‹ Catéchisme de persévérance, ou, Exposé historique, dogmatique, moral et liturgique de la religion (volume 3)Chapitre 31 sur 46 · V LEÇON · texte numérisé non relu

V LEÇON

OUVRAGE DES SIX JOURS

Troisième jour. — La mer. — Son lit. — Son mouvement. — Sa salure.

— Son étendue. — La navigation. — La terre. — Couleur de l'herbe.

— Fécondité des plantes. — Leur propagation. — La racine. — La lige. — La feuille. — La graine et le fruit.

Dieu dit : Que les eaux qui sont sous le Ciel se rassemblent en un seul lieu , et que l aride paraisse , et cela se fit ainsi.

Dieu donna à T aride le nom de terre, et il appela mer toutes ces eaux rassemblées , et il vit que cela était bon.

Dieu dit encore que la terre produise de ïherbe verte qui porte de la graine , et des arbres fruitiers qui portent du fruit, chacun selon son espècCy et qui renferment leur semence en eux-mêmes pour se reproduire sur la terre, et cela se fit ainsi ' .

Expliquons chacun de ces commandements. Dieu ayant séparé les eaux en deux parties, et n'ayant laissé sur la terre que la quantité qui convenait à ses desseins et à l'usage qu'il en voulait faire , commanda ù toutes ces eaux inférieures de se réunir dans un môme lieu, afin que la terre devînt visible. Il donna à ces eaux

« Gen. c. 1. i. 9. 10,11.

ainsi réunies le nom de mer . Ce commandement , que les eaux qui sont sous le Ciel se rassemblent en un seul lieu, qui n'est ici qu'une simple parole , fut une menace terrible et un tonnerre , suivant le Prophète ' . Au lieu de s'écouler tranquillement , elles prirent la fuite avec épouvante , et^parurent prêtes , non-seulement à abandonner la terre, mais à sortir même de l'univers , tant elles se hâtèrent de se précipiter et de s'entasser les unes sur les autres , pour laisser libre 1" espace qu elles avaient , ce semble, usurpé , puisque Dieu les en chassait.

Dans cette obéissance tumultueuse, où les eaux effrayées paraissaient devoir porter le désordre partout oii elles se déborderaient , une main invisible les gouverna avec autant de facilité qu'une mère gouverne et manie un enfant qu'elle avait d'abord emmaillotté , et qu'elle place ensuite dans son berceau. C'est sous cette simple image que Dieu lui-même nous représente ce qu'il fit alors. (( Qui présida à la naissance de la mer , demandait-il à Job, lorsqu'elle sortit du sein oii elle avait été retenue? lorsque je la couvris d'une nuée comme d un vêtement, et que je l'environnai de vapeurs obscures et ténébreuses, comme de langes et de bandelettes? lorsque je lui donnai mes ordres et que je lui opposai des portes et des barrières , en lui disant : Tu viendras jusque-là , mais tu n'iras pas plus loin; là tu briseras l'orgueil de tes flots \ ))

La mer n'abandonna de la terre que ce qu'il plut à

« Ps. c. 141. 6. et 7.

' Job. XXXVIII. 8. </. 10

Dieu d'en découvrir; elle laissa les îles qu'il avait résolu de peupler, et remplit seulement les lieux qu'il lui avait destinés. Ainsi fut placé dans son lit ce redoutable enfant ; depuis ce moment il y reste tranquille, retenu par le grain de sable que le Seigneur a marqué pour limite à son berceau.

Cependant , les eaux de la mer renfermées dans leur vaste réservoir, pouvaient se corrompre et répandre des vapeurs malignes qui auraient rendu la terre inhabitable. La sagesse créatrice a prévenu cet inconvénient. Le môme Dieu qui a défendu à la mer de jamais sortir de son lit , lui a ordonné en même temps d'être dans un mouvement continuel; et la mer obéissante pousse chaque jour, pendant six heures, toutes ses eaux, du milieu vers les extrémités, et chaque jour aussi elle les rappelle, des extrémités vers le miheu, également pendant six heures. Depuis six mille ans elle n'y a pas manqué une seule fois. Ce mouvement s'appelle le flux et le reflux . II est commun à toutes les mers. S'il est plus sensible dans l'Océan qu'ailleurs, c'est qu'il est plus nécessaire, parce que la quantité d'eau est plus grande.

Ainsi ce mouvement miraculeux a pour but d'empêcher les eaux de la mer de croupir ou de s'infecter par un trop grand repos . A la vérité , les vents contribuent aussi à les assainir ; mais comme il règne souvent un grand calme sur les eaux , il pourrait en résulter une putréfaction dans le bassin de la mer, qui est le réceptacle où toutes les balayures de la terre vont se rendre. Aux secousses des vents qui sont irrégulières et interrompues , Dieu a

Oli CATÉCHISME

donc joint les allées et les venues journalières du flux et du reflux, pour empêcher les dépôts nuisibles. Et bien loin que ces balayures des terres que les fleuves charient à la mer, puissent s'y multiplier et causer la moindre infection , le mouvement perpétuel de l'eau qui monte et descend , les disperse , les atténue et les amène sur la surface, d'oii elles s'élèvent par lévaporation et se convertissent pour nous en rosée, en pluie, en verdure, en fleurs et en aliments .

Le mouvement de la mer nous rend encore de grands services; car c'est pour nous que la mer existe , et c'est aussi pour nous qu'elle est perpétuellement agitée. Le premier service que nous procurent le flux ou les marées, c'est de repousser l'eau des fleuves, de les faire remonter bien avant dans les terres , et d'en rendre le lit assez profond pour pouvoir amener jusqu'aux portes des grandes villes, les énormes charges de marchandises étrangères , dont le transport leur serait impraticable sans ce secours . Les vaisseaux attendent quelque temps ces crues d'eau , et ils en profitent pour arriver à la rade sans toucher le fond, ou pour entrer dans le lit des rivières sans danger. Après ce service important, les marées diminuent, et laissant rentrer la rivière dans ses bords, elles facilitent à ceux qui les habitent , la jouissance des commodités qu'ils tirent de son cours ordinaire.

Un autre avantage que ce mouvement perpétuel de la mer procure au Chrétien , c'est de lui offrir une image instructive de sa vie. Elle n'est qu'un flux et un reflux. Elle croît et diminue ; tout y est inconstant , point de

joie, ni de grâces, ni de bonheur durables. Nous nageons dans une eau rapide et capricieuse. Prenons garde de nôtre point entraînés dans I abîme, tâchons au contraire d arriver heureusement au port, à des rives riantes et fleuries.

Le flux et le reflux , tel est donc le premier moyen par lequel Dieu empêche les eaux de la mer de se corrompre ; le second, c'est leur salure.

Pour entretenir efficacement la mer dans sa pureté , le flux et le reflux y disperse tous les jours, d'un bout à l'autre, le sel dont elle est pleine. Sans ce mouvement non interrompu , le sel se précipiterait promptement au fond. S'il en était ainsi, la mer nous infecterait par une puanteur insupportable, et elle ne nourrirait plus ces poissons, dont nous admirons également le nombre, et la délicatesse. Mais la Sagesse créatrice a tout prévu et tout fait avec nombre, poids et mesure.

Le sel a une force terrible pour ronger les corps. Pour la contrebalancer. Dieu a rendu l'eau de la mer huileuse et bitumineuse , afin qu'elle déposât toujours sur son fond une glu qui l'empêche de pénétrer les terres, de les ronger et de les mettre en bouillie. Cette salure de la mer qui nous intéresse déjà si fort par la conservation de ses eaux et par l'entretien des poissons , nous procure deux autres avantages également importants. D'abord, les plus petites parties du sel marin deviennent volatiles, et s élevant dans l'air avec les vapeurs, elles sont pour toute la terre un des principes les plus actifs de la végétation. En second lieu, les parties salines les plus

lourdes résistent à la chaleur et à l'air qui font évaporer les eaui, ce qui fixe la mesure de l'évaporation. Plus la chaleur et l'air rencontrent de parties saUnes qui leur résistent , moins il s'offre de parties d'eau à enlever ; le sel, qui appesantit l'eau , modère donc l'évaporation de celle-ci , et nous sommes redevables à la salure de la mer de la juste quantité d'eau douce que le soleil en enlève pour nos besoins. Sans la résistance de ces sels, il élèverait une plus grande masse de vapeurs, qui inonderait la terre au lieu de la fertiliser . Nous aurions la moitié, le tiers de plus, de pluies, de fleuves, d'étangs, et la terre serait un véritable marais . Ainsi on peut dire en toute vérité, que si l'eau de la mer n'était pas salée, nous mourrions de faim.

