son Évangile ^. Obligé de se séparer pour jamais de ses chers néophytes de Jérusalem, il voulut suppléer par son livre au défaut de sa présence.
Il donna 5 son ouvrage le nom d'Evangile, c'est-àdire lionne et heureuse nouvelle; c'est avec raison, puisqu'on retraçant la vie du Verbe fait chair, il annonce h tous les hommes, même aux plus méchants, la ré-
' Socr., liT. l,c. 19, p.50. — Ruff., 1. 10, c. 9, p. 164. . * Eu8èb.,'p. 95.
conciliation du ciel avec la terre, le pardon du péché, la délivrance de l'enfer, l'adoption des enfants de Dieu, l'héritage de son royaume et la gloire de devenir les frères de son Fils unique ; ce sont là véritablement d'heureuses nouvelles.
Dans son Evangile, saint Matthieu s'arrête à décrire la génération temporelle du Rédempteur ; il laisse à saint Jean le soin d'achever ce qu'il avait commencé et de découvrir sa naissance éternelle. C'est lui qui le premier a écrit l'Evangile. Quoi de plus juste que celui qui s'était converti après beaucoup de péchés annonçât le premier cette miséricorde infinie du Sauveur, qui est venu appeler non les justes, mais les pécheurs?
Saint Matthieu menait une vie très-austère et ne mangeait point de viande ; il ne vivait que d'herbes, de racines et de fruits sauvages -. Il mourut à Luch, dans le pays de Sennaar, qui faisait partie de l'ancienne Nubie, et qui est entre l'Abyssinie et l'Egypte. C'est ainsi que, par un ordre de la Providence, chaque Apôtre devait reposer, même après sa mort, dans le pays qui lui avait été assigné pour y planter l'Evangile. Puissants gardiens de notre foi! du haut des cieux veillez sur votre ouvrage.
Dieu-, qui se glorifie en faisant briller avec éclat les grandes actions de ses serviteurs, se plaît quelquefois à les tenir cachées ; son infinie sagesse veut nous apprendre à aimer nous-mêmes l'obscurité et l'oubli du monde. Telle est la réflexion qu'inspire la vie de saint
' Clém. Alexand., Pœdag., 1. 2, c. 1.
Simon. Tout ce qu'on sait de ce onzième Apôtre, c'est que l'ardeur de son zèle pour la gloire de son divin Maître lui fil donner le surnom de zélé. Les martyrologes de saint Jérôme, de Bède, d'Adon et d'Usuard mettent son martyre en Perse dans une ville appelée Suanir; ils attribuent sa mort à la fureur des prêtres idolâtres.
Le douzième Apôtre est saint Jude ; il est surnommé Thadée, qui veut dire louange, et Lebbée, qui signifie un homme d'esprit. Il était frère de saint Jacques le Mineur, et proche parent de Jésus - Christ. Choisi comme les autres pour arracher l'univers à l'empire du démon, il quitta la Judée après la Pentecôte, passa en Afrique, et planta la foi dans la Libye '. L'an 62 après Jésus-Christ, Jude revint à Jérusalem; il assista à l'élection que l'on fit de saint Siméon, son frère, pour gouverner l'Eglise de cette ville. On rapporte qu'il mourut à Ararat en Arménie ; ce qu'il y a de certain, c'est que les Arméniens honorent encore aujourd'hui saint Bar- Ihôlemi et saint Jude comme leurs premiers Apôtres^.
Nous avons de saint Jude une Epîlre adressée à toutes les Eglises, et particulièrement aux Juifs convertis; elle fut écrite surtout pour prémunir les fidèles contre les hérésies naissantes des Nicolaïtes et des Gnostiques.
Avant sa vocation à l'apostolat, saint Jude avait été marié"^. L'histoire parle de deuv de ses petits-fils, dignes par leurs vertus lie leur illustre aïeul. Ces innocents
• s. l'aulia, Carni., xxvi.
' f^oy. Joachim Schroder, Thés. ling. arinen., p. 149.
* Euscb., y/M/., 1. 3, c 20.
