XV LEÇON
OUVRAGE DES SIX JOURS
Suite du sixième jour. — Les fourmis. — Les abeilles. — Les vers à soie. — Les reptiles et les animaux sauvages. — Harmonies du monde. — Le monde est un livre.
1° Les fourmis. Maintenant que nous avons parcouru rapidement le monde des insectes, entrons à l'école de la fourmi . La savante institutrice est à nos ordres. Prenons place et voyons. Les fourmis sont un petit peuple réuni comme les abeilles en un corps de république qui a se5 lois et sa police. Elles habitent une espèce de ville coupée de plusieurs rues qui aboutissent à différents magasins . Une partie des citoyens affermissent les terres et en empêchent léboulement par un enduit de colle qu'ils y répandent; ce sont les maçons de la république. Les autres fourmis, celles que nous voyons ordinairement, en sont les charpentiers; elles ramassent avec une activité incroyable des brins de bois pour traverser le haut des rues et en soutenir la couverture ; elles chargent ces poutres d'autres bois de longueur ; puis, tout à coup, devenus d'habiles couvreurs, elles amassent par-dessus un tas de joncs, d'herbes et de pailles sèches. Au premier coup d' œil tout cela paraît fort irrégulier . mais ce désordre
DE PEUSÉVÉRANCE. î05
apparent cache un art et un dessein qu'on découvre dès qu'on cherche à le voir.
Sous ce monticule qui est leur logement et dont la forme facilite T écoulement des eaux, se trouvent des galeries qui, communiquant les unes avec les autres, sont comme les rues de cette petite ville : elles aboutissent auï magasins dont les uns servent à renfermer les provisions, les autres à placer les œufs et les vermisseaux qui en sortent.
Quant aux provisions tout leur est bon : elles s'accommodent de tout ce qui se peut manger. On les voit se charger avec un empressement merveilleux , l'une d'un pépin de fruit, l'autre d'un moucheron mort. Il n'est pas permis à tout ce petit monde de courir çà et là à l'aventure : il y en a qui sont chargées d'aller à la découverte. Sur leur rapport , tout le peuple se met en campagne pour aller donner l'assaut à une poire bien mûre, ou à un pain de sucre, ou à un pot de confiture . On court du fond du jardin à un troisième étage pour parvenir à ce pot. C'est une carrière de sucre, c'est un Pérou qu'on leur a découvert; mais pour y aller et pour en revenir, la marche est réglée ; tout le monde a ordre de se rassembler par un même sentier.
Les chemins souvent sont longs et fort tortueux . La Providence a donné à ces voyageurs un moyen de ne jamais s'égarer. Comme les chenilles, les fourmis laissent des traces partout où elles passent. Ces traces ne sont pas sensibles aux yeux ; elles léseraient plutôt à l'odorat. On sait que les fourmis ont une odeur pénétrante. Si
204 CATéCHIÎîME
Ion passe le doigt à plusieurs reprises sur un mur le long duquel les fourmis montent et descendent à la file , on les arrêtera tout court , et on les verra hésiter, reculer, aller et venir à droite et à gauche jusqu'à ce qu'une plus hardie ose tenter le passage et frayer la route .
Après avoir passé 1 été dans un travail et une agitation continuelle , les fourmis se tiennent l'hiver closes et couvertes, jouissant en paix du fruit de leurs peines. Il y a cependant grande apparence qu elles mangent peu dans l'hiver, et qu'elles sont engourdies alors ou endormies, comme bien d'autres insectes. Ainsi leur ardeur à faire des provisions tend moins à se précautionner pour l'hiver qu à se pourvoir durant la moisson de ce qui est nécessaire à leurs petits. Elles les nourrissent au sortir de l'œuf avec une attention qui occupe la nation entière. Le 8oin de la jeunesse y est regardé comme une affaire détat.
Ce n'est pas la seule leçon que les fourmis nous donnent. La structure de leurs membres, leur industrie, leur diligence infatigable. la police de leur république, les tendres soins qu'elles ont de leurs petits et bien d'autres''propriétés, font brillera nos yeui la sagesse do ce grand être qui est leur Créateur et le nôtre. De toutes les œuvres de Dieu, il n'y en a aucune qui ne soit bonne et digne d'admiration , quelque inutile ou nuisible qu'elle paraisse à la première vue. Les arbres n'ont pas une feuille, nos prairies pas un brin d herbe, nos fleurs pas une étamine qui soit inutile, et leciron même n'a pas^të
DE PERSÉVÉRAXIE. 205
fait en vain . Dieu a bien voulu nous faire connaître I usase de quelques-unes de ces créatures, afin que nous ne pussions douter de l'usage des autres, bien qu'il nous soit caché Fourmis si méprisées, vous pouvez nous enseigner cette vérité ; et si nous profitons de vos leçons, nous ne quitterons jamais une fourmilière sans avoir fait des progrès dans la sagesse .
Nous venons de visiter une république, nous allons entrer dans une monarchie. Nous voilà tout à fait lancés dans la politique. Chez les abeilles, une seule mouche dirige toute la nation. Elle est non-seulement la reine du peuple, elle en est la mère. C'est à cette prérogative qu'elle doit T extrême affection que tout son peuple lui porte. Vous la voyez presque toujours environnée d'un cercle dabeilles uniquement occupées du soin de lui être utiles. Les unes lui présentent du miel, les autres passent légèrement leur trompe sur son corps à diverses reprises, afin d'en détacher tout ce qui pourrait le salir. Lorsqu elle marche, toutes celles qui sont sur son passage se rangent pour lui faire place.
Le gros de la nation se compose d* ouvrières. C'est à elles qu'on doit la construction de ces gâteaux où brille une si fine géométrie. Elles en vont recueillir la matière surlesûeurs; la cire est faite des poussières des étamines. C'est avec leur trompe qu elles amassent le miel. Quel sujet d'admiration ! Qu'on présente la trompe d'une abeille à qui vous voudrez, on dira : c'est une patte de mouche , à quoi cela est-il bon? Cet instrument est cependant tel, qu avec son secours une abeille
*i06 CATÉCHISME
Va amasser plus de miel en un jour que tous les chimistes du monde n'en recueilleraient dans un an.
Pendant qu'une partie des abeilles s'occupent à recueillir la cire et le miel, à en remplir les magasins, d'autres s'emploient à différents travaux. Les unes mettent la cire en œuvre et en construisent des cellules ; d'autres polissent l'ouvrage et le perfectionnent ; d'autres ferment avec un couvercle de cire les cellules qui contiennent le miel qui doit être conservé pour l'hiver, précaution qui en prévient l'altération ; d'autres donnent à manger aux petits : chacune a son emploi ' .
On ne donne rien à manger à celles qui vont aux champs; on suppose qu" elles ne s'oublient pas. Celles qui font les cellules ont un travail fort pénible. Elles passent et repassent leur bouche, leurs pattes et l'extrémité de leur corps sur tout l'ouvrage ; elles ne quittent point prise que tout ne soit poli et parfait. Comme elles ont besoin de manger de temps en temps, et que cependant elles ne doivent point quitter, il y en a d'autres toujours prêtes à leur donner à manger quand elles en demandent. On se parle par signe : l'ouvrière qui a faim baisse sa trompe devant la dépensière, et cela
> Voyez St. Basile, hexaem. homil. th. -p. 73. — Ceux d'entre les modernes qui ont traité de l'ouvrage des six jours et qui ont écrit sur l'histoire naturelle, ou n'ont fait que copier Si. Basile et St. Chrysostôme, ou n'ont rien dit de plus sensé et de plus ingénieux. Il est bon d'en faire la remarque aujourd'hui surtout, où l'on fait tant de cas de la science actuelle et si peu de la science ancienne. Aux yeux des littérateurs, nos pères ont même sur les auteurs modernes l'avantage incontestable de l'éloquence; et aux yeux du Chrétien , l'avantage bien plus précieux de la foi et de la piété qui voit et qui montre Dieu dans toutes ses œuvres.
