DE CE QUI PEUT ROMPRE NOTRE UNION AVEC LE NOUVEL ADAM
Église enseignée. — Définition de l'Église en général. — Membres de l'Église. — Ceux qui n'en sont pas membres. — Explication de ces mots : Hors l'Église, point de salut. — Trois manières d'appartenir à l'Église. —Marques de l'Église. — Unité. — Sainteté. — Calholicité. — Aposfolicité. — Communion des Saints, — Ses avantages. — Ascension de Jésus-Christ.
Le Pape et les Évoques composent l'Eglise enseignante. Pour les aider dans la conduite de ses brebis et dans la culture du vaste chamj) qu'il leur confiait, Notre Seigneur établit des Ministres inférieurs tels que les Prôtres, et donna aux Apôtres le pouvoir d'en instituer de nouveaux suivant le besoin. Tous ces Ministres inférieurs , réunis avec les simples Fidèles , composent l'Eglise enseignée. Le Pape, les Evoques, les Prêtres et les Ministres inférieurs, composent la hiérarchie ecclésiastique, et tous ces différents ordres de Ministres réunis avec les simples Fidèles, tous les Pasteurs et toutes les brebis ensemble forment le bercail ou l'Eglise de Jésus- Christ.
Qu'est-ce donc que l'Eglise? L'Eglise est la société de tous les Fidèles réunis par la profession d'une môme
DE PERSÉVÉUANCli. 637
foi, par la participation aux mômes Sacrements et par la soumission aux Pasteurs légitimes, principalement à notre Saint-Père le Pape.
Le mot Église signifie proprement assemblée, congrégation ; e-t c'est ainsi qu'on nomme le peuple fidèle répandu dans tout l'univers. On appelle aussi l'Eglise la maison de Dieu, parce qu elle est comme une grande famille qui n'est gouvernée que par un seul Père et dans laquelle tous les biens spirituels sont communs. On l'appelle encore V Epouse de Jésus-Christ, parce que c'est dans cette assemblée sainte que naissent les enfants de Dieu. Enfin on l'appelle le corps de Jésus-Clirisl, parce qu'il en est le Chef et que tous les Fidèles sont ses membres, animés de son esprit, vivant de sa vie, obéissant à sa volonté.
De tous les Fidèles ; cette société réunie en Jésus - Christ a plusieurs parties ; cet arbre magnifique a plusieurs branches qui sont l'Eglise du Ciel , appelée triomphante, parce que les Anges et les Bienheureux qui la composent y triomphent avec le Sauveur après avoir, par sa grâce, remporté la victoire sur le monde, la chair et ledéaaon, et, délivrés de tous les dangers et de toutes les misères de cette vie, jouissent de la béatitude éternelle ; l'Eglise du Purgatoire, appelée ^ow^^a/i^e, parce que c'est là que les âmes souillées de quelques taches légères, vont les effacer par des souffrances temporelles dont la durée est déterminée par la souveraine justice, et après laquelle elles sont placées parmi les Bienheureux pour partager leur félicité ; enfin l'Eglise delà terre,
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appelée militante, parce qu'elle a une guerre perpétuelle à soutenir contre des ennemis cruels, le monde, la chair et le démon. Ces trois Eglises ne font qu'une seule et même Eglise composée de trois parties, existant dans des états et des lieux différents . L' une a précédé les deux autres dans la céleste patrie, tandis que les autres y tendent tous les jours, jusqu'au moment fortuné où ces trois sœurs s'embrassant dans les Cieux, ne formeront plus qu'une même Eglise éternellement triomphante.
Réunis par la profession dune même foi, c'est-àdire qui croient de la même manière toutes les vérités enseignées par Jésus-Christ , voilà pour l'union des esprits entre eux avec le nouvel Adam.
Par la participation aux mêmes Sacrements ; c'est par là que les Fidèles sont incorporés à Jésus-Christ, qu'ils sont réunis entre eux et qu'ils font une société extérieure ; voilà pour l'u-nion de notre être tout entier avec le nouvel Adam.
Par la soumission aux Pasteurs légitimes et principalement à notre Saint-Père le Pape. Point de société sans autorité , d' une part , et sans obéissance , de l'autre ; voilà pour l'union de notre cœur ou de notre volonté avec le nouvel Adam. Ainsi, l'Eglise perpétue les trois unions que Notre Seigneur est venu établir entre lui et les hommes; union de notre esprit par la foi, de notre cœur ou de notre volonté par l'amour qui n'est que l'obéissance à Dieu et l'accomplissement de sa Loi; enfin union de nos sens et de notre être tout entier, par la Communion à laquelle se rapportent la Foi, la Charité,
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la discipline, la Religion tout entière dont l'Eglise catholique est l'organe et la gardienne.
