DE PERS1-\LI\AA«.L
do Dieu, et dissipcrenl la crainte. La femmo, séduite, porta la main sur le fruit dél'endu : elle en mangea.
Le tentateur s applaudissait . Mais il jugea hien (Ju'Adam était trop instruit pour donner dans un piège aussi grossier' .11 n'entreprit pas de le tromper, il essaya de l'aflaiblir. Il osa répondre de la victoire sur Adam, s'il pouvait employer son épouse à tenter sa complaisance. Elle se défendit aussi mal de cette attaque que de la première. Elle |)résenta donc du fruit à Adam, qui ne fut point séduit par les promesses du démon, mais qui se laissa emporter à une molle complaisance pour sa femme.
Il mangea du fruit fatal qui le dépouilla de son innocence, et qui lui fit perdre eu un moment, pour lui et pour ses descendants, des privilèges dont il avait été honoré pour les leur transmettre, à la charge seulement de se faire une courte et légère violence.
Jusqu'à ce moment, Adam et Eve étaient demeurés nus comme ils avaient été créés. Ils ne rougissaient point de leur nudité ; ils ne s'en, apercevaient même pas. Leurs yeu\ s'ouvrirent, et la connaissance de leur état fut le premier effet de leur prévarication. Ce furent là toutes les lumières qu'ils tirèrent de leur faute : et la science du bien et du mal, si vantée par le tentateur, ne s'étendit pas plus loin. Ils en profitèrent pour se
' Cum homo in primo stalu secunduiu inlelioctum, sir, à Deo fiifiil institutum quoil nullum malum, in ipso erat, et omnia inforiora siiprrioribus subderentur nulle modo decipi potuil nec quoad ca qua» scivit lU'c quoad ea qu;c uescivit. —S. Th. p. 1. q, 9/|. urt. iv.
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couvrir comme ils purent, de feuilles de figuier, dont ils se firent de larges ceintures. Ainsi, ne l'oublions jamais; qu ils soient de lin , de pourpre ou de soie , nos habits nous rappellent la faute et la honte de nos premiers parents. Quelle vanité pouvons-nous en tirer ?
Tout à coup ils entendirent la voix du Seigneur qui se promenait dans le jardin , après midi . Ces paroles signifient que le Seigneur s'empressa de faire sentir aux coupables la faute qu'ils avaient commise , afin de les pénétrer d'un vif remords. Bonté infinie! après que nos premiers parents eurent transgressé la loiqu il leur avait donnée, le Seigneur ne cessa pas de se montrer miséricordieux envers eux; mais toujours semblable à lui-même, il se souvient qu'il est père et médecin. Père, il voit son fils dégradant sa noblesse et renonçant à ses hautes destinées pour se traîner dans la fange; et voilà que, cédant à la tendresse paternelle, il ne laisse point le coupable sans secours, il lui témoigne encore un intérêt compatissant pour l'arracher par degrés à sa bassesse, et le rétablir dans les droits qu'il a perdus. Médecin, il accourt avec empressement près du malade gisant sur le lit de la souffrance, qu'il réclame ou non le secours de son art. C est ainsi que Dieu en agit avec l'homme'. /
Cependant, les coupables ayant entendu la voix du Seigneur, coururent se cacher parmi les arbres du jardin : étrange délire de se croire caché à l'œil du Tout- Puissant qui est partout! Vous diriez ces domestiques insolents, qui , pour fuir la présence de leur maître irrité,
' s. Chry. homiL xvii. in Gen,
DE PERSÉVIiR\XCE. Z%0
voul cacher dans les coins et recoins de la maison, leur trouble et leur fraveur. Ainsi, Adam et Eve, faute d'asile , en vont chercher dans la maison même du maître qu'ils ont outragé , parmi les arbres de son jardin.
Malgré leur [>récaution, le souverain juge les a bientôt découverts. Voilà les coupables en sa présence. Assistons à l'interrogatoire ; écoutons attentivement et les réponses des accusés, et l'arrêt qui va être rendu, tant contre eux que contre le perfide instigateur du crime. D'abord, rappelons-nous la menace que Dieu avait faite à nos premiers parents : Le jour où vous mangerez du fruit de l'arbre de la science du bien et du mal, vous mourrez ' . La mort du corps , la mort de I ame , telle devait être la punition des coupables. La conduite de Dieu envers les Anges rebelles établissait un précédent terrible : la race humaine méritait d'être sur-le-champ précipitée dans la mort éternelle, et la justice de Dieu semblait intéressée à l'exécution rigoureuse de la sentence. Que va faire ce Dieu qui est tout à la foib Juge et Père ? Comment va-t-il concilier les réclamations de sa tendresse et les droits de sa justice ? Suivons cette grande procédure.
Le Seigneur Dieu appela Adam, et lui dit : Adam, où êtes-vous? Il l'appelle par son nom, afin de lenhar- (lir. Adam répondit . J ai entendu votre voix dans le jardin, et j ai eu peur, parce que j élais nu, et je me suis caché. Le Seigneur rej)rit : Comment savez-voiis ' Geii. 1. 16,
310 CATFXHDre
que vous étiez nu , si ce n'est parce que vous avez mangé du fruit défendu ?
Ces premières questions nous montrent dans tout son jour l'inépuisable clémence du juge. Il pouvait ne pas adresser une seule parole au coupable, mais prononcer à l'instant larrêt de mort dont il l'avait menace. Il ne le fait pas : il comprime sa juste indignation, il l'interroge et lui permet de se défendre.
Que va répondre l'accusé ?
Adam répondit : La femme que vous m avez donnée pour compagne ma présenté du fruit de cet arbre, et j en ai mangé. Le coupable ne peut nier son crime; mais au lieu de s humilier et de recourir à la clémence de son juge, il rejette sa faute sur la femme que Dieu lui a donnée. Il semble accuser Dieu même d'être la première cause de sa ruine. Une semblable excuse n'était pas recevable. Aussi, le Seigneur ne daigne pas même en faire justice : Adam, convaincu de désobéissance, il interroge l'autre coupable.
Pourquoi, demanda-t-il à la femme, avez- vous fait cela? C'est-à-dire, vous avez entendu la plainte dirigée contre vous par votre époux, pourquoi êtes- vous devenue l'artisan de son malheur et du votre?