DE PERSliVÉKANCE. 2Ô7
signifie qu'il lui faut à manger. La dépensière ourre sa bouteille de miel, et en verse quelques gouttes sur la trompe de sa sœur. Le petit repas fini, on recourt à l'ouvrage, on remue les pattes et tout le corps comme auparavant.
Pourquoi tant d'activité ? pourquoi ce délicieux nectar? Ahl c'est pour moi, c'est pour ma bouche qui se laisse si souvent aller aux paroles de médisance et de péché. Mon Dieu, pardonnez mon ingratitude.
2° Les vers à soie. Si les abeilles nous fournissent ce qu'il y a de plus exquis dans notre nourriture, les vers à soie nous donnent tout ce qu'il y a de plus recherché dans notre habillement. C'est ainsi que dans l'ordre de la nature comme dans celui de la Religion, Dieu se sert des plus faibles instruments pour opérer de grandes choses . Oui , la soie qui ne servit long- temps qu' aux usages des rois, la soie qui se vend aux poids de l'or, nous est fournie par un petit insecte qui ne semble bon qu'à fouler aux pieds.
Le ver à soie fait d'une partie de sa nourriture une espèce de liqueur gluante et épaisse qu'il met en réserve dans un petit sac fort long, caché dans l'intérieur de son corps. Ce petit animal a sous la bouche une espèce de filière, c'est une petite peau percée de plusieurs trous. Par deux ouvertures de cette filière, il fait sortir deux gouttes de la liqueur dont son sac est rempli. Ce sont là comme deux quenouilles qui fournissent continuellement la matière dont il fait son fil. Un seul Ver donne jusqu'à deux mille pieds de soie.
208 CATÉCHlSBUi
Ainsi un ver que nous daignons à peine honorer d'un regard, devient une bénédiction pour des province» entières, un objet considérable de commerce et une source de richesses. Lui seul fait vivre des millions d'hommes. Lorsque le ver à soie a rempli sa tâche, lorsqu'il a long-temps filé pour le public, et que sa vie de quelques jours touche à son déclin, il travaille pour lui, il s'enveloppe tout entier de fil de soie qui! passe autour de son corps; il s'en fait un linceul funèbre, un tombeau; il s'y cache, il s'y perd. Y meurt-il? Non ; il s'y transforme et devient un joli papillon. Ce sont deux animaux totalement différents.
Le premier n'avait rien que de terrestre et rampait avec pesanteur ; le second est l'agilité même , il ne tient plus à la terre , il dédaigne en quelque sorte de s'y poser . Le premier était d'un aspect rebutant, 1" autre est paré des plus vives couleurs ; le premier se bornait stupidement à une nourriture grossière ; celui-ci va de fleurs en fleurs; il vit de miel et de rosée, et varie continuellement ses plaisirs; il jouit en liberté de toute la nature et l'embellit lui-même. Image frappante de notre propre résurrection! C*est ainsi, ô mon Dieu ! que vous avez semé de toutes parts dans la nature des traits de lumière qui nous aident à concevoir les choses célestes et les vérités les plus sublimes.
3° Les reptiles et les animaux sauvages . Dans la première partie du sixième jour, Dieu fit aussi les reptiles et les animaux sauvages. On range les insectes parmi les reptiles; c'est pourquoi nous en avons parlé plus haut
DE PF.P.SLVtRANCC. 209
dans les œuvres de la sixième journée. Nous nous bornerons sur les reptiles et les animaux sauvages à quelques réllexions générales. Applicables à tout ce qui dans la nature paraît un désordre à notre ignorance, elles ne justifieront pas la Providence, elle n'en a pas besoin; mais elles feront briller d un nouvel éclat la puissance et la sagesse du Créateur.
Le monde est l'ouvrage d'une puissance, d'une sagesse et d un amour infini. Il porte écrit en traits de flammes le cachet de son origine; et Dieu, après chaque création, disait : Cela est bon; c'est-à-dire, cela correspond parfaitement à mon idée et au but que je me suis proposé . Le monde est bon , puisqu'il raconte ma gloire ; le monde est bon, puisqu'il enseigne à l'homme innocent mon existence, ma puissance, ma sagesse, mon amour pour lui; le monde est bon, puisqu'il corrige r homme pécheur, l'empêche de m'oublier et le rappelle à lui-même et à son bien, en le rappelant à moi.
Ainsi, le dernier mot du monde visible, comme le dernier mot du monde invisible, c'est la gloire de Dieu et le salut de l'homme. Il s'agit de le montrer. Toutes les créatures dont nous avons jusqu'ici fait connaître la destination, nous prouvent assez cette vérité ; nous n'avons donc qu'à nous occuper que de celles dont l'usage nous est moins connu, qui même nous paraissent nuisibles ou tout au moins inutiles.
Puisque nous en sommes aux reptiles , commençons par les serpents. Ces animaux dont la seule vue nous épouvante et dont la morsure donne la mort, nous mani- T. I. 14
Testent cependant la puissance et la sagesse de Dieu . 1 " Les serpents sont d'une adresse et d'une agilité surprenante; quelques-uns d'une grandeur dénnesurée et d une force prodigieuse. 2° Ils nous délivrent d'une foule d'animaux et d'insectes dont le grand nombre ravagerait les campagnes; par là, ils entretiennent l'équilibre entre les différentes espèces de créations. 3° Ils absorbent les poisons répandus dans l' air ; par là , ils le purifient et contribuent à la santé de l'homme. Ces poisons eux-mêmes entrent dans le plan divin ; leur existence est un anneau de la grande chaîne des êtres , on ne pourrait les ôter sans bouleverser l'univers. 4** Ils sont d'un grand usage dans la médecine. Ainsi la vipère contient le meilleur contrepoison contre sa propre morsure et contre les autres morsures envenimées. 5" Mais voici un avantage bien supérieur : ils apprennent à l'homme pécheur à redouter le Dieu puissant et terrible qui a créé ces milliers d'animaux dont un seul suffirait pour désoler un pays.
Il en est de même des bêtes sauvages. Le dessein de Dieu en remplissant les montagnes et les forêts de bêtes sauvages dont Ihomme ne prend aucun soin , a été de lui prouver l'étendue de sa Providence et son attention particulière sur des animaux cachés dans les rochers et dans les solitudes. Sans cabanes , sans parterres, sans magasins , sans aucun secours de la part des hommes , ces animaux sont mieux pourvus de tout , plus légers à la course, plus forts, mieux nourris, d'un poil plus poli, d une taille plus régulière que la plupart de ceux dont les hommes sont les pourvoyeurs.
