IX- LEÇON
OUVRAGE DES SIX JOURS
Cinquième jour. — Les poissons. — Leur création. — Leur conservation. — Grandeur de quelques uns. — Leur utilité, — Les oiseaux. — La structure de leur corps. — Leur conservation. — Leurs nids, — Leur instinct.
Dieu dit encore : Que leseaux produisent des animaux vivants , qui nagent dans Veau, et des oiseaux qui volent sur la terre , sur le firmament du Ciel.
Dieu créa donc les grands poissons et tous les animaux 1 qui ont la vie et le mouvement que les eaux produisent, 1 chacun selon son espèce ; et il créa aussi les oiseaux selon leur espèce. Et il vit que cela était bon.
Il les bénit, en disant: Croissez et multipliez-^vous , et remplissez les eaux de la mer, et que les oiseaux se multiplient sur la terre.
Et du soir el du matin se fit le cinquième jour * .
Jusqu'ici nous avons vu paraître une foule de merveilles à chaque parole du Créateur. Quel sera l'effet de celle-ci ? que reste- t-il encore à produire? Le Ciel a tout son éclat, la terre toute sa parure, les plantes et les fruits une variété et une perfection qu'on ne se
I Gen. c. 1. 20 — 23.
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lasse point d'admirer. Naîtrait-il quelque chose de la mer que Dieu a regardée, ce semble, comme un obstacle à ses desseins, et qu'il a séparée de la terre avec une espèce de colère? Voire voix menaçante , Seigneur, l'a mise en fuite. Oui, c'est à la mer que Dieu parle, et aussitôt elle est remplie d une multitude innombrable de créatures d'une nouvelle espèce. Elles ne sont plus comme les herbes et les plantes attachées par la racine, mais elles ont un mouvement, une vie propre. Transportons-nous sur les bords de l'Océan, descendons par la pensée dans ses profonds abîmes. Là, nous attendent des merveilles qui manifestent avec éclat la puissance et la sagesse infinie du Créateur. •
V Création des poissons . Les eaux de la mer sont remplies d'amertume et de sel : elles sont donc naturellement stériles. Comment se fait-il qu'elles enfantent tout à coup une multitude innombrable d'êtres vivants et animés? Comment se fait-il qu'au milieu de ces eaux, si chargées de sel , que notre langue ne peut en supporter la moindre goutte , les poissons vivent et jouissent d'une santé parfaite, et d'une vigueur prodigieuse? Comment dans cette eau dont l'aspect est si triste et si insupportable, peuvent-ils s'engraisser et nous donner une chair que les voluptueux préfèrent à celle des oiseaux les plus exquis ? Voilà des choses qui paraissent impossibles, et que nous ne pouvons cependant désavouer. A chaque pas, nous nous apercevons que dans la nature comme dans la Religion , Dieu nous oblige à croire comme certain ce qu'il ne juge pas à propos de nous faire
comprendre ; et que, content de nous montrer la réalité des merveilles qu'il opère, il exige de nous le sacrifice de notre raison ou plutôt de notre ignorance sur la nature de ce qu'il a fait, et sur la manière dont il le produit.
Comment se fait-il que les poissons ne pouvant sortir de Teau où il ne croît rien, pour venir chercher sur la terre, les biens dont elle est remplie. Dieu les a créés si voraces, qu ils se mangent mutuellement? 0 sagesse créatrice ! Si vous n'êtes point ici en défaut, vous vous êtes donc jouée de toutes les difficultés. Comment ce peuple nouveau pourra-t-il subsister? Le Créateur y a pourvu. Il Ta multiplié d'une manière si prodigieuse , que ce qui s'en détruit est toujours fort au-dessous de ce qui sert à le renouveler .
