‹ Catéchisme de persévérance, ou, Exposé historique, dogmatique, moral et liturgique de la religion (volume 4)Chapitre 18 sur 30 · XLVI« LEÇON · texte numérisé non relu

XLVI« LEÇON

DE NOTRE UNION AVEC NOTRE SEIGNEUR LE NOUVEL ADAM, PAR LA COMMUNION

Inslitulion du Maiiage. — Définition de ce Sacrement. — Dispcsilions pour le recevoir. — Trait histc.nque. — Ce que représente le Mariage des Chrétiens. — Fiançailles. — Bans. — Empêchements dirimants. — Prohibitifs. — Dispenses. — Prières et cérémonies du Mariage» — Avantages sociaux de ce Sacrement.

Si le sacrement de l'Ordre a été établi pour perpétuer les Ministres sacrés, le sacrement de Mariage a été institué pour perpétuer les Fidèles. Les premiers sont établis pour conserver la présence réelle de Jésus-Christ sur la terre, les seconds viennent en ce monde pour le recevoir. Ainsi, c'est au nouvel Adam, età notre union avec lui, que se rapporte, comme nous l'avons déjà dit, tous les Sacrements et la Religion tout entière.

De tous les contrats, le Mariage est le plus ancien, le plus saint et le plus respectable : Dieu même en est l'auteur. Il l'inatitua dans le Paradis terrestre, lorsqu'après avoir créé Adam et Eve, il les bénit en leur disant : Croissez et multipliez, et remplissez lu terre', Alors Adam reçut, des mains de Dieu, son inséparable

' Gcn. l, 28.

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compagne en prononçant ces paroles mystérieuses et prophétiques : Voilà l'os de mes os , la chair de ma chair; c'est pourquoi l'homme quittera son père et sa mère pour s'attacher à son épouse , et ils ne feront tous deux qu'une même chair'. Sous les Patriarches, le Mariage continua dôtre le contrai le plus sacré et le plus solennel. Témoin l'histoire d Isaac et de Rebecca, de Jacob et de Rachel. Il en fut de môme sous la loi de Moïse; nous en avons des exemples dans le mariage de Rulh avecBooz, de Sara avec Tobie. Cependant, tout se passait encore comme au temps des Patriarches , dans r intérieur du foyer domestique, entre les parents et les amis , au milieu des prières du père de famille et des assistants pour attirer la bénédiction de Dieu sur les nouveaux époux. Ce n'était encore qu'un contrat naturel et civil.

Les temps approchaient où le Mariage devait avoir pour but de donner au nouvel Adam des frères, à l'Eglise des enfants, au monde non plus des Juifs mais des Chrétiens, non plus une nation charnelle mais une nation sainte. Il fallait donc que le Mariage, dont le but devenait plus noble et plus saint, fiit élevé à une dignité plus haute, et enrichi des grâces nécessaires aux nouveaux époux. C'est ce que Notre Seigneur a fait en élevant le Mariage à la dignité de Sacrement.

Ainsi, dans la loi nouvelle, le Mariage est un Sacrement institue par ISvtre Seigneur Jésus-Christ , qui donne à ceux qui le reçoivent dignemcnl la grâce de

' Gen. 2. 23.

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se sauctifier duns leur état , d élever chrétiennement leurs enfants , et qui représente l'union de Jésus-Christ avec r Eglise.

C'est un Sacrement; le mariage des Catholiques renferme toutes les qualités qui constituent un véritable Sacrement; la tradition des mains, le consentement mutuel que se donnent les époux, et la bénédiction du Prêtre ; dans toutes ces différentes choses se trouvent la matière et la forme.

Institué par Notre Seigneur Jésus-Christ, l'Eglise d'Orient et d'Occident a toujours enseigné que Notre Seigneur avait élevé le Mariage à la dignité de Sacrement; et le concile de Trente, résumant l'enseignement de tous les siècles passés, a déclaré anathème quiconque oserait dire que le Mariage de la loi nouvelle n'est pas un Sacrement institué par Notre Seigneur Jésus-Christ, et qu'il ne confère point la grâce".

A ceux qui le reçoivent dignement. Après la première Communion. Il n'est rien de plus important que le choix d'un état. Le Mariage est de tous les actes celui qui a la plus grande influence sur le sort des époux, des familles et de la société. Il n'en est point auquel on doit apporter plus de dispositions, et il n'en est peut-être point, par un renversement étrange, auquel on en

, Scss. 24- c. 1.; St. Paul ad Eph. c 5; Conc. de Cologne, 1576; Tertull. de Monogamia, de Prœscript. c. AO; St. Âmbr. libr. 1 de Abraham^ c. 7; St. Aug. lib. de fide' et operib. c. 7; de bono conjug., c. 24; TerluU. ad uxor. c. 9; St. Ambr. Epist25 adFigil; Concil 4- Carth. can. 13. Orig. ivaci. 7. in Matlli.; St. Alhan. Epit. ad Jvunomum; St. Chrys. homil, 56 in Gcnes,; bi. Av^. de tuipUis et concupisccntia, c, 17, etc.

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apporte moins. Les dispositions au Mariage sont : En premier lieu, la vocation. La providence de Dieu , en nous mettant au monde , destine chacun de nous à un état particulier. Si nous y entrons , des grâces spéciales , proportionnées à nos devoirs , nous sont réservées; c'est pourquoi il est infiniment plus facile de se sauver dans cet état; si au contraire nous n'y entrons pas , nous sommes privés de ces grâces spéciales, alors comment nous sauveronsnous ? Quand on n'est pas dans sa vocation, on est malheureux dès cette vie ; on est comme le membre déboîté qui souffre et fait souffrir tout le corps ; comme le voyageur égaré qui fait de grands pas , qui se fatigue beaucoup, et qui n'arrive pas au but de son voyage ; comme le poisson hors de l' eau , qui se débat , qui palpite et qui meurt. Les moyens de connaître sa vocation sont de mener une vie chaste, pieuse et vraiment chrétienne pendant sa jeunesse ; de demander tous les jours à Dieu , |)ar quelques prières ou quelques bonnes œuvres, la grâce de connaître sa vocation ; de prendre conseil de son confesseur, mais long-temps avant de se décider, et non pas à la veille d'accepter un parti ; de se demander sérieusement à soi-même quel est l'état où , eu égard à nos dispositions, nous croyons que nous pourrons nous sauver plus facilement , et ce que nous voudrions avoir fait au moment de notre mort ; enfin, de se demander ce que nous répondrions à une personne qui, étant dans la môme position, ayant les mêmes qualités et les mômes défauts que nous, viendrait nous consulter sur sa vocation.

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La seconde disposition au Mariage , c'est une grande pureté d'intention. Une faut y entrer qu'en vue de Dieu et pour accomplir sa sainte volonté.

