X' LEÇON
OUVRAGE DES SIX JOURS
Suite du cinquième jour. — Encore de l'instinct des oiseaux. — Leurs migrations. — Soins maternels de la Providence. — Sîiième jour. — Les animaux domestiques. — Leur docilité. — Leur sobriété. — Leurs services. — Les insectes et les reptiles. — Leur parure. — Leurs armes. — Leur adresse.
V Instinct des oiseaux. Nous avons vu de quel admirable instinct sont doués les oiseaux, soit pour faire leur nid, soit pour couver leurs œufs, soit enfin pour nourrir leurs petits ; cet instinct s'étend encore h prévoir le danger , à signaler l'ennemi qui pourrait leur nuire. Entre mille exemples ; nous en choisirons un seul : il est plus facile à comprendre parce qu'il est plus familier.
Observez une poule d'Inde à la tête de ses petits. On lui entend quelquefois pousser un cri lugubre dont on ignore la cause et l'intention. Aussitôt, tous ses petits se tapissent sous les buissons, sous I herbe, sous tout ce qui se présente : ils disparaissent tous ; s'il n'y a pas de quoi les couvrir, ils s'étendent par terre et contrefont les morts. On les voit dans cette posture, sans branler, pendant des quarts-d'heure entiers, et souvent beaucoup plus. La mère cependant porte ses regards en haut d'un
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air alarmé, elle redouble ses soupirs, elle réitère ce cri sinistre qui abat tous ses petits.
Les personnes qui remarquent I embarras de cette mère et son attention inquiète, cherchent dans l'air ce qui peut y donner lieu ; à force de regarder, on aperçoit sous les nues qui traversent I air un point noir qu'on a peine à démêler. C'est un oiseau de proie que son éloignement dérobe à notre vue, mais qui n'échappe ni à la vigilance ni à la pénétration de notre mère de famille. C'est ce qui cause son effroi et qui a rais l'alarme au camp. Un jour nous en vîmes une demeurer dans cette agitation et ses petits se tenir collés contre terre , pendant quatre heures de suite* que l'oiseau tournait, montait et descendait au-dessus d'eux.
Enfin l'oiseau disparaît-il, la mère change de note, elle pousse un autre cri qui rend la vie à ses petits. Ils accourent tous auprès d'elle, ils battent des ailes, ils lui font fête, ils ont mille choses à lui dire. On se raconte apparemment tous les dangers qu'on a courus, on donne des malédictions à la vilaine bête. Que tout ceci est étonnant ! Qui peut avoir fait connaître à cette mère un ennemi qui ne lui a jamais fait de mal? comment distingue-t-elle cet ennemi à une pareille distance ? où est son télescope? D'un autre côté, quelles leçons a-t-elle données à sa famille pour distinguer, suivant le besoin, les différents sens de ses cris , et pour régler leurs actions sur son langage !
Ces admirables harmonies entre les organes de celte poule et l'usage qu elle en doit faire pour se conserver,
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elle et sa famille , toutes ces merveilles de structure et d'instinct sont tous les jours sous nos yeux. Et qui estce qui les remarque et qui en remercie la Providence? La sollicitude maternelle de cette poule, justifie la comparaison dont Notre Seigneur a daigné faire usage dans l'Evangile. Rien ne nous montre sous des traits plus touchants sa prévoyante bonté : Jérusalem! Jérusalem! combien de fois nai-je pas çoulu rassembler tes enfants comme la poule rassemble ses petits sous ses ailes, et tu n as pas voulue. ...
2° Leurs migrations . La vie des oiseaux est remplie d'instructions pour nous, chaque page nous montre la sagesse, la bonté, la puissance du Créateur et sollicite notre cœur à la confiance et à l'amour. Voici un nouveau chapitre du grand livre de l'univers, non moins intéressant que les autres, puisse-t-il produire sur nous les impressions salutaires que s'est proposées le céleste Ecrivain qui l'a rédigé !
