HISTOIRE DE JOB
Conséquence de la doctrine de saint Léon et de saint Thomas. — Les hommes ont toujours eu la grâce nécessaire pour croire au Rédempteur. — Preuves de raison. — Témoignages historiques. — Job témoin et prophète du Rédempteur. — Son histoire. — Ses richesses. — Sa gloire. — Ses revers. — Sa patience. — Visite de ses amis. — Job justifié et récompensé.
La foi au Rédempteur ayant toujours été nécessaire au salut, il faut en conclure que tous les hommes, sans distinction d'ûge ou de pays, ont toujours eu la grâce nécessaire pour croire en ce Rédempteur. Mais il n'a pas été nécessaire que cette foi eût dans tous les hommes le même degré de lumière. La raison de ceci est que Dieu veut le salut de tous les hommes, et que Notre Seigneur est mort pour tous les hommes; sans exception. Il a donc donné et conservé aux hommes les lumières et les grâces nécessaires pour se sauver, de manière que le salut n'a jamais été impossible à personne.
Or, pour arriver au salut, la foi du Rédempteur a toujours été nécessaire, comme nous l'avons vu dans la leçon précédente. Nous savons bien que les Juifs l'ont toujours conservée; en est-il de môme des Gentils? Comment ont-ils eu, comment ont-ils conservé cette foi nécessaire au mystère de la Rédemption ?
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Nous ne pouvons pas sonder l'abîme des conseils de Dieu, ni compter tous les moyens qu il a de se communiquer à sa créature bien-aimée; il en est cependant plusieurs qui nous sont connus.
l°LesGentils étaient comme les Juifs, enfants d'Adam et de Noé. Ils avaient donc eu connaissance de l'état du premier homme, de sa chute, des premières promesses d'un Réparateur. En s' éloignant du berceau commun , ils avaient emporté avec eux ces traditions diverses : leur histoire en fait foi ' . Les vestiges de la croyance à un Rédempteur se retrouvent jusque dans les oracles des sybilles et dans les chants populaires \ C est là sans doute un de ces dogmes fondamentaux de la religion, dont les évoques de France ont dit dans une déclaration récente, qu'on trouvait la trace dans les traditions des différents peuples ^ Ceux qui parmi vous, disait Tertullien, aux Payens de son temps, ont imaginé leurs fables pour décréditer la vérité par un faux air d'imitation, savaient qu'au fond le Christ devait venir ^.
Il en est même parmi les Gentils qui ont prédit la
» Tout le monde connaît les témoignages célèbres de Tacite et de Suétone ; nous les rapportons au commencement du tome troisième de cet ouvrage.
> Sur les Sybilles, leur nombre et l'authenticité de leurs livres, voyet Lactance, div, instit. — St. Augustin, Cité Dieu. — St. Justin, opolog, — Et surtout le savant père Grisel, jésuite, dans son ouvrage le Mystère de t' Homme- Dieu.
3 Libenter agnoscimus cum docloribus religionis apologistis vestigia primitivœ revelationis circa veritates quae basis et fundaraenta sunt religionis et morum, in variorum traditionibus populorum deprehendi. — Censure des ouvrages de M. de Lamennais.
4 Apol. XXI.
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venue du Messie; témoin le saint homme Jeb. Saint Augustin (lit que la Providence a permis que cet homme , quoiqu'au milieu de la Gentilité , appartînt à la vraie religion, pour nous apprendre qu'il y en avait d'autres encore parmi les Payens qui faisaient partie de cette sainte et universelle société'. Témoin encore le fameux tombeau qui fut ouvert quelques siècles après la venue du Messie, et dans lequel on trouva une lame d'or placée sur la poitrine du mort, portant cette inscription : Le Christ naîtra de la Vierge; et moi je crois en lui. 0 soleil! tu me reçerras sous le règne de Constantin et d'Irène.
2° Saint Thomas dit que la révélation du Messie fut faite à un grand nombre de Payens . Si cependant , ajoute-t-il , il y en a qui furent sauvés sans cette révélation ; il ne furent pas pour cela sauvés sans la foi du médiateur ; car, quoiqu'il n'eussent pas une foi explicite , ils eurent cependant une foi implicite en la divine Providence, croyant que Dieu sauverait les hommes par les moyens qui lui conviendraient et suivant que son Esprit l'avait révélé à ceux qui connaissaient la vérité'.
