‹ Catéchisme de persévérance, ou, Exposé historique, dogmatique, moral et liturgique de la religion (volume 4)Chapitre 21 sur 30 · DE CE QUI PEUT ROMPRE NOTRE UNION AVEC LE NOUVEL ADAM · texte numérisé non relu

DE CE QUI PEUT ROMPRE NOTRE UNION AVEC LE NOUVEL ADAM

Ce que c'est que le péché. — Péché originel. — Péché actuel. — Mortel et véniel. — Ce qu'il faut poui- un péché mortel. — Énormité du péché morte! en lui-même, dans ses effets et dans ses châtiments. — Grandeur du péché véniel. — Péchts capitaux. — Vertus conlraires. — Des passions.

Une seule chose rompit l'union primitive de l'homme avec Dieu, et attira sur le monde ce déluge de maux dont il est inondé : ce fut le péché. Cette union fut rétablie parle nouvel Adam, et cimentée dans son sang divin; une seule chose peut la rompre de nouveau, c'est le péché. Le Sauveur ne manqua pas d'en instruire ses Apôtres. Sa vie tout entière, ses travaux, ses souffrances, sa mort, les Sacrements qu'il venait d'instituer, prêchaient assez haut cette vérité , que le Fils de l' Homme n'était venu dans le monde que pour en bannir le péché et empêcher qu'il y rentrât. Il nous reste, h son exemple, à parler de ce mal épouvantable, bien moins pour en faire connaître la nature, que pour en inspirer de l'horreur.

Le péché est une désobéissance volontaire à la loi de Dieu. On distingue deux espèces de péchés, le péché

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originel et le péché actuel. Le |)éché originel est celui qui remonte à I origine du genre humain, qui fut commis par nos premiers parents dans le Paradis terrestre, et dont nous naissons tout souillés. La nature, la gravité de ce premier péché , sa transmission à toute la postérité d'Adam, ont été expliquées et prouvées dans la première partie de cet ouvrage.

Le péché actuel est celui que nous commettons par notre propre volonté. Il se divise en mortel et en véniel. Le péché mortel est celui qui donne la mort à notre ame en lui faisant perdre la vie de la grâce, et nous rend dignes de l'Enfer. Le péché véniel est celui qui ne nous fait pas perdre l'amitié de Dieu ; on l'appelle ue'm'e^, c'est-àdire pardonnable , parce qu'il est moins indigne de pardon que le péché mortel .

Trois choses sont nécessaires pour le péché mortel : l'advertance, le consentement et la matière grave.

1° L'advertance, à la prendre en général, est l'attention qu'on fait à une chose. L'advertance dont il s'agit ici, a pour obj^t, non l'action en elle-même, mais sa bonté ou sa malice. Ces deux choses sont très-différentes. On peut agir d'une manière très-rédéchie, sans penser si ce qu'on fait est un bien ou un mal. Par exemple, on peut manger très-volontairement de la viande un vendredi, sans se rappeler que c'est un jour d'abstinence. Pour pécher mortellement, une pleine advertance est nécessaire, et il faut qu'on fasse attention actuellement, d'une manière confuse au moins, à la malice de l'action, ou au danger dépêcher, ou du moins qu'on s'en soit

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aperçu au commencement , quand on a posé la cause de la mauvaise action qui a eu lieu.

2" Le consentement. Pour commettre un péché mortel, le consentement parfait de la volonté est nécessaire. Ce consentement peut exister ou directement ou indirectement dans la cause, c'est-à-dire quand on pose unecause mauvaise en soi , et qu'on s'aperçoit, du moins confusément, des maux qui peuvent en résulter prochainement. Un homme s'enivre, prévoyant, d'après son expérience, que dans l'ivresse il commettra de grands péchés, il est responsable des péchés qu'il commettra, quoiqu'au moment où il s'en rendra coupable il n'ait plus sa raison.

^^ Lamatière grave. Il faut que le précepte qu'on transgresse soit grave et connu pour tel. Or, on le connaît soit par l'intention du législateur, soit par la gravité des peines réservées à ceux qui le violent, soit par l'enseignement de l'Ecriture-Sainte, de lEglise et de la tradition. Lorsqu'une de ces trois conditions vient à manquer, le péché n'est pas mortel. Ainsi, le péché est véniel lorsqu'on ne transgresse la loi de Dieu qu en matière légère, ou avec une advertance et un consentement imparfait. Comme nous avons dit, le péché véniel ne prive pas de la grâce sanctifiante , il n'éteint pas la charité, mais il l'affaiblit, et, déplus, dispose au péché mortel, surtout si on le commet avec réflexion.