Pour savoir qui sont ceux qui composent lEgUse militante, il faut la considérer dans toute l'étendue de sa durée. Or, l'Eglise étant catholique, elle embrasse tous les temps et tous les lieux. Sa durée se divise en deux, grandes époques : depuis le péché d'Adam jusqu'à Jésns- Christ.et depuis Jésus-Christ jusqu'à la fm des siècles.
Le péché originel fut à peine commis, que Dieu fit miséricorde à nos premiers parents en leur promettant un Rédempteur. Par les mérites futurs de ce Rédempteur, les hommes ont pu, depuis le péché, rentrer en grâce avec Dieu et recouvrer le bonheur éternel. Pourvu qu'ils reçussent saintement l'espérance de ce divin Messie. Ainsi, avant Jésus-Christ, tous ceux qui faisaient profession de vivre suivant les préceptes de la loi naturelle, et qui attendaient avec une foi vive la Rédemption du genre humain, étaient de vrais Fidèles, et par conséquent appartenaient à l'Eglise de Jésus- Christ '.
Depuis Moise, les Israélites furent obligés, déplus, de pratiquer tout ce qui était prescrit par la Loi ; de sorte que l'Eglise était composée alors de deux sortes de personnes : des Juifs, qui faisaient profession de vivre selon la Loi de Moïse, et qui seuls formaient l'Église judaïque, qu'on nomme la Synagogue, et des Gentils, qui attendaient un Rédempteur, et qui se conduisaient selon les principes de la Loi naturelle. Quelques-uns
1 Toyet saint Thomas.
d'entre eux embrassaient le Judaïsme, et alors ils étaient obligés d'observer toute la Loi, et ils appartenaient à r Eglise juda'ique. Mais ceux d'entre eux qui ne faisaient pas profession delà Loi de Mo'ise, ne laissaient pas d'être de vrais Fidèles et d'appartenir à Jésus- Christ comme ses membres. C'est pour cela que dans le temple de Jérusalem il y avait un lieu destiné pour les Gentils qui venaient y faire leurs prières , et ce lieu était séparé par une muraille de l'endroit où s'assemblaient les Juifs. Tel était l'état de l'Église militante avant la venue du Sauveur.
Depuis cette heureuse époque, il n'y a plus de différence, par rapport à Dieu, entre les Juifs et les Gentils. Ces deux peuples ont été réunis en Jésus-Christ, qui a ôté, comme dit saint Paul, la muraille de séparation, et qui, des Juifs et des Gentils, n'a fait qu'un seul peuple, surnommé le peuple chrétien.
11 faut nécessairement appartenir à ce peuple pour être aujourd'hui membre de l'Eglise. Or, pour lui appartenir, deux conditions sont nécessaires : i\ faut être baptisé, car Jésus-Christ a dit que ceux qui ne seront pas régénérés dans les eaux du Baptême, n'entreront point dans le royaume de Dieu ; il faut nôtre pas exclu A cette société sainte, comme enfant rebelle et désobéissant , car Jésus-Christ a donné à l'Eglise le pouvoir de retrancher de son corps ceux qui ne veulent point se soumettre à son autorité.
Ainsi, ne sont pas membres de l'EgUse 1° les Infidèles et les Juifs, car ils ne sont pas baptisés; 2^ les
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Flérétiques, c'est-à-dire feux qui sont o|)inii\tr«^ment attachés à une doctrine condamnée par l'Eglise, ou qui ne veulent pas croire ce qu'elle a décidé comme article de foi ; 4° les Schismatiques, c'est-à-dire ceux qui se séparent de lEglise, et qui ne reconnaissent point l'autorité des Pasteurs légitimes ; 4° les Apostats, c'est-à-dire ceux qui renoncent extérieurement à la Foi catholique, après en avoir fait profession ; 5° enfin , les Excommuniés, c'est-à-dire ceux que l'Eglise retranche de son corps, ne sont pas de l'Eglise tant qu'ils demeurent dans l'état d'excommunication.