Ainsi, ni les Payens ni les Juifs, n'ont jamais pu être
' St. Aug. Cité de Dieu, l. m. c. hl.
' Diccndum quod multis gcntiliiini facta fueril revelatio de Christo, ut palet per ea quai prajdixerunt, nani Job 19 dicitur : Scio quod Rcdcmplov meus vivit. Sybilla etiam pranunliavit qiKrdani de Cliristo, ut Aug. dicil lib. 13 contra Faust, c. 15. Invcnitur cliam in historiis Romanoruiu quod tempore Conslantini Augusti et Irenx-, malris ejus[,] fuit quoddam se.
['] Ce Constantin n'est pas le grand Constantin , mais le cinquii-nic ou le sixième empereur de ce nom, dont la mère s'appelait Irène. — f'oyet Baronius t. ix. ad anniiyn 780 ». 12, qui rapporte Ic même fuit.
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sauvés sans la foi au moins implicite, suivant l'explication de saint Thomas, au mystère de la rédemption. De plus, Notre Seigneur étant mort pour tous les hommes qui ont été , qui sont et qui seront à jamais , il faut en conclure que Dieu a toujours donné et qu'il donne encore à tous les hommes, même aux infidèles, les grâces de salut qui, par conséquent, tendent directement ou indirectement à conduire ces infidèles à la connaissance de Jésus-Christ. S'ils étaient dociles à y correspondre, Dieu, certainement, ^leur en accorderait déplus abondantes; par conséquent, aucun infidèle n'est réprouvé à cause du défaut de foi en Jésus - Christ , mais pour avoir résisté à la grâce ' .
Le plus célèbre de tous ces Prophètes du Messie dans la gentilité est sans contredit le saint homme Job. Sa vie pleine de grandes instructions et d'utiles exemples , trouve naturellement ici sa place . Modèle achevé de patience, vrai héros de l'adversité. Dieu semble l'avoir spécialement choisi pour offrir en sa personne , à tous les siècles, le touchant spectacle de f homme vertueux aux prises avec l'infortune; mais qui, soutenu par la
pulchnim, in quo jacebat homo, auream laminam habens in pectore, in qua scriptum erat : Christus nascetuv ex virgine el ego credo in eutn : O sot, sub Irène et Constantini tcmporibas iterum me videbis. Si qui tuineu salvati fuerunt, quibus revelalio non fuit fada, non fuerunt salvati absque Gde mediatoris ; quia etsi non habuerunt fidem cxplicitam , babuerunt tamen fidem iuiplicitam iu diviua Providentia ; credenles Dcuni esse liberatorem liominum secundum niodos sibi placitos, et secundum quod aliquibus veritalem coguoscentibus Spiritus rerelasset. — D. Th. 2. </. 2. art. vu.
' Bergicr , Jrt. infidclitc.
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pensée du Ciel , se montre supérieur aux nriisères de la vie présente. Voici son intéressante histoire.
Un homme habitait la terre de IIus; son nom était Job : simple et droit, il craignait le Seigneur et fuyait le mal. Il avait sept fils et trois (illes. Outre cette belle et nombreuse famille, il possédait ce genre de biens qui faisaient alors le fonds et le patrimoine des maisons les plus distinguées. Sept mille brebis , trois mille chameaux , cinq cents paires de bœufs, cinq cents ânesses, un nombre proportionné d'officiers et de domestiques, le rendait un des princes les plus opulents de l'Orient.
Il élevait ses filles auprès de lui. Pour ses sept garçons, il leur avait donné des maisons et des terres. Abondamment pourvus de ce qui était nécessaire à leur entretien, ils vivaient séparément chacun chez soi. Un des plus grands soins du vertueux père, était d'entretenir la paix et l'union parmi ses enfants. C'est pourquoi il consentait volontiers que ses fils invitassent leur famille, au moins une fois chaque année, le jour de leur naissance. Il envoyait alors ses trois filles chez leurs frères, et leur permettait d'être de la fête.
