‹ Catéchisme de persévérance, ou, Exposé historique, dogmatique, moral et liturgique de la religion (volume 4)Chapitre 1 sur 30 · JUSQU'A NOS JOURS · texte numérisé non relu

JUSQU'A NOS JOURS

Par l'abbé J. GAIJIflE ,

CHANOINE DE NEVEItS.

Jesus-Christus heri ethodie, ipsc et in secula, Hebr. xm , 8.

Jésus-Chrisl Lier, aujourJ'liui et dans tous les siècles.

Deus chariti Dieu I

1 Joaa, ir. 8.

GAUME FRERES , EDIT Rue du Pot-de-Fer

^VAb*i,^

IfiX

DEIXIEIÏIË PARTIE.

XXVIP LEÇON

DE NOTRE UNION AVEC LE NOUVEL ADAM , PAR LA CHARITÉ

Résumé de ce qui précède. — Le premier Commandement considéré dans ses rapports avec la société. — Œuvres de charité envers le prochain.

— Charité spirituelle. — Pardon des injures. — Correction fraternelle.

— Avantage social des œuvres de charité spirituelle. — Charité corporelle. — Aumône. — Sa nécessité , la manière de la faire , ses avantages individuels, trait historique. — Avantage social. — Second Commandement, ce qu'il commande, ce qu'il défend. — Trait historique , avantage social de ce Commandement.

Le voyageur, arrivé au sommet de la colline, aime à se reposer pour considérer la plaine qu'il vient de parcourir. Et nous aussi, voyageurs à la recherche de la vérité, arrêtons-nous un instant, et replions nos regards sur l'espace que nous venons de franchir. Dès le com-

2 CATliCHISME

mcncement de cet ouvrage , nous avons vu que la Religion , clans toutes ses parties, est un immense bienfdit. Dieu aimant les hommes et leur manifestant son amour par l'établissement et le rétablissement du lien sacré qui les unit à lui ; par la conduite de tous les événements anciens, coordonnés à la venue et au règne du Messie; par la doctrine, les actions, les miracles de ce divin Rédempteur ; par la révélation de chacun des articles du Symbole ; par la proclamation des dix préceptes du Dècaîoguc ; par l'enseignement des divers moyens de nous unir à lui, afin que d'enfants dégradés du vieil homme, nous devenions les enfants régénérés du nouvel Adam.

De tous ces enseignements, il résulte un fait, mais un fait aussi durable que le monde, et aussi éclatant que le soleil; savoir que la Religion h établir, à maintenir et c\ propager, est la cause, le centre, le but de tous les événements. Or, ce fait est la réponse éternellement péremptoire à l'objection la plus répandue de nos jours, que la Religion est un hors-d'œuvre dans le monde ; qu'elle est, je ne sais quelle abstraction , tout à fait en dehors des événements et des affaires de la vie des particuliers et des peuples ; que soit qu'on l'observe ou qu'on ne l'observe pas, les choses n'en vont ni mieux ni plus mal; qu'elle ne touche en rien au bonheur ni au malheur temporel des nations : en un mot, qu'elle est indigne des méditations des politiques, des philosophes, des économistes, et des esprits éclairés et sérieux.

Cependant, comme nous l'avons montre, la Religion est un fait, le fait éternel autour duquel tout gravite; donc, au lieu de n'être rien, elle doit être tout dans les méditations des hommes, depuis le plus grand génie jusqu'à la plus faible intelligence, comme elle est tout dans la pensée de Dieu , et tout dans les événements du temps . Elle doit être tout dans les méditations des politiques, à qui elle seule peut donner la définition même de la politique; tout dans les méditations des philosophes qui, sans elle, ne font que grossir la liste des absurdités reprochées déjà, il y a deux raille ans, par Cicéron , aux philosophes de son époque'; tout dans les méditations des économistes qui, sans les données qu'elle fournit, ne rêvent que des utopies, dont le bouleversement des fortunes, la mxgèrc et la dégradation des classes pauvres, sont le résultat infaillible.