Cette juste proportion se trouve également dans l'étendue de la mer. Elle couvre à peu près les deux tiers de notre globe. Il semble, au premier aspect , qu'il serait plus avantageux que le Créateur eût converti en terre ferme cet immense espace occupé par l'eau, c'està-dire, par la mer, les lacs et les fleuves. Raisonner ainsi, c'est démontrer son ignorance et son défaut de jugement. Si 1 Océan se trouvait réduit seulement à la moitié de ce qu'il est , il ne pourrait fournir que la moitié des vapeurs qu'il exhale ; dès-lors nous n aurions plus que la moitié de nos fleuves et la moitié de nos pluies; la terre ne serait pas suffisamment arrosée. La mer a donc été établie le réservoir général des eaux, afin que la chaleur du soleil [en attirât la quantité de vapeurs suffisantes pour retomber en pluie sur toutes les

campagnes, et pour devenir la source des ruisseaux et des rivières. Si l'étendue de fa mer était plus resserrée, il y aurait beaucoup plus de déserts et de contrées arides , parce qu'il tomberait moins de pluies et qu'il y aurait moins de lleuves.

Voici encore une autre preuve de cette admirable sagesse qui a présidé à la division des eaux et de la terre. Si Dieu eût laissé dans la terre une plus grande quantité d'eau , elle eût été comme un vaste marais , nous n'aurions pu l'habiter. S il en eût laissé une moindre quantité , la terre eût été trop dure , nous n'aurions pu l'ensemencer; les plantes, les arbres, rien ne pourrait y croître. Il fallait qu'elle fût assez dure pour nous ofï'rir un point d'appui solide, et assez molle pour laisser à l'homme la faculté de la cultiver, et aux plantes celle d'enfoncer leurs racines dans ses entrailles, et à l'eau qui les nourrit une libre circulation.

De plus, que deviendraient les avantages que nous retirons du commerce si ce grand amas d'eau n'existait pas? Dieu n'a pas eu dessein qu'une partie du globe se trouvât totalement indépendante et séparée des autres; au contraire, il a voulu qu'il y eût des relations entre tous les peuples; et c'est la mer qui les rend possibles. Comment pourrions-nous acquérir nos richesses et nos trésors , rendre toutes les parties du monde tributaires de nos besoins ou de nos plaisirs, sans le secours de la navigation? Ainsi, loin que la mer soit un moyen établi pour tenir les nations séparées et les renfermer dans certaines bornes, c'est au contraire un moyen que Dieu T. I. 7

a préparé pour unir tous les hommes , pour les dédommager de ce qu'il leur a refuse, et faciliter le transport des marchandises, qui aurait été impraticable sans ce secours ,

Peut-être n avons-nous jamais réfléchi aux avantages de la navigation ; peut-être n'en avons-nous jamais remercié le Créateur . Cependant c'est à elle que nous devons directement ou indirectement une grande partie des choses nécessaires à notre subsistance. Les aromates et les médicaments , les étoffes , les couleurs , les fruits précieux qui nous viennent des pays lointains nous manqueraient , ou du moins nous ne pourrions nous les procurer qu'avec beaucoup de peine et de dépenses , si les vaisseaux ne les amenaient dans nos ports. Que vous seriez à plaindre si vous étiez obligé de faire venir par terré toutes les choses dont vous avez besoin î Le calcul suivant va nous le faire sentir.

Un vaisseau porte jusqu'à un million deux cent mille livres. Or, en comptant deux mille livres pour chaque cheval , il faudrait , pour transporter cette charge , cent cinquante-six chariots à deux chevaux. Enfin, un dernier bienfait de la navigation ', par conséquent un dernier service de la mer, sans laquelle il n'y aurait point de navigation , c est la propagation de l'Evangile jusqu'aux nations les plus éloignées.

Peuples et tribus , enfants des hommes autrefois assis dans les ombres de la mort, rendez grâces au Dieu qui a créé T Océan; sans cette vaste plaine que traversent avec la rapidité de l'éclair les Apôtres de la

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bonne nouvelle, vous seriez peut-être lonj^-lemps encore ensevelis dans les ténèbres de l'erreur. Mais il est temps de quitter la mer , voici la terre qui appelle notre attention.

Après que toutes les eaux se furent rendues dans les vastes bassins que la main du Tout-Puissant leur avait préparés, Tartc/e, c est-à-dire, la terre parut. Le dessein de Dieu , en découvrant la terre , était de la rendre féconde , de la parer d'une belle verdure , de la couvrir de plantes et de toutes sortes d'arbres ; de la remplir d'animaux et de la donner à T homme pour son séjour. Mais il la laisse quelque temps aride , nue et stérile ; il la montre telle qu'elle est par son propre fond ; il veut qu'à r avenir elle tire son nom de son aridité naturelle , afin que ceux qui seraient un jour tentés de la regarder comme 1 origine de tous les biens qui la parent et l embellissent , se souviennent de sa première indigence : Que l'aride paraisse. Dieu donna à l aride le nom de terre .

Voilà donc une nouvelle créature qui se montre aux regards. Cette terre, notre mère nourricière, fut bien honteuse à ce premier moment , car elle était toute nue, sèche et stérile. Dieu s'empresse de lui donner une robe digne de sa magnificence et de sa bonté . Il dit que la terre produise de l'herbe verte , et à l instant une superbe parure couvre la terre. Parure immortelle, aussi fraîche, aussi éclatante, aussi agréable à voir , après six mille ans, qu au premier jour où la terre en fut ornée.

La première chose qui frappe, c'est le choix que

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Dieu a fait de la couleur verte pour le vêtement de la terre. Le vert naissant a une telle proportion avec les yeux , qu'on voit bien que c'est la même main qui a coloré la nature et qui a formé l'œil de l'homme , pour en être le spectateur. S'il eût teint en blanc ou en rouge toutes les campagnes , qui aurait pu en soutenir l'éclat ou la dureté? S'il les eût obscurcies par des couleurs plus sombres , qui aurait pu faire ses délices d'une vue si triste et si lugubre ? Une agréable verdure tient le milieu entre ces deux extrémités ; elle a un tel rapport avec la structure de l'œil, qu'elle le délasse au lieu de l'étendre; qu'elle le soutient et le nourrit au lieu de l'épuiser ; et ce qu'il y a de plus remarquable encore , c'est qu'il se trouve dans cette seule couleur une telle diversité , qu'il n'y a pas une plante dont le vert soit exactement aussi clair ou aussi foncé que celui de la plante voisine. Ces gracieuses nuances ôtent la monotonie, et attestent la richesse du pinceau et l'habileté du Peintre divin qui a décoré la nature . Tant de sagesse et de bonté ne disent-elles rien à notre cœur? ne nous imposentelles aucun devoir?