DE PEnSÉVÉUANCE. 21 1
Ces bètes sauvages et carnassières servent donc 1° à nous montrer, comme nous venons de le dire, l'étendue de la Providence; 2" à retenir l'homme dans la crainte, en lui apprenant à trembler devant celui qui a créé tant de redoutables animaux et que sa main seule confine dans les déserts; 3" à punir l'homme pécheur qui, en désobéissant, a mérité que tout ce qui lui avait été soumis refusât de lui obéir. Quand l'homme s'est perverti et qu'il a été chassé du seul lieu où tout avait été mesuré sur son innocence , il a trouvé son exil tout préparé à lui l'aire accomplir la pénitence qui lui était imposée. C'est encore ici une de ces belles harmonies qu'on rencontre à chaque pas entre le monde physique et le monde moral.
V Ces animaux féroces sont encore utiles à l'homme, parce qu'ils emportent loin de son habitation et mangent les cadavres qui, restant exposés sur la terre, corrompraient l'air et engendreraient des maladies ; 5° parce qu'ils diminuent, en leur faisant la guerre, d'autres espèces d'animaux qui, devenus trop nombreux, détruiraient les moissons ou les fruits, ou nuiraient aux animaux domestiques. La main qui les déchaîne, les arrête au moment précis où ils ont fait des animaux qui leur servent de pâture un assez grand carnage pour les empêcher de nuire à 1" homme, mais insuffisant pour empêcher les espèces de se perpétuer et d'accomplir leur mission providefitielle.
Si des serpents et des animaux sauvages nous passons aux insectes, nous trouverons la même sagesse et
les mômes harmonies. Quelle est, dit-on, l'utilité des chenilles, par exemple, et de tant d'autres insectes si incommodes? Le monde ne pourrait-il s en passer? L ignorant et l'impie font seuls de pareilles questions. Lorsqu il les entend, Ihomme éclairé de la double lumière de la science et de la foi hausse les épaules. Non, tout cela n'est rien moins qu'inutile. Supprimez les chenilles et les vermisseaux, vous ôtez la vie aux oiseaux. Ceux que nous mangeons et qui nous réjouissent par leurs chants n'ont point d autre lait pendant leur enfance. Du fond de leur berceau, ils adressent leurs cris au Seigneur, et il multiplie pour eux une nourriture proportionnée à leur extrême délicatesse; c'est pour eux qu il dispense partout les vermisseaux et les chenilles.
Par une admirable coïncidence, les petits oiseaux ne sortent de leurs œufs que lorsque les chenilles sont aux champs, et les chenilles disparaissent quand les petits devenus forts ont besoin ou peuvent se contenter dune autre nourriture. Avant le mois d'avril, point de chenilles ni de couvée; au mois d août ou de septembre, plus ou presque plus de couvées ni de chenilles. La terre alors se couvre pour les oiseaux de grains et d'autres vivres de toute espèce.
Jusque-là les oiseaux ont eu leur provision assurée sur les chenilles, il était juste que celles-ci eussent aussi une nourriture assurée. On la leur a donnée à prendre sur les plantes. Elles ont leur droit comme nous sur la verdure de la terre ; elles ont un titre certain, dans la per-
DE PF.F.QTtVKRANfF. 213
mission que Dieu accorda dès le commencement à tout ce qui vit et h tout ce qui rampe sur la terre, de tirer leur nourriture des plantes qu'elles produit. Leur charte est en aussi bonne forme que la notre, puisque c'est précisément la même. Quand nous trouvons mauvais qu'elles fassent usage de leur droit, les chenilles et les autres insectes peuvent nous renvoyer à la Genèse, chapitre premier, versets vingt-neuf et trente. Ce titre à la main, leur avocat pourrait nous citer devant les tribunaux, et ce n'est pas en notre faveur qu'un juge incorruptible déciderait le différent.
Cette association des insectes avec l'homme, dans la permission de faire usage de l'herbe et des fruits de la terre, nous devient quelquefois incommode. Nous nous plaignons, et en cela nous sommes injustes, puisqu'ils ont leur droit : aveugles, puisque nous ne voyons pas ou nous feignons de ne pas voir leur utilité ; égoïstes, puisque si ces insectes, ces chenilles, ces mouches, ces fourmis nous recueillaient du miel ou nous tilaient de la soie, fut-ce môme aux dépens d'un million d'autres créatures, nous en ferions beaucoup de cas; mais, parce qu'elles nuisent à quelques plantes dont nous faisons usage, nous nous croyons autorisés à les exterminer.
D'ailleurs, il faut bien nous le rappeler, c'est un mal prévu et ordonné. L'homme n a pas seulement besoin de vivre, il a aussi besoin d être instruit. Son ingratitude est confondue, quand les insectes lui viennent enlever ce que Dieu avait libéralement étalé à ses yeux ; son or-
2ïà cArÉr.niS!i!E
gueil ne l'est pas moins quand le Seigneur fait marcher ses armées vengeresses, et qu'il appelle contre l'homme la chenille, la sauterelle ou la mouche, au lieu de faire venir les lions et les tigres . Pour humilier des hommes qui se croient forts, qui se croient riches, grands , indépendants , quels instruments emploie-t-il ? Des vermisseaux ou des mouches. Il faut bien encore que l'homme soit sans cesse averti que la terre est un exil et sa vie une épreuve. Tout ce qui trouble ses jouissances, tout ce qui mélange son bonheur terrestre, tout ce qui répand des nuages sur sa vie , est un messager céleste qui lui dit : Souviens-toi que le bonheur n'est pas de ce monde . Oh ! s'il la comprenait cette leçon que les insectes donnent à leur manière , la concupiscence serait éteinte ou retenue dans de justes limites ; et la société serait en paix, parce que le cœur de l'homme serait dans l'ordre.
Ainsi, vous le voyez, tout à son but et son utilité, parce que tout ce que Dieu a fait est bon en son temps ' . Quand notre faible raison ne pénétrerait pas les motifs de ses ouvrages , nous appartient-il pour cela d'en retrancher quelque chose , ou de vouloir y ajouter ? Ecoutez le trait suivant qui résume tout ce que nous venons de dire et qui s'applique à tous les prétendus désordres de la nature.
Dans le dernier siècle, Frédéric, roi de Prusse, apprend que les moineaux mangent chaque année, dans ses états, au moins deux millions de boisseaux de blé.
« Eccl. xi:. 11.
ni: rERSKviiiuNCH. 215
Quel ravage! C est un désordre. Vite il faut en arrêter le cours. En conséquence il fait un édil par lequel il promet une somme pour chaque tAte de moineau qu on lui apportera. Chaque prussien devient chasseur. Les malheureux moincauv disparaissent à vue d' œil . On leur fait si bonne guerre, qu'en moins d'une année rien n'était plus rare qu un moineau dans le royaume de Prusse. Le peuple s'attendait à une récoite magnifique, et le roi philosophe n était pas fûché d'avoir donné une petite leçon de sagesse à la Providence. Mais qu'arriva-t-il ? L'année suivante, des nuées de chenilles et de sauterelles, délivrées de leurs ennemis , dévorèrent les prairies et les moissons. La désolation fut telle que Frédéric, humihé et confus, se vit obligé de rapporter sa loi au plus vile, et de défendre, sous les peines les plus graves, de tuer un seul moineau dans toute I étendue de ses états.
4° Harmonies du monde. Il est donc vrai, tout se tient dans le monde visible comme dans le monde invisible. Otez un insecte, un brin d'herbe, un atome, et vous brisez la chaîne des êtres, vous dérangez léquilibre et vous troublez Iharmonie universelle. Car cet insecte, ce brin d'herbe, cet atome, ainsi que lidée dont ils sont l'expression, tiennent à d autres idées ou à d'autres atomes, et par ceux-ci à des parties plus considérables du tout. Si l'on disait qu'ils ne tiennent à rien, où serait la raison de leur existence?
