‹ Catéchisme de persévérance, ou, Exposé historique, dogmatique, moral et liturgique de la religion (volume 4)Chapitre 2 sur 30 · I. IV · texte numérisé non relu

I. IV

rairttes, le paune vous présente ses haillons ; plus ils sont déchirés, plus vous êtes assurés que tout ce que vous lui'donnerez vous sera rendu. Et le Saint ajoute : Vous dites, j'ai des enfants; h merveille; eh bien 1 comptez en un de plus, et donnez quelque chose à Jésus-Christ. Enfin, le grand Docteur appelle les pauvres Lalurarii , c'est-à-dire porteurs : porteurs de la fortune des riches dans le Ciel , commis-voyageurs de la maison de Dieu.

Pour comprendre jusqu'où s'étend ce précepte malheureusement si négligé, il faut savoir 1° qu'on entend par superflu ce qui n'est nécessaire ni à la vie ni à l'état. Le nécessaire à la vie, c'est ce qui est exigé pour la nourriture et l'habillement. Le nécessaire à l'état, c'est ce qui est exigé pour la décence de notre état et condition , en retranchant toute espèce de luxe. Il faut savoir 2° que le prochain peut se trouver dans trois sortes de nécessités. La nécessité extrême , quand le prochain est en danger de perdre la vie; dans ce cas, on doit le secourir même avec les biens superflus à la vie; la nécessité graine, quand le prochain est en danger de tomber de son état justement acquis , ou d'essuyer quelque autre mal grave ; en ce cas, on doit le secourir avec les biens superflus à l'état. Enfin , la nécessité commune, celle que souffrent les mendiants; en ce cas, ceux qui ont des biens superflus à leur état, sont tenus, môme par obligation grave, de secourir, de quelque manière , les mendiants'.

Pour Être chrétienne, c'est-à-dire, utile et méritoire,

' B. Hguori.

DE PERSIÎVIÎRANCE. 19

laumône (k)it être faite avoc empressement , de bonne grâce, par un principe surnaturel et sans ostentation. Accompli de la sorte » le précepte de l'aumône nonseulement nous remplira de la plus douce et de la plus pure satisfaction, mais encore nous délivrera du péché et de la mort éternelle; nous rendra le Seigneur favorable , satisfera pour nos péchés à sa justice, transformera nos biens périssables en richesses éternelles , et nous donnera la plus grande confiance dans nos tentations et 5 nos derniers moments'.

Quant aux avantages même temporels de Taumône , il serait long de les détailler. L'histoire de Tobie les résume fidèlement , et f histoire de Tobie sera éternellement Ihistoire de tout homme aumônier. Si les pauvres nous bénissent , il est impossible que Dieu ne nous bénisse pas ; car c'est Jésus-Christ lui-même qui mendie dans le pauvre , dit un Père de l'Eglise : Christus est qui in umversitate pauperum mendicat .

Le saint homme Tobie fut emmené captif à Ninive, avec sa femme et son jeune fils. Mais sa captivité ne lui fit point oublier la voie de Dieu, qu'il suivait depuis son enfance, et il tâchait de rendre à ceux de sou peuple qui avaient été emmenés captifs avec lui , tous les devoirs de charité qui étaient en son pouvoir.

Le Dieu d'Israël , qu'il servait fidèlement, lui fit trou-

' Passages des Pitres sur l'aumône ; St. Au^. Enarr. in psal. txxv. n. 9. îd. Enchirid. ad Laiirentiiim. c. 32 7(. 19. id. Scnn, 61. de vcrb. Uomiiii. c. 2. «. 12, id. Tract, in cpisl. 1 Joan. n. 12. St. Chrysosî. iwmil. de divîle, de Lazaro. St. Cypr.j de opère et Eleemosynis. St. Tlioni. q. 3,222 art. 5. St. Ambroisc, lib. 2. de officiis c. 16. n 30, 77, 78, c. 30. n. 1^8, 149, 150, 158.

ver grâce devant le roi Salmanazar , qui lui donna la liberté d'aller partout où il lui plairait dans son royaume. Ce saint homme n'usa de cette liberté que pour consoler les autres captifs . Il ne les abandonnait ni durant leur vie , ni après leur mort. Sennachérib, successeur de Salmanazar, qui haïssait extrêmement les Juifs, ayant su que Tobie prenait soin de les enterrer , envoya des gens pour le tuer et confisquer tous ses biens. Il évita la colère de ce prince en se cachant. Cependant, le danger ne le rendit pas plus timide. Et lorsqu'au milieu d'un repas on vint lui dire qu'un Juif venait d'être tué, il sortit de table , alla enlever le corps, et le cacha jusqu'à la nuit pour l'ensevelir siirement. Tant d'oeuvres de miséricordes lui méritèrent les plus abondantes bénédictions temporelles et spirituelles.

Il mourut plein de jours, laissant pour imitateur de sa piété le jeune Tobie ' .

La société elle-même retire les plus grands avantages de l'aumône. Par elle sont calmées une foule d'ambitions et de passions toujours rugissantes comme des lions affamés autour des propriétés , et des comptoirs, et des palais des riches. L'égoïsme des grands finit tôt ou tard par amener les murmures et enfin la révolte du peuple. Les meilleures compagnies d'assurance sont les associations de charité ; car , il ne faut pas s'y tromper ,

' Les fuinilles les plus aumôniéres de leurs biens en faveur des pauvres, et de leur sang sur les champs de bataille pour la défense de la justice, ont toujours été les plus honorées, les plus durables et les plus puissantes. Matière d'une belle histoire.

ce n est pas laphilantropie qui danse pour le pauvre, qui calme ses passions, elle ne fait que les irriter ; la charité seule, la charitéchrétiennequi s' abaisse jusqu'au pauvre, qui pleure avec le pauvre , qui remue la paille de son lit , qui s'identifie avec toutes ses misères, la charité peut seule étouffer la cupidité d'avoir dans le cœur du pauvre, en lui apprenant que les riches sotit véritablement ses frères. Cette seule considération, bien méditée, devrait suffire pour changer le cœur et la conduite de la plupart des riches d'aujourd'hui.

Il est temps de passer à l'explication du second Commandement.

Le premier, qui nous ordonne d'honorer Dieu d'une manière sainte et respectueuse , renferme nécessairement ce qui est dit dans le second ; car celui qui veut qu'on l'adore et qu'on l'aime, veut par là qu'on parle de lui avec le plus grand respect, et défend expressément le contraire. Nous avons fait voir que ce Commandement, comme le premier, est tout entier à notre avantage. En effet, il nous défend tout ce qui pourrait diminuer en nous le respect, par conséquent l'amour que nous devons avoir pour Dieu. Or, cet amour est le moyen indispensable de notre union avec le nouvel Adam, et la condition essentielle de notre salut.

Ce Commandement nous ordonne donc d'honorer le nom de Dieu, et de ne jurer par ce saint nom qu'avec un grand respect. Il défend aussi de mépriser le nom de Dieu, de le prendre en vain, et de jurer par ce nom, à faux , ou en vain , ou avec témérité .

Hx)norer le nom de Dieu, ce n'est pas respecter les syllabes qui le composent. Il ne faut pas considérer ce nom en lui-môme, mais la chose exprimée par co nom ; c'est-â-dire la puissance et la majesté éternelle d'un seul Dieu en trois personnes. Il y a plusieurs manières d'honorer le nom de Dieu : 1° nous l'honorons lorsque nous confessons hautement devant tous les hommes que Dieu est notre Seigneur et notre Père; que nous publions que Jésus-Christ est l'auteur de notre salut ; 2° lorsque nous célébrons ses louanges en lui rendant des actions de grâces particulières pour les biens et les maux qui nous arrivent. Ainsi, Job, ce modèle admirable de patience, étant tombé dans les malheurs les plus affreux, ne cessa point de louer Dieu avec autant de courage que de grandeur dame. De mémo, soit que nous éprouvions des peines d'esprit ou que nous souffrions dans notre corps , employons aussitôt co qui nous reste de force à louer Dieu , en répétant avec Job : Que son saint nom soit béni ; 3° nous honorons le nom de Dieu lorsque nous le prenons à témoin pour assurer une vérité. En effet, nous confessons par là que Dieu est incapable de mentir, qu'il est la vérité et la perfection môme.