Mais ceux qui sont dans l'Eglise ne sont pas tous des Justes et des Saints. L'Eglise de la terre est, suivant la comparaison du Sauveur lui-même, une aire où la paille est mêlée avec le bon grain ; un filet qui rassemble des poissons bons et mauvais : le discernement et la séparation ne s'en feront qu'au dernier jugement. Ainsi, quelque grand pécheur que soit un Chrétien, il est du corps de l'Eglise tant qu'il n'en est point retranché par l'excommunication. Il est semblable à une branche morte qui tient encore à l'arbre, mais qui ne prend plus de nourriture, et qui n'a plus de part à la sève et au suc qui se communiquent de la racine aux branches vivantes. Il y a cependant une différence trèsconsidérable, et qui laisse une ressource consolante aux plus grands criminels; c'est qu'une branche morte ne peut plus revivre, au lieu qu'un membre de l'Eglise, mort par le péché , peut recouvrer îa vie et le mouvement, et recevoir de nouveau les influences de la vertu
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divine que Jésus-Christ répand dans les Justes, comme le chef dans les membres , comme le tronc de l'arbre dans toutes les branches' .
Nous avons dit que pour être sauvé il fallait appartenir à l'Eglise : hors l'Eglise, poinl de salut. Cette maxime est rigoureusement vraie. Mais il y a plusieurs manières d'appartenir à lEglise. l^' On appartient au corps de l'Eglise quand on vit dans la société visible de tous les Fidèles, soumis extérieurement à son Chef, à sa doctrine, et qu'en même temps on demeure dans le péché mortel. Mais en cet état on est un membre mort, une branche sèche. 2° On appartient au corps et à Tame de l'Eglise, lorsqu'à la profession extérieure de la Religion on joint la grâce sanctifiante. 3° Enfin, on peut appartenir à l'ame de l'Eglise sans appartenir à son corps. Lorsqu'on se trouve excusé devant Dieu d'être et de persévérer dans une société étrangère à f Eglise, par la bonne foi ou par une ignorance invincible. Dans cet état, on appartient à lame de l'Eglise, et on peut parvenir au salut par une véritable charité, par un désir sincère de connaître la volonté de Dieu et la Religion, et par la pratique fidèle de tous les devoirs qu'on connaît ou quon a pu et àû connaître ' .
Ainsi , parmi les Hérétiques et les Schismatiques , tous les enfants qui sont baptisés et qui n'ont pas encore atteint l'usage de raison, aussi bien que plusieurs personnes simples qui vivent de bonne foi, et dont Dieu seul sait
, Voyez. Filassier, p. 30^- 3 Catéch. du eonc. de Trente^
np. pr.n.si-vi'-RANCF,. fi/j.*
le nombre, tous ces enfants et ces personnes de bonne foi ne participent ni à l'hérésie ni au schisme; ils en sont e\cusés par leur ignorance invincible de l'état des choses, et l'on ne doit pas les regarder comme n'appartenant pas à l'Eglise, hors de laquelle il n'y a point de salut. Ces enfants n'ayant pas encore pu perdre la gra^e qu'ils ont reçue dans le Baptême, sont indubitablement de lame de l'Eglise, c'est-à-dire qu'ils lui sont unis par la Foi, l'Espérance et la Charité habituelles.
Les simples ou ignorants dont il s'agit, peuvent avoir conservé la môme grâce. Ils peuvent, dans plusieurs de ces sectes, être instruits de plusieurs vérités de foi qu'on y a retenues, et qui suffisent absolument au salut; ils peuvent les croire sincèrement; ils peuvent, avec le secours de la grâce, mener une vie pure et innocente. Dieu ne leur impute pas les erreurs auxquelles ils sont attachés par une ignorance invincible. Ainsi, ils peuvent appartenir à lame de l'Eglise, avoirlaFoi, I Espérance et la Charité. Au reste, tous ces enfants et ces personnes de bonne foi, doivent leur salut à l'Eglise catholique, qu'ils ne connaissent pas ; car c'est d'elle que viennent ces vérités salutaires, aussi bien que le Baptême, que ces sectes ont conservé en se séparant. Ces simples et ces enfants les ont reçus immédiatement de ces sectes i mais ces sectes les tenaient de l'Eglise, à qui Jésus- Christ a confié T administration des Sacrements et le dépôt de sa foi ' .
Ainsi, hors de f Eglise point de salut f signifie que tout
, Foyez la censure d'Emile par la Sorbonne.
C)fil\ CATÉCHISME
Infidèle, que tout Hérétique, que tout Schismatique, qui connaît la véritable Eglise et refuse d'y entrer; que tout homme élevé dans son sein, qui s'en sépare pour embrasser une secte étrangère, se met hors de la voie du salut et se rend coupable d'une opiniâtreté condamnable. Jésus-Christ ne promet la vie éternelle qu'aux brebis qui écoutent sa voix; celles qui fuient son bercail ou qui refusent d'y entrer, seront la proie des loups dévorants.
