‹ Catéchisme de persévérance, ou, Exposé historique, dogmatique, moral et liturgique de la religion (volume 3)Chapitre 32 sur 46 · OUVRAGE DES SIX JOURS. — SUITE DU TROISIÈME JOUR. — QUATRIÈME JOUR · texte numérisé non relu

OUVRAGE DES SIX JOURS. — SUITE DU TROISIÈME JOUR. — QUATRIÈME JOUR

Q. Que Dieu fit-il encore le troisième jour?

R. Le troisième jour, Dieu créa encore des arbres de

toute espèce. La terre, qui n'était jusqu'alors qu'une prairie, devint tout à coup un immense verger planté de toutes sortes d'arbres, chargés de fruits de mille espèces différentes.

Q. Pourquoi Dieu les a-t-il créés?

R. Dieu les a créés pour nos besoins et pour nos plaisirs, il nous montre sa tendresse paternelle en nous offrant une nourriture aussi saine qu'agréable et peu coûteuse. Il nous montre sa sagesse en nous envoyant les fruits dans la saison où nous en avons le plus besoin. En général, les fruits sont rafraîchissants, voilà pourquoi ils nous sont donnés dans les grandes chaleurs de l'été et de l'automne.

Q, Dieu ne créa-t-il pas aussi d autres arbres?

R. Dieu créa aussi d'autres arbres dont les fruits ne servent pas à notre nourriture. Ces arbres sont trèsutiles, c'est avec leur bois qu'on fait les maisons, les vaisseaux, les meubles, et qu'on cuit les aliments nécessaires à notre vie . Ces arbres nous donnent de l'ombrage , purifient l'air et charment notre vue par la grandeur de leur taille et la beauté de leur verdure.

Q. Voyons-nous toutes les richesses de la terre?

R. Nous ne voyons pas toutes les richesses de la terre , ses entrailles sont pleines de métaux précieux et fort utiles , tels que T^r et le fer ; Dieu nous les a donnés pour les faire servir à nos usages et non pour y attacher notre cœur .

Q. Qu'est-ce que Dieu fit le quatrième jour?

R. Le quatrième jour. Dieu créa le soleil, la lune et

1)1. ri:i\sKVKnAN(:r. lô,'i

les étoiles ; le soleil pour présider au jour el la lune pour présider c\ la nuit. Ces créatures sont encore plus merveilleuses que celles qui précèdent ; elles nous manifestent avec éclat la puissance, la sagesse et la bonté de notre Père céleste. Les astres ne furent créés que le quatrième jour, pour apprendre à i'homme qu'ils ne sont pas le principe des productions de la terre. Dieu voulait prévenir l'idolâtrie.

Q. Pourquoi le soleil est-il si éloigné de la terre?

R. Le soleil est si éloigné de la terre, afin de nous éclairer sans nous éblouir et de nous échauffer sans nous brûler. S'il était plus près de nous, la terre serait stérile, s'il en était plus éloigné, la terre serait glacée ; ainsi, nous péririons de faim ou de froi(i 11 en serait de même si le soleil était plus gros ou plus petit. C'est ainsi que la distance et la grandeur du soleil nous révèlent la bonté et la sagesse intinie de Dieu.

C). Que remarquez-vous encore au sujet du soleil?

R. Je remarque encore, au sujet du soleil, qu'il se lève tous les jours, qu'il fournit sa carrière avec une grande vitesse et qu'il éclaire et vivifie toute la nature. En cela, il est l'image de Notre Seigneur qui est sorti du sein de son Père et qui est retourné dans le Ciel après avoir éllairé tous les hommes par sa doctrine, cl les avoir sanctifiés par ses mérites et ses exemples. Q. Le soleil se lève-t-il chaque jour au même point ?

R. Le soleil ne se lève jamais au même point, c'est pourquoi les jours ne sont pas égaux. 11 faut qu il éclaire et qu'il viviiic sueccssivement toutes les parties du

monde. Chaque jour, Dieu lui marque le point d'où il doit partir et celui oii il doit s'arrêter. Le soleil obéit toujours , toujours il répand sa chaleur et sa lumière sur les méchants comme sur les bons . Notre Père céleste a voulu nous apprendre par là , que nous devons aimer tous les hommes sans exception, parce qu'ils sont tous nos frères.

PRIÈRE

O mou Dieu ! qui êtes tout amour , je vous remercie de nous avoir prodigué toutes les richesses de la terre et du Ciel. Comment vous témoigner mon admiration et ma reconnaissance? Pour tant de bienfaits, vous me demandez mon cœur, je vous le donne tout entier et sans retour.

