CONDITION DE NOTRE UNION AVEC NOTRE SEIGNEUR LE NOUVEL ADAM
Nécessité de la grâce — Nécessité de la prière. —Explication de l'oraison dominicale. — Trait historique. — Prière mentale ou oraison. — Sa nécessité.— Sa facilité. — Sa pratique.
Identifier en quelque sorte notre esprit au sien, par la foi; notre cœur au sien par la charité ou l'observation de sa loi; nos sens même et notre être tout entier avec le sien, par la divine Communion, telles sont, nous venons de le voir, les trois genres et les trois degrés d'union que le nouvel Adam a voulu que nous eussions avec lui. Commencée par la loi, perfectionnée par la charité, cette ur)ion se consomme par la manducatiou de la chair et du sang de l' Homme-Dieu. Là, se consomme sur la terre la réhabilitation de I liomme, aussi c'est à ce mystère ineffable de I Eucharistie que se rapporte toute la Religion.
Mais cette union suppose une condition sans laquelle elle ne saurait exister. Cette condition c'est la grâce. En effet, de lui-même I homme est incapable de croire, d'aimer, de communier d'une manière surnaturelle. Pour tout cela il lui faut la grâce. Nous avons expliqué
DE PERSÉ\TiRANr.E, 525
ailleurs la nécessité et la nature de cette grâce par laquelle Dieu se communique à nous et nous rend capables de nous élever à lui '.
Or, cette grâce nous est donnée par les Sacrements : c'est là que nous puisons les forces, les lumières, la pureté nécessaire pour croire, pour pratiquer, pour communier ; mais la réception môme des Sacrements, pour être utile, suppose déjà le secours de Dieu. Ce secours nous est donc donné antérieurement à la réception des Sacrements. Oui, il en est ainsi. Dieu a prévenu l'homme, il l'a aimé le premier, soit avant, soit après sa chute, il lui a donné la première grâce, et avec cette première grâce le moyen d'obtenir toutes les autres. Ce moyen, c'est la prière. Ainsi, les Sacrements confèrent la grâce, la prière l'attire.
De là, la perpétuité non interrompue de la prière chez tous les peuples depuis l'origine du monde. De là, ce précepte du Sauveur : // faut toujours pxier et ne jamais cesser. Comme pour vivre de la vie du corps il faut toujours respirer; de môme pour vivre de la vie de Tame, il faut toujours prier et ne jamais cesser, la prière est la respiration de lame'. Le nouvel Adam ne s'est pas contenté de nous intimer le précepte de la prière continuelle, il a tellement compris la nécessité de cet acte fondamental , qu'il a daigné composer à notre usage une
, Tome 2. p. 1 et suiv.
^ On voit que nous prenons ici la prière dans son acception la plus générale, pour le rapport de toutes nos actions à Dieu et le désir continuel de lui plaire : c'est la pensée même de saint Augustin que nous exprimons.
prière qui exprime en termes clairs et touchants tout ce que nous devons demander. Cette pfière est courte, afin que tous puissent l'apprendre; elle est claire, afin que tous puissent la comprendre et la réciter avec foi ; elle est complète, afin qu'en la disant nous ne laissions échapper aucun de nos besoins.
Nous allons l'expliquer. Cette prière divine s'appelle le Pater ou Notre Père, parce qu'elle commence par ce mot attendrissant ; l' Oraison dominicale, parce que c'est Notre Seigneur lui-même qui nous l'a enseignée.
Le Paler se divise, comme le Décalogue, en deux parties : la première regarde Dieu et comprend ces trois demandes, Que votre nom soit sanciifié, que votre règne arrive, que votre volonté soit faite sur la terre comme au Ciel. La seconde regarde l'homme et comprend quatre demandes : Donnez-nous aujourd'hui notre pain, et ce qui suit jusqu'à la fin. Cette prière est précédée d'une préface ou préambule, exprimée par ces mots : Notre Père ; elle est suivie d'une conclusion renfermée dans ce mot, amen.
Entrons dans le détail de chacune de ces parties.
1° Notre Père qui êtes aux Cieux. Nous ne disons pas mon Père, mais notre Père, parce que nous ne devons pas prier seulement pour nous , mais aussi pour tous les hommes catholiques, hérétiques, juifs, infidèles; nous sommes tous frères. Cette première parole est un précepte de charité universelle.
Notre Père, nous ne disons pas notre Dieu, notre Créateur, mais notre Père. Ce mot excite notre con-
fiance en nous rappelant que nous sommes les enfants de Dieu, et il touche le cœur de Dieu en lui rappelant qu'il est notre Père, notre Père de toutes manières par la création et par la rédemption, Père de notre ame et Père de notre corps.
Qui êtes dans les deux. Oui, vous êtes dans les Cieux, au comble de la félicité, infiniment riche, infiniment puissant, infiniment bon; et nous, vos enfants, nous sommes sur la terre, dans un lieu d'exil, éloignés de notre patrie, de notre famille, pauvres, faibles, malades, environnés d'ennemis et de dangers. Quoi de plus propre à attendrir le cœur de Dieu? quoi de plus propre aussi à former dans le nôtre une humilité profonde, un vif sentiment de nos besoins? Comment ne serait pas exaucée une prière qui prépare si bien celui qui demande et celui qui doit accorder ? Mais que devons-nous demander? Hélas ! nous sommes si aveugles, que nous ne connaissons pas même nos besoins ; nous sommes si insensibles, que nous ne demandons rien, ou que nous demandons mal, c'est-à-dire avec tiédeur, indifférence et lâcheté. Le nouvel Adam a donc composé lui-même notre supplique. La prière n'est que la manifestation de nos vœux et de nos désirs ; par conséquent la raison veut que nous demandions les choses suivant l'ordre dans lequel elles sont désirables. Or, la première chose que nous devions désirer, parce qu'elle est la plus importante et le plus grand de tous les biens, c'est la gloire de Dieu ; de là cette première demande :
Que votre nom soit sanctifié. Nous demandons que le
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nom de notre Père soit connu davantage dans le monde. Hélas ! sur îa terre, cet auguste nom n'est point honoré comme il mérite de l'être; souvent il est inconnu d'un grand nombre ; souvent môme il est outragé de ceux qui le connaissent, par des malédictions et des blasphèmes. Nous demandons que tout cela cesse , et que le nom de notre Père soit désormais connu, sanctifié et honoré par toutes les bouches, par toutes les vies, et sur toute l'étendue de la terre. Ce qui intéresse le plus un enfant bien né, n'est-ce pas l'honneur de son père ? et c'est aussi la première chose que nous demandons. Voici la seconde.
Que votre règne arrive. Nous demandons à notre Père 1° qu'il soit notre unique Roi, notre unique Maître ; que nous ne soyons jamais esclaves de nos passions ni du démon ; que ceux qui commandent ne mettent jamais leur volonté à la place de la volonté de Dieu ; en sorte que le commandement soit juste et paternel; [obéissance douce et filiale; et que les supérieurs et les inférieurs, unis par la charité, s'aident mutuellement à arriver au Ciel ; 2° que l'Eglise, par qui notre Père règne sur le monde, s'étende au loin; que les Juifs et les InHdèles se convertissent à la foi chrétienne ; que les Hérétiques et les Schismaliques reviennent à la communion catholique qu'ils ont abandonnée; 3° que le jugement de Dieu arrive, que ce monde d iniquités soit remplacé par une nouvelle terre et de nouveaux Cieux, afin que, comme avant la chute de l'homme, Dieu soit tout en toutes choses par Jésus-Christ son Fils; 4° nous de-
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mandons le Ciel , qui est le véritable royaume de Dieu.