Dès que le jour du festin était passé, ce qui arrivai^ sept ou dix fois chaque année, il réunissait tous ses enfants, il les instruisait de leurs devoirs, et les disposait, par ses saintes leçons, au sacrifice qu'il voulait oftVirau Seigneur pour chacun d'eux ; car enfin, disait-il, ce sont des jeunes gens qui auront bien pu s'échapper à quel(|ue parole indiscrète. Que sais-je s'ils n'auront pas oftensé Dieu dans leur cœur ?
Dans cette crainte , il se levait de grand matin ; et comme parmi les nations anciennes c'étaient les princes et les chefs de famille qui faisaient la fonction de prêtres pour leurs sujets et pour leurs enfants, il immolait lui-même les victimes au Seigneur, en holocauste d'expiation.
Admirable exemple dans un prince Gentil, d'une foi simple] et d'une vigilance vraiment paternelle ; mais exemple qui , commun autrefois dans tous les états du Christianisme, est presque oublié de nos jours. Ce sont cependant ces vertus domestiques et ces exercices soutenus de religion, qui attirent les regards de Dieu, qui charment les Anges, et qui désespèrent les démons. C'est par cet accomplissement fidèle de tous les devoirs d'un bon père de famille , que Job , sans le savoir, préparait son cœur à triompher de tous les efforts de l enfer.
En effet, un jour les Anges bienheureux, intéressés au salut des hommes, paraissaient en la présence du Seigneur, pour recevoir ses ordres et les exécuter . Satan , jaloux et furieux contre les gens de bien, s'y trouva aussi , sollicitant la permission de tenter les hommes et de les persécuter. Satan, lui dit le Seigneur, d'où vienstu? J'ai fait le tour de la terre, répondit-il, et je l'ai parcourue toute entière. Le dessein de Dieu dans cette question était de se faire honneur devant son ennemi de la fidéUté d'un homme vertueux. Le Seigneur veut bien s'en glorifier; et ce doit être là, pour les âmes généreuses, la plus touchante partie de leur récompense.
En parcourant le monde, continua le Seigneur, as-tu
distingué mons(-'rviteui Job? Il n a pas son pareil sur la terre; c'est un homme simple et droit, craignant Dieu et abhorrant le mal. Ce n'est pas merveille, répliqua Satan, si Job vit dans la crainte de Dieu. Est-ce gratuitement qu'il vous sert? vous l'avez rendu riche et puissant ; vous protégez sa famille, ses biens, sa personne; vous bénissez ses entreprises : tous les jours on voit croître sa fortune. Changez de conduite à son égard; appesantissez tant soit peu la main sur lui ; laissez-moi du moins la liberté : bientôt vous verrez si sa vertu se soutiendra et s'il ne vous maudira pas en face.
Va , dit le Seigneur à Satan, je t' abandonne les biens de Job; mais je te défends de toucher à sa personne. Satan sortit et usa dans toute son étendue de la liberté que Dieu venait de lui accorder. Job ne s'attendait pas au combat , mais les Saints sont toujours suffisamment armés de leur foi , et il n'est point pour eux d'attaques imprévues.
Un jour que le fils aîné de Job , selon la coutume dont nous avons parlé, recevait chez lui ses frères et ses sœurs, un messager accourut auprès de Job et lui dit : Vos bœufs labouraient et vos anesses paissaient auprès, et les Sabéens ( peuples voleurs et vagabonds poussés par Satan) sont venus, et ils ont tout enlevé, et ils ont passé au fil de l'épée tous les domestiques ; j'ai seul échappé et je viens vous annoncer cette nouvelle.
Il parlait encore, lorsqu'arriva un second courrier qui dit à Job : Le feu du Ciel est tombé sur vos troupeaux et sur vos bergers ; la foudre les a ( onsuraés et
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réduits en cendre ; je me suis sauvé seul pour vous en apporter la nouvelle.
Celui-ci n'avait pas achevé de parler qu'il en vint un troisième. Les Chaldéens, dit-il, sont venus en trois grandes troupes; ils se sont jetés sur vos chameaux, ils les ont emmenés ; ils ont tué vos gens ; je suis le seul qui n'ait pas péri dans le massacre.