Je prends la résolution d'aimer Dieu par-dessus toute chose, et mon prochain comme moi-même pour l'amour de Dieu ; et , en témoignage de cet amour , je ne manquerai jamais à mes prières avant et après mes repas .

DE PnR.SÛVIÎRANr.E. 153

«m n m se n ro 8« tB n tt nn 80 ce n se n AB » 41 n SB n se n n n CI o n n su n M Cl ti »

Vlir LKÇON.

OUVRAGE DES SIX JOURS

Suile du quatrième jour. — La lune. — Sa beauté. — Son utilité. — Les étoiles. — Leur nombre. — Leur mouvement. — Leur utilité. — Bienfaits de la nuit. — L'instruction. — Le repos — Le sommeil. — La conservation de notre vie. — Dernière commission du soleil et de la lune. — Le printemps. — L'été. — L'automne. — L'hiver.

1° Beauté de la lune. La même parole qui créa le soleil et suspendit au Firmament cet immense globe de feu pour présider au jour, iit aussi la lune et ces myriades d'étoiles qui lui servent de cortège. Comme une reine bienfaisante et douce, la lune fut chargée de présider à la nuit, c'est-à-dire d en tempérer les noires ténèbres par son aimable clarté. La nuit est le moment de son triomphe. Elle tire de l'obscurité les objets les plus près de nous et y répand un coloris qui en change agréablement toute l'apparence. La lune elle-même est un des plus beaux objets de la nature. Elle réjouit les yeax par la douceur de sa clarté, et varie la scène en changeant toujours de figure. Comme le soleil, elle apprend aussi chaque jour du souverain Maître la place où elle doit paraître ou disparaître. Tous les jours elle recule d'Occident en Orient le lieu de son lever ; tantôt elle prend une robe cendrée et bordée prcsqu'en entier d un simple (il d'or; tantôt elle revêt un habit de pourpre, et monte sur

l'horizon avec une taille beaucoup plus grande qu à l'ordinaire; elle diminue ensuite et blanchit en s' élevant ; elle devient plus éclatante et d'un service plus utile à mesure que le jour fuit, et, soit quelle ne se montre qu'en partie, soit qu'elle paraisse en entier, elle met partout de nouveaux ornements dans la nature. Voyez-la dans ses aimables caprices , sortant tout à coup du milieu des nuages et nous surprenant agréablement par la clarté de son visage, puis se couvrant d'un voile diaphane et se laissant chercher; tantôt elle lance ses rayons au travers de quelques feuillages épais; tantôt elle se pare d une couronne de différentes couleurs que les nuées lui prêtent .

Cependant le soleil approche , la lune lui c^*de l'empire; elle disparaît pour reparaître encore. Quel agent dans la nature est chargé de rallumer cette lampe, et de nous la ramener régulièrement?

2*" Son utilité. 0 hommes ! jusques à quand aurezvous des yeux pour ne point voir ? jusques à quand surtout aurez -vous un cœur pour ne point aimer? Servez-vous de votre raison et vous ne verrez dans le cours de la hme que précautions et attentions sur vos besoins. Ce corps tout massif et tout obscur qu'il est, a été placé, à l'égard de la terre, dans un point si peu éloigné, qu'il nous donne plus de lumière que les étoiles ne nous en envoient toutes ensemble, bien qu'elles soient autant de soleils. Remarquez en cela la sagesse et la bonté du Créateur : il a tellement éloigné de nous les étoiles, que la nuit dont nous avons besoin ne souffre rien de leur éclat; mais il a posé la lune si près de nous. »iu'elle devient un magni-

DE PEUSÉV^.RANCH. \^1

fique miroir qui nous rend durant la nuit une grande partie de la lumière du soleil que nous avions perdue. Il est vrai que 1^ transport de ce miroir placé successivement tout autour de la terre, offre une espèce d'irréfiularitè ; mais ces écarts sont bornés et ils sont cause que l'on éprouve rarement des éclipses. S'il en était autrement, nous aurions chaque année douze éclipses de lune et de même douze éclipses de soleil. Voyez comme cette apparente irrégularité est encore un bienfait, et l'ouvrage d une sagesse profonde î

Mais voici des bienfaits encore plus marqués : l'homme veut-il se mettre en voyage avant le jour, ou prolonger sa course après le coucher du soleil ? Le premier quartier de la lune vient s'offrir, pour lui servir de guide, aussitôt que le soleil s'est retiré. Veut-il, plus vigilant que I astre du jour, commencer sa course avant lui? voici le dernier quartier de la lune qui prévient pour lui de plusieurs heures le lever de l'aurore. Il est maître de réserver ses voyages au temps de la pleine lune qui lui donne, pour ainsi dire , des jours de vingtquatre heures en l'éclairant sans interruption ; avec ce secours il évite les ardeurs de l'été , ou il expédie en sûreté et quand il veut ce qu'il a intérêt de ne pas confier au jour.