En créant l'herbe, gracieuse parure de la terre, Dieu dit : Que V aride produise de l herbe verte qui porte de la graine. Ceci est plus merveilleux que tout ce que nous venons de dire ; car Dieu s'engage par là à conserver les plantes, et leur communique une espèce d'immortalité. En effet, l'herbe ne demande ni labour ni semaille ; elle croît et se perpétue indépendamment de nos soins. Combien seraient

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tristes et arides nos pâturages et nos prairies, si nous étions chargés de jeter en terre les graines des herbes et d'arroser ensuite ce que nos mains auraient semé et planté? Notre Père céleste nous a dispensé de ce soin : voyez comme lui-môme s'en acquitte. Quel nombre infini de plantes il cultive pour les plaisirs ou les besoins de ses enfants! Dansune prairie de mille pas de longueur et de largeur, vous avez cent milliers de brins d'herbe, et dans un pied carré plus de mille de différentes espèces; et ces brins d'herbe sont odoriférants ; et toutes ces mille odeurs se réunissant, forment un parfum exquis que l'air, fidèle messager du Créateur, nous apporte gratuitement ; et, chose admirable ! parmi ces plantes et ces herbes, les plus nombreuses sont celles qui nous servent d'aliment ou de remède.

Mais pourquoi le Créateur a-t-il multiplié si prodigieusement les productions du règne végétal? C'est d'abord, pour notre nourriture et notre santé; c'est ensuite, pour la subsistance des bètes qui nous servent. Les prairies sont proprement les magasins des animaux.

Ce n'est pas seulement dans le nombre des plantes que brille la magnificence de notre Père céleste , c'est encore dans leur étonnante fécondité. Une seule en peut produire des milliers , et môme des millions. Une tige de tabac, par exemple, donne quelquefois quarante mille trois cent et vingt grains de semence. Si d'après cela on calcule sa fécondité dans l'espace de quatre ans , il se trouvera que d'une seule graine il peut provenir deux millions six cent quarante-deux mille neuf cent et huit

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billions deux cent quatre-vingt-treize mille trois cent soixante-cinq millions sept cent soixante mille grains de semence. Un orme de douze ans a souvent cinq mille grains de semence. Quel nombre prodigieux n'en résultera-t-il pas dans quelques années î quand on songe qu'il en est de même, proportion gardée, des autres plantes , on est vraiment surpris que la terre n'ait pas encore été consumée par les plantes.

Quel est donc le miracle continuel qui réduit les plantes à leur juste nombre? Le voici. Une multitude innombrable d'animaux tirent leur nourriture des herbes et des plantes; ils en font annuellement une si grande consommation , que si Dieu n'avait pas doué les végétaux de cette extraordinaire fécondité , on devrait craindre leur totale destruction : c'est encore ici une de ces belles harmonies de la création. Si la multiplication des plantes était moins considérable, un grand nombre d'animaux mourraient de faim; d un autre côté, si les animaux se multipliaient davantage , les plantes se consumeraient bientôt, et plusieurs espèces d'animaux disparaîtraient entièrement. Mais grâce aux rapports établis entre le règne végétal et le règne animal , les habitants de l'un et de l'autre se multiplient dans une juste proportion et sans qu'aucune espèce périsse.

En disant aux plantes de porter de la graine. Dieu leur a donné, nous l'avons vu, une espèce d'immortalité; arrêtons-nous un instant à considérer comment cette immortalité se perpétue, en d autres termes, comment les plantes se reproduisent. Nous ne feron»*

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en cela que suivre le conseil du Sauveur lui-même, qui nous exhorte, pour animer noire confiance en Dieu, à examiner de quelle manière croissent et se conservent les lis des champs.

Dans toutes les plantes, on distingue quatre parties : 1° la racine; 2" la tige; 3° la feuille; 4" la graine ou le fruit. Une graine tombe sur la terre ; ne craignez rien , elle ne périra pas : Dieu veille sur cette petite créature , comme il veille sur le monde entier. Suivons les opérations du divin Agriculteur. II commence par recouvrir la graine d'une couche de terre, qui n'est pas trop épaisse , afin de ne pas l'étouffer, mais qui est suffisante pour la mettre à l'abri du froid qui pourrait la geler, de la chaleur qui pourrait la brûler, du vent qui pourrait l'enlever, des oiseaux qui pourraient la manger. Voyez maintenant ce qui arrive : il appelle la chaleur et T humidité qui font gonfler la graine. Son enveloppe éclate et vous en voyez sortir deux petits germes; l'un monte, 1 autre descend : celui qui monte, c'est la tige , celui qui descend, c'est la racine de la plante. Qui a dit à ces deux germes de se diviser et de prendre chacun une direction si différente? Suivons-le^J dans leur développement.

1 " La racine . La racine a pour but l ° de fixer la plante , afin qu'elle ne tombe pas sur la terre , dont la trop grande humidité la ferait périr , et afin qu'elle ne soit pas emportée par les vents ; 2" de procurer à la tige une partie de sa nourriture. Voilà pourquoi la racine est percée par le milieu. C est par ce petit canal que mon-

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lent, attirés par la chaleur, les sucs quelle puise dans la terre. Mais ici quel danger? Tous les sucs dont la terre est remplie ne conviennent pas à chaque plante , et il y en a des milliers d'espèces. Ne craignez rien , la racine ne s y trompera pas ; elle ne choisira que ceux qui lui conviennent. Qui lui a appris à les distinguer? dans quelle école , sous quel maître a-t-elle fait un cours de chimie? Voici une autre difficulté. Quelquefois les sucs convenables à la plante ne se trouvent qu'à quelque distance. Comment fera la racine? Rassurez-vous encore. Conduite par la main de la Providence , la racine s'allonge , envoie à droite et à gauche de petits filaments pour sonder le terrain , essayer les sucs et donner des nouvelles de leur qualité. Ici nouvelle difficulté? La racine est séparée des sucs convenables par une pierre ou par un petit fossé : quel parti va-t-elle prendre ! La fidèle nourricière ne s' épouvante pas, et la voilà qui se détourne habilement de la pierre ou qui franchit hardiment le fossé.

En passant par la racine, les sucs se préparent et se purifient comme les substances qu'on fait passer à l'alambic, ou comme les aliments que la mère triture, adoucit, imprègne dune salive digestive avant de les mettre dans la bouche de son petit enfant. Entre la racine et la tige est déposé un levain qui, se mêlant aux sucs, leur communique les qualités propres de la plante, el c'est de là que viennent dans les fruits la diversité des goûts.

2" La tige. A mesure que la racine s'enfonce dans

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la terre, la tige s'élève vers le Ciel. La tige est percée d'une foule de petits canaux par lesquels montent et descendent les sucs nourriciers transmis par la racine. C est ainsi qu'il y a dans notre corps une foule de veines dans lesquelles le sang circule continuellement et entretient notre vie. La tige sortie de terre se noue; ces nœuds servent d'abord à l'affermir et ensuite à purifier de plus en plus les sucs qu'apportent les racines. Ce sont de petits alambics, placés l'un au-dessus de l'autre, qui ne laissent passer que ce qu'il y a de plus fin et de plus délicat. Mais en devenant plus forte, la tige a besoin de sucs plus abondants, comme l'enfant qui grandit demande une plus grande quantité de nourriture. La racine, qui est la nourrice de la tige, court donc risque de s'épuiser et la tige de mourir de faim. Dieu la prévu; Père nourricier de tout ce qui vit , le voici qui va venir au secours de son ouvrage. C'est par le moyen des feuilles.

3° La feuille. De la tige se détache une petite peau qui se développe insensiblement : c'est la feuille. Le côté de la feuille qui regarde le soleil est lisse et luisant. Pourquoi cela? C'est afin de s'échauffer plus facilement aux rayons du soleil et de servir de petit réverbère pour communiquer à la tige une chaleur qui la conserve, qui la dilate, qui active la circulation des sucs et les purifie. Le côté de la feuille qui regarde la terre est raboteux et couvert de petits poils, percés par le milieu. Pourquoi cette différence? C'est encore une invention admirable du divin Jardinier. Tous ces petits poils sont ouverts

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afin de pomper T air environnant, ainsi que toutes les vapeurs qui s'élèvent de la terre, et de les introduire dans la tige pour la nourrir. Aussi habiles que la racine, ces nouveaux chimistes n'admettent que les parties d'air et de vapeurs qui conviennent; mais ces sucs recueillis par la racine et par les feuilles, pourraient devenir trop abondants et la plante périr, étouffée par la nourriture. Comment la Providence a-t-elle obvié à ce nouveau péril? Le voici . tous ces petits poils qui couvrent le côté inférieur de la feuille sont autant de pores par lesquels la tige rejette, comme une transpiration, les sucs surabondants ou épuisés.