Pour obtenir l'effet de cette demande, il faut travailler avec zèle à établir le règne de Dieu dans nos cœurs et dans celui de notre prochain. La troisième demandé est exprimée par ces paroles :
Que voire volonté soit faite sur la (erre comme au Ciel. Notre Seigneur nous assure dans l'Evangile que tous ceux qui disent : Seigneur, Seigneur^ Seigneur^ n entreront pas dans le royaume des deux; mais que celui-là seul y entrera , qui fera la volonté de son Père qui est dans le Ciel ' . Il faut donc que tous ceux qui désirent parvenir à ce royaume céleste, demandent à Dieu l'accomplissement de sa volonté. Voilà pourquoi cette troisième demande a été mise par Notre Seigneur après celle du royaume des Cieux . Que pouvons-nous demander de plus avantageux dans le temps et dans l'éternité, que l'accomplissement de la volonté de notre Père? Il nous aime plus tendrement que nous ne nous aimons nousmêmes; sa volonté est sainte, juste, parfaite. Hélas! c'est pour ne l'avoir pas accomplie que le premier Adam s'est précipité dans cet abîme de maux , dont nous sommes les tristes héritiers; c'est en l'accomplissant que nous nous en délivrerons, et nous en serons d'autant plus exempts, ou ils nous seront d'autant plus légers, que nous accomplirons mieux cette volonté parfaite; au point que dans le Ciel le bonheur sera complet, parce que la volonté de Dieu y régnera toute seule, pleine-
■ Matlb. 7. 21.
ment, éternellement. Ce bonheur sera proportionné pour chacun de nous, à la fidélité avec laquelle nous aurons accompli la volonté de Dieu sur la terre.
Lors donc que nous demandons à Dieu l'accomplissement de sa volonté, nous demandons 1° qu'il nous donne la force d'obéir à ses Commandements, et de le servir tous les jours de notre vie, dans la justice et la sainteté ; en imitant l'exemple de Notre Seigneur qui s'est rendu obéissant à Dieu jusqu'à la mort et à Ja mort de la Croix ' ; 2" nous demandons une soumission et une résignation absolue dans les peines du corps et de l'ame que nous pouvons endurer; dans la perte de nos parents et de nos amis pendant la vie et à l'heure de notre mort.
Sur la terre comme au Ciel. En demandant à Dieu la grâce de lui obéir, nous lui demandons en même temps de rendre notre obéissance digne de lui et méritoire pour nous, c'est-à-dire semblable à celle des Anges et de tous les Saints habitants du Ciel. Or, les Anges et les Saints se soumettent à la volonté de Dieu avec une grande plénitude d'amour ; ils exécutent ses ordres avec la rapidité de l'éclair; ils ne raisonnent ni ne murmurent. Au contraire, à tout ce que Dieu leur commande, ils répondent par le cantique de louange et d'action de grâce : Saint, Saint, Saint, est le Seigneur, Dieu des armées. Ils obéissent uniquement parce que Dieu le veut, sans recherche d'amour-propre. Ainsi, devons-nous obéir. Oh ! que le séjour de la terre serait
' Philip. 2. 8.
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agréable si tous ces millions de volontés humaines se soumettaient toujours et en toutes choses à la volonté de Dieu pour l'accomphr. Pour nous, du moins, ayons toujours dans le cœur et sur les lèvres cette parole de l'aputre saint Paul : Seigneur, que voulez-vous que je fasse? Et celle du Uoi-Prophète : Mon cœur est prêt, Seigneur, mon cœur est prôt. Et celle du saint homme Job : Le Seigneur me l'a donné ; le Seigneur me l'a ôté, il a fait ce qui lui a paru bon, que son saint nom soit béni. Enfin, celle de notre divin modèle lui-même : Mon Père, s'il est possible, que ce calice passe loin de moi ; cependant, que votre volonté se fasse et non pas la mienne.
Telle est la première partie du Pater, dans laquelle nous demandons l'accomplissement de tous nos devoirs envers Diea et les biens éternels : c'est là notre premier besoin. La seconde, relative à nos besoins de la vie présente, contient quatre demandes. Voici la première :
Donnez-nous aujourd'hui noire pain quotidien. Notre Seigneur veut que la demande des biens de lame et du corps ne vienne qu'en second ordre, parce qu'ils se rapportent à notre fin dernière. Nous ne devons les demander ou les désirer qu'autant que la volonté de Dieu même le permet, et que nous en avons besoin pour acquérir les biens célestes. Ainsi, nous devons rapporter à la gloire de Dieu ce qui est contenu dans celte demande, autrement nous demandons mal, car nous demandons contre l'ordre.
Don7iez-nous. Parole touchante propre à exciter
5Sî 'CATÉCHISME
Hotre humilité et à toucher le cœur de Dieu ! Nous reconnaissons que c'est Dieu qui nous donne tout, même le pain du jour : nous reconnaissons que nous sommes des mendiants ; nous reconnaissons que nous ne sommes redevables de notre pain ni à notre travail ni à notre industrie. Hélas! ce n'est pas nous qui faisons croître le blé. Les monarques et les sujets sont tous, devant le Père céleste, des indigents qui n'ont rien que ce qu'ils reçoivent de sa libéralité inépuisable, et après cela nous aurions de lorgueil! Nous disons donnez-nous , et non pas donnez-moi, parce que c'est le propre du Chrétien de ne pas songer seulement à soi, et que la charité veut que nous nous intéressions pour notre prochain. Une autre raison, c'est que Dieu ne nous accorde point ses bienfaits pour que nous en profitions seuls, ni pour que nous nous livrions à l'intempérance; mais il veut que nous fassions part aux autres de ce qui nous reste après avoir pourvu à nos besoins.
Aujourdhui. Dieu ne veut pas que nous comptions sur nos forces, même pour un seul jour, puisqu'il veut que nous lui demandions chaque jour le pain de tous les jours. Il veut que nous nous reposions chaque jour sur sa Providence du soin de pourvoir à nos besoins. Et quelle inquiétude pouvons-nous avoir ? si nous cherchons avant tout le royaume de Dieu et sa justice, tout le reste nous sera donné comme par surcroît. Voyez, notre Père céleste ne nourrit-il pas le passereau qui ne sème point; n'habilie-t-il pas le lys des champs qui ne file point ? Ne fait-il pas lever tous les jours son soleil sur le juste et l'injuste ?
Noire pain. Nous demandons loul à la fois, par ces paroles, le pain de notre corps et de notre ame. Le pain de notre ame, c'est Notre Seigneur Jésus-Christ. H est notre pain par sa parole, par sa grâce. Il est surtout notre pain dans la sainte Eucharistie oii il nous donne son sang à boire et sa chair à manger. Nous devons le demander tous les jours, et vivre de telle sorte, que nous soyons dignes de le recevoir tous les jours. Que penser de ceux, qui ne le reçoivent que tous les ans ? Ainsi, nous demandons pour notre ame son union avec le nouvel Adam. Pour notre corps, nous demandons le pain; rien de ce qui peut satisfaire la sensualité, mais ce qui est nécessaire au soutien de nos jours, soit pour la nourriture, soit pour le vêtement. Nous disons 7\otre pain et non pas mon pain, parce que chacun de nous, si sa prière est sincère, doit souhaiter et demander pour ses frères ce qu'il souhaite et demande pour lui-même. Mais pouvons-nous dire que nous avons ce désir, si nous refusons de leur faire part de ce que Dieu nous donne au-delà du nécessaire? Nous disons i?ofre pain , non pas que nous y ayons aucun droit, mais parce que Dieu, par sa miséricorde, nous le donne comme la nourriture qui nous est propre.
