‹ Catéchisme de persévérance, ou, Exposé historique, dogmatique, moral et liturgique de la religion (volume 3)Chapitre 40 sur 46 · XIV LEÇON · texte numérisé non relu

XIV LEÇON

OUVRAGE DES SIX JOURS

Suite du sixième jour. — Bonheur de rhomiue innocent. — Création de la femme. — Société de l'homme avec Dieu. — Création des Anges.

Image de Dieu, roi, usufruitier, pontife de l'univers, Ihomme, en sortant des mains de son Auteur, fut comblé de tous les dons naturels dont la libéralité divine peut enrichir une créature. Entre les mains de l'homme, ces dons précieux étaient autant de moyens de parvenir à une béatitude naturelle, c'est-à-dire à un bonheur proportionné à sa double nature corporelle et spirituelle. C est pour cela même que Dieu les lui avait accordés , seulement il fallait que 1 homme en fît un bon usage, c'est-à-dire un usage conforme à la volonté du Créateur.

Il est vrai que Dieu bon et sage, créant pour sa gloire une créature raisonnable et libre, composée d'un corps et d'une ame, ne pouvait lui refuser ni les secours naturels pour les fonctions de la vie, ni les moyens nécessaires pour obéir à ses ordres, ni môme une récompense si elle répondait à ses desseins. La nature de l'homme créé et la providence du Dieu Créateur l'exigeaient également. Mais Dieu ne devait pas à l'homme l'exemption des misères et des accidents de la vie, des inlirmilés et

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des maladies, de la vieillesse et de la mort, des combats, de la cupidité et de Timportunité des passions ; triste et humiliante condition de la nature dans laquelle Adam eût pu être créé sans avoir lieu de se plaindre de son Créateur, et sans qu'on pût dire que 1 homme n'était pas bon; car dans toutes ces imperfections, il nya point de mal , c'est-à-dire ni péché ni désordre.

Avec cela, Ihomme aurait pu parvenir à un bonheur naturel , c'est-à-dire au contentement de toutes ses facultés. Son esprit aurait connu, son cœur aurait aimé Dieu mcdialement ou par le moyen des créatures en qui se réfléchissaient avec éclat, comme dans un beau miroir, sa puissance, sa sagesse et sa bonté. Il aurait joui de son Dieu tout le temps marqué par une Providence aussi libérale dans ses récompenses que sage dans ses voies.

Tel est l'état de simple nature dans lequel l'homme aurait pu être créé; Dieu ne le voulut pas. Non-seulement l homme sortit de ses mains avec tous les privilèges et tous les dons d'une nature parfaite, exempte de misères et de faiblesses ; il fut encore destiné à une fin surnaturelle. Ce fut pour ainsi dire une nouvelle création qui perfectionna la première' . Grâce à ce nouveau bienfait, tout son être fut élevé. Ce n'est plus la vue médiate et obscure, mais la vue claire, immédiate, intuitive de son Dieu qui doit faire son bonheur.

Cette destination étant infiniment plus noble que la première, exigeait des moyens proportionnés. Dieu les

' Gratin non tollit naturani sed pcrficit. — St. Thom. — Tel parait être aus?ile sens profond du ch. xvii de rEcclésiasti^uc.

ni: PKRSltVKUANCE. 2G.1

donna, et Adam reçut les habitudes surnaturcîlles de toutes les vertus de foi, d espérance , de charité; des forces nouvelles, des connaissances plus grandes et raille autres privilégies singuliers qui le mettaient en état d'arriver h sa sublime destinée ' .

Après avoir adoré, aimé Dieu pendant quelque temps, après r avoir contemplé dans les créatures comme dans un miroir et à travers un voile, il serait allé, sans passer par la mort, le contempler face à face, et tel qu il est dans le Ciel, avec les Anges'.

Ainsi, non-seulement l'homme sortit des mains du Créateur, orné de tons les dons naturels, et destiné à un bonheur naturel, mais encore enrichi de tous les dons surnaturels, et destiné à voir Dieu face à face. En un mot, l'homme fut créé dans un état de grâce et de justice surnaturelle \

Dans cet état sublime et purement gratuit, l'homme innocent était parfaitement heureu\ . Son esprit connaissait clairement tout ce qu il devait connaître; son cœur aimait d'un amour vif, pur et tranquille tout ce qu il devait aimer, et rien que ce qu'il devait aimer; son corps jouissait d'uue santé et d'une jeunesse éternelles. Et tout cela n'était que le commencement d un bonheur plus grand dans le Ciel , c est-à-dire , d'une connaissance plus claire et d'un amour plus parfait.