Mais du moins la race des petits sera bientôt anéantie par les grands qui les regardent comme leur proie , et qui leur donnent continuellement la chasse ; d autant plus que dans les plaines de 1 Océan il n y a ni barrière ni rempart : tout est ouvert, tout est commun. Là, comme ailleurs, le Seigneur est venu au secours des petits et des faibles. Il a fait les petits poissons plus agiles à la course que les grands. Ils s'approchent des lieux où l'eau basse ne permet pas à leurs ennemis d'arriver : Dieu leur a donné une prévoyance proportionnée à leur faiblesse et à leurs dangers. Mais en sauvant les petits, vous allez condamner les grands à périr . N'est-il pas à craindre que les poissons d une taille énorme, tels que les baleines, ne trouvent plus de quoi se nourrir, car la haute mer a peu de poissons, et ces vastes colosses ne jwurraieot
approcher des côtes sans échouer? Ils ont cependant une grande faim, et un estomac, ou plutôt un f^ouffre, capable de tout engloutir. De quoi donc se nourrissent tous ces monstres ? C'est un secret que Dieu s' est réservé. Sa providence s'étend à tout; et ce dragon, qui est le roi de la mer et qui s'en joue , attend du Créateur, comme les plus petits poissons, et plus encore que les moindres d'entre eux, la nourriture dont il a besoin. Le fait est qu'ils vivent, et qu'ils reçoivent chaque jour les aliments nécessaires. Mortels orgueilleux/ qui osez nier les mystères de la Religion parce que vous ne les comprenez pas, niez donc aussi ce mystère de la nature.
2** Leur conservation . Tous les animaux qui peuplent les airs, qui courent et qui rampent sur la terre, ceux mêmes qui habitent dans ses entrailles, ont cela de commun qu'ils respirent lair : sans air ils mourraient sur-le-champ. Si vous les plongez dans l'eau pendant quelque temps , ils périssent. Cependant leau a ses habitants: ils vivent dans son sein, et périssent lorsque vous les tirez de T élément qui leur a été assigné. O hommes ! à ces traits éclatants reconnaîtrez-vous enfin l'admirable puissance du Créateur, qui s'est jouée de toutes les difficultés? Mais comment le sang des poissons, car ils ont du sang, peut-il circuler? comment n'est-il pas gelé ou épaissi par le grand froid des eaux ? Comment peuvent-ils vivre sous des montagnes de glace? Les animaux de la terre ont des plumes ou un duvet délicat, ou de bonnes fourrures , pour se défondre du froid. On ne trouve rien do semblable chez les poissons. Qu' ont-ils T. 1. U
donc pour résister à un élément encore plus froid que 1* air! Recueillez vos souvenirs, ils vous diront quela première chose que vous ayez rencontrée en touchant un poisson, est une certaine colle dont tout son corps est enduit par dehors. Ensuite vous avez trouvé une couverture composée de fortes écailles bien serrées, bien unies, posées les unes sur les autres, de la même manière, mais avec bien plus d'art, que les ardoises qui couvrent nos palais. Ce n'est là qu'une première tunique. Avant de parvenir à la chair du poisson , vous rencontrez encore une espèce de graisse huileuse qui s'étend de la tête à la queue, et qui enveloppe le tout. Cette écaille, par sa dureté, empêche d abord le poisson de se blesser contre les graviers ou les cailloux; ensuite, cette écaille et celte huile, par leur opposition avec l'eau, conservent au poisson sa chaleur et sa vie. On ne pouvait lui donner une robe qui fut tout à la fois plus légère et plus impénétrable . Ainsi , partout où nous portons nos yeux se montre une sagesse toujours féconde en nouveaux desseins, et qui n'est jamais contredite ou gênée par la désobéissance des matériaux qu'elle emploie.
3° Grandeur de quelques-uns. Figurez-vous un animal d3 deux cents pieds de longueur, et d'une grosseur proportionnée ; un animal dont les os, semblables à de longs arbres, servent à construire des bateaux; un animal, dont la graisse fournit jusqu'à trois cents barriques d'huile ; un animal, dans les flancs duquel on a vu vingt-quatre musiciens donner un concert'; un
> Cs fait a eu lieu à Osteude^ il y a quelques années.
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animal , dont les mouvements font bouillonner au loin et agitent comme une temp<Me les eaux de l'Océan ; un animal, dont la tôteseulea jusqu'à soixante-dix pieds de long, et la gueule vingt pieds d'ouverture; dont la queue est assez forte pour renverser d'un seul coup un vaisseau de haut bord; un animal qui, malgré son excessive dimension, fend les Ilots avec une extrême vitesse; un animal, enfin, près duquel l'éléphant n'est pas aussi gros qu'un petit chien à côté de l'éléphant : cet animal monstrueux, c'est le souverain des mers, c'est la baleine. Et le grand Dieu qui l'a créé, qui le gouverne comme le berger gouverne un agneau, ce grand Dieu daigne obéir aux enfants des hommes î Cette pensée ne dit-elle rien à mon cœur ?