Pour cela, il faut purifier sa conscience par la confession, faire de bonnes œuvres et de ferventes prières. Ainsi font encore un petit nombre de jeunes gens et de jeunes personnes vraiment chretiennes.il y a quelques années, un jeune médecin , habitant la capitale de la France, y reçut le sacrement de Mariage avec des circonstances édifiantes, au mois d'octobre 1829.

Un de ses amis l'introduit dans une maison recommandable, en lui faisant espérer la main d'une fille unique, aussi pieuse que le reste de sa famille. La jeune personne est bientôt promise au docteur, dont l'aimable modestie égale la science.

Dix jours environ avant la cérémonie nuptiale , celui-ci vient seul trouver la mère de sa future épouse, et lui demande à parler en particulier à mademoiselle Emilie. (( Ce n'est pas possible, Monsieur, répond-elle d'une manière obligeante ; ma fille n'est pas bien depuis deux jours, et elle a besoin de tranquillité. — Mais, madame, il m'est bien pénible de ne pouvoir m' entretenir un instant avec votre demoiselle ; à peine ai-je eu la satisfaction de la voir trois ou quatre fois dans la société; jusqu'ici je n'ai point trouvé l'occasion de lui exprimer à mon aise mes sentiments et de connaître les siens. — Vos instances me font peine. Monsieur; mais ma fille n'est pas visible. — J'aurais cependant quelque chose de très-important à lui communiquer. — Je l'ap-

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pellerai, si vous le désirez, et vous lui parlerez en ma présence; jamais ma fille ne s'est trouvée en tête-à-lèle avec aucun homme. — Mais bientôt je dois être son époux! — Alors, Monsieur, ma fille ne m'appartiendra plus; jusqu'à ce temps, je dois remplir à son égard tous les devoirs d'une mère chrétienne et prudente. — Ah ! madame, s'écrie le médecin, il faut donc que je vous confie mes intentions. Elevé moi-même par des parents religieux, je suis toujours demeuré fidèle à cette Religion sainte qui vous dicte une si belle conduite. L'indifférence qui existe malheureusement parmi les hommes démon art a pu vous inspirer quelque défiance; mais, loin de la partag^er, je me fais une gloire et un bonheur de suivre en tout point les pratiques de la foi : plus je les étudie, plus elles me semblent grandes et respectables. Si j ai tant insisté pour avoir avec votre demoiselle un entretien particulier, c'est que je voulais sonder ses dispositions à cet égard, et la prier de se disposer par une confession générale et la réception de l'adorable Eucharistie, à recevoir, avec la bénédiction nuptiale, toutes le grâces qui y sont attachées. »

A ces mots, la mère ne peut retenir ses larmes ; elle se jette dans les bras du vertueux médecin, et lui dit, en le tenant serré contre son cœur : « Eh bien, mon fils, nous communierons tous ensemble; allez voir votre épouse, et dites-lui bien que je vous ai appelé mon fils. Allez, pieux jeune homme, vos sentiments me répondent de votre bonheur et de celui de ma fille.»

DE PKUSl'VllP.ANC.F,. AO.")

Le vertueux médecin ne s en tint pas là. Pendant huit jours, le saint sacrifice de la Messe fut célébré pour attirer toule l'abondance des bénédictions célestes. Mais ce qu'il y eut de plus beau, de plus attendrissant, ce fut de voir, le jour môme du mariage, les deux époux s'as-. seoir à la table sainte, accompagnés, l'un de son respectable père et de sa mère en pleurs, l'autre de sa mère et de sa grand'mère, qui reçurent tous ensemble, avec leurs dignes enfants, la communion des mains du prêtre consécrateur.

Quel bel exemple pour les jeunes gens ! quelle leçon pour tant de parents indifférents ou impies ! Ah ! si toutes les unions ressemblaient à celle-ci, que la société serait heureuse et tranquille !

La troisième disposition , c'est de recevoir avec un redoublement de ferveur les sacrements de Pénitence et d'Eucharistie. Pour mieux se préparer, on conseille dans ce moment décisif, de faire une confession générale de toute sa vie , ou du moins depuis sa première Communion , Mais pour cela il ne ftmt pas attendre qu'on soit au moment de se marier. Oh! combien de personnes mènent dans le Mariage une vie de peines et de chagrins pour avoir négligé de prendre ces précautions ! combien de crimes sont la suite de la profanation du sacrement de Mariage! C'est \h une des plus grandes plaies de la société .

La grâce de se sanctifier dans leur état. Il n'est point d'état dont les devoirs soient plus nombreux, plus difficiles, plus sacrés et plus importants que l'état du Ma-

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riage; point on l'on rencontre autant doccasions de se damner. Le Sacrement bien reçu, donne la grâce pour éviter les unes et accomplir les autres; c'est une grâce de sainteté qui aide les époux à vivre avec sagesse, honnêteté et pureté, comme les enfants des Saints, les Frères de Jésus-Christ et les héritiers du Ciel; c'est une grâce de charité qui , perfectionnant l' amour naturel , leur rend agréable le joug qu'ils s'imposent, remplit de charmes les soins qu'ils se prodiguent, et tient leurs cœurs toujours tendrement unis malgré l'inconstance et les vicissitudes de la vie ; c'est une grâce de force qui les aide à se supporter, à excuser leurs défauts réciproques : c'est une grâce de fidélité qui les aide à garder inviolablement les saintes promesses qu'ils ont jurées aux pieds des autels.

Et d'élever leurs enfants selon Dieu. L'éducation des enfants est de tous les devoirs des époux le plus important et le plus difficile. Le sacrement de Mariage bien reçu, leur donne la prudence, la douceur, la fermeté, la vigilance, la patience nécessaire pour s'en acquitter dignement, et il en faut beaucoup. Elle leur apprend à regarder leurs enfants comme un dépôt sacré que Dieu lui-même leur a confié, et dont il leur demandera compte sang pour sang, ame pour ame. Elle leur apprend à éviter en leur présence toute parole, toute action qui pourrait les scandaliser. En un mot, cette grâce leur apprend que Dieu ne leur a pas donné des enfants pour en faire des savants, des riches, des heureux selon le monde, mais des Saints. D'où vient que tant de pères

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et de mères ignorent ces premiers principes de leurs obligations, et qu'au lieu de les suivre, ils les violent continuellement? de la profanation pour le sacrement de Mariage.

Enfin , nous avons dit qui représente l union de Jésus- Christ et de V Église. Le divin Sauveur a voulu que sa sainte et chaste union avec l'Eglise fut copiée et rendue sensible dans chaque famille entre l'époux et l'épouse, afin que chaque famille fût une église domestique, et qu'ainsi la société, qui n'est que l'assemblage de toutes les familles, ne fut qu'un peuple de Saints. C est pour cela qu'il a élevé le Mariage à la dignité de Sacrement. Or, voici comment les époux représentent cette union de Jésus-Christ et de l'Eglise.