Avant la fm de ce récit, un quatrième courrier arriva, qui dit à Job : Vos fils et vos filles étaient à table dans la maison de leur frère aîné , lorque tout à coup il s'est élevé du désert un vent impétueux qui a ébranlé les quatre coins de la maison; elle s'est renversée sur vos enfants , tous ont été écrasés sôus les ruines ; ils sont morts; j'ai échappé seul et je suis venu vous apprendre ce funeste accident.
A ce dernier coup, Job se leva et déchira ses vêtements; puis, s' étant rasé la tète, il tomba le visage contre terre et adora le Seigneur en disant : Je suis sorti nu du sein de ma mère, et je rentrerai nu dans le sein de la terre. Le Seigneur m'avait tout donné, le Seigneur m'a tout ôté. Il n'est arrivé que ce qu'il a plu au Seigneur. Que son nom soit béni !
Jusqu'à cet effort héroïque de foi et de courage, Job était à plaindre. Il cesse de l'être dès que la Religion a pris le dessus dans son cœur . Si tous les afiligés suivaient cet exemple, on pourrait bien voir encore de grandes calamités sur la terre, maison n'y verrait plus de malheureux inconsolables.
Job n'en était cependant pas à sa dernière épreuve. Un
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jour, continue lliislorieu sacré, les Anges se présenlèrent devant le trône de Dieu, et Satan s'y trouva aussi. D'où viens-tu, Satan, lui dit le Seigneur comme la première fois? J'ai fait le tour de la terre, répondit-il, et je l'ai parcourue toute entière. As-tu considéré mon serviteur Job? Tu m'as excité contre lui, je t'ai abandonné ses biens et ses enfants. M'en aime-t-il moins, et l'as-tu soulevé contre moi?
Je n'en suis pas surpris, répliqua Satan, on se console de tout quand on conserve la santé et la vie. Mais étendez la main jusque sur sa personne ; frappez sa chair et que la douleur pénètre ses os, et vous verrez s'il ne vous maudira pas en face.
Soit, répondit le Seigneur, je te l'abandonne ; seulement je te défends d attenter à sa vie. C'était étendre bien loin la liberté du tentateur. Il la mit en œuvre sans différer. Etant sorti de devant la face du Seigneur il frappe Job d'une plaie effroyable qui s'étend de la plante des pieds jusqu'à la tête. Déjà pauvre, et maintenant malade, dégoûtant, Job en est réduit à se coucher sur un fumier et à se servir des morceaux d un vase de terre brisé, pour ôter le pus qui découle de ses ulcères. Tant de souffrances ne mirent aucun trouble dans lame du juste, ni sur sa langue aucun murmure, aucune parole indiscrète. C'est alors que le démon employa le dernier moyen et à son gré le plus imman(|uable, [»our mettre à bout la patience du malheureux le plus résigné.
Job avait une femme ; elle aurait dû être sa consolation. En effet, les soins, les assiduités et les services
d'une épouse pénétrée des senlimenls de la Religion, peuvent adoucir les peines d'un homme vertueux et souffrant .
Celle-ci s'était vue riche, puissante, honorée, mère de plusieurs enfants; elle avait tout perdu sur la terre. Le malheur fut qu elle ne se contenta pas des espérances qui lui restaient dans le Ciel . Job , bien différent de sa femme , continuait de bénir Dieu. Piquée de la constance de son mari, peut-être plus que de ses propres disgrâces, elle lui dit avec une amère ironie : Demeurez encore dans votre simplicité, continuez de louer Dieu, il vous traite de manière à mériter votre gratitude ; encore quelques actions de grâce à ce Maître bienfaisant. Allons, bénissez-le pour la dernière fois et mourez .
Vous venez de parler, lui répondit Job avec une tranquillité qui dut convertir ou désespérer son épouse, comme une de ces femmes insensées à qui la douleur ôte l'usage de la raison. Si nous avons reçu des biens de la main du Seigneur, pourquoi n'en recevrions-nous pas les maux qui nous affligent. ?