Pour connaître, du moins imparfaitement, lénormité du péché mortel, il faut le considérer en lui-même, dans ses effets et dans le châtiment.

1° E'i lai-inêrne , le péché mortel est une révolte contre Dieu et une ingratitude monstrueuse. Mais qu'est-ce que Dieu, et quelle est sa puissance? Au commencement, rien de ce que nous voyons n'existait, il n'y avait ni Ciel, ni terre, ni montagnes, ni rivières, ni animaux, ni plantes. Dieu dit : et tout cela fut fait. Avec la môme facilité qu'il créa l'univers, il le gouverne, et toutes les créatures lui obéissent. Il dit au soleil de se lever tous les jours, et il se lève; il dit aux astres d'accomplir leurs révolutions dans l'espace , sans jamais s'écarter de la ligne que sa main puissante leur a tracée, et les astres la suivent avec une régularité parfaite. Il appelle l'aquilon et les tempêtes , et ils accourent des extrémités de la terre, et ils bouleversent l'Océan, et des masses d' eau s' élèvent en mugissant comme de hautes montagnes qui semblent devoir engloutir la terre, et il dit à Paquilon et aux tempêtes de s'apaiser, et ils s'apaisent; il dit à la mer en furie de rentrer dans son lit, et la mer, obéissante comme une brebis sous la main du berger, rentre dans ses abîmes.

Ce grand Dieu commande et tout s'empresse de lui rendre hommage, tout lui est soumis. Je me trompe ; au milieu de ce concert unanime, une voix se fuit entendre, qui dit : Je n'obéirai pas. Quel est donc l'être audacieux qui lève contre le Dieu fort, éternel, toutpuissant, l'étendard de la révolte? C'est l'homme!!! l'homme, vil amas de boue et de pourriture; 1 homme, être débile, pauvre, misérable, qui ne vit qu'un jour, et encore ne vit-il que d'emprunt. Voilà l'être qui ose se

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mesurer avec le Tout-Puissant. Voyez avec quelle insolente fierté il prononce contre Dieu ses blasphèmes: Je le sais, vous imposez des lois à toute la nature, et toute la nature vous obéit ; mais moi je ne vous obéirai pas; je me moque de vos lois, de vos promesses et de vos menaces; je veux penser ce que je voudrai, aimer" ce que je voudrai, faire ce que je voudrai, vivre comme je l'entendrai. Tel est le langage que tient le pécheur toutes les fois qu'il commet un péché mortel.

Ainsi, le péché mortel est une révolte ouverte contre Dieu. C'est aussi une ingratitude monstrueuse. Qu'estce que cet être, qui ose dire à Dieu : Je ne vous obéirai pas? c'est un être courbé sous le poids des bienfaits de Dieu; tout couvert du sang auguste qui l'a sauvé; c'est l'homme enfin pour qui Dieu a fait le monde et sacrifié son Fils. Ce qu'il y a de plus affreux, il se sert des bienfaits m.êmes de Dieu pour l'outrager. Cet esprit, ce cœur, cette imagination, cette ame, ces yeux, ces oreilles, cette langue, ces pieds, ces mains, ce corps, il les tient de Dieu , et il s'en sert pour outrager Dieu!!! Ingrat, voilà le nom du pécheur. Ingratitude, voilà son crime ; crime qui excite dans tous les cœurs l'horreur et l'indignation. Ce que nous venons de dire vous présente une bien faible idée de l'énormité du péché mortel considéré en lui-même.