La baleine n'a point de dents, mais de grandes barbes de douze ou quinze pieds de long, placées entre ses mâchoires .C'est de ses barbes coupées par tlcches que se font ces lames fortes et pliantes qu'on vend chez les marchands sous le nom de baleines , et qui servent à une foule d'usages . 4° Leur utilité pour l homme. Les baleines et tous les grands poissons dont la vue alarmerait et ferait fuir ceux qui nous nourrissent, cherchent la haute mer, de crainte d'échouer sur les côtes où ils pourraient manquer d' une quantité d'eau suffisante pour les soutenir. La main invisible qui les a tirés du néant , les pousse vers les parties que les autres abandonnent : elle les nourrit sous les glaces du Nord ; elle les y envoie pour être la ressource des habitants de ces tristes contrées. TIs en mangent la chair, ils en brûlent l'huile pendant leurs
longues nuits, ils en emploient les os et la peau pour construire et recouvrir les grandes barques sur lesquelles ils font leurs pêches'.
Toutes les autres espèces, au contraire, viennent se ranger sur nos côtes. Les uns sont toujours avec nous; d autres viennent tous les ans par caravanes, les harengs, par exemple. On connaît le temps de leur passage, et on profite bien de cette connaissance. C'est dans les mers du Nord, habitées par les baleines, que naissent les harengs et les autres poissons de passage. A une certaine saison, ils fuient devant la baleine, et viennent se jeter sur nos côtes. La marche de ces nuées de poissons est animée par la crainte de l'ennemi, et par f appas des insectes dont ils vivent sur nos rivages ; c'est une manne qu ils viennent recueillir fidèlement. Quand ils ont tout enlevé durant l été et l'automne, on croit que les restes de ces armées s'en retournent en hiver jusque sous le pôle où ils donnent naissance à de nouvelles générations qui viendront nous visiter Vannée suivante.
11 est d'autres poissons, tels que les saumons, les aloses et d'autres des meilleures espèces, qui entrent avec empressement dans lembourhurc des rivières et les remontent jusqu'à leur source. Pourquoi cela? C'est afin de communiquer les avantages de la mer aux pays qui en sont éloignés. Quelle main les conduit avec tant d attention et de bonté pour les hommes, si ce n'est la vôtre , Seigneur, quoique, hélas! une providence si visible attire rarement leur reconnaissance?
I Foyez la description de lapCche de lu baleine, dans Pluchr, /. i., 404»
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La parole toute-puissante qui peupla les profonds abîmes (le l'Océan , fut suivie d une autre qui remplit les vastes plaines de l'air de joyeux habitants. Comme les poissons, les oiseaux sont nés de la mer. Quel nouveau miracle que cet élément ait produit deux espèces d êtres SI différents î Nous sommes descendus au fond des eaux ; il est temps d'en sortir et de voyager dans les airs. Nous y trouverons un peuple de musiciens-missionnaires qui publient en chantant la sagesse et la providence admirables du Créateur.
1° Par la structure de leur corps. Couvert d'huile et d écailles , plat et très-flexible vers la queue, garni de plusieurs nageoires, le corps du poisson réunit toutes les conditions nécessaires pour fendre avec grâce et facilité le liquide élément dans lequel il doit vivre. Non moins admirable est la structure des oiseaux. La seule vue de leur corps montre qu'il y a une parfaite proportion entre eu* et l élément plus subtil et plus délié qui leur a été donné pour séjour. Le corps d'un oiseau n'est ni extrêmement massif ni également épais partout; mais parfaitement disposé pour le vol , il est aigu par-devant ; ()ar là il est plus propre à fendre 1 air. Ses ailes convexes on dessus et creuses en dessous, sont des rames parfaitement taillées pour l'élément qu'elles doivent fendre; elles forment de chaque côté deux leviers qui tiennent le corps en équilibre. Ce sont en même temps deux rames qui, en s'appuyant sur lélément qui leur résiste, font avancer le corps dans un sens contraire. La queue sert à contrebalancei* la tête et le cou ; elle tient lieu de gou-
vernail à Toiseau, tandis qu'il rame avec ses ailes. Ce gouvernail ne sert pas seulement à maintenir l'équilibre du vol, il sert aussi à hausser, baisser et tourner où l'oiseau veut ; car la queue ne se porte pas plutôt vers un côté, que la tête se porte vers le côté opposé. Les os des oiseaux, quoique assez solides pour soutenir l'assemblage de leurs membres, sont cependant si vides et si minces, qu'ils n'ajoutent presque rien au poids des chairs. Toutes les plumes sont construites et rangées avec art, tant pour soutenir l'oiseau que pour le défendre contre les injures de l'air . Leurs pieds sont construits de manière que lorsqu'ils viennent à être pressés dans le milieu, les doigts se referment naturellement sur le corps qui les presse. Il résulte de là que les serres de l'oiseau se collent plus ou moins à l'objet sur lequel il repose, en raison des mouvements plus ou moins rapides de cet objet.