Eve répondit : Le serpent m'a trompée, et j ai mangé de ce fruit. Elle ne se défend pas mieux que son mari. De môme qu'Adam avait rejeté sa faute sur sa femme, ainsi Eve essaie de présenter un autre coupable. Le Seigneur ne presse pas davantage ses demandes. S'il en fait, ce n'est pas pour s instruire, lui, à qui rien n'est
DK PKRSÉVÉRANCE. 311
caché : c'est pour donner une preuve de sa clémence envers les coupables, et leur fournir l'occasion de présenter des moyens de justification, s'ils en ont.
Après avoir reçu la déclaration do nos premiers pères , le Seigneur s'adresse au provocateur , non pour entendre sa défense, non pour l'interroger, mais pour lui prononcer sa sentence. Sans lui demander pourquoi, ainsi qu'il a fait à Adam et à Eve, il lui dit tout court : Parce que tu as fait cela, tu es maudit entre tous les animaux et toutes les bêtes des champs; tu ramperas sur le ventre , et tu mangeras la poussière tous les jours de ta vie. Je mettrai une inimitié entre toi et la femme, entre ta race et la sienne. Cette race te brisera la tète; pour toi, tu tendras des embûches à ses pieds .
Nous sommes impatients de savoir pourquoi c'est le serpent et non pas le démon, l'instrument et non l'auteur même du crime, qui est puni. Ici encore nous allons voir éclater le tendre amour que Dieu nous porte.
Un père à qui le fer d'un assassin a enlevé son fils, objet de sa tendresse, commence par décharger son courroux sur le fer homicide, qu'il brise en morceaux. Dieu en agit ici de la mèmj manière. Il châtie le serpent que le démon avait fait servir à sa criminelle manœuvre, en lui inlligeanl une peine perpétuelle, pour nous faire comprendre parcette image sensible, combien le démon lui est odieux ; et puisqu'il sévit avec tant de rigueur contre ce qui ne fut que l'instrument, je vous laisse à penser quel traitement reçoit 1 auteur môme de l'attentat. Or, comme la malédiction prononcée contre
512 TATÉCHIS-ME
le démon relégué loin de nous dans les enfers, n'avait pas un effet apparent à nos yeux , Dieu a voulu nous en donner un témoignage sensible par la punition du serpent, condamné à ramper sur la terre et à manger la poussière tous les jours de sa vie.
La sentence du démon prononcée, le Juge se tourna vers nos premiers pères. Mais, ô miséricorde infinie ! avant même de leur notifier leur sentence, il faisait briller à leurs yeux, dans la condamnation même du tentateur, de vifs rayons d'espérance.
Et d'abord, en disant qu'il mettrait l'inimitié entre la race de la femme et la race du serpent , il faisait entendre à nos premiers pères qu'ils ne subiraient pas la mort le jour même de leur péché, comme ils pouvaient s'y attendre. S'ils y sont condamnés, ils auront du temps pour s'y préparer et la rendre méritoire. Ensuite, ajoutant que la race de la femme écraserait la tête du serpent, il leur apprenait que les maux dont ils étaient la victime seraient réparés .
Avec cette double assurance, nos premiers parents durent attendre sans inquiétude la sentence d'un juge qui se montrait si clément. Sa miséricorde avait vaincu, il est vrai, mais cependant il fallait donner quelque chose à la justice.
Le Seigneur se tourna donc vers la femme, moins coupable que le démon, mais dans un sens plus coupable que l'homme', et il lui dit : Je multiplierai vos souffrances ; vous mettrez au monde des enfants au milieu
» s. Th. 2. p. 9-163. fl»/. 4.
DK l'tKSÉVÉRANCE. 313
des [)lus vives douleurs. Vous serez assujettie à l homme, et il exercera sur vous sa domination Remarquez la clémence divine jusque dans la rigueur du châtiment. Les douleurs de l'enfantement seront balancées par des consolations qui bientôt les feront oublier. Et la femme, par sa douceur et sa patiente résignation, retrouvera une partie de sa dignité, et adoucira l'empire de l'homme.
Restait le père du genre humain, le roi du monde visible, le bien-aimé de son Dieu. Le Seigneur lui adresse la parole et lui dit : Parce que vous avez préféré à mes ordres la voix de votre femme, et que vous avez mangé du fruit défendu , la terre, qui d'elle-même et sans contrainte devait fournir à vos besoins, sera désormais un fonds ingrat et maudit . Tous les jours de votre vie elle attendra la plus fatigante culture, pour vous rendre à regret le pain que vous lui aurez confié à la sueur de votre front. Elle se couvrira de ronces et d'épines, et ce ne sera qu'à travers leurs pointes aiguës que vous recueillerez les herbes qui feront une partie de votre nourriture. Telle sera votre condition jusqu'à ce que, épuisé des travaux et assujetti à la mort, vous retourniez dans la terre d'où vous avez été tiré; car vous êtes poussière, et vous retournerez en poussière.
Ces paroles renfermaient encore pour Adam 1" la privation de tous les avantages surnaturels ; 2° des privilèges de la nature parfaite dont il avait été gratuitement enrichi; entre autres, l'exemption de l'ignorance, de la concupiscence, des maladies et de la mort. Pour nous, cette sentence comprenait toutes les peines que nous
venons de dire avec la triste nécessité de naître pécheurs' .
Néanmoins, Adam dut se trouver bienheureux d'en être quitte à ce prix. Au milieu de tous ces maux, il lui reste le plus grand des biens, l'espérance ; il lui reste le temps et le moyen de réparer son malheur . En cela bien mieux traité que les Anges rebelles, quoique menacé du même châtiment; il peut reconquérir le Ciel, eux ne l'ont pas pu et ne le pourront jamais. Or, quand on n'a pas perdu le Ciel sans ressource, que sont toutes les autres calamités?
Le Seigneur Dieu donna encore à nos premiers parents une nouvelle marque de sa bonté, car c'est dans les plus petites choses que la tendresse se montre plus touchante. Pour épargner aux deux coupables la honte de leur nudité, il leur procura lui-même des vêtements faits de peau de bête .
Cette douloureuse scène du premier jugement de Dieu s'acheva dans le jardin même où le crime avait été commis. C'est alors que la première femme reçut de son mari le nom d'Eve ou de mère de tous les vivants; nam admirable qui , relevant la dignité de la femme , prophétisait la sainte Vierge : il ne restait plus qu'à exécuter la sentence. Le Seigneur parla, et nos pères sortirent tristement du Paradis terrestre, pour ne jamais y rentrer. Un Chérubin armé d un glaive élincelant, se saisit de l'entrée pour T interdire au premier homme et à tous ses descendants.