Toutefois, cette manière d honorer Dieu en jurant par son nom est bien différente des précédentes. Celles dont nous venons de parler sont tellement bonnes de leur nature, et tellement utiles, que rien ne peut être |>his avantageux pour l'homme, et que ce qu'il doit faire avec plus de zèle, c'est de s'y exercer le jour cl la nuit./e bénirai le Sev^nmr en tout temps, disait

DB PEUSÉVÉRANCli. 33

David, et ses louanges seront toujours sur mes lèvres. Au contraire, quoique !e serment soit bon de sa nature; l'usage fréquent n'en est point louable. La raison de cette difTérenco c'est que le serment n'a été établi que pour servir de remède contre la faiblesse humaine, et comme un moyen nécessaire pour prouver ce que nous avançons. Or, de même que les remèdes ne sont utiles au corps que dans la nécessité, et que l'application trop fréquente en est très-dangereuse; ainsi, il n'est pas avantageux de jurer, si des raisons fortes et importantes n'y obligent; et si l'on jure souvent, alors, loin que cette action soit utile, elle est au contraire trèsmauvaise.

C'est pourquoi saint Chrysostôme dit très-bien que l'usage du serment ne remonte pas au commencement du monde , mais qu'il s'est introduit dans des temps bien postérieurs, lorsque la malice des hommes, prodigieusement accrue, s'était répandue par tt)ute la terre ; alors vint l'usage du serment. La corruption et la perfidie devinrent telles , que les hommes, ne pouvant plus se fier les uns aux autres , furent obligés de prendre Dieu à témoin de ce qu'ils disaient. C'est pour nous rappeler à la perfection primitive , que le nouvel Adam nous a fait cette recommandation : Contentez-vous de dire, cela est ou cela n'est pas ; ce qu'il y a de plus est une suite du péché'.

Puisque le serment est une chose si redoutable, il est bien à propos de connaître la manière de jurer sain-

' Mallh. vu.

1k CATÉCHISME

temcnt. Jurer, c est prendre Dieu ou certaines créatures à témoin de ce que l'on dit. Ainsi, on jure quand on dit i Je le jure ; j'en fais serment ; j^ en prends Dieu à témoin; de môme quand on prend à témoin , pour se faire croire , les saints Evangiles, la Croix, les reliques des Saints, leurs noms et autre chose de ce genre. Il est vrai, ces objets pris en eux-mêmes ne donnent aucune force, aucune autorité h ce que nous affirmons par serment ; mais c'est Dieu dont la divine majesté brille dans toutes ces créatures.

Pour honorer Dieu , le jurement doit être fait : V avec ve'rilé ; c'cst-à-dirc, celui qui fait le serment doit le faire pour une chose vraie dont il connaisse la vérité d'une manière certaine et non par de vaines conjectures.

2° Avec jugement ; c'est-à-dire qu'il ne faut pas jurer témérairement et avec inconsidération, mais avec un grand discernement et après y avoir sérieusement pensé. Ainsi, l'importance et la nécessité de la chose doivent seules déterminer au serment. Si on le fait sans peser mûrement toutes ces choses , on fera un serment précipité et téméraire.

Tel-s sont les serments de ces personnes qui , pour des choses légères et même vaines, jurent sans raison et sans rédcxion , et par l'elTet d'une habitude très-condamnable , comme il arrive chaque jour entre ceux qui vendent et ceux qui achètent. Ceux-là pour vendre plus cher , ceux-ci pour acheter au plus bas prix , ne craignent pas d'employer le serment ponr louer ou déprécier les mar-

DD PERSÉVÉBANCE. 85

chnndises, C'est parce que la réflexion est nécessaire pour jurer et que les enfants ne peuvent pas encore discerner clairement ce qu'il faut pour cet acte , que le pape Corneille fit un décret par lequel il était défendu d'exiger le serment des enfants avant qu'ils eussent atteint l'âge de quatorze ans.

3° Avec justice. Il faut que la chose qu'on promet parle serment soit juste et honnête. Si quelqu'un promet avec serment une chose injuste et déshonnête, il pèche par là même ; de plus , il commet un nouveau crime s'il exécute sa promesse. Tel fut Hérode.

Parjurer, c'est jurer contre la vérité. Il y a encore parjure dans celui qui, faisant des promesses avec serment, n'a pas intention de les remplir, ou qui, s'il l'a eue, ne les remplit pas en effet. Le parjure est un crime énorme, celui qui ose prendre Dieu à témoin d'une fausseté, lui fait une injure infinie; il semble 'accuser d'ignorance, comme s'il pouvait ignorer quelque vérité; ou de malice et d'iniquité, comme s'il était capable de confirmer le mensonge par son approbation. Le parjure est aussi un crime social. Pour qu'il y ait société, il fautqueThomme ait foi à l'homme. Il faut qu'il puisse croire avec certitude que la parole de l'homme est l'expression exacte de sa pensée. Cette persuasion est la base de toutes les conventions . Mais la cupidité peut porter l'homme à tromper son semblable. Pour remédier à ce mal, Dieu a permis le serment : c'est la suprême garantie des promesses de l'homme. Olez le serment de la société, faites que le parjure ne soit plus un crime; en

d'autres termes , supprimez le second précepte du Décaloguo, et vous dissolvez la société; et la vie de l'accusé devant les tribunaux est à la merci des faux témoins, ou du juré, ou du juge, intéressé à demander sa mort; et la fortune du particulier est livrée à l'homme de mauvaise foi qui se rira de ses promesses, et voilà toutes vos spéculations, toutes vos associations pour l'exploitation des mines, pour l'établissement des chemins de fer, et mille autres encore qui tombent en ruines comme l'édifice privé de sa base et qui, en tombant, vous écrasent sous leurs ruines et vous précipitent dans l'abîme de la misère, du désespoir et du suicide. C'est ici de l'histoire quotidienne. Il est si vrai que le serment est la base de la société, que chez les Romains le parjure était déclaré infâme et que les lois de tous les peuples l'ont puni avec sévérité. Le Code français décerne contre le parjure la peine des travaux forcés ' .

Le blasphème est un autre péché opposé au second Commandement. On définit le blasphème une parole injurieuse à Dieu, aux Saints ou à la Religion. Ainsi, c'est un blasphème de dire : Dieu n'est pas juste , la Religion n'est pas vraie. La corruption de ces derniers temps a introduit parmi le peuple une foule de paroles plus ou moins blasphématoires dont les Chrétiens doivent s'abstenir avec le plus grand soin; mais personne ne doit fuir ce péché avec plus d'horreur que les parents et les supérieurs. Saint Louis avait ordonné qu'on perçât la langue aux blasphémateurs avec un

' Code pénal, art. 3Gl.

DE PERSÉVÉRAiNCE. 27

fer rougo. Pour nous, quand nous entendons blasphémer, bénissons intérieurement le nom de Dieu et prions pour les blasphémateurs.

Les imprécations sont des paroles par lesquelles on souhaite du mal aux autres ou à soi-même. Telles pont ces manières de parler malheureusement si communes : Que le diable m'emporte ; si je ne dis pas vrai , je veux mourir à V instant.

Les serments déguisés sont de deux espèces : 1° les uns sont le serment lui-même avec quelque changement dans les termes; au lieu de dire par Dieu, on dit pardi; par la mort de Jésus-Christ, on dit mordt; 2° les autres sont des paroles qui, n'énonçant pas le serment, s'y rapportent; par exemple : En conscience; foi de Chrétien; comme je suis devant Dieu. Les Chrétiens, enfants dociles du nouvel Adam, ne doivent point s'exprimer ainsi ; qu'ils évitent même de dire ma foi, se contentant de ces paroles citées en exemple par le Sauveur lui-même : Cela est ou cela n'est pas. Que leur grande réputation de sincérité et de franchise les dispense de toutes ces affirmations plus ou moins contraires à l'esprit du Christianisme.