Quant aux enfants morts sans Baptême, et aux Iiu'îdèles qui n'ont jamais entendu parler de l'Evangile, il nous suffit de savoir que Dieu ne fera tort à personne, qu'il ne demandera compte à chacun que des grâces et des moyens qu'il lui aura donnés.
Venons maintenant aux marques de l'Eglise. Le prophète Isaïe , parlant de l'Eglise, la compare à une viile immense, bâtie sur la cime d'une haute montagne, exposée aux regards de tous les peuples, et dans laquelle habite la vérité. En etFet, Dieu veut que tous les hommes parviennent au salut; ils ne peuvent y parvenir que par Jésus-Christ; Jésus-Christ n'est que dans l'Eglise; c'est là seulement qu'il enseigne, qu'il répand ses grâces et communique son Esprit; il faut donc que l'Eglise soit toujours visible , que tous les peuples puissent la connaître et la distinguer de toutes les sectes qui se disent les Eglises de Jésus-Christ. Pour cela, Notre Seigneur a voulu que sa véritable Epouse |)ortât des marques éclatantes , qu'aucune secte ne jxiisse contrefaire ni s arroger. Ces marques sont celles de la
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vérité même. On en compte quatre principales : 1' l'unité; 2' la sainteté; 3° l'apostolicité ; 4" la catholicité.
V L'unité. L'unité est le caractère essentiel de la vérité, car Dieu est un, et la vérité, c'est Dieu révélé à l'homme. Le Sauveur a demandé que son Eglise fût une, il la représente sous la forme d'un bercail qui n'a qu un seul Pasteur, d'une maison où demeure un seul Chef, d'un corps dont tous les membres sont parfaitement unis'. Ainsi, la véritable Eglise doit être une; une dans sa foi, une dans ses lois, une dans ses espérances, une dans son Chef'.
2^ La sainteté. La sainteté est le caractère essentiel, la perfection de Dieu par excellence. Cette sainteté en Dieu exclut l'ombre même du maletde l'erreur». L'Eglise véritable doit donc être sainte ; sainte dans ses maximes, sainte dans ses dogmes, sainte dans ses Sacrements, sainte dans ses préceptes, sainte dans le but qu elle se propose d'atteindre, sainte dans ses membres, et d'une sainteté rendue visible par des miracles, afin que tous, les savants et les ignorants, puissent la connaître. C'est pour obtenir une Eglise semblable que Notre Seigneur est mort. Il est mort, dit saint Paul, afin de se former une Eglise sans tache et sans ride^ .
3° L'apostolicité. Venir des Apôtres, avoir été prêchée par eux, voilà le caractère de la vérité ; car c'est à
Joan. c. 1, V. 12. ' Joan. 17.11. 10. 16.
Eph. c. V. V. 26.
eux que le Sauveur confia toutes les vérités qu'il avait puisées lui-môme dans le sein de son Père, vérités qui développaient , qui confirmaient , qui complétaient toutes celles que Dieu avait révélées depuis le commencement du monde '. C esta eux qu'il donna commission de les annoncer partout l'univers ; la véritable Eglise doit donc venir des Apôtres, remonter jusqu'à eux.
4° hdicalliolicité. La vérité est une, et la môme dans tous les temps et dans tous les pays; ce qui est vrai en Europe, ne peut pas être faux en Asie ; ce qui est vrai aujourd'hui, ne peut pas avoir été faux hier. Tous les hommes étant faits pour la vérité, la vérité doit donc être accessible à tous les hommes, se trouver partout où il y a des hommes. Donc la véritable Eglise, en qui seule réside la vérité, doit être toujours et partout l'univers, et d'une manière assez visible pour qu'on puisse la distinguer de toutes les sectes mensongères. Telles sont les notes que doit nécessairement avoir la véritable Eglise ; il faut tout cela pour que nous puissions la reconnaître; mais aussi avec cela il est impossible de ne pas la reconnaître et de ne pas la distinguer de toutes les autres sociétés.