Chrétiens possédaient en commun deux arpents de terre qu'ils cultivaient ensemble; le revenu de ce petit héritage leur suffisait pour payer les tributs que Domitien exigeait des Juifs avec une extrême rigueur. Ce cruel tyran commanda qu'on fît mourir tous les descendants de David, afin d'ôter aux Juifs tout prétexte de se révolter. En conséquence, on lui dénonça les petits-fils de saint Jude comme descendants de la race royale de David et parents du Christ ; ils furent donc amenés à Domitien. Il les interrogea lui-même sur leur race, sur leur fortune, sur le Messie et sa royauté. Ils répondirent à tout avec beaucoup de sincérité : leurs mains, endurcies par le travail, montraient assez que ce qu'ils disaient de leur pauvreté était véritable. Pour le Messie, ils déclarèrent qu'il était véritablement roi, mais que son règne ne paraîtrait dans tout son éclat qu'à la fin du monde, lorsqu'il viendrait juger les vivants et les morts. Charmé de leur simplicité, et rassuré par la bassesse de leur condition actuelle, l'empereur les renvoya comme des personnes qui n'étaient nullement à craindre. On les éleva depuis à la prêtrise, et ils gouvernèrent saintement des Eglises considérables ^
Le nom de saint Matthias, dont nous allons parler, ne peut se prononcer sans rappeler un douloureux souvenir. Judas Iscariote avait laissé, par sa trahison et par sa mort, une place vacante dans le collège apostolique ; quelques jours avant la Pentecôte, saint Matthias fut élu pour le remplacer. On ne connaît ni l'histoire de ses
' rillemont, t. i.
conquêtes évangéliques, ni les détails de sa mort : comme celle de saint Simon, sa vie est cachée en Jésus- Christ et écrite seulement par les Anges au livTC immortel de l'éternité.
De ces illustres pécheurs, dont nous venons de tracer l'histoire, douze avaient été envoyés directement pour prendre dans le filet de l'Eglise les enfants d'Abraham. Ainsi, par une bonté qui ne se lasse jamais, Dieu avait bien voulu, malgré le meurtre de son Fils, se souvenir des antiques promesses faites aux Patriarches ; les Juifs devaient entrer les premiers dans le royaume de Dieu ; mais leur obstination força le Tout-Puissant à donner au Messie un peuple nouveau. Les Gentils devinrent héritiers des promesses. Paul fut appelé pour eux à l'apostolat; son zèle répondit à sa vaste mission.
A l'histoire de ces douze conquérants auxquels les peuples modernes ne paieront jamais le tribut de reconnaissance qu'ils leur doivent, joignons celle de saint Marc et de saint Luc. Ces deux fidèles compagnons de saint Pierre et de saint Paul méritent à plus d'un titre les hommages des nations chrétiennes : d'abord ils partagèrent les travaux de leurs illustres patrons, ensuite ils nous ont transmis l'histoire du Sauveur et des premières conquêtes évangéliques.
Quatre auteurs ont écrit la vie du Verbe fait chair : saint Matthieu, saint Marc, saint Luc et saint Jean. Nous avons parlé de saint Matthieu et de saint Jean ainsi que de leur Evangile ; il nous reste à faire connaître saint Marc et saint Luc.
Saint Marc élait Juif d'origine ; converti par les Apôtres après l'ascension, il devint le compagnon fidèle de saint Pierre. Le chef dn collège apostolique ayant converti dans son premier voyage de Rome un grand nombre de personnes, ce fut à la prière de ces nouveaux fidèles, et particulièrement des chevaliers romains, que saint Marc écrivit son Evangile'. 11 recueillit tout ce qu'il avait entendu dire à l'Apôtre, et en forma son ouvrage. Saint Pierre fut charmé du zèle que les Chrétiens marquaient pour la parole de vérité ; il approuva l'Evangile de saint Marc et lui imprima le sceau de son autorité pour qu'il fût lu dans les assemblées des fidèles; l'Apôtre, repartant pour l'Orient, envoya saint Marc en Egypte; il l'avait établi évêqne d'Alexandrie, qui était, après Rome, la plus célèbre ville du monde.
Saint Marc prêcha douze ans dans diverses contrées de l'Egypte, après quoi il vint à Alexandrie, où il forma en peu de temps une Eglise fort nombreuse. Les progrès étonnants du Christianisme firent entrer les Païens dans une grande fureur ; ils résolurent de faire mourir l'instrument de tant de merveilles; mais saint Marc trouva le moyen de se dérober à leur rage pour quelque temps. A la fin, il fut découvert lorsqu'il ofl"rait à Dieu là prière, c'est-à-dire lorsqu'il célébrait les mystères sacrés. Les plus animés d'entre les Païens se saisirent de lui, le lièrent avec des cordes et le traînèrent par les rues en criant qu'il fallait mener ce bœuf à Rucoles, qui était un lieu près de la mer rempli de roches et de
' Eusèb.,1. 2, c. 15.
précipices. Ceci arriva le 24 avril, l'an G8 de Jésus- Christ et la quatorzième année du règne de Néron.