Comme Jésus-Christ a quitté son père pour s'unir à l'Eglise, ainsi l'homme quitte son père et sa mère pour s unir à sa femme. L'Eglise a été formée de Jésus- Christ mort sur la Croix, comme la femme a été formée de l'homme pendant son sommeil. Jésus-Christ est le Chef de l'Eglise, comme le mari est le chef de la femme. Jésus-Christ protège l'Eglise, il la dirige, il la conduit au Ciel; le mari doit être le protecteur, le guide de son épouse, et lui montrer le chemin du Ciel bien plus par ses exemples que par ses paroles. Jésusr Christ et T Eglise ne font qu un, un même esprit les anime ; il en est de môme de l'homme et de la femme, ils ne font qu une même chair, un même esprit doit les animer.

Jésus- Christ aime tendrement l'Eglise , mais il

A98 CATKcnisME

l'aime en vue de son bonheur éternel; et l'Eglise,

de son côté, respecte son divin Epoux et lui garde

une inviolable tidélité; de même l'époux doit aimer

son épouse, mais en vue de son salut, et l'épouse

doit respecter son époux et lui garder une inviolable

fidélité.

Jésus-Christ est inséparablement uni à l'Eglise ; il en est de môme de l'époux et de l'épouse; leur union est indissoluble; elle ne peut être rompue que par la mort.

Il suit de là que l'union sacrée du Mariage ne peut être contractée qu'entre un seul homme et une seule femme, et que la polygamie, c'est-à-dire la pluralité des femmes, quoique tolérée dans l'ancienne Loi pour la propagation du genre humain, est absolument interdite par la Loi de Jésus-Christ, puisque, si elle était encore praticable, le Mariage ne représenterait plus l'union du Sauveur avec l'Eglise, ce qui lui donne particulièrement la dignité de Sacrement'.

Tout ce que nous venons de dire, montre quelle est la sainteté du Mariage parmi les Chrétiens. Il n'en est point non plus parmi les hommes qui soit aussi étroite et aussi indissoluble. C est pourquoi les peuples, même payens, la faisaient précéder par des fiançailles qui en étaient comme la préparation. On appelle tiançailles, la promesse mutuelle que se font deux personnes, ha-

' Tel est le sens donné par les Théologiens à cette parole de saint Paul : Sacramentum hoc magnum est, ego autem dico in Christo et in Ecclesia. Foyez Filassier, t, 1.

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biks à conlractcr , de s'épouser un jour. Pour qu ■ les fiançailles soient valides et obligatoires, il faut que la pronaiessc soit véritable et sincère, faite par les deux parties avec liberté et délibération et qu elle soit manifestée par des paroles ou par des signes extérieurs. Les fiançailles ont pour but de donner aux parties le temps de se connaître, de délibérer et d'examiner mûrement, avant de faire une démarche qui doit les engager pour toute leur vie, si elles trouveront dans leur futur mariage tout ce qui peut assurer leur bonheur en ce monde et en l'autre.

Les fiançailles sont très-anciennes. Les Juifs les célébraient presqu'avec autant de solennité que les noces ' . Cette cérémonie était même en usage chez les peuples payens; et comme elle n'a rien de contraire à la Religion, elle s'est conservée dans le Christianisme. L'Eglise la sanctifia en la bénissant par la prière et la présence de ses ministres. Chez les Romains, c'était la coutume d'envoyer à la future épouse un anneau de fer sans aucun ornement de pierres précieuses'. C'est ainsi que les futurs époux s'engageaient réciproquement leur foi, l'un en donnant l'anneau, l'autre en le recevant ^ Chez les anciens Francs, au lieu d'anneau, l'époux don nait dans les fiançailles à la future épouse quelques pièces de monnaie. Cette cérémonie était un reste d'une très-ancienne coutume établie chez les différentes na-

' Phil. iiv. de spécial, legibus.

-' Plin. hist. natur. Iiv. 33. c. 1.

3 Delà vient que Tertuliien appelle cet anneau annulas pronuhiis.

lions payennes d'acheter les femmes qu'on voulait épouser; car le Paganisme regardait la femme comme l'esclave de l'homme. Grâce au nouvel Adam, son sort a bien changé; mais la pièce de monnaie qu'on bénit le jour du mariage doit lui rappeler celui h qui elle en est redevable.

Lorsque les fiançailles sont conclues , on fait les publications de bans. Le mot ban veut dire proclamation publique'. L'Eglise veut qu'on annonce à tous ses enfants les futurs mariages, 1° afin que tous se mettent en prière pour attirer sur les nouveaux époux les bénédictions du Ciel. Hélas! jamais elles ne furent plus nécessaires; 2° afin que le Mariage se contracte sans empêchement. Les bans doivent être régulièrement publiés trois Dimanches ou Fêtes consécutifs, pendant la solennité de la Messe, et cela dans une seule ou dans plusieurs paroisses, suivant l'âge, la position et le domicile des parties.

Après la publication, le Prêtre ajoute en parlant aux Fidèles : Si vous connaissez quelque empêchement à ces futurs mariages, vous êtes obligés de le révéler sous les peines portées par l'Eglise. Ces peines sont graves, et il y a péché mortel à ne pas révéler un empêchement qu'on connaît. Cette obligation de révéler les empêchements ne regarde pas seulement les habitants de la paroisse où l'on publie les bans, mais généralement tous ceux qui connaissent l' empêchement au mariage qu'on publie; car les lois de l'Eglise qui

' Ce rijol vient de rullemand

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enjoignent celle révélation sont générales; par conséquent elles regardent tout le monde et la chose regarde le bien public, puisqu'il s'agit du salut des âmes, du repos des familles, de la tranquillité de l'état, et d'empêcher la profanation d'un Sacrement, à laquelle tous les Chrétiens doivent s'opposer.

Les publications de bans ont lieu comme nous venons de voir, pour obtenir la révélation des empêchements qui pourraient se trouver au mariage. En effet, il n'est pas, il n'a jamais été permis chez aucun peuple policé, de se marier indistinctement à toute sorte de personnes : la nature elle-même le défend. Or, il y a deux sortes d'empêchements qui peuventmettre obstacle au mariage. Les uns rendent le mariage nul ; on les appelle pour cette raison empêchements dirimants; les autres n'annullent pas le mariage, mais font qu'on ne peut se marier sans péché ; on les nomme empêchements prohibants .

Voici les principaux empêchements dirimants que les Fidèles doivent connaître :

1° L erreur ; par exemple, l'intention de Pierre est d'épouser Thérèse; on le trompe et il donne son consentement à Catherine qu il croit être Thérèse. Le mariage fait avec Catherine est nul. Cet empêchement est de droit naturel. La première règle d'un engagement, est que les parties connaissent ce à quoi elles s'engagent.

