‹ Catéchisme de persévérance, ou, Exposé historique, dogmatique, moral et liturgique de la religion (volume 4)Chapitre 23 sur 30 · DE CE QUI PERPÉTUE NOTRE UNION AVEC LE NOUVEL ADAM · texte numérisé non relu

DE CE QUI PERPÉTUE NOTRE UNION AVEC LE NOUVEL ADAM

Fondation de l'Église. — Consécration de saint Plerra, — Sou autorité et celle des Papes, ses successeurs. — Institution desÉvêques, successeurs des Apôtres. — Église enseignante, son autorité. — Avantages sociaux du précepte de la Confession et dç la Communion annuelles. — Infaillibilité de l'Église.

Les quarante jours que Notre Seigneur devait rester sur la terre après sa résurrection, touchaient à leur fin. Le divin Maître avait instruit à fond ses Apôtres des secrets du royaume de Dieu : il leur avait donné l'intelligence des Ecritures. La fin pour laquelle le Verbe éternel était venu sur la terre, avait voulu naître, vivre et mourir; la nécessité de l'union de tous les hommes avec lui par la foi, par la charité , par la communion de sa chair et de son sang; la condition et le moyen indispensable de cette union, la grâce et la prière ; le but de cette union dans le temps, l'imitation de sa vie ; et dans l'éternité, la participation de sa gloire ; la seulecause qui peut rompre cette union sainte et nous faire retomber sous l'esclavage du démon, le péché; tout cela était désormais connu des Apôtres. Ils étaient en état d en

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instruire l'univers. Que restait-il au nouvel Adam avant de remonter au Ciel ?

D'une part, toutes les générations qui devaient venir en ce monde , étaient appelées à cette union avec lui , principe unique de leur régénération et de leur salut; d'autre part, le nouvel Adam lui-même ne devait plus instruire en personne : sa mission terrestre était accomplie. Bientôt il allait retourner à la droite de Dieu son Père. Comment va-t-il perpétuer l'œuvre de sa rédemption et en rendre le bienfait accessible h tous les peuples jusqu'à la consommation des temps?

Il se substitue un autre lui-même : il se donne un Vicaire. La plénitude de la puissance qu'il a reçue de son Père, il va la lui confier; sur lui il va se reposer du soin de perpétuer, de consommer le grand ouvrage qu'il est venu commencer. Jamais homme ne sera élevé à une dignité si haute ; jamais responsabilité aussi formidable ne pèsera sur un mortel. Quel sera ce lieutenant du Fils de Dieu? 0 abîme de miséricorde et de sagesse ! ce sera celui-là même qui, naguères, renia trois fois son Maître à la voix d'une servante. Tout ce qu'il y a de plus faible pour l'œuvre la plus imposante! un roseau pour soutenir l'univers ! Un grand pécheur pour être le Docteur de la Foi, et le Père des Chrétiens! En un root, ce Vicaire du nouvel Adam sera saint Pierre. Rien de plus sublime à la fois, et de plus touchant que les circonstances de son ordination. Les voici :

Peu de jours avant de remonter au Ciel, le Sauveur se trouvant au milieu des Apôtres, jeta les yeux sur

UE ri'.USl-Vl'MANC.E. CO.'i

Simon Pierre, et lui adressa ces mystérieuses paroles ; Simon, (ils de Jean, m'aimcz-vous plus que tous ceux qui sont ici présents ? Ni Pierre ni ses compagnons ne pouvaient prévoir où aboutirait une question si peu attendue.

Quel en est le sens ? Quand un roi veut confier une place importante à un de ses sujets, il lui demande des garanties, il exige une caution. Cette caution, ces garanties, doivent être proportionnées à la grandeur de la charge. Ainsi fait le nouvel Adam. Ce divin Pasteur, qui venait de verser son sang pour sauver ses brebis, était au moment de les quitter. A qui va-t-il confier le soin de son troupeau chéri ? à qui va-t-il donner la conduite du raonde régénéré par sa mort. C'est à saint Pierre. Avant de lui confier cette sublime fonction, il lui demande des garanties, il exige une caution. Mais quelle caution peut-il exiger d'un pauvre pêcheur, sans autre fortune que sa barque et ses filets ? La plus grande et la plus sûre qu'un homme puisse offrir. L'amour, mais l'amour porté jusqu'à f héroïsme ; l'amour prêt à s'immoler pour le service de son Maître et pour les intérêts de la charge qui lui est confiée . Telle est la caution , telles sont les garanties que le Fils de Dieu exige de son Disciple .