Ainsi ces petites productions de la nature, que les hommes à courte vue jugent inutiles, ne sont pas des grains de poussière sur les roues de la vaste marhino du
monde; ce sont de petits rouages qui s'engrènent dans de plus grands. Il n'est donc rien d" isolé. Chaque 6tre a son activité propre, dont la sphère a été déterminée par le rang qu'il doit tenir dans l'univers. Une mitte est un très-petit mobile qui conspire avec des mobiles dont l'activité s'étend à de plus grandes distances. Les sphères s'élargissent ainsi de plus en plus, cette merveilleuse progression s'élève par degré, delà sphère de la mitte à celle de 1" Ange .
Toutes les parties de l'univers agissent réciproquement les unes sur les autres. Les animaux s'appuyent sur les végétaux, les végétaux sur les minéraux, les minéraux sur la terre ; la terre pèse sur le soleil , le soleil pèse sur la terre et sur les autres planètes ; les planètes pèsent sur le soleil , et les unes sur les autres ; et la balance de l'univers demeure en équilibre dans la main de l'Ancien des jours'.
Les espèces et les individus ont du rapport à la grandeur et à la solidité de la terre. La grandeur et la solidité de la terre ont du rapport à la place qu'elle occupe dans l'univers. Le physique correspond au moral , le moral au physique. L'un et l'autre ont pour fin le bonheur des êtres intelligents. De ces rapports qui existent entre toutes les parties du monde et en vertu desquels elles conspirent à un but général, résulte l'harmonie de 1 univers.
Toutes les créatures se tiennent, se supposent, s appellent mutuellement , entre la plus élevée et la plus
■ J'oycz Linncc.
basse, entre lange et la mitte il y a un nombre presque infini de degrés intermédiaires. La suite de ses degrés compose la chaîne universelle, chaîne magnifique qui unit tous les ôtres, lie tous les mondes, embrasse toutes les sphères. Un seul être est hors de cette chaîne, c'est CELUI qui l'a faite.
Un nuage épais nous dérobe les plus belles parties de cette chaîne immense, nos yeux n'en peuvent entrevoir que quelques chaînons mal liés, interrompus et dans un ordre très-différent, sans doute, de l'ordre naturel. Nous la voyons serpenter sur la surface de notre globe, percer dans ses entrailles, pénétrer dans les abîmes de la mer, s'élancer dans l'atmosphère et s'enfoncer dans les espaces célestes où nous ne la découvrons plus que par les traits de feu qu' elle jette çà et là .
Ce qui en brille à nos yeux enflamme notre cœur, ce qui échappe à nos regards humilie notre raison : visible ou invisible, elle nous instruit et nous rend meilleurs. C'est pour cela que Dieu l'a faite.
5° Le monde est un lùre. Ainsi, le monde est l'expression d'une pensée divine. Dieu n'a exprimé sa pensée que pour se faire connaître, par conséquent aimer et servir; car l'expression de sa pensée révèle une puissance infinie, une sagesse infinie, un amour infini. Le monde visible n'est donc que l'enveloppe transparente d'un monde invisible. Chaque créature est comme une lettre, un mot de ce grand livre de Dieu. Or, un livre avec les lignes et les caractères qui le composent ne fait pas voir la pensée de l'auteur, il en présente seulement
'il 8 CATÉCHISME
les signes ; tellement que si vous ne connaissez pas ses signes, comme si ce livre est écrit dans une langue étrangère, vous ne savez ce que l'auteur a voulu dire ; de même si nous nous contentons de regarder le grand livre de l'univers, comme le regardent les animaux, si nous nous arrêtons aux signes et aux caractères sans chercher à les comprendre, nous ne répondrons pas aux intentions de Dieu : nous sommes coupables devant lui.
Les Payens n'ont pas lu dans la Bible, et néanmoins, dit l'apôtre saint Paul, ils sont inexcusables et ils seront condamnés pour avoir retenu la vérité captive , en fermant les yeux à la lumière ' . Mais comment la vérité se manifestait-elle à leurs yeux, demande saint Chrysostôme? quel Prophète, quel Evangéliste, quel Docteur suppléait à la Bible? Le livre de Dieu, le spectacle de l'univers, répond ce grand docteur'.
Les Cieux nous racontent son existence et sa puissance infinie; la terre, sa bonté; la mer, son terrible courroux ; les plus petites créatures , sa maternelle providence. Les abeilles nous prêchent l'obéissance et la charité ; la brebis , la douceur et le détachement ; les oiseaux, la pureté; toutes les saisons, la mort et la brièveté de la vie; l'insecte qui meurt pour renaître transformé en un nouvel être plein de grâce et de beauté, nous prêche notre propre résurrection. Pas une vertu , pas une vérité , pas un devoir qui n' ait son chapitre dans le grand livre de l' univers , et ce livre est intelligible à tous .
' Ad Rom. 2.
3 Homil. in Gen. ad popiil. Anlioch.
ni: PERSi-vitHANCE. 219
Heureux celui qui veut y lire ! une incessante harmonie frappe son oreille et ravit son cœur. Pour lui le monde devient un temple; en tout, partout, Dieu lui est présent ; à chaque instant il se sent pressé de cette présence tour à tour majestueuse, paternelle, sainte, redoutable, consolante. Pour lui Dieu est près. Dieu est loin, Dieu est ici, Dieu est là. Dieu est au-dessus , il est au-dessous, il est autour . Voilà une Heur, il y est ; voilà une étoile , il y est ; il est dans le feu, il est dans Teau, il est dans le souffle et dans la tempête , dans la lumière et dans la nuit, dans un atome et dans le soleil ; il est autour de moi dans cette chaleur qui m'anime, et au-dedans de moi, dans cet air qui me fait vivre. Il entend tout, et les chants sublimes des séraphins, et les sons joyeux de l'alouette et le bourdonnement de \ abeille , et le rugissement du lion, et le murmure du ruisseau, et le mugissement des vagues de la mer , et le pas de la fourmi , et le bruit de la feuille. Il voit tout, et le soleil visible à l'univers, et l'insecte caché sous l'herbe ou enseveli sous l'écorce de l'arbre, et le poisson perdu dans les abîmes de l'Océan; il voit le mouvement de leurs muscles, il voit la circulation de leur sang ; il voit les pensées de mon esprit, il entend les battements de mon cœur; il connaît les besoins du petit oiseau qui ouvre son bec pour demander sa pâture ; il connaît aussi mes vœux : il nourrit, il réchaufl'o, il habille, il protège tout ce qui respire; il est mon père, pourrait -il m oublier?
Cet homme sera juste et bon; dominé par celte pensée de la toute-présence de Dieu , son cœur sera pur,
220 CATÉCHÎ.'^ME
sa main libérale, sa vie sainte, sa paix constante, son visage serein, sa mort tranquille, son éternité glorieuse. Heureux celui qui veut lire dans le grand livre de l'univers!
PRIÈRE
0 mon Dieu ! qui êtes tout amour, je vous remercie d'avoir créé pour moi ce magnifique univers; je vous adore également dans ce que je comprends et dans ce que je ne comprends pas ; car vous êtes en toutes choses également sage , puissant et bon ; faites-moi la grâce de lire avec les yeux de la foi dans le grand livre de l'univers.