2° Le vœu solennel de chasteté. Un religieux ou une rehgieuse, ou un homme qui a reçu les ordres sacrés.

ne peuvent se marier; et, s'ils le font, le mariage est nul. Celui qui a fait vœu de chasteté, a contracté une alliance spirituelle avec Jésus-Christ. Il s'est donné à lui; il ne peut plus disposer ni de son corps ni de son cœur. C'est l'Eglise qui a établi cet empêchement, afin d'obliger ceux qui avaient voué à Dieu leur personne, de respecter leurs engagements. En effet, rien n'est plus sacré que les promesses solennelles faites à Dieu; et rien n'entraînerait à de plus grands scandales que l'infraction et le mépris qu'on en fait. C'est pour les prévenir que l'Eglise a établi l'empêchement dont nous parlons : Connaissez-vous quelque chose de plus sage et de plus utile à la société et à la Religion ?

3° La 'parenté. Il est défendu aux parents en ligne collatérale, jusqu'au quatrième degré inclusivement, de se marier ensemble, sous peine de nullité de mariage. Pour savoir à quel degré de parenté deux personnes sont entre elles, il suffit décompter combien il y a de personnes entre elles, et leur souche commune : autant de degrés que de personnes , non compris le père commun de qui elles descendent. L'Eglise a étendu cet empêchement jusqu'au quatrième degré, afin d'étendre et de resserrer les liens de la charité parmi les hommes , en les obhgeant à contracter des alliances dans d'autres familles. On voit qu'elle comprend admirablement l'esprit et le désir de son divin époux qui est de faire de tous les hommes un seul peuple de frères.

4° La différence de Religion. Il n'est pas permis aux Chrétiens de se marier avec les Infidèles qui ne sont pas

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baptisés; et s'ils le font, leur alliance est nulle. Il n'en est pas de même de celle qu'on contracte avec les Hérétiques; elle est défendue, mais elle n'est pas nulle, si d'ailleurs il n'y a point d'autres empêchements. C'est encore l'Eglise qui a établi cet empêchement, qui est une nouvelle preuve de sa maternelle sollicitude. Dès le commencement elle a souhaité que ses enfants ne s alliassent pas avec les Infidèles, ni même avec les Hérétiques, parce que leur compagnie est souvent bien plus dangereuse aux Catholiques, que celle des Catholiques ne leur est utile. Saint Paul recommande d'éviter ces sortes de mariages'. Cependant, quoique l'Eglise n'ait point approuvé ces sortes d'alliances, elle les a tolérées long-temps, et ne les regardait pas comme invalides. Souvent même elles produisirent de grands biens, nonseulement par la conversion de la femme ou du mari infidèle, mais par la conversion des peuples entiers, que des femmes pieuses ont attirés à la foi, en portant leurs maris qui dominaient ces peuples, à se soumettre au joug de l'Evangile.

La conversion de Clovis, et par suite celle des Français, est due en partie à sainte Clotilde épouse de ce prince. Théodeline, reine des Lombards, qui avait épousé deux de leurs rois, fut l'instrument dont Dieu se servit pour retirer ce peuple du Paganisme et del'Arianisme. Sainte Monique épousa Patrice encore Payen, et en fit un Chrétien zélé. Sainte Nonne, mère au saint Grégoire de Nazianze, épousa un mari Infidèle,

2 Cor. 2. V. 6. Trriull. ad iixor. lib, 2,

50/i CATÉCHISME

qu'elle rendit Chrétien par les prières qu'elle adressait à Dieu, et par les exhortations qu'elle ne cessait de lui faire.

Voici, pour l'instruction des épouses chrétiennes, les moyens par lesquels sainte Monique parvint à convertir son mari. « Ma mère étant en âge, dit saint Augustin, on lui donna un mari qu'elle servait comme un maître. Tout son désir était de le faire catholique. Elle lui parlait sans cesse de vous, à mon Dieu! non pas avec la langue, mais par l'innocence de ses mœurs; c'était le seul fard qui la rendit agréable à son mari et digne de ses respects. Elle souffrait ses infidélités avec tant de patience que jamais elle ne lui en faisait de reproche. Il était extrêmement porté à la colère; or, elle savait que pour gouverner cet esprit, il ne fallait pas s'opiniâtrer contre lui , ni en effets ni en paroles. Lorsque la fougue de sa colère était passée, elle lui donnait souvent la raison de ce qu'elle avait fait, si par iiasard il s'en était offensé. Si les dames de son quartier dont les maris étaient beaucoup plus Iraitables, se plaignaient de leur mauvais ménage, ma mère leur disait gaiement en prenant la défense des coupables, que depuis le jour où elles avaient consenti à leur contrat de mariage, elles avaient passé le marché de leur servitude. Qu ainsi, il fallait se souvenir de sa condition et ne pas gronder contre ses maîtres.

» Gomme on connaissait la fâcheuse humeur de Patrice, on s' étonnait de ce qu'elle n'avait jamais avec lui de ces procès domestiques assez ordinaires dans les raé-

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nages. Elle en donnait la raison en indiquant les movens dont elle se servait et que j'ai dits plus haut. Celles qui en faisaient usage, s'en trouvaient bien. Sa modestie et sa douceur gagnèrent aussi tellement l'esprit de sa belle-mère que les rapports de certaines servantes irritaient contre elle, que de son plein gré elle dénonça à son fils ces langues malicieuses qui troublaient la paix de leur maison. Patrice renvoya ces servantes et promit une pareille récompense à toutes celles qui tâcheraient pour gagner ses bonnes grâces, de troubler leur bonne intelligence. La dernière action louable qu elle fit pour mon père , fut de le gagner à votre Eglise, ô mon Dieu! quelque temps avant sa mort'. »

L'Eglise , bien loin de condamner ces mariages, dont nous venons de parler, a remercié Dieu des bénédictions qu'il y avait répandues avec tant d abondance, quoiqu'en général elle iraprouvât ces sortes d'alliances qui peuvent être fatales aux: âmes ordinaires. Une fois le Paganisme à peu près détruit, elle a défendu à ses enfants de contracter mariage avec les Infidèles, et cela sous peine de nullité.

Quant aux Hérétiques, si elle ne le défend pas d une manière aussiabsolue, elle improuve ces alliances de tout son pouvoir. Lorsque pour des raisons graves, elle juge à propos de les autoriser, elle y met toutes les conditions qui peuvent les empêcher de devenir funestes au salut. En voici quelques-unes : 1° Que tous les enfants à naître seront élevés dans la Religion catholique ;

' Confess. lit. 9. c. 'J.

2° que la partie catholique ne sera point emmenée dans un pays où elle ne pourra pas pratiquer sa religion ; 3° que la partie catholique ne négligera rien pour rendre catholique celle qui ne l'est pas.

5° La violence. Quand le consentement d'une des parties n'est pas libre, mais estorquée par la violence et par la crainte, le mariage est nul. Cet empêchement est de droit naturel : la condition indispensable à toute convention, c'est la liberté de ceux, qui la souscrivent.