Quotidien. Grande leçon pour nous ! L'homme ne demande du pain que pour un jour, car il ne sait s'il aura un lendemain.
Pardonnez nous nos offenses comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensé. Bonté infinie de notre Père céleste! Il promet de nous pardonner si nous pardon-
lions à nos frères. Les offenses que nous pardonnons à notre prochain ne sont rien en comparaison de celles dont nous sommes coupables envers Dieu : nous l'avons crucifié ! Nous demandons la remise de dix mille pièces d'or pour celle de quelques deniers qui nous sont dus ; mais si nous remettons cette petite somme de bon cœur et sans attendre même que nos débiteurs nous en prient, si nous la remettons tout entière et sans aucune réserve, c'est-à-dire si nous pardonnons à notre prochain du fond du cœur et de nous-môme ; si nous le prévenons avec bonté, avec charité, au lieu de nous livrer à une vengeance aveugle, ou d'attendre qu'il nous apaise par ses regrets, tous nos péchés nous seront pardonnes. Si vous pardonnez aux hommes les fautes qu'ils auront faites contre vous, dit le Sauveur, votre Père céleste vous pardonnera aussi les vôtres. Mais celte promesse suppose, dans celui qui pardonne à son frère, l'esprit de pénitence pour ses propres péchés, car c'est une vérité de la foi que sans l'esprit de pénitence aucun péché ne peut être remis. Celui qui prononcerait cette demande sans être disposé à pardonner, prononcerait une malédiction contre lui ; il demanderait h Dieu de ne pas lui pardonner.
Et ne nous induisez point en tentation. Lorsque des enfants ont obtenu de leur père le pardon de leurs offenses, que leur reste-t-il ? sinon à les éviter désormais, et, par une conduite irréprochable, consoler le père chéri qu'ils ont conlristé. C'est aussi ce que Notre Seigneur veut que nous fassions. Après avoir demandé à
Dieu le parJûQ de nos péchés, il veut que nous lui demandions la grâce de ne pas y retomber. Or, c'est la tentation qui nous conduit au mal. La tentation nous vient de la concupiscence , du monde et du démon. Nous supplions le Seigneur de nous en rendre victorieux, mais non pas de nous en délivrer absolument, car la vie de T homme ici-bas est une tentation continuelle. Seulement nous le supplions d'avoir égard à notre faiblesse et de nous épargner par sa miséricorde ces grandes tentations qu'on ne peut vaincre avec une vertu commune et qui renversent quelquefois les plus forts. Les seuls moyens de résister à la tentation sont la vigilance et la prière.
Mais délivrez-nous du mal. Ainsi se terminent et doivent se terminer toutes les prières de l'homme depuis sa chute. La délivrance du mal, voilà le but de toute la Religion, de tous les sacrifices, de toutes les pénitences publiques ou privées qui ont eu lieu chez tous les peuples depuis le commencement du monde. Dans la demande qui précède, nous prions Dieu de nous déhvrer du péché, dans celle-ci nous lui demandons de nous délivrer de la peine du péché. Ainsi, nous lui demandons qu il nous préserve d'une mort subite, des châtiments qui sont réservés aux Impies et du feu du Purgatoire dont nous le supplions avec ardeur de délivrer ceux qui l'éprouvent. Nous lui demandons d'être préservés de tous les maux tant intérieurs qu'extérieurs, de l'eau, du feu, du tonnerre, de la grêle, delà famine, des séditions et de la guerre. Nous le prions d éloigner de nous
bSù C.ATl'.CFIISME
les maladies, la peste, les ravages, les prisons, lexiî, les trahisons , les embûches , en un mol toutes les incommodités qui affligent le genre humain. Nous demandons enfin que les richesses, les honneurs, la santé, la vie même ne tournent pas à notre malheur et à la ruine de notre ame.
Demandons tout cela avec confiance. En nous ordonnant de lui demander la délivrance de nos maux, notre bon Père nous a donné par là même l'assurance d'être exaucés. Les Justes ont crié vers le Seigneur, et le Seigneur les a exaucés et il les a délivrés de toutes leurs tribulations'. Dans celte demande, le mot mal signifie aussi le méchant ou le démon. Nous prions Dieu de nous en délivrer, car c'est le démon qui fut l'auteur de tous les crimes et de tous les malheurs des hommes. Nous disons le méchant et non pas les péchés, parce que les maux qui nous viennent de notre prochain doivent être imputés aux suggestions du démon. Ainsi, bien loin de nous fâcher contre notre frère, nous devons reverser toute notre colère contre Salan qui est la cause de tous les maux que les hommes se font les uns awx autres.
Amen. L'Oraison dominicale se termine par ce mot hébreu qui en est comme le sceau et la conclusion. Il veut dire : ainsi soit-il, qu'il soit fait comme je viens de dire, que toutes nos demandes nous soient accordées; nous le croyons, nous l'espérons. C'est aussi un vœu nouveau, un désir plus vif d obtenir ce qu'on a de-
V Ps. 33. 1 S.
niL PEMSl-VÉKAN'r.E. 537
mandé. Il convient de prononcer cet le conclusion avec une piélé et une sincérité toute particulière, soit pour suppléer aux défauts d attention et de ferveur qui ont pu se glisser dans le reste de la prière, soit pour faire comme un dernier effort et frapper comme un dernier coup pour toucher le cœur de notre Père.
ïelle est l'Oraison du Seigneur; rien n'est plus saint, plus touchant, plus auguste, plus efficace. C'est une clé d'or avec laquelle nous pouvons, quand il nous plaît, ouvrir tous les trésors du Ciel. Que tous donc l'aiment, la vénèrent, s'y attachent comme au bien le plus précieux, et en fassent un fréquent usage.
Mais toute j)uissante qu'elle est cette divine prière ne nous obtiendra rien si elle n'est pas bien faite. Or, rien n'est plus célèbre dans l'histoire et rien n'est plus propre à ranimer notre ferveur en priant, qiie la vision de saint Bernard. Elle nous fait connaître les différentes classes de personnes qui s'adonnent à la prière et les récompenses que chacune mérite.
Une nuit, ce saint fondateur de Clairvaux, était en oraison pendant que tous ses religieux récitaient l'office. ïls étaient en grand nombre et Dieu lui fit connaître qu'ils seraient tous sauvés; mais au moment de la vision ils n'étaient pas tous fervents , il s'en faut. Le Saint vit donc à côté dechaquereligieux un Angequi écrivait. Quelquesuns de ces Anges écrivaient en lettres d'or, d'autres avec de l'eau, quelques-uns avec de l'encre noire. Notre Seigneur fit comprendre au Saint le sens de cette vision. 11 lui dit que les religieux qui priaient avec ferveur étaient
ceux dont les Anges écrivaient les prières en lettres d'or; ceux qui priaient avec nonchalance étaient ceux dont les Anges écrivaient les prières avec de l'eau; ceux qui priaient avec distraction et en sommeillant étaient ceux dont les Anges écrivaient les prières avec de l'encre noire; que les premiers méritaient une grande récompense ; que les seconds ne méritaient rien ou presque rien; que les troisièmes étaient dignes de punition.