Exilé non loin de ce lieu de délices, et réduit à culti-
'Sur les effets du pioché originel, voyez Conc. Trid. scss. 5. can. 1 -ô.
ver la terre pour se nourrir, Adam passa une longue vie de neuf cent trente ans à pleurer son péché et à en faire pénitence. Sa pénitence fut si humble, si constante et si soumise, qu'en vue du Libérateur qui lui était promis, il recouvra les bonnes grâces de son Dieu, et mourut dans son amour. Le père du genre humain fut enterré sur le Calvaire. Quatre mille ans plus tard, la croix de Jésus-Christ fut plantée directement au-dessus de la sépulture d'Adam. Il convenait que les prémices de notre vie fussent placés là où l'origine de notre mort l'avait été.
Le rapport d'un tel lieu avec la Croix de Jésus- Christ me paraît admirable ; il était tout à fait à propos que Notre Seigneur venant racheter et rappeler le premier Adam, choisît, pour souffrir , le lieu où il avait été inhumé; et qu'en expiant son péché, il expiât aussi celui de toute sa race. Il avait été dit à Adam : Tu es terre , et tu retourneras en terre ; et c'est pour cela môme que Jésus-Christ est venu le trouver dans le lieu où cette sentence avait été exécutée, afin qu'il le délivrât de la malédiction , et qu'au lieu de ces paroles : tu es terre et tu retourneras en terre, il lui dit : Le^'ezçous, vous qui dormez , et sortez du tombeau. Ainsi le nom de Cahmre qui signifie chef , unit dans une môme prophétie le sé[)ulcre d'Adam au tombeau de Jésus- Christ, tous les sacrifices et tous les mystères de l'ancienne loi à ceux de la nouvelle. C'est là une de ces belles harmonies qu'on rencontre à cha(|ue pas dans l'ordre de la giace aussi bien que dans celui de la
nature et qui dévoilent une sagesse à qui rien n échappe ' .
PRIÈRE
0 mon Dieu ! qui êtes tout amour, je vous remercie de n'avoir pas abandonné l'homme après son péché; que dis-je, ô mon Dieu? de nous avoir promis un Ré-
' Sur la sépulture d'Adam, écoulons les Pères de l'église : • Le lieu où la croix de Jésus-Christ fut placée répondait directement à la sépulture d'Adam, selon que les Juifs nous en assurent; et il convenait fort en effet que les prémices de notre vie fussent placés où l'origine de notre mort l'avait été. Ainsi parle saint Ambroise.
Ce n'était point là une opinion particulière à l'illustre archevêque de Milan, puisque d'abord il invoque le témoignage des Juifs, où ce sentiment était établi de temps immémorial. Il l'avait lue dans Origine, qui la fonde sur une tradition antique et non contestée. « Le lieu du Calvaire a, dit-U , reçu un privilège particulier, ayant été choisi pour le lieu de la mort de celui qui devait mourir pour tous les hommes; car une tradition qui est venue jusqu'à notre temps, nous apprend que le corps du premier homme, formé par les mains de Dieu, avait été enterré au lieu même où Jésus- Christ devait être crucifié. » El il en donne aussitôt celte raison , également adoptée par notre saint évèque : « Afin que , comme tous meurent dans Adam, tous aussi reçussent la vie en Jésus-Chiist, et que le Chtf du genre humain y trouvât pour lui-même et toute sa postérité, la résurrection et la vie, par la résurrection du Sauveur qui y est mort et qui y est ressuscité. » Tract, in Matth. TertuUien n'est pas moins précis. « Le Calvaire, est, dit-il, le lieu du Chef, le premier homme y est enterré; la tradition nous en a conservé la mémoire, et c'est sur ce lieu même que Jésus-Christ a arboré l'étendard de sa victoire. > Mais saint Alhauase est encore bien plus alhrmatif. C'est dans un discours sur la passion et le crucifiement de Notre Seigneur, qu'il s'exprime en ces termes : • Jésus- Christ ne choisit point d'autre lieu pour souffrir et pour y être crucifié que celui du Calvaire qui, selon le sentiment des plus habiles entre les Juifs, est le lieu du sépulcre d'Adam; car ils assurent qu'aprcs son ana thème et sa condamnation, il y est uiorl, et qu'il y est enterré. Que si la chose est ainsi , le rapport d'un tel fieu avec la croix de Jésus-Christ me parait admirable ; car il était tout à fuit à propos que Notre-Scigucur,
DE PERSÉVÉrVANCK. 317
dempteur qui nous rend avec usure les biens (jue nous avons perdus.
Je prends la résolution d'aimer Dieu par-dessus toute chose, et mon prochain comme moi-môme pour l'amour de Dieu; et, en témoignage de cet amour, je repousserai la tentation aussit(k que je ni en apercevrai.
Tenant rechercher et rappeler le premier Adam , choisit pour souffrir le lieu où il était inhumé ; et qu'en expiant son péché, il expiât aussi celui de toute sa race. Il avait été dit à Adam : Tu es terre^ et tu retourneras en terre; et c'est pour cela même que Jésus-Chrisl est venu le trouver dans le lieu où cette sentence avait été exécutée , aOn.qu'il le délivrât de la raalédictio ^ , et qu'au lieu de ces paroles : Tu es terre, et tu retourneras en terre y il lui dit : o Levez-vous , vous qui donnez, et sortez du tombeau, vous qui êtes mort; Jésus-Christ vous éclairera. Au ten>ps de saint Basile, cette tradition était une croyance universelle parmi les Chrétiens; bien qu'elle se fût plutôt conservée dans la mémoire des hommes que dans leurs écrits ; toutefois, saint Épiphane, né dans la Palestine, assure avoir vu des livTCS qui l'atlestent. Hœres. xlv, n* 5.
Une opinion appuyée sur d'aussi respectables monuments, doit sourire à tous les cœurs chrétiens; et l'on s'étonne que saint Jérôme ait pu la combattre. Au reste, c'est après avoir doctement discuté ses objections, qu'un écrivain moderne conclut avec saint Cyrille de Jérusalem, avec Grotius, commentant l'Évangile de saint Matthieu, que le nom de Calvaire (en syriaque golgotha ), qui signifie chef^ unissait dans une même prophétie le sépulcre d'Adam au tombeau de Jésus-Christ, tous les sacrifices et les mystères de l'ancienne loi à tous ceux de la nouvelle. — Duguet, Explie, de lapassion, portement de la croix, chap. v. sect.vi, pag. 137. — Bibliothèque des Pères ^ par M. Guillon , tome ix, p. 183.