Les mêmes oiseaux n'habitent pas constamment les mêmes lieux, ils changent de pays suivant les saisons. Au printemps, arrivent dans nos climats des armées d'hirondelles; à la fin de l'été, viennent les cailles. Tous ces oiseaux disparaissent quandl'automne est venu et que les froids approchent. Toute la joyeuse armée va prendre ses quartiers d'hiver dans des climats plus chauds; là, se trouvent des magasins abondamment pourvus : leur grand Fournisseur est parti d'avance. Il est vrai, tout manque à nos pèlerins, ils ne connaissent pas même la route. N'importe, ni la distance des lieux, ni la largeur
des mers, ni l'obscuritë de la nuit, rien ne les effraie, ni ne les arrête. Confiants en celui qui les appelle, ils comptent bien trouver la route, et sur la route, des /'tapes et des rations, et ils ne se trompent pas.
Lors donc que le moment de partir approche, vous les voyez faire leurs préparatifs. Chaque espèce a sa manière de voyager, comme dans une armée chaque corps a son allure et ses manœuvres particulières. En voici qui décampent les premiers et qui partent seuls , d'autres avec leur famille, ceux-là en petite compagnie. Bientôt le gros de l'armée s'ébranle; les troupes nombreuses qui le composent se sont donné rendez-vous dans une plaine isolée ou sur le clocher d'un village solitaire. Là sont les canards sauvages, ici les hirondelles.
Au signal du départ, les premiers s' arrangent ordinairement sur une longue colonne comme un I , ou sur deux lignes réunies en un point, comme un V renversé. Le canard qui fait la pointe, fend l'air et facilite le passage à ceux qui le suivent. L'oiseau conducteur n'est qu'un temps chargé de la commission : il passe de la pointe à la queue pour se reposer ; un autre lui succède .
Les secondes, plus légères, forment une masse compacte dont l'air est quelquefois obscurci. Plusieurs passent la mer; d'autres s arrêtent en Europe; elles se cachent dans des trous sous terre, en s'accrochant les unes aux autres, pattes contre pattes, bec contre bec; elles se mettent par tas dans des endroits éloignés du passage des hommes, où elles sont même quelquefois gagnées par les eaux. La précaution qu'elles ont
prise par avance de se bien lustrer les plumes avec leur huile et de se pelotonner, la tête au dedans et le dos en dehors, les garantit sous l'eau et la glace même. Elles s'y engourdissent et y passent l'hiver sans mouvement. Le cœur continue cependant toujours à leur battre, et au retour du printemps la chaleur les dégourdit.
Heureux moment ! où chacune d' elles se réveillant , se hâte de regagner la ville, le village, la chaumière, la vieille fenêtre où elle a laissé toutes ses affections, parce qu'elle y trouva l'hospitalité l'année précédente. Celles qui traversent la mer font leur voyage en peu de temps . On a compté qu'elles peuvent facilement parcourir quatre-vingts lieues par jour, en supposant même qu'elles se reposent par intervalles et durant la nuit. Ainsi en huit ou neuf jours elles vont dans l'intérieur de l'Afrique.
Combien de merveilles 1 Que la rigueur du froid et le défaut de nourriture avertissent les oiseaux de changer de domicile, on le conçoit encore; mais d'-où vient que lorsque la température leur permet de rester et qu'ils trouvent encore des aliments ils ne laissent pas de partir au temps marqué? Quel historien, quel voyageur est Tenu leur apprendre qu'ils trouveront dans d'autres climats la nourriture et la chaleur convenables? Quel magistrat prend soin d'assembler le conseil pour fixer le jour du départ? Dans quelle langue les mères ont-elles dit à leurs petits, nés seulement depuis quelques mois, qu'il fallait quitter le pays natal et voyager dans une terre étrangère? Pourquoi ceux qui sont retenus dans
une cage s'agilent-ils au temps du di'part, et semblentils aflligés de n'être pas de la partie? Comment se nomme celui qui sonne de la trompette pour annoncer au peuple la résolution prise, atin que chacun se trouve prêt? Ont-ils un calendrier pour reconnaître la saison et le jour où il faut se mettre en route? Ont-ils des officiers pour maintenir la discipline qui est si grande parmi eux : caravaAt la publication de l'ordonnance, personne ne déloge; le lendemain du départ il ne paraît ni traîneurs ni déserteurs ? Ont-ils une boussole pour se diriger invariablement vers la côte de la mer où ils se proposent d'arriver, sans être jamais dérangés dans leur vol, ni par la pluie, ni par le vent, oi par l'obscurité de la nuit? Ou bien, enfin, sont-ils sous l' influence d'une raison infaillible, supérieure à celle de l'homme qui n'ose tenter le passage de l'Océan qu'avec tant de machines, de précautions et de provisions? Vous qui affectez de ne pas croire en Dieu, répondez.