«Ainsi, quand nous voyons à l'entrée de la nuit, pendant l'hiver, des corbeaux perchés sur la cime â6pouillée de quelque chône , nous supposons que toujours veillants, attentifs, ils ne se maintiennent qu'avec des fatigues inouïes , au milieu des tourbillons et des nuages . Cependant, insouciants du péril, et appelant la tempôte, tous les vents leur apportent le sommeil. L'aquilon les attache lui-même à la branche d'où nous croyons qu'il va les précipiter; et, comme de vieux matelots de qui la couche mobile est suspendue aux mâts agités d'un vaisseau, plus ils sont bercés par les orages, plus '\h dorment profondément ' . »
' f'oyez Chûteaubiiaiul, Abrégé du Génie du Christ, — Oiseaux.
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â" Par leur consen^atien . Celui qui a cré(5 ces millions d oiseaut de toute espèce , veille sur chacun d eux avec le môme soin que sur I univers entier . Rien n a été oublié pour assurer leur conservation et leur hien-ôtre Instruisons-nous. Si notre Père céleste prend tant de soin d' un passereau qui ne coûte qu' un sou , que ne ferat-il pas pour nous qui avons coûté tout son sang? Pour mettre les oiseaux à môme de faire des voyages de long cours, où Ion ne trouve pas toujours des hôtelleries et des provisions toutes prêtes, et de passer les longues nuits d'hiver sans manger, Dieu leur a placé sous le gosier une poche qu'on nomme le jabot, où l'oiseau met sa nourriture en réserve. La liqueur où elle nage dans ce jabot, aide à en faire la première digestion. Le gésier, ofi il n'entre que très-peu de nourriture à la fois , fait le reste, souvent à l'aide de petits cailloux raboteux que I oiseau avale pour mieux briser sa nourriture, et peut être pour tenir les passages libres.
Le voyageur est pourvu des provisions nécessaires; il s agit maintenant de le garantir contre I eau et le froid. Pour cela il faut rendre ses habits impénétrables à la pluie aussi bien qu'à l air. Et voilà que du côté du corps toutes les piumes sont garnies d'un duvet mou et chaud. Du côté de l'air illes sont garnies d'un double rang de barbes plus longues d'un côté que de l'autre. Ces barbes sont une enfilade de petites lames minces et plates , couchées et serrées dans un alignement aussi juste que si on en avait taillé les extrémités avec des ciseaux . Chacune de ces lames est elle-même un tuyau
qui soutient deux nouveaux rangs de lames d'une petitesse qui les rend presque imperceptibles, et bouchent exactement tous les petits intervalles par où lair pourrait se glisser.
Tous ces soins délicats que nous aurions certainement oubliés, ne suffisent pas encore à la Providence. Comme cette économie si nécessaire pourrait être troublée par la pluie, le Créateur a pourvu les oiseaux d'un moyen qui rend leurs plumes impénétrables à l'eau , aussi bien qu'elles le sont à l'air par leur structure.
Tous les oiseaux ont un réservoir plein d'huile, située r extrémité du corps ' . Ce réservoir a plusieurs petites ouvertures; et lorsque l'oiseau sent ses plucaes desséchées , gâtées, entrouvertes, il presse ou tiraille ce réservoir avec son bec. Il en exprime une huile ou une humeur grasse qui est en réserve dans des glandes , et ensuite, faisant glisser la plupart de ses plumes par son bec, il les passe à l'huile , il les lustre, il remplit tous les vides avec cette matière visqueuse. Après cette opération, l'eau ne fait plus que rouler sur l'oiseau, et trouve toutes les avenues de son corps parfaitement fermées . La volaille de nos basse-cours, qui vit à couvert, est moins fournie de cette liqueur que les oiseaux qui vivent au grand air ; d'où il arrive qu'une poule mouillée est un spectacle risible. Au contraire, les cignes, les oies, les canards et tous les oiseaux aquatiques, ont la plume passée à l'huile dès leur naissance. Leur réserve en contient une provision proportionnée à leur continuel besoin.