CHUTE DE l'homme.
Q. De quel châtiment Dieu avait-il menacé nos premiers parents?
R. Le châtiment dont Dieu avait menacé nos premiers parents était la mort du corps et de l'ame. Il leur avait dit : Le jour où vous mangerez du fruit défendu vous mourrez . Coupables de révolte comme les Anges, comme eux ils devaient être traités; si Dieu n'a pas exécuté ses menaces , nous en sommes redevables à sa grande miséricorde.
Q. Comment tombèrent nos premiers parents?
R. Le démon, sous la figure du serpent, trompa la femme en lui disant que s'ils mangeaient du fruit défendu, ils deviendraient comme des Dieux. La femme, trompée, en mangea. Elle en offrit à son mari. Adam ne fut pas trompé, mais par complaisance pour sa femme il mangea aussi du fruit défendu.
Q. Dans quel état se trouvèrent-ils après leur chute?
R. Après leur chute, le remords et la honte s'emparèrent de leur conscience, ils coururent se cacher parmi les arbres du jardin. Le Seigneur les appela et prononça contre eux une juste condamnation.
Q. Quelle peine prononça-t-il contre le serpent?
R. Il condamna le serpent à ramper sur la terre et à manger la poussière. Dieu voulut nous montrer combien
le démon lui est odieux en punissant celui qui avait été l'instrument de son crime. Il lui dit encore : Je mettrai I inimitié entre ta race et celle de la femme, et cette race l écrasera la tcte.
Q. Quelle peine prononça-t-il contre nos premiers parents?
/?. Il condamna la femme à enfanter avec douleur et à être assujettie à l'homme; il condamna l'homme à manger son pain à la sueur de son front, et à subir toutes les incommodités de la nature, les maladies et la mort. Il le dépouilla aussi de tous ses privilèges surnaturels.
Q. Que remarquez-vous dans cette punition?
R. Je remarque dans cette punition une grande miséricorde. Dieu avait menacé nos premiers parents de les faire mourir aussitôt après leur péché, il en avait bien le droit. Cependant, il ne le fait pas : il leur accorde le temps de faire pénitence. De plus, il leur en fournit les moyens : il leur annonce un Rédempteur. Ainsi il leur laisse l'espérance de se relever un jour. Que sont toutes les peines quand on a l'espérance de les voir firtir et remplacées par un bonheur éternel ?
Q. Que Dieu fit-il ensuite?
R Ensuite, Dieu, touché de compassion pour nos premiers parents, leur donna des habits pour se couvrir. Après cela ils sortirent du Paradis terrestre ; un Chérubin , armé d' un glaive étincelant , fut placé à l'entrée pour les empêcher d'y revenir.
Q. Adam fit-il pénitence de son péché?
R. Adam fit pénitence de son péché pendant neuf cent trente ans, et il eut le bonheur de recouvrer les bonnes grâces de son Dieu et de mourir dans son amour.
PRIERE
0 mon Dieu ! qui êtes tout amour, je vous remercie de n'avoir pas abandonné l'homme après son péché; que dis-je , ô mon Dieu? de nous avoir donné un Rédempteur qui nous rend avec usure les biens que nous avons perdus.
Je prends la résolution d'aimer Dieu par-dessus toute chose , et mon prochain comme moi-même pour l'amour de Dieu ; et , en témoignage de cet amour , je repousserai la tentation aussitôt que je m'en apercevrai.
DE PEIISÉVÉRANCE. u2l
XVIP LEÇON.
ACCORD DE LA JUSTICE ET DE LA MISERICORDE DIVINE, DANS LA PUNITION DU PÉCUÉ ORIGINEL.
Le roi des Indes. — Justice et miséricorde à l'égard de nos premiers pères. — A notre égard. — Accord de la juslice et de la miséricorde dans le mystère de l'Incarnation et de la Passsion. — Doctrine de saint Léon et de saint Thomas. — Nécessité de la foi au Rédempteur.
Un roi des Indes était parti pour la chasse avec ses principaux officiers. Arrivé au rendez -vous, le prince quitte ses gens et s'enfonce seul dans l'épaisseur de la forêt. Bientôt il entend à quelque distance une conversation fort animée dont il désire comprendre le sens. Il s'approche doucement et se cache derrière un énorme palmier. C'étaient un charbonnier et sa femme , qui se plaignaient amèrement des misères de la vie ; la femme surtout murmurait tout haut contre Dieu, et accusait nos premiers parents. Ah ! disait-elle , si j'avais été à la place d'Eve, jamais la curiosité ni la gourmandise ne m'auraient fait désobéir.
Le prince les laissa dire sans les interrompre. Quand ils eurent fini, il s'approcha, et faisant celui qui n'avait rien entendu : Vous êtes bien malheureux, leur dit-il; si vous voulez, je changerai votre sort : vous n'avez qu'à me suivre.
L'air, le ton, la bonne grâce de l'inconnu, persuadèrent aisément les deux charbonniers. 11 est si facile de nous persuader quand on nous promet le bonheur ! Venez avec moi , leur dit le prince ; et, sur-le-champ, quittant leur travail et leurs instruments, ils se mettent à sa suite.
Après une marche assez longue, on arrive au bord de la forêt. Là se trouvaient réunis les officiers et la suite du prince. Le monarque monte dans sa voiture, et, au grand étonnement de toute la cour, il y fait monter avec lui ses deux nouveaux protégés. Arrivé au palais, il leur fait donner des habits et des appartements convenables à leur nouvelle position ; de nombreux officiers sont mis à leurs ordres ; chacun s'empresse, parce qu'on voit que les nouveaux hôtes sont l'objet de T affection royale.