Tous sont partis maintenant ; adieu leur aimable compagnie, adieu leur musique; quelques-uns seulement nous restent : c'est le loriot, c'est le moineau, c'est le roitelet. Pauvres petits! que vont-ils devenir pendant nos longs hivers? Qui les chauffera? qui les nourrira? Père de tout ce qui respire, les avez-vous oubliés? Non , non. Pour eu\ il y aura quelques tièdes rayons de soleil , un sapin touffu , un toit de chaume ; pour eux le genévrier restera couvert de fruits ; pour eux les baies de l'églantier s'amolliront à la gelée, et les petits solitaires auront une table et un abri. C'est ainsi, 6 Providence
maternelle ! que rien n échappe à votre prévoyante sollicitude.
Il est donc vrai , Dieu tient lieu de tout aux oiseaux. Ceux qui émigrent n'ont assurément ni cartes, ni boussole, ni greniers disposés sur la route, ni guides, ni raison, cependant ils arrivent tous sans manquer de rien. Ceux qui restent sont également logés, chauffés, nourris par sa bonté . Mais s'il prend tant de soin de ces petits oiseaux dont une paire ne se vend qu'une obole, suivant le langage de Notre Seigneur, quel soin ne prendra-t-il pas de nous , pour qui non-seulement les oiseaux, mais le monde entier a été créé?
Oui, les oiseaux ont été créés pour nous : leur chair nous nourrit, leurs plumes nous servent à mill^ usages, leur chant nous réjouit . Ce sont des musiciens que notre Père céleste a placés auprès de nos demeures , de la demeure du pauvre surtout, pour charmer nos douleurs et chanter ses bienfaits. Cela est tellement vrai que les oiseaux qui chantent ne se trouvent que dans les \ïeu\ habités ; que lorsque l'homme dort, ils se taisent, et ne recommencent à chanter que pour saluer son réveil ; qu'ils aiment à se trouver sur son passage pour lui dire leurs chansons. Voyez l'innocente alouette ; elle nous mange bien quelques grains, elle habite bien dans nos champs ; mais elle paye sa nourriture et son loyer par les concerts qu' elle nous donne . Quand Ihomme traverse la campagne au midi d'un jour d'été, la vigilante musicienne se lève au bruit de ses pas ; elle monte en chantant , elle monte encore, tant que dure sa chanson et que
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rhommo peut l'entendre; quand son seigneur a passé elle redescend, se repose pour recommencer encore. Reposons-nous aussi un instant : voici un nouveau jour qui va commencer , un jour dont la lumière éclairera des merveilles plus grandes que toutes celles qui ont jusqu ici passé sous nos yeux .
Le sixième jour Dieu dit : Que la terre produise des animaux vivants , chacun selon son espèce : les animaux domestiques , les reptiles et les bétes sauvages, selon leurs dilJerentes espèces , et cela se fit ainsi.
Dieu fit donc les bétes sauvages de la terre, selonleurs espèces, les animaux domestiques et tous les reptiles, chacun selon son espèce, et Dieu vit que cela était bon ' .
Vraiment, mon Dieu! vous prenez plaisir à dérouter ma raison, en créant sans cesse de nouvelles difficultés, pour vous en jouer devant moi. Hier vous disiez à la mer de produire des poissons et des oiseaux , elle vous obéit ; je ne suis pas encore revenu de mon étonnement et voilà qu'aujourd'hui vous vous adressez à la terre, et vous lui ordonnez de mettre au monde de nouvelles créatures. Mais déjà n'est-elle pas couverte de raillions d'arbres et déplantes? sa fécondité n'est-elle pas épuisée? Où voulez-vous, d'ailleurs, qu'elle loge ces nouveaux venus, toutestplein? Taisez-vous, ma raison, recueillezvous et préparez-vous à l'adoration; et vous, mon cœur, ouvrez-vous à l'amour.