'Toî/^r le passage de Bcnoil xiv, dans rinlroduclioudecelouvroge.;^. 57. ^ St. Th. q. cm. art. m.

3 St. Th. p. 1. q. 95. art. 1 —St. Aiig. Ui>. dccorrept.ct gritlia-,c. ii. — Ambros. J£pi3t, 41 nrf Irtnaum, elc, elc.

Tel était l'homme au sortir de vos mains, ô mon Dieu ! tel il se connut; et Ton peut penser quels furent les transports de sa reconnaissance et la vivacité de son amour à la vue de ce que son Créateur avait fait pour lui, au-dehors de lui et ou-dedans de lui, dans le présent et dans 1 avenir.

Tant de bienfaits ne suffisaient pas encore à l'inépuisable bonté de Dieu. Il voulut doubler le bonheur de l'homme en lui donnant quelqu'un qui le partageât avec lui . Exemptes de jalousie et de passions, ne formant qu un cœur et qu'une ame , ces deux innocentes créatures devaient, en se communiquant leurs pensées, leurs sentiments , les délicieuses impressions de leur reconnaissance , augmenter mutuellement leur félicité, et saider à croître chaque jour en perfection.

Lors donc que tous les animaux eurent passé devant Adam, et qu'il eut imposé un nom à chacun d'eux, le Créateur lui envoya un mystérieux sommeil. Il choisit ce moment pour créer à T homme une épouse. L'ouvrier Tout-Puissant enleva sans violence une des cotes d Adam endormi, et il remplit de chair la place qu'elle laissa vide. Comme d'un peu de limon il avait formé le corps de l'homme, de cette cote il forma un corps auquel il unit une ame raisonnable, et il créa une femme douée des mêmes avantages, et élevée au même état surnaturel que le premier homme.

Ce fut le premier objet que Dieu présenta au père du genre humain lorsqu'il s éveilla , en l'instruisant de la manière dont elle avait été formée , et qu elle était une partie

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de iui-niùme. A cette vue, à ce récit, Adam, |ui n'avait point trouvé d'être semblable à lui parmi tous ceux qui venaient de passer sous ses yeux, s'écria : Voilà les de mes os, et la chair de ma chair. C'est pourquoi l'homme quittera son père et sa mère, et s'attachera à son épouse, et ils ne seront tous deux qu'une seule chair.

A son tour, Dieu adressant la parole à ces douxnouvelles créatures, destinées à être ses premières images sur la terre, et les premiers parents de tous les hommes, leur dit : Croissez et mullipliez-vous; remplissez toute l'étendue de la terre.

C'est ainsi que Dieu, associant la femme à l'homme, donna une reine au monde visible, et institua la sainte société du mariage qui, dès le |)rincipe, consista dans l union indissoluble d'un seul homme et d'une seule femme, pour la conservation du genre humain. Il résulte de là que le divorce est contraire à la primitive institution du mariage. Si dans I ancienne loi Dieu le toléra, ce ne fut qu'à regret et à cause de la dureté de cœur des Juifs charnels.

Le Verbe éternel, par qui tout a été fait, s'est empressé, en venant sur la terre, d'abolir le divorce, et de rétablir l union conjugale dans son premier état. Heureux rétablissement qui rendit à la tamille son bonheur et sa dignité, et à la société la paix et les mœurs.

Dieu dit ensuite à nos premiers parents, et dans leur personne à toute la race humaine : Exercez votre domination sur les poissons de la mer, sur les oiseaux dn Ciel et sur tous les animaux qui remplissent les forets

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OU qui errent dans les campagnes. Je vous donne, ajoula-t-il , toutes les herbes de la terre, et tous les arbres qui portent du fruit, afin que vous en tiriez votre nourriture. Je les donne aussi à tous les animaux de la terre et aux oiseaux du Ciel, afin qu'ils aient de quoi se nourrir.