Ainsi , en adressant à saint Pierre cette question : M'aimez- vous plus que les autres? il lui disait : Je vais vous donner une plus grande marque de confiance qu'à tous les autres, voulez- vous me donner en retour une garantie plus grande de votre inviolable fidélité? M'ai-

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raez-vous, c'est-à-dire ôtes-vous disposé et plus disposé que les autres à sacrifier pour moi et pour mon troupeau, votre santé, vos forces, votre vie même? Saint Pierre lui répond avec liumilité : Seigneur, vous savez que je vous aime. Ce n'est qu'après avoir obtenu cette assurance que le divin Pasteur lui dit : Paissez , mes agneaux. Pénétré do reconnaissance , Pierre sentit l'honneur infini que lui faisait son Maître. Alors le Sauveur, pour bien lui faire comprendre toute l'étendue de ses engagements, lui demande une seconde fois : Simon, fils de Jean, maimez-vous? Oui, Seigneur, répondit Pierre, ainsi qu'il l'avait fait d'abord; vous savez queje vous aime. Et Jésus lui dit : Paissez, mes agneaux. Les agneaux du Sauveur sont les simples Fidèles.

Si Pierre n'avait dii être chargé que de leur garde et de leur conduite, les assurances qu'il donnait auraient suffi. Mais il devait être chargé du soin des agneaux et des brebis, des Fidèles et des Pasteurs. Celte fonction, qui mettait le comble à la confiance du Maître et à la gloire du Disciple, exigeait de celui-ci une nouvelle garantie. Le Sauveur lui demanda donc pour la troisième fois : Simon, fils de Jean, m'aimez-vous? Il faudrait être à Jésus ce que lui était le premier de ses Apôtres, pour sentir aussi vivement que lui ce qu'une pareille question, si souvent répétée, avait en apparence d'amer et d'inquiétant. Les plus tristes souvenirs se présentèrent à lui. Pierre aimait beaucoup, il n'en craignit que plus de ne pas aimer assez. Troublé, confus, il répondit les larmes aux yeux : Seigneur, rien ne vous est inconnu;

VOUS savez que je vous aime. L' (épreuve dtait finie, et toutes les garanties obtenues. Lo Sauveur, satisfait, lui dit : Paissez, mes brebis.

Cette parole était bien courte, mais que son sens avait d'étendue, et qu'elle dédommageait abondamment TApôtre de l'alarme passagère qu'il venait d'essuyer! Ce n'était plus simplement les tendres agneaux, figure des simples Fidèles dont Jésus confiait à Pierre la garde et la conduite. En ce moment, les pasteurs particuliers des différents troupeaux, représentés par les brebis et par les mères, devinrent à l'égard de Pierre une partie du troupeau général confié à sa vigilance et soumis à son autorité. Ceux-ci doivent paître chacun une portion du troupeau ; et tous les troupeaux réunis avec les pasteurs, doivent être renfermés dans une seule bergerie, sous la houlette du pasteur commun .

Ainsi fut sacré le premier des Papes. Une immense dignité, en échange dun immense amour, telles furent les conditions de ce contrat sublime, passé entre le Créateur et sa créature, entre le Maître et le Disciple. Par les paroles de Jésus, Pierre fut constitué son Vicaire dans toute l'étendue de son royaume; l'Evêque des évêques, le Père des pères; l' Evoque non-seulement d'un siège particulier, centre de l'unité catholique, mais l'Evêque de l'Eglise universelle, le Prince des Pasteurs, ou ce qui est la même chose eu égard à la nature de sa dignité, le serviteur de tous les serviteurs de Dieu. Tel est encore aujourd'hui et tel sera toujours dans l'esprit de tous les Fidèles et de tous les Pasteurs

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catholiques, le successeur de Pierre et le vicaire de Jésus-Christ . De là vient que par un instinct de religion , commun à tous les membres et à tous les ordres de l'Eglise, au nom du souverain Pontife, on se sent pénétré de la vénération profonde mêlée de confiance et de tendresse, que les enfants biens nés doivent à leur père. Nous disons tous Notre saint Père le Pape, parce que tous en général, et chacun en particulier, nous sommes ses enfants. Malheur à nous! si nous laissions altérer ces sentiments ou abolir ce langage. Il n'est guère de marque moins équivoque du dépérrssement de la foi dans les familles, et des approches de la défection dans les peuples, que la diminution de ce respect, et le refroidissement de cet amour.

Rien n'était donc plus auguste que la dignité dont le Sauveur honorait son Disciple pour la transmettre à ses successeurs. Mais elle lui imposait de redoutables obligations. Jésus ne voulut pas qu'il les ignorât. Il lui expliqua nettement jusqu où devait aller cet amour qu' il lui avait demandé comme caution de sa fidélité. Il lui dit : Pierre, lorsque vous étiez jeune, vous vous ceigniez vous-même et vous alliez où il vous plaisait. Quand vous serez devenu vieux, vous étendrez les mains : un autre vous ceindra et vous conduira où vous ne voudriez pas aller. Le Sauveur annonçait à Pierre le genre de mort par lequel il devait un jour glorifier Dieu, c'est-à-dire le supplice de la Croix.