Je suppose que vous voyez aussi ce que votre bon Ange écrit lorsque vous priez soit le matin ou le soir, soit à l'Eglise ou dans la journée, sa plume serait-elle trempée dans l'or, dans l'eau ou dans l'encre noire? C'est une question que je vous laisse à résoudre.
Il faut toujours prier, la prière est le devoir fondamental continuel des Chrétiens. Dans les premiers siècles on désignait môme la Pieligion par le nom de prière. Pour nos pères, dans la foi, un Chrétien c'est un homme qui prie. Chose étonnante ! les Sauvages de l'Amérique ont la même idée. Ils appellent la Religion la prière. Embrasser la prière signifie chez eux se faire Chrétien ' . Notre Seigneur ne s'est pas contenté de nous donner le précepte de la prière, il nous en a donné l'exemple. Avant d'opérer ses miracles il priait, etaprès avoir passé le jour à évangéiiser les peuples, il se retirait la nuit sur les montagnes pour prier. Les premiers Chrétiens priaient beaucoup \ les Saints ont fait de la prièreleurexercice habituel. Sansla prière ils n'auraient
• f'oyez les leltrcs édif. partie de l'Amérique. =" Terlul, de Coron, mil. 3.
Dt PEHSÉVÉRANCE. 539
pas cru possible de conserver la vie de la grâce. Pour prier continuellement, suivant le précepte du Sauveur, il faut faire toutes ses actions en vue de Dieu el de notre salut.
Outre la prière vocale, il en est une autre non moins, efficace qu on appelle la prière mentale ou oraison. L'oraison consiste à méditer attentivement quelque vérité de la foi et à régler sa conduite en conséquence. Nous allons dire un mot de sa nécessité, de sa facilité et de sa pratique.
i° Sa nécessité. 11 est impossible de se sauver sans penser à son salut, Or, c'est surtout dans la méditation qu'on y pense sérieusement. Pourquoi le monde est-il couvert d iniquités? pourquoi les âmes se perdent-elles par milliers? pourquoi la terre est-elle dans la désolation? Parce que personne ne réfléchit en son cœur. Voilà ce que dit le Saint-Esprit lui-même. Aussi, tous les Saints recommandent-ils à l'envi la pratique de l'oraison. Le père Suarez, auteur d'un grand nombre d'excellents ouvrages, disait : Je donnerais tous mes livres pour un quart-dheure d'oraison. L'ame qui abandonne l'oraison, dit sainte Tliérèse, n'a pas besoin de démon pour se damner ; elle se place de ses propres mains dans l'Enfer. Elle disait encore : Promettez-moi de faire chaque jour un quart-d'heure d" oraison, et moi, au nom de Jésus-Christ, je vous promets le Ciel. Tous les Saints, fondateurs des ordres religieux, ont prescrit l'oraison comme un exercice essentiel. Au reste, l'expérience prouve que ceux qui font l'oraison tombent rare-
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ment dans le péché mortel, et si par malheur ils y tombent quelquefois, grâce à l'oraison ils s'en relèvent promptement et reviennent à Dieu. On peut faire des prières vocales et rester dans le péché mortel ; on peut assister à la Messe, donner l'aumône, hélas! on peut même communier et rester dans le péché mortel, mais loraison et le péché mortel sont incompatibles. C'est la pensée d'un grand serviteur de Dieu : Beaucoup récitent le Rosaire, l'office de la sainte Vierge souvent et persévèrent dans le péché; mais il est impossible que celui qui fait l'oraison reste dans l'inimitié de Dieu : ou il quittera l'oraison ou il quittera le péché.
2» Sa facilité. Pour méditer, il suffit d'aimer Dieu, car on pense facilement à ce qu'on aime. L'avare pense facilement et volontiers à son trésor, le négociant à ses affaires, l'artisan à son métier, l'ambitieux à ses dignités; pourquoi? Parce qu'ils les aiment. Aimons Dieu, aimons notre ame, et nous penserons volontiers à Dieu, à notre ame. Dire qu'on ne peut pas faire loraison, c'est donc s'accuser soi-même d'indifférence pour Dieu. Mais on ajoute : Je ne puis fixer mon esprit, je suis d'une sécheresse et d'une aridité désolante, c'est pourquoi je ne fais pas l'oraison. Saint François-de-Sales répond que lors même qu'on ne s'occuperait pendant l'oraison qu'à chasser et à repousser continuellement les distractions et les tentations, l'oraison n'en serait pas moins bien faite ; pourvu que les distractions ne fussent pas volontaires , le Seigneur se contentera de vos bonnes intentions. Une once d'oraison faite au milieu des distrac-
DE PERSÉVÉRANCE. 5/ll
lions et des dégoûts, vaut mieux que cent livres au milieu des consolations. Combien de courtisans vont cent fois l'année en la chambre du prince, sans espérance de lui parler, mais seulement pour être vus de lui et lui rendre leurs devoirs ! Si Dieu ne juge pas à propos de nous intro-' duire à ses entretiens, demeurons dans l'antichambre et faisons-lui nos révérences. D'immobiles statues, placées dans les galeries des princes, ne laissent pas que de leur faire honneur ; si donc le Seigneur veut que nous soyons comme des statues en sa présence, contentonsnous de l'honorer comme des statues'.
On dit encore : Je n'ai pas le temps . Et cependant vous avez du temps pour tout, vous avez du temps pour dormir, pour causer inutilement, pour vous promener, pour travailler, vous en prenez même pour pécher, et vous n'en avez point pour méditer! Si un pauvre vous voyait jeter à la rivière une grande quantité de pièces dor, serait-il déraisonnable s'il vous en demandait la moitié d'une? Et Notre Seigneur demande-t-il trop en vous demandant la moitié, le quart d'une de ces heures que vous perdez chaque jour en si grand nombre ? Mais de grâce, dites-moi pourquoi le temps vous a-t-il été donné ? croyez-vous que Jésus-Christ soit mort pour vous l'obtenir, afin que vous puissiez vous livrer à vos plaisirs et aux bagatelles de la vie? Vous n'êtes pas plus occupé que ces grands évêques qui gouvernaient de vastes églises, que ces rois eux-mêmes chargés de l'administration de puissants royaumes, et cependant ils
-' Introduction à la vie dévote.
5/i2 CATÉCHISME
trouvaient du temps pour méditer . Si vous ne pouvei absolument méditer dans le silence du repos, méditez en travaillant. Combien de pauvres villageois font ainsi la méditation tous les jours! Une fleur, une plante, la moindre créature suffit pour les élever à Dieu ; c" est qu'ils aiment. Aimez donc aussi et toujours vous trouverez le temps de faire l'oraison.
3° Sa pratique. Le lieu le plus favorable pour faire l'oraison, c'est l'Eglise; mais on peut la faire partout dans les maisons et môme dans les champs. Il est à propos néanmoins de se retirer dans un endroit solitaire éloigné du bruit extérieur. Le matin est le temps le plus convenable. Il y aura bien à reprendre dans les actions de la journée si on n'a commencé par donner à lame un aliment de force et de vertu. L'oraison renferme trois parties.
V La Préparation. Dans la préparation il y a trois actes à faire: 1° se mettre en la présence de Dieu, en disant : Mon Dieu je crois que vous êtes ici présent; cest avec vous que je vais parler, je vous adore du fond de mon néant; 2° s'humilier en disant : Seigneur, je devrais être en ce moment dans l'Enfer à cause des péchés que f ai commis, je merepensde vous avoir offensé, pardonnez-moi selon votre grande miséricorde ; 3" demander les lumières du Saint-Esprit, en disant : Père éternel, pour l'amour de Jésus et de Marie, donnez-moi vos lumières pendant cttte méditation afin que j'en profite . On dit ensuite un Ave à la sainte Vierge , afin qu'elle nous obtienne ces lumières et un Gloria Patri à Thon-
DE PERSÉVÉUANCE. SZjô
neur de saint Joseph, de l'Ange gardien et du saint patron. On fait ces actes avec attention, mais en peu de mots, et on passe de suite à la méditation.