A cette sixième parole du Créateur, trois nouvelles
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espèces d' animaux sortent du néant Parmi ceux que nous connaissons déjà, les uns nagent dans l'eau, les autres volent dans l'air. En voici qui marcheront sur la terre et nous approcheront de plus près . Ils se divisent en trois classes : les premiers sont les animaux domestiques; les seconds, les reptiles et les insectes; les troisièmes, les animaux sauvages. Ici encore se manifeste avec éclat la prévoyante bonté du Créateur.
1"* Dans la docilité des animaux domestiques . FdiT animaux domestiques on entend toutes les bêtes de service destinées à obéir à l'homme, à le soulager dans ses travaux, à suppléer ce qui manque à ses forces, à lui fournir des vêtements et à le nourrir . Dieu à qui toutes les suites de son ouvrage étaient connues dès le commencement, avait ainsi préparé à l'homme, devenu pécheur et condamné à la pénitence, des domestiques obéissants pour partager avec lui son travail, ou même pour le dispenser de ce qu'il y avait de plus pénible. II a commandé à des animaux d'une grande force de n'en faire usage que pour l'homme, de ne se souvenir de leur agilité que pour son service , d'accepter son joug sans résistance, d'aimer sa maison plus que leur liberté, et de respecter la voix de l'enfant qui aurait ordre de les conduire.
A quoi faut-il attribuer les inclinations douces et la docilité parfaite de tous les animaux domestiques? Uniquement à Tordre que Dieu leur a donné d'obéir à l'homme comme à leur maître. Si vous en doutez, essayez d'apprivoiser les lions, les tigres, les ours et
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les loups ; essayez de les réunir en troupeau et de les confier à un berger ; essayez de leur faire labourer vos champs, porter vos fardeaux, battre votre grain : vous n'y réussirez jamais.
2** Dans leur sobriété. Non content d'avoir donné a l'homme cette foule de domestiques aussi forts qu'obéissants , Dieu a voulu se charger lui-même de leur entretien : de plus il les a créés avec des inclinations de sobriété tout entières à notre avantage. Tandis que les animaux sauvages mangent beaucoup, et ruineraient bientôt leur maître, la plupart des animaux domestiques mangent peu et travaillent beaucoup ; un peu d'herbe même la plus sèche , ou le moindre de tous nos grains leur suffit. C'est là toute la récompense qu'ils attendent de leurs services. Dieu a poussé plus loin la prévoyance : il a voulu que cette nourriture se trouvât partout. Les campagnes, les vallées, les montagnes, sont comme autant de tables toujours servies et qui fournissent abondamment à la nourriture des domestiques de l'homme i
^^ Dans leurs services. Pour ce peu* que nous leur donnons , voyez combien de services ils nous rendent ! Faut-il nous porter rapidement d'un lieu à un autre? Le cheval paraît sensible à cet honneur. Il étudie la manière de contenter son maître. Au moindre signe, il part, il diversifie sa marche, toujours prêt à la retarder, à la doubler, à la précipiter, dès qu'il connaît la volonté du cavalier. Ni la longueur du voyage, ni les chemins raboteux , ni les fossés , ni les rivières même les plus rapides , rien ne le décourage. Il franchit tout : c'est
un oiseau que rien n'arrête. Faut-il faire plus? faut-il défendre son maître ou aller avec lui à l'attaque de l'ennemi ? Il va au-devant des hommes armés ; il se rit de la peur . Le son de la trompette et le signal du combat réveillent son courage, et la vue de lépée ne le fait pas reculer ' .
Voici maintenant le bœuf qui s'avance à pas lents : moins souple , moins agréable dans ses formes que le cheval, ce nouveau domestique ne nous est pas moins utile. Vos champs ont besoin d'être ensemencés; mettezlui un joug sur les épaules, attachez-le à une charrue, il tracera patiemment vos sillons. Quand le jour de la récolte sera venu, il vous aidera encore à transporter dans vos greniers votre riche moisson; plus tard il conduira au marché les grains surabondants ; il vous amènera votre bois de chauffage pour 1 hiver : vous n'avez qu'à parler, il est toujours prêt à obéir.