Pierre ne fut point aiiligé de la prédiction. Plus sensible à l'honneur de mourir sur la Croix après son bon

Maître, qu'à la gloire de gouverner son Église, il n'oublia jamais cette touchante prophétie. Trente ans après, lorsqu'étant âgé de plus de soixante, il soupirait après l'accomplissement de l'oracle , il écrivait aux Fidèles dont il était chéri et révéré comme leur Père : Mes enfants, il faut que je me presse de vous exhorter et de vous instruire pendant que je suis environné de cette chair mortelle. Je suis vieux ; je sortirai bientôt du tabernacle de mon corps, ainsi que Jésus-Christ Notre Seigneur a bien voulu me le faire connaître".

Vicaire de Jésus-Christ sur la terre, saint Pierre et les Pontifes romains ses successeurs , ont reçu la pleine et entière autorité pour gouverner, enseigner, régir l'Eglise.

1° Pleine autorité pour gouverner. Tous les Pasteurs particuliers, c'est-à-dire tous les Evoques et tous les Fidèles doivent respect et obéissance ° au Pontife romain. Cette puissance supérieure est fondée sur les promesses du Sauveur lui-même : nous avons vu que saint Pierre ayant confessé la divinité de son Maître, Jésus-Christ lui répondit : Et moi je vous dis que vous êtes Pierre et que sur cette pierre je bâtirai mon Eglise, et les portes de l'Enfer ne prévaudront point contre elle. Je vous donnerai les clés du royaume des Cieux; tout ce que vous lierez ou délierez sur la terre, sera lié ou délié dans le Ciel. Les

• 11. Petr. 1, 13.

" Con. Flor. 1538. C. Trid. se5S. 6. de Reform. c. 1; sess. 15, de pœ- 7iit. cap. 7.

Portes de l' Enfer désignent les puissances infernales, le scandale, les schismes, les hérésies; les clés sont le symbole de l'autorité et du gouvernement, le pouvoir de lier et de délier est le caractère de la magistrature. Tout cela est donné sans restriction à saint Pierre et à ses successeurs pour assurer la solidité et la perpétuité de l'Eglise.

2° Pleine autorité pour enseigner. Saint Pierre et les Pontifes romains ses successeurs, ont reçu de Jésus-Christ la pleine autorité pour enseigner, et les pasteurs particuliers et toutes les brebis du bercail. Ils sont établis pour confirmer leurs frères. Leur foi ne faillira jamais; leur parole sera toujours l'oracle de la vérité. Cette magnifique prérogative est encore fondée sur les paroles du Sauveur. Parlant un jour à ses Apôtres, il leur dit : Je vous laisse un royaume tel que mon Père me l'a laissé pour que vous soyez assis sur douze sièges, et que vous jugiez les douze tribus d'Israël. Ensuite il dit à saint Pierre : Simon, Satan a désiré de vous cribler tous comme le froment; mais j'ai prié pour toi afin que ta foi ne manque point; ainsi, un jour tourné vers tes frères, aie soin de les confirmer et de les affermir '. Comment les confirmerait-il s'il était lui-même faillible dans sa foi ?

3° Pleine autorité pour régir l'Eglise. Saint Pierre et les Pontifes romains ses successeurs, ont reçu de Jésus-Christ la pleine autorité de régir l'Eglise. Celte puissance est exprimée par ces paroles que nous avons

I Luc. 22. 29.

expliquées plus haut : Paissez mes agneaux ; paissez mes brebis.

Ces pouvoirs, saint Pierre et ses successeucs les ont toujours exercés . Après l'ascension de Notre Seigneur, que voyons-nous? Saint Pierre paraît le premier en toutes manières. C'est lui qui, à la tête du collège apostolique, prend la parole et fait élire un Apôtre à la place de Judas ; c'est lui qui prêche le premier et annonce aux Juifs la résurrection de Jésus-Christ. S il est le premier à convertir les Juifs, il est aussi le premier à recevoir les Gentils. C'est lui qui est envové par l'ordre du Ciel pour baptiser Corneille le centurion; c'est lui qui le premier confirme la foi par un miracle; c'est lui qui, au concile de Jérusalem, porte la parole et dit son avis le premier.

Cette puissance de primauté et de juridiction, tous les siècles chrétiens l'ont reconnue dans les successeurs de Pierre. Tous les Pères de l'Eglise exaltent à l'envi le Pontife romain, et l'appellent le chef de l'Episcopat, d^ où pari le rayon du gouvernement; et son siège, le siège de Rome, la principauté de la chaire apostolique, la principauté principale, la source de V unité ; la chaire unique, en laquelle seule tous gardent ï unité. Vous entendez dans ces mots saint Optât, saint Augustin, saint Cyprien, saint Irénée, saint Prosper, saint Avit, Théodoret, le concile de Chalcédoine et les autres, l'Afrique, les Gaules, la Grèce, l'Asie, l'Orient et l'Occident unis ensemble ' .

' Bo8Suet, Serm, sur l'uniic de l'Eglise.