6° L'homieleté publique. Quand on est fiancé avec une personne, si les fiançailles viennent à se rompre, soit par le vœu solennel de chasteté dune des parties, avant l'accomplissement du mariage, soit par le mutuel consentement, soit enfin par le mariage fait avec une autre personne, on ne peut se marier ni avec le père ou la mère, ni avec le frère ou la sœur de son fiancé ou de sa fiancée, et le mariage contracté avec ces sortes de personnes serait nul. Ainsi, cet empêchement ne s'étend pas au-delà du premier degré. Il a été établi par l'Eglise, afin de rendre respectables les promesses de mariage faites à une personne, de prévenir une foule de désordres, et d'empêcher les fiançailles inconsidérées.

7° Lalliance. Il y a deux sortes d'alliances : celle qui est contractée par le Mariage, et celle qui est contractée par le sacrement de Baptême ou par celui de la Confirmation. L'empêchement de l'alliance contractée par le Mariage, consiste en ce qu'un mari est allié à tous les parents de son épouse ; en sorte qu'après la

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mort de l'un ou de l'autre, ils ne peuvent se marier avec leurs alliés réciproques, jusqu'au quatrième degré inclusivement, sous peine de nullité de mariage. Ces empêchements de mariage de parent à parent, si multipliés par l'Eglise, outre leurs raisons morales et spirituelles, tendent politiquement à diviser les propriétés et à empêcher qu'à la longue les biens de l'Etat ne s'accumulent sur quelques têtes.

L'empêchement de l'alliance spirituelle consiste en ce qu'il se fait une alliance 1" entre celui ou celle qui baptise et l'enfant baptisé, et ses père et mère : en sorte que la personne qui a baptisé ne peut se marier ni avec l'enfant, ni avec le père ou la mère de l'enfant; 2" entre l'enfant baptisé ou confirmé et son parrain et sa marraine de Baptême ou de Confirmation ; en sorte que ni le parrain ni la marraine ne peuvent jamais se marier avec cet enfant ; 3° entre le parrain et la marraine de Baptême ou de Confirmation, et le père et la mère de l'enfant baptisé ou confirmé; en sorte que ni le parrain ni la marraine ne peuvent jamais épouser le père ou la mère de l'enfant, s'ils deviennent veufs, le tout à peine de nullité.

C'est l'Eglise qui a établi cet empêchement. Elle considère av-ec raison ceux qui concourent à donner à l'enfant la vie chrétienne, comme ses père et mère spirituels. Or, afin de rendre ce titre respectable et de faire accomplir fidèlement les obligations sacrées qu'il impose, elle défend à ceux qui en sont honorés, toute alliance avec leur fils spirituel et avec ses père

et mère selon la chair : aux yeux de l'Église, les uns et les autres sont proches parents de l'enfant, or les proches parents ne peuvent se marier entre eux.

8° Le rapt. C'est l'enlèvement d'une personne ou contre sa volonté, ou contre celle de ses père et mère ou de ses tuteurs et curateurs. On ne peut, dans ce cas, épouser la personne enlevée, si elle n'a pas été mise en pleine liberté; sans cela, le Mariage est nul. Quoi de plus moral qu'un pareil empêchement?

9° En^m la clandestinité. Pour qu'un Mariage soit valide, il doit être fait en face de l'Eglise, en présence du Curé ou d'un Prêtre qu'il a chargé de tenir sa place, des parties et des témoins. Des abus énormes ont fait établir cet empêchement.

Il y a trois empêchements prohibitifs : 1° le vœu simple de garder la chasteté, de se faire religieux, de ne point se marier; 2° les fiançailles contractées avec une autre, on ne peut sans péché se marier avec une personne quelconque, quand on est fiancé avec une autre, tant que les fiançailles subsistent; 3° la défense de l'Eglise. Il n'est pas permis de se marier , sans dispense, depuis le premier dimanche de l' Avent jusqu'au jour de l'Epiphanie inclusivement, eldepuisle premier jour du Carême jusqu'au jour de l'octave de Pàque inclusivement . Ces deux temps de l'année étant réservés à la prière, au recueillement et au jeune, il était très-raisonnable d'y détendre les noces; d'autant mieux que les Chrétiens doivent s'occuper alors bien plus de leur établissement éternel dans le Ciel, que de leurs alliances temporelles et fragiles.

Tels sont les principaux empêchements de Mariage; ils ont pour objet le bien des âmes, l'avantage de la société et l'honneur de la Religion. L'Eglise avait bien le droit de les établir; son divin Epoux, auteur des Sacrements, lui en a confié l'administration : le concile de Trente, frappe d'anathème quiconque oserait dire le contraire.

Cependant , quelque sages et nécessaires que soient ces empêchements, il peut se présenter de justes motifs d'en dispenser dans certains cas particuliers. L'Eglise ne s'y refuse jamais dès que le bien de ses enfants l'exige. Seulement, on est bien souvent obligé de recourir à Rome pour ces sortes de dispenses, et de donner pour les obtenir, une certaine somme. En voici la raison. Au moyen-àge, lorsque l'Europe était partagée entre une multitude de petits souverains, despotes toujours armés, et qui ne respectaient aucune loi, les Evoques n'avaient plus assez d'autorité pour faire respecter celles qui concernaient le Mariage. La plupart de ces princes se faisaient un jeu de cet engagement sacrfi, et donnaient ainsi à leurs sujets le plus pernicieux exemple. Il fut donc absolument nécessaire que les Papes qui n'étaient point sous la dépendance de ces princes, veillassent sur cette partie essentielle de la discipline et se réservassent les dispenses, afin que l'embarras de recourir à Rome modérât T ambition qu'avaient les particuliers de s'affranchir des lois ecclésiastiques sous le moindre prétexte. En demandant une dispense on doit dire la vérité, c'està-dire, faire connaître les motifs qu'on a de la solliciter. Autrement , la dispense serait nulle.

510 c ',Ti:r,iiisME

Quant à la somme d'argent exigée, il est juste que celui qui demande une dispense de la loi qui est générale pour tous, qui réclame ainsi un privilège, compense l'espèce d'infraction qu'il fait à la loi, et répare par une bonne œuvre l'espèce de scandale qu'il donne. D'ailleurs, l'argent qu'on envoie à Rome pour les dispenses, ne tourne point au profil de la cour romaine; il est employé à l'entretien des missions pour la propagation de la foi. Dans les diocèses particuliers, cet argent est consacré à de bonnes œuvres.

Telle est en abrégé la législation de l'Église touchant le Mariage. Pour quiconque l'a étudiée, c'est un véritable chef-d'œuvre de sagesse et un admirable ensemble de garanties pour l'acte fondamental de la famille et de la société.