Ces deux serviteurs ont leur mérite ; mais il en est un autre d'un usage bien plus universel et dont l'eiistence est un nouveau trait de cette Providence maternelle que tant de preuves nous ont déjà rendue sensible. Le cheval i et le bœuf sont d' un prix élevé ; leur entretien ne laisse pas d'être coûteux. Le riche seul ou du moins l'homme aisé peut se les procurer et les nourrir. Le pauvre ne le peut . Cependant c'est le pauvre qui a le plus besoin d'aide; le pauvre qui porte pour nous le poids de la chaleur et du jour, sera-t-il seul pour ses rudes travaux? qui viendra les partager? Le Dieu des petits et des pauvres
I Job. c. xuuu 12.
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ne s'est point démenti . Pour eux il a créé tout expr<^s un nouveau serviteur : c est l'une.
L'air noble du cheval est remplacé chez lui par une douce et modeste contenance , et la force du bœuf par une patience à l'épreuve. Il ne va pas bien vite , mais il va de suite et long-temps. Il vous rend ses services avec persévérance , et ce qui est un grand point dans un domestique , il ne les fait point valoir. Nul apprêt pour son repas. Le premier chardon en fait l'affaire. Il ne se croit rien dû : on ne le voit jamais ni dégoûté , ni mécontent : tout ce qu'on lui donne est bien reçu. Il est le compagnon fidèle des paysans et des ouvriers qui sont eux-mêmes le nerf des états et le soutien de notre vie. Où en seraient réduits les vignerons, les jardiniers, les maçons, et la plupart des gens de campagne, c'està-dire les deux tiers des hommes, s'il leur fallait d'autres hommes, ou des chevaux, ou des bœufs pour le transport de leurs marchandises et des matières qu'ils emploient? L'une est sans cesse à leur secours. Il porte les fruits, les herbages, les peaux de bêtes, le charbon, le bois, la tuile, la brique, le plâtre, la chaux, la paille et le fumier. Tout ce qu'il y a de plus abject est son lot ordinaire. Quel avantage pour cette multitude d'ouvriers et pour nous d'avoir un animal doux, vigoureux et infatigable, qui , sans frais et sans orgueil, remplit nos villages et nos villes de toutes sortes de provisions ! Que dirons-nous du chien, de ce fidèle ami que Dieu a placé auprès de f homme pour lui servir de compagnie , d'aide et de défense? Les services que les chiens
nous rendent sont aussi diversifiés que leurs espèces. Le dogue garde nos maisons durant la nuit ; le chien berger sait également faire la guerre aux loups et discipliner le troupeau ; le chien de chasse réunit à la force l'adresse et Tagilité nécessaires pour varier nos plaisirs ; le barbet se charge tour à tour de retrouver ce que nous avons perdu et d'amuser les enfants de son maître. Celui-ci devient-il pauvre et infirme; il partage sa misère et semble pleurer avec lui. Devient-il aveugle? c'est le barbet qui le conduit de porte en porte , et on ne sait ce qui attendrit davantage, ou de l'infirmité du maître, ou de Tair triste et suppliant du fidèle serviteur. L'aveugle est mort. Tout le monde l'oublie, car il est pauvre, et les pauvres n'ont point d'amis. Personne n'ira pleurer sur sa tombe , personne excepté son chien : entre lui et son maître c'est à la vie et à la mort.
L'homme trouve dans le cheval, le bœuf et l'âne , des voitures commodes ; dans le chien une garde sûre , un guide fidèle ; mais il y a des choses qui lui sont plus nécessaires, la nourriture et le vêtement : c'est dans les troupeaux qu' il va les chercher . Il est visible que la vache , la chèvre, la brebis, n'ont été mises auprès de nous que pour nous enrichir. Nous leur donnons quelque peu d'herbe, ou la liberté d'aller amasser dans la campagne ce qui nous est le plus inutile , et elles reviennent tous les soirs payer ce service par des ruisseaux de crème et de lait. La nuit n'est point passée , qu'elles gagnent par un second payement la nourriture du jour qui suit.