Or, cette influence de la Religion sur le bien-être matériel de la société, étant aujourd'hui le moyen peutêtre le meilleur d'en faire comprendre l'indispensable nécessité, nous ne manquerons jamais de la signaler. Quand nous disons l'influence de la Religion, nous entendons une influence actuelle, toujours agissante, et pour ainsi dire matérielle et palpable, la môme que l'ame exerce sur le corps , la racine sur l'arbre , la source sur le fleuve, le soleil sur la nature, en sorte que si vous ôtez la Religion, vous retirez au corps lame qui l'anime ; à l'arbre la racine qui le fixe et le nourrit; au fleuve la source qui l'alimente; à la nature, le soleil qui l'éclairé

1 Nihil est tam absurdi quod non dicalur ab aliquo pliilosopho.

h CATÉCHISME

et la vivifie. Ilomnles du dix-neuvième siècle, hommes d'argent, qui ne voyez plus rien que par les yeux du corps, voilà ce qu'il vous est facile devoir, et s'il y a un miracle, c'est que vous ne le voyez pas encore. Oui, je vous le répète, tout ce}3ien-êlre, toute cette prospérité matérielle, votre centre, votre vie, votre orgueil, votre tout, repose sur. la Religion, comme l'édifice sur sa base. Ayez la patience de regarder les faits que, dans les leçons suivantes, nous allons vous signaler, et nous en avons la certitude, vous serez étonnés de n'avoir pas \u plutôt. Et pour commencer, sans autre préambule, par le premier Commandement du Décalogue, expliqué en partie dans le volume précédent, voyez quelle puissante, quelle salutaire influence il exerce sur la société.

Un seul Dieu tu adoreras et aimeras parfaitement. Vous croyez peut-être que le seul résultat de l'observation ou de la violation de ce précepte, c'est le bonheur ou le malheur éternel de l'individu. Cela serait déjà quelque chose. Mais n'allons pas encore dans l'éternité, restons sur la terre.

Un seul Dieu lu adoreras. C'est à ce Commandement , nations chrétiennes, que vous devez 1" votre supériorité intellectuelle sur les peuples anciens et sur les peuples modernes pour qui n'a pas brillé la lumière évangélique; car c'est à lui que vous devez de n'être pas prosternées comme les Romains devant Jupiter , vindicatif et corrupteur; comme les Athéniens devant Mercure, le voleur ; comme les Gaulois devant Teutatès , le mangeur d'enfants; comme les Corinthiens devant Vénus, la

prostituée ; comme les Egyptiens devant un oignon , un crocodile ou un chat; comme les nègres de T Afrique centrale devant un serpent boa ; comme les Indous devant une vache ou un fleuve; comme les sauvages d'Amérique devant un tronc d'arbre vermoulu. Et pour que vous sachiez bien que c'est à ce Commandement, un seul Dieu tu adoreras . que vous êtes redevables de l'affranchissement de toutes ces grossières idolâtries, recueillez vos souvenirs, et les reportant au 14 novembre 1793 , voyez ce qui se passe à Notre-Dame de Paris. Un peuple entier, retombé plus bas que les Payens des anciens jours , prosterné devant quoi?... Achevez, je n'ose le dire'.

Or, est-il indifférent au bien-être matériel de la société d'adorer un Dieu trois fois saint qui punit et qui condamne la pensée même du crime, ou bien d'adorer des dieux qui non-seulement permettent tous les vices, même l'adultère et le vol; mais encore qui les autorisent , qui les divinisent en quelque sorte par leurs exemples ? Et pourquoi ne ferai-je pas ce que les dieux se permettent ?

Un seul Dieu tu adoreras et aimeras parfaitement . Otez ce Commandementetdites-moi , je vous prie, quelle base il reste à la société? L'homme ne peut commander à l'homme qu'au nom de Dieu ou au nom de la force ; mais l'empire de la force appliquée à des êtres libres, c'est le despotisme; rol)éissance, c'est l'esclavage; la

' Voyez le Moniteur du 14 novembre i793, sur la fètc de la Déesse- Raison.