Je prends la résolution d'aimer Dieu par-dessus toute chose, et mon prochain comme moi-même pour l'amour de Dieu ; et, en témoignage de cet amour, je me dirai soment ; Dieu est ici.
OUVRAGE DES SIX JOURS. — SUITE DU SIXIÈME JOUR
Q. Que nous apprennent les fourmis?
R. Les fourmis nous apprennent, comme toutes les créatures, à glorifier Dieu. Elles nous apprennent aussi à être prévoyants et zélés au travail, enfin elles nous montrent la tendresse que les parents doivent avoir pour leurs enfants et le soin qu'ils doivent prendre de leur éducation.
DE PliKSÉViiKANCE. 221
Q. Qire nous apprennent les abeilles?
R. Les abeilles nous apprennent à respecter nos supérieurs, à aimer et à secourir notre prochain. Les abeilles n'ont (ju une reine qui est aussi leur mère. Elles lui portent le plus grand respect et la plus grande affection; toutes les abeilles qui travaillent s'aident mutuellement dans leurs pénibles travaux. Entre elles, tout est commun. C'est pour nous qu'elles composent leur miel délicieux ; par là, elles nous invitent à remercier leur Créateur et le nôtre.
Q. Que nous apprennent les vers à soie? R, Les vers à soie nous apprennent combien Dieu est puissant. Quand il le veut, un simple vermisseau fait vivre des millions d'hommes et devient une source de richesse pour des provinces entières. C'est ainsi que dans la Religion, comme dans la nature. Dieu se sert des petits et des humbles pour opérer les plus grandes choses . Puisque nos plus précieux habits nous viennent d'un vermisseau, nous ne devons pas en tirer vanité.
Q. Quels services nous rendent les reptiles et les animaux sauvages?
R. Les reptiles et les animaux sauvages nous rendent un grand nombre de services. D'abord ils nous instruisent en nous montrant quelle est la puissance de Dieu qui a créé tant d'animaux redoutables dont un seul suffirait pour désoler un pays. Par là, ils nous apprennent à craindre celui qui les tient enchaînés dans les déserts et les rochers et qui pourrait les déchaîner s'il le voulait. Les serpents nous sont encore utiles parce qu'ils absorbent les poisons
qui pourraient nous nuire, et les animaux sauvages nous sont utiles aussi parce qu' ils nous fournissent de précieuses fourures et dévorent les cadavres des autres animaux qui pourraient corrompre l'air s'ils restaient sur la terre.
Q. Que faut-il penser des choses que nous ne comprenons pas dans la nature ?
R. Il faut penser des choses que nous ne comprenons pas dans la nature : V qu'elles sont comme les autres, l'ouvrage d'un Dieu infiniment bon et infiniment sage ; 2° qu'elles nous sont utiles et que nous serions bien à plaindre si elles n'existaient pas , parce qu'elles tiennent à tout le reste des créatures ; 3" elles nous font connaître notre ignorance et nous apprennent à croire les mystères de la Religion ; 4° beaucoup servent à exercer notre ver^ji, à expier nos péchés et contribuent ainsi à nous sanctifier : ce qui est le but que Dieu s'est proposé en créant le monde.
Q. Qu'entendez-vous en disant que tout est en harmonie dans le monde ?
R. En disant que tout est en harmonie dans le monde , j'entends que toutes les parties de l'univers se rapportent les unes aux autres, qu'elles se supposent, qu'elles s'engrènent pour ainsi dire les unes dans les autres, comme les roues d'une horloge ; que si on y retranchait ou bien si on y ajoutait la moindre chose , l'équilibre serait rompu; il n'y aurait plus d'ordre ni d'harmonie.
Q. Comment devons-nous envisager le monde ?
R. Nous devons envisager le monde comme un livre dans lequel Dieu a écrit son existence, sa bonté , sa
sagesse , sa puissance ; nos devoirs envers lui , envers notre prochain et envers nous-mêmes. Nous serions inexcusables , si nous nous contentions de regarder le monde comme les animaux le regardent. Si nous savons lire dans ce beau livre, nous verrons Dieu présent partout, et la pensée de sa présence nous sanctifiera en nous remplissant de respect, de confiance et d'amour.
PRIÈRE
0 mon Dieu! qui êtes tout amour, je vous remercie d avoir créé pour moi ce magnifique univers ; je vous adore également dans ce que je comprends et dans ce que je ne comprends pas, car vous êtes en tout également sage, puissant et bon ; faites-moi la grâce de lire avec les yeux de la foi dans le grand livre de l'univers.
Je prends la résolution d'aimer Dieu par-dessus toute chose et mon prochain comme moi-même pour l'amour de Dieu; et, en témoignage de cet amour, je me dirai souvent : Dieu est ici.
9fSin^
^nunnsivsn^nnTninvin'nvv^Tstv'iV'iTnviTnvinvtvvvtvsvtviVivtinvinn^
XIP LEÇON.
OUVRAGE DES SIX JOURS
Suite du sixième jour. — L'homme. — Explication de ces paroles faisons l'homme. — L'homme dans son corps. — Dans son ame. — Spiritualité. — Liberté , immortalité. — L'homme dans sa ressemblance avec Dieu.
Dieu dit ensuite : Faisons Ihomme à notre image et à noire ressemblance , et quil commande aux poissons de la mer, aux oiseaux du Ciel, aux bêles, à toute la terre et à tous les reptiles qui se remuent sous le Ciel.
Dieu créa donc V homme à son image y il h créa à limage de Dieu ' .
Le Seigneur Dieu forma donc lliomme du limon de la terre et souffla sur sa face un souffle de i^ie, et Vhomme devint vivant et animé^ .
Le grand livre de l'univers est écrit, mais à quoi bon un livre s'il n'y a pas de lecteur? à quoi bon un magnifique tableau s'il n'y a ni spectateur, ni admirateur? Or, ce lecteur, ce spectateur, cet admirateur nexiste pas. Les Anges n'avaient besoin ni de ce livre ni de ce tableau , ils connaissent l'auteur en lui-même, ils lisent sa pensée
• Gen. 1. 20. 27.
^ Id. H . 7.
DE PEKStVÉKANCE. 225
dans sa divine essence, ils le voient lare à face. Pour les animaux et les plantes, ce fijrand spectacle est comme s'il n'était pas; ils sont privés d'intelligence. Encore un coup, à quoi bon ce livre? à quoi bon ce tableau? à quoi bon ce bel ordre et toutes ces magnifiques harmonies?
Les globes répandus dans l'espace , roulent avec majesté ; mais ils ne comprennent pas leurs mouvements. Le soleil éclaire la terre, mais la terre est aveugle et n'a pas besoin de lumière. La chaleur, les pluies et la rosée, feront germer les semences et couvriront les campagnes de moissons et de fruits ; mais ce sont des richesses perdues, il n'y a personne pour les recueillir ni pour les consommer. La terre nourrira d'innombrables animaux, mais ces animaux ne tendent à rien, faute d'un maître qui mette en œuvre leurs bonnes qualités et qui concentre pour ainsi dire leurs services. Le cheval et le bœuf sont doués de forces, capables de traîner ou déporter les plus lourds fardeaux; mais ces forces sont inutiles. La brebis est accablée du poids de sa toison ; la vache et la chèvre sont incommodées de l'abondance de leur lait. La terre renferme dans son sein des pierres propres à bâtir et des métaux propres à fabriquer toutes sortes d'ouvrages; mais elle n'a point d'hôte a loger ni d'ouvriers qui puissent mettre les matériaux en œuvre. Sa surface est un magnifique jardin, mafs qui n est point vu; toute la nature est un beau spectacle, mais qui n'est donné à personne. Il manque donc une créature sans laquelle toutes les autres n'aboutissent à rien.