La vache seule fournit ce qui suffit à une famille
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entière, après le pain ; et elle met sur la table des riches la diversité la plus délicieuse. La chèvre est la vache du pauvre, comme lune est son cheval. Providence maternelle! on vous retrouve partout. Ici encore quelle merveille ! Comment une herbe fanée et qui n'a plus de suc, dont on ne saurait extraire rien de solide et de nourrissant, devient-elle une source de lait? C est-là une bénédiction dont le secret nous échappe, mais dont les effets nous sont chaque jour présents. Nous y sommes tellement accoutumés, que nous n'avons peut-être jamais pensé à remercier celui qui en est l'auteur.
La brebis, contente d'être vètuc pendant l'hiver , nous abandonne sa toison pendant l'été. C'est ainsi, suivant l'ingénieuse expression de saint Martin, qu'elle accomplit le précepte de 1 Evangile en conservant une robe pour elle et donnant 1 autre. Riches du siècle, comprenez-vous la leçon qui condamne les superfluités de votre luxe?
Il est donc vrai , les animaux domestiques ne sont placés auprès de nous que pour nous aider et nous donner. Si quelque chose diminue l'estime des services qu'ils nous rendent et des présents qu'ils nous font, c'est qu'ils les réitèrent tous les jours . On n' y pense plus . La facilité de les avoir les avilit. Mais c'est réellement ce qui en augmente le mérite. Une libéralité qui n'est jamais interrompue et qui recommence tous les jours , mérite une reconnaissance toujours nouvelle ; et le moins que nous puissions liiire , quand nous recevons du bien, est de daigner nous en apercevoir.
La seconde espèce d'êtres que la sixième parole créatrice appela du néant, sont les insectes et les reptiles. S'il est vrai que la sagesse et la puissance de Dieu éclatent dans les grands ouvrages de la nature , elles ne brillent pas avec moins d'éclat dans les plus petits '. Les uns et les autres étonnent également notre raison et sollicitent la reconnaissance de notre cœur. Lisons cette nouvelle page du grand Livre de lunivers. Dieu lui-même nous y convie d'une manière spéciale : pour nous la fourmi même tient une école de sagesse. Avant d'y entrer, jetons un coup d'oeil rapide sur les insectes.
1° Leur parure. Si Dieu n'a pas jugé indigne de lui de créer les insectes, est-il indigne de l'homme de les considérer? Leurpetitesse semble d'abord autoriser le mépris qu'on en fait, mais elle est une nouvelle raison d'admirer l'art et le mécanisme de leur structure, qui allie tant de vaisseaux, de fibres, de veines, de muscles, une tête, un cœur, un estomac, et tant de mouvement dans un point qui est souvent imperceptible. Le préjugé commun les regarde, ou comme un effet du hasard, ou comme le rebut de la nature. Mais des yeux attentifs y aperçoivent une sagesse qui bien loin de les négliger, a pris un soin tout particulier de les vêtir, de les armer, de les pourvoir de tous les instruments nécessaires à leur état. •
Oui , le Père de famille a vêtu les insectes et même avec complaisance, en prodiguant dans leurs robes, sur leurs ailes et dans leurs ornements de tète, l azur, le
> Ifagnus in magnis non parvus in minimis. St. Àng.
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vert, le rouge, l'or et l'argent, les diamants môme, les franges, les aigrettes et les panaches. Il ne faut que voir une mouche luisante, un papillon, une simple chenille , pour être frappé de cette magnificence.
2° Leurs armes . La môme sagesse qui s'est jouée dans leurs divers ajustements, lésa armés de pied en cap, et lésa mis en état de faire la guerre, d'attaquer et de se défendre. S'ils ne parviennent pas toujours à attraper ce qu'ils guettent, ou à éviter ce qui leur nuit, ils sont cependant pourvus de ce qui leur convenait le mieux pour y réussir. Ils ont la plupart de fortes dents , ou une double scie, ou un aiguillon et deux dards, ou de vigoureuses pinces. Une cuirasse d'écaillé leur couvre et leur garantit tout le corps. Les plus délicats sont garnis par dehors d'un poil épais qui affaiblit les chocs qu'ils pourraient recevoir, et les frottements qui les endommageraient.