Que dirons-nous d^s cérémonies qui accompagnent r union solennelle des époux ? Leur premier titre à notre vénération , c'est leur antiquité . Dès les premiers siècles , les Chrétiens ont sanctifié leur entrée dans le Mariage par les prières communes de l'Eglise et la bénédiction de ses ministres ' . Les mariages se célébraient publiquement en face de l'Evêque qui, dans l'action du Saint Sacrifice, recommandait à Dieu les futurs époux ; ceux-ci y faisaient leur oblation avec les autres Fidèles, et on récitait leurs noms en particulier. Ils regardaient la bénédiction nuptiale non comme une simple cérémonie, mais comme une source de grâces. A la bénédiction nuptiale était jointe la bénédiction de l'anneau que

■ St. Ign. ep. ad Pobjcarp. Tertull. ad itxor.

l'époux mettait au doigt de son épouse; les futurs époux présentaient aussi quelques pièces de monnaies destinées aux pauvres. Toujours nos pères ont voulu que les pauvres fussent de leurs fêtes Enfants de la même famille, ils ne croyaient pas que les uns dussent souffrir, tandis que les autres se réjouissaient. L'épouv prenait la main de son épouse en signe de la foi qu'il lui promettait ' . On étendait un voile sur leur tête . Cette cérémonie leur apprenait que la pudeur devait être la règle de leur conduite. Ce voile était de couleur de pourpre, pour mieux marquer cette vertu si convenable aux personnes mariées dont elle fait le principal ornement'. La cérémonie du couronnement des époux aux premières noces, n'est pas moins ancienne que celles dont nous venons de parler. Cette couronne que le Prêtre mettait sur la tête des conjoints, se conservait dans l'église comme une chose sainte; elle était ordinairement composée d'un rameau d'olivier orné de lisières blanches et couleur de pourpre . L'usage de ce couronnement fut établi pour faire connaître la pureté et l'innocence de vie que les épouses apportent dans le mariage, et la victoire qu'elles ont remportée sur leurs passions ^ Les deux époux communiaient à la Messe de leur Mariage, afin de cimenter dans le sang même du Sauveur l'union qu'ils venaient de contracter, et puiser dans cet adorable mystère les grâces nécessaires à leur

1 St. Greg. Naz. ep. 57.

a St. Ambr. lib. de virgin, c. 15.

5 St. Chys. homil, 9. in 1, ad cor.

nouvel état. PoHrquoi , liéias ! ne le font-ils plus aujourd'hui? Leurs besoins sont-ils moins grands ou sontils moins obligés à la sainteté que les premiers Chrétiens?

Quoiqu'il en soit, la plupart de ces vénérables cérémonies sont encore en usage parmi nous. Lorsque les époux, accompagnés de leurs témoins, sont arrivés à l'Église, ils se mettent à genoux au pied de l'autel, répoux à la droite, lépouse à la gauche. Le Prêtre annonce de nouveau le futur mariage, et interpelle les assistants de révéler les empêchements s'ils en connaissent; si personne ne fait de réclamations, le Prêtre fait renouveler aux époux leur consentement mutuel, ils se donnent la main droite, et le Ministre du Très-Haut prononce sur eux cette prière : Je vous unis en mariage, au nom du Père et du Fils, etc. Il fait en même temps sur eux le signe de la Croix, pour leur rappeler que c'est au nom de la Sainte-Trinité et par les mérites de sa mort, que Notre Seigneur a élevé le Mariage à la dignité de Sacrement, et que nul ne peut rompre le lien qu'il forme entre les époux. Puis, pour leur apprendre que leur union doit être sainte, il jette sur eux de l'eau bénite. Les voilà unis pour jamais. Les Anges du Ciel, l'Eglise de la terre, ont entendu leurs serments : Dieu même les a reçus. Ils ne doivent plus avoir qu'un cœur et qu'une ame.

Il ne reste plus qu'à donner à l'épouse le signe de son alUance et le gage de son dévouement. Le Prêtre le fait en bénissant l'anneau : l'époux le présente à son

DE PERSÉVliUANCK. 515

épouse, qui le reçoit comme le signe de la chaîne qu'elle vient de s' imposer. Elle n'est plus à elle, elle est à son époux comme l'Eglise est à Jésus-Christ. Le Prêtre bénit aussi une pièce de monnaie, gage de la communauté de biens entre les nouveaux époux.

La Messe commence; après le Paler, le Prêtre se tournant vers les époux, sa main droite étendue sur leurs têtes, prononce une admirable préface, où il appelle sur eux toutes les bénédictions répandues autrefois sur les alliances des Patriarches. « 0 Dieu! dit-il , qui par cet auguste Sacrement avez sanctifié l'union conjugale et l'avez rendue le symbole de l'union de Jésus-Christ avec son Eglise; ô Dieu! qui avez donné la femme à l'homme et qui avez embelli cette société par une bénédiction que la peine du péché originel et la sentence du déluge n'ont pu enlever; ô Dieu! seul maître des cœurs, qui par votre Providence savez et gouvernez tout; vous unissez, et personne ne peut séparer; vous bénissez, et personne ne peut nuire; nous vous en conjurons, joignez intimement les cœurs de ces époux, et inspirez leur une affection sincère; et comme vous êtes l'unique , le vrai et le seul Tout-Puissant, faites qu'ils ne soient qu'un en vous. Regardez avec bonté cette épouse qui, avant d être à son mari , veut être environnée de votre sainte protection; qu'en elle soit toujours le joug de la charité et de la paix ; quelle épouse en Jésus-Christ chaste et fidèle, et qu'elle suive à jamais l'exemple des saintes femmes ; qu'elle soit à son époux , aimable comme Rachel , sage comme Rebecca ; T. IV. 35

51/i CATÉCHISME

que sa vie soit pour lui longue et fidèle comme la vie de Sara ; que l'auteur de toute prévarication ne revendique rien dans ses œuvres ; qu'elle demeure soumise â la foi et aux divins préceptes; attachée à son époux, qu'elle fuie tout contact impur, et qu'elle prémunisse sa faiblesse avec la force de la discipline chrétienne ; qu'elle soit respectable par sa modestie, vénérable par sa pudeur, profondément instruite de votre céleste doctrine ; féconde, innocente et estimée , qu'elle parvienne au repos des bienheureux et 5 l'éternelle patrie; que tous deux ensemble ils voient les fils de leurs fils jusqu'à la troisième et quatrième génération et qu'ils arrivent à une heureuse vieillesse. «

Le Prêtre demande toutes ces bénédictions par Notre Seigneur Jésus-Christ; et sa prière toute puissante aurait toujours son effet si les époux n'y mettaient aucun obstacle .