Mais une nuit toujours claire n' eut-elle pas été pFus avantageuse? Dieu concilie presque partout diverses utilités tout ensemble, et la diversité des services ajoute un nouveau prix à l'excellence de ses présents. La lune n»'cst pas seulement destinée à adoucir la tristesse* de la

nuit, par une lumière qui prolonge ou qui remplace celle du soleil , elle est une vraie sentinelle attachée auprès du palais de l'homme et chargée d'y occuper successivement différents postes pour lui donner dans chacun de ses postes un nouvel avis et un nouveau signal . Le soleil devait servir à régler l'ordre des travaux champêtres, par la révolution d'une année. Mais la lune, en faisant une révolution semblable autour de nous, en vingt-neuf jours, et changeant régulièrement de figure aux quatre quartiers de sa course, devait servir à régler l'ordre civil et les affaires communes de la. société. Elle montre à tous les peuples un fanal qui prend une forme toute nouvelle de sept jours en sept jours, et leur offre à tous des divisions commodes, des durées régulières, courtes et propres pour déterminer les commencements et la fin des opérations de détail.

Aussi les Hébreux, les Grecs, les Romains, et généralement tous les anciens peuples, s'assemblaient-ils à la nouvelle lune pour acquitter les devoirs de leur piété et de leur reconnaissance. On leur annonçait en ce jour ce qui pouvait les intéresser dans la durée du nouveau mois ; la pleine lune les rassemblait au milieu du mois ; les deux autres quartiers étaient deux autres termes aussi faciles à reconnaître . Encore aujourd' hui , les Turcs , les Arabes , les Maures, plusieurs peuples d'Amérique et bien d autres nations, rappellent tout l'ordre de leur calendrier aux renouvellements et aux autres phases de la lune. Si nous y sommes moins attentifs, ce n'est pas que cet astre ait cessé de nous rendre les mômes services. Nous sommes

DE PKUSÉVKRANCE. 139

déchargés de tout soin et de toute inspection par les calculs commodes que d'habiles astronomes nous mettent en mains ; mais leurs calendriers qui nous dirigent, sont réglés par l'observation du cours de la lune. Ils sont ajustés par avance aux avis que ce satellite vigilant ne manquera jamais de donner, jusqu'à ce que celui qui l'a mis pour nous en serilinelle juge à propos de changer ses fonctions en changeant l'état de l'homme au service duquel il lavait attaché. Etat heureux! où nous n'aurons plus besoin pour nous éclairer ni du soleil ni de la lune, mais où l'Agneau divin sera notre lumière et celle de toute la sainte Jérusalem ! Etat heureux ! soyez l' objet de tous nos désirs et de tous nos efforts ! •

Dieu fit aussi les étoiles. Il n'appartient qu'à Dieu de parler avec cette indifférence du plus étonnant spectacle dont il ait orné l'univers. Il dit en un mot ce qui ne lui a coûté qu'une parole; mais qui peut mesurer la puissance de cette parole?

V Nombre des étoiles. Sortons un moment durant le calme d'une belle nuit d'été, comme Dieu fit sortir Abraham de sa tente, pour considérer le Ciel; après lavoir fait sortir dehors, il lui dit : Levez les yeux au Cieh et comptez les étoiles si vous pouvez'. Et Abraham leva les yeux, et il se contenta d admirer, car il ne put compter les étoiles, et nul homme ne le pourra jamais : les étoiles sont innombrables. Depuis l'invention des télescopes on en a découvert des milliers, et plus on

' Gcn. XV. 5.

lliO CATÉr.HISMK

perfectionne les instruments astronomiques, plus on en découvre. C'est avec beaucoup de raison qu'on suppose que le nombre de celles que leur enfoncement dans un espace incommensurable rend imperceptibles, est audessus de nos supputations. Nous avons vu que la grandeur du soleil et celle de plusieurs planètes qui tournent autour de lui , T emporte de beaucoup sur celle de la terre que nous habitons . Et qui sait combien, parmi les autres étoiles , il en est qui ne leur cèdent en rien et dont la masse est plus considérable encore ? Leur prodigieux éloignement fait qu elles ne paraissent que comme de petites lumières qui brillent dans le Firmament. Mais dans la réalité ce sont autant de soleils dont l'immense circonférence ne sabrait être mesurée. 11 est donc vrai, des milliers de soleils et de mondes roulent dans l'espace ; et ce que nous en voyons n'est que la moindre partie de cette grande armée qui est rangée au-dessus de nous dans un si bel ordre.