Ainsi, d'après le témoignage unanime de toutes les Eglises et les paroles mêmes de Jésus-Christ , saint Pierre et ses successeurs ont, à l'égard de tout le troupeau, le droit d'enseigner les Pasteurs et les Fidèles, de leur intimer les dogmes de la foi, les vérités de la morale, par conséquent de juger de la doctrine de tous ceux qui enseignent, de l'approuver ou de la condamner lorsqu'il est nécessaire. Tout Evoque a ce droit dans son diocèse, c'est une de ses principales obligations ; elle est la môme à l'égard de toute l'Eglise pour le Pasteur commun. C'est par suite de ce droit d'enseigner et de veiller à la pureté de l'enseignement général, que les Papes ont présidé aux conciles généraux et les ont confirmés. Et c'est un fait certain, qu'aucun concile n'a été regardé comme œcuménique, c'est-à-dire universel et par conséquent infaillible, à moins qu'il n'ait été ou présidé par le souverain Pontife en personne ou par ses envoyés, ou approuvé ou confirmé par lui. Aucun autre Evoque du monde n'a joui comme le successeur de saint Pierre du privilège de s'y faire représenter par des légats. A partir du premier concile général jusqu'à nous, il n'y en a pas un seul dans lequel nous ne trouvions des marques de la primauté et de la juridiction universelle du saint Siège.

Un autre droit de l' Evoque dans son diocèse, est de donner des Pasteurs à chaque portion du troupeau confié à ses soins; les Papes ont ce droit sur toute l'Eglise, Depuis la mort des Apôtres, c'est le successeur de saint Pierre qui a toujours institué les Evoques ; qui approuve leur élection et leur donne la juridiction en leur assignant

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fa partie du bercail qu'ils doivent conduire. Les Evoques ne sont de vrais Pasteurs que parce qu'ils sont en communion avec le Pasteur universel.

Après avoir établi le chef suprême de son Église, le nouvel Adam lui associe des coopérateurs. Il s'approche de ses Apôtres et leur dit, avec toute la majesté que demandait la grandeur de l'action : Toute puissance m'a été donnée au Ciel et sur la terre ; comme s'il disait : Celte grande monarchie de l'univers qui m'appartient comme Dieu et homme tout ensemble, m'appartient encore plus par droit de conquête, elle est le prix de mes souffrances et de ma mort. «Allez donc, enseignez toutes les nations, en les baptisant au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Apprenez-leur à observer toutes les choses que je vous ai ordonnées ; et voilà que je suis avec vous tous les jours jusqu'à la consommation des siècles. Celui qui croira et qui recevra le Baptême sera sauvé, mais celui qui ne croira pas sera condamné. Pour ceux qui croiront, voici les miracles qu'ils opéreront : Ils chasseront les démons en invoquant mon nom ; ils parleront des langues qui leur étaient inconnues, ils ma» nieront les serpents, et ces dangereux animaux ne leur feront point de mal ; s'il leur arrive de boire quelques liqueurs mortelles , ils n'en ressentiront aucune atteinte ; ils imposeront les mains aux malades et les malades seront guéris. » Tous ces miracles se sont accomplis et mille fois renouvelés à la face du monde depuis dix-huit cents ans.

Allez, voilà que je suis cwec vous tous les jours jus-

C)lh CATÉCHISME '

qu'à la consommation des siècles. Promesse divine qui nous répond que Noire Seigneur parle et parlera toujours par l'organe de l'Eglise; quelle consolation pour le Chrétien ! quel repos pour son esprit ! quelle assurance pour sa foi !

C'est ainsi que le Sauveur établit ses Apôtres prédicateurs de la nouvelle Loi, et leur donna le pouvoir de porter dans tout le monde la semence évangélique, semence précieuse de laquelle devait naître des millions d'enfants de Dieu et de l'Eglise. Toutefois, ce n'était pas assez de leur donner naissance, il fallait élever ces enfants, les nourrir, les cultiver. Il était donc nécessaire que les Apôtres eussent non-seulement le pouvoir de remettre aux hommes le péché originel et de les faire enfants de Dieu, mais encore d'absoudre les Fidèles des péchés dans lesquels ils auraient eu le malheur de tomber, depuis qu'ils seraient régénérés en Jésus-Christ et devenus les enfants de son épouse.

Ce fut à ce dessein que le Sauveur établit le Sacrement de Pénitence et en confia l'administration aux Apôtres. Il leur avait déjà conféré la première fonction du Sacerdoce chrétien, lorsqu'à la dernière cène, instituant le Sacrement et le Sacrifice de son corps et de son sang, il les avait fait Prêtres, c'est-à-dire sanctificateurs de la nouvelle alliance. Faites ceci, leur avait-il dit, en mémoire de moi.

Pour les rendre attentifs à la j)uissance de juges dont il va maintenant les revêtir, il leur dit : La paix soit avec vous, comme mon Père ma envoyé je vous envoie.