à-" La graine ou le fruit. Voilà déjà trois parties de la plante, la racine, la tige, la feuille. Toutes concourent au même but, la formation de la graine ou du fruit. Quand donc la tige est parvenue à la hauteur et à la force convenables , on voit se former à sa partie supérieure un petit bouton. Ce bouton renferme tout ce qu'il y a de plus précieux dans la plante. Aussi nous allons voir de quels soins tendres et multipliés la Providence l'environne. Elle le couvre d'abord de trois ou quatre enveloppes bien unies, bien serrées, afin de le protéger contre le froid, la chaleur, les insectes, les vents et la pluie. La première de ses enveloppes est plus dure et offre plus de résistance ; la seconde surpasse en finesse et en beauté la mousseline et la soie; enfin la troisième, qui touche à la graine, n a rien qui lui soit comparable pour la délicatesse et la douceur. Elle est faite ainsi, afin de ne pas blesser la petite créature qu'elle renferme. A

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mesure que ce germe précieux grossit, les enveloppes s'élargissent; enfin elles s'ouvrent, mais non pas entièrement ni tout d'un coup, afin de ne pas exposer le petit nourrisson au danger dépérir. Quand il est assez fort , toutes ces petites enveloppes de mousseline , tous ces tendres duvets sont écartés, ainsi qu'on écarte les langes qui emmaillottent un enfant.

Ce germe précieux est destiné à donner naissance à de nouvelles plantes ; mais cette nouvelle naissance sera accompagnée d'une joie et d'une magnificence inexprimables. Lorsque l'enfant d'un roi vient au monde, on le reçoit dans un berceau doré , on le place dans des appartements richement déeorés. Voilà ce que fait le bon Dieu pour l'enfant ou le fruit de la moindre plante. Des feuilles d'une douceur, d'une finesse, d'un moelleux inimitables, peintes des couleurs les plus belles, les plus variées et les plus agréables, lui servent de langes et de berceau. Autour de lui s'exhale le parfum le plus suave ; c est au milieu de cette demeure plus riche que les Louvres des rois, qu'il naît et qu'il grandit. Examinez tout cela de près, et , si vous pouvez, défendez à vos lèvres de dire avec le divin Sauveur : Je vous assure que Salomon, dans toute sa magnificence, ne fut jamais si richement habillé, si royalement logé. Hommes de peu de foi ! si votre Père céleste prend tant de soin d un peu d herbe qui ne vit qu'.un jour et qu'on brûle le lendemain, que ne fera-t-il pas pour vous? Comment vous défier de sa Providence?

Quand ces nouvelles graines sont assez formées pour

devenir à leur tour mères de nouvelles plantes, la tige qui les porte baisse la tête; elle dit à Dieu : ma tâche est finie. La graine tombe à terre; alors commence, pour la formation d'autres plantes, l'admirable travail que nous venons de décrire. Si la plante doit se propager au loin , Dieu donne des plumes à la graine , et quand elle est prête à partir, il commande aux vents de venir la prendre sur leurs ailes; les vents obéissent, et , transportée par ces fidèles messagers, la graine va se reposer dans les lieux que la Providence lui a désignés. Là, elle donne naissance à de nouvelles générations , forme de nombreuses colonies , et , nouveau missionnaire , elle raconte à d'autres hommes la toute-puissance et la sagesse du Créateur. Puissions-nous profiter de son éloquente parole !

Ne croirait-on pas en voyant le soin et pour ainsi dire la complaisance avec laquelle Dieu forme la moindre plante, ce petit brin d'herbe que nous foulons aux pieds, la plus humble fleur, en un mot, ne croirait-on pas qu'elle doit durer toujours ? Cependant du matin au soir elle est flétrie ; le lendemain elle est grillée par le soleil , un autre jour elle tombe sous la faucille . Que devons-nous donc penser de l'immense océan de beautés qui est en Dieu , puisqu'il en répand avec tant de profusion sur une herbe qui ne doit durer que quelques heures.^ Enfin, que devons-nous penser des soins qu'il prodigue à nos âmes, ses immortelles images ?

DE PtUStVLllANCE. 109

PRIF.RK.

0 mon Dieu ! qui êtes tout amour, je vous remercie d'avoir créé la mer pour nous donner des pluies et des rosées, et la terre pour nous servir de demeure, de l'avoir parée de tant de beauté et d'avoir pris un si tendre soin des moindres plantes ; c'est pour moi que vous faites tout cela , accordez-moi la grâce de profiter de tant de bienfaits .

Je prends la résolution d'aimer Dieu par-dessus toute chose, et mon prochain comme moi-même pour l'amour de Dieu; et, en témoignage de cet amour, 70 donnerai mon cœttr à Dieu tous les matins.

PETIT G\TECHISME.

OUVRAGE DES SIX JOURS. — TROISIÈME JOUR

Q. Qu'est-ce que Dieu fit le troisième jour ?

R. Le troisième jour Dieu plaça la mer dans le lit qu'il lui avait préparé ; il ordonna à la terre de paraître et de produire de l'herbe verte, des plantes et des arbres.

Q. Que remarquez-vous sur l'étendue de la mer?

R. Il faut remarquer sur l'étendue de la mer qu'elle occupe à peu près les deux tiers de notre globe. Cette étendue n'est ni trop grande ni trop petite : si elle était plus grande, la terre serait un marais inhabitable, parce

que nous aurions beaucoup trop de pluies ; si elle était plus petite, nous n'en aurions pas assez ; la terre serait stérile , et nous mourrions de faim .

Q. Comment Dieu a-t-il empêché l'eau de la mer de se corrompre ?

jR. Dieu a empêché l'eau de la mer de se corrompre par deux moyens : le premier c'est le llux et le reflux. La mer est toujours agitée : pendant six heures elle pousse ses eaux, du milieu vers les côtes, et pendant six heures elle les rappelle, des côtes vers le milieu. Ainsi le même Dieu qui dit à la mer : Tu viendras jusque-là , et tu n'iras pas plus loin , lui a dit aussi : Tu seras toujours en mouvement. Et la mer lui obéit comme un enfant docile obéit à sa mère. Le second moyen par lequel Dieu empêche l'eau de la mer de se corrompre, c'est le sel. L'eau de la mer est salée. Ce sel rend l'eau plus lourde et empêche le soleil d'en pomper une trop grande quantité.

0 . Pourquoi l'eau de la mer étant salée ne ronge- t-elle pas la terre?

R. L'eau de la mer étant très-salée, elle devrait ronger la terre et s'étendre dans nos campagnes, ou se creuser un lit de plus en plus profond. Pour prévenir ce danger, Dieu a déposé dans 1 eau de la mer une espèce de bitume ou de goudron, qui, se précipitant au fond et aux rives, empêche l'eau de ronger ce qu'elle touche.

Q. Que devons-nous à la mer?

R. Nous devons à la mer un ijrand nombre de bien-

DE PERSÉVÉRANCE. Ul

faits. Elle nous fournit 1° la pluie; 2° le poisson; 3** les perles ; 4" elle nous apporte, au moyen delà navigation, les richesses de tous les pays; 5° enfin, elle facilite la rapide propagation de la Foi chez toutes les nations.

Q. Que fit Dieu après avoir placé la mer dans le lit qu'il lui avait préparé?

R. Après avoir placé la mer dans le lit qu'il lui avait préparé, Dieu dit que \ aride paraisse, et quelle produise de l'herbe verte. Dieu donna à la terre le nom d'aride, afin de nous apprendre que les biens qu'elle produit ne viennent pas de son fond. Il la couvrit ensuite d'herbe verte. Dieu a choisi le vert pour la couleur générale dont il a embelli la terre, parce que le vert est la couleur qui convient le mieux à notre œil. S'il eût teint la terre en rouge, en blanc ou en noir, qni aurait jm en soutenir la vue?