A Namur où les Frères des écoles chrétiennes travaillent avec tant de succès, comme dans toutes les villes où ils sont établis, à procurer à la jeunesse une éducation solidement vertueuse, un de leurs élèves, enfant de dix à douze ans, donna, il y a quelques années, une preuve bien touchante de sa foi et de son horreur pour le blasphème. 11 rentrait peut-être un peu tard

après la classe, et son père l'en reprit vivement en jurant le nom de Dieu. Ce pauvre enfant, tout déconcerté d'avoir donné lieu à ces blasphèmes, se jeta à genoux et lui dit : « Mon papa, je vous en prie, battezmoi, mais ne jurez plus. » Le père, interdit en voyant l'horreur que témoignait cet intéressant enfant de ces abominables exécrations, profita de la leçon et n'osa plus blasphémer. — Ah ! que de fautes, s'ils le voulaient, des enfants chrétiens feraient éviter à leurs parents ' .

Ces fautes et surtout ces blasphèmes retentissent au cceur de la société, ils en ébranlent peu à peu les fondements ; car sur quoi, je vous prie, est fondée la société? n'est-ce pas sur la Religion? et la Religion ellemême ne porte-t-elle pas d'aplomb sur l'amour de Dieu? Mais le moyen que Dieu soit aimé s'il n'est pas respecté? et quel respect reste-t-il pour Dieu quand on blasphème, c'est-à-dire quand on maudit et qu'on outrage son saint nom? Que deviendrait une famille dont les enfants maudiraient , outrageraient journellement le nom de leur père? Que deviennent les Etats où il est permis de dire et d'écrire toutes sortes d' outrages contre le nom et l'autorité du prince? L'histoire est là sous nos yeux pour répondre. Il est donc vrai, Dieu en nous défendant de blasphémer son saint nom et sa loi sainte, a songé aux intérêts de la société autant qu'aux siens; et saint Louis , en décernant un châtiment exemplaire contre les blasphémateurs, ne se montra pas seulement

' Essai sur le blasphème.

Ivon chrétien, mais encore profond politique. Il savait que là où Dieu n'a plus d'autel les rois n'ont plus de trône, et là où les rois n'ont plus de trône les méchants n'ont plus de frein; c'est l'anarchie, c'est le malheur des peuples. Ne sont-ce pas les blasphèmes contre Dieu et la Religion qu'on a laissés dire et imprimer depuis cinquante ans, qui ont ébranlé les royaumes et couvert l'Europe de sang et de ruines. Voltaire, dit l'impie Condorcet, na pas vu tout ce qu'il a fait , mais il a fait tout ce que nous voyons.

PRIÈRE

0 mon Dieu 1 qui êtes tout amour, je vous remercie de m' avoir appris à aimer mon prochain et à honorer votre saint nom. Je vous demande pardon de toutes les fautes que j'ai commises contre la charité et contre le respect qui vous est dû.

Je prends la résolution d'aimer Dieu par-dessus toutes choses, et mon prochain comme moi-même pour l'amour de Dieu ; et, en témoignage de cet amour, /e ne prononcerai jamais le nom de Dieu en vain.

PETIT CATÉCIILSÎIE.

DE ÏOTRE tJMOTÇ AVEC NOTBE SEIGNEUR LE îfOUVEL ADAM, PAR LA CHARITÉ.

Q. Suffit-il d'aimer Dieu et le prochain en paroles?

/?. Non, il ne suffit pas d'aimer Dieu et le prochain en paroles. Pour nous unir au nouvel Adam, noire charité doit partir d'un cœur sincère et se manifester par des œuvres.

Q. Quelles sont les œuvres principales par lesquelles nous témoignons notre charité envers le prochain?

R. Les œuvres principales par lesquelles nous témoignons notre charité envers le prochain, sont relatives à son ame et à son corps. Les premières se nomment œuvres de charité spirituelle ; on en compte sept : 1° instruire les ignorants ; 2° reprendre ceux qui font mal ; 3° donner conseil à ceux qui en ont besoin ; 4° consoler les affligés; 5° supporter avec patience les injures et les défauts du prochain ; G" pardonner de bon cœur les offenses ; 7° prier pour les vivants et les morts et pour ceux qui nous persécutent.

<}. En quoi consiste le pardon des injures?

R. Le pardon des injures consiste : l"à ne conserver dans notre cœur aucun sentiment de haine, aucun désir de vengeance, aucune aigreur contre celui qui nous a offensé; mais à l'aimer comme notre frère pour T amour de Dieu ; 2° à lui donner extérieurement les marques communes d'amitié et de charité et à lui rendre service

sil en a besoin. Pour accomplir ce devoir, il faut penser que Dieu nous pardonnera comme nous pardonnerons.

Q. Qu'est-ce que la correction fraternelle?

R. La correction fraternelle consiste à reprendre ceux qui font mal. Nous sommes tous plus ou moins obligés à nous reprendre mutuellement, afin de nous aider les uns les autres à faire notre salut. Il faut reprendre notre prochain comme nous voudrions être repris nousmêmes, c'est-à-dire avec prudence et charité. Nous devons recevoir les avertissements avec humilité et reconnaissance, car c'est la plus grande marque d'amitié qu'on puisse nous donner.

Q. Quelles sont les œuvres de charité corporelle?

R. Les œuvres de charité corporelle sont au nombre de sept, savoir : 1° donner à manger à ceux qui ont faim, à boire à ceux qui ont soif ; 2° donner l'hospitalité aux étrangers ; 3° donner des vêtements à ceux qui en manquent; 4° visiter les malades ; 5" visiter et consoler les prisonniers; 6° racheter les captifs; 7° ensevelir les morts. Par les œuvres de charité spirituelle. Notre Seigneur soulage toutes les misères de notre ame, et par les œuvres de charité corporelle, il soulage tous les besoins de notre corps. C'est ainsi qu'il se montre vraiment le Rédempteur de l'un et de l'autre.

Q. Sommes-nous obligés de faire l'aumône?

R. Oui, nous sommes obHgés de faire l'aumône. Le nouvel Adam qui nous a aimés jusqu'à se donner luimême à nous , refusera le Ciel à ceux qui n'auront pas fait l'aumône comme il le commande. Nos aumônes

doivent être proportionnées à nos moyens et aux besoins des pauvres ; le superdu du riche appartient aux pauvres. Pour être utile et méritoire , l'aumône doit être faite par un principe surnaturel , de bonne grâce et sans ostentation. Elle est bien plus utile à celui qui la fait qu'à celui qui la reçoit. Dieu la commande pour nous détacher des biens de ce monde et pour nous rappeler sans cesse que nous sommes tous frères .

Q. Que nous défend le second Commandement ?

R. Le second Commandement nous défend de prendre le nom de Dieu en vain. On prend le nom de Dieu en vain quand on l'emploie sans respect, quand on le déshonore par le parjure ou le blasphème. Au contraire, on l'honore quand on le bénit par des prières ou des actions de grâces ; quand on le jure avec vérité, avec jugement et avec justice.

Q. Qu'est-ce que jurer ?

R. Jurer, c'est prendre Dieu à témoin de ce qu'on assure. Ainsi, le serment est un acte de Religion par lequel on honore Dieu quand on le fait avec vérité, avec jugement et avec justice. Dar>s l'usage ordinaire de la vie , il faut se contenter de dire pour affirmer ou pour nier quelque chose : cela est; cela n'est pas. C'est Notre Seigneur qui nous le recommande.

Q. Qu'est-ce que le blasphème?

R. Le blasphème est une parole injurieuse à Dieu, ou aux Saints, ou à la Religion . Le blasphème et le parjure sont deux très-grands péchés dont nous devons avoir beaucoup d'horreur. Quand nous entendons blasphé-

mer, il faut bénir intérieurement le nom de Dieu et prier pour le blasphémateur.

Q. Qu'est-ce que les imprécations?

11. Les imprécations sont des paroles par lesquelles on souhaite du mal aux autres ou à soi-même. Les parents et les supérieurs doivent surtout éviter les paroles contraires au second Commandement.