(y rATÉrHISMïï

révolte devient le plus saint des devoirs aux yeux des peuples : vous savez le reste. Or, tout cela est-il indifférent à la société ?

Un seul Dieu tu adoreras. Otez ce Commandement et vous croyez que vous êtes plus libres ! Aveugles ! en vous arrogeant le droit de braver Dieu, vous acquérez j celui de porter le joug des passions et bientôt celui de "la force, cest le droit des fous et des furieux. Quelle grandeur que l'abjuration de tout ce qui élève lame et ennoblit la vie! Infortunés! qui se jettent, pour se faire grands, dans un espace sans limites où ils se trouvent en présence de Dieu avec leur force et leur sagesse d'homme , et tout ce qu il peuvent tirer de leur propre fonds pour résister à ses lois. Leur vie est le supplice dixion toujours commençant et toujours à recommencer.

Et aimeras parfaitement.

II nous faut un cœur : tant que nous ne l'avons pas trouvé nous sommes inquiets par conséquent malheureux. Dieu nous offre le sien et il nous prie, que dis-je? pour encourager notre timidité , il nous commande de l'accepter. Otez ce Commandement, queva-t-ilen résulter pour la société ? L'homme n'aimera plus que lui; car il n'y a que deux amours, l'amour deDieu et l'amour de soi. Or, l'amour exclusif de soi ou l'égo'isme, c'est la haine de tous ; mais la haine universelle traîne à sa suite la défiance, les soupçons, la noire jalousie, les fraudes, les empoisonnements, les meurtres, les crimes de tout genre qui minent la société par ses fondements. Et l'his-

loirc contemporaine n'est-elle pas là avec ses pages tantôt sales tantôt sanglantes, pour vérifier cette observation?

Otez ce Commandement tu aimeras Dieu par faite ment et vous dégradez l'homme; vous le forcez à chercher un aliment dans les jouissances des brutes, vous le forcez ù regarder les honneurs, les richesses, les voluptés comme son bien, c'est-à-dire que vous excitez toutes ses passions, et toutes ses passions déchaînées changent bientôt la société en une arène sanglante. L'histoire est là.

Otez ce Commandement, et vous condamnez l'homme au supplice de Tentaie ; le fantôme de bonheur que vous lui avez fait espérer, passe et repasse toujours devant ses yeux sans se laisser jamais saisir, et quand l'homme s'est épuisé à le poursuivre , quand il a torturé, pressuré toutes les créatures pour en arracher le bonheur, comme ces Prêtres des idoles qui cherchaient les secrets du Ciel dans les entrailles palpitantes des victimes , désespéré, usé avant le temps , il met fin à ses jours par le suicide. Dites-moi, cela est-il indifférent à la société? Dites-moi encore , est-ce là de l'histoire contemporaine?

Otez ce Commandement tu aimeras , et vous étouffez l'esprit de sacrifice; or, la société ne vit que par l'esprit de sacrifice du bien particulier ou bien de tous. Adieu tous les dévouements héroïques au bonheur et au soulagement de l'humanité; adieu tout ce qui charme et embellit la vie; adieu tout ce qui ennoblit la nature humaine .. Il est donc vrai, c'est pour nous que Dieu nous adonné sa loi, comme c'est pour la nature qu'il a créé le soleil, comme c'est pour animer notre corps qu'il a créé notre

ame. Il est ^onc mille fois vrai que la Religion tout entière, que le Décalogue en particulier, est un immense bienfait, la première, l'unique nécessité sociale.

Cela posé, continuons l'explication du premier Commandement.