Ces paroles donnent droit à l'homme sur les plantes et sur les fruits de la terre; mais il se rend indigne des dons de Dien s'il en abuse ou s'il est ingrat. Ces paroles assurent aussi la nourriture aux animaux . Et voilà que depuis l'instant où elles furent prononcées , la terre ne cesse de produire ce qui doit servir à la subsistance de ces millions d'êtres vivants qui l'habitent. La vertu toute puissante de la parole de Dieu a mis pour toujours une admirable proportion entre la nourriture de chaque animal et son estomac ; elle donne au blé la force de nourrir l'homme, et au foin celle de nourrir le cheval et l'éléphant. En sorte qu'une botte de foin, dont on ne pourrait jamais tirer le suc nécessaire à la vie d un enfant, suffit pour entretenir l'existence des animaux les plus gros et les plus robustes.

Tout ce qui respire a les yeux tournés vers vous. Seigneur! dit le Prophète royal, et toutes les créatures attendent de vous que vous leur donniez leur nourriture dans le temps convenable. Vous ouvrez votre main, et vous les remplissez des effets de votre bonté. Les soins de votre providence s étendent jusque sur les plus petits oiseaux; nous qui sommes créés à votre image et ressemblance, aurions-nous assez peu de foi pour craindre que cette providence ne nous manquât?

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Au milieu du Paradis terrestre, où Dieu avait établi nos premiers parents, étaient deux arbres remarquables entre tous les autres. Le premier était Y arbre de vie, le second, devenu si tristement célèbre, était [arbre de la science du bien et du mal.

Le premier était ainsi appelé, parce que ses fruits contenaient une vertu vivifiante, propre à conserver et à rétablir les forces de l'homme. Car I homme, destiné à ne point mourir par un privilège gratuit, n'aurait pas laissé de s'affaiblir, de s'altérer, de s'épuiser même, s'il n'avait eu un pareil préservatif contre l'infirmité et la caducité inséparable de sa nature. Saint Augustin dit admirablement que l arbre de vie était la figure du Verbe incarné, dont la chair viviliante entretient la vie de lame, et communique l'immortalité.

Le second était destiné à mettre à l'épreuve la fidélité de nos premiers parents.

Avant leur péché ils étaient déjà doués de la connaissance du bien et du mal . S' ils ne l' avaient pas eue , à quoi leur servait le présent de la raison ? Leur ignorance les eût mis au-dessous même des animaux , et les maîtres eussent été moins bien traités que les esclaves. Le plusstupide animal connaît les plantes utiles à son usage, il sait les discerner de celles qui peuvent lui nuire; il se garde bien de les prendre toutes indifféremment, et l'homme n'aurait pas eu la faculté de faire un pareil discernement ! Mieux eut valu pour lui naître sans yeux, et n'avoir autour de lui qu'une sombre obscurité.

Ils avaient donc la science du bien ; il ne leur manquait

que la science expérimentale du mal. Celle-là n'était nécessaire ni à leur perfection ni à leur bonheur.

Voilà donc nos premiers pères établis dans le Paradis terrestre, doués de tous les avantages, revêtus de toute la puissance qui convenaient au Roi et à la Reine du monde. Jusqu'ici le Créateur ne leur avait parlé que de leurs prérogatives et de leur bonheur. Cependant il était juste que l'homme se souvînt de sa condition : s'il était Roi de la terre, il était aussi vassal du Ciel ; en cette qualité il devait hommage à son Seigneur. Il devait, par l'action de grâce et par l'amour, rapporter vers Dieu toute la création descendue, de Dieu. Telle était sa mission , et la condition fondamentale de sa royauté , de son existence même.

Par un nouveau trait de bonté, Dieu, qui aurait pu exiger de son noble sujet de nombreux et difficiles hommages, se coiiîenta de lui demander un seul acte de bonne volonté Tout ce vaste univers, lui dit-il, vous appartient ; la mer et ses poissons, la terre et ses animaux et ses plantes, l'air et ses oiseaux, sont à vous; ce jardin délicieux où vous êtes, est abandonné à votre usage; mangez le fruit de tous les arbres que ma main y a plantés; je n'en excepte qu'un seul : c'est l'arbre de la science du bien et du mal. Vous n'y toucherez point. Le jour où vous violeriez ma défense, vous mourriez .

Quoi de plus juste en soi qu'un pareil commandement ! quoi de plus facile à exécuter ! quoi de plus propre à en assurer r<>bservancc que les terribles châtiments par

lesquels Dieu le sanctionne! Vous mourrez, cesi-k-d'\Te votre corps mourra, votre arne mourra, et vous resterez morts ou séparés de moi pendant toute T éternité. Nonseulement vous mourrez, vous, mais si vous ôtes prévaricateur, vous condamnerez à la mort toute votre postérité; si au contraire vous êtes fidèle, vous vous assurez pour v(^s-m6me et pour tous vos descendants les privilèges et le bonheur dont vous jouissez ' .