La seconde partie de T oraison, c'est la méditalion. Le sujet de la méditation est une vérité du salut. Il faut considérer ce que Notre Seigneur et les Saints nous ont enseigné là-dessus, les exemples qu'ils nous ont donnés, et comparer nos pensées et notre conduite aux leurs, ensuite en tirer des résolutions pratiques pour la réforme de nos mœurs. On peut se servir utilement de quelques livres. Saint François-de-Sales dit qu'il faut imiter les abeilles qui s'arrêtent sur une fleur tant qu'elles y trouvent du miel, et qui passent ensuite à une autre. Celui qui ne sait pas lire doit méditer sur les fins dernières, les bienfaits de Dieu et principalement sur la vie et la Passion de Notre Seigneur. Le fruit de l'oraison consiste dans la résolution qu'on y forme. Il ne faut jamais en sortir sans s'être bien dit à soi-même : En conséquence de ce que je viens de méditer aujourd'hui, je ferai telle chose, j'en éviterai telle autre. Il est nécessaire de se rappeler sa résolution dans le cours de la journée.
La troisième partie de l'oraison c'est la conclusion. Elle se compose de trois actes : 1" on remercie Dieu des grâces et des lumières qu'il a données durant l'oraison ; 2" on fait la promesse d observer fidèlement la résolution qu'on a prise; 3" on demande à Dieu, par l'intercession de Jésus et de Marie, la grâce d'y être fidèle. On finit en lui recommandant les âmes du Purgatoire et
ilxU CATÉCHISME
les besoins de l'Église; on récite pour cela un Pater et un Ave qui sont les deux plus excellentes prières que Dieu et l'Eglise nous aient enseignées.
PRIERE
0 mon Dieu ! qui êtes tout amour, je vous remercie de ra'avoir appris à vous prier et d'avoir bien voulu composer à notre usage une prière qui exprime tous nos besoins ; faites-moi la grâce de la réciter toujours avec beaucoup de ferveur.
Je prends la résolution d'aimer Dieu par-dessus toutes choses et mon prochain comme moi-même pour l'amour de Dieu ; et, en témoignage de cet amour, je veux faire tous les jours un quart-d'heure de méditation.
PETIT CATÉCHIS3IE.
CONDITION DE NOTRE UNION AVEC NOTRE SEIGNEUR LE NOUVEL ADAM. — DE LA GRACE ET DE LA PRIÈRE.
Q. Pouvons-nous par nos propres forces nous unir avec Notre Seigneur?
li. Nous ne pouvons pas par nos propres forces nous unir avec Notre Seigneur. Sans la grâce nous ne pouvons ni croire, ni pratiquer les Commandements, ni communier d'une manière utile pour notre salut, la grâce est donc la condition essentielle de notre union avec le nouvel Adam.
Q. Pouvons-nous avoir la grâce de nous-mêmes? R. Nous ne pouvons avoir la grâce de nous-mêmes, c'est un don purement gratuit que Dieu nous fait en vue des mérites de Notre Seigneur. Cependant il veut que nous la lui demandions et il nous donne encore la grâce pour la demander.
Q. Quel est le moyen ordinaire d'obtenir la grâce? R. Le "moyen ordinaire d'obtenir la grâce c'est la prière. C'est pourquoi Notre Seigneur a dit : Il faut toujours prier et ne jamais cesser. Pour nous rendre la prière plus facile, Notre Seigneur a daigné en composer une à notre usage : c'est le Pater qu'on appelle aussi r Oraison dominicale.
Q. Combien y a-t-il de parties dans le Pater ? iî. Ily a trois parties dans le Pater, la préparation, le corps de la prière et la conclusion. La préparation se compose de ces mots : Notre Père qui êtes aux Cieux. Nous appelons Dieu notre Père pour le disposer en notre faveur, en lui rappelant que nous sommes ses enfants; nous lui disons qu'il est au Ciel, pour lui rappeler qu'il est heureux, riche et tout-puissant, tandis que nous qui sommes ses enfants, nous sommes sur la terre, exilés, pauvres, souffrants, exposés à mille dangers.
Q. Combien y a-t-il de demandes dans le Pater ? R.ll y a sept demandes dans le Pater, les trois premières se rapportent à Dieu et aux biens éternels; les quatre autres regardent les besoins de la vie présente.
Q. Que demandons-nous à Dieu dans les trois premières ?
5AC CATI'CIilSME
R. Dans les trois premières, nous demandons à Dieu que son nom ne soit plus méconnu ni blasphémé, mais connu et glorifié par les paroles et les actions de tous les hommes; qu'il règne absolument sur nous et non pas le démon ou nos passions; que l'Eglise s'étende par toute la terre; que le jugement dernier arrive, et que le Ciel nous soit donné; enfin, que sa volonté s'exécute par les hommes qui sont ici-bas, comme elle s'accomplit par les Saints et les Anges qui sont dans le Ciel. Quel bonheur si les hommes n'avaient plus d'autre volonté que celle de Dieu 1
1^. Que demandons-nous parles quatre dernières?
R. Par les quatre dernières nous demandons : 1° ce qui nous est nécessaire pour le corps, comme le pain et le vêtement, et pour lame la grâce et la sainte Communion ; 2° le pardon entier de nos offenses ; 3° la délivrance ou la victoire des tentations, afin de ne pas retomber dans le péché; 4° la délivrance de tous les maux temporels et éternels qui sont la suite du péché.
Q. Quelle est la conclusion du Pater ?
R. La conclusion du Pater est ce mot Amen qui veut dire ainsi soit-il. Je désire que toutes ces demandes me soient accordées. C est une répétition de la prière tout entière et comme un dernier effort que nous faisons pour toucher le cœur de Dieu. C'est pourquoi il faut le prononcer avec beaucoup de foi et de ferveur.
Q. Qu" est-ce que l'oraison?
R. ïi' oraison est une autre prière qui consiste à méditer sur quelque vérité du solut, afin d'en faire la règle
m: PERSÉVÉRANCE. blil
de noire conduite. Il est bien nécessaire de méditer. parce qu'on ne peut faire son salut sans y penser. Il est bien facile de méditer, il suffit d'aimer Dieu, la Religion et notre ame, car on pense facilement à ce qu'on aime.
Q. De quoi se compose l'oraison ?
R. L'oraison se compose 1" de la préparation, c'està-dire d'un acte de Foi à la présence de Dieu, d'un acte d'Humilité et d'une invocation pour demander les lumières du Saint-Esprit; 2° de la méditation. On considère une vérité de la foi, on examine ce que Notre Seigneur et les Saints nous en ont enseigné et comment ils l'ont pratiquée; on se compare ensuite avec eux en prenant la résolution de devenir meilleurs ; 3° de la conclusion , c'est-à-dire d'un acte de Remercîment et d'Offrande; on finit en recommandant à Dieu les besoins des âmes du Purgatoire et ceux de l'Eglise.
PRIÈRE
0 mon Dieu ! qui êtes tout amour, je vous remercie de m'avoir appris à prier, faites-moi la grâce de réciter toujours le Pater avec une grande ferveur.