2° Dans ses effets. Le péché mortel prive de l'amitié de Dieu, fait perdre nos mérites passés et ferme le Ciel. Qui pourrait raconter ce qui se passe dans une ame malheureuse au moment où elle tombe dans le péché

mortel. Belle comme un Ange, brillante comme I aurore, elle devient noire comme un charbon, horrible comme Satan ; sa couronne lui tombe de la tête; sa robe d'innocence lui est enlevée; l'auguste Trinité sort de son cœur; une troupe hideuse de démons la remplace; sonnom est effacé du livre de vie.Qu'ellevienneà mourir en cet étJit, et la voilà ensevelie pour l'éternité dans un gouffre de feu. Tous ses mérites passés sont perdus. Supposez une personne qui a pratiqué pendant quatrevingts ans toutes les austérités des Solitaires, qui a donné tout son bien aux pauvres, qui a accumulé autant de mérites que tous les Saints qui ont été et qui seront jusqu'à la fin du monde; vient-elle à commettre un péché mortel? tout est perdu. Rien de tout cela, si elle meurt, ne lui est compté dans l'éternité. On plaint le laboureur dont le champ a été ravagé par la grêle, le navigateur dont le vaisseau a été englouti par les flots ; quelles plaintes ne mérite pas lame infortunée qui vient de perdre ses mérites, son Paradi.s, son Dieu? Il est bien vrai que si elle recourt au sacrement de Pénitence et qu'elle obtienne le pardon de sa faute, ses mérites revivront ; mais tant qu'elle restera dans son déplorable état, ces mérites sont perdus pour elle. Bien plus, elle ne peut en acquérir encore. Tout ce qu'elle fait dans l'élat de péché mortel, ne saurait mériter la récompense éternelle.

3° Dans ses châtiments. Pour apprécier l'énormité du péché mortel, il suffit d'une réflexion bien simple. Dieu est juste, infiniment juste, il ne peut punir le pé-

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çlié plus qu'il ne mérite. Or, voilà six mille ans que Dieu inonde l'univers de châtiments épouvantables, cl tout cela pour punir le péché mortel. Ce n'est encore rien. Dieu est juste, infiniment juste, et pour punir le péché il a creusé l'Enfer, l'Enfer éternel. Or, le péché sera puni sans relâche par des tourments dont la seule pensée fait frissonner. Ce n'est pas encore tout. Ce qui passe toute imagination, ce Dieu juste, pour punir le péché, fait mourir son propre Fils sur une croix entre deux scélérats! Voilà les châtiments du péché mortel, et Dieu est juste. Grand Dieu! qu'est-ce donc que le péché mortel? Et nous n'y pensons, et nous le commettons sans peine, et après l avoir commis, nous dormons tranquilles ! Nous qui avons versé tant de larmes pour des bagatelles, c'est à peine si nous en avons versé une sur nos péchés! Que désormais, du moins, on puisse dire de nous ce qu'on disait d'un saint Evêque des premiers siècles : Cet homme ne craint que le péché.

De cet affreux tableau du péché mortel, concluons que le péché véniel n'est pas un petit mal. Comme le péché mortel, c'est une révolte contre Dieu, c'est une ingratitude. Pour apprécier toute la grandeur de ce mal qu'on commet avec la môme facilité qu'on boit un verre d'eau, rappelons ici les pensées de la foi. Jetez vos regards sur le monde, voyez cette foule de malades qui languissent dans les hôpitaux et dans les maisons particulières, sur des lits de douleur; voyez tous ces cimetières remplis de générations humaines entassées les unes sur les autres; voyez cette multitude de peuples hérétiques et ido-

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lâtres qui ne connaissent pas Dieu ou qui le connaissent mal; ouvrez le Purgatoire, voyez ces âmes nombreuses et chéries qui gémissent dans les flammes et soupirent après leur délivrance, descendez sur le bord de l'Enfer, contemplez au fond de ces cachots brûlants ces lamentables victimes entassées dans les flammes, eh bien! quand pour guérir tous les malades qui sont sur la terre, ressusciter tous les morts, convertir tous les hérétiques et tous les Infidèles, délivrer toutes les âmes du Purgatoire, sauver tous les damnés, il ne faudrait qu'un seul péché véniel, un seul léger mensonge, il ne serait pas permis de le commettre. Nier cela, c'est avoir perdu la foi.