Cet unique précepte résumait tous les devoirs de riiomme. Sa fidélité à l'accomplir était le lien sacré qui 1 unissait à son Créateur ; là, était en abrégé, toute la religion de rhomme innocent. Créé dans un état de justice surnaturelle, il avait toutes les grâces nécessaires pour la pratiquer. Qu'il se montre toujours obéissant et fidèle, et la longue chaîne des êtres dont il forme l'anneau supérieur se rattache à Dieu ; et à lui la paix , à Dieu la gloire, à tout l'univers l'ordre et l'harmonie.

0 Père du genre humain ! aimez ce facile précepte, aimez-le pour Dieu, aimez-le pour vous, aimez-le pour nous, aimez-le pour lui; oui, pour lui, car il est le titre fondamental de votre gloire.

En efTet, le dernier trait de la grandeur de l'homme et de sa suprême élévation sur les animaux, c'est le commerce qu'il a avec son Créateur par la Religion; et dans ce précepte , elle se résume toute entière. Enveloppés des plus épaisses ténèbres, les animaux ignorent la main qui les a formés. Ils jouissent de l'existence, et ne sauraient remonter h l auteur de la vie.

' St. Aug. Cité de Dieu, t. ir. 438. /j7}.

L'homme seul s'élève à ce divin Principe; et , prosterné au pied du trône de Dieu, il adore dignement la bonté ineffable qui l'a créé.

Par une suite des éminentes facultés dont l'homme est enrichi, Dieu daigne se révéler à lui, et le conduire comme par la main dans les routes du bonheur. Les différentes lois qu il a reçues de la sagesse suprême sont les grands flambeaux placés de distance en distance sur le chemin qui conduit du temps à l'éternité. Eclairé par cette lumière céleste, 1 homme avance dans la carrière de la gloire, déjà il saisit la couronne de vie, et en ceint son front immortel.

Adam, qui se sentait plein de courage et pénétré de reconnaissance, ne regarda vraisemblablement la loi de s'abstenir d un seul fruit que comme une légère épreuve de sa vertu, et peut-être qu il crut dès-lors acquis à sa postérité des avantages attachés à une abstinence si facile. Hélas ! il ne savait pas à quelle tentation sa fidélité allait être bientôt exposée.

Dieu, dont la puissance est infinie, et dont la sagesse s'est jouée dans la création de l'univers, avait tiré du néant plusieurs espèces de créatures. Les unes visibles et purement matérielles, telles que la terre, I eau, les minéraux et les plantes; d'autres, tout à la fois visibles et invisibles, matérielles et spirituelles, les hommes; d'autres enfin, invisibles et purement spirituelles : ce sont les Anges.

Ainsi, il n'y a point de sauts dans la nature, point de rupture dans la magnifique chaîne des êtres. Tous les

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anneaux se tiennent, s'encliaînent les uns au\ autres par des rapports de plus en plus parfaits, en sorte qu'arrivée à l'homme, cette chaîne éblouit des rayons de sa gloire, notre faible raison. Mais voilà que cette chaîne de la création ne se termine point à I homme; il n'en est pas le plus brillant anneau. S'il voit au-dessous de lui des myriades de créatures moins parfaites, audessus de sa tête apparaissent des millions d'autres plus parfaites que lui ; entre celles-ci sont divers degrés de perfection, suivant qu'elles approchent de plus près de I Océan de toute perfection. Là, dans cet univers supérieur au nôtre, et dont T étendue est peut-être au monde visible, ce qu'est le soleil à un grain de sable, brillent comme des astres resplendissants , les hiérarchies célestes .

Là, rayonnent de toutes parts les chœurs angéliques; au centre de ces augustes sphères, éclate le Soleil de justice, l'Orient d'en haut, dont tous les astres empruntent leur lumière et leur splendeur. Célestes hiérarchies ! vous vous anéantissez en présence de l'Eternel , votre existence est par lui ; l'Eternel est par soi ; il est celui qui est ; seul il possède la plénitude de l'être, et vous n'en possédez que l'ombre. Vos perfections sont des ruisseaux; l'être infiniment parfait est un Océan, un abîme dans lequel le Chérubin n'ose regarder.