Que dirons-nous encore? Le monde existe comme un T. 1. 15
palais magnifique ; il est orné de tout ce qui peut eu rendre l'habitation agréable et commode. Suspendus à la voûte du Ciel comme autant de lustres, des millions d'astres l'éclairent jour et nuit. La terre entière est couverte d'un riche tapis vert, émaillé de Heurs de toute espèce; l'air est embaumé des plus agréables parfums, les arbres sont chargés de fruits ; les ruisseaux murmurent ; les poissons se jouent dans les eaux ; les oiseaux, comme autant de musiciens, font retentir les campagnes des plus agréables concerts; les animaux attendent dans un respectueux silence le maître qui doit leur commander : tout est prêt.
C'est ainsi, dit saint Jean Chrysostônje , que lorsque l'empereur doit faire son entrée dans une ville, toutes les personnes attachées à son service prennent les devants, afm qu'à l'arrivée du maître, tout soit disposqà le recevoir. Mais quel sera le roi à qui Dieu destine un si beau royaume? Quel sera le lecteur de ce grand livre, le spectateur de ce magnifique tableau?
Recueillez-vous et prêtez l'oreille.
Après avoir jeté un dernier regard sur son ouvrage et reconnu que tout y était Lien, Dieu rentre en luimême... il délibère... il se consulte... Puis, sortant tout à coup de son mystérieux conseil, il dit : faisons ! ! i
Quelle expression nouvelle î quel est donc l'être extraordinaire qui va paraître pour qu'il faille que le Créateur se consulte et délibère auparavant en lui-même?
Ce n'est point ainsi que le Ciel et la terre ont été créés : un mot les a tirés du néant. Qu^ils soient, et ils
DE PEKSÉVÉRANr.E. 227
furent. Le commandement convenait aux esclaves ; mais quand il s'aiiit du maître qui doit leur commander, Dieu chanpje de langa^je. Pour rendre le roi-du monde recommandableà tousses sujets, Dieu lui-même commence par l'honorer en le traitant presque d'égal.
Faisons!!! Mais à qui Dieu parle-t-il? A quelqu'un qui fait comme lui ; il parle à un autre lui-même ; il parle au Fils par qui tout a été fait; il parle au Saint- Esprit, tout-puissant, égal, coéternelà l'un età l'autre, qui porté sur les eaux féconda le cahos , comme l'oiseau féconde son nid. La Trinité commence à se déclarer.
Faisons!!! Et que va-t-il faire! un Ange ?Non. Un Séraphin? Non, il va faire le spectateur du magnifique tableau qu'il vient de peindre ; le lecteur du grand livre qu'il vient d'écrire ; l'anneau sacréqui doit unir les deux extrémités de la chaîne des êtres; il va faire le pontife et le roi de l'univers! Voulez-vous savoir son nom? Il s'appelle L'HOMME!!!
Oui , ce chef-d'œuvre des mains du Tout-Puissant , cet être que toute la nature appelle, attend avec respect, c'est l'homme , c'est nous , c'est moi. Faisons l homme à notre image et ressemblance .
Tombons à genoux maintenant : et tandis que toute la création nous honore, adorons nous-mêmes en silence le Dieu qui nous a faits si grands. Qu'un noble orgueil fasse battre notre cœur; reconnaissons notre dignité, et craignons de dégrader par des actes indignes l'image auguste que la main divine nous grava sur le front et dans le cœur.
L homme est donc le roi du monde, la plus belle des créatures visibles. Arrétoos-nous un instant aie considérer.
Tout marque dans l'homme, môme à l'extérieur, sa supériorité sur tous les êtres vivants. Tandis que tous les animaux courbés vers la terre ne peuvent regarder qu'elle, T homme se soutient droit et élevé; son attitude est celle du commandement; sa tête, ornée d'une agréable chevelure , présente une face auguste et un front ouvert, sur lequel est imprimé le caractère de sa dignité; un feu divin anime les traits de son visage ; ses yeux regardent le Ciel d'où il vient , pour lequel il est fait et toute la nature qui est faite pour lui. Ses oreilles dont la délicatesse extrême saisit jusqu'à une nuance de ton ; sa bouche, siège de l'aimable sourire, organe de la parole ; ses mains, instruments précieux, source intarissable de chefs-d'œuvre ; sa poitrine , ouverte et relevée avec grâce ; sa taille riche et dégagée ; ses jambes, élégantes colonnes et qui répondent si bien à l'édifice quelles soutiennent; son pied, base étroite, mais dont la solidité et les mouvements n'en sont que plus merveilleux ; enfin son port majestueux, sa démarche ferme et hardie, tout annonce sa noblesse et sa dignité.
Admirez maintenant comment la place et la structure de chacun de ses sens correspond merveilleusement à leur destination.
Les yeux, ainsi que des sentinelles, occupent la place la plus élevée. De là, ils découvrent au loin les objets et avertissent l'ame à temps de ce qu elle doit faire. Un
I>i: PKRSèVKRANCE. 229
lieu éminent convenait aux oreilles, afin de recevoir le son qui nnonle naturellemenl. Les narrines doivent être dans la môme situation parce que l'odeur monte aussi, et il les fidiait près de la bouche, parce qu'elles nous aident beaucoup à juger du boire et du manger. Le goût qui doit nous faire connaître la qualité de ce que nous prenons, réside dans cette partie de la bouche par où passent les aliments Pour le tact, il est répandu dans tout le corps, afin que nous ne puissions recevoir aucune impression ni être attaqués du froid ou du chaud, sans le sentir.
Remarquez encore que les sens sont placés dans l'ordre de leur dignité et de leur importance : Les yeui occupent le plus haut rang, parce que la vue est de tous les sens le plus noble et le plus utile. Viennent ensuite les oreilles, et ainsi des autres.
Quant à leur structure, quel autre ouvrier que le Dieu infiniment sage aurait pu si artistement former nos sens? Pour ne parler que de la vue, il a entouré les yeux de tuniques fort minces, transparentes par devant, afin qu'on pût voir à travers ; fermes dans leur tissu, afii^de tenir les yeux en état. Les yeux sont glissants et mobiles, afin qu'ils aient le moyen d'éviter ce qui pourrait les offenser, et de porter aisément leurs regards où ils veulent. La prunelle où se réunit la force de la vision, est si petite, qu'elle se dérobe sans peine à ce qui serait capable de lui faire mal. Les paupières qui sont les couvertures des yeux , ont une surface polie et douce pour ne point les blesser. Soit que la peur de quelque acci-
230 CATÉCflSME
dent oblige de les fermer, soit qu on veuille les ouvrir, les paupières sont faites pour s y prêter, et l'un ou l'autre de ces mouvements ne leur coûte qu'un instant. Les cils sont comme une espèce de palissade qui sert aux paupières à repousser ce qui viendrait attaquer les yeux quand ils sont ouverts, et à les envelopper, afin qu'ils reposent paisiblement quand le sommeil les ferme et nous les rend inutiles. Nos yeux ont de plus 1 avantage d'être cachés et défendus par des éminences ; car, d'un côté, pour arrêter la sueur qui coule de la tête et du front, ils ont les sourcils, et de 1" autre, pour se £;arantir par le bas , ils ont les joues qui avancent un peu ' . Qui dira les merveilles dont Tœil est T instrument? Des millions d'objets, des montagnes, des rivières, -^iles forêts, des maisons, des villes entières, des campàgpes de plusieurs lieues d'étendue, viennent se peindre en même temps et sans confusion , sur un miroir d'une ligne détendue. Chose plus merveilleuse encore, tous ces objets se peignent renversés dans notre œil et cependant nous les voyons dans leur position naturelle !