Ce n'est pas tout. Voyez comment Dieu qui est infiniment juste, a puni le péché véniel dans ses plus fidèles serviteurs. Moïse et Aaron , ces deux frères si dignes de la grande mission que Dieu leur avait confiée; Moïse à qui Dieu parlait comme un ami parle à son ami , Aaron, le chef de son sacerdoce, ces deux grands serviteurs de Dieu, commettent un péché véniel ; ils hésitent un instant en frappant le rocher du désert; et voilà que pour cette seule faute, ils seront privés de l'entrée de la Terre promise, cette terre après laquelle ils soupiraient depuis tant d'années, aux portes de laquelle ils étaient arrivés partant de fatigues et de tribulations, ils la verront de leurs yeux, afin d'ajouter à leurs regrets, mais ils ne la fouleront jamais de leurs pieds. David, le roi selon la cour de Dieu, se laisse aller à un léger mouvement de vanité, c'en est assez : un fléau terrible qui, dans trois

jours, emportera soixante-douze mille hommes, sera la punition de cette unique faute comme nous en commettons peut-être plusieurs tous les jours.

Ce n'est pas tout encore. Voulez-vous concevoir toute l'énormité du péché véniel, et toute l'horreur que Dieu en a. Supposez par impossible qu'il en découvre un seul dans les Anges qui composent sa cour ; à l'instant les Anges sont bannis du Ciel et obligés avant d'y rentrer, de faire une humiliante pénitence. Quedis-je? Supposez qu'il aperçoive la moindre souillure du plus petit péché véniel dans l'auguste Marie, dans sa propre Mère, à l'instant même la Pieine des Anges et des hommes est obligée de déposer sa couronne, de descendre de son trône, de quitter le Ciel et de faire pénitence avant d'y rentrer.

Telle est l'insurmontable opposition qui existe entre la sainteté de Dieu et le péché. Je ne m'étonne pas que les Saints aient eu tant d'horreur pour le péché véniel, qu'ils aient mieux aimé perdre la vie que d'en commettre un seul.

Ce qui doit surtout nous faire craindre le péché véniel, c'est qu'il conduit insensiblement au mortel. On ne devient ni grand saint ni grand pécheur tout d'un coup, mais par des progrès insensibles. Si nous voulons être de bonne foi , nous reconnaîtrons qu'il n'est aucun péché mortel, si jamais nous avons eu le malhenr de le commettre, qui n'ait été précédé et préparé en nous par quelque péché véniel. Parmi les péchés qu'on nomme véniels, il en est un surtout qui conduit prcsqu'infailli-

blement au mortel, c'est la n(!^gligence et surtout le manquement des prières du malin. Le corps ne peut vivre sans manger, il en est ainsi de l'ame ; or, la nourriture de lame , son pain quotidien, c'est la prière du matin et du soir. 0 mon Dieu ! inspirez à tous ceux qui liront ces lignes, l'inébranlable résolution de ne jamais commettre un seul péché véniel de propos délibéré, quelque léger qu'il leur paraisse.

Parmi les péchés actuels , il y en a sept qu'on appelle capitaux parce qu'ils sont comme la source empoisonnée de plusieurs autres. Tous les péchés réunis nous sont représentés par celte bête à sept tètes, dont parle saint Jean dans l'Apocalypse : Les sept têtes de ce monstre affreux, sont les péchés capitaux. Tous les autres en dépendent, comme tous les membres du corps dépendent de la tète.

Les péchés capitaux sont : l'orgueil, l'avarice, la luxure, l'envie, la gourmandise, la colère et la paresse.

L'orgueil est une estime déréglée de soi-même qui fait qu'on se prélère aux autres, et qu'au lieu de rapporter à Dieu tout ce que Ion a et tout ce que l'on possède, on le rapporte à soi-même. De l'orgueil naissent la présomption qui est le désir de faire ce qui surpasse nos forces et notre capacité; l'ambition qui est un désir déréglé d'être honoré ; la désobéissance qui est un défaut de soumission à ceux à qui elle est due; l'hypocrisie qui fait que l'on feint d'avoir de la piété qu'on n'a pas ou plus de piété qu'on n'en a; l'incrédulité, qui fait qu'on ne veut pas soumettre sa raison à renseignement de l'Eglise.

Voilà les enfants deTorgueil, ils sont dignesd'untel père.

L'orgueil est un grand péché, puisque c'est lui qui a fait les démons. Il est très-injurieuK à Dieu puisquil tend à lui ravir sa gloire, il est opposé directement aut exemples de Jésus-Christ. C est un péché très-dangereux; il détourne le cours des grâces; Dieu résiste aux superbes, et permet qu'ils tombent dans des péchés très-humiliants; l'orgueil peut être regardé comme la source de tous les autres péchés, et comme un signe ordinaire de réprobation.