DF. PERSÉVÉRANCE. Cl 3

En prononçant ces mots il souflle sur ses Apôtres et leur dit : Recevez le Saint-Esprit, ceux h qui vous remettrez les péchés ils leur seront remis ; ils seront retenus à ceux à qui vous les retiendrez. Ce fut à ce moment que les Apôtres, déclarés juges des Fidèles, furent mis en possession d'un tribunal auguste d'où se répand sur les pécheurs le trésor inépuisable des mérites de l' Homme- Dieu , tribunal de réconciliation et de clémence toujours ouvert au pénitent de bonne foi.

Ainsi, tous les Apôtres reçurent, comme saint Pierre, le pouvoir d'ordre, le pouvoir de remettre les péchés, la même mission de prêcher l'Evangile , de fonder des Eglises par toute la terre et de les gouverner ; mais il ne s' en suit pas de là que toutes les chaires épiscopales qu ils fondaient devaient être le centre de l'unité catholique comme celle de saint Pierre? comme lui, ils n'avaient pas été établis la pierre angulaire de l'Eglise. Il suit de là que la puissance desEvêques, successeurs des Apôtres, reconnaît des limites, tandis que celle du Pape s'étend même sur ceux qui ont pouvoir sur les autres ; il a le droit, pour une cause légitime, de déposer un Evêque de son siège.

Saint Pierre et les Apôtres, le Pape et les Évêques, voilà ceux que Jésus-Christ a chargé de perpétuer la Religion sur la terre. C'est ce qu'on appelle Y Église enseignante. Eux seuls sont docteurs et juges de la foi, seuls ils ont reçu de Jésus-Christ le pouvoir de gouverner l'Eglise, c'est-à-dire de porter les lois qu'ils jugent nécessaires au bien du troupeau. Ils ont fait usage de ce

droit divin dès le commencement. Tous les Fidèles, quel que soit leur rang et leur dignité, sont obligés de s'y soumettre, car Notre Seigneur a dit aux premiers Pasteurs : Celui qui vous écoute m'écoute, celui qui vous méprise me méprise ; je vous envoie comme mon Père m'a envoyé. Si quelqu'un n'écoute pas l'Eglise qu'il soit regardé comme un Payen et un Publicain, Dans quel royaume trouverait -on une autorité plus sacrée ? une puissance législative mieux établie ?

Or, parmi les lois de l'Eglise enseignante, il y en a six qu'on nomme par excellence les Commandements de l'Eglise. Ils ont pour but d'expliquer et d'appliquer les lois données par Jésus-Christ lui-même et d'en assurer l'observation. C'est ici le lieu de faire connaître deux de ces Lois, les autres ayant été suffisamment expliquées ailleurs.

La première est ainsi conçue : Tous tes péchés confesseras au moins une fois l'an. Il faut remarquer que nous sommes obligés, par deux différents préceptes, de confesser aux Prêtres les péchés mortels que nous avons commis depuis le Baptême. L'un est de droit divin et l'autre de droit ecclésiastique. Il est certain, 1° que lorsqu'on est tombé en quelque péché mortel, on est obligé, par le précepte divin, de se confesser quand on est en danger de mort ; 2" que ceux qui pèchent mortellement sont obligés de se confesser plusieurs fois durant la vie par le même précepte divin. Ainsi, ceux qui, après avoir péché mortellement , passent plusieurs années sans se confesser, pèchent non-seulement contre le précepte

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ecclésiastique , mais aussi contre le précepte divin ; 3° qu'on est obligé, par le môme précepte, de se confesser quand on est coupable de péché mortel, et qu'on est obligé de recevoir un Sacrement des vivants.

Dans les beaux siècles de l'Eglise, les Fidèles ne s'en tenaient pas à la lettre de ce Commandement, ils avaient souvent recours au sacrement de Pénitence. C'est en purifiant leur ame dans ce bain salutaire qu'ils commençaient leurs principales entreprises. Ils avaient la coutume de se confesser avant de se mettre en voyage, avant d'entrer dans l'état religieux, avant de faire quelque pèlerinage , avant même de s'engager dans l'état militaire.

C'était l'usage en Angleterre, dit un ancien auteur, que celui qui devait se consacrer à la milice, vînt trouver la veille, sur le soir, l'Evêque ou quelque Prêtre; qu'il lui fît une confession de tous ses péchés avec des sentiments de componction, et qu'ayant été absous, il passât la nuit dans l'Eglise à prier et à s'affliger dévotement devant Dieu. Le lendemain avant d'entendre la Messe, il posait son épée sur l'autel, et le Prêtre, après l'Evangile, la lui mettait au cou en le bénissant. Il communiait ensuite à la Messe et il devenait soldat ' . La môme chose se pratiquait en France". Si nos pères étaient si religieux quand il s'agissait de prendre le parti des armes, ils ne l'étaient pas moins dans les dangers éminents de perdre

' Ingulphe , ;>M-.(5 de Croilnnd.