Parmi ces peines de tout genre, le saint homme ne laissa pas échapper la moindre plainte, le moindre de ces emportements injurieux qui attaquent la providence de Dieu, et qui ôtent aux afflictions passagères du temps tout le mérite qu'elles ont pour T éternité. Ce fut véritablement alors que la foi du vrai Dieu donna au monde un spectacle digne de l'admiration des hommes et des Anges; c est-à-dire, un juste aux prises avec l'adversité et supérieure tous ses traits.
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Le bruit des malheurs et des disgrâces de Job se répandit bientôt dans les pays voisins de ses états. Trois seigneurs ou petits rois ses amis particuliers, convinrent d'aller voir et consoler leur ami commun. Ces princes se nommaient Eliphaz de Théman, Baldad de Sucha, et Sophar de Naamath.
Du plus loin qu'ils l'aperçoivent ils arrêtent leurs regards sur leur ami, mais ils ne le reconnaissent pas. S' étant approchés, ils poussent un grand cri ; les larmes coulent de leurs yeux; ils déchirent leurs vêtements et se couvrent la tôte de poussière ; ils s'assoient par terre, et durant sept jours et sept nuits ils gardent un morne silence. Ainsi, pour toute consolation, Job voit des hommes consternés, des visages abattus, des yeux baignés de pleurs.
Enfin Job rompt le silence. Tout soumis qu'il est aux ordres de Dieu, il commence par un discours éloquent, bien propre à nous faire connaître ce que Dieu permet ou ce qu'il pardonne à la douleur de ses amis, quand leurs plaintes, quoique vives et amères, sont humbles et respectueuses.
Périsse, s'écrie-t-il, le jour où je suis né ! que ce jour soit changé en ténèbres ! que Dieu lui-même ne le découvre plusl que la lumière ne l'éclairé jamais!
Ses amis lui répondent que les maux dont il se plaint sont justement tombés sur lui ; que s'il n'était pas coupable de quelque crime secret, Dieu ne l'aurait pas afiUgé. Job reprend et soutient qu'il est innocent et que Dieu éprouve quelquefois le juste par l'adversité.
C'est dans une de ses réponses à ses amis, pour leur prouver qu'il est innocent, que le saint homme laisse échapper cette magnifique profession de foi au Dieu rédempteur qui saura bien dévoiler tous les secrets des cœurs et rendre à chacun suivant ses œuvres, après avoir ressuscité tous les hommes appelés à son tribunal. Ayez pitié de moi, ayez pitié de moi , vous du moins mes amis, car la main de Dieu m'a touchée. Pourquoi, avides de mon supplice, me persécutez-vous aussi, en me reprochant des crimes dont je suis innocent? Mais puisque vous m'outragez par vos reproches et que vous serablez vous repaître de mes maux, je trouverai dans ma foi le soulagement que vous me refusez. Puissent mes paroles et les sentiments de mon cœur être écrits et conservés à la postérité î puissent-ils être gravés sur le plomb avec un style d'acier, ou sculptés sur la pierre avec le ciseau! Oui, je sais que mon Rédempteur est vivant , et que je ressusciterai de la terre au dernier jour . Je serai de nouveau revôtu de ma peau, et dans ma propre chair je verrai mon Dieu, témoin de mon innocence ; je le verrai moi-même, de mes yeux, et mes yeux le contempleront , moi-même et non un autre : cette espérance repose en mon sein.
Malgré toutes ces protestations d'innocence, les amis de Job persistent à soutenir qu'il est coupable et que ses fautes sont la cause des maux qui Tacc^iblent. Dieu qui voyait ces combats, et qui préparait à Job la victoire, ne tarda pas plus long-temps à se déclarer pour lui et à conlondre la calomnie. Mais il était échappé à Job
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quelques paroles indiscTÙles. Patient dans ses douleurs, il avait porté trop loin la vivacité de son zèle contre l'aveuglement de ses amis et l'iniquité de leurs jugements. Le Sei|^neur lui en fit une charitable remontrance. Tout en l'adressant au saint homme, elle devenait aussi une leçon pour les princes ses amis.