Tel est le monde angélique. Il nous touche de si près, il a sur le nôtre tant d inlluence, que rien n'est plus intéressant pour nous que d'en étudier les habitants et les merveilles. D'ailleurs, avant de s'établir dans une ville ou de s'engager dans une communauté, on cherche

à connaître les personnes avec qui on doit passer sa vie. Or, nous devons habiter éternellement avec les Anges dans le Ciel , nous devons leur devenir semblables, commençons donc, pour parler avec un grand Pape, à faire connaissance avec eux'.

1" Leur nature. Les Anges sont des créatures intelligentes, invisibles, purement spirituelles et supérieures à l'homme. Il est de foi qu'il y a des Anges bons et mauvais. Il n'y a presque point de pajje dans l'Ecriture qui n'atteste leur existence'. Les Anges furent créés en même temps que le Ciel et la terre ^ . Telle est la doctrine formelle de l'Eglise^.

Mais quel jour les Anges furent-ils créés? La réponse à cette question importe assez peu. Saint Augustin et saint Grégoire pensent que les Anges ont été créés en même temps que les Cieux. Au reste, si Moïse ne s'est pas expliqué plus explicitement sur la création des Anges, la raison en est, suivant saint Thomas, d'accord en cela avec les deux saints Docteurs que nous venons de citer.

' In resurrectione crunt sicut Angcli Dei. Matth. c. xxii. — Inoamus amicitiam cum Angclis. St, Lco.

Par exception, nous rapporterons ici dans Jeur entier les textes des Conciles et des Pères. On en comprendra facilement la raison.

2 Angelos pêne omnes sacri eloquii pag;in3c testantur. — St. Greg. homil. XXXIV. in Evang.

^ Illud evidenter divinus sermo déclarât, neque post sidéra produclos angelos, neque anle Cœlum terramque constitutos. Est enim certa illa et immutabilis scntentia, anle Cœlum et terram, nihil omnino conditarum rerum exlitisse, quoniam in principio creavit Deus Cœlum et terram, ut illud sit crcandi principium, ante quod creatis ex rébus omnino nulla fucrat. — St. Epipli, Hajres. 65.

4 Voyez le m* Concile de Lîlran.

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qu'il y avait sujet de craindre que le peuple juif, dont le penchant à l'idolûtric lui était connu, n'en prît occasion de se porter à ([uelque culte superstitieux ' . On peut dire aussi , avec le commun des interprètes , que l'objet principal de la narration de Moïse était l'ordre de la création du monde sensible '.

Les Anges furent créés dans l'innocence et la justice^ mais la grâce sanctifiante dans laquelle ils avaient été créés ne les rendait p«s impeccables. L'immutabilité dans le bien devait être la récompense de leur fidélité , et du bon usage qu'il feraient de leur libre arbitre avec le secours de la grâce.

Les Anges sont supérieurs à l'homme, d'abord parce qu'ils sont de pures intelligences, ensuite parce qu ils ont des connaissances beaucoup plus étendues et plus parfaites que les nôtres , et que leur puissance est aussi beaucoup plus grande. Cependant la science des Anges ne s'étend pas généralement à tout. En parlant de son second avènement. Notre Seigneur dit que les Anges même n'en savent ni le jour ni l'heure.

Ainsi , il y a des choses dont Dieu s'est réservé le secret à lui seul. Telle est, entre autres, la connaissance des cœurs et des événements futurs qui dépendent du libre concours des volontés. Les auteurs sacrés parlent

' Ne populo riuli cui lex proponcbalur idololulrix darelur occasio, si plures spiritualcs substanlias super oinncs corporcas introduceret scrmo divinus. — St. Tliom. Opuscitl.

« St. Hicron. Epis t. 139.

3 Si quis dicil diaboliim non fuisse primo Angclum honuin a Heo cratum, anathcma sit. — Con. lyracarcnsc^ c<in. vu.

toujours de cette connaissance comme d' un caractère incommunicable de la divinité ' . Mais en refusant aux Anges la connaissance certaine du secret des cœurs, on doit convenir qu'ils peuvent, par des signes extérieurs , conjecturer ce qui s'y passe d'une manière bien plus sûre que nous ne pouvons le faire \ Cette science conjecturale s'étend aussi aux événements.