PRIÈRE

0 mon Dieu ! qui êtes tout amour, je vous remercie de m avoir appris à aimer mon prochain et à honorer votre saint nom ; je vous demande pardon de toutes les fautes que j'ai commises contre la charité et contre le respect qui vous est dû.

Je prends la résolution d'aimer Dieu par-dessus toutes choses et mon prochain comme moi-même pour l'amour de Dieu; et, en témoignage de cet amour, /e 7}e prononcerai jamais le nom de Dieu en vain.

'im9<nnnmennnns«nmnsitïcnnsT'nn9i(>nmnnMmt$innnn^

XXVIIP LEÇON

DE NOTRE UNION AVEC NOTRE SEIGNEUR LE NOUVEL ADAM, PAR LA CHARITÉ

Suite (lu second Commandement, vœu. — Troisième Commandement. — Ce qu'il commande. — Sauclification du Dimanche. — Pourquoi le Dimanche substitué au Sabbat. — Ce qu'il défend. — Différentes espèces d'œuvres. — Avantage social du Dimanche. — Obligation d'entendre la Messe. — Conditions pour bien l'entendre. —Trait historique.

Par le serment nous assurons ou promettons quelque chose aux hommes, en interposant le nom de Dieu; mais il y a des personnes qui promettent à Dieu luimôme des choses qui lui sont agréables : cette promesse s'appelle vœu. Le vœu est plus qu'une simple résolution; c'est une promesse par laquelle on s'oblige envers Dieu à faire une bonne œuvre sous peine de péché.

On distingue plusieurs sortes de vœux : le vœu absolu ou qui est fait sans condition; le vœu conditionnel^ où l'on ne promet une chose que dans le cas d'un certain événement ; le vœu personnel est celui qui ne regarde que la personne même : faire vœu de réciter telle prière, d'aller en pèlerinage en tel lieu, c'est faire un vœu personnel ; le vœu rec/ est celui qui a pour objet quelque chose adonner; ainsi, faire vœu de donner l'aumône,

àe faire dire des Messes, c'est faire un vœu réel . Les vœux sont solennels ou simples. Les solennels sont ceux qui se font dans un ordre religieux approuvé par l'Eglise. Les simples sont ceux qui se font dans les congrégations qui ne sont pas érigées en ordre religieux.

L'obligation d'accomplir les vœux est incontestable.. Et cette obligation tombe sur toutes les circonstances promises du lieu, du temps et de la manière. L'Eglise, à la vérité, peut dispenser, au nom de Dieu, de l'obligation d'exécuter ce qu'on a promis à Dieu, mais elle ne le fait que pour de fortes raisons . L'obligation du vœu personnel ne tombe que sur la personne qui l'a fait, mais celle du vœu réel passe à ses héritiers. Ainsi , les héritiers de celui qui a fait vœu de donner l'aumône, de faire dire des Messes, sont obligés de donner l'aumône et de faire dire les Messes promises, si ce vœu n'a pas été accompli. Quant au vœu conditionnel, il n'oblige que lorsque la condition a eu lieu.

Il est une règle de prudence dont il ne faut pas s'écarter : c'est de ne faire aucun vœu sans avoir consulté un confesseur sage et éclairé .

Le second Commandement, protecteur du premier, renferme les différentes manières dont l'homme en particulier doit honorer le nom de Dieu. Mais la société ou la réunion de tous les hommes, qui forme une personne morale et publique, doit aussi avoir un culte conforme à sa nature, par conséquent un culte public. Afin que ni le temps, ni la manière de l'honorer, ne fussent abandonnés aux caprices des hommes. Dieu a pris soin de régler tout

le détail du culte qu'il exige de nous. Le troisième Commandement détermine le jour du culte public.

Ce Commandement, le dernier de la première table que Dieu donna à Moïse, est ainsi conçu : «Souvenezvous de sanctifier le jour du Sabbat ; vous travaillerez, vous ferez tous vos ouvrages pendant six jours ; mais le septième est le jour du Sabbat du Seigneur votre Dieu. Vous ne ferez aucune œuvre servile en ce jour, ni vous, ni votre tils, ni votre fille, ni votre serviteur, ni votre servante, ni vos bêtes de somme, ni l'étranger qui est parmi vous ; car le Seigneur a fait en six jours le Ciel, la terre, la mer, et tout ce qu'ils renferment, et il s'est reposé le septième. C'est pourquoi le Seigneur a béni et sanctifié le jour du Sabbat. »

Quel noble modèle est ici proposé à l'homme! C'est Dieu lui-même , créant le monde et se reposant à la fin de son œuvre-. 0 homme ! mon enfant , mon image , travaille durant six jours comme ton Père, avec la même sainteté , et comme lui repose-toi le septième. Les__six jours de labeur sont l'image de ta vie, le septième est l'image de ton éternité; ici la peine, là le repos ; ici la peine d'un instant , là le repos des siècles sans fin.

Le premier Commandement nous ordonne de rendre à Dieu un culte intérieur; le troisième nous marque le culte extérieur que nous lui devons. Ainsi, le troisième Commandement est une suite naturelle du premier ; car il est impossible, si nous honorons Dieu intérieurement par la foi, par l'espérance et par la charité, que nous ne l'honorions pas d'un culte extérieur, et que nous ne lui

témoignions pas d'une manière sensible notre reconnaissance. Cette nécessité du culte extérieur sera démontrée dans la quatrième partie de cet ouvrage. Mais comme il est difficile de remplir les devoirs du culte extérieur à ceux qui sont occupés des affaires de ce monde, Dieu a voulu leur rendre facile cette obligation en leur fixant un temps pour s'en acquitter , et en levant les obstacles à laccomplisseraent de ce devoir.

Si Dieu n'avait pas fixé ce temps, bientôt le culte extérieur aurait été entièrement négligé ; le culte môme intérieur aurait disparu. Mais ce n'était pas assez; il fallait encore lever les obstacles qui auraient pu détourner du culte extérieur. Dieu la fait en interdisant le travail; il fallait de plus empêcher que l'homme ne tombât ce jour-là dans l'oisiveté qui est la mère de tous les vices. Dieu la fait en prescrivant les œuvres les plus propres à l'honorer.

En tant qu'il nous ordonne de réserver un certain temps pour rendre à Dieu un culte extérieur, le troisième Commandement est immuable et de droit naturel. Ce qui prouvecette vérité, c'est que tous les peuples ont eu certains jours consacrés au culte des divinités qu'ils adoraient. De même q^ue la nature a déterminé un certain temps pour les fonctions nécessaires à la vie du corps, telles que leboireet le manger, le sommeil et le repos ; de même )a Religion veut qu'il y ait certains moments déterminés, pendant lesquels lame puisse reprendre des forces en contemplant les perfections divines.

Le précepte de sanctifier le Sabbat, si on le considère

s 8 r,ATÉCHis.\rE

par rapport à ce jour précisément, n'est pas immuable, au contraire, il est dénature à changer. Ainsi, le peuple d'Israël ne sanctifia le jour du Sabbat qu'après avoir été délivré de la servitude de Pharaon '. Mais ce précepte devait être aboli au moment où toutes les autres cérémonies juda'iques allaient être rejetées , c'est-à-dire à la mort du Sauveur. En effet, ces cérémonies n'étaient, comme nous l'avons vu, que l'ombre et l'image de la vérité. Elles devaient donc tinir lorsque viendrait cette lumière, cette vérité qui est Jésus-Christ ; ainsi fuient les ombres de la nuit au lever du soleil. C'est pourquoi les Apôtres ont substitué au Sabbat des Juifs le premier des sept jours de la semaine, et l'ont appelé \e jour du Seigneur ou le Dimanche. Saint Jean parle de ce jour dans son apocalypse % et l'Apôtre saint Paul veut qu'on recueille les aumônes des fidèles le premier jour après le Sabbat ', c'est-à-dire, comme l'explique saint Chrysostôme, le jour du Dimanche; d'où l'on voit que déjà au temps des Apôtres le jour du Dimanche était regardé comme saint ^.