Quelques jours se passent ainsi dans l'abondance et la joie ; et le charbonnier et son épouse de se féliciter et de bénir le prince. Cependant, un jour, celui-ci les appelle et leur dit : Vous savez de quel état je vous ai tirés ; vous êtes heureux maintenant. Ce bonheur .dont vous jouissez, il ne tient qu'à vous de le posséder toujours; si môme vous êtes fidèles à mes ordres, vos enfants participeront aux mêmes avantages. Voici la seule condition que je mette à mes faveurs. Vous mangerez de tous les mets qui chaque jour vous seront apportés ; je n'en excepte qu'un seul qui sera placé au milieu de la table, dans un superbe vase d'or, enrichi de pierreries et parfaitement fermé . Le jour où vous y toucherez vous mourrez. Ne l'oubliez pas, votre sort et celui de vos enfants dépend de votre fidélité.
DE PERSÉVÉRANCE. o2o
Là-dessus, le roi se relire, et nos charbonniers d'exalter la bonté d'un prince qui voulait bien mettre leur bonlieur et celui de leurs enfants à une condition si facile.
L'heure du repas arrive; le vase d'or paraît; sa forme élégante, les ciselures dont il est orné , les perles qui l'enrichissent frappent vivement les regards des deux convives qui, du reste, mangeaient toujours seuls. La femme surtout ne peut détacher ses yeux de ce brillant objet; mais par respect pour les ordres du prince, elle s'en tient là. Au repas suivant, le vase est de nouveau placé sur la table. Plus on le regarde, plus il paraît beau. Un désir naît au fond du cœur de la nouvelle Eve ; cependant elle n'ose le manifester encore .
Les jours suivants, môme spectacle et aussi même désir. Enfin , après deux mois , la curiosité l'emporte. La femme dit à son mari : depuis que ce vase est sur la table, tous les mets me sont insipides. Je serais heureuse si je pouvais seulement voir ce qu'il renferme; mon intention n'est pas d'en manger. Gardez -vous d'une telle pensée, lui dit son mari; le roi s'en est expliqué : le jour où nous toucherons à ce vase nous mourrons. Mais, reprend la femme, nous pouvons y toucher sans qu'on s'en aperçoive. Je vais soulever tant soit peu le couvercle , je jetterai un rapide coup d'œil et je serai satisfaite. Le mari n'a pas le courage de mécontenter son épouse. Permettez, lui dit-il, que je vous aide, le danger sera moins grand.
S24 CATÉCHISRIE
La femme, empressée, avance la tête, tandis que le mari soulève doucement le fatal couvercle. Mais , ô malheur! une souris s'agite au fond du vase; la femme effrayée , pousse un cri , le mari laisse tomber le couvercle , la petite prisonnière s'échappe et disparaît.
Le roi, qui se trouvait dans une pièce voisine, accourt au bruit, et prend les coupables sur le fait. C'est ainsi , leur dit-il , que vous respectez mes ordres : vous allez subir le châtiment dont je vous ai menacé. A ces mots, il ordonne qu'on les fasse mourir. En ce moment survient le fils unique du roi , qui , se jetant aux genoux de son père , lui dit : grâce pour eux 1 s'il faut une victime à votre justice,- me voici ; je vous offre ma vie. Le roi accepte la médiation de son fils et le condamne à mourir à la place des deux coupables. Il est conduit à l'échafaud. Il meurt; et, à sa considération, les deux criminels conservent la vie et reçoivent tous les moyens de recouvrer, pour eux et leurs enfants, les avantages dont ils venaient de se dépouiller.
Seulement , leur dit le roi , vous ne rentrerez dans les biens que vous avez perdus, qu'autant que vous profiterez des moyens que la mort de mon fils bien-aimé vous a procurés. C'est l'épreuve à laquelle je vous soumets. Allez la subir loin de mon palais; reprenez vos haillons et le chemin de votre forêt. Si vous êtes fidèles et que vous aimiez mon fils , je vous rendrai tous les biens que vous avez perdus, et même de plus grands. Tous vos enfants, jusqu'à la dernière génération, en jouiront aprè"? vous; du reste, rien ne vous manquera, ni pour
DE PliUSÉVl^RANCE. 325
le corps, ni pour lame. Si vous avez besoin de qiichiue chose, demandez, et sur-le-champ vous serez satisfaits.
Y a-t-il , nous le demandons, une ombre d'injustice ou de cruauté dans la conduite de ce bon roi? au contraire, tout ce qu'on y voit, n'est-ce pas de la justice et de la miséricorde?
Et maintenant, tout ce que nous supposons s'être passe aux Indes, s'est passé dans le paradis terrestre. La conduite de ce roi nous représente trait pour trait la conduite de Dieu.
1° Avant d'être tirés du néant, nos premiers pères étaient moins que ces charbonniers ; ils n'étaient rien , ils n'avaient droit à rien.
2° Le commandement que Dieu leur fait après les avoir comblés de gloire et de bonheur, est très-juste en soi et très-facile à exécuter; il est aussi très-important, puisqu il est le seul hommage que le Seigneur exige d' eux .
3" Ce commandement est très-clair. Le jour où vous mangerez du fruit de l'arbre de la science du bien et du mal , vous mourrez. Point ici d'équivoque ni d'ambiguité. Nos premiers parents avaient d'ailleurs toutes les grâces nécessaires pour l'accomplir; ils ne pouvaient prétexter ni l'oubli ni l'ignorance ; ils se souvenaient si biea de ce |)récepte , du sens qu'il avait et des conséquences terribles de son infraction, que la femme ellemême dit au serpent : Le jour où nous mangerons de ce fruit, nous mourrons.
4° Il est très-juste. Dieu avait certes bien le droit de faire cette défense à des créatures qu'il vonnil de tirer
du néant, et d'attacher à leur fidélité la conservation, pour eux et pour nous, des privilèges dont il les avait enrichis. Dieu est le maître de ses dons; il peut les accorder aux conditions qu'il lui plait ; et qui de nous peut trouver dure celle qu il imposa à nos premiers pères? Voilà pour Adam et Eve. Quant à nous, il n'est pas plus contraire à la justice divine qu'à la justice humaine , d'envelopper les enfants dans la condamnation de leur père, en les dépouillant des privilèges gratuits dont ils auraient joui si leur père avait été fidèle.
Or, les biens dont nous avons été privés par le péché originel, la béatitude surnaturelle, l'empire absolu sur nos passions, l'exemption de la douleur et de la mort ne nous étaient pas dus : c'étaient autant de dons de la pure libéralité du Créateur. Saint Augustin cet interprète si habile et si sûr de la raison et de la foi , l'enseigne formellement, et toute l'Eglise applaudit à la condamnation de Baïus, qui avait soutenu le contraire '.