Voici de plus grandes merveilles encore. Celui qui a semé ces millions de globes lumineux dans les vastes plaines du Firmament , ainsi qiie le laboureur sème le grain dans son champ, soutient toutes ces masses prodigieuses au milieu d'un air subtil. Il n'y a m appui ni colonnes qui supportent cette immense voûte et les fardeaux énormes dont elle est chargée ; et cependant elle se maintient toujours la même depuis des milliers d'années, et se maintiendra toujours, afin de raconter à toutes les générations la gloire de son auteur.

:2" Leur mouvement . Los étoiles olfrent à un esprit

Di: PERSÉVEUANCE. 1^1

attentif un autn; sujet d'étonnemoiit. Ces corps immenses sont dans un mouvement continuel. Ils tournent tous autour de leuraxe, comme laroued'un charautour de son moyeu ; et la plupart parcourent encore des cercles immenses autour d'autres globes. Une route particulière est marquée h chacun d'eux , ils ne s'en écartent jamais ; et cependant ils fournissent leur carrière avec une rapidité qui passe l'imagination. Ils ont une force qui les éloigne continuellement de leur centre, et une force égale les retient dans leur orbite. Quoique tous ces milliers de corps se meuvent dans l'espace, ils ne s'entrechoquent et ne s embarrassent jamais. Ces étoiles, qui nous paraissent semées avec confusion dans le Firmament, s'y trouvent cependant dans le plus grand ordre et dans la plus parfaite harmonie. Depuis des milliers d'années elles se lèvent et se couchent régulièrement de la même manière. Ces millions de soldats de l'armée des Cieux, toujours en marche, reviennent toujours à leurs premiers campements, et les astronbmes peuvent déterminer mille ans d avance avec exactitude leur position et leur .cours. 0 Dieu! que vous êtes grand ! Qu'est-ce que l'homme, pour oser se révolter contre vous ?

3° Leur utilité. Quelle peut être l'utilité de tant de merveilles ? que nous veut cette armée du Ciel dont toutes les sentinelles sont si vigilantes? Ce qu'elle nous veut, c'est de combattre contre notre ingratitude, contre notre orgueil, contre notre indifférence; ce qu'elle nous veut, c'est d'assurer le triomphe de ces grands dogmes.

l/l2 CATÉCHISME

l'existence de Dieu, sa puissance, sa majesté, sa bonté. Il ne faut pour rendre tous les hommes inexcusables, que cette éloquente armée des Cieux , que ce livre du Firmament, écrit en caractère de flammes. Voilà sa première utilité.

Il en est bien d' autres . D' abord , ces globes prodigieux sont placés à une distance si juste de la demeure de l'homme, que de cette position il résulte un ordre dont il jouit seul, une beauté qui enchante ses yeux, et une régularité qui fait le bonheur de ses jours. Ecoutez : Ces feux innombrables deviennent pour lui par leur bel arrangement, des milliers de lustres suspendus au riche lambris qui couvre sa demeure . Il les voit briller et étincelerde toutes parts, et l'azur sombre qui leur tient lieu de fond, en rend encore l'éclat plus vif. Mais leurs traits sont doux : leurs rayons se dispersent dans des espaces si vastes, qu'ils sont émoussés et sans chaleur quand ils parviennent au séjour de Y homme . Grâce aux précautions du Créateur, nous jouissons de la vue d'une multitude de globes tout en feu, sans aucun risque, ni pour la fraîcheur de la nuit, ni pour la tranquillité de notre sommeil.

Mais ce n'est pas seulement pour embellir le palais de l'homme de riches dorures et d'une agréable variété, que Dieu fait rouler tous les jours autour de nous cette magnilique voûte avec toutes ses décorations : il nous en revient des avantages positifs, et en quelque sorte matériels. Parmi les étoiles que nous pouvons aisément distinguer , il en est qui sont toujours élevées au-dessus

DE PERSÉVÉRANCE. IZlS

de nos lôtcs dans la m^^mc |)arlie du Ciel , sans jamais la quitter : de ce nombre est I étoile polaire. Nous en voyons d'autres qui décrivent de farauds cercles, qui s'élèvent par degrés sur notre horizon, et qui disparaissent sous les extrémités de la terre qui terminent notre vue.