Je prends la résolution d'aimer Dieu par-dessus toutes choses et mon prochain comme moi-même pour l'amour de Dieu; et, en témoignage de cet amour, je veux faire chaque jour un quart-d heure de méditation.
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XLVIIP LEÇON
BÎJT DK NOTRE UNION AVEC NOTRE SEIGNEUR LE. NOUVEL ADAM
Vie de saintelé dang le temps, vie de gloire dans l'élernité. — Conformité obligée avec Jésus-Christ. — Jésus-Christ modèle de notre vie intérieure.— Pensées du nouvel Adam sur Dieu , l'homme et le monde. — AlTections du nouvel Adam à l'égard de Dieu, de l'homme et du monde.
Après avoir enseigné à ses Apôtres tous les secrets de notre union avec lui, le nouvel Adam leur fit connaître quels devaient être la fin et les fruits de cette union. Or, la fin et les fruits de notre union avec Notre Seigneur, c'est de nous faire vivre de sa vie dans le temps et dans Téternité, de nous faire mener ici-bas une vie sainte, et dans l'éternité une vie glorieuse. En la personne de Jésus-Christ, dit saint Augustin, un grand médecin est descendu du Ciel, parce qu'un grand malade était étendu sur la terre'. Ce malade était le genre humain. Le Sauveur ne s'est pas contenté de mettre du baume sur ses plaies ; il ne s'est pas contenté de le replacer sur le bon chemin et de lui dire : Marchez, lui-même a voulu marcher devant lui pour
' Magnus de cœlo descendit medicus quia magnus in terra jacebat aegrotus, Ser, 59 de Ferb, Dom.
lui apprendre comment il devait marcher. 11 a voulu parcourir toutes les routes diverses, se trouver dans tous les états par où l'homme peut passer, afin de les sanctifier tous comme il avait sanctifié tous les éléments, afin de nous apprendre à les sanctifier nous-mômes. 11 a laissé sur ses traces divines des grâces qui éclairent et qui rendent agiles les pieds de ceux qui les suivent'. Puis, après avoir fourni sa carrière, il s'est retourné vers fhomm et lui a crié du haut de la Croix : Suwez-moi . Je suis lavoie^ la vérité, la vie; celui qui marche à ma suite, ne marche pas dans les ténèbres; je vous ai donné l'exemple, afin que vous fassiez comme j'ai fait. Puis il est monté au Ciel, glorieux et triomphant, et du haut de son trône éternel , il crie à f homme en lui tendant les bras et lui montrant sa couronne : Suivez mes pas et vous viendrez où je suis moi-même ' .
Ainsi, modèle d« l'homme pendant la vie, \e nouvel Adam l'est encore pendant l'éternité. Si nous lui sommes semblables par l'imitation de ses exemples, nous lui serons semblables par la participation de son bonheur et de sa gloire'. En un mot, si nous suivons la route qu'il a suivie, nous arriverons au même terme. Apprenons maintenant à connaître ce modèle obligé de tous les âges, de toutes les conditions, de tous les états : car Notre Seigneur c'est f Homme ! ! Comme nous avons porté fimage de l'homme terrestre, il faut que nous
' Lucerna pedibus meis Verbum tuum. Ps. 118. î Ad Phil. 3. 21.
i Ad Rom. 8. 17.
portions l'image de l'homme céleste. Le Ciel sera fermé à quiconque ne sera pas la copie fidèle du nouvel Adam ' .
Un Chrétien, c'est un autre Jésus-Christ. Telle est la subHme définition que les Pères de l'Eglise nous donnent de nous-mêmes '. Donc nous devons pouvoir dire avec saint Paul : Ce nest plus moi qui vis, mais c'est Jésus-Christ qui vit en moi, qui pense, qui désire, qui agit en moi. Donc nous devons régler notre intérieur sur celui du nouvel Adam, sans vouloir mettre de bornes à cette conformité. 11 faut que Jésus-Christ soit formé en nous; oui, il le faut. C'est pour cela qu'il est venu en ce monde, qu'il nous a nourris de lui-môme, qu'il a envoyé ses Apôtres, qu'il a établi son Eglise. Par les soins infinis qu'elle prend de nous depuis notre berceau jusqu'à notre dernier soupir, cette tendre mère nous dit : Mes petits enfants, je souffre pour vous les douleurs de l'enfantement, jusqu'à ce que Jésus-Christ soit formé en vous^; jusqu'à ce que vous soyez parvenus à une ressemblance si parfaite avec lui, qu'en vous contemplant du haut du Ciel, le Père éternel puisse dire : Voilà mon Fils bicn-aimé. Or, cette ressemblance doit exister d'abord dans notre intérieur.
1° Dans nos pensées. Nos pensées seront conformes à celles de Jésus-Christ, lorsque nous jugerons comme lui de toutes choses , de Dieu , de nous-mêmes , des créa-
' Ad Rom. vin. 29.
3 Christianus aller Chri'lu'.
3 Galal. V. 10.
Dr. rEKSl'VlLUANCE. 551
tures, du temps et de l'éternité. D'abord, que le nouvel Adama-t-il pensé de Dieu ? Ses exemples et ses paroles vont nous répondre : Il a pensé que Dieu est l'être par excellence, l'être infiniment sage, bon, puissant, saint, juste et miséricordieux, seul digne des adorations, des hommages et de l'attention des hommes. Pour nous l'apprendre, il s'est abaissé devant Dieu jusqu'à s'anéantir en prenant la l'orme d'esclave, il s'est consumé pour lefaire connaître, enfin, il est mort sur une Croix pour réparer sa gloire outragée par le péché; Dieu aété tout pour Jésus-Christ, il doit être tout pour nous.
Voilà ce que le nouvel Adam a pensé de Dieu durant sa vie mortelle, est-ce là ce que nous en pensons?
Dans la crainte que les hommes n'oubliassent ses leçons, ou ne crussent faussement qu elles ne regardaient que certains siècles ou certains lieux, il s'est établi dans l'Eucharistie. Habitant des villes et des campagnes, habitant de tous les pays , il redit de son Tabernacle et il redira à toutes les générations qui passeront sur la terre jusqu'à la fin des temps, les leçons qu'il donna dans la Judée : il offre les mêmes exemples qu' il offrait . Interrogez-le dans l'Eucharistie sur ce qu'il pense de Dieu, et son profond anéantissement, et son état continuel de victime vous répond -.Que Dieu est tout, que tout doit s'anéantir devant lui. Il vous dit : Vous aimerez le Seigneur votre Dieu de toute votre ame,detoutvotre esprit, de toutes vos forces : ▼oilà le premier et le plus grand de tous les Commandements, et il vous en donne l'exemple en s'immoiant sans cesse pour son Père, sur nos autels comme sur la Croix.
Quelles sont les pensées du nouvel Adam sur l'homme? Le nouvel Adam regarde l'homme comme la plus précieuse des créatures de Dieu. C'est pour l'homme qu il est venu en ce monde, qu'il a vécu pauvre et qu'il est mort dans les tourments. Il regarde notre ame comme plus précieuse que son propre sang, puisqu'il n'a pas hésité à le répandre pour la sauver. Voilà ce qu'il en pensait durant sa vie mortelle, et voilà ce qu'il en pense dans l'Eucharistie. Demandez-lui pourquoi tant d'amour, tant de patience, au milieu des outrages et des irrévérences auxquels il est en butte depuis dix-huit siècles? il vous répond : Parce qu'une seule chose est nécessaire à mes yeux, le salut de l'homme. Voilà ce que nous devons penser de nousmêmes. Est-ce là ce que nous en pensons?