Le contre poison de l'orgueil c'est l'humilité. L'humilité est une vertu fondée sur la connaissance de nousmêmes qui fait que nous nous rendons justice , c" est-à-dire que nous ne nous estimons pas plus que nous ne valons. Or, nous n'avons rien, nous ne sommes rien, nous ne pouvons rien : tout vient de Dieu, tout est à lui; nous sommes donc un pur néant, de quoi pouvons-nous nous enorgueillir? L'orgueil ne vit que d'ignorance; apprenons à bien nous connaître, et nous serons humbles. Demandons-nous : par rapport à mon corps et à mon ame, qu'ai-je été? que suis-je? que serai-je? L'humilité est une vertu absolument nécessaire au salut. Pour l'obtenir, il faut la demander et surtout s'exercer à la pratiquer : dans nos pensées, ne nous élevant jamais audessus des personnes ; daas nos paroles, parlant toujours d'un ton modeste et ne disant rien qui puisse tourner à notre louange; dans nos actions, en fuyant les œuvres d'éclat, en faisant souvent en esprit d'humilité des pratiques humiliantes.

L'avarice est l'attachement déréglé aux biens de la terre . Les trahisons , les fraudes , les procès, les parjures, |es inquiétudes, la dureté envers les pauvres, sont la triste postérité de ce vice. On connaît qu'on est dominé par l'avarice quand le désir d'avoir de l'argent est l'unique motif de ce qu'on fait, de ce qu'on entreprend ; quand on a une joie immodérée de posséder des biens temporels, ou qu'on s'afllige avec excès de les perdre; quand on se les procure ou qu'on les conserve par des moyens injustes ; quand on ne donne point aux pauvres ce qu'on a de superflu.

L'avarice est un grand péché. Elle est contraire à l'amour qu'on doit avoir pour Dieu. Il n'y arien déplus inique, dit l'Esprit saint, que d'aimer l'argent, et nul n'est plus criminel qu'un avare. Aussi, l'avare est détesté de Dieu et des hommes . Le grand remède à l'avarice c'est l'aumône. L'aumône est une vertu très-nécessaire; c'est sur la manière dont nous l'aurons pratiquée que se réglera la sentence de Notre Seigneur au jour du jugement.

La luxure est ce péché affreux dont les Chrétiens doivent oublier jusqu'au nom et que l'indocilité de nos passions empoche de définir. Les causes de ce péché sont l'orgueil, la bonne chère, l'oisiveté, la dureté pour les pauvres. Nous avons parlé de ses occasions en expliquant le sixième Commandement. Ses suites sont l'aveuglement de l'esprit, l'endurcissement du cœur, la ruine de la santé, le désordre des affaires domestiques, le suicide, l' impénitence finale. La Confession et la Communion fréquente sont le grand remède à ce vice.

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La gourmandise vient après T impureté dont elle est souvent la cause ; elle consiste dans l'amour déréglé du boire et du manger, soit qu'on le fasse avec excès, soit qu'on le fasse avec sensualité. De toutes les manières dépêcher par gourmandise, la plus affreuse, la plus indigne de l'homme, celle qui le met au-dessous de la brute, c'est l'ivrognerie. On s'expose en cetétatà commettre mille désordres ; on devient l'opprobre des hommes ; on ruine ses affaires, on avance le terme de ses jours , on est maudit de Dieu. La mortification est le grand remède de la gourmandise. Oh ! la sainte habitude de ne passer aucun jour sans se priver de quelque chose dans ses repas, pour honorer les privations de Notre Seigneur à Bethléem, en Egypte et à Nazareth .

h envie tient le cinquième rang parmi ces monstres qui nous tyrannisent et souillent notre cœur. C'est une tristesse du bien d'autrui comme s'il diminuait le nôtre, et une joie de son mal comme si c'était un bien pour nous. Les filles de ce vice sont : la médisance, la calomnie, les rapports, les interprétations malveillantes. Celui qui s'y abandonne imite le démon qui , jaloux du bonheur de nos premiers parents, les entraîna dans le péché, et qui travaille sans cesse à nous rendre malheureux. Pour s'en guérir il faut avoir recours à l'humilité, à la mortification, au détachement des biens de ce monde; car ces vertus font qu'on n'aime immodérément ni les honneurs, ni les plaisirs, ni les richesses qui sont les objets ordinaires et les aliments habituels de l'envie.