Il y a plusieurs raisons pour lesquelles l'Eglise a transféré la solennité du Sabbat au Dimanche : 1° ce fut en ce jour que la lumière commença de briller sur le monde;

I Catéch. du Concile de Trente.

' Apoc. 1. 10.

3 1 Cor. 16. 2.

4 Su Chrysost. homil. 13 in Corinth. Ambros. item et Theopliilact.; vide etiam can. c. 63. Igoat. epist. ad Magn. Justin, apol. 2. ïertull. apol. c. 16 et de coron, milit. c. 3. et de Idol. c. il\; St. Cypr. epist. 33; Clem. Alex. l. 5 Stromat. satis anic finem. Orig. homil. 7. in cxod.

2'' ce fut en ce jour que Notre Seigneur ressuscita et fit passer l'humanité de la vie de ténèbres et de péché h la vie glorieuse du nouvel Adam ; 3° ce fut en ce jour que le monde commença d' être créé, et ce fut aussi en ce jour qu'il commença d'être régénéré par le Saint-Esprit qui descendit sur les Apôtres. Ainsi l'Eglise chrétienne, en consacrant à Dieu le Dimanche qui répond en mênie temps au premier jour de la création du monde, et à celui de la résurrection de Jésus-Christ et de la descente du Saint-Esprit, réunit plusieurs objets tous également propres à exciter notre piété. Elle honore Dieu le Père Tout-Puissant, comme Créateur et Conservateur detoutes choses; Jésus-Christ, son Fils unique, comme notre Sauveur qui nous a affranchis de la servitude du démon et du péché, et qui. après les travaux de sa vie mortelle, est entré par sa résurrection, dans son repos éternel, figuré par le repos de Dieu après l'ouvrage de la création; et le Saint-Esprit, comme le principe de la nouvelle création, plus merveilleuse que la première, et par laquelle ayant été tirés du néant du péché, nous avons reçu un être nouveau et une vie nouvelle;

Comme les autres, ce Commandement est tout entier à notre avantage. Sans ce jour de prière et de repos, notre ame, tout occupée des soins et des affaires temporelles, oublierait bientôt sa fin dernière, et notre amour, au lieu de se purifier, irait en se dégradant, et bientôt nous deviendrions semblables aux Payens. N'est-ce pas ce qu'on remarque chez les peuples qui cessent de sanctifier le Dimanche? Or, notre amour en

hO CATÉCHISSIE

se concentrant dans les biens du temps, devient une source continuelle de calamités : l'ambition, l'avarice, la volupté, deviennent les seules règles de ceux qui ne pensent plus à l'autre vie ; et ces trois passions bouleversent le monde. C est donc une vérité incontestable, que la sanctification du Dimanche est aussi nécessaire au repos de la société qu'au salut de l'homme.

Comment dès-lors ne pas trembler pour l'avenir? Comment ne pas verser des larmes amères en voyant le jour du Seigneur devenu pour la plupart de ceux même qui se disent Chrétiens, le jour du démon? Ce saint jour doit être consacré au service de Dieu et au salut de notre ame, et c'est le jour où l'on oiïense davantage le Seigneur, et où l'on fait à son ame de plus mortelles blessures. Malheur à nous ! Les fêtes du Ciel sont devenues, par un abus sacrilège, des fêtes de l'Enfer.

C'est afin de nous mettre en garde contre tant de scandales, que Dieu s est servi de cette expression pour nous recommander le saint repos : Souvenez-vous de sanctifier le jour du Sabbat. Celte parole nous rappelle deux choses : la première, c'est qu il ne manque pas d'occasions qui peuvent nous faire perdre de vue ce précepte, comme l'exemple de ceux qui n'en tiennent aucun compte, ou 1 amour des divertissements et des spectacles qui nous empêchent si souvent d'observer ce saint jour; la seconde, c'est qu'en travaillant pendant la semaine, il faut que nous ayons toujours en vue le Dimanche comme le jour où nous devons rendre compte à Dieu de nos actions et de notre travail, afin que nous ne fas-

DE PERSÉVÉRANCE. Al

sions aucune œuvre qui soit répudiée de Dieu et qui soit pour nous, comme dit l'Écriture, un sujet de sanglots et de remords ' .

Ces mots sanctifier le jour du Sabbat , signifient dans le sens de l'Écriture, s'abstenir de tout travail du corps et des affaires temporelles. Il faut donc expliquer quelles œuvres sont défendues en ce saint jour.

Or, on distingue trois sortes d' œuvres : les œuvres libérales, les œuvres mixtes ou communes, et les œuvres serviles.

Les œuvres libérales sont celles qui s'exercent plus par l'esprit que parle corps, et qui, par là, sont faites plus communément par les personnes libres. Ainsi, lire, écrire, dessiner, étudier, enseigner, etc., sont des œuvres libérales permises le dimanche, quoiqu'on les fasse pour gagner de l'argent. Bien qu'il soit permis de peindre, il n'est cependant pas permis de broyer les couleurs ni de s'occuper de certaines peintures mécaniques et grossières. Ce serait une œuvre servile, surtout dans celui qui le ferait par état.

Les œuvres mixtes ou communes sont celles qui s'exercent autant par l'esprit que par le corps et qui sont communes soit aux gens de travail , soit aux personnes libres ; par exemple, se promener, chasser, voyager, etc.

Les œuvres serviles sont celles qui s'exercent plus par le corps que par l'esprit. Elles sont appelées serviles parce qu'elles sont faites plus communément par les serviteurs, les ouvriers et les gens de travail. Les seules

■ 1. Rcg. 25. 31.

œuvres serviles sont défendues le Dimanche et les jours de fêtes ' . En voici quelques-unes : exercer un métier quelconque, cultiver la terre, coudre, tricoter, broder, tout cela est défendu le Dimanche quand on ne gagnerait rien et môme quand on travaillerait pour les pauvres \

Les ouvriers et les ouvrières qui travaillent les jours consacrés au Seigneur, donnent pour prétexte que l'ouvrage leur resterait, qu'ils perdraient cette pratique, qu'ils avaient promis cet ouvrage. Ce sont des prétextes frivoles, la Loi de Dieu est au-dessus de toutes ces raisons. Ils doivent bien se souvenir que ceux qui travaillent le Dimanche n'en sont pas plus riches à la fin de l'année ; que c'est souvent tout le contraire. Dieu ne bénit pas un travail fait contre sa défense. Et puis n'est-il pas le Maître de vos biens et de votre vie? n'a-t-il pas à ses ordres le feu, la grêle, la gelée, les pluies et les chaleurs pour faire périr ou pour vous enlever des moissons préparées et recueillies au mépris de ses ordres? et votre santé n'est-elle pas en ses mains? ne peut-il pas vous envoyer une maladie qui vous coûtera bien au-delà de ce que vous aurez gagné en travaillant le Dimanche? Croyez-moi, on ne se joue pas de Dieu impunément; mais ce n'est pas tout, le travail du Dimanche tourne tout entier au profit de l'égoisme.

' B Lig.

^ Les actes du barreau sont aussi défendus. On appelle actes du barreau ce qui regarde le barreau, par exemple, citer les parties, inslruire es procès, exécuter les sentences.

ne PERSÉVÉRANCE. A3

Pauvres artisans qui, toute la semaine, fonctionnez comme des machines dans des ateliers malsains; pauvres laboureurs qui portez le poids de la chaleur et du jour, il vous semble qu'avec un jour de plus de travail vous acquérez une ressource nouvelle et que vous améliorez votre position ? Vous êtes les martyrs d'une cruelle erreur. Et d'abord, l'ouvrier qui travaille le Dimanche ne travaille pas le lundi , et voilà cette espérance trompée ; secondement, il dépense en débauche une partie de son gain de la semaine; troisièmement, il use ses forces par ses excès et, se rendant avant l'âge incapable de travail, il s'en va, jeune vieillard, mourir à l'hôpital, et sa femme et ses enfants, couverts de haillons, restent à la charge de la charité publique, jusqu'à ce que la philantropie, lasse de les rencontrer sur son chemin, les fasse enfermer dans un dépôt de mendicité. C est là aussi de l'histoire contemporaine. Ouvriers, détrompez-vous, ce qui vous procurera de l'aisance pour vos vieux jours, c'est la bonne conduite , et sans Religion point de bonne conduite, parce que sans Religion vous n'aurez pas la force de réprimer vos passions et de résister au torrent du mauvais exemple; mais vous n'aurez jamais de Religion sans instruction religieuse, et vous n'aurez jamais d'instruction religieuse si vous ne sanctifiez pas le Dimanche. Voilà pour les ouvriers.