Les premières règlertt les voyages de l'homme par terre et par mer, en lui montrant dans l'obscurité un coté du Ciel dont l'aspect demeure invariable , ce qui lui suffit pour ne point se dérouter. Mais comme les nuages et l'épaississement de l'air peuvent de temps en temps dérober à l'homme la vue des étoiles qui lui ont été données pour guides. Dieu a mis un tel rapport entre cette partie du Ciel et le fer qui a été touché de la pierre d'aimant, que si ce fer est suspendu en équilibre, il tourne sans cesse un de ses côtés, et toujours le même vers le pôle. De là est venue l'invention de la boussole qui a rendu et qui rend encore de si grands services à la navigation. Grâce à elle, le voyageur est informé du lieu où sont les guides qu'il ne voit plus, et sa course est toujours réglée malgré les désordres de l'air.

Les autres étoiles varient leurs aspects, et quoiqu'elles gardent toujours entre elles la même situation, elles changent de jour en jour à notre égard, l'ordre de leur lever et de leur coucher. Ce sont ces changements mêmes qui, par leur régularité, fixent l'ordre de nos travaux, et déterminent le retour et la fin des saisons par des points précis. L'épreuve du chaud et du froid eût été trop incertaine et sujette à trop d'accidents fiicheux, pour en faire la règle des semailles et de la

144 CATÉCUlSilE

culture (le la terre , ou pour discerner les temps propres à la navigation. L" homme trouve toutes les instructions nécessaires à cet égard, en voyant le soleil se placer sous une suite de différentes étoiles, et les parcourir uniformément d'années en années, il connaît ainsi la voie de ce bel astre. Il donne un nom à chacune de ces maisons d'étoiles où il passe dans sa route. Il sait la juste durée de son séjour dans chacune de ces douze maisons. Il connaît ainsi à point nommé le temps favorable aux opérations qu'il est obligé de faire sur la terre ou sur l'eau.

Le soleil et la lune ont été créés pour séparer le jour et la nuit; pour marquer les temps, les saisons et les années. Régulatrices de l'homme et de ses travaux, ces admirables horloges n'ont jamais varié d'une minute. Savez-vous le nom, connaissez-vous la demeure de l'horloger qui les monte? Mais pourquoi cette succession perpétuelle de jour et de nuit, de lumière et de ténèbres ? 0 vous qui interrogez ainsi, préparez votre esprit à l'admiration, et votre cœur à la reconnaissance. Voici de nouvelles preuves de la sagesse et de la bonté de votre Père céleste. Déjà vous ne doutez pas des avantages du jour; apprenez à connaître ceux de la nuit.

1 • Ses bienfaits ; V instruction . La nuit n'est rien . Elle n'est que l'interruption du mouvement de la lumière vers nos yeux. Mais le néant même n'est point stérile dans les mains de Dieu, Comme il tire sa gloire d'en avoir fait sortir tous les êtres , chaque jour il en tire en

DE PEKSÉVÉKANCE. 1^5

faveur de Ihommc, non des ôlres nouveaux, mais des instructions salutaires et des bienfaits.

La nuit, en nous ôlant la vue etlusa^îe de la nature, nous rappelle à ce néant duquel nous sommes sortis, ou nous remet dans cet état de ténèbres et d'imperfection qui a précédé la création de la lumière. La nuit qui dans un sens anéantit pour nous tout lunivers, nous fait mieux connaître le prix inestimable du jour. Mais elle n'est pas seulement destinée à relever par ses ombres les beautés du grand tableau du monde, et à nous rendre ou plus humbles par la vue des ténèbres qui nous sont naturelles, ou plus reconnaissants par le retour d'une lumière qui ne nous est point due. Quelque utiles que soient les avis qu'elle nous donne, il serait triste que pour nous instruire elle nous appauvrît. Ce qu'elle semble retrancher de notre vie, en nous privant tous les jours pendant plusieurs heures de l'usage de la lumière et de la vue de l'univers, elle nous le rend abondamment par le repos qu'elle nous procure.

2" Le repos. L homme est né pour le travail : c est sa vocation et son état. Pour suffire à ce travail, il faut que son sang lui fournisse sans cesse une matière infi* niment déliée et agile, qui mette en jeu les ressorts du cerveau et les différents muscles du corps. Mais la dissipation qui se fait perpétuellement de cette matière, si prompte à exécuter toutes ses volontés , le jetterait enfin dans la langueur et dans l'épuisement, s'il ne réparait ses pertes par de nouveaux aliments. Or. tes aliments ne pourraient ni se digérer ni se distribuer ï. 1. 10

régulièrement dans tout le corps, s'il était toujours en action. Il faut qu'il interrompe le travail de la tête, et celui des bras ou des pieds , afin que la chaleur et les esprits qui se répandraient dans les dehors , ne soient plus employés qu'à aider les fonctions de l'estomac, pendant l'inaction des autres parties du corps. Sans le repos nous péririons bien vite , et c'est la nuit qui nous procure le repos. Combien d'ouvriers qui, durant le jour, consumant leurs forces dans un travail pénible et néanmoins nécessaire, bénissent la nuit qui vient suspendre leurs travaux, en leur apportant le soulagement et le sommeil!