' Le croupion.
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Leur chair môme en contracte le goût ; et chacun peut remarquer que le soin d'en humecter leurs plumes est leur exercice ordinaire.
Cependant tout s'use dans la nature , et malgré tant de précautions, les vêtements des oiseaux s'usent aussi. Cette brillante armée demande à remplacer son vieil uniforme ; elle veut toujours faire honneur au puissant monarque qui la commande. Quand donc approche la saison des frimats, ses innombrables soldats s'adressent à lui; il ouvre ses magasins et daigne devenir lui-môme leur marchand et leur tailleur, comme il est leur guide et leur nourricier. L'automne'est le temps de la distribution générale . Tous se dépouillent de leurs plumes , et reçoivent gratuitement un habillement neuf. Vienne l'hiver maintenant , ils en bravent impunément la rigueur. L'année suivante, lorsque ce nouvel habit sera devenu vieux, il y en aura un autre pour chacun, dans les magasins du Dieu créateur et conservateur de tout ce qui respire .
Mais d une distribution à l'autre, il faut que tout ce petit monde travaille ; comme l'homme, les oiseaux doivent gagner leur pain à la sueur de leur front. Leur vie doit se partager entre la musique et le travail. Rien ne leur manque pour cela ; tous ont les instruments et les outils convenables à la nature de leurs occupations et à leur manière de vivre. Deux ou trois exemples suffiront pour expliquer cette pensée et faire admirer la Providence .
Le moineau et la plupart des petits oiseaux vivent des menus grains qu'ils trouvent ou dans nos maisons ou dans la campagne. Ils n'ont point d'efforts à faire pour
atteindre leur nourriture ni pour la mettre en pièces Aussi ont-ils le bec menu , le cou et les ongles assez courts, et cela leur suffit. Il n'en est pas de même de la bécasse et de bien d'autres qui vont chercher leur nourriture bien avant dans la terre et dans le limon, d'où ils tirent les coquillages et les vers dont ils vivent. Le Créateur les a pourvus d'un cou et d'un bec fort longs. Avec ces instruments ils creusent, ils fouillent, et ne manquent de rien .
Le pivert , qui a une toute autre façon de vivre , est tout différemment construit. Il a le bec assez long et extraordinairement fort et dur, la langue aiguë , démesurément longue, armée outre cela de petites pointes, et toujours enduite de glu vers son extrémité. Il a les jambes courtes, deux ongles par-devant, deux ongles parderrière ; les uns et les autres sont crochus . Tout cet appareil a rapport à sa manière de chasser et de vivre. Cet oiseau tire sa subsistance des petits vers ou insectes qui vivent dans le cœur de certaines branches, et plus communément sous l'écorce du vieux bois. C'est une chose fort commune que de trouver sous l'écorce des arbres abattus les retraites de ces vermisseaux , creusées même fort avant. Le pivert avait besoin d'ongles crochus pour empoigner les branches où il s'attache. Des jambes longues lui étaient inutiles pour atteindre ce qui est sous fécorce. Un bec aigu et fort lui était nécessaire, parce qu'il est obligé d'essayer, par les coups de bec qu'il donne le long dos branches, Ic^ endroits qui sont cariés et vides. Il s' arrête où la branche sonn« creux,
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et casse avec son bec I ccorce du bois ; ensuite il avance son bec dans le trou qu'il a fait, et pousse une grande voix ou une sorte de sifllement dans le creux de l'arbre, pour détacher et mettre en mouvement les insectes qui y dorment. x\.Iors il darde sa langue dans le trou ; et à l'aide des aiguillons dont elle est hérissée et de la colle dont elle est enduite , il emporte ce qu'il trouve de petits animaux, et en fait son repas.