Nous pourrions examiner ainsi la structure de tous nos sens et nous découvririons en chacun d eux la profonde sagesse de l'ouvrier qui les a formés. Si nous entrons ensuite dans l intérieur du corps humain , le nombre prodigieux de ses pièces, leur surprenante diversité, leur admirable construction , leur harmonie merveilleuse, lart infini de leur distribution, nous jetteront dans un ravissement dont nous ne sortirons que pour
' Saint Basile, Ilcxaem. sixlnnr i.vir.
î)r. PEr.stvi-ii.ANCE. 281
nous plaindre du ru; p;is siiflirL» .1 admirer tant do morveillcs.
Les os, par leur solidité et par leur assemblable, forment la charpente de I édifice ; les ligaments sont des liens qui unissent ensemble toutes les pièces ; les muscles comme autant de ressorts, opèrent leur jeu ; les nerls, en se répandant dans toutes les parties, établissent entre elles une étroite communication ; les artères et les veines, semblables à des ruisseaux, portent partout le rafraîchissement et la vie ; le cœur, placé au centre, est le réservoir ou la principale force destinée à imprimer le mouvement au sang et à Teikretenir ; les poumons sont une autre puissance, ménagée pour porter dans 1 intérieur un air frais et pour en chasser les vapeurs nuisibles; r estomac et les viscères de différents genres, sont les magasins et les laboratoires où se préparent les matières qui fournissent aux réparations nécessaires; le cerveau, appartement de lame, est, comme tel , spacieux et meublé d" une manière assortie à la dignité du maître qui l' habite ; les sens, domestiques prompts et fidèles, l'avertissent de tout ce qui lui convient de savoir, et servent également à ses plaisirs et à ses besoins.
Comment ne pas s'écrier avec un célèbre médecin de r antiquité, Galien : (< 0 toi qui nous a formés 1 en décrivant le corps humain, je crois chanter un hymne à ta gloire. Je t'honore plus en découvrant la beauté de tes ouvrages qu'en faisant fumer les temples de T encens le plus précieux . La véritable piété consiste à me connaître moi-même, ensuite à enseigner aux autres quelle est la
!î32 CATÉrnisivre
grandeur de ta bonté, de ton pouvoir et de ta sagesse. Ta bonté se montre dans l'égale distribution de tes présents, ayant réparti à chaque hommG les organes qui lui sont nécessaires. Ta sagesse se voit dans l' excellence de tes dons ; ta puissance , dans l'exécution de tes desseins ' . »
Après avoir formé le corps de l'homme du limon de la terre, Dieu lui souffla sur la face un souffle de vie et l'homme fut vivant et animé ; cela veut dire que Dieu unit à un corps matériel une ame spirituelle. Notre ame est donc ce souffle sorti de la bouche et du cœur de Dieu ; c'est ce principe spirituel, libre, immortel, qui pense en nous, qui aime, qui veut, qui raisonne et qui nous distingue essentiellement des animaux.
1" Notre ame est spirituelle, c'est-à-dire qu'elle n'a ni étendue, ni longueur, ni largeur, ni profondeur, ni figure, qu'elle ne peut être vue de nos yeux, ni touchée de nos mains, ni saisie par aucun de nos sens.
Les opérations de notre ame sont: le souvenir, la pensée et la volonté. Rien de plus spirituel que ces trois opérations. Cependant si notre ame n'était pas spirituelle, ses opérations ne le seraient pas non plus : le souvenir, la pensée, la volonté, seraient matérielles. On pourrait les voir, les toucher, les diviser, les peser ; on pourrait dire, par exemple, une livre de pensée, une aune de volonté, un quintal de souvenir; une pensée rousse, blanche, bleue, une volonté ronde, ovale, un souvenir triangulaire. Or, tout le monde se moquerait
1 G(d. de U8U part. lib. m. c. 10.
DE Pr.RSltvÉRANCE. 2.*? 3
de celui qui tiendrait un pareil lanpa^e. Mais pourquoi? Parce que tout le monde sent qu'on ne saurait attribuer au souvenir, à la pensée, à la volonté, les qualités de la matière. Le souvenir, la pensée et la volonté, ne sont donc pas matérielles; lame qui en est le principe, n'est donc pas matérielle non plus : car les modifications d'un être quelconque sont toujours de la même nature que cet être, ou plutôt elles ne sont que cet être lui-même modifié de telle ou telle manière. Ainsi le souvenir, c'est notre ame se souvenant ; la pensée, c'est notre ame pensant; la volonté, c'est notre ame voulant.
L'ame de l'homme est donc spirituelle, comme le Dieu qui Ta créée à son image.
2" Notre ame est libre. Cela veut dire qu'elle peut à son gré faire ce qui lui plaît, agir ou ne pas agir, vouloir de telle ou de telle manière. C'est en cela qu'elle diffère de toutes les créatures qui nous environnent.
Le soleil, par exemple, n'est pas libre de se lever ou de ne pas se lever chaque matin, de parcourir tel chemin plutôt que tel autre, d'avancer ou de reculer à son gré. Il est forcé de faire tout ce qu'il fait. C'est pour cela qu'il fait toujours et invariablement la môme chose. Les animaux non plus ne sont pas libres. C'est pourquoi ils ont toujours les mémos habitudes, les mêmes goûts, les mêmes opérations. Cependant si les animaux étaient libres, s'ils avaient en eux-mêmes le principe et la règle de leur conduite, comme nous avons en nous le principe et la règle de la nôtre, ils varieraient comme nous, ils inventeraient, ils réformeraient, ils perfection-
neraient tous les jours, et feraient comme nous cent choses importantes et raisonnables.
Les hirondelles d'aujourd'hui, par exemple, ne bâtiraient plus leurs nids comme leurs aïeules les bâtissaient il y a cent ans. Les hirondelles chinoises ne bâtiraient pas comme les hirondelles françaises. En France même les hirondelles de Paris n'auraient garde de se loger et de vivre comme les hirondelles de province ; elles feraient la mode en tout , elles la communiqueraient aux autres ; puis se moqueraient de cette mode comme d'une chose ridicule et gothique , dès qu'il leur serait venu en tête d en établir une autre. C'est ainsi que la chose se pratique parmi nous. Pourquoi n'en est-il pas de même parmi les hirondelles? La raison en est qu'elles obéissent à une volonté supérieure, immuable, qui les force d'exécuter toujours et partout ses commandements.
Il en est bien autrement de notre ame : elle agit ou elle n'agit pas; elle veut ou ne veut pas; elle fait une chose, et en la faisant elle sent très-bien qu'elle pourrait en faire une autre. Si c'est un bien, elle en éprouve de la joie; sic est un mal, elle en ressent du remords, parce qu'elle sent qu elle était libre de ne pas le faire. Personne d'entre nous qui n ait éprouvé ce sentiment de peine ou de plaisir qui suit la bonne ou la mauvaise action. Mais ce sentiment, nous ne l'éprouverions pas si nous n'avions pas été libres de faire autrement.