' Chroniq. de St. Denis,- Cfuoniq. de liouen, apud Labb. t. 1. DliolU» novas.

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la vie pour le service de la patrie. La veille des batailles ils passaient la imita se confesser'. Les bons Chrétiens font les bons soldats . L'illustre maréchal de Turcnne avait communié la nuit qui précéda le jour où il fut tué.

Ainsi, les anciens Fidèles recouraient souvent, librement, avec joie, au tribunal de la réconciliation. Mais la ferveur diminuant , les confessions devinrent plus rares. Pour mettre une barrière au relâchement, le quatrième concile de Latran , tenu en 1215, ordonna à chaque Chrétien de l'un et de l'autre sexe, parvenu à l'âge de raison, de se confesser au moins une fois chaque année, sous peine, durant sa vie , de se voir refuser l'entrée de l'Eglise, et d'être privé, après sa mort, de la sépulture ecclésiastique . Comme on le voit , les enfants eux-mêmes , du moment où ils peuvent discerner le bien du mal, sont obligés à l'observation de ce précepte. Ce n'est pas assez pour les parents de les envoyer au tribunal de la Pénitence, ils doivent les y préparer avec soin, en leur rappelant leurs principales fautes, les excitant à en concevoir une vive douleur, leur recommandant de les confesser toutes avec beaucoup de sincérité. Après la confession, il faut qu'ils les portent à faire au plus tôt, avec dévotion, la pénitence que le confesseur leur aura imposée. S'il y a tant d'enfants qui ne savent pas se confesser, et qui ne sont pas bien sincères en confession, c'est la faute des parents, qui ont négligé de les préparer à faire, comme ils doivent, cette action si importante.

' Guill. de Malmesbury, 1. 3. de ycsiis Ànglorum, c. 5; Hist. des SaeremeiUs, t. 2. c. vi.

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Le second précepte de l'Eglise sur lequel nous devons donner quelques explications . est ainsi conçu : Ton Créateur tu recevras au moins à Pâquc humblement. Pour la communion comme pour la confession , il existe un précepte divin. Nos pères dans la Foi en étaient religieux observateurs. Que dis-je ? Ils aimaient si tendrement le Sauveur, ils sentaient si vivement le besoin qu'ils avaient de lui, ils éprouvaient une faim si vive, une soif si ardente de son corps et de son sang, qu'ils co^nmuniaient tous les jours. Usage admirable! dont l'Eglise désire le rétablissement de toute l'ardeur de sa charité maternelle .

Long- temps il fut inutile d'engager les Fidèles à communier. Hélas! qui eût dit à nos pères dans la Foi qu'un jour viendrait où leurs enfants auraient un tel dégoût, une telle indifférence pour cette nourriture céleste, que l'Eglise serait obligée d'employer toute son autorité, de les menacer de ses foudres , pour les contraindre à s'approcher de la sainte Table? c'est cependant la dure, l'humiliante nécessité où elle s'est vue réduite. Ainsi, au même concile général deLatran, elle ordonna à tous les Chrétiens parvenus en âge de discrétion, de communier au moins une fois chaque année à Pâque. Elle dit au moins, laissant apercevoir par ce mot que si la communion pascale suffit pour n'êlre pas excommunié, elle est loin de satisfaire au désir de cette tendre Mère , aux vœux du Sauveur et à nos propres nécessités. Aussi, toutes les personnes qui ont à cœur leur salut, communient bien plus souvent. Tous les

Saints recommandent à l'envi la communion fréquente'.

Ecoutons en particulier saint François-de-Sales dans son Inlroduclion : « Si on vous demande pourquoi vous communiez si souvent , dites que deux sortes de personnes ont besoin de communier souvent, les parfaits et les imparfaits; les parfaits, afin de se conserver dans la perfection, et les imparfaits, afin d'y arriver; les forts, afin qu'ils ne deviennent pas faibles; et les faibles, afin qu'ils deviennent forts; les malades, afin d'être guéris; et les sains, afin de ne pas devenir malades. Pour vous, comme étant imparfaite, infirme et faible, vous avez besoin de communier souvent ; dites que ceux qui ne sont point engagés dans les affaires de ce monde , doivent communier souvent, parce qu'ils en ont la facilité, et ceux qui ont des affaires parce qu'ils ont besoin de la communion.

» Communiez donc souvent, et le plus souvent que vous pourrez avec l'avis de votre Père spirituel. Et croyez-moi, les lièvres de nos montagnes deviennent blancs, parce qu'ils ne mangent que de la neige; ainsi, à force de manger la pureté dans ce Sacrement, vous deviendrez toute pure. »

Telles sont les maximes des Saints sur la communion . Suivons-les, et notre expérience nous apprendra que toutes les vertus nous viendront avec la réception de ce divin Sacrement.

, Voyez leurs senliments rapportés dans le Traité de la coth, fréq. du B. Ligiiori.