Quelles sont les pensées du nouvel Adam sur les créatures? Le nouvel Adam regarde les créatures, les honneurs, les richesses, les plaisirs, avec un grand mépris. Sa crèche, sa vie pauvre, sa mort dans un dénuement absolu, sont la preuve de ce mépris profond. Il a dit : Bienheureux les pauvres; malheur à vous, riches; il a dit : Bienheureuxceux qui souffrent et qui pleurent: malheur à vous qui êtes dans les rires et les joies; il a dit : Bienheureux les humbles, apprenez de moi que jç suis doux et humble de cœur ; il a dit : Malheur aux orgueilleux , Dieu leur résiste et il donne sa grâce aux humbles. Tous ces anathèmes lancés contre les honneurs, les richesses, les plaisirs, il les lance encore du fond de son tabernacle : son état de pauvreté, d'humilité, de
victime, nous dit encore : Malheur aux riches, aux orgueilleux, aux heureux du siècle, ils portent l'image de l'homme terrestre, du vieil et coupable Adam; bonheur aux pauvres, aux humbles, aux souffrants; ils portent l'image de l'homme nouveau, du second et saint Adam.
Quelles sont les pensées du nouvel Adam sur le péché? Le nouvel Adam pense que le péché est le plus épouvantable mal , l'unique mal du monde. Sueur de sang, agonie mortelle, crachats infâmes, couronne d'épines, roseau d'ignominie, robe de dérision, flagellation sanglante, clous, calvaire, croix, fiel, mort, voilà ce qu'il a enduré pour l'expier. Allez maudits au feu éternel, voilà le châtiment de ceux qui le commettent. Ce qu'il en pensait durant sa vie mortelle, il le pense encore dans l'Eucharistie : il s'y expose à toutes les horreurs de sa passion pour l'expier; car il y est en état permanent de victime. Chaque jour aussi de son autel comme de son tribunal, il dit au pécheur qui meurt impénitent : Vas, maudit, au feu éternel.
2° Ce n'est pas assez que nos pensées soient conformes à celles du nouvel Adam, il faut aussi que nos affections soient reformées sur le modèle des siennes. Notre Seigneur n'a eu que deux affections qu'il a exprimées par les deux paroles : Vous aimerez le Seigneur votre Dieu de toute votre ame, de tout votre cœur, de toutes vos forces ; voilà le premier et le plus grand de tous les Commandements. En voici un second qui est semblable au premier : Vous aimerez votre prochain comme
vous-même pour l'amour de Dieu. Ses exemples ont été la traduction littérale et l'application de ces paroles. Il a aimé Dieu son Père en se rendant obéissant, et obéissant jusqu'à la mort de la Croix. Il disait : Je fais toujours ce qu'il plaît à mon Père; entre mon Père et moi, tout est commun; nous ne faisons qu'un moi et mon Père; et sa vie n'a été qu'un long acte d" amour pour son Père. Voilà ce qu'il prêchait, ce qu'il faisait durant sa vie mortelle, voilà ce qu'il prêche encore, ce qu'il fait dans l'Eucharistie. Il continue d'y être obéissant pour l'amour de son Père, jusqu'à renouveler chaque jour le sacrifice de sa Croix; il y fait toujours ce qui plaît à son Père; résidant dans les lieux, même les plus reculés ; dans toutes les églises, même les plus abandonnées; dans tous les tabernacles, même les plus pauvres, où il plaît à son Père de le faire résider.
Il a aimé les hommes. La preuve de l'amour, c'est de faire de grands sacrifices pour ceux qu'on aime. Or, quels sacrifices le nouvel Adam n'a-t-il pas faits? De riche il s'est fait pauvre ; d'heureux il s'est fait souffrant ; de puissant il s'est fait petit enfant; il s'est fait homme comme nous, chargé de toutes nos misères. Enfin, il a donné sa vie pour nous.
P«s un nom d'amour qu'il n'ait pris : il s'est appelé tour à tour notre Père, notre Frère, notre Ami, notre Epoux, notre Serviteur, et il a rempli toute la signification de ces noms divers. Il a aimé tous les hommes , mais surtout les pauvres , les petits , les malades, les pécheurs, ses amis et ses ennemis; du
f)E PERSÉVÉRANCE. 555
haut de sa Croix, il demandait encore grâce pour ses bourreaux. Ainsi aimait le nouvel Adam pendant sa vie mortelle, et dans l'Eucharistie voilà aussi comme il aime. Combien de sacrifices n'y fait-il pas pour nous témoigner son amour! C'est pour être toujours avec nous qu'il s'est rendu prisonnier dans son Sacrement. Il y reste le jour et la nuit, les mains pleines de grâces, le cœur brûlant d'amour, appelant les hommes par ces douces paroles : Venez à moi, vous tous qui êtes dans les maux et dans les peines, et je vous soulagerai. Jamais une mère ne nourrit son enfant de sa chair. Plus tendre que la plus tendre des mères, le nouvel Adam le fait pour chacun de nous lorsque nous le voulons. Il aime tous les hommes, même ceux qui l'oublient , même ceux qui l'offensent, même ceux qui viennent l'insulter jusque dans son temple. Du fond de son sanctuaire il pourrait lancer sa foudre, et il se tait. Il cache sa divinité, il cache son humanité, il ne met à découvert que les entrailles de sa charité. Immense, désintéressé, universel, son amour jamais ne se lasse ni ne se rebute. Voilà comme il aime dans l'Eucharistie, voilà comme il aima durant sa vie mortelle : Enfants du nouvel Adam, voilà comme vous devez aimer. En est-il ainsi?
Cet amour du nouvel Adam pour Dieu et pour les hommes, règle aussi le nôti*e par rapport aux créatures. Notre Seigneur a daigné en faire usage, mais uniquement pour les faire servir à la gloire de Dieu son Père, et au salut des hommes ses frères. 1° Il s'est servi de tout l'univers pour l'offrir à son Père, et lui rapporter
tout ce qu'il avait reçu de lui. Il a sanctifié la terre en y habitant, en l'arrosant de ses larmes et de son sang. Toutes les créatures qui ont contribué à le faire souffrir, il les a fait servir comme d'instruments pour satisfaire à la justice de Dieu. Il a employé toutes les créatures que son Père avait mises entre ses mains, pour faire connaître qu'il était Dieu comme son Père ; et ainsi dissiper les ténèbres du Paganisme, et détrôner le démon qui se faisait adorer à la place de Dieu. Il fait lever une étoile dans l'Orient pour annoncer sa naissance. Il affermit la mer sous ses pieds; il commande aux vents et aux tempêtes ; il change l'eau en vin; il se sert d'un peu de boue pour rendre la vue à un aveugle; il se sert de quelques grains de blé et de cinq petits poissons pour nourrir miraculeusement cinq mille personnes; il ordonne au soleil de s'obscurcir au moment de sa mort, et à tous les éléments de se troubler, pour manifester sa divinité.
Le nouvel Adam s'est encore servi de l'univers pour instruire les hommes. Il a pris des comparaisons de presque toutes les créatures pour nous faire connaître les vérités les plus nécessaires et les plus relevées.