Pour être sincère et agréable à Dieu , notre charité ne doit pas être seulement sur nos lèvres et dans nos paroles , elle doit être dans notre cœur et se manifester par nos actions. C'est ce que le Disciple bien-aimé nous rappelle dans ces louchantes paroles : Mes petits enfants , ne nous contentons pas d aimer en paroles et de bouche, mais aimons en vérité et par nos œuvres ' . Et il ' ajoute : Nous connaîtrons si nous aimons Dieu, si nous observons ses commandements, el ces commandements ne sont nullement difficiles " . Or , il en doit être de notre charité envers le prochain , comme de notre charité envers Dieu, c'est-à-dire que notre amour pour nos frères ne doit pas être seulement en paroles et en démonstrations, mais en œuvres. Pour compléter l'explication du premier commandement, il nous reste donc à parler des œuvres de charité envers le prochain.

Ces œuvres sont de deux sortes : les œuvres de charité spirituelle et les œuvres de charité corporelle. Les œuvres de charité spirituelle sont au nombre de sept , savoir : 1° instruire les ignorants; 2° reprendre et avertir ceux qui font mal ; 3" donner conseil à ceux qui en ont besoin ; 4" consoler les affligés ; 5° supporter patiem-

» I Joan. 5.

» Id.ibid.

ment les injures et les défauts de son procliain ; G " pardonner de bon cœur les offenses; 7" prier pour les vivants et les morts et pour ceux qui nous persécutent. C'est à ces marques qu'on reconnaîtra si notre charité est sincère, si nous sommes vraiment et de cœur unis au nouvel Adam; en un mot , si nous sommes les enfants de notre Père qui est dans le Ciel .

Parmi ces œuvres si divines et si éminemment propres à faire notre bonheur dès cette vie , il en est deux sur lesquelles il convient de réveiller notre foi et de fixer notre attention : c'est le pardon des injures et la correction fraternelle.

Le pardon des injures, l'amour des ennemis , est le grand miracle du Christianisme et le triomphe du Calvaire; mais c'est aussi le grand scandale de l'homme déchu. Pétri d'orgueil , il ne peut entendre parler de pardon, d'oubli des injures. De là ces fleuves de sang qui ont inondé le monde ; de là ces haines atroces qui , chaque jour , bouleversent les familles et se perpétuent quelquefois des pères aux enfants. Pour l'homme dégradé, la vengeance est une gloire , le pardon une lâcheté ; tandis que dans la réalité le pardon est un acte sublime de courage et de grandeur d'ame , et la vengeance une lâcheté et la preuve d'une ame basse. Aussi, le nouvel Adam qui est venu relever Ihomme dégradé, en reformant ses pensées et ses sentiments sur le modèle des siens , n'a cessé de lui donner des exemples sublimes et des préceptes formels de pardon, et de pardon cordial. Il a fait du pardon des injures corn-

iO CATÉCHISME

mises envers nous , la condition indispensable du pardon de nos offenses envers lui. Si vous ne pardonnez pas à vos frères du fond de votre cœur, nous dit-il, votre Père céleste ne vous pardonnera pas non plus vos péchés ' . Au précepte il ajoute l'exemple. Modèle de l'homme nouveau, et son modèle obligé, il meurt en pardonnant; que dis-je? en demandant grâce pour ses bourreaux : Mon Père, pardonnez-leur , parce qu'ils ne savent ce quHls font '. Et voilà que depuis ce grand exemple donné au monde sur la montagne des douleurs, par un Dieu mourant des mains de ses créatures, un regard sur la Croix suffît au Chrétien pour désarmer sa vengeance et étouffer en son cœur le ressentiment . Si ce regard ne suffît pas , il nest plus Chrétien.

Par ce qui précède, il est facile de comprendre en quoi consiste le pardon évangélique des injures. Il consiste 1" à ne conserver dans le cœur aucun sentiment de haine , aucun désir de vengeance , aucune «igreur contre celui qui nous a offensé , mais à l'aimer comme notre Irère pour l'amour de Dieu, et à lui prouver notre amour par nos œuvres ; 2" à lui donner extérieurement les marques communes d'amitié, ordinaires entre amis ou parents, par exemple, répondre à ses lettres, ne pas fuir sa Conversation quand nous le rencontrons en compagnie, ne pas le priver des services et des aumônes ordinaires. Nous sommes encore obligés de saluer nos ennemis , ou du moins de leur rendre ki

' Mallh.vi, 15.