Q. Quelle autre parole Dieu dit-il encore?

R. Dieu dit encore que Y herbe porte de la graine. Par cette parole, il a rendu les plantes immortelles. Le nombre des herbes et des plantes nous est inconnu. Mais Dieu les a multipliées de la sorte, afin de pourvoir à notre subsistance et à celle des animaux qui nous servent.

Q. Combien distingue-t-on de parties dans la plante?

R. On distingue quatre parties dans la plante : 1° la racine, qui fixe et nourrit la plante; 2" la tige, qui est destinée à porter la graine ou le fruit; 3° la feuille, qui l'embellit, l'échauffé et la nourrit; 4" la graine ou le fruit , qui sert à nos besoins ou à nos plaisirs, et qui per-

112 GAIÉCHISME

pétue la plante. Il suffit d'étudier la moindre fleur pour être rempli de confiance et d'amour envers Dieu, et pour s'écrier avec Notre Seigneur : Jamais Salomon, dans toute sa gloire, ne fut habillé avec tant de magnificence. Hommes de peu de foi! si Dieu prend tant de soin d'une herbe qui ne dure qu'un jour, quel soin ne prendra-t-il pas de nous qui sommes ses enfants?

PRIÈRE

0 mon Dieu ! qui êtes tout amour, je vous remercie d'avoir créé la mer pour nous donner des pluies et des rosées, et la terre pour nous servir de demeure, de l'avoir parée de tant de beautés, et d'avoir pris un si tendre soin des moindres plantes; c'est pour moi que vous faites tout cela , accordez-moi la grâce de profiter de tant de bienfaits.

Je prends la résolution d'aimer Dieu par-dessus toute chose , et mon prochain comme moi-même pour l'amour de Dieu; et, en témoignage de cet amour, je donnerai mon cœur à Dieu tous les matins.

VIP LEÇON.

OUVRAGE DES SIX JOURS

Suite du Iroisiùme jour. — Création et variété des arbres fruitiers. — Propriétés des fruits. — Arbres qui ne portent pas de fruils. — Leur utilité. — Utilité et magnificence des forêts. — Richesses renfermées dans l'intérieur de la terre. — Les métaux. — L'or. — Le fer. — • Quatrième jour. — Création du soleil. — Sa distance de la terre. — Son mouYemen?. — Son lever. — Sa lumière.

Il ne suffisait ni à la magnificence du Créateur, ni à sa bonté pour l'homme, que la terre fût parée d'un vert gazon et de fleurs odoriférantes et salutaires ; une nouvelle parole vint achever d'embellir le futur séjour du Roi de la création. Dieu dit : Que l'aride produise des arbres fruitiers qui portent des fruits chacun selon son espèce, et qui renferment leur semence en eux-^mêmes pour se reproduire sur la terre. Et cela se fit ainsi \

Avant cette parole, la terre n'était qu'une prairie ou un jardin potager. Mais à cette parole elle devient sur-lechamp un immense verger planté de toutes sortes d'arbres, chargés de fruits de mille espèces dont les uns doivent succéder aux autres sui van t les saisons . 0 hommes î ouvrez les yeux, les yeux de votre cœur et voyez encore ici la sagesse et la bonté de votre Père céleste.

« Gen. c. i. 12.

ilZi CATÉCHISME

1" Dans la création et la mriété des arbres fruitiers. Quelle source de jouissances dans cette prodigieuse variété de fruits qui se succèdent naturellement, ou que l'on sait conserver pendant Tannée tout entière! Entre les arbres fruitiers il y en a qui ne portent des fruits que dans une seule saison , d' autres en deux saisons différentes. Enfin, il en est qui unissent ensemble et les saisons et les années mêmes ; les orangers , par exemple, portent tout à la fois des fleurs naissantes, des fruits verts et des fruits mûrs. Dieu Ta fait ainsi, pour plusieursraisonsquisonttoutesà notre avantage. D'abord, il nous instruit en nous montrant la souveraine liberté, avec laquelle il peut à son gré diversifier les lois de la nature, et en tout temps et de toutes choses faire également ce qu'il lui plaît. Ensuite il parle à notre cœur. Cet arbre dont les branches sont courbées jusqu'à terre sous le poids de fruits excellents, dont la couleur et l'odeur annoncent le goût, et dont l'abondance étonne l'imagination , ne semble-t-il pas nous dire, par cette pompe qu'il étale à nos yeux : Apprenez de moi quelle est la bonté et la magnificence du Dieu qui ma formé pour vous. Ce n'est ni pour lui ni pour moi que je suis si riche. Lui, il n a besoin de rien, et moi, je ne saurais user de ce qu'il m'a donné. Bénissez-le, et déchargezmoi. Rendez-lui grâce; et puisqu'il m' a rendu le ministre de vos délices, devenez-le de ma reconnaissance.

De toutes parts, ne vous semble-t-il pas entendre les mêmes invitations? A chaque pas c'est une espèce nouvelle. Voyez donc, à hommes ! comme la sagesse divine

s'est jouée dans la formation des créatures! Ici, le fruit est caché au-dedans, la noix ; là, c'est lamande qui est intérieure, la poche, tandis qu'une chair délicate brille audehors des plus vives couleurs.

2" Dans leurs rapports avec les climats et les saisons. Tous ces arbres qui , à la parole du Créateur, paraissent en un seul jour et dans un môme pays, afin d'instruire et de charmer Adam qui doit bientôt les suivre, sont destinés pour des lieux différents. Les fruits acides seront plus ordinaires dans les pays chauds, où ils sont plus nécessaires : les citrons, par exemple. Les fruits d'un goût plus doux et plus diversifié, seront plus abondants où la chaleur sera plus modérée : les pommes, les poires, etc. Il en est de môme des autres fruits que nous donnent les arbrisseaux et les plantes : ils sont tous dans une harmonie parfaite avec les climats et les saisons. Pourquoi viennent-ils s'offrir à nous pendant la chaleur de l'été et de l'automne ? Ah ! c'est que notre sang^ échauffé par le soleil ou le travail, a besoin de rafraîchissement. Voyez si nous ne sommes pas, permettez l'expression, les enfants gâtés de notre Père céleste.

Dès le mois de juin, il nous fournit, sans que nous nous en mêlions, des framboises, des groseilles et des cerises.

Le mois de juillet garnit nos tables de cerises, de pêches, d'abricots et de quelques espèces de poires.

Le mois d'août semble moins donner que prodiguer ses fruits : les figues, les cerises tardives, et une foule d'excellentes poires.

Le mois de septembre nous pourvoit déjà de quelque* raisins, des poires d'hiver et des pommes.

Les présents du mois d'octobre sont diverses sortes de poires, de pommes, et le délicieux fruit de la vigne.

C'est avec cette sage économie que ce bon Père nous départit ses dons; d'un côté, afin que leur trop grande abondance ne nous soit point à charge, et, de l'autre, afin de nous procurer une longue suite de jouissances variées. Et ce n'est pas seulement pour servir au luxe des riches, c'est aussi pour satisfaire aux besoins des pauvres, que Dieu a si prodigieusement multiplié les fruits. Il en faudrait beaucoup moins s'il n'était question que de conserver et de propager les arbres. Il est donc évident que le Créateur a voulu pourvoir à la nourriture des hommes, et en particulier à celle des pauvres. Il leur donne, dans les fruits, un moyen de subsistance peu coûteux , nourrissant , salubre et si agréable, qu'ils n'ont aucun sujet d'envier aux riches leurs mets recherchés et si souvent nuisibles.