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Nous avons dit j)lus haut qu'il existe un précepte divin de la Confession et de la Communion. Mais l'accomplissement de ce précepte scra-t-il laissé à l'arbitraire de chaque individu ? qui ne voit que ce serait établir la confusion dans le Christianisme et ruiner le Commandement ? car les passions trouveront toujours mille prétextes pour se dispenser de l'accomplir.

Alin de prévenir ce double inconvénient, il était nécessaire qu'une autorité compétente en déterminât le sens et en assurât l'accomplissement. L'Ejlise l'a fait, et sa Loi de la Confession et de la Communion annuelle est la base la plus solide de la société. Ecoutez là-dessus, qui? Un Prôlre? — Non, un Catholique? — Non, mais un Protestant. Voici ce qu'écrivait, il y a peu d'années, le lordFitz William, dans ses fameuses lettres dAlticus :

« Toutes les nations ont leur religion et leurs lois ; leur religion pour inculquer la vertu et la morale, et leurs lois pour punir les crimes. En cela les états catholiques romains, et tous les autres ont le même but. Mais dans la seule Religion catholique romaine il existe des lois d'une autorité bien plus impérieuse, et sur lesquelles par aucun art, par aucun sophisme, on ne peut se faire illusion ; des lois calculées non-seulement pour inspirer l'amour de la vertu et de la morale, mais encore pour obliger à les suivre ; des lois qui ne se bornent pas à punir les crimes, mais encore qui les préviennent. Ces lois consistent dans l'obligation qu'elles imposent à tous les Catholiques romains de communier au moins une

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fois par an ; dans leur vénération pour ce Sacrement, et dans l'indispensable et rigoureuse préparation pour le recevoir; ou, en d'autres termes, dans leur croyance à la présence réelle; dans la Confession, la Pénitence, l'Absolution et la Communion. Et que l'on ne dise pas que cette croyance soit illusoire et fausse. Elle est certainement trop absurde en elle-même pour qu'un homme de son propre chef ait osé la présentera d autres hommes. Si un des Apôtres l'eût proposé à ses collaborateurs, ils l'auraient regardé comme frappé de démence, et en auraient fait l'objet de leur risée. Puisqu'il est impossible qu'elle vienne des hommes, il semble donc qu'elle vient de Dieu; et comme divine elle perd toute son absurdité, quelque incompréhensible qu'elle soit. On peut dire que dans les états catholiques romains , toute l'économie de l'ordre social tourne sur ce pivot. C'est à ce merveilleux établissement qu'ils doivent leur solidité, leur durée, leur sécurité et leur bonheur ; et de là sort un principe incontestable, maxime précieuse et dernier anneau de celte longue chaîne de raisonnements que je viens d'établir, savoir, qu'il est 'impossible de former un syalbme de gouvernemenl quelconque , qui puisse être permanent ou avantageux , à moins qu'il ne soit appuyé sur la Religion catholique romaine. Tout autre système est illusoire.

» Les préceptes que cette Religion impose à ses enfants, et les défenses qu'elle leur fait, sont si peu connus des sectaires qui la combattent, qu à peine en ont-ils une légère idée. Les uns par ignorance en détournent leurs

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regards, les autres par prévention les traitent avec dérision. Atin donc d'instruire les ignorants, et de détromper les prévenus, je leur répéterai, que tous les Catholiques romains sont obligés de communier au moins une fois par an, toujours cependant selon l'état de leur conscience; et j'ajouterai, qu'avant de recevoir ce.t auguste Sacrement , devant lequel les plus audacieux d'entre eux sont saisis de crainte et d'effroi, il faut que tous, sans distinction ni exception, confessent leurs péchés dans le tribunal de Pénitence : et que dans ce tribunal si redoutable à leurs yeux, aucun ministre ne peut leur accorder la permission d'approcher de la sainte Table , avant qu'ils n'aient purifié leurs cœurs par toutes les dispositions nécessaires à cet effet.

» Or, ces dispositions indispensables sont la Contrition, et l'aveu précis et général de toutes les fautes qu'on a commises, l'expiation de toutes les injustices qu'on a faites, l'entière restitution de tout bien illégalement acquis, le pardon de toutes les injures qu'on a reçues, la rupture de tous les liens criminels et scandaleux, le renoncement à l'envie, à l'orgueil, à la haine, à l'avarice, à l'ambition, à la dissimulation, à l'ingratitude, et à tout sentiment contraire à la charité. Il faut en même temps, dans ce tribunal , prendre devant Dieu l'engagement sacré d'éviter jusqu'aux fautes les plus légères, et de remplir toutes les sublimes Lois de l'Evangile avec la plus grande exactitude. « Quiconque, comme la >) dit l'Apôtre, approcherait de la samte Table sans » ces dispositions, et ne discernant pas le corps de