Quant aux ouvrières, le travail du Dimanche ne leur est pas moins funeste; sans frein rehgieux, les jeunes personnes s'abandonnent à leur goût naturel , passionné pour la toilette et les parures ; bientôt leur modique

lik CATÉCHISME '

journée devient insuffisante, et alors. . . vient le trafic, de l'innocence. Je n'en dis pas davantage : interrogez les mœurs publiques, les registres des cours d'assises, les statistiques des infanticides, elles vous diront le reste.

Direz-vous que vous travaillerez le Dimanche et tous les autres jours sans vous déranger? Non , vous ne le ferez pas , par la raison que je viens de vous dire ; mais si vous le faites , vous ne le ferez pas long-temps ; vous avez besoin de repos ; un travail continuel aura bientôt usé vos forces. De plus, ce travail continuel ne vous rapportera rien ; vous croyez bien calculer, mais le riche calcule encore mieux que vous ; il est le maître, et ne voyez-vous pas qu'il vous fait subir une diminution de salaire, de sorte qu'il ne vous donne pour sept jours de travail que ce qu'il serait obligé de vous donner pour six , si vous ne travailliez que six jours; car il est de droit naturel que vous gagniez dans votre journée de quoi vivre vous et votre famille , sans cela vous ne prêteriez au riche ni vos bras ni vos forces. Aussi, depuis qu'on travaille le Dimanche , connaissez-vous beaucoup d'ouvriers qui aient fait fortune à cause de ce surcroît de travail?

La violation du Dimanche est donc tout entière au désavantage des classes ouvrières, ou qui s'épuisent avant le temps par un travail trop soutenu , ou qui s'usent de bonne heure par les excès auxquels se livrent les hommes sans frein religieux. Le travail du Dimanche n'est pas même utile aux riches. 1° Ils ont affaire à des ouvriers nécessairement peu délicats, et l'ouvrage est d'une qualité inférieure. Nest-ce pas ce que disent les

DE PLRSÉVÉRANCE. 45

{»iaintesamères,«onlinuelles, qui retentissent de toutes parts de la qualité des produits? mais n'est-ce pas la bonne qualité des produits qui gagne la confiance , et la confiance dans les affaires n' est-elle pas le piédestal de la fortune ? 2° N'ont-ils rien à craindre de cette masse d'ouvriers sans foi, sans mœurs? croient-ils pouvoir dormir tranquilles pendant que les passions populaires', excitées par le luxe ou froissées par la dureté des riches, convoitent la fortune, veulent jouir à leur tour? Que la société y prenne donc garde, c'est ici une question de vie et de mort. Point de société sans Religion, point de Religion pour les trois-quarts du genre humain , sans la sanctification du Dimanche. Il est donc vrai, le troisième Commandement de Dieu est une base de l'édifice social, une garantie pour le riche et un bienfait pour le pativre.

Les personnes qui font travailler sont encore plus coupables que les personnes qu'elles font travailler; celles-ci ne sont point obligées de faire ce qu'on leur commande, elles doivent dire : Je dois obéir à Dieu plutôt qu'aux hommes.

Cependant, Dieu est un Père qui exige l'obéissance de ses enfants, bien plus dans leur intérêt que dans le sien. Aussi, nous dispense-t-il de sa Loi lorsque des motifs suffisants le demandent .

Plusieurs raisons excusent ceux qui vaquent aux œuvres serviles les jours de Dimanche et de fêtes : 1° La dispense du Pape dans toute l'Eglise. Ainsi, aujourd'hui, dans toute la France, on peut travailler les

jours de fêtes supprimées par le Concédât, quoique le souverain Pontife désire qu'on célèbre roflîee comme autrefois. La dispense de l'Evoque, lorsqu'il y a de justes motifs, dans son diocèse; et en quelque cas particuliers, celle du Curé dans sa paroisse. 2° La coutume. Voici la règle à cet égard : On peut suivre la coutume publique des lieux où l'on est, si les Evoques et les Curés la connaissent et ne l'empêchent pas. Il faut que cette coutume soit publique, que ce soit la coutume des gens vertueux. 3° La piété. Ainsi, il est permis d orner les temples et parer les autels à l'occasion d'une solennité, lorsqu'on n'a pu le faire les jours d'oeuvre. 4° La nécessité. Quand on ne peut omettre une œuvre servile sans qu'il en résulte un grand dommage ou une incommodité grave pour soi ou pour autrui. Il est donc permis de travailler à ceux qui font cuire la chaux, les briques, le verre* et à tous ceux qui ont commencé un ouvrage dont l'interruption leur causerait un grand dommage. Les tailleurs le peuvent pour les habits de noces ou de deuil. Il est ordinairement permis par l'usage de cueillir les fruits, de faire la moisson, de faucher le foin, quand il y a danger de perdre la récolte. Il est permis de préparer, de faire, de vendre et d'acheter ce qui est véritablement nécessaire les jours mêmes de fête et de Dimanche pour la nourriture et la propreté du corps.

Quant aux personnes dépendantes des autres, qui seraient tellement obligées de travailler pendant la semaine, qu'elles n'auraient véritablement que le Dimanche pour raccommoder leurs pauvres habillements,

elles pourraient travailler pendant quelques heures , pourvu qu'elles assistent aux offices, qu'elles en demandent la permission à leur pasteur, et qu'elles le fassent de manière à ne point donner de scandale.

Un Chrétien qui se trouve dans la nécessité de travailler le Dimanche, ne doit le faire qu'à regret et le moins de temps possible. Ah ! c'est bien le moins que nous employions exclusivement un jour par semaine à la grande, à l'unique affaire pour laquelle nous sommes en ce monde. De quoi nous servirait d'avoir gagné l'univers si nous venions à perdre notre ame?

Après avoir défendu toutes les œuvres qui pourraient s'opposer à la sanctification du Dimanche, le troisième Commandement en prescrit certaines autres que nous devons faire. Avant de parler de l'action par excellence que l'Eglise nous commande en ce jour sous peine de faute grave, il est bon de rappeler qu'entendre la parole de Dieu avec piété et dévotion, recevoir les Sacrements, faire de saintes lectures, visiter le Saint-Sacrement, instruire les ignorants^ consoler les pauvres et les malades; en un mot, faire suivant son état et sa condition les œuvres de charité spirituelle et corporelle , sont autant d'excellents moyens de sanctifier les saints jours.

Telle était la conduite des premiers Chrétiens, nos pères et nos modèles dans la foi . Nous lisons qu'en ces saints jours ils écoutaient avec assiduité et ardeur les instructions des Apôtres; qu'ils recevaient la sainte Eucharistie et faisaient de ferventes prières. N'est-ce pas le môme Dieu que nous servons ?

Mais parmi toutes les œuvres de piété, il en est une qui est prescrite sous peine de péché mortel, c'est l'assistance au saint Sacrifice de la Messe. Bénie soit l'Eglise qui nous a fait ce Commandement. Jamais elle ne s'est montrée à notre égard plus vigilante , plus tendre, plus mère. En effet, la Messe étant le plus excellent acte de la Religion, c'est aussi le moyen le plus propre à honorer Dieu et à nous sanctifier.