Presque tous trouvent leur salut dans l'agilité de leur fuite, et se dérobent au danger, ceux-ci par le secours de leurs ailes; ceux-là à l'aide d'un fil sur lequel ils se soutiennent en se jetant brusquement à bas des feuillages où ils vivent , et bien loin de l' ennemi qui les cherche : d'autres par le ressort de leurs pieds de derrière, dont la détente les élance sur-le-champ à une assez grande distance et les met hors d'insulte. Enfin, ou la force manque, les détours et les ruses viennent au secours Cette guerre continuelle que nous voyons entre les animaux est une des plus importantes harmonies de la nature : tout en fournissant à plusieurs leur nourriture ordinaire et délivrant l'homme du trop grand nombre,
elle en conserve cependant de toutes les espèees en nombre suffisant pour les perpétuer.
Qui ne serait ravi de voir le Créateur des mondes si occupé de la parure et de l'équipage de guerre de ces insectes que nous méprisons? Quelle serait notre surprise si nous examinions en détail l'artifice des organes qu'il leur a donnés pour vivre et des outils avec lesquels ils travaillent tous, suivant leurs professions; car chacun d'eux a la sienne?
3° Leur adresse. Les uns sont fileurs, et ils filent à merveille, ayant deux quenouilles et des doigts pour façonner leur fil ; d'autres sont tisserands et font de la toile et des filets, ils sont pourvus pour cela de pelotons et de navettes. Il y en a qui sont bûcherons, ils bâtissent en bois et ont reçu deux serpes pour faire leur abattis . Il y en a qui sont ciriers, et leur atelier est garni de rôtissoires, de cuillers et de truelles. Plusieurs sont charpentiers et menuisiers ; outre la scie et les tenailles dont ils ont la tête munie, ils portent à l'autre extrémité de leurs corps une tarrière qu'ils allongent, qu'ils tournent et retournent à volonté. Au moyen de cet instrument, ils creusent des demeures commodes pour loger et nourrir leurs familles, dans le cœur des fruits, sous l'écorce des arbres, souvent môme dans le bois le plus dur. La plupart sont excellents distillateurs ; ils ont une trompe qui , plus merveilleuse que celle de l'éléphant, sert, aux uns, d'alambic pour distiller un sirop que l'homme n'a jamais pu imiter; à d'autres, de langue pour goûter, et presque à tous, de chalumeau pour sucer. Enfin, tous sont archi-
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tectes et baissent des palais qui, pour la commodité, l'élégance elle (ini du travail, remportent sur lesLouvrrs des rois.
S ils sont forts sur les arts, ils ne sont pas moins habiles dans les sciences. Tous sont botanistes, chimistes, astronomes, mathématiciens; jamais ils ne leur arrive de se tromper sur la qualité de la fleur ou de la plante qui doit les nourrir , ni sur la saison où ils doivent exécuter leurs travaux, ni sur les proportions qu'ils doivent leur donner. Et maintenant où se forment ces nuées d'artistes et de savants? Pourriez-vous me nommer les professeurs des vers à soie? me dire où s'impriment les livres classiques des fourmis? dans quelle ville se trouve l'école polytechnique des abeilles?
Que dirgns-nous de leurs organes? Il en est peu qui, avec d'excellents yeux, ne soient encore avantagés de deux antennes ou espèces de cornes qui mettent leurs yeux à couvert et qui, en devançant le corps dans sa marche, surtout dans les ténèbres, sondent le terrain et éprouvent, par un sentiment vif et délicat, ce qui pourrait les salir, les noyer ou les heurter. Si les cornes se mouillent dans quelque hqueur nuisible , ou se plient par la résistance de quelque corps dur, T animal est averti du danger et se détourne. De ces cornes, les unf s sont composées de petits nœuds, pour leur donner plus de solidité, comme celles des écrevisses; d'autres les ont couvertes de petites plumes ou veloutée^ et garnies de brosses, pour être à couvert de l'humidité.