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La colère est un mouvement impétueux et déréglé de l'ame qui nous porte à la vengeance et à repousser avec violence quelque chose qui nous déplaît. Nous disons un mouvement déréglé parce qu'il peut y avoir une colère sainte, juste et raisonnable. Telle fut celle de Moïse contre les Israélites qui adoraient le veau d'or au pied du Sinaï ; telle fut celle de Notre Seigneur lorsqu'il chassa du temple ces troupes scandaleuses de marchands qui faisaient du lieu saint une place publique et une caverne de voleurs. Mais lorsque la colère n'est pas produite par le motif de la gloire de Dieu ou de l'avantage du prochain, ou lorsqu'elle sort des justes bornes, c'est un crime affreux qui enfante les haines, les querelles, lesinjures, les meurtres, lesincendies, le bouleversement des familles. Un philosophe payen conseillait, comme remède à la colère, de réciter l'alphabet ou de boire un verre d' eau froide avant de parler. Pour nous , Chrétiens , nous en avons un autre , c'est un regard sur la Croix, un souvenir de la douceur de notre divin Maître durant sa Passion.

La paresse vient terminer cet affreux catalogue de péchés. La paresse est une lâcheté, un dégoût qui nous fait omettre notre devoir plutôt que de nous faire violence pour le remplir. Il y a une paresse spirituelle qui nous porte à négliger nos devoirs de Chrétiens . Et combien il y a aujourd hui de ces paresseux spirituels ! Le moyen de l'éviter c'est d'avoir et de suivre un bon règlement de vie, approuvé par un confesseur prudent. Il y a une paresse naturelle qui nous porte à l'oisiveté et

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au dégoût du travail. Pour nous en corriger, pensons que le temps est court, qu'il est le priK de réternité, que chaque instant perdu est une chance de malheur pour l'avenir, que nous sommes nés pour le travail, que comme pécheurs nous y sommes condamnés, et que comme Chrétiens nous sommes obligés d'imiter Jésus- Christ dont la vie a été si laborieuse. Ne prenons de sommeil et de récréation qu'autant qu'il en faut pour délasser notre esprit et notre corps et les mettre en état de reprendre nos occupations.

Nous venons d'expliquer en quoi consiste le péché et les différentes manières par lesquelles il peut rompre notre union avec le nouvel Adam. Comment ne pas trembler en songeant que le germe de ce mal affreux vit dans nous-mêmes, que nous l'apportons en naissant, qu'il fait de continuels efforts pour se développer et nous perdre en nous séparant de notre Sauveur? Oui, Iç germe du péché est en nous, tous les péchés capitaux eux-mêmes, principes de tant d'autres, prennent leurs sources dans nos propres passions. Nos passions sont les «irbres,le péché en est le fruit. Le fruit vous déplaît-il? coupez les arbres qui le produisent.

Or, les passions sont au nombre de trois : l'amour des honneurs, l'amour des richesses, l'amour des plaisirs, c'est ce qu'on appelle les trois concupiscences. Ce sont comme trois larges blessures que la chute originelle a laites au genre humain ; et voilà pourquoi le nouvel Adam, médecin de ce grand malade, a voulu naître, vivre et mourir pauvre, humilié, souffrant. Celle

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bassesse apparente dont le monde se scandalise est la preuve la plus éclatante de sa profonde sagesse et de son infinie bonté : c'est le baume qu'il a mis sur nos plaies.

Pour nous, si nous voulons conserver notre union avec lui, étouffons dans notre cœur les germes funestes du péché qui seul peut la rompre ; étouffons-les de bonne heure, plus tard il ne serait plus temps.

Ces trois grandes passions se manifestent de bonne heure dans les enfants. Et d'abord, l'orgueil ou l'amour des honneurs. L'enfant est désobéissant, hautain, vaniteux, maussade quand on ne satisfait pas ses caprices; plus lard il aime les petites distinctions, les préférences, les flatteries. Tout cela ne paraît ni bien mauvais ni môme bien dangereux, et moi je dis que, si on n'y prend garde, celte affection est un jeune serpent qu'il nourrit dans son sein, qui grandira bien vite et qui, dans l'occasion, lui déchirera les entrailles. Aman veut être honoré, flatté, il souffre impatiemment que Mardochée ne fléchisse pas le genou devant lui ; il en vient à vouloir laver dans le sang de tout un peuple un outrage prétendu.