3° Dans les arbres qui ne portent pas de fruits . Nous remarquons encore au sujet des arbres fruitiers une attention de la Providence. Ces arbres ne s'élèvent jamais à une grande hauteur. Le but du Créateur est évident ; où en serions-nous s'il fallait cueillir les pommes ou les pèches sur des arbres aussi élancés que les pins ou les peupliers? La parole créatrice n'exprime que des arbres fruitiers; c'est qu'en effet tout arbre porte du fruit. Mais nous appelons proprement arbres fruitiers, ceux dont les fruits servent à notre nourriture. Les autres

DE PKRSl'VÉRANCK. 1 l7

arbres ont également leur utilité. D'abord, leurs fruits servent pour certains médicaments , ou pour la nourriture d une foule d oiseaux et d'insectes utiles à nos besoins ; ensuite à combien d usages ne sert pas leur bois !

Le chêne , dont les accroissements sont fort lents et qui ne se couvre de feuilles que lorsque les autres arbres en sont déjà ornés, fournit le bois le plus dur, et l'art sait remployer pour une multitude d ouvrages de charpente, de menuiserie et de sculpture, qui semblent braver l'action du temps. Le bois plus léger sert à d autres usages ; et comme il est plus abondant et qu'il croît plu^ vite, il est aussi d'une utilité plus générale. C'est au bois des arbres que nous devons nos vaisseaux, nos maisons, notre chauffage , mille meubles et mille ustensiles nécessaires et commodes. Il contient la principale matière ou l'aliment le plus naturel du feu, sans lequel nous ne pourrions ni apprêter nos nourritures les plus communes , ni fabriquer les choses les plus nécessaires , ni conserver notre santé.

Sans doute le soleil est lame de la nature; c est lui qui communique à tout la vie et l'action ; mais nous ne sommes pas maîtres de détourner à notre usage une portion de ces feux pour cuire nos viandes, pour fondre et façonner nos métaux. C est le bois qui supplée au soleil dans la plupart de ces opérations, et qui, par la quantité plus ou moins grande, donne à l homme tous les degrés de chaleur ou de llammc.

Ces arbres aussi sont des prédicateurs éloquents de la sagesse et de la bonté du Créateur. Ceux qui sont pleins

de résine et de poix sont réservés pour les montagne» long-temps couvertes de neige , comme les pins, les sapins. L humeur chaude et gluante qui leur tient lieu de sève les garantit de la rigueur du froid. Conservant toujours leur verdure , ils sont un signe de l'immortalité , comme les autres qui se dépouillent l'hiver pour se revêtir au printemps, sont une image de la résurrection.

Ce n'est pas assez . Tandis que Dieu fait succéder pour la plupart«des plantes et des arbres, le repos de l'hiver au travail des trois autres saisons , il fait voir, en conservant le feuillage du genévrier, du houx, du chêne vert et de plusieurs autres , qu'il n'est assujetti à aucune loi ni à aucune nécessité . Mais il ne se sert pas de sa liberté par caprice ; il en règle l'usage sur l'utilité de l'homme : c'est cet enfant chéri qu'il a toujours en vue. Sans la verdure perpétuelle de certains arbustes, quelle aurait été la ressource du lièvre, du lapin, du cerf, du chevreuil et de tant d'autres animaux , dont l'homme fait usage sans en prendre aucun soin?

^° Dans les forêts. La première chose qui doit nous frapper, c'est leur magnificence. Quelle différence entre ces hautes tiges qui s'élancent dans les airs comme pour porter jusqu'aux nues la gloire du Créateur, et ces petites plantes que nous cultivons dans nos plaines ! Les forêts sont les jardins du Créateur, mais quelle différence encore entre ses jardins et les nôtres ! Les nôtres sont spacieux quand ils contiennent quelques arpents ; ceuxci couvrent des pays tout entiers : les productions en sont sans nombre et d'une taille démesurée. Cependant

HE PF.nsrVKRANr.E. H 9

tous ces troncs si bien nourris sont à peine distants de quelques pieds. Qui a pu entreprendre et conduire à perfection tout cet ouvrage? quel jardinier a pris soin de planter cette multitude d'arbres? qui a pu suffire au soin de les élaguer, de les arroser? C'est Dieu. Lui seul s'est réservé les arbres et les forêts. Quoiqu'il donne aussi l'être et l'accroissement à toutes les autres plantes, les forêts sont proprement ses jardins. Lui seul les a plantées, lui seul les entretient, lui seul les affermit par de fortes attaches et les maintient dans la durée de plusieurs siècles contre les efforts des vents et des orages. Lui seul tire de ses trésors des rosées et des pluies suffisantes, pour leur rendre tous les ans une verdure nouvelle, et pour y entretenir une espèce d'immortalité.

La sagesse divine a distribué les forêts sur la terre avec plus ou moins d'économie ou d'abondance , mais partout dans une juste proportion. Elles purifient l'air; elles nous donnent un frais ombrage ; elles embellissent la nature, en y répandant une agréable variété; elles abritent et entretiennent une foule d'animaux utiles à notre existence; c'est dans les bois que Dieu a préparé au plus grand nombre une retraite sûre , c'est là qu'il les pourvoit abondamment de tout ; lui seul les y habille, les y nourrit, les y loge. Aux uns il donne la force, au\ autres la ruse, à celui-ci la légèreté, à celui-là la fureur, pour tirer l'homme de 1 indolence en le tirant de la sécurité. Partout nous reconnaissons la sagesse et la bonté de celui qui a tout fait pour nos besoins et même pour nos plaisirs.

120 rATÉrniSME

Si les richesses qui couvrent la surface de la terre excitent , à bon droit , notre reconnaissance et notre admiration , quels sentiments devons-nous éprouver lorsque nous saurons que les entrailles de la terre en renferment d'aussi nombreuses et d'aussi variées? il faudrait des volumes entiers pour en faire le détail. Nous voyons tour à tour le diamant, les pierres précieuses, les marbres, les pierres à construire, les métaux. Disons seulement un mot de ces derniers .

1° Lor. L'or est le roi des métaux, et ce n'est point par caprice et par prévention que nous le préférons à tous les autres. L'idée avantageuse que nous en avons est fondée sur une excellence réelle. Il est de tous les métaux le plus compacte et le plus pesant ; c'est celui qui s'épure le mieux ; il a sans contredit la plus belle couleur, et qui approche le plus de la vivacité du feu^ Il est le plus ductile et celui qui se prèle le plus aisément à tout ce qu'on en veut faire. D'un lingot de ce métal de deux pieds de long sur trois pouces de large, on peut tirer un fil qui occuperait presque tout l'espace qu'il y a de Paris à Lyon. Il ne salit point, comme les autres métaux, les mains qui le travaillent. Il suffit qu'il laisse la plus légère portion de sa substance, une simple trace de son passage sur un endroit, pour y répandre de l'éclat. Il embellit tout ce qu'il touche. A toutes ces grandes qualités, il en joint une autre qui l'élève au-dessus de tous les autres métaux, c'est de ne pouvoir être rongé par la rouille, et de ne point diminuer de poids en passant par le feu. Tl nest pas sur|»rc-

DE PERSKMÎRANCE. 121

nant que les hoinnies soient convenus de choisir une matière si parfaite et si constante dans son état, pour en faire le payement et la compensation de ce qu'ils voulaient acquérir. La rareté même de ce beau métal fait qu'on se contente d'en recevoir une très-petite quantité pour un grand nombre de marchandises. Quelle utilité! quelle facilité pour le commerce! Avons-nous jamais songé à remercier celui qui nous a fait présent de ce commode métal ?

Telle est la principale utilité de Tor. Examinons les autres. Ce métal devient une source de beautés et de riches parures dans les mains d'une multitude d'ouvriers, dont l'industrie ne se fait pas moins admirer que la matière qu'ils mettent en œuvre. Les orfèvres en font mille sortes d'ouvrages , dont les uns, par leur petitesse, sont proportionnés à la fortune des particuliers ; les autres , par leur magnificence , conviennent mieux à la majesté des temples et à l'opulence des rois. Les joailliers en réhaussent l'éclat des pierreries qui perdraient presque toutes leurs grâces sans cet accompagnement. Les brodeurs l'unissent habilement à la soie, à la laine, soit en le faisant briller seul sur une étoffe unie, soit en le faisant entrer avec les plus vives couleurs dans des dessins variés, qui ont tantôt toute la légèreté et l'éclat des fleurs , tantôt toute la souplesse d'un feuillage qui badine avec le vent , quelquefois tout le feu et les expressions de la peinture. Les doreurs savent l'appliquer sur les métaux, en embellir les bois, les lambris des

appartements, les faîtes des palais et les dôraes dej grandes églises.