= Jd. xvm, 35.

DE PERSÉVÉRANCE. il

salut; mais s'ils sont nos supérieurs, nous devons les prévenir en les saluant. Si, sans une grande incommodité et en le saluant, nous pouvons guérir le prochain de la haine qu'il nous porte, nous sommes obligés de le prévenir, parce que la charité nous oblige à délivrer le prochain du péché mortel, fallût-il pour cela se faire quelque violence.

En règle générale, c'est celui qui a offensé qui doit revenir le premier ; il suffit que celui qui a reçu l'offense pardonne intérieurement et qu'il soit disposé à accueillir l'autre lorsqu'il viendra lui demander pardon, et à se réconcilier extérieurement avec lui. Si l'un et l'autre sont coupables, c'est celui qui est le premier touché de la grâce qui doit par charité faire les premières avances et gagner ainsi son frère à Jésus-Christ.

Serait-il Chrétien celui qui, pour ne pas fouler aux pieds un misérable point d'honneur, refuserait de sauver une ame rachetée par un sang divin? Comment paraître devant celui qui fit à l'homme coupable toutes les avances et mourut pour lui plutôt que de se venger? Pardon des injures quelles qu'elles soient et de quelque part qu'elles nous viennent, première conséquence du grand précepte de l'amour, que n'êtes-vous écrit en tête de tous les codes, surtout que n'êtes-vous gravé dans tous les cœurs !

Une autre conséquence ou une autre manifestation du grand précepte de la charité, c'est la correction fraternelle .

Corriger le prochain , c est le reprendre et l'avertir

avec prudence et charité. Tout péché mortel dans lequel le prochain va tomber, ou dans lequel il est déjà tombé, sans en être encore relevé , est la matière de la correction fraternelle. Oh ! combien ce devoir est digne de la Ueligion chrétienne , de cette Religion qui cherche avant tout le bonheur éternel de 1" homme! En effet, si la charité nous oblige à prévenir le prochain ou à le retirer d'un danger qui menace la vie de son corps , à plus forte raison y sommes-nous obligés lorsqu il s'agit de son ame.

Nous sommes tous tenus, et par la loi de la charité et par le commandement spécial de Notre Seigneur, d'exercer la correction fraternelle. Voici ses propres paroles : Si votre frère a commis une faute contre vous , allez le trouver et reprenez-le en particulier entre vous et lui : s'il vous écoute, vous aurez gagné votre frère; s il ne vous écoute pas , prenez avec vous un ou deux témoins , afin que tout soit confirmé par l'autorité de deux ou trois personnes. S'il m les écoute pas, dites-le à l'Eglise: s'il n écoute pas l' Eglise, qu'il soit pour vous comme un Payen et un Puhlicain ' .

C'eM ici qu'il faut bien purifier ses intentions, afin de ne pas remplir un" devoir de charité par haine, par animosité , mais uniquement pour accomplir une obligation et procurer le bien de nos frères. Le premier moyen d'avoir une intention droite et d'obtenir le succès désiré, c'est de nous demander à nous-mêmes : Si j'étais dans le Ciis de recevoir une correction, comment

I MaUh. XTiii, 15.

voudrais-jc qu'on me la fit? de quels termes, de quels ménagements voudrais-je qu'on usât à mon égard? celte question bien méditée sera très-propre à nous remplir de la charité et de la douceur convenables. Elle nous aidera déplus à nous conduire avec prudence, c'est-àdire en ayant égard aux personnes, aux temps et aux lieux : un vieillard, un supérieur , doivent être repris tout autrement qu'un égal ou une personne de notre âge '. Quelquefois l'avertissement doit être plein de douceur, d'autres fois de fermeté et même de sévérité ; quelquefois c'est par des prières, d'autres fois par des menaces qu'il faut procurer le salut du coupable ; mais la règle immuable doit toujours être le plus grand avantage du prochain ' .