Voyez comme tout est grave et solennel dans cette prière! voyez quelle pompe silencieuse et auguste l'accompagne 1 L'homme est averti qu'il commence une nouvelle carrière. Les paroles de la bénédiction nuptiale , paroles que Dieu même prononça sur le premier couple du monde, en frappant le mari d'un grand respect, lui disent qu'il remplit l'acte le plus important de la vie ; qu'il va, comme Adam, devenir le chef d'une famille, et qu'il se charge de tout le fardeau de la condition humaine. La femme n'est pas moins instruite. L'image des plaisirs disparaît à ses yeux devant celle des devoirs. Une voix semble lui crier du milieu de l'autel. « 0 Eve ! sais tu bien ce que tu fais? sais-tu qu'il n'y a

plus pour toi d'autre liberté que celle de la tombe? Saistu ce que c'est que de porter dans tes entrailles mortelles l'homme immortel et fait à l'image d'un Dieu? Chez les anciens, un hyménée n'était qu'une cérémonie pleine de scandale et d' une joie bruyante qui n'enseignait rien des graves pensées que le Mariage inspire : le Christianisme seul en a rétabli la dignité'.

Après la Messe, on entre dans la Sacristie ; on écrit l'acte de mariage sur les registres. Il en était de mên\^ chez les premiers Chrétiens : ces registres s'appelaient Tables matnmoniules . On y inscrivait non-seulement les conventions qui regardent les intérêts matériels, mais encore les devoirs des gens mariés ; et les Pères de l'Église, dans l'assemblée des Fidèles, se servaient de ce qui était marqué dans ces tables pour rappeler aux époux la sainteté de leurs devoirs, en les faisant souvenir des engagements qu'ils avaient pris, et des fins qu'ils s'étaient proposées en entrant dans l'état conjugal. Tous ceux qui avaient assisté au Mariage signaient ces tables, et l'Evêque, qui était le Père commun des Fidèles, les souscrivait aussi.

Telles sont les prières et les cérémonies qui accompagnent la célébration du Mariage catholique ; qui dira les avantages sociaux de ce Sa^îrement?

Si la famille est la base de la société, il est évident que le Sacrement qui forme la famille est la base de l'édifice social. En élevant le Mariage à la dignité de

' Voyez Génie du Christ, t. 1. c. x.

j St. Aug. 5erm^332 et 51.

Sacrement, le Rédempteur a élevé la société tout entière et l'a fait parvenir à la supériorité intellectuelle et. morale qui distingue les nations chrétiennes. Et pour entrer dans le détail, l'unitéjl'indissolubilité, la sainteté, furent les caractères de la famille primitive. En se développant d'après ces principes, la famille devait donner naissance à une société parfaite ; mais le désordre originel bouleversa le plan divin. La polygamie et le divorce rompant l'unité primitive, portèrent la division, les jalousies sanglantes, l'opprobre et le malheur dans la famille '. La concupiscence, éteignant toute idée de sainteté, ravala l'époux et l'épouse au niveau des brutes, et du foyer domestique sortirent des essaims d'êtres malfaisants ; et la société dégradée se perdit dans le cloaque de sa propre corruption . Le père fut un despote , la mère une esclave, et l'enfant une victime, en attendant qu'il fut le bourreau de ses coupables parents. Voilà en trois mots l'histoire de la famille payenne.

Le fils de Dieu, le Verbe par qui tout a été fait, descendit des collines éternelles et vint réparer son ouvrage. Il commença par rappeler la famille à son institution primitive, proscrivit la polygamie et le divorce et fit du lien conjugal un Sacrement de la Loi nouvelle. Des

> Je conçois l'unité , l'indissolubilité et par conséquent la consécration du Mariage, par l'inipossibilité detrouvcr hors de là, ni le bonheur conjugal, ni la puissance paternelle, ni l'éducation des enfants (on conçoit à peine leur existence), ni la force, ni même l'honneur et la fortune de tous. La seule perspective de la possibilité du divorce suffirait pour rendre médiocre et môme mauvais le meilleur des époux, et lerribie l'alliance la plus heureuse, f Madrolle, Démonstr. Eucharistique. )

grâces nombreuses appropriées aux besoins des époux y furent attachées, et la famille changea de face, et par la famille le monde fut renouvelé.

Oh ! qu'il y a loin du père payen au père chrétien. Le premier est un despote armé d'un glaive ; entre lui et ses enfants nuls autres rapports que ceux de l'animal avec ses petits, du tyran avec ses esclaves ; la paternité, dans ce qu'elle a de sublime, n'existe pas pour lui. Au contraire, le père chrétien en connaît les saintes jouissances . Représentant vénérable du père chéri qui est dans les Cieux, vivante image du Créateur, il participe non-seulement à la paternité divine, mais encore à son inépuisable tendresse. Objet de respect et d'amour, comme il jouit délicieusement de son pouvoir par la familiarité même avec laquelle son épouse et ses enfants en usent avec lui! Chaque jour, dans les plus petites occasions comme dans les plus importantes, il voit, il sent qu'il est bien plus aimé qu'il n'est craint. Son autorité même est plus sacrée que s'il portait le glaive du despote. Sur son front, le Christianisme a placé un rayon de la majesté du Très-Haut, et une voix retentit sans cesse dans la famille, qui dit en parlant de lui : Celui qui vous écoute m'écoute.

Que dirai-je de l'épouse ! Oh ! c'est à elle surtout que le sacrement de Mariage a été profitable. Dans le Paganisme, je ne vois dans la femme qu'une esclave qu'on flétrit, qu'on bat, qu'on expulse, qu'on abandonne à la honte et à la misère , ou une bête de charge qu'on astreint, comme cela se pratique encore en

Afrique, aux plus rudes travaux. Au contraire, qu'elle est belle la place que le sacrement de Mariage fait à la mère de famille, dans les sociétés chrétiennes ! Être sacré, objet de la tendresse la plus vive, des égards les plus délicats, de la vénération même de tout ce qui l'entoure, pour elle l'homme n'est plus un despote, c'est un protecteur et un appui ; sur son cœur, elle exerce le plus puissant de tous les empires, celui de la douceur et de la patience. Placée entre le père et l'enfant, elle est la douce médiatrice de la paix, l'apôtre de la charité qu'elle communique à tout ce qui l'environne, aussi bien que cette vie chrétienne pour laquelle elle est si ï)ien faite. Douée d'une mission angélique, elle attire l'homme à Dieu par ses vertus, et sème les premiers germes du bien dans le cœur de l'enfance. Que son autorité est sainte! Aujourd'hui, grâce aux idées que le Christianisme nous a faites, un déluge d'anathèmes tomberait sur la tète de l'enfant qui cesserait d'aimer et detespecter sa mère.

Et l'enfant lui-même , que ne doit-il pas au Sacrement auguste qui changea ceux qui lui ont donné le jour en des êtres nouveaux? Esclave, victime, jouet de tous les caprices, objet de toutes les tyrannies , tel était l'enfant payen. Nul respect pour sa vie, pour son cœur, pour son intelligence. Oh ! qu'il est différent, le sort de l'enfant chrétien. Fils de Dieu avant de l'être de ses parents, frère du Christ, héritier du Ciel, ange de la terre, sanctuaire vivant de la Divinité, voilà l'enfant de la Foi . Quelle barrière formidable protège sa vie !