2° Le fer . Ainsi l'or est incontestablement le plus parfait de tous les métaux. Tous les autres ont également des propriétés qui nous les rendent estimables. Mais le plus vil de tous, le plus grossier, le plus plein d'alliage, le plus lugubre en sa couleur, le plus sujet à s'enlaidir par la rouille, en un mot, le fer est réellement le plus utile de tous. Il a une qualité qui suffit pour le relever en un sens au-dessus de tous les précédents. Il est de tous le plus dur et le plus tenace. Trempé chaud dans l'eau froide, il acquiert une augmentation de dureté qui rend ses services sûrs et permanents. Par cette dureté qui résiste aux plus grands efforts , il est le défenseur de nos demeures et le dépositaire de tout ce qui nous est cher. En unissant inséparablement les bois et les pierres, il met nos personnes à couvert des insultes des vents et des entreprises des voleurs. Les pierreries et l'or même ne sont en sûreté que sous la garde du fer. C'est le fer qui fournit à la navigation, à l'horlogerie et à tous les arts, les outils dont ils ont besoin pour abattre, pour affermir, pour creuser, pour tailler, pour limer, pour embellir, pour produire , en un mot, toutes les commodités de la vie. En vain aurions-nous de l'or, de 1 argent et d'autres métaux , s'il nous manquait du fer pour les fabriquer : ils mollissent tous les uns contre les autres. Le fer seul les traite impérieusement et les dompte sans s'aiTaiblir. Aussi est-ce sous la figure d'une bAte

DE rF.RSrVT^RANrE. 123

armée de dents de fer que trois mille ans plus tard Dieu représenta cet empire romain qui devait renferser et broyer tous les autres empires. De cette multitude innombrable d'aliments, de meubles et de machines qui chaque jour et à chaque instant nous offrent leurs services , il n'y en a peut-être pas une qui ne soit redevable au fer de la forme qu'elle a prise pour nous servir. Nous pouvons à présent faire le juste discernement du mérite du fer d'avec celui des autres métaux. Ceux-ci nous sont d'une extrême commodité; le fer seul nous est d'une exacte nécessité.

En lisant I histoire de la découverte de l'Amérique, nous avons peut-être jugé fort simples les sauvages qui donnaient à leurs conquérants une grande quantité d'or pour une serpe, une bêche, ou quelqu' autre instrument de fer. Nous pouvons voir maintenant qu'ils raisonnaient assez juste, puisque le fer leur rend des services qu'ils ne peuvent tirer de leur or.

Il est donc vrai, l'homme ne peut porter les yeux en haut, ni fîiire un pas sur la terre, ni creuser sous ses pieds, qu'il ne trouve partout des richesses qui n'y ont été placées que pour lui. Il peut voir partout qu'il est l'objet d'une complaisance tendre qui a prévu tous ses besoins , qui a placé partout de quoi occuper ses mains , de quoi exercer son industrie, de quoi gagner son cœur. Se pourrait-il qu'au milieu de tant de soins, de tant do bienfaits, il fut ingrat?

Mais cette complaisance, qui est si manifeste dans les excellentes qualités des métaux que la Providence a placés

pour nous sous terre, paraît encore évidemment dans la juste proportion qu'elle a mise entre la quantité de ces métaux et la mesure de nos besoins. Si un homme avait été chargé de créer les métaux, et d'en faire la provision au genre humain, cet homme n'aurait pas manqué de répandre plus d'or que de fer. Il aurait cru illustrer sa libéralité en donnant avec réserve le métal le plus méprisable, et en prodiguant noblement les* métaux que nous admirons. Dieu a fait tout le contraire. Comme le mérite et la grande commodité de lor proviennent de sa rareté , Dieu nous l' a donné avec économie . Cette épargne , dont l'ingratitude se plaint, est un nouveau présent. Au contraire, le fer entre généralement dans tous les besoins de notre vie : c'est pour nous mettre en état d'y pourvoir sans peine, qu'il a mis le fer partout sous notre main. Ainsi, nulle ostentation dans les dons de ce bon Père. Le caractère de sa libéralité est d'étudier, non ce qui peut faire un vain honneur à la main qui donne, mais ce qui est solidement avantageux à celui qui reçoit. Précieuse leçon pour nous, et nouveau sujet de reconnaissance!

Passons au quatrième jour de la grande semaine; voici d'autres merveilles.

Le quatrième jour Dieu dit : Que des corps de lumière soient faits dans le Firmament du CieL afin qu'ils séparent le jour et la nuit , et qu'ils servent de signe pour marquer les temps et les saisons , les jours et les années.

Qu*ils luisent dans le Firmament du Ciel, et qu'ils éclairent la terre. Et cela se fit ainsi.

Dieu fit donc detix grands luminaires , l'un plus grand

pour présider au jour, et l'autre moindre pour présider à lanuit ; il fil aussi les étoiles.

Et il les mit dans le Firmament du Ciel y pour luire sur la terre.

Pour présider au jour et à la nuit , et pour séparer la lumière d'avec les ténèbres.

Et du soir et du matin se fit le quatrième jour. El Dieu vit que cela était bon\

A cette quatrième parole un nouveau spectacle va paraître: recueillons-nous, contemplons dans le silence de l'admiration et de l'amour, et les merveilles qui vont s'offrir à nos regards , et la sagesse profonde du Créateur , dont elles sont les monuments toujours anciens et toujours nouveaux .

V Création du soleil. La lumière était déjà : la succession des jours et des nuits était réglée ; la terre était fertile, tout ce qu'elle devait produire était formé; elle était couronnée de fleurs et chargée de fruits; chaque plante et chaque arbre n'avait pas seulement sa perfection présente, mais aussi tout ce qui était nécessaire pour la perpétuer ou pour la multiplier. De quel usage sera donc le soleil , après que tout ce que nous attribuons à sa vertu est déjà fait? Que vient-il faire au monde, plus ancien que lui, et qui s'en est passé? de quoi sera-t-il le père ? et par quel aveuglement étrange les hommes le regarderont-ils comme le principe de tout ce qui l'a précédé ?

Il est visible, et c'est une observation dont la preuve

« Cen. c. 1. 14 — 19.

126 CAlECHlSMJt

revient souvent, que le monde a été créé avec une attention particulière à prévenir les erreurs des nations , par conséquent avec la supposition de la chute de V homme, dont l'une des plus funestes suites a été l'idolâtrie . La plus ancienne et la plus générale est celle qui eut le soleil et la lune pour objets. Dieu, qui prévoyait ce coupable égarement, a voulu que par l'histoire même de la création, la famille d'Adam et ensuite celle de Noé, ne regardassent le soleil que comme un nouveau venu dans le monde , moins ancien que le jour , moins âgé qu'une fleur, moins nécessaire qu'aucun des effets qu'on lui attribue .

Aujourd hui que le danger de T idolâtrie est passé, et que celui de l'ingratitude est presque général (car la première tentation de l'homme était d'adorer tout, et la dernière dont nous sommes menacés est de n adorer rien) , ne craignons point de regarder avec trop d'attention le soleil, par qui le Créateur a voulu se rendre visible'.

2° Sa distance de la terre. Dieu a placé le soleil dans le Firmament, mais c'est pour l'avantage de la terre. Il a mesuré la distance de l'un sur les besoins de f autre. Il a mis entre la chaleur du soleil et les choses qu elle doit faire naître ou conserver une telle proportion, qu'elle leur est toujours salutaire. Un plus grand éloignement laisserait la terre glacée : elle serait brûlée, s'il était moindre. Voyez ici l'incompréhensible précision des calculs du céleste Mathématicien î II s'agissait

' Analyse de l'heiacm de St. Ambr. Hb. m, c . n. n 27 ; lib. n, c. 1. n. 1,3, 4» etc.