Nos premiers parents furent donc coupables, grandement coupables, et ils nous ont transmis non-seulement la mort et les soufïrances du corps, mais encore le péché qui est la mort de lame'. Tout cela est certain; et le
' Bergier. Traité de la Religion, l. m. 105. — St. Aug. /. ni. de liber arbitr. c. 20. — Retract, lib. 1 . c. 9. — De bono persevcr. c. 11 et 12. — Baïus. prop. 24. 55. 78.
' Coji trid. scss. can 2. — Quant au péchù originel que nous avons contracté dans Adam et avec lequel nous naissons, on peut dire que Dieu ne condamne point à l'enfer les âmes qui ne sont coupables que de cette seule faute. U est permis de croire avec saint Thomas, que Dieu ks prive seulement de la béatitude surnaturelle à laquelle ils n'ont aucun droit.
sentiment journalier de noire misère n'est-il pas une preuve sans réplique de notre dégradation? Qu'est-ce donc que cet inconcevable mélange de grandeur et de bassesse, de vérité et d'erreur, de vertu et de crime? qu'est-ce que ces deux hommes différents, si opposés que nous portons en nous-mêmes, et qui font de notre vie une lutte continuelle? Voilà ce que nous sommes ! et certes, il serait bien à plaindre celui qui ne reconnaîtrait pas que l'homme tel qu'il est aujourd'hui n'est qu'une grande ruine. D'un autre côté, il n'est pas moins certain que Dieu est infiniment bon, juste et saint, d'où il faut conclure que la transmission du péché originel n est contraire ni à la bonté, ni à la justice, nia la sainteté infinie. Ne craignons rien : Dieu n'a jamais fait et ne fera jamais tort à personne. Telle est la grande réponse à toutes les difficultés que notre esprit peut élever sur les vérités qu'il ne saurait comprendre.
Dieu a donc été juste, parfaitement juste, en punissant Adam et Eve et en nous enveloppant tous dans leur châtiment. Ce qu'il y a de bien touchant, c'est qu'on voit briller dans cette conduite si sévère en apparence, une miséricorde infinie.
En effet, 1° au lieu de faire mourir nos premiers parents le jour même de leur faute, comme il en avait le droit et comme il les en avait menacés. Dieu leur accorde le temps de faire pénitence, il leur en fournit encore tous les movens.
La faculté de Uiéologiede Paris^ dans la censure û'Eniilc^ a déclaré que ce sentiment n'est point condamnable. — Bergier. id. t. 111. lOii. — Le catéchiste pourra se dispenser de donner ces explications.
2° Pour les venger du démon, il promet à la femme qu'un jour elle lui écrasera la tète, qu'il leur rendra tous les biens qu'ils ont perdus, qu'ils deviendront réellement semblables à lui, afin de confondre l'orgueil de Satan, en accomplissant dans toute son étendue la promesse trompeuse qu'il leur ava^t faite : Vous serez comme des Dieux.
3° Cette rédemption sera tellement abondante , les biens qu'elle procurera au genre humain tellement supérieurs aux mau\ occasionnés par la faute originelle, que l'Eglise ne craint pas de s'écrier, eu parlant du péché d'Adam : Heureuse faute ! ô péché iraiînent nécessaire! puisqu'il nous a mérité d avoir un tel Rédempteur .
4*^ Depuis le moment de leur chute, Dieu n'aura plus d'autre pensée que de la réparer; sauver l'homme sera son unique affaire , le centre auquel aboutiront tous ses desseins, la fin de toutes ses œuvres.
On reste frappé d'étonnement à la vue de l'inconcevable facilité et de la prodigieuse miséricorde avec lesquelles Dieu pardonne au père du genre humain. Essayons de jeter quelques lumières sur cet abîme de sagesse et de bonté : Le plus noble usage de la raison , c'est de conduire l'homme à la foi.
Il Par son péché, l'homme est devenu l'ennemi de Dieu et il faut que la haine réciproque de Dieu et de l'homme se change en amour mutuel, pour que Dieu et l'homme puissent de nouveau faire ensemble une société véritable. Mais T homme ne peut se réconcilier avec Dieu
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s'il n'est pardonné, ni Dieu se réconcilier avec 1 homme s'il n est pas satisfait. Ce sont des rapports nécessaires dérivés de l'Êlre infiniment juste et infiniment bon.
» Mais Dieu étant infiniment juste ne peut céder les droits de sa justice, il punira donc l'homme avec une rigueur inlinie. D'un autre côté, Dieu étant infiniment bon et voulant sauver l'homme, il lui pardonnera avec une bonté infinie. Comment concilier ces deux choses ? Punir l'homme avec une rigueur infinie, c'est le faire mourir au milieu des plus affreux tourments, et lui pardonner avec une bonté infinie, c'est le conserver sain et sauf avec tous ses privilèges. Dieu lui-même, tout puissant qu'il est , peut-il à la fois détruire et conserver l'homme?
»Oui, il le peut ; il peut détruire un homme à la place de tous les hommes ; il peut conserver tous les hommes à la considération d'un homme détruit. La justice humaine nous donne l'idée et T exemple d'une pareille compensation '. »
Témoin, entre mille autres, ce fait si célèbre dans l'histoire de France. En 1347, Edouard III, roi d'Angleterre, assiégeait la ville de Calais. Irrité de la longue résistance des assiégés, il les pressa si fort qu'ils furent réduits à demander la paix. Edouard refusa de l'accorder si on ne lui livrait six des principaux habitants pour en faire ce qu'il voudrait.
Eustache de Saint-Pierre s'offrit pour être une des six victimes; à son exemple, il s'en trouva (inc| autres
' f'oyêi M. de Bonald, Théorie du ponvoii-f p. 147 ci saiv.
qui remplirent le nombre et s'en allèrent la corde au cou et nus en chemises, porter les clés de la ville au prince anglais. Ce fier vainqueur voulait absolument les faire mourir. Déjà il avait fait mander le bourreau pour l'exécution et il fallut toutes les larmes et les prières réitérées de son épouse pour les arracher à sa fureur.
A cet exemple, on pourrait en ajouter bien d'autres; et certes il y a une grande miséricorde lorsque toute une famille, tout un peuple, tout le genre humain est coupable et digne de mort, de ne faire mourir qu'un seul homme à la place de tous les autres.
c( C'est ce que Dieu a fait. Il a détruit un homme à la place de tous les hommes ; cet homme détruit à la place de tous les hommes sera donc infiniment haï de Dieu, puisqu'il sera chargé du crime infini de tous les hommes. En même temps, cet homme aux mérites duquel tous les hommes devront leur pardon , sera infiniment aimé de Dieu , puisqu'il méritera à tous les hommes le pardon d'un crime infini.