2° Le sommeil. Nous-mêmes , bénissons Dieu de n'avoir pas abandonné l'usage et la disposition de ce repos nécessaire à notre capricieuse et vacillante raison. Ce bon Père prend soin lui-même d'assoupir son enfant. II lui a fait du sommeil une agréable nécessité sans lui en donner ni l'intelligence ni le gouvernement. Le sommeil est un état incompréhensible; l'homme en conçoit si peu la nature, qu'il ne lui est ni possible de se donner le sommeil quand il se refuse, ni de le refuser quand il s'empare de lui. Dieu s'est réservé à lui seul la dispensation de ce repos dont il savait que le raisonnement humain réglerait mal le temps et la mesure. Mais, si nous ne comprenons pas la nature du sommeil , oh î comme nous en sentons le bienfait ! Il suspend les soucis d'une foule de malheureux, ainsi que le douloureux sentiment de leur misère. Pour être heureux alors, il ne faut qu'un lit; le sommeil y ferme les paupières de lio-

DE PERSÉVÉRANCE. iip

digent, et tous ses besoins sont satisfaits. Le sommeil égale le mendiant au moaarque , tous deui y trouvent un bien qu'on ne saurait se procurer à prix d'argent. Or, c'est la nuit que Dieu a choisie pour ôtre la messagère de ce bienfait universel.

Voyez avec quelle précaution et quel respect elle s'acquitte de son intéressante commission ! elle ne vient pas d'un air brusque, éteindre le flambeau du jour, et nous dérober tout d'un coup la vue des objets dont nous sommes occupés. Loin de nous surprendre au milieu de notre travail ou de nos voyages, elle s'avance à pas lents, elle ne double et n'épaissit ses ombres que par degrés. Ce n'est qu'après nous avoir avertis avec bienséance, de la nécessité de prendre du repos, qu'elle achève enfin d'obscurcir la nature. Elle ôte à l'homme le spectacle de l'univers pour lui ôter l'usage de ses sens; ensuite elle abaisse un voile ^ur nos yeux , en fermant nos paupières. Durant tout le temps que l'homme repose, elle veille avec complaisance pour assurer sa tranquillité . Nonseulement elle éteint toutes les lumières éclatantes, elle suspend encore le bruit et toutes les impressions trop vives ; elle impose silence à tout ce qui l'environne ; elle tient le cheval, le bœuf et tous ses autres domestiques, assoupis autour de lui. Un seul bruit n'est point interrompu, c'est celui de l'horloge qui marque l'heure, car il est bon que l'homme qui se réveille, songe à la dernière. Ce n'est pas tout, elle disperse les oiseaux dans leurs diiïérentes retraites ; elle fait taire peu à peu les vents qui troublent l'air , et pendant plusieurs heures

lZt8 CATÉCHISME

il règne dans la demeure de l'homme un calme universel. Ainsi, on le voit, la nuit est chargée d assurer le repos au roi de la nature et dfe faire respecter son sommeil. Dans ces aimables attentions de la Providence, comment ne pas reconnaître les soins dune mère tendre, qui, pour endormir son petit enfant, éloigne le bruit et les grandes lumières du lieu où elle a placé son berceau?

3° La conservation de notre vie. Sans la nuit , nous péririons non-seulement de fatigues, mais de faim. Si le soleil demeurait toujours sur notre horizon, il brûlerait sur la terre tout ce qu'il y fait naître. Mais la nuit, en succédant au jour, apporte avec elle une fraîcheur qui, en resserrant partout le ressort de l'air, le met en état d agir ensuite avec plus d'activité dans tous les corps, et de rendre une vigueur toute nouvelle, tant à la terre desséchée qu'à la verdure altérée et aux animaux affaibhs. Dans sa main bienfaisante, elle nous apporte encore la rosée qui, non-seulement réjouit notre vue lorsqu'au matin toutes ces gouttes, belles et pures, étincellent comme des rubis aux premiers rayons du soleil , mais encore qui tient heu de pluies pendant long-temps et conserve ainsi les (leurs, les blés et les plantes. Sans la nuit, nous serions privés des richesses si utiles des peuples séparés de nous par de vastes mers, car l'astronome u aurait jamais pu faire ses savants calculs d où dépend la navigation.