y> Jésus-Christ, recevrait sa propre condamnation. » Telle est, telle a toujours été depuis dix-huit siècles, la doctrine fondamentale et immuable de l'Eglise catholique romaine. Et si Ion ose dire que ses enfants sont méchants et pervers, malgré les liens dont elle enchaîne, et les devoirs qu'elle impose , que dirons-nous des hommes libres de ces salutaires entraves? Les habitants de la plus heureuse et de la plus florissante monarchie qui ait jamais brillé sur la terre s en sont tout à coup délivrés. Quelle en a été la conséquence? Ces malheureux insensés, n'ayant plus de frein pour les retenir, ont tout osé ; et leurs crimes, comme une mer qui déborde, rompant des digues que Dieu seul pourra rétablir, ont bouleversé l'Europe, inondé le monde, et imprimé au nom français une tache ineffaçable, et la plus ignominieuse dont une nation puisse se couvrir.

» Quelle sécurité, quel gage ne sont pas ainsi exigés de chaque individu pour l'accomplissement de ses devoirs sociaux ; pour l'exercice de toutes les vertus, l'intégrité, la bienveillance, la charité, la miséricorde ! Pourrait-on en trouver de semblable partout ailleurs ! Ici la conscience est réglée devant le seul tribunal de Dieu, non par celui du monde. Ici le coupable est lui-même son accusateur, et non pas son juge. Et tandis que le Chrétien dune autre Communion s'examine légèrement, prononce dans sa propre cause, et s'absout avec indulgence ; le Chrétien catholique est scrupuleusement examiné par un autre, attend son arrêt du Ciel, et soupire après cette Absolution consolante, qui lui est ac-

cordée, refusée ou différée au nom du Très-Haut. Quel admirable moyen d'établir entre les iiommes une mutuelle confiance, une parfaite harmonie dans l'exercice de leurs fonctions ! L'autorité du prince ne peut pas dégénérer en despotisme, ni la liberté du peuple en licence. Le magistrat ne peut pas rendre la justice sans impartialité, le sénateur est équitable et désintéressé, le Prêtre est pur et zélé dans son ministère, le militaire loyal, le sujet fidèle, le souverain juste.

» Si nous considérons les hommes dans leur vie privée, nous verrons que par ce moyen la morale et la vertu sont appuyées sur les fondements les plus solides ; que chacun est soumis à la Providence dans l'état où elle l'a placé ; que les familles sont unies par des liens indissolubles ; et que le pécheur contrit , quelque coupable qu'il soit , peut se délivrer de ses remords , et se laver de ses crimes dans cette piscine salutaire , toujours prête à le recevoir, et dont il sort plein d'une innocence proportionnée à la pureté des dispositions qu'il y aura apportées.

» Pour prononcer sur toutes les questions d'une importance générale, il est nécessaire et juste de prendre pour base leurs effets généraux. C'est ce que j'ai fait. Mais telle est, hélas ! la fragilité humaine, que tous les Catholiques romains, j'en conviens, ne profitent pas des avantages qui leur sont offerts. Il est donc du devoir, comme il est certes du plus grand intérêt d'un gouvernement vigilant et sage, de s'opposer à tout relâchement dans les principes que j'ai développés.

T. IV. ZlO

Si dans un état catholique romain personne ne s'en écartait jamais, la question ne serait pas : Quel est le meilleur des gouvernements ; mais plutôt : Dans un tel gouvernement quel besoin y a-t-il d'autres lois? Peutêtre que toutes les lois humaines y seraient aussi superflues, aussi inutiles qu'elles sont impuissantes partout où la Religion catholique romaine ne leur sert pas de fondement.

» Tout ce que je viens de dire en faveur des gouvernements catholiques romains, doit être envisagé sous un point de vue politique. Cependant je ne puis m' empêcher de me demander à moi-même si une religion qui contribue évidemment au bonheur des hommes d'une manière si solide et si admirable n'est pas une religion divine dans tout ce qu'elle commande. Combien aussi ne suis-je pas étonné quand je considère l'antiquité de cette superbe Eglise romaine, sa vaste étendue, la majesté, la magnificence, la symétrie de son édifice; sa stabilité inébranlable, malgré toutes les persécutions qu elle a souffertes ; son admirable discipline , qui semble tracée par une sagesse surnaturelle ; l'impuissance de ses adversaires, malgré leurs invectives, leurs cris, leurs calomnies ; quand je considère la dignité, le caractère, les vertus, les talents de ses défenseurs ; les vices, la mauvaise foi de ses premiers agresseurs; l'extinction de tant de sectes diverses qui se sont élevées contre elle ; le peu de consistance des sectes actuelles, leurs variations sur les points de doctrine, et dont la ruine, môme do la pliis nombreuse, soit protestante,

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soit toute autre, est peut-être si prochaine, que si (juelqu'un voulait s'y enrôler aujourd'hui, il i>ourrait fort bien lui survivre, et se trouver réduit à la triste honte de se jeter dans une nouvelle. »

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