Que diriez-vous dun homme qui battrait sa pendule parce quelle avance ou qu'elle retarde? Vous diriez
nn PERSÉVÉRANTE. 555
qu' il est absurde, qu il est fou . Personne cependant ne dit d'un père qu'il est absurde, qu'il est fou, quand il corrige son enfant qui a mal fait. Cependant on devrait le dire si nous n'étions pas libres; car dans cette supposition, tout serait égal, puisque tout serait forcé. Il serait donc injuste et absurde de punir le vice et de récompenser la vertu ; ou plutôt, il n'y aurait plus ni bien, ni mal, ni vice, ni vertu, nous serions comme des pendules ou comme tout autre machine.
Ainsi Dieu serait injuste de récompenser les uns et
de punir les autres; mais si Dieu était injuste, il ne
serait plus Dieu, il ne serait plus rien; le monde serait
un eiî'et sans cause. Tel est l'abîme dans lequel on
tombe en quatre pas, lorsqu'on nie la liberté de lame.
3'' Aotre aine eut immor telle. Cela veut dire que
notre ame ne mourra jamais, qu il est même impossible
qu'elle meure. Le corps meurt quand les parties qui le
composent se séparent, quand la tête, les pieds, les bras,
le cœur, s'en vont chacun de son cêté. Mais notre ame
n'a point de parties, elle n'a ni tête, ni pieds, ni bras,
ni cœur ; ces parties ne peuvent donc ni se séparer ni se
désunir ; elle ne peut donc pas périr.
Une seule chose pourrait l'anéantir, c'est la volonté toute-puissante de celui qui l'a créée. Eh bien î loin que Dieu veuille faire mourir notre ame, il déclare au contraire, dans les termes les plus exprès, qu'il ir^it la faire vivre toujours, autant que lui-même, pendant toute l'élernilé. Les méchants, dit-il, seront punis dans l'Enfer pendant toule Vélernué; les bons, au contraire,
seront récompensés dans le Ciel pendant toute l'éternité'.
D'ailleurs, si notre ame n'était pas immortelle , il faudrait dire i° que Dieu se serait joué de nous en nous donnant le désir invincible de l'immortalité ; 2" que tous les hommes et tous les peuples du monde ont été jusqu'ici dans Terreur , tandis qu une poignée de libertins ont eu seuls raison ; 3° que le sort de l'assassin serait le même que celui de son innocente victime ; quG* Néron et saint Paul , les Saints qui vivent dans la pratique de toutes les vertus, qui ont été les bienfaiteurs de l'humanité, et les méchants qui en ont été les fléaux, et qui se sont souillés de toute sorte de crimes, doivent être traités de la même manière. Dire cela, n'est-ce pas encourager tous les crimes ? N'est-ce pas faire du monde un repaire de brigands et de bêtes féroces? Ces conséquences sont affreuses : donc le principe qui les produit est fau\et abominable.
Avant de créer l'homme, Dieu se recueille et dit : Faisons l homme à notre image et ressemblance. Comme un peintre examine, étudie la personne dont il veut reproduire les traits sur la toile ; ainsi Dieu lui-même s'est examiné, étudié, puis il a exprimé dans 1 homme ses traits divins. Examinons fadmirable ressemblance qui existe entre le modèle et la copie. Cette ressemblance est dans notre ame; c est par elle que nous ressemblons à Dieu ' .
• Matth. c. 25. 46.
' Il }• en a qui étendent plu? loin celle divine re8«emblancc. Notre corps
DE PEIVSitVÉKANCE. 2S7
Dieu est un en nature ; notre ame est une en nature. — En Dieu il y a trois personnes distinctes ; en notre aine il y a trois facultés distinctes, la mémoire, l'intelli<:;ence et la volonté. — Dieu est un pur esprit; notre ame est un pur esprit. — Dieu est éternel; notre ame est immortelle : rien ne ressemble plus à l'éternité que l'immortalité. — Dieu est libre; notre ame est libre. — Dieu connaît le passé, le présent et l'avenir ; notre ame se souvient du passé, connaît le présent et prévoit l'avenir — Dieu est présent partout; notre ame est présente à toutes les parties de notre corps, mystérieux abrégé de l'univers , et en un clin d'œil elle fait le tour du monde. — Dieu est juste, vrai, saint.
aussi , disenl-ils, a été créé à l'image de Dieu ; car au moment où il formait le corps du premier homme, Dieu, ù qui tout est présent, voyait son divin Fils revêtu d'un corps humain , et c'est sur le modèle de ce corps adorable du second Adam , que fut formé le corps du premier ; et c'est en ce sens que le corps d'Adam et de tous les hommes a été fait à l'image et à la ressemblance de Dieu. Dieu ne dit pas faisons Vante de l'homme à notre image et ressemblance , mais il dit faisons C homme à notre image et ressemblance. Or, l'homme n'est pas seulement l'ame, mais le corps. Pour que l'homme puisse être dit l'image de Dieu, il faut donc qu'il en porte la ressemblance et les traits dans tout son être. Tel est le raisonnement de quelques philosophes. Voyez Duguet, Ouvrag. des six jours.
Quoi qu'il en soit de cette explication, voici en quels termes saint Thomas dit que notre corps a été fait à l'image de Dieu : Quia corpus hominis solnm inter terrenorum animalium corpora non pronum in alveum prostratumest; sed taie est ut ad contemplandum cœlum sit aptius,magis hoc ad imagiiiem et similitudinem Dci, quam cx'tera corpora animalium faclum jure videri polest. Quod tamen non sic intelligendum quasi in corpore hominis sit imago Dei, sed quia ipsa figura humani corporis repraesentat imaginem Dei in anima, per modum vesligii, — P. d, </. 93, Jrt. vn.
bon, miséricordieux ; telle était lame d'Adam ayant sa chute, telle est encore la nôtre depuis sa chute : car elle a l'idée et le sentiment de la vérité, de la justice, de la sainteté, de la bonté, delà miséricorde. — Dieu est infini ; notre ame est infinie dans ses désirs : rien de fini ne peut la contenter. Tout ce qui est borné r importune, la gène, la dégoûte. Cette inquiétude et ce malheur que lame éprouve, rendent témoignage de sa dignité, car il faut être bien grand pour être malheureux et inconsolable si on est privé du seul bien qui soit infini. — Dieu est le plus parfait de tous les êtres ; r homme est la plus parfaite de toutes les créatures visibles. — Dieu ne dépend de personne; T homme ne dépend de personne que de Dieu. — Dieu est le maître souverain du Ciel et de la terre ; l' homme est le roi de tout ce qui l'environne. — Tout se rapporte à Dieu; tout se rapporte à l'homme et l'homme à Dieu.
Que nous sommes donc grands , puisque nous avons été créés sur le modèle de Dieu même !
PRIERE
O mon Dieu ! qui êtes tout amour, je vous remercie de m avoir créé à votre image et ressemblance ; ne permettez pas que je défigure jamais votre image par le péché.
Je prends la résolution d'aimer Dieu par-dessus toute chose, et mon prochain comme moi-même pour l'amour de Dieu; et, en témoignage de cet amour, je ferai avec beaucoup de respect le signe de la Croix,
DE PlkKSËV£KAMC£. 2^9