Ce n'est pas tout encore. Sans la nuit, les hommes obligés de voyager ou de travailler à la campagne, seraient continuellement exposés aux bêtes sauvages.

DE rEr.SÉVKRANr.E. 1^9

Pendant le jour , la Providence retient ces bètes dans les forêts et dans les cavernes ; mais si le jour était continuel, la faim les forcerait A sortir de leurs retraites et elles se jetteraient sur les hommes plus faibles et moins prompts à la course que la plupart d'entre elles. En donnant des bornes au jour et en lui faisant succéder la nuit, Dieu a mis les hommes en sûreté et les bétes en liberté. L'horreur naturelle que les hommes ont pour les ténèbres, les obhgéde retourner dans leurs maisons pendant la nuit, et la crainte naturelle que les bêtes ont pour la lumière, les retient dans leurs tanières pendant le jour. Lorsque l'homme est arrivé chez lui, elles sortent de leurs cavernes, elles n'ont la permission de cherciier leur proie que lorsque la main du Seigneur a mis l'homme en sûreté.

Alors, lorsque la nuit est fermée et qu'il n'y a plus personne dans la campagne, on entend les rugissements des lions et les hurlements des loups, qui apprennent à l'homme quel est le maître qui vojlle sur lui pendant le jour. Mais dès que le soleil paraît, toutes les bêtes ennemies de l'homme se hâtent de lui laisser la place libre ; un pasteur invisible les chasse dans les bois avec sa houlette, il semble alors que tous ces animaux aient changé de nature, tant ils sont paisibles. Ils dorment ou ils sont aussi tranquilles que dans le sommeil ; une puissance supérieure les tient enchaînés, et, à moins qu'on ne s'approche im|>rudemment de leurs cavernes, on n'en a rien à craindre. Au contraire, dès que le soleil commencée dissiper les ténèbres de la nuit, l'homme, plein

d'allégresse et de force, sent renaître en lui l'amour du travail, sa maison lui paraît triste et sombre, la campagne, au contraire, pleine d'attraits. Heureux s'il sait reconnaître dans ce bel ordre la main paternelle qui règle tout pour son bien !

La dernière commission donnée au soleil et à la lune , c'est de marquer les saisons. Voyez avec quelle fidélité et quelle respectueuse attention ils s en acquittent. Rien de brusque dans leur marche. Le soleil qui pendant l'hiver nous avait retiré sa chaleur, nous la rapporte au printemps ; mais il la mesure tellement , que les plantes ont le temps de pousser et de croître insensiblement, sans être détruites par des gelées tardives, ni trop hâtées par des chaleurs précoces. De môme, Tété diminue par degrés, de sorte que les fruits d'automne ont le temps de mûrir peu à peu sans être endommagés par le froid de rhivQT. Ce n'est pas tout, chaque saison varie nos plaisirs et nous dédommage par des bienfaits particuliers de ceux qu'elle nous enlève ; mais aussi, elle nous impose de nouveaux devoirs.

V Le printemps. Là nature qui était comme engourdie pendant l'hiver, reprend une vie nouvelle; les petits oiseaux reviennent de leurs longs voyages et recommencent leurs chants joyeux. Ces innombrables musiciens portés sur l'aile des vents, vont tour à tour donner leurs concerts gratuits aux portes de toutes les chaumières. Toujours ils chantent : au printemps c'est pour nous, en hiver c'est pour d'autres. Les prairies reverdissent au travers d'une fine et tendre verdure, on voit

DE PERSÉVt.RANCF.. 161

poindre les premières tlcurs ; de suaves parfums parviennent à notre odorat, comme d'agréables couleurs à notre vue. Les arbres déploient peu à peu leur magnitique feuillage, et préparent à l'homme un ombrage protecteur contre les rayons du soleil . Image de la jeunesse, image de la résurrection générale , le printemps ouvre notre cœur à T espérance , il nous porte aussi au détachement de tout ce qui passe. Combien dureront ces beauï jours et ces fleurs si fraîches et si délicates? 0 homme ! combien dureront tes années? combien durera la fleur de ta jeunesse et de ta beauté ? Console-toi , le printemps ne passe que pour revenir, et toi aussi tu meurs pour renaître ; pour renaître , et ne plus mourir .