Que dire de cet auguste Sacrifice ? Quand on parlerait la langue des Anges, il serait impossible d'exprimer dignement l'excellence de cet acte sublime. Tout ce qu'on peut dire, c'est que la Messe est la continuation du sacrifice de la Croix. C'est le même Prêtre et la même Victime : cela dit tout. Aussi, tous les honneurs qu'ont jamais rendus à Dieu les Anges par leurs hommages et les hommes par leurs vertus, leurs austérités, leurs martyres et autres saintes œuvres, n'ont pu lui procurer autant de gloire qu'une seule Messe. La raison en est claire. Tous les honneurs des créatures sont des honneurs finis, tandis que l'honneur qui revient à Dieu du Sacrifice de nos autels, lui étant rendu par une personne divine, est un honneur infini. Le Sacrifice de la Messe est donc l'œuvre la plus sainte, la plus divine ' et la plus chère à Dieu ; l'œuvre qui peut le plus efficacement désarmer sa colère, qui porte le coup le plus terrible aux puissances de l'Enfer, qui procure les grâces les plus abondantes à 1 homme voyageur et les plus grands soulagements aux âmes du Purgatoire ; enfin, c'est l'œuvre

• Con. trid. sess. 23.

à laquelle est attaché le salut du monde entier. C'est à la Messe, dit un Père de l'Eglise, que la terre doit sa conservation ; sans elle il y a long-temps que les péchés des hommes l'auraient anéantie ' .

Mais le sang de l'Agneau divin, immolé dès le commencement du monde, coulant jour et nuit à grands flots sur nos autels, dans toutes les parties de l'univers, comme il coula sur la montagne du Calvaire, crie perpétuellement miséricorde et il l'obtient; quedis-]e? nonseulement il suspend la foudre au-dessus de nos têtes, mais encore il nous attire les plus abondantes bénédictions. Une seule Messe a autant d'efficacité pour la gloire de Dieu et le salut des hommes que le sacrifice de la Croix '.

Or, pour profiter du saint Sacrifice de la Messe et satisfaire au précepte de l'Eglise, plusieurs conditions sont nécessaires : le respect, l'attention, la dévotion, l'intégrité.

Le i^espect. Les Anges qui environnent l'autel pendant le redoutable sacrifice, se tiennent prosternés, la face couverte de leurs ailes ; c'est bien le moins que nous apportions aux saints mystères une tenue modeste, un recueillement universel. On manque au respect qui est dû à la Messe lorsqu'on y prend des postures qu'on ne se permettrait pas en bonne compagnie; lorsqu'on y

' Thimolb. Hierosol. orat. de Proph.

' In qualibet niissâ invenitur omnis fructiis quem christus operalus est in cruce. Quidqiiid est effectus dominicœ passionis, est effectus hujus sacrificii. Si. Tkom. in cap. G. Isa, tect.G.

T. IV. à

vient avec des parures peu décentes; lorsqu'on y porte ses regards de côté et d'autre , qu'on s y laisse aller à des rires ou à des conversations , lorsqu'on ne se met pas à genoux dans les moments convenables; en un mot, lorsqu'on entre à l'Église, qu on s y tient et qu'on en sort comme si Dieu n'y était pas. Oh ! qu'ils sont coupables les Chrétiens dont l extérieur et le maintien pendant l'auguste Sacrifice donnent lieu de douter s'ils ont la foi , s'ils sont venus pour adorer ou pour insulter. Si Notre Seigneur chassa avec tant d'indignation les profanateurs du temple de Jérusalem, de quel œil doit-il voir et comment traitcra4-il ceux qui viennent profaner un sanctuaire mille fois plus auguste?

Un jeune homme de la cour d' Alexandre-le-Grand servait à un sacrifice que ce prince faisait offrir. Lorsqu'il tenait l'encensoir , un charbon ardent lui tomba sur le bras ; il en souffrit la brûlure sans laisser échapper aucune plainte, sans môme secouer le charbon. C'était de peur qu en remuant, l'ordre du sacrifice ne fiit interrompu, et dans la crainte de déplaire à Alexandre. C'est saint Ambroise qui rapporte ce fait , bien propre à couvrir de confusion tant de Chrétiens qui ont si peu de respect pour Jésus-Christ dans son temple et même dans le temps de l'auguste Sacrifice.

Lattenlion. Il suffit de ranimer sa foi sur ce qui se passe à l'autel pendant la Messe pour être profondément recueilli . Au reste, il faut distmguer deux sortes de distractions. Les distractions volontaires et les distractions involontaires. Occuper son esprit pendant

la Messe, de choses étrangères, d'affaires, de plaisirs, de frivolités, et s'en apercevoir, et ne faire aucun effort pour revenir à la prière, c'est une distraction volontaire. Cette distraction-là est coupable ; et si elle dure une partie notable du saint Sacrifice, elle empêche de satisfaire au précepte. Celui qui s'en rend coupable est obligé d'entendre une autre Messe , s'il le peut. Se distraire volontairement pendant la Messe, amuser son esprit à mille pensées vaines, c'est imiter ces soldats payens qui jouaient au pied de la Croix sur laquelle mourait pour leur salut le Fils éternel de Dieu. Les distractions involontaires sont celles que nous éprouvons malgré nous, et que nous éloignons dès que la pensée nous en vient. Celles-là n'étant pas coupables, n'empêchent pas d'entendre la Messe. Un moyen d'éviter les distractions, c'est de choisir autant qu'on peut, un endroit qui favorise le recueillement; de suivre dans ses heures les prières du Prêtre , ou de réciter le chapelet si on ne sait pas lire. Un autre moyen de ne pas avoir de distractions pendant les saints offices, serait d'y venir avec plus de recueillement, et de dire en entrant à l'Église, à toutes les affaires de ce monde ce que disait saint Bernard : Pensées étrangères, pensées d'occupations, pensées de divertissements, restez à la porte.

La dévotion. Entendre la Messe avec le désir d'en sortir meilleur, avec le désir de s'immoler sur l'autel avec Jésus-Christ, de ne plus vivre que suivant son esprit et ses maximes, c'est l'entendre avec dévotion. Cette disposition sans laquelle toutes les autres ne sau-

raient rendre la prière agréable à Dieu, combien elle est rare? Combien qui viennent à la Messe sans but, sans intention pieuse, par routine et par habitude! Est-il étonnant qu'ils en sortent aussi peu Chrétiens qu'ils y sont entrés? Le moyen d'exciter en nous cette dévotion est de considérer d'une part, le nombre de nos besoins tant spirituels que temporels ; et de l'autre,* l'infinie bonté de Notre Seigneur qui veut bien en s'immolant pour nous, nous adresser ces touchantes paroles : Que voulez-vous que je fasse pour vous ? Celui qui nous aime assez pour verser son sang en notre faveur, pourrait-il nous refuser quelque chose ?

L'intégrité. Il faut entendre la Messe tout entière. On est toujours coupable lorsqu'on y arrive par sa faute, après qu'elle est commencée. « Mais la Messe est trop longue , disait wi jour une personne devant M. de La Motte , évoque d'Amiens ; dites plutôt, répondit le saint Prélat, que c'est votre dévotion qui est trop courte. » Honte à l'enfant qui s'ennuie en la compagnie de son père , honte à l'homme qui s'ennuie en la présence de son Dieu. Un jour sur sept, et sur les vingt-quatre heures de ce septième jour , Dieu vous demande pour lui tout au plus deux heures , et vous trouvez que c'est trop !!

On n'est dispensé d'entendre la Messe que dans le cas d'impossibilité physique ; par exemple si on était malade ; ou d'impossibilité morale, comme s'il devait en résulter un dommage grave ou une grave incommodité spirituelle ou temporelle, pour soi ou pour autrui. Lorsqu'on ne

peut pas venir h la Messe, il faut y suppléer autant qu'on le peut par des prières qui y aient rapport. Il est inutile de remarquer que l'habitude daller aux Messes les plus tardives, est très-condamnable. Parmi les personnes qui y vont ordinairement si tard, beaucoup n'y portent pas des intentions droites, beaucoup d'autres la manquent parce qu'elles se trompent d'heure, ou ne l'entendent pas avec la dévotion suffisante. On ne saura jamais assez combien la facilité avec laquelle on se dispense d'entendre la Messe est criminelle aux yeux de Dieu. Si l'on ne disait qu'une Messe une fois dans un an, quel empressement n'aurait-on pas à s'y rendre? Mais parce qu'on en dit plusieurs, la Messe est-elle moins précieuse? On voit les Sauvages nouvellement convertis , faire jusqu'à cinq ou six lieues pour assister à l'auguste Sacrifice. Oh! que cette ferveur condamne hautement l'indifférence impie de tant de Chrétiens qui , n'ayant qu'un pas à faire , se dispensent d'y paraître. Mais les chemins sont mauvais, le temps est rigoureux, vains prétextes! S'il s'agissait de gagner une somme d'argent, vous entreprendriez de plus longs voyages par des chemins plus mauvais et par des temps plus rigoureux.