» Or, Dieu ne peut haïr infiniment que l'être infiniment haïssable, qu'un homme chargé de péchés ; ni aimer infiniment qu'un être infiniment aimable, que lui-même, que Dieu. Cet homme sera donc Dieu, il sera Homme-Dieu.
» L'Homme-Dieu sera donc détruit à la place de tous les hommes pour satisfaire à la justice de Dieu, et tous les hommes seront pardonnes et conservés, par les mérites et à la considération de cet Homme-Dieu. Cet Homme-Dieu sera donc le médiateur , le sauveur , le
rédempteur du genre humain et le fondateur d'une nouvelle alliance entre l'homme et Dieu ' . »
Ainsi, le Rédempteur réunira en lui deux grands caractères opposés l'un à l'autre. Il sera tout ensemble un prodige de grandeur et d'humiliation ; l'objet de la colère et de la complaisance de Dieu. D'un coté, chargé de toutes les iniquités du monde, il éprouvera dans sa vie et dans sa mort tout ce qu'il y a de plus rigoureux, il sera l'homme de douleur. D'un autre côté, semblable à Dieu et Dieu lui-même, il jouira de toute la tendresse de Dieu, et le glorifiera autant qu'il le demande et qu'il le mérite.
Telle est donc l'accord de la justice et de la bonté de Dieu, dans le chûtiment et le pardon du péché originel. Etant fini , l'homme était incapable de satisfaire pour une injure infinie, il ne pouvait renouer le lien surnaturel qui l'unissait à Dieu et que le péché avait rompu. Dieu se choisit une victime d'un mérite infini; cette victime est immolée, le péché est expié, le lien surnaturel rétabli et tous les hommes sauvés.
Et maintenant il est facile de comprendre 1° l'étonnante facilité avec laquelle Dieu pardonne à nos premiers parents. De toute éternité, l'Incarnation du Verbe était prévue , Dieu avait sans cesse devant les yeux l'immolation de cette grande victime. Le péché de l'homme était en quelque sorte expié avant qu'il fut commis.
La fatale désobéisance a lieu, le Verbe éternel se présente à son père, il se montre à lui mourant sur
• M. de Bonald, jrf., id.
le Calvaire. Sa médiation est acceptée et la justice divine étant pleinement satisfaite, la miséricorde se manifeste avec éclat à T égard des coupables.
Il est facile de comprendre 2" comment ont été sauvés les hommes qui ont vécu avant la venue du Rédempteur : ils ont été sauvés en vue des mérites de ce Rédempteur futur. Quoiqu'elle ne dût s'accomplir que dans la plénitude des temps, l'oblation volontaire de Tagneau immolé dès l'origine du monde, avait calmé la colère de Dieu et procuré aux hommes le temps et les moyens de regagner ses bonnes grâces.
« Qu'on ne se plaigne donc pas, dit admirablement saint Léon, de la conduite que Dieu a tenue dans l'ouvrage de la Rédemption. Qu'on ne dise pas que Notre Seigneur a trop tardé à naître selon la chair, comme si les temps qui ont précédé sa naissance avaient été privés du fruit des mystères qu' il a o|)érés dans les derniers âges du monde. L'Incarnation du Verbe, arrêtée de toute éternité dans les conseils de Dieu, a produit avant son accomplissement les mêmes effets qu'elle a produits depuis. Jamais dans l'antiquité la plus reculée le mystère du salut des hommes n'a été sans effet. Ce que les Apôtres ont prêché , les Prophètes l'avaient prédit ; et l'œuvre du Sauveur ne peut être regardée comme trop différée puisqu'elle a toujours été l'objet de la foi .
« Ce n'est donc point par un nouveau plan de conduite ni par une compassion tardive que Dieu a pourvu h la Rédemption du genre humain, en opérant l'Incarnation de son Fils unique. Mais dès les premiers jours du
DE PERSÉVl-RANCE. 333
monde il a établi une seule cl même cause de salut pour tous les hommes et pour tous les siècles.
« Il est vrai que la grâce de Dieu s'est répandue avec plus d'abondance depuis la naissance temporelle de Jésus- Christ; mais ce n'est point alors qu'elle a commencé i\ se communiquer, puisquec'esl par elle que les Saints de tous les temps ont été sanctifiés. Le profond mystère de l'amour de Dieu, dont la foi est maintenant établie par toute la terre, est d'une vertu si efficace, que lors même qu'il n'était encore que prédit et figuré , tous ceux qui par la foi se sont attachés à la promesse que Dieu en avait faite, en ont retiré le même fruit que ceux qui depuis son accomplissement en ont recueilli les salutaires effets. C'est par cette foi que tous les Saints qui ont précédé le Sauveur ont été justifiés et qu'ils ont été faits membres du corps mystique de Jésus-Christ. '»
Ainsi le salut n'a jamais été possible que par Jésus- Christ et par la foi en Jésus-Christ. Tous les hommes, sans distinction de pays, d'ûge, de nation, ont du croire au grand mystère de la Rédemption. Comme tous les hommes ont été condamnés dans le premier Adam parce qu'ils lui étaient unis, de même pour être sauvés, tous doivent être unis au second Adam. Le lien essentiel de cette union c'est la foi en lui.
Ecoutons le prince des théologiens, saint Thomas, parlant de la nécessité de la foi en Jésus-Christ. «Il n'est pas, dit-il, suivant l'Apôtre, d'autre nom sous le Ciel par lequel les hommes puissent être sauvés. C'est
I De ?îatw. Her, 20.
pourquoi il a été nécessaire que le mystère de l' Incarnation du Verbe fût cru de quelque manière, dans tous les temps et par tous les hommes. Cette croyance a été différente suivant les temps et les personnes.
(( Avant sa chute, l'homme avait la foi explicite de l'Incarnation du Verbe, en tant que cette Incarnation avait pour but la consommation de la gloire, mais non en tant qu'elle avait pour but de délivrer l'homme du péché , par la mort et la résurrection de Jésus- Christ .