2* Lélé, Le soleil continue sa marche > la nature prend un nouvel aspect : l'été commence. Des fruits de toute espèce se montrent à nos regards et sollicitent notre goût ; les moissons jaunissent ; des nuées de jeunes oiseaux s'élancent de leurs nids, et, en publiant nuit et jour les louanges du Créateur, réjouissent l'homme qui, durant cette saison, est presque toujours dans la campagne . Qui dira les bienfaits du Père céleste pendant lété? C'est I heureuse saison où il verse le plus abondamment sur toutes les créatures le trésor de ses bénédictions. La nature, après nous avoir ranimés par les douces chaleurs du printemps; s'occupe sans relâche pendant l'été à nous procurer ce qui peut satisfaire nos sens, faciliter notre subsistance et réveiller dans nos cœurs des sentiments de reconnaissance et d'amour.

Comme les autres saisons, l'été est un prédicateur qui

155 CATKCHî.«:>rE

nous annonce de salutaires vérités. Voyez , nous dit-il, le moissonneur qui se prépare à couper ses moissons. Sa faux abat les épis à droite et à gauche, et laisse derrière elle les champs vides et déserts. Mortels, voilà votre destinée. Toute chair est comme 1 herbe, et toute sa gloire comme la fleur de l'herbe. Voyez ces diligentes abeilles ; que leur empressement à recueillir et à préparer leur miel, vous apprenne à amasser de bonne heure des trésors de sagesse et de vertu qui puissent faire votre consolation durant l'hiver de la vieillesse.

3** L'automne. La terre a reçu la chaleur dont elle avait besoin. Le Seigneur dit au soleil de s arrêter et de revenir sur ses pas, non point tout d'un coup, mais peu à peu, afin d'achever par cette chaleur tempérée la maturité des fruits, et surtout pour donner toute sa perfection à la liqueur précieuse qui réjouit le cœur de 1 homme. Quelle activité règne encore dans les travaux 1 les celliers se remplissent, les marchandises de tout genre circulent avec plus d activité et d abondance; de toutes parts l'homme fait des provisions , mais il ne borne pas sa pensée aux besoins du prochain hiver. Il ne met pas tout dans ses greniers , le feu pourrait consumer sa maison, les voleurs la percer et lui enlever ses richesses ; il en confie une partie à la garde de la terre, certain qu'au retour du printemps, la terre les lui rendra avec usure. Mais ces hommes qui amassent, ces oiseaux qui émigrent, ces feuilles qui tombent, c^ Ciel qui s'assombrit, ces jours qui diminuent, tout ce spectacle de décadence ne vous dira-t-il rien?

DK PFR.«;i^n:RANrE. 153

4° L'hiver. Chaque jour rhomme a besoin de repos; de môme chaque année la terre en a besoin pour réparer ses forces épuisées à notre service. Sans I hiver , la nature appauvrie, fatiguée, ne produirait plus rien et nous mourrions de misère. C est ainsi que dans le plan de la Providence les quatre saisons sont nécessaires . le printemps prépare, l'été mûrit, I automne nous prodifîue les productions qui nous font exister ; 1" hiver répare les forces de notre mère nourricière. Lors donc qu'elle s'est dépouillée de tout en notre faveur, Dieu dit au soleil de s'éloigner, comme une mère attentive éloigne la lumière qui pourrait empêcher son fils de s'endormir ; il fait plus encore : il enveloppe la terre d'une épaisse couverture de neige , afin de la tenir chaudement .

Quoique la neige elle-même nous paraisse froide, elle est cependant un excellent duvet qui met la terre à l'abri des vents glacés et qui entretient la chaleur nécessaire à la conservation des semences, des plantes et des arbres. La neige est encore un puissant engrais : quand elle est amollie par le soleil, elle fond peu à peu, et le salpêtre dont elle est pleine entre profondément dans la terre et vivifie les racines et les tuyaux des plantes. Voyez comme dans la saison la plus rude notre Père céleste s'occupe du bienêtre de ses enfants, et comment, sans que nous l'aidions de notre travail, il nous prépare en silence tous les trésors de la nature! Enfants de ce Père céleste, préparons-nous aussi à nous-mêmes les trésors de la grâce, en redoublant de charité pendant cette saison rigoureuse, chauffant ceux qui ont froid et nourrissant ceux qui ont faim.

PRIÈRE

0 mon Dieu ! qui êtes tout amour, je vous remercie d'avoir créé pour notre avantage et le jour, et la nuit, et les saisons ; que votre louange soit toujours sur me» lèvres et votre amour toujours dans mon cœur.

Je prends la résolution d'aimer Dieu par-dessus toute chose, et mon prochain comme moi-même pour l'amour de Dieu; et, en témoignage de cet amour, /e me conformerai en tout à la \^oïonlé de Dieu.

Page 1