Outre ces secours et bien d'autres qui se diversifient
selon les espèces, la plupart des insectes ont encore reçu le don de voler. Quelques-uns ont quatre ailes ; d'autres dont les ailes sont d'une finesse si grande que le moindre frottement pourrait les déchirer , ont deui fortes écailles qu'ils élèvent et abaissent comme si c'étaient deux ailes , mais qui servent réellement d'étui aux véritables. Vous voyez de ces étuis aux mouches cantarides, par exemple, et aux hannetons. Si ce que nous voyons dans les insectes nous cause tant d'admiration, combien ce qui demeure caché à nos yeux et à notre raison ne nous causerait-il pas de surprise, s'il nous \ était dévoilé? Du moins, ce qui nous est connu suffit au cœur bien né pour adorer et aimer le Créateur de tant de merveilles.
PRIERE
0 mon Dieu ! qui êtes tout amour, je vous remercie d'avoir mis à nos ordres tant de créatures qui nous aident, qui nous gardent, qui nous nourrissent; faites, Seigneur, que nous nous en servions toujours pour vous aimer davantage .
Je prends la résolution d'aimer Dieu par-dessus toute chose, et mon prochain comme moi-môme pour l'amour de Dieu; et, en témoignage de cet amour, je serai fidèle à mes bonnes résolutions du matin.
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OUVRAGE DES SIX JOURS. — SUITE DU CINQUIÈME JOUR. — SIXIÈME JOUR
Q. Que remarquoz-vous encore sur les oiseaux ?
R . Je remarque encore sur les oiseaux qu ils changent de pays chaque année. A l'approche de l'hiver, ils vont dans des régions où ils trouvent la chaleur et la nourriture qui leur manqueraient ailleurs. Ils font ces voyages au temps convenable, sans guide, sans cartes, sans provisions, et cependant ils arrivent tous à bon port. C'est la Providence qui les entretient et qui les conduit .
Q. Quelle est l'utilité des oiseaux?
R, Les oiseaux nous sont d'une grande utilité, leur chair nous nourrit, leurs plumes nous servent à mille usages, leur chant nous réjouit, et ils nous délivrent d'une foule d'insectes dont le trop grand nombre dévorerait nos fruits et nos moissons.
Q. Qu'est-ce que Dieu fit le sixième jour?
R. Le sixième jour, Dieu fit d'abord les animaux domestiques ; on entend par là toutes les bètes de service , destinées à obéir à l'homme, à le soulager dans ses travaux et à le fournir de vêtements et de nourriture. C'est en faveur de l homme devenu pécheur qu'ils ont été créés.
Q. Quelles sont leurs principales qualités?
R. Les principales quahtés des animaux domestiques, c'est la docilité, ils obéissent à la voix d'un enfant ; c'est
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la sobriété, ils mangent peu et se contentent de ce qu'iî y a de moins utile dans les productions de la terre ; c'est l'espèpe d'amitié qu'ils nous portent, ils connaissent leur maître et sont toujours disposés à le servir.
Q. Quels sont leurs principaux services? '
R. Leurs principaux services sont de transporter nos marchandises ou de nous transporter nous-mêmes rapidement d'un lieu à l'autre, de labourer nos champs, de nous nourrir de leur lait, de nous habiller de leur toison. Pour toute récompense, ils ne demandent qu'un peu d'herbe ; et, par un miracle de tous les jours, cette herbe se change en ruisseaux de lait. Parce que ce bienfait est journalier , ce n'est pas une raison pour nous d'en être moins reconnaissants.
Q. Que Dieu fit-il encore le sixième jour?
R. Le sixième jour, Dieu fit encore les insectes et les reptiles. La sagesse et la puissance de Dieu ne brillent pas avec moins d éclat dans la création du plus petit insecte, que dans celle du firmament.
Q. Comment le montrez- vous?
R. Je le montre : 1° par les riches parures dont il a orné les insectes, il les a vêtus avec une magnificence royale; sur leurs vêtements brille la pourpre, l'or, les diamants et les plus riches couleurs ; 2° par les armes qu'il leur a données pour se défendre; 3° par les outils qu'il leur a fournis pour travailler, car chaque insecte a sa profession. Les uns sont tisserands, comme T araignée; les autres sont distillateurs, comme l'abeille; tous sont chimistes et mathématiciens , c'est-à-dire qu ils