Les plus violentes persécutions n'empêchaient pas toujours nos pères de se rendre les jours de Dimanche aux assemblées de Religion. Une vierge chrétienne nommée Anysie, s'y rendait, lorsqu'un garde de l'empereur Dioclétien l'apercevant, fut frappé de sa modestie. 11 alla au-devant d'elle et lui dit : Demeure là ;

bh CATÉCHISJIE

OÙ vas-tu? Anysie craignant à son ton, qu'il ne l'insultât, fit sur son front le signe de la Croix, pour obtenir de Dieu la grâce de résister à la tentation. Le soldat se trouva offensé de ce qu'elle ne répondait que par un tel signe à la question qu'il lui faisait. Il mit la main sur elle, et lui dit avec colère : Réponds, qui es-tu, et où vas-tu? Elle répondit : Je suis servante de Jésus-Christ et je vais à l'assemblée du Seigneur. — Je t'empêcherai bien d'y aller; je t'emmènerai sacrifier aux dieux, nous adorons aujourd'hui le Soleil, repartit le soldat. Il lui arracha en même temps le voile dont son visage était couvert. Anysie tâcha de l'empêcher, et lui soufflant au visage elle lui dit : Vas, misérable, Jésus-Christ te punira. Le soldat furieux tira son épée et la lui plongea dans le cœur. Elle tomba par terre, son corps fut baigné dans son sang, mais son ame fut couronnée de gloire dans le Ciel.

PRIÈRE

0 mon Dieu ! qui êtes tout amour, je vous remercie d'avoir perpétué l'augusle Sacrifice de la Croix, en immolant chaque jour pour nous, votre divin Fils sur les autels du monde entier ; ranimez ma foi et ma dévotion, afin que j'assiste toujours chrétiennement à la Messe.

Je prends la résolution d'aimer Dieu par-dessus toutes choses et mon prochain comme moi-même pour l'amour de Dieu; et, en témoignage de cet amour, ;'assisterai tous les jours à la Messe d'esprit ou de corps.

DE NOTRE UNION AVEC NOTRE SEIGNEUR LE NOUVEL ADAÎkl , PAR LA CHARITÉ.

Q. Quest-ce que le vœu?

R. Le vœu est une promesse faite à Dieu, par laquelle on s'oblige sous peine de péché de faire quelque bonne, œuvre. On est tenu d'accomplir ses vœux et -de les accomplir de la manière et dans le temps fixé. Il est trèsprudent de ne point faire de vœu sans avoir consulté son confesseur .

Q. A quoi nous oblige le troisième Commandement ?

R. Le troisième Commandement nous oblige à rendre à Dieu un culte extérieur, comme le premier nous oblige à lui rendre un culte intérieur. Notre corps et notre ame venant de Dieu, ils doivent chacun à sa manière honorer leur Créateur . Dieu a fixé un jour par semaine pour lui rendre nos hommages, et c'est avec raison. Autrement le culte intérieur lui-môme aurait fini par être entièrement négligé. Chez les Juifs, ce jour était le Sabbat ou le Samedi, c'est-à-dire le septième jour de la semaine, en mémoire du repos du Seigneur après la création ; chez les Chrétiens , ce jour est le Dimanche.

Q. Pourquoi le Dimanche?

R. Les Apôtres ont transféré la solennité du Sabbat au Dimanche, pour plusieurs raisons très-sages : 1° pour montrer que toutes les cérémonies judaïques étaient abolies; 2" pour honorer les plus grands mystères de la

56 CATI-CHISME

Religion ; car le Dimanche répond en môme temps au premier jour du monde et à celui de la résurrection de iVotre Seigneur, et à la descente du Saint-Esprit sur les Apôtres. Tous ces souvenirs sont très-propres à exciter notre piété. Ainsi, le Dimanche nous honorons Dieu le Père Tout-Puissant, comme Créateur et Conservateur de toutes choses ; nous honorons le Fils comme notre Sauveur qui , après nous avoir affranchis par ses travaux et ses souffrances, est entré par sa résurrection dans son repos éternel, figuré par le repos de Dieu après la création; enfin, nous honorons le Saint-Esprit comme principe de la nouvelle création, plus merveilleuse encore que la première.

Q. Quels sont les avantages de ce Commandement?

H. Comme tous les autres, ce Commandement renferme pour nous de grands avantages. En nous ordonnant de lui consacrer un jour par semaine, Dieu a voulu nous empocher d'oublier notre fin dernière et de dégrader notre cœur par l'amour exclusif des biens d'icibas. Il a voulu donner aux pauvres et à tous ceux qui sont obligés de se livrer pendant la semaine à un travail pénible, le temps de se reposer et de ranimer les forces de leur corps parla cessation du travail, et celles de leur amepar la prière, la parole de Dieu et la fréquentation des Sacrements.

Q. Que défend le troisième Commandement ?

R. Le troisième Commandement nous défend tout ce qui peut empêcher de sanctifier le jour consacré au Seigneur. Ainsi les œuvres serviles sont défendues. On

distingue trois sortes d œuvres : les œuvres libérales , qui s'exercent plus par lesprit que par le corps, comme lire, étudier; les œuvres communes, qui s'exercent autant par l'esprit que par le corps, comme se promener ; les œuvres servUes qui s'exercent plus par le corps que par l'esprit, comme labourer la terre, coudre, etc. On les appelle serviles, parce que ce sont ordinairement les serviteurs qui les font. Les seules œuvres serviles sont défendues le Dimanche et les jours de fête, on ne peut les faire même quand on n'aurait pas l'intention de gagner de l'argent.

Q. Que nous ordonne le troisième Commandement?

R. Le troisième Commandement nous ordonne en général de faire de bonnes œuvres, afin de sanctifier le Dimanche. Mais l'Eglise en a prescrit une en particulier sous peine de péché mortel, c'est l'assistance à la Messe. C'est avec raison, puisque la Messe est l'action la plus excellente, la plus propre. à honorer Dieu et à procurer notre sanctification.

Q. Quelles sont les conditions pour bien entendre la Messe?

R. Les conditions pour bien entendre la Messe, peuvent se réduire à quatre : le respect, l'attention, la dévotion et l'intégrité. Le respect consiste cà se tenir à la Messe dans une posture modeste, à éviter les regards, les conversations et tout ce qui peut scandaliser les fidèles. Lattenlion consiste à s'occuper de ce qui se passe sur lautel. Pour être attentif , il faut autant qu'on le peut, choisir une place qui favorise le recueillement,

se servir d'un livre de prières et suivre le Prêtre. La dévotion consiste à s'immoler avec Notre Seigneur désirant avec sincérité d'imiter ses exemples et de vivre suivant l'Evangile. L'intégrité consiste à entendre la Messe tout entière.

PRIÈRE

0 mon Dieu ! qui êtes tout amour, je vous remercie d'avoir perpétué l'auguste Sacrifice de la Croix, en immolant chaque jour pour nous votre divin Fils sur les autels du monde entier ; ranimez ma loi et ma dévotion, afin que j'assiste toujours chrétiennement à la Messe.

Je prends la résolution d'aimer Dieu par-dessus toutes choses et mon prochain comme moi-môme pour l'amour de Dieu; et, en témoignage de cet amour, j'assisterai tous les jours à la Messe, d'esprit ou de corps .

DE PERSÉA'ÉRANCE. 59

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