DE PERSÉ>ERA.NCE. 127

d'éclairer eldéchauder un globe de neuf mille lieues de circonférence. Pour cela il ne veut qu'un seul foyer. Quelle sera donc la grosseur de ce globe de feu? à quelle distance devra-t-il être placé? Il dit : Et voilà qu'un globe de feu d'un million de fois plus gros que la terre, est lancé dans l'espace . Mais les rayons de feu qui partent d'un globe de flammes un million de fois plus grand que la terre, doivent avoir une activité inconcevable, tant qu'ils demeurent serrés les uns contre les autres, et qu'ils agissent de compagnie. Il s'agissait donc de les diviser, afin qu'en arrivant jusqu'à la terre ils n'eussent plus que la lumière et la chaleur convenables. Or, les rayons d'un corps lumineux s'écartent à mesure qu'ils s'éloignent du centre qui les envoie. A quelle distance devra être placée la terre, pour que ces rayons, en lui arrivant, soient suffisamment divisés pour l'éclairer sans l'éblouir, l'échauffer sans la brûler? Qu'en pensez-vous? Si ce problème avait été proposé à nos astronomes, ne serait-il pas encore à résoudre? Mais Dieu, infaillible dans toutes ses opérations, a dit, et le soleil s est placé à trente millions de lieues de la terre. Et six mille ans d'expérience prouvent la justesse infinie de son calcul.

S'* Son mouvement. La terre étant ronde, si le soleil était immobile au milieu du Ciel, il n'échaufferait et n'éclairerait que la moitié de notre globe. Il fallait donc que ce grand luminaire fut continuellement en marche autour de la terre, ou que la terre elle-même, en tournant, présentât à ses rayons toutes les parties de son globe. Le divin Ordonnateur du monde ne l'a point

128 CATÉCHlSilE

oublié. II a dit au soleil de se lever tous les jours, et d'éclairer successivement pendant vingt-quatre heures toutes les parties de la terre' . Et depuis soixante siècles, le soleil, obéissant, se lève sansmanqner un seul jour, et fournit sa carrière sans s'écarter d'une ligne de la route qui lui a été tracée . Voyez avec quelle pompe et quelle profusion de lumière il commence sa course, de quelle couleur il embellit la nature, et de quelle ipagnificence il est revêtu lui-même ! Comme un jeune époux qui sort de la chambre nuptiale pour paraître au jour le plus solennel de sa vie, le soleil se lève sur l'horizon comme l'époux que le Ciel et la terre attendent, et dont il fait les délices. Ace premier moment, son éclat est plein de douceur . Tout lui applaudit à son arrivée ; tous les regards se tournent vers lui : et pour recevoir les premiers saluts, il se rend accessible à tous les yeux.

Mais il a ordre de répandre partout la chaleur, la lumière et la vie. Aussi, voyez comme il allie avec la majesté et les grâces d'un époux, la course rapide d'un géant! Il se presse, il se hâte, songeant bien moins à plaire qu'à porter partout la nouvelle du Prince qui l'envoie, infiniment moins occupé de sa parure que de son devoir. Parcourant huit millions de lieues à T heure, il darde plus de feux à mesure qu'il monte, il vivifie tout ce qu il éclaire; rien ne peut échapper à sa lumière ni se passer de sa chaleur, il atteint, par ses flammes

1 On comprend que nous ne tranchons point ici la grande questioa astronomique du mouvement ou du repos du soleil ; nous parlons suivant le rapport des sens.

DK PERSÉVKRAiNCE. 129

pénétrantes, aux endroits mêmes où ses rayons ne peuvent arriver. •

Image bien naturelle de celui qui est venu éclairer l'univers et qui a rempli si dignement les deux qualités d'époux et d'envoyé. Du sein de son Père, il est sorti plein d'ardeur pour courir comme un géant dans sa carrière ; et comme le soleil, il est retourné au point d'où il était parti, après avoir, comme ce bel astre, passé en faisant le bien .

4" Son lever. Si le soleil parcourait chaque jour la même route, la plus grande partie de la terre serait inhabitable, soit à cause des ténèbres qui seraient continuelles, soit à cause de la chaleur qui serait brûlante, soit à cause du froid qui serait excessif. D'ailleurs, cette marche uniforme du soleil ne nous découvrirait qu'imparfaitement la sagesse de Dieu et son attention à conduire l'univers; mais il n'en est pas ainsi. Aucun jour, à parler exactement, n'est égal à celui qui l'a précédé ni à celui qui le suit. Il faut donc nécessairement que tous les jours le soleil se lève et se couche à des points différents . C'est pourquoi , suivant l'expression du Prophète , un jour porte au jour qui suivra un nouvel ordre, et la nuit marque à la nuit suivante à quel instant précis elle doit commencer et finir; et la nature en suspend, apprend à chaque moment de celui qui la conduit, ce qu'elle doit faire et jusqu'où elle doit aller.

Quelles merveilles ! Qui a dit au soleil : ne commencez pas demain le jour où vous l'avez commencé

loO CATÉCHISME

aujourd'hui, et ne le finissez pas aujourd'hui où vous le finîtes hier? Qui lui a mesuré l'espace entre deux levers, afin qu'il ne passe pas cette mesure? qui lui a ordonné de revenir sur ses pas quand il a touché certaines bornes? et qui lui a défendu, quand il est arrivé au point opposé, de passer au-delà? C'est ainsi que les Cieux nous racontent chaque jour, à chaque instant, la gloire de leur auteur. Leur langage n'est ni barbare ni étranger; la voix des Cieux nous est familière et intelligible, elle est forte, éclatante, infatigable , elle passe du Ciel en terre, elle est portée d'un bout du monde à l'autre; le Grec et le Barbare, le Scythe et 1 Indien, le Chrétien et l'Idolâtre, l'entendent également, et l'univers entier est instruit par ces éloquents prédicateurs.

4° 5a lumière. 11 semble que Dieu ait pris soin de rassembler dans ce bel astre les traits les plus propres à nous peindre la perfection de la divinité. Comme Dieu, le soleil est unique ; ce qu'il y a de plus riche et de plus beau semble anéanti et disparaît en sa présence ; il voit tout , il agit partout, il anime tout, il est toujours le même. N'est-il pas étonnant que depuis tant de siècles, le soleil n'ait en rien diminué, que sa lumière soit toujours aussi vive et aussi abondante, que la terre en soit aussi éclairée que le premier jour ? Si on nous avait consultés avant la création du soleil , sur le moyen d'éclairer le monde , de combien de flambeaux n'aurionsnous pas cru avoir besoin? qui de nous eût pu penser qu'un seul pouvait suffire à la nature? que cet unique flambeau, placé à une certaine distance, éclairerait tout

d'un seul coup d'œil? qu'il s'avancerait de l'Orient au couchant, sans guide visible, sans appui, sans char, sans machine, et qu'après un grand nombre de siècles il serait aussi brillant et aussi parfait que le premier jour. Comprenons maintenant ce que nous devons , non pas au soleil , mais à celui qui l'a créé et qui tous les jours le fait lever sur les méchants comme sur les bons ; et , dignes enfants de notre Père céleste , aimons tous nos frères sans distinction.

PRIÈRE

0 mon Dieu! qui êtes tout amour, je vous remercie de nous avoir prodigué toutes les richesses de la terre et du Ciel ; comment vous témoigner mon admiration et ma reconnaissance? Pour tant de bienfaits , vous me demandez mon cœur, je vous le donne tout entier et sans retour.

Je prends la résolution d'aimer Dieu par-dessus toute chose, et mon prochain comme moi-même pour l'amour de Dieu ; et , en témoignage de cet amour , je ne manquerai jamais à mes prières avant et après mes repas.

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