» Après le péché, le mystère de l'Incarnation fut cru, non-seulement quanta l'Incarnation, mais encore quant à la Passion et à la Résurrection , par lesquelles le genre humain est délivré du péché et de la mort. Autrement les hommes n'auraient pas figuré d'avance la Passion de Jésus-Christ par les sacrifices en usage avant la loi et sous la loi. De ces sacrifices, les plus éclairés connaissaient explicitement la signification; les moins éclairés, croyant ces sacrifices figuratifs établis de Dieu, y trouvaient une connaissance voilée de Jésus-Christ. Ajoutez qu'ils connurent plus distinctement le mystère de l'Incarnation, à mesure que l'accomplissement de ce grand Fait approchait davantage ' . »
• Non est aliud nomeu sud cœlo datum hominibus in quo oporteat nos salvos fieri, et idco mysterium Incarnationis Christi aliqualiter oporluit omni tempore esse creditum apud onines : diversimodo tamen secundum dïTersitatem temporum et personarum. Nam ante statum peccali, home habuit explicitam Cdem de Christi Incarnatione secundum quod ordinabatur ad consummalionem glorix ; non autem secundum quod ordinabatur ad liberationcm a peccato per passionem et resurrectionem.... post peccalimi autem, fuit explicite creditum mysterium
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PRIÈRE
O mon Dieu! qui êtes tout amour, j'adore la justice et je bénis la miséricorde que vous avez montrées dans la punition du péché originel ; je vous remercie de nous avoir promis un Sauveur; faites-nous la grâce de bien profiter de ses mérites.
Je prends la résolution d'aimer Dieu par-dessus toute chose, et mon prochain comme moi-même pour l'amour de Dieu; et, en témoignage de cet amom y je renomellerai chaque mois les promesses de mon Baptême.
ACCORD DE LA JUSTICE ET DE LA MISÉRICORDE DIVINE, DANS LA PUNITION DU PÉCHÉ ORIGINEL.
Q. Quelle fut la justice de Dieu dans la punition du péché originel ?
R. La justice de Dieu dans la punition du péché originel fut parfaite et à l'abri de tout reproche.
Incarnationis Chrisli, non solura quantum ad Incarnationem, sed eliam quantum ad passioncm et rcsurrcctioncm quibus hunianum genus a peccato et morte liberatur, aliter enim non prœfigurassenl Christi passionem quibusdam sacrifîciis et anle legcm et sub legc : quorum quidem sacrificiorum significationem explicite majores cognoscebaot minores autem sub velamine illorum sacrificiorum, credenles eadivinitus esse disposita, de^ Christo venturo quodammodo habebant vclatam cognitionem : et, sicut supra diclum est, ca quae ad mystcria Chrisli pertinent , lanto distinclius cognovcrunt quanto Christo propinquiores faerunt. — D. Th. 2 q. 2 art. vu — id Aug. lib. de corrept. et gratia.
Q. Comment cela?
R. V Le commandement que Dieu avait fait à nos premiers parents était très-facile à exécuter : ainsi il n'était point au-dessus de leurs forces ; 2° il était trèsimportant : c'était le seul acte d'obéissance et la seule marque de fidélité que Dieu exigeait en reconnaissance des grands biens dont il les avait comblés; 3° il était très-clair : nos premiers parents qui l'avaient très-bien compris ne pouvaient s'excuser sur l'ignorance de la loi ; ils savaient aussi très-bieu quelles seraient les suites de leur désobéissance; témoin la réponse qu'Eve fit au serpent ; 4° il était très-légitime : c'est Dieu lui-même qui l'avait fait, et Dieu est bien le maître d'accorder ses faveurs aux conditions qu'il lui plaît. De plus, Dieu étant infiniment juste et infiniment bon, il n'y a rien dans la punition du péché originel qui ne soit conforme à une justice et à une bonté infinie .
Q. Quelle fut la miséricorde de Dieu dans la punition du péché originel?
R. La miséricorde de Dieu, dans la punition du péché originel, fut aussi parfaite que sa justice. Au lieu de faire mourir nos premiers parents aussitôt après leur péché, comme il en avait le droit, Dieu leur laissa le temps de faire pénitence et il leur en donna tous les moyens , en leur promettant un Sauveur qui leur rendrait tous les biens qu'ils avaient perdus et même de plus grands.
Q. Quelle fut la cause de cette miséricorde?
R. La cause de cette grande miséricorde, fut le Verbe
éternel , le Fils unique de Dieu qui s'offrit à son Père pour expier le péché de nos premiers parents. Pour concilier les intérêts de sa justice qui veut punir 1" homme , et ceux de sa bonté qui veut lui pardonner, Dieu fera mourir un homme à la place de tous les hommes , et à la considération de cet homme détruit, il pardonnera à tous les autres hommes.
Q. Quel sera cet homme?
R. Cet homme infiniment haï de Dieu, puisqu'il porte les péchés de tous les hommes, sera aussi infiniment aimé de Dieu, puisque sa considération Dieu pardonnera à tous les hommes. Mais Dieu ne peut haïr infiniment que l'homme chargé de péchés, ni aimer infiniment qu'un autre lui-même, qu'un Dieu. Ce Médiateur sera donc Homme-Dieu. Homme, afin de pouvoir souffrir, Dieu, afin de donner un mérite infini à ses souffrances.
Q. Les hommes peuvent-ils être sauvés autrement que par ce Médiateur ?
R. Non, les hommes ne peuvent être sauvés que par ce Médiateur, parce que lui seul étant Homme-Dieu, expie le péché et rétablit l'union surnaturelle entre Dieu et l'homme, que le péché avait détruite.
Q. Comment ont été sauvés les hommes qui ont vécu avant la venue du Médiateur?
R. Les hommes qui ont vécu avant la venue du Médiateur ont été sauvés par les mérites de ce Médiateur. Pour cela ils ont ducroire en lui, cette foi a été nécessaire à tous les hommes et dans tous les temps.
PRIÈRE
0 mon Dieu ! qui êtes tout amour, j'adore la justice et je bénis la miséricorde que vous avez montrée dans la punition du péché originel ; je vous remercie de nous avoir promis un Sauveur ; faites-nous la grâce de bien profiter de ses mérites.
Je prends la résolution d'aimer Dieu par-dessus toute chose, et mon prochain comme moi-même pour l'amour de Dieu; et, en témoignage de cet amour, je renouvellerai chaque mois les promesses de mon Baptême.
DE PKKSEVÉRANCL. 331)
XVÏir LEÇON.