Parcourez de même toutes les autres espèces , vous ne trouverez pas un oiseau qui ne vous offre les mêmes proportions entre les outils dont il est pourvu, et sa manière de vivre. C'est là une harmonie d'autant plus admirable , qu'elle porte en apparence sur des objets moins importants, et qui prouve d'autant mieux que tout est I ouvrage d'une sagesse infinie.
3° Par leurs nids. Cette sagesse infinie paraît d'une manière encore plus sensible dans l'industrie des oiseaux à faire leurs nids . Comment contempler sans être attendri , cette bonté divine qui donne l'habileté au faible et la prévoyance à l'insouciant ? Et d'abord, quel maître leur a appris qu'ils avaient besoin de nids ? qui leur a dit comment il fallait les construire pour empêcher les œufs de tomber , et pour les échauffer? qui leur a dit que la chaleur ne se concentrerait pas autour de ces œufs , si le nid était trop grand; que tous les petits n'y pourraient pas tenir, s'ils le faisaientplus étroit? Comment connaissentils la juste proportion de l'étendue du nid, avec le nombre des enfants qui doivent naître ? Quel astronome a réglé leur almanach pour ne point se tromper au temps
et ne point se laisser prévenir par lu nécessité ? Quel mathématicien leur a tracé la figure de leur nid? Quel architecte leur a enseigné à choisir un lieu ferme , et à bâtir sur un fondement solide? Quelle mère tendre leur a conseillé d'en couvrir le fond de matières molles et délicates, telles que le duvet et le coton ? Et lorsque ces matières manquent, qui leur a inspiré cette généreuse charité qui les porte à s'arracher avec le bec autant de plumes de l'estomac qu'il en faut pour préparer un berceau commode à leurs petits?
Lors donc que le printemps est venu , et que les arbres ont développé leurs feuilles, mille ouvriers commencent leurs travaux. Voici des maçons, des charpentiers, des tisserands, qui travaillent avec une perfection qui ravit. Connaissez-vous leur école des arts et métiers? Ceux-ci portent de longues pailles dans le trou d'un vieux mur; ceux-là maçonnent des bâtiments aux fenêtres d'une église; d'autres dérobent un crin à une cavale, ou le brin de laine que la brebis a laissé suspendue à la ronce. Chacun choisit les matériaux qui lui conviennent. Si vous voulez voir de près 1 admirable sagesse qui dirige tous ces architectes , entrez dans une volière où se trouvent réunis des oiseaux d'un grand nombre d'espèces ; mettez dans un coin ce qui est nécessaire à la construction de leurs nids, des brins de bois sec, des écorces, des feuilles sèches, du foin, de la paille, de la mousse, du crin, du coton, de la laine, de la soie; regardez avec quel discernement tous les habitants viennent faire empiète à cette foire. Celui-ci a besoin
(l'un brin de mousse; celui-là demande une plume , à cet autre, il faut une feuille ; deux autres mettent l'enchère à un toupet de laine, et il y a quelquefois de grandes querelles. Communément on tranche le différend, chacun tire de son côté et emporte ce qu'il peut. Mais chaque espèce a son goût et une façon propre de se loger et de se meubler. La maison bâtie , ils ne manquent point de tapisser le dedans de petites plumes ou de l'étoffer avec de la laine, ou même avec de la soie, pour entretenir une chaleur bienfaisante autour d'eux et de leurs petits.
Et pour tout cela , quels sont leurs outils? Voyez l'hirondelle, son nid est un ouvrage d'une structure toute différente des autres, il semble évidemment surpasser ses moyens et ses forces. Ce n'est point avec de petits branchages et du foin qu'elle bâtit, elle emploie le ciment et le mortier , et d'une manière si solide qu'il faut une espèce d'effort pour démolir son ouvrage. Elle n'a cependant ni vase pour puiser de l'eau, ni brouette pour voiturer le sable, ni pelle pour vider le mortier, ni truelle pour l'appliquer. Comment va-t-elle suffire à tout cela? voyez-la passer et repasser sur lélang voisin, elle tient ses ailes élevées et se mouille* l'estomac sur la superficie de l'eau, puis faisant rejaillir cette rosée sur la poussière , elle la détrempe et en fait un mortier qu elle emporte et maçonne avec le bec. Réduisez, s'il est possible, le plus habile architecte au petit volume de cette hirondelle, ne lui laissez ni bras, ni outils, ni matériaux , conservez-lui seulement sa science et le bec ;
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l'hirondelle n'a que le bec et point de science, mettezles à l'œuvre l'un et l'autre et voyez qui des deux réussira le mieux.