Tantôt il s'est servi de la semence confiée à la terre pour nous apprendre l'abus qu'on fait de la parole de Dieu; du bon grain et de la paille dans l'aire, pour nous faire entendre comment les bons et les mauvais sont mêlés dans l'Eglise; des oiseaux du Ciel, des bêtes de la campagne, des lys des champs, pour nous marquer sa Providence. Il a employé les trésors et les pierre»
précieuses pour nous apprendre avec quel soin nous devons chercher la vertu, qui est le trésor do l'Evangile. Il s'est servi du champ et de la vigne, pour nous donner connaissance de son Eglise, et nous montrer (jue nous devions lui être attachés comme le sarment est attaché au cep; des serpents et des colombes, pour nous enseigner quelles vertus nous devons pratiquer dans le commerce du monde, c'est-à-dire la prudence et la simplicité. Il se sert delà comparaison de l'eau en parlant de la Samaritaine, pour expliquer les effets admirables de la grâce.
Enfin, pour lui-même, le nouvel Adam ne s'est servi des créatures qu'autant qu'elles étaient strictement nécessaires à ses besoins. Il est né dans une étable , couché dans une crèche, sur un peu de paille, enveloppé de quelques mauvais langes ; il a vécu d'aumônes ou du travail de ses mains; il n'a jamais rien possédé; il dit : Les renards ont leur tanière, les oiseaux du Ciel leur nid , pour le Fils de l'homme, il n'a même pas de quoi reposer sa tête. C'est ainsi que le nouvel Adam nous apprit, durant sa vie mortelle, à user des créatures; c'est ainsi qu'il condamne l'abus que nous en faisons. Ce qu'il prêchait alors, il le prêche encore dans l'Eucharistie. En changeant le pain et le vin en son corps et en son sang, il fait servir tout l'univers à la gloire et au salut des hommes; car toutes les créatures, le Ciel et la terre, le soleil et les astres, l'eau, le feu, la pluie, les quatre saisons, l'air, le froid, le chaud, tous les éléments, concourent à produire un morceau de pain ; et ce pain, il le
558 CATltcm.SMB
fait servir, en le transformant, au salut des hommes et à la gloire de son Père,
Voilà de quelle manière le nouvel Adam est le modèle de nos affections et de nos pensées, par conséquent de notre vie intérieure. Et ne l'oublions pas, il est notre modèle obligé. Point de salut pour nous si nous n'avons les mêmes pensées et les mêmes affections que lui.
PRIÈRE
0 mon Dieu! qui êtes tout amour, je vous remercie de m'avoir donné , en Notre Seigneur, un modèle parfait; je crois fermement que je suis obligé de l'imiter, en conformant mes pensées et mes affections aux siennes ; je vous prie, ô mon Dieu 1 de me rendre déplus en plus semblable à lui.
Je prends la résolution d'aimer Dieu par-dessus toutes choses et mon prochain comme moi-même pour l'amour de Dieu; et, en témoignage de cet amour, je veux me demander tous les matins : Si Noire Seigneur e'iait aujourdliui à ma place , comment ferait-il?
BUT DE NOTRE UNION AVEC NOTRE SEIGNEUR LE NOUVEL ABAM
Q. Quel est !c but de notre union avec le nouvel Adam?
DF, PF.RSliVÉlUNr.E. 559
R. Le but de noire union avec le nouvel Adam, c'est de nous faire vivre de sa vie dans le temps et dans l'éternité.
Q. Sommes-nous obligés d'imiter Notre Seigneur?
R. Nous sommes obligés d'imiter Notre Seigneur, puisqu'il est descendu sur la terre pour nous servir de modèle. Il nous commande expressément de l'imiter quand il nous dit : Je vous ai donné l'exemple, afin que vous fassiez comme j'ai fait. Il nous dit, par la bouche de saint Paul, qu'il n'y aura de sauvés que ceux qui auront imité ses exemples. Enfin, nous sommes obligés d imiter Jésus-Christ, parce que nous sommes Chrétiens, c'est-à-dire ses disciples, et qu'un Chrétien doit être un autre Jésus-Christ.
Q. Notre Seigneur est-il notre modèle en toutes choses ?
R. Notre Seigneur est notre modèle en toutes choses, et d'abord il est le modèle de notre vie intérieure, c'est-à-dire de nos pensées et de nos affections. Ainsi, nous sommes obligés de conformer nos pensées et nos affections aux siennes.
Q. En quoi devons-nous conformer nos pensées à celles de Notre Seigneur ?
R. Nous devons conformer en toutes choses nos pensées à celles de Notre Seigneur. Nous devons penser comme lui sur Dieu , sur nous-mêmes et sur les créatures .
Q. Quelles sont les pensées de Notre Seigneur sur Dieu son Père ?
R. Aux yeux de Notre Seigneur, Dieu son Père est l'être infini auquel nous devons tout rapporter, et devant qui nous devons nous anéantir. Et Notre Seigneur le montre par son exemple.
Q. Notre Seigneur s" est-il contenté de prêcher et de nous donner l'exemple pendant sa vie mortelle?
R. Notre Seigneur ne s'est pas contenté de prêcher et de nous donner l'exemple pendant sa vie mortelle, il a voulu demeurer toujours au milieu de nous, afin de prêcher et de donner l'exemple à tous les hommes jusqu'à la fin du monde. C'est dans la sainte Eucharistie qu'il le fait. Ainsi, dans la sainte Eucharistie, il nous donne l'exemple de l'anéantissement profond dans lequel nous devons être devant Dieu.
Q. Quelles sont les pensées de Notre Seigneur sur l'homme?
R. Aux yeux de Notre Seigneur, l'homme est la plus précieuse des créatures, puisqu'il est descendu du Ciel, et qu'il a donné son sang pour nous racheter. El il fait encore cela dans l'Eucharistie.
Q. Et sur les créatures ?
R. Aux yeux de Notre Seigneur, les créatures sont des moyens de nous élever à Dieu. Les richesses, les honneurs, les plaisirs, sont très-dangereux, et il la bien montré par ses paroles et ses exemples, et il nous l'apprend encore dans l'Eucharistie.
Q. Quelles ont été les affections de Notre Seigneur ?
R. Notre Seigneur n'a eu que deux affections :
DE PERSÉVI'.UAKCi;. 5GI
1 amour de son Père et 1 amour des hommes. Il est fort pour la gloire de son Père et pour le salut des hommes ; et il renouvelle chaque jour le sacrifice de sa part dans l'Eucharistie , pour la gloire de son Père et pour le salut des hommes.
(}. Comment Notre Seigneur a-t-il aimé les créa-" tures ?
R. Notre Seigneur a aimé les créatures comme étant son ouvrage, et il les a toutes fait servir à la gloire de Dieu et au salut des hommes. Pour lui-même, il ne s'en est servi qu'autant qu'elles ont été absolument nécessaires à ses besoins. C'est ainsi qu'il condamne le luxe et la sensualité. Il nous prêche la môme chose dans l'Eucharistie. Voilà quelles ont été les pensées et les affections de Notre Seigneur. Voilà quelles doivent être les nôtres.
PRIÈRE
0 mon Dieu î qui êtes tout amour, je vous remercie de m' avoir donné en Notre Seigneur un modèle parfait; je crois fermement que je suis obligé de l'imiter, en conformant mes pensées et mes affections aux siennes , je vous prie, ô mon Dieu ! de me rendre de plus en plus semblable à lui.
Je prends la résolution d'aimer Dieu par-dessus toutes choses, et mon prochain comme moi-même pour l'amour de Dieu; et, en témoignage de cet amour, je ceux me demander tous les matins : Si Notre Seigneur était aujourd'hui à ma place, comment ferait-il ?
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