Le Seigneur commence par Ténumération des merveilles de la nature. Toutes ces interrogations qu'il adresse à Job, et qui, au premier coup d'œil, paraissent étrangères à la question dont il s'agit, s'y rattachent merveilleusement. Voici le raisonnement du Seigneur: Vous ne pouvez comprendre l'ordre de la nature, et vous voulez sonder celui de la grâce. Vous ne connaissez pas les lois par lesquelles ma providence dirige les créatures inférieures que vous voyez , et vous voulez expliquer et juger celles par lesquelles je conduis le monde supérieur. Raisonnement vraiment divin, qui, en humiliant la curiosité et l'orgueil de I homme, ouvre son cœur aux vertus propres à sa faiblesse, l'humilité et la foi.
Le Seigneur s' adressant donc à Job du milieu d une nuée ténébreuse, lui dit -.Ceignez vos reins comme un guerrier. Je vais vous interroger, répondez-moi. Où étiez-vous quand je jetais les fondements de la terre ? qui en a établi les mesures, le savez-vous?qui a étendu le cordeau sur elle ? sur' quoi ses bases sont-elles affermies? qui a renfermé la mer dans son lit, quand elle rompait ses liens comme l'enfant qui sort du sein de sa mère, et que je l'enveloppais de nuées comme d'un vêtement , et que je l'entourais de ténèbres comme des langes
de l'enfance? est-ce vous qui commandez à l'étoile du matin ? qui montrez à l'aurore le lieu où elle doit se lever ? Quel est le sentier de la lumière , et la demeure des ténèbres ? Saviez-vous si vous deviez naître ? connaissez-vous le nombre de vos jours ? Par quelle voie se répand le jour ? par quel chemin l'aquilon fond-il sur la terre? qui a tracé les sillons de la foudre ? est-ce vous qui l'enverrez, et elle ira; et, revenant, vous dira-t-elle : Me voici? Est-ce vous qui fournissez la pâture à la lionne, et qui rassasiez les lionceaux ? est-ce vous qui préparez au corbeau sa nourriture, quand ses petits errent, çà et là, et que, pressés par la faim, ils crient vers le Seigneur?
Les pluies, la neige, la grêle, le chaud et le froid, les tonnerres et les orages, les propriétés et les instincts des animaux ; les ressorts, les ressources et les harmonies de la Providence dans le gouvernement du monde physique, sont autant de matières sur lesquelles le Seigneur prit plaisir à promener pour ainsi dire la curiosité de Job, et à mettre à bout ses connaissances. Job, humilié, confessa de bonne foi qu'il n'en savait pas assez pour répondre au Créateur.
Tel est l'aveu auquel se réduiront, comme Job, tous les hommes droits et sensés, malgré les découvertes que nos savants modernes s'imaginent faire tous les jours dans les secrets de la nature.
Dieu, content de son serviteur, reprocha aux trois Princes la témérité de leur jugement, et l'amertume de leurs paroles. Il exigea qu ils lui offrissent un sacrifice
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d" expiation. Job, ajouta le Seigneur, priera pour Vous; à sa considération , je vous pardonnerai . En effet , le sacrifice fut offert ; Job l'accompagna de ses prières. Le Seigneur les exauça ; et les trois rois, redevables à leur ami de leur réconciliation avec Dieu, retournèrent chez eux.
C'est à ce moment que les prodiges du rétablissement et de la guérison de Job s'opérèrent. Le Seigneur lui rendit la santé, lui donna le môme nombre d'enfants , et doubla les grandes richesses que le démon lui avait enlevées. Comblé de biens, environné des respects de tout l'Orient, Job vécut encore cent quarante ans; il vit ses fils et les enfants de ses fils jusqu'à la quatrième génération, et il mourut fort avancé en âge, et plein de jours.
Ainsi se termina la vie du saint homme, pour l'édification de tous les justes éprouvés, et pour donner un puissant motif de consolation à tous les affligés soumis et patients.
O mon Dieu ! qui êtes tout amour, je vous remercie d'avoir donné à tous les hommes la grâce nécessaire pour connaître leur Rédempteur; faites que tous en profitent, et qu'à l'exemple de Job, nous supportions courageusement les peines de la vie, dans la pensée de notre résurrection et de notre récompense future.
Je prends la résolution d'aimer Dieu par-dessus toute chose, et mon prochain comme moi-même pour l'amour de Dieu; et, en témoignage de cet amour, je veux 7)1 associer à Vceiare de la propagation de la Foi, T. I. 25