4° Par leur instinct. Cest ici qu'on ne peut s'empêcher d'admirer l'impression puissante d'une raison supérieure. Quand le nid est fait et que les œufs y sont déposés, tout change dans les habitudes de nos ouvriers. Les oiseaux ne savent assurément ni ce que contiennent leurs œufs, ni la nécessité qu'il y a de les couver pour les faire éclore, ni comment tout cela s'exécute. Cependant, ce petit animal si agile, si inquiet, si volage, oublie en ce moment son naturel pour se fixer sur sa couvée pendant le temps nécessaire. Les petits sortent enfin de leur coquille . Que de nouveaux soins pour le père et pour la mère, jusqu'à ce que la nouvelle troupe puisse se passer d'eux ! Ils sentent alors ce que c'est que d'être chargé de famille : il faut trouver à vivre pour sept ou huit, au lieu de deux. La fauvette et le rossignol travaillent alors comme les autres. Adieu la musique : on n'a plus le temps de chanter, du moins le fait-on plus rarement; on est sur pied dès avant le lever du soleil , on distribue la nourriture avec beaucoup d'égalité, en donnant à chacun sa portion tour à tour, jamais deux fois de suite au même.
Que dis-je? cette tendresse des pères et mères pour leurs petits, va jusqu'à changer leur naturel : de nouveaux devoirs amènent de nouvelles inclinations. Il n'est pas seulement question de nourrir, il faut veiller, il faut défendre, prévoir, faire tête à l'ennemi et payer de sa
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personne en toute rencontre. Pour ôtre mieux compris, choisissons nos exemples dans les oiseaux que nous avons chaque jour sous les yenx.
Suivez une poule devenue mère de famille ; elle n'est plus la môme. Elle était auparavant gourmande et insatiable, maintenant elle no plus rien à elle. Trouvet-elle un grain de blé , une mie de pain ou môme quelque chose de plus abondant et qu'on pourrait partager? elle n'y touche pas; elle avertit ses petits par un cri qu'ils connaissent , ils accourent bien vite , et toute la trouvaille est pour eux. La mère se borne frugalement à ses repas; cette mère, naturellement timide, ne savait que fuir auparavant; à la tête d'une troupe de poussins, c'est une héroïne qui ne connaît plus de danger, qui saute aux yeux du chien le plus fort : elle affronterait un lion avec le courage que sa nouvelle dignité lui inspire.
Il y a quelques jours que j'en vis une dans une autre attitude qui n'était pas moins réjouissante. On avait mis sous elle des œufs de canne qui vinrent à souhait. Les petits, au sortir de la coque, n'avaient pas la forme de ses autres enfants; mais elle s'en croyait la mère, et par cette raison elle les trouva fort à son gré. Elle les conduisait comme siens, de la meilleure foi du monde ; elle les rassemblait sous ses ailes, les réchauffait, les menait partout avec l'autorité et les droits que donne la qualité de mère. Elle avait toujours été parfaitement respectée, suivie et obéie de toute la troupe. Malheureusement pour son honneur, un ruisseau se trouva sur son chemin, voilà en up clin d'oeil tous les petits canards
à l'eau. La pauvre mère était dans une agitation extrême; elle les suivait de l'œil le long du bord, elle leur donnait des avis et leur reprochait leur témérité ; elle demandait du secours et comptait ses inquiétudes à tout le monde ; elle retournait à l'eau et rappelait ces imprudents; mais les petits canards, ravis de se trouver dans leur élément, continuaient de prendre leurs ébats. La poule, de son côté, ne cessa de s'agiter qu'elle n'eût recueilli sous ses ailes sa famille boiteuse qui devait, à la première occasion, la désoler encore. A quelle école ces petits canards avaient-ils appris que l'eau était leur élément? Assurément ce n'était pas à celle de la poule'.
PRIÈRE
0 mon Dieu ! qui êtes tout amour, je vous remercie d'avoir créé pour notre usage les poissons et les oiseaux; je bénis votre providence qui veille avec tant de soin sur toutes les créatures et qui me prodigue tant debienlaits. Augmentez ma confiance et mon amour pour vous .