Le saint fut traîné pendant tout le Jour ; la terre et les pierres furent teintes de son sang, et l'on voyait partout des lambeaux de sa chair. Tandis qu'on le traînait de la sorte, le vénérable vieillard ne cessait de bénir Dieu de l'avoir jugé digne de souffrir pour la gloire de son nom. Le soir étant venu, les Païens le jetèrent dans une prison. Le lendemain matin, on le traîna comme le jour précédent, et il expira dans ce supplice. Les Chrétiens ramassèrent les restes de son corps et les enterrèrent à Bucoles, dans le lieu même où ils avaient coutume de s'assembler pour la prière.
Saint Marc, dans son Evangile, n'a fait qu'abréger celui de saint Matthieu. Sa manière de narrer est concise; elle intéresse singulièrement par les charmes d'une élégante simplicité. A l'exemple de saint Matthieu, saint Marc nous fait connaître le Sauveur comme homme, comme législateur et comme modèle. Il ne rapporte point ce que le Fils de Dieu dit à l'avantage de saint Pierre, mais il raconte son renoncement avec beaucoup d'étendue : il servait en cela l'humilité du saint Apôtre.
Autre est la manière de raconter de l'Evangélisle que nous allons faire connaître. Saint Luc semble avoir pour objet de nous montrer le Sauveur comme Prélre et Pasteur ; ce n'est que dans son Evangile qu'on trouve le récit de plusieurs circonstances relatives à l'Incarnation, comme l'annoncialion de ce mystère j'i la sainte
Vierj^e, sa visile à sainte Elisabeth, la parabole de l'Enfant prodigue, et plusieurs autres particularités du même genre. Le style en est clair, élégant, varié; les pensées et la diction sont d'une sublimité qui étonne ; on y admire en même temps cette simplicité qui fait le caractère distinctif des écrivains sacrés. L'énergie avec laquelle l'Evangéliste parle de la patience, de la douceur, de la charité d'un Dieu fait homme pour nous ; son sang-froid dans le récit des souffrances et de la mort du Sauveur; son attention à éviter toute exclamalion et à s'abstenir de ces épithèles dures qu'il est si ordinaire de donner aux ennemis de celui que l'on aime : tout cela a je ne sais quoi de grand, de noble, de touchant et de persuasif que l'on chercherait en vain dans les plus beaux ornements du langage. Cette simplicité fait que les grandes actions parlent pour ainsi dire d'elles-mêmes, et l'éloquence humaine ne ferait qu'en diminuer l'éclat.
Après avoir fait connaître l'ouvrage, faisons connaître l'auteur. Saint Luc était d'Antioche, métropole de Syrie; il y fit d'excellentes éludes, qu'il perfectionna en voyageant dans la Grèce et dans l'Egypte. Son goût le porta particulièrement vers la médecine ; mais il paraît que ce ne fut qu'après sa conversion au Christianisme que la charité lui fit exercer un art qui n'était point incompatible avec les travaux du ministère apostolique. Saint Jérôme assure qu'il y excellait.
Déjà il était un parfait modèle de toutes les vertus, lorsque saint Paul le choisit pour le coopérateur et le
compagnon de ses travaux. Ce fui vers l'an 51 de Jésus- Christ. Ces deux grands saints ne se séparèrent plus que par intervalles, et lorsque le besoin des Eglises le demandait. Saint Luc suivit à Rome le grand Apôtre en 61, lorsqu'il y fut envoyé prisonnier de Jérusalem ; il ne le quitta point jusqu'à ce qu'il eut la consolation de lui voir rendre la liberté en 63.
En cetle même année il acheva les Actes des Apôtres, histoire qu'il avait entreprise à Rome par l'inspiration du Saint-Esprit *. Elle forme comme la suite de son Evangile. Il se propose de réfuter les fausses relations que l'on publiait sur la vie et les travaux apostoliques des fondateurs du Christianisme, et de laisser un récit authentique des merveilles dont Dieu s'était servi pour former son Eglise, et qui sont comme une preuve invincible de la résurrection du Sauveur et de la divinité de l'Evangile. Après le martyre de saint Paul, l'Evangéliste prêcha dans l'Italie el la Dalmalie. Il termina sa longue carrière par un glorieux martyre ^.