2° Mauvais Anges. Pas plus que l'homme, les Anges ne furent créés impeccables. Atant de les confirmer en grâce , Dieu les soumit à une épreuve. Voici , suivant une opinion fondée quelle fut cette épreuve : Dieu leur fit connaître l'Incarnation de son Fils et l'obligation d'adorer un Homme-Dieu. Adorer un Homme-Dieu leur parut une humiliation insoutenable . Indignés de ce que le Verbe éternel n'avait pas pris la nature angélique pour l'unir à la sienne, ils se révoltèrent \ A leur tête était Lucifer, peut-être le plus beau des Archanges ,

' Prescius rerum et cordium cognitor solus est Deus : nec enim vel angeli cordis abscondita aut fatura videre possunt. — St, Ath. quasi. 25 ad Antiockenos. — Daemones possunt miracula simulare et apparenter facere : prœscientiam autem futurorum et praedictionem evidentem nullus habct, ueque Angélus et quanto minus daemones. — Theophilact, in cap. 1. Joannis.

' Non debemus opinari dxmones occulta cordis rimari, sed ex corporis habitu et gestibus acstiraare quid versemus interius. — St Hier.

3 Probat Joannes a sancto Thoma nihil repugnare quod cum Angelis in via revelalura esset mysterium Incarnalionis sallem quoad substantiam, inter objecta materialia ciica quae eorura superbia in primo peccalo se explicuit, unum fuerit Lnio bypostatica inordinatc appctila naturac angelicae, id est solura ratioue propriae cxcellenliae, et quia se digniorem existimavit illo summo bonore indigne fcrens eura nalurcc bumanae sibi infcriori concedi : quocl lolum perlinel adsuperbiam. Utrum tanien ita de facto conligorit , falclur rem esse inccrtaui. Uxc pro opinionc probabili

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comme son nom l'indique'. D'autres tIiéolof;;iens attribuent le malheur des mauvais Anges , tout à la fois h la jalousie qu'ils connurent contre l'homme qu'ils voyaient créé à limajie de Dieu , et établi comme un jietit Dieu sur la terre ; et à l'orgueil ou à la vaine comj)laisancc qu'ils prirent en eux-mêmes et dans leurs perfections , comme s'ils ne les eussent pas tenues de Dieu \ Aussitôt punis que coupables , tous les Anges rebelles furent précipités dans l'abîme. La possibilité du repentir ne leur fut point laissée; mais changés subitement en horribles démons, ils furent immuablement fixés dans un malheur éternel.

Admirons ici avec une humble reconnaissance la différence que la miséricorde divine a mise entre eux et nous. La porte de la pénitence est ouverte aux hommes pendant tout le temps de leur vie , au lieu que les mauvais Anges furent d'abord après leur chute dans le même état où seront les hommes pécheurs après leur mort ^ . La damnation éternelle des Anges réprouvés, comme celle des hommes, consiste dans la privation de la vision

prœstanlissimi llicologi. — liiUnavt, i. m. /?. 4"3. — J'oyez aussi Siiare:. lib.w de Angclia, c. 6. et Sijlvitts, art. v. q. 57 partis i. D. Thomac.

« Haud solus cecidit veruin agniiiic soplus ingciili. — Grcg. ?sai. cnnn. 6.

^ St. lien. lib. IV, c. 78. — St. Atig. lib. n. c. 13, do Gen. ad litter.

3 2. Pelr. 2. — Soins honio inter crcaturas iiUrlIocliialos poluit pœnilenliam agendo venia dignus elVici, iicc cnini Angeli, aul d.Tmoncs pœnitentinm agendo, \ouia digni cflici possuiU. — Grcg. y^ss. lih. 1. phil. c. 5.

Qnod hominibus mors csl, angclis est casns. — Joon. Damas, lib. 2, c. h.

intuitive et dans la peine du feu. Il est inutile d'en chercher d'autres preuves que ces paroles de Notre Seigneur aux réprouvés : Retirez -vous de moi, maudits; allez au feu éternel qui a été préparé au Démon et à ses Anges. Ils souffrent cette double peine dès I" instant de leur chute, ainsi que les réprouvés la souffrent dès l'instant de leur mort ' .

PRIÈRE

0 mon Dieu! qui êtes tout amour, je vous remercie d'avoir comblé nos premiers parents de tant de gloire et de bonheur. Je vous remercie de nous avoir faits si grands , que de nous établir par la religion en communication avec vous ; accordez-nous la grâce de porter fidèlement votre aimable joug.