Ensuite, T amour des richesses : l'enfance, la jeunesse sont attachées à une foule de petites choses, de meubles, d' habillements , de parures. Tout cela ne i)araît ni bien mauvais ni même bien dangereux, et moi je vous dis que, si on n'y prend garde, cette affection déréglée est un jeune serpent que l'enfant nourrit dans son sein, qui grandira bien vile et qui, dans l'occasion, lui déchi-

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rera les entrailles. Judas qui commença par aimer un peu l'argent finit par vendre son Maître.

Enfin l'amour des plaisirs : vous aimez tout ce qui flatte votre corps, le sommeil prolongé, les mets recherchés, un lit trop mollet, en un mot tout ce qui peut plaire au goût, à la vue, à l'odorat. Tout cela ne nous paraît ni bien mauvais, ni môme bien dangereux, et moi je vous dis que, si vous n'y prenez garde, cette affection déréglée est un jeune serpent que vous nourrissez dans votre sein, qui grandira bien vite et qui, dans l'occasion, vous déchirera les entrailles. Voyez cette femme dont le nom .est écrit dans l'Evangile avec du sang et de la boue, Hérodiade ; elle aime d'abord les amusements et finit par demander la tète de Jean- Baptiste. Interrogez tous ceux qui ont commis de grands crimes, ils vous diront que c'est par de faibles commencements et des progrès insensibles qu'ils sont arrivés aux derniers excès. Imprudents ! écoutez votre histoire.

Un homme se promenant un jour dans la campagne, tomba sur un nid de vipères. Au premier aspect la peur le saisit, il recule et s'éloigne rapidement. Cependant il réfléchit, s'encourage, revient et prend le nid composé de ces petites vipères. Fier de sa conquête, il les emporte chez lui et les nourrit avec soin. Il y avait environ trois semaines qu'il logeait dans sa maison cette intéressante famille, 'lorsqu'un de ses amis vint le voir. — Vous n'y pensez pas, lui dit cet ami tout effrayé, si vous n'étouffez ces vipères pendant qu'elles sont encore

jeunes; bien plus, si vous continuez de les nourrir, elles grandiront rapidement, et plus tard, soyez en sûr, elles vous déchireront de leurs cruelles morsures; vous serez victime de votre imprudence. — Hassurez-vous, répond l'homme aux vipères, elles sont jeunes, j'ai du temps devant moi ; d'ailleurs, voyez, je prends mes précautions, pour peu qu'elles deviennent dangereuses, je saurai bien m'en débarrasser. — Ne vous y fiez pas, vous serez surpris, reprend son ami qui se retire sans succès, mais non sans Inquiétude .

Quinze jours après il revient et trouve son ami en proie à des douleurs affreuses, il venait d'être mordu par ses dangereux reptiles. Le prudent ami s'em^ presse de lui donner des secours, il était trop tard. Le poison avait gagné le cœur, le malade mourut entre ses bras. Voilà 1 histoire d'une foule de Chrétiens qui nous épouvantent par le désordre de leur vie. Ils apportent en naissant toutes les passions. La plupart se mettent peu en peine de les étouffer dans la jeunesse; au contraire ils ilattent ces petites vipères, ils les nourrissent par des actions qui ne leur semblent pas bien mauvaises. Ces actions dégénèrent peu à peu en habitudes, et les petites passions se fortifient. On a beau les avertir que ces vipères grandiront rapidement et les déchireront de leurs morsures empoisonnées , ils ne tiennent pas compte de ces avertissements; mais qu'arrive-t-il? une occasion se présente, une tentation presse, les petites passions, long-temps négligées, nourries, se trouvent assez fortes, elles brisent les faibles liens qui

les enchaînent, elles triomphent et donnent la mort j\ l'ame.

PRIÈRE-

0 mon Dieu! qui êtes tout amour, je vous remercie de m' avoir fait connaître la laideur et la malice du péché mortel; préservez-moi de jamais y tomber.

Je prends la résolution d'aimer Dieu par-dessus toutes choses et mon prochain comme moi-même pour l'amour de Dieu; et, en témoignage de cet amour, je ne commettrai jamais un péché véniel de propos délibéré, quelque léger qu'il me paraisse.

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