11 est h remarquer que c'est pour ainsi dire à regret el comme forcé que, dans le Nouveau comme dans l'Aiicien Testament, Dieu a mis sa loi par écrit. La tradition orale étant bien plus parfaite, bien plus conforme à la simplicité el i\ l'innocence que Dieu désire voir parmi les hommes, elle esl aussi bien plus propre à resserrer les liens de famille el îi faire de tous les hommes un seul peuple de frères. Ainsi, on ne voit pas
• s. Hier., Catalog. vir. illust., c 7.
» f'oy. S. Grég. de Naz., or. 3. — S. Paulin, serin. 17.
que Notre-Seigneur ail chargé ses Apôtres de mettre par écrit l'iiistoire de sa vie ou de sa doctrine ; les auteurs qui l'ont donnée y ont été déternsinés par diverses circonstances et par l'inspiration du Saint-Esprit. Saint Matthieu écrivit son Evangile à la prière des Juifs convertis de la Palestine; saint Marc écrivit le sien à la prière des fidèles de Rome. Le but de saint Luc fut de s'opposer au cours des fausses hisloires de Jésus-Christ que l'on publiait. Saint Jean fut prié par les évêques d'Asie de laisser un témoignage authentique de la vérité contre les hérésies de Gérinthe et d'Ebion *.
Saint Irénée, saint Jérôme, saint Augustin trouvent une figure des Evangélistes dans les quatre animaux mystérieux représentés dans Ezéchiel et dans l'Apocalypse. Aussi, le portrait de chaque Evangéliste est accompagné de l'un de ces animaux figuratifs. On convient généralement que l'aujle est le symbole de saint Jean, qui, dès l'abord, s'élève jusque dans le sein de la Divinité pour y contempler la génération éternelle du Verbe. Le bœuf est la figure de saint Luc, qui commence par faire mention du sacerdoce de l'Homme-Dieu et du sacrifice de Zacharie. Saint Matthieu est représenté par l'animal qui avait comme la ^gure d'un homme, parce qu'il commence en racontant la génération temporelle du Sauveur, et que son but est de nous faire connaître sa sainte humanité. Enfin, le lion caractérise saint Marc, parce qu'il explique la dignité royale
' f^oy. Eusèb., liv. 3, c. 24 ; id., liv. 2, c 16. — S. Jérôme, Proi. in Matth.
du Sauveur, véritable lion de la tribu de Juda, et qu'il commence par la retraite au désert, habitation ordinaire du lion.
PRIÈRE
O mon Dieu ! qui êtes tout amour, je vous remercie de nous avoir transmis votre sainte doctrine, non-seulement de vive voix, mais par écrit ; daignez éclairer ceux qui ne vous connaissent pas encore.
Je prends la résolution d'aimer Dieu par-dessus toute chose, et mon prochain comme moi-même pour l'amour de Dieu; et, en témoignage de cet amour, jV veux lire l'Evangile avec le plus profond respect.
PETIT CATÉCHISME
LE CHRISTIANISME ÉTABLI
(Premier siècle.)
Q. Qui était saint André?
B. Saint André était frère de saint Pierre. 11 fut mis au nomhrc des ApiMres par Notre-Scigneur lui-même. Après la Pentecôte, il porta l'Evangile dans l'Asie-xMineurc et dans le pays des Scythes. Il fut enfin crucifié dans la ville de Fatras.
(J. Oui était saint Jacques le ^îajcur?
R. Saint Jacques, surnommé le 3Iajeur, était frère de sairil Jean l'EvangélisIc et fils de Salomé, cousine
DE PiiRSÉVÉRANCE. 101
germaine de la sainte Vierge; il était Galiléen d'origine et pêcheur de profession. Après la Pentecôte, il prêcha aux douze tribus d'israôl, dispersées dans les différentes contrées de la terre , et pénétra jusqu'en Espagne. II revient à Jérusalem, où Hérode Agrippa, petit-fils d'Hérode le Grand, lui lit trancher la tête. Le tyran ne porta pas loin la peine de son crime : il mourut bientôt dévoré tout vivant par les vers. Cette mort affreuse, ainsi que celle de tous les autres persécuteurs, apprend aux hommes ù craindre Jésus-Christ et contribue à l'affermissement de son règne.