Le second moyen de réussir dans la correction, c'est de recourir à Dieu, soit avant de la faire, soit après l'avoir faite, afin qu'il nous remplisse de son esprit et dispose celui du prochain à la recevoir et à en profiter.

La correction fraternelle ayant pour but l'amendement et le salut du prochain, il s'ensuit 1° qu'elle est de précepte en tant qu'elle est nécessaire pour atteindre ce but , non pas en ce sens qu' il faille reprendre le prochain en tout temps et en tout lieu ^ ; 2° qu' on en est dispensé lors-

ï 1. Thimoth. v, 1.

^ Adhibeantur pœnae non recuso, non interdico, sed animo amantis animo diligentis , animo corrigentis, — St. Aug. serm. 13, c. 7. n. 8.

3 Correptio frateraa ordinatur ad fratris emendationem ; et ideo hoc modo caditsub praecepto , secundum quod est necessaria ad istum finem, non autem ita quod quolibet loco vel tempore frater delinquens corripialur. — D. Thom,, 2, 2,q. 33. art. 2 et 6,

i U CATÉCHISME

qu'elle ne peut ôtre d'aucune utililé , à plus forte raison lorsqu'on en prévoit des suites fâcheuses au salut du prochain '. Cependant , comme la correction fraternelle est le devoir particulier des supérieurs , il faut des raisons très-graves pour qu'ils puissent l'omettre sans péché. Plus ce devoir coûte à remplir et plus nous devons avoir de reconnaissance pour celui qu-i veut bien s'en acquitter à notre égard. Quelle obligation n'aurionsnous pas pour celui qui nous délivrerait d'une maladie mortelle , ou même d'un défaut physique qui nous exposerait aux railleries d' autrui? Que dis-je? nous ne serions pas sans gratitude pour celui qui nous ferait apercevoir une tache sur notre vêtement. Si nous sommes raisonnables , combien ne devons-nous pas savoir gré à celui qui veut bien nous avertir des souillures de notre ame et nous aider à la guérir de ses maux?

Les sept œuvres de charité spirituelle mettent pour ainsi dire à nu le cœur divin du nouvel Adam, en môme temps qu'elles révèlent son infinie sagesse. On dirait autant de remèdes et de moyens disposés sur la route de la vi'e, soit pour guérir lame de ses maladies, soit pour l'en préseTver. Il est impossible d'imaginer une suite de secours mieux liés, plus complète et plus propre à assurer la santé de lame, son bonheur par conséquent et celui de la société qui en est inséparable ; car c'est la

' Sur la correction fraternelle, voyez Origène, lib. ix in epist. ad Rom. c. 12; St.-Aug., Scrm. 62 de verh. evangel. Matlh. 18. c. k. n. 7. id. serm. 383 rJc amorc hominis, id. cpist. 211. St. Grog. past. ciircvp. 2. c. 6. exposif. St. cvang, sec. Lucam iib. 8. St. Cbrysost. in epist, ad hebr. c. XII, homxl. 30 ci 31. id. homil, dcprofcctuevangelii.

justice qui élève les nations, et cest le péché qui rend les peuples malheureux '.

Dans son amour immense pour les hommes, le nouvel Adam ne s'est pas seulement occupé du bien de notre ame. Il a de plus établi tous les moyens d'adoucir h l'égard de notre corps les suites funestes du péché..

Nous ne saurions trop souvent nous rappeler que Jésus-Christ est le Sauveur de l'homme tout entier. Non moins que l'homme intellectuel et moral, l'homme physique a été l'objet de sa plus tendre sollicitude. De \h ces œuvres si bien nommées de la charité corporelle, dont il nous fait à tous un devoir sacré, suivant notre état et notre condition. Ces œuvres sont au nombre de sept : 1° donner à manger à ceux qui ont faim, à boire à ceux qui ont soif; 2" donner l'hospitalité aux étrangers ; 3° donner des habits à ceux qui en manquent ; 4-° visiter les malades ; 5° visiter et consoler les prisonniers; 6° racheter les captifs; 7° ensevelir les morts. Dans ces préceptes si dignes d'un Dieu fait homme, se trouve la cause et l'explication de toutes ces merveilles de charité inconnues des Payens, et si connues dans le Christianisme, que c'est à peine si nous les remarquons. Là aussi se trouve le soulagement de toutes les misères qui peuvent atteindre notre frêle existence, car ces devoirs de charité embrassent toute la vie de l'homme depuis le berceau jusqu'à la tombe. Grâces à elles, les langes pour envelopper le nouveau-né, et le linceul pour ensevelir le mort, sont également assurés .