Je prends la résolution d'aimer Dieu par-dessus toute chose, et mon prochain comme moi-même pour l'amour de Dieu ; et , en témoignage de cet amour , je ferai avec beaucoup de piété ma prière du matin.
' Voyez Pluche , les Oiseaux.
DU PERSÉVÉRANCK. 177
OUVRAGE DES Slî JOURS. — CINQt'IÈME JOUR.
Q. Qu est-ce que Dieu fit le cinquième jour?
R. Le cinquième jour, Dieu fit les poissons et les oiseaux. Cette nouvelle espèce de créature, plus parfaite que celles qui précèdent, offre un nouveau sujet d'admiration. Nous ne pouvons comprendre comment les poissons peuvent vivre dans l'eau de la mer qui est salée et qui ne produit rien , cependant ils y vivent et nous donnent une chair très-délicate.
Q. Que remarquez-vous sur les poissons?
R. Je remarque sur les poissons que c'est un miracle continuel que la race n'en soit pas anéantie depuis longtemps. Les plus grands donnent continuellement la chasse aux plus petits , nul rempart ne peut les défendre . Pour se mettre à l'abri, ils se retirent vers les cotes où les grands poissons ne peuvent arriver ; mais en sauvant les petits , il semble qu on condamne les autres à périr en les privant de leur proie. Comment vivent-ils et qui leur donne à manger? C'est encore un mystère que nous ne comprenons pas.
Q. Que remarquez-vous encore ?
R. Je remarque encore que les poissons qui devraient en apparence périr de froid , sont tenus très-chaudement par les écailles et par l'huile dont ils sont couverts. Les poissons nous sont très-utiles ; leur chair nous nourrit et leurs os servent à un grand nombre d'usages. T. I. 12
11 y en a qui viennent chaque année se faire prendre sur nos côtes; d'autres remontent les fleuves jusqu'à leur source , afin de porter à tous les hommes les bienfaits du Créateur. Cette attention de la Providence doit bien exciter notre reconnaissance £t notre amour.
Q. Que Dieu fit-il encore le cinquième jour?
R. Le cinquième jour, Dieu fit encore les oiseaux. Comme les poissons, les oiseaux sont nés de la mer. Quel nouveau miracle que cet élément ait produit en un clin d'oeil deux espèces d'êtres si différentes ! Les oiseaux sont une nouvelle preuve de la sagesse infinie du Seigneur.
Q. Comment cela?
R. V Par la structure de leurs corps ; ils sont admirablement disposés pour fendre l'air ; 2° par leur conservation ; ils sont pourvus de tout ce qui est nécessaire pour être à l'abri de l air et de la pluie, de plus ils ont tous les instruments nécessaires pour se procurer leur subsistance ; les uns ont de longs becs pour chercher leur nourriture dans les marais ou dans la terre , les autres ont un bec plus court , mais très-fort, pour percer le bois dans lequel ils trouvent les insectes dont ils se nourrissent.
Q. Comment encore ?
R. 3^* Par leurs nids. Qui a dit aux oiseaux qu'ils auraient besoin de nids ? quel maître leur a enseigné le temps où ils devaient les faire? quel architecte lear en a donné le plan? quel mathématicien leur a dit que leurs nids devaient avoir telle grandeur, que s'il était plus
petit il serait insuflisant, que s'il était plus large il ne serait pas assez chaud? Ce n'est pas l'homme, mais Dieu qui a enseigné tout cela aux oiseaux ; ï" enfin par leur instinct. Les oiseaux changent de naturel et d inclination , du moment où ils ont des œufs à couver ou des petits à nourrir. Ces petites créatures, auparavant si volages, si inquiètes, si avides, si gourmandes, deviennent sédentaires, sobres, courageuses. Qui leur a donné ces qualités si nécessaires à la conservation de leurs petits? C'est vous, ô mon Dieu! dont la Providence s'étend à tout ce qui existe.
O mon Dieu ! qui êtes tout amour, je vous remercie d'avoir créé pour notre usage les poissons et les oiseaux. Je bénis votre Providence qui veille avec tant de soin sur toutes vos créatures et qui me prodigue tant de bienfaits ; augmentez ma confiance et mon amour pour vous.
Je prends la résolution d'aimer Dieu par-dessus toute chose, et mon prochain comme moi-môme pour l'amour de Dieu; et, en témoignage de cet amour, je ferai ai^c beaucoup de piété ma prière du matin.
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