Q. Qui était saint Jean'.'
R. Saint Jean était le plus jeune des Apôtres et l'ami particulier de Notre-Seigneur. Il eut le bonheur de reposer sa tête sur le sein du Sauveur pendant la dernière cène. II était debout au pied de la croix avec la sainte Vierge. Après la Pentecôte, il prêcha l'Evangile aux Parthes. Ce peuple fameux était le seul qui disputait aux Romains l'empire du monde. Le Saint repassa dans l'Asie-^Iineure et se fixa dans la ville d'Ephèse. Q. Que lui arriva-t-il ?
R. L'empereur Domitien le fit arrêter et conduire à Rome, où il fut jeté dans une chaudière d'huile bouillante. Mais il en sortit plein de vie. Le tyran le bannit dans l'île de Pathmos. C'est là qu'il écrivit son Apocalypse, c'est-à-dire la révélation des choses qui devaient arriver dans la suite des siècles. Il revint ensuite à Ephèse; il y écrivit son Evangile, où il a pour but de montrer la divinité de Nolrc-Seigneur. Il écrivit aussi
trois Lettres aux fidèles; enfin, il mourut âgé d'environ cent ans.
Q. Qui était saint Jacques le Mineur?
jî. Saint Jacques le Mineur était fils d'Alphée et de Marie , proche parente de la sainte Vierge. Avanf l'Ascension, Notre-Seigneur lui recommanda l'Eglise de Jérusalem. Il en fut le premier évéque. Il écrivit une Lettre à toutes les Eglises. Il fut précipité par les Juifs du haut du temple, en haine du Christianisme. Q. Qui était saint Philippe?
R. Saint Philippe était originaire de Bethsaïde en Galilée. Il fut un des premiers disciples de Notre-Seigneur. Après la PenlecAle, il partit pour la Phrygie, où il établit le Christianisme. Il y mourut dans un âge fort avancé.
Q. Qui était saint Barthélemi?
R. Saint Barthélemi était aussi de Galilée. Après la Pentecôte, il se dirigea vers les contrées les plus barbares de l'Orient, et pénétra jusqu'aux extrémités de l'Inde. Il revint ensuite en Arménie, où il fut martyrisé. Q. Qui était saint Matthieu?
U. Saint Matthieu était un publicain ou receveur des impôts. Converti par Notre-Seigneur lui-même, il fut mis îiu nombre des Apôtres. Après la Pentecôte, il partit pour l'Afrique, où il mourut. Il est le premier qui ail écrit l'Evangile. Son but est de faire connaître Nolrc-Seigneur comme homme et comme modèle de notre vie.
Q. Qui était saint Simon?
Jî. Saint Simon était de Cana en Galilée. Après la Pentecôte, il partit pour la Perse, où il fut martyrisé par l'ordre des prêlres idolâtres.
Q. Qui était saint Jude?
jR. Saml Jude, appelé aussi Taddée, était frère de saint Jacques le Mineur. Après la Pentecôte, il passa en Afrique et planta la foi dans la Libye. Il revint à Jérusalem et mourut en Arménie. Il a écrit une Lettre adressée à toutes les Eglises, pour les prémunir contre les hérésies naissantes des Nicolaïtes et des Gnostiques.
Q. Qui était saint Matthias?
Jî. Saint Matthias était disciple de Notre-Seigneur. Il fut choisi dans le Cénacle pour remplacer Judas. L'histoire ne nous apprend ni ses conquêtes évangéliques, ni les détails de sa mort. Tels sont les conquérants qui ont soumis le monde à la Croix de Jésus-Christ.
Q. Combien y a-t-il d'Evangélistes?
/î. Il y a quatre Evangélistes : Saint Matthieu, saint Marc, saint Luc et saint Jean. On appelle Evangélistes ceux qui ont écrit la vie de Notre-Seigneur. Saint Marc était disciple de saint Pierre, saint Luc l'était de saint Paul. Saint Luc a écrit aussi les Actes des Apôtres : c'est un livre où il nous apprend l'histoire de la fondation de l'Eglise.
PRIÈRE
O mon Dieu ! qui êtes tout amour, je vous remercie de nous avoir transmis votre sainte doctrine, non-seule-
ment de vive voix, mais encore par écrit ; daignez éclairer ceux qui ne vous connaissent pas.
Je prends la résolution d'aimer Dieu par-dessus toute chose, et mon prochain comme moi-même pour Vj^ mour de Dieu ; et, en témoignage de cet amour, ^c ceux lire l'Évangile avec le plus profond respect.