1 Prov. XIV, 34.

Parmi toutes ces œuvres il en est une qui lient une bien grande place dans l'économie de la Religion, c'est l'aumône. Nous allons exposer, et la nécessité de l'aumône, et la manière de la faire, et les avantages qui en reviennent.

Dès qu'il y a eu des pauvres sur la terre, l'aumône a été commandée . Peu de devoirs sont aussi souvent rappelés dans l'Ancien Testament. Faites t aumône de votre bien, disait le saint homme Tobie à son fils, ci ne détournez votre visage d aucun pauvre ; par là vous mériterez que le Seigneur ne détourne jamais son visage de vous . Autant que vos moyens vous le permettront , soyez miséricordieux. Si vous avez beaucoup, donnez beaucoup; si vous avez peu , donnez encore volontiers du peu que vous avez ' . Le précepte de l'aumône par lequel nous sommes obligés de donner le superflu de nos biens % est fondé sur deux raisons très-propres à nous le faire aimer et pratiquer.

La première, c'est afin de nous guérir de l'avarice ou de rattachement aux biens de la terre. Cette passion, triste suite du péché, est une des sources les plus larges des maux du monde. En nous ordonnant de nous restreindre au nécessaire , le nouvel Adam a pris le vrai moyen de la tarir. L'avarice une fois domptée, notre cœur n'a plus de peine à s'élever à l'amour des biens supérieurs. L'aumône est donc très-nécessaire à celui qui la fait, et rentre directement dans le plan de notre régénération .

> Tob. IV. 7. Eccl. IV. 1. Isaïe, lviij. 3. Daniel, iv. 24. ' Luc, XI, 41- Jacq. ii. 13.

La seconde raison, c'est afin de réveiller sans cesse parmi les hommes cette vérité touchante , altérée par le péché, savoir : que nous sommes tous frères; que l'univers n'est qu'une grande famille dont Dieu est le Père, .\ et dont nous sommes les enfants. Aussi ne faut-il pas s'étonner si le Rédempteur a si fort insisté sur. le précepte de l'aumône, et si notre fidélité ou notre infidélité à l'accomplir doit servir de matière à notre jugement, et de base à sa sentence.

Le précepte de l'aumône nous oblige à donner le su- ^j

perdu de nos biens. Les riches ne sont que les économes ^

de Dieu. Est-il juste que dans une famille quelques-uns

des enfants aient tout, et que leurs frères soient réduits

à recueillir les miettes qui tombent de la table? ne

faut-il pas pour justifier la Providence que f abondance

des uns supplée à l'indigence des autres? Mais pourquoi,

riches du monde , êtes-vous si récalcitrants au précepte

de l'aumône? Ecoutez ce que vous dit saint Augustin :

Si vous deviez transporter votre fortune dans un pays

lointain , et que vous eussiez tout à craindre des voleurs ,

ne seriez-vous pas charmés si un jeune homme de bonne

famille venait vous dire : Mon père habite le pays où

vous allez , il est très-riche; laissez-moi ici vos richesses,

j'en ai besoin; je vous donnerai des lettres de change

sur mon père, et vous en recevrez le montant à votre

arrivée? Eh bien 1 cet enfant de bonne maison, c'est

le pauvre; ce pays où vous allez, c'est l'éternité. Cet

homme riche, c'est Dieu. Donnez donc aux pauvres,

afin que Dieu vous rende . Si vous demandez des ga-

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