Malheur a qui oserait attenter à ses jours ou à son innocence. Le toucher, c'est toucher le Dieu de la foudre à la prunelle de l'œil. Je ne m'étonne plus de voir les villes et les campagnes se couvrir d'établissements consacrés à la conservation du corps et de lame de l'enfant. Faire du bien à ce fils du Très-Haut, nous a dit le Chris- ' tianisme, c'est mériter la reconnaissance éternelle de son Père, qui est dans le Ciel.

Voilà, en quelques mots , ce que le sacrement de Mariage a fait et fait encore tous les jours pour la famille, pour chacun de ses membres, et par conséquent pour la société, dont elle est la base. Otez ce Sacrement, et l'alliance de l'homme et de la femme n'est plus qu'un ignoble contrat de vente , et la fortune tient lieu de toutes les qualités solides qui , en assurant le bonheur des époux, procurent le repos et font les mœurs de la société. Et il est des hommes qui demandent à quoi bon le Christianisme. Ce sont de puissants philosophes, que, ces hommes-là ?

PRIÈRE

0 mon Dieu ! qui êtes tout amour , je vous remercie, d'avoir élevé le Mariage à la dignité de Sacrement; donnez à ceux qui le reçoivent la grâce de bien accomplir leurs devoirs.

Je prends la résolution d'aimer Dieu par-dessus toutes choses et mon prochain comme moi-même pour l'amour de Dieu; et, en témoignage de cet amour, je veux prier souvent pour mes père et mère

520 CAJllr.HlSME

DE NOTRE UNION AVEC NOTRE SEIGNEUR LE NOUVEL ADAM, PAR LA COMMUNION. — DU SACREMENT DE MARIAGE .

Q. Qu'est-ce que le Mariage?

R. Le Mariage est un Sacrement institué par Notre Seigneur Jésus-Christ, qui donne à ceux qui le reçoivent la gracede se sanctifier dans leur état, délever chréliennement leurs enfants, et qui représente l'union de Jésus- Christ avec l'Eglise. Si l'Ordre donne des Ministres qui consacrent la sainte Eucharistie, le Mariage donne des Fidèles destinés à le recevoir. Ce Sacrement est bien saint et il exige de grandes dispositions.

Q. Quelles sont ces dispositions?

R. Les principales dispositions pour recevoir chrétiennement le Mariage, sont la vocation. Pour la connaître, il faut vivre avec piété, prier et consulter son confesseur long-temps d'avance; 2^ une grande pureté d'intention, afin d'accomplir la volonté de Dieu ; 3" la réception des Sacrements de Pénitence et d'Eucharistie. Il est utile de faire une confession générale avant de prendre un parti.

(?• Comment le Mariage représentc-t-il 1 union de Jésus-Christ avec l'Église?

R. Le Mariage représente l'union de Jésus-Christ avec l'Eglise, de plusieurs manières. Jésus-Christ est le chef de l'Eglise, il la protège, il la conduit au Ciel; de

Dii rEr.siivÉKANCE, 521

môme lépoux doit protéger son épouse, l'aimer, la conduire dans le chemin du Ciel par ses paroles et ses exemples. L'Église aime Jésus-Christ, elle lui est soumise et fidèle. L'épouse doit aimer son époux, lui obéir et garder la promesse qu'elle a faite. Jésus-Christ est et il sera toujours uni à l'Église; ainsi l'époux et l'épouse sont unis pour toujours, la mort seule peut rompre leur union, le Mariage est indissoluble.

Q. Qu'est-ce que les bans?

R. Les bans, c'est la publication d'un futur Mariage. Cette publication se fait pendant la Messe, les jours de Dimanche ou de Fêtes.

Q. Pourquoi?

R. Pour deux principales raisons, la première pour avertir les Fidèles de prier, afin que Dieu bénisse ceux qui doivent se marier ; la seconde, afin de faire connaître les empêchements qui pourraient s'opposer au Mariage. On est obligé, sous peine de faute grave, de révéler les empêchements qu'on connaît.

Q. Qu'est-ce que les empêchements de Mariage?

R. Les empêchements de mariage sont des obstacles qui s'opposent au Mariage. Il y en a qui le rendent nul, il y en a d'autres qui le rendent seulement illicite.

Q. Quels sont les principaux empêchements qui rendent le Mariage nul ?

R. Voici les principaux empêchements qui rendent le Mariage nul : 1" l'erreur ; 2° le vœu solennel de chasteté; 3" la parenté ; 4" la différence de religion ; 5" la violence; 6° rhonnêtctô publique; 7" l'alliance;

8° l'enlèvement; 9" la clandestinité. Tous ces empêchements ont été établis pour le bien des Fidèles et la paix des familles.

Q. Quels sont les empêchements qui rendent le Mariage illicite ?

R. Les empêchements qui rendent le Mariage illicite sont au nombre de trois principaux : 1° le vœu simple de chasteté ; 2° les fiançailles ; 3" la défense de l'Eglise. Ainsi, il est défendu de célébrer les noces pendant l'Avent jusqu'à l'Epiphanie, et depuis le commencement du Carême jusque après l'octave de Pâque.

Q. Quand il y a quelque empêchement au mariage, que faut-il faire ?

/?. Quand il y a quelque empêchement au mariage il faut en demander dispense. C'est le Pape où l'Évêque qui ont le droit de l'accorder. L'argent qu'on donne pour les dispenses est employé en bonnes œuvres, surtout à soutenir les Missionnaires qui prêchent la Foi chez les. Infidèles .

Q. Quelle doit être la conduite des personnes naariées ?

R. La conduite des personnes mariées doit être bien sainte. Elles doivent s'aimer, se supporter, excuser leurs défauts et se porter mutuellement au bien, afin d'être réunies dans le Ciel avec leurs enfants.

Q. Pourquoi met-on une couronne sur la tête de l'épouse le jour de son mariage?

R. On met une couronne sur la tête de l'épouse le jour de son mariage pour marquer sa vertu et la victoire

qu'elle a remportée sur le monde. On bénit un anneau, c'est le gage de sa foi et de sa soumission ; on bénit une pièce de monnaie pour marquer que tout est commun entre les époux. Ces cérémonies remontent aux premiers siècles de l'Eglise.

PRIÈRE

0 mon Dieu ! qui êtes tout amour, je vous remercie d'avoir élevé le Mariage à la dignité de Sacrement ; donnez à ceux qui le reçoivent la grâce de bien accomplir leurs devoirs .

Je prends la résolution d'aimer Dieu par-dessus toutes choses et mon prochain comipe moi-même pour l'amour de Dieu; et, en témoignage de cet amour, je veux prier souvent pour mes père et mère.

52/j CATÉCHISME

XLVIP LEÇON.

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