Je prends la résolution d'aimer Dieu par-dessus toute chose, et mon prochain comme moi-même pour l'amour de Dieu; et, en témoignage de cet amour, je ferai chaque jour un acte dliumilité.

OUVRAGE DES SIX JOURS. — SUITE DU SIXIÈME JOUR

i). Dans quel état l'homme fut-il créé?

7?. L'homme fut créé avec toutes les qualités et tous

' Aliqui (lixerunt ad diem judicii differri pœnam sensibilem tam dxnioiicm qimm animarum et similitcr bealitudiacm sancloruui, quod est erroneuni. — Sf. Tli, 1, q, 0^. art. !;. ad. 3.

les privilèges d'une nature parfaite. Il fut encore ciéc dans un état de grâce et de justice surnaturelle.

Q. Expliquez cette vérité.

R. Au lieu de voir Dieu dans les créatures comme dans un miroir, ce qui suffisait à son bonheur, l'homme fut destiné à le voir face à face , comme les Anges le voient dans le Ciel , ce qui est un bonheur infiniment plus grand. Dieu ne le devait pas à l'homme. L'homme ne pouvait y parvenir par les seules forces de sa nature. Dieu lui donna un secours, c est-à-dire, des lumières et des moyens particuliers : ce secours c'est la grâce ; ainsi la grâce ne détruit pas notre nature, elle la perfectionne.

Q. L'homme innocent était-il heureux?

R. L'homme innocent était très-heureux ; son esprit connaissait tout ce qu'il devait connaître ; son cœur aimait tout ce qu'il devait aimer; son corps était exempt d'infirmités et immortel. Après avoir adoré , aimé, contemplé Dieu dans les créatures, il devait aller, sans passer par la mort , le contempler face à face dans le Ciel pendant toute l'éternité.

Q. Comment fut créée la première femme?

R. Dieu envoya un sommeil mystérieux à Adam. Pendant qu'il dormait, l'ouvrier tout-puissant qui avait créé le corps de l'homme du limon de la terre , lui enleva sans violence une de ses côtes ; il en forma un corps auquel il unit une ame raisonnable. Ainsi fut créée la première femme. En la voyant, Adam s'écria : Voilà l'os de mes os et la chair de ma chair. Le Seigneur les

bénit ensuite , et institua la sainte société du mariage.

Q. Quel commandement Dieu fit-il à nos premiers pères?

JR . Jusque-là , Dieu n'avait parlé à nos premiers Pères que de leur autorité et de leur bonheur ; il était bien juste qu'il leur demandât l'hommage de leur reconnaissance. Il leur dit de manger de tous les fruits du paradis terrestre , excepté le fruit de la science du bien et du mal. Etait-ce trop? Il leur avait donné l'empire du monde , il leur promettait le Ciel , et pour toute reconnaissance, il ne leur demandait que de s'abstenir d'un seul fruit, leur laissant l'usage de tout le reste.

Q. Nos premiers parents devaient-ils obéir à Dieu? R. Nos premiers parents avaient toutes sortes de raisons d'obéir à Dieu : 1" ce commandement était trèsjuste en soi; 2° il était très-facile; 3° ils avaient toutes les grâces nécessaires pour l'accomplir; 4° ils avaient tous les motifs de ne pas le violer : leur bonheur et celui de leurs enfants, dans le temps et dans l'éternité, devait être le prix de leur obéissance.

Q. Par qui furent-ils tentés?

R. Ils furent tentés par le démon. Dieu, dont la sagesse et la puissance sont infinies, avait créé des Anges. Les Anges sont des créatures spirituelles et supérieures à l'homme. Quelques-uns se révoltèrent contre Dieu, ils furent aussitôt punis et changés en démons.

PRIÈRE

0 mon Dieu ! qui êtes tout amour, je vous remercie

d'avoir comblé nos premiers parents de tant de gloire et de bonheur, et de nous avoir établis, par la religion, en communication avec vous ; accordez-nous la grâce de porter fidèlement votre aimable joug.

Je prends la résolution d'aimer Dieu par-dessus toute chose, et mon prochain comme moi-môme pour l'amour de Dieu; et, en témoignage de cet amour, je ferai chaque jour un acte d'humilité.

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