Or, à l'Eglise romaine seule, conviennent toutes ces marques de la véritable Eglise.
i° Vunité. L'Eglise romaine est une , une dans sa foi. Supposez que nous puissions, à l'heure môme, appeler du tombeau un Catholique de chacun des dix-huit siècles qui nous ont précédé, un Catholique de
1 Omnia qua; audivi à Patrc, ctc, Joan. xvii.
m: PEusi'VÉUANr.E. 6^7
rOrient, un de l'Occident, un de l'Asie, un autre de l'Europe, et que nous demandions è tous ces Fidèles qui vécurent sans se connaître , sans se voir, dont les uns moururent, il y a cent ans, il y a mille ans, quinze cents ans, dix-huit cents ans : quelle est votre foi ? Chacun en particulier réciterait le môme Symbole, le Symbole que nous récitons tous les jours, et qui se récite le même aux quatre coins du monde. Cet accord parfait, cette unité perpétuelle , ravissaient déjà d'admiration les Pères de l'Eglise; déjà ils s'en servaient contre les Hérétiques, pour montrer qu'ils étaient dans l'erreur. « Quoique répandue sur toute la terre, disait saint Irenée, l'Eglise conserve la foi apostolique avec un zèle extrême, comme si elle n'habitait qu'une seule et même maison ; elle la croit de la même manière , comme n'ayant qu'un môme esprit et qu'un même cœur; et par un consentement admirable, elle professe et enseigne la même foi, comme si elle n'avait qu'une seule bouche. Car, quoique les langues du monde soient différentes, la foi est partout une et la même. Les Eglises de Germanie, des Gaules, de l'Orient, de l'Egypte, ne pensent pas, n'enseignent pas de différentes manières '.» Que nous devons être fiers de professer la foi des Apôtres, des Martyrs, des plus grands génies que le monde ait jamais connus 1 Quelle consolation ! quelle sécurité!
Il n'en est pas ainsi des sociétés séparées de l'Eglise. Là des variations, des contradictions infinies. Les pro-
' Adv. haeer. l. l. c. 10. n. 2.
fessions de foi s'y succèdent, les sectes particulières s'y multiplient comme les feuilles sur les arbres. Dans la seule ville de Londres on compte, à l'heure qu'il est, plus de soixante religions opposées; la même division se retrouve partout. Aujourd hui elle est parvenue à ce point, qu'un ministre protestant disait naguère qu'il se faisait fort d écrire sur l'ongle de son pouce tout ce qui était encore l'objet d'une croyance commune parmi les réformés ' . Le Protestantisme n'est donc pas la véritable Eglise puisqu il n'a pas l'unité de Doctrine' .
L'Eglise catholique est une dans sa Communion, c est-à-dire que tous ses enfants sont unis par la participation aux mêmes Sacrements, au môme Sacrifice, aux mêmes Prières, au même Culte. Parcourez toutes les régions de l'univers, interrogez les Catholiques qui les habitent, vous trouverez surtout cela la plus parfaite harmonie. Pour maintenir cette divine Communion, Jésus-Christ a institué un ministère répandu dans toutes les parties de son Eglise, le même partout, chargé de prêcher et d'enseigner la foi, d'administrer tous les Sacrements, de célébrer les saints rits, en un mot de régir tout le bercail. Il a divisé ce ministère en divers ordres qui forment une hiérarchie. Dans chaque lieu habité, ville, bourgade ou autre, il a voulu qu'il y eût un ministre d'un ordre inférieur, et dans chaque province un ministre de la classe supérieure qu'on appelle
' C'est ce que disait, en 1820, Harnis de Kiel.
5 Foyet îiosiuel, yarialion.i; Cobbett, Reforme d Angleterre; Lettres du P. Schefiiiacher, etc., etc.
DE PEUSÉVÉKANCE. 6/|9
Évêqiie, auquel sont soumis les pasteurs inférieurs, et qui communique avec les Evoques des autres régions. Tous les Evoques sont en rapport de soumission avec le souverain Pontife, chef suprême de 1" Eglise. Revêtu d'une primauté d'honneur, il est élevé au-dessus de tous, afin d'être aperçu de tous et être un centre commun d'unité auquel on se rattache de toutes parts; revêtu d'une primauté de juridiction, il peut par son autorité séparer les errans de l'unité, ou y ramener les égarés. Ainsi, ce ministère forme entre tous les Catholiques répandus sur la terre, un magnifique lien d'union. Tous étant unis à leurs Pasteurs qui le sont entre eux et avec le Pasteur des Pasteurs, le sont nécessairement les uns aux autres.
Rien de semblable dans les sectes séparées. Point de subordination entre leurs ministres ; plus divisés entre eux qu'ils ne le sont d'avec l'Eglise, ils se décrient, s'accusent, se condamnent; toujours en guerre, ils ne sont unis que par une haine commune contre la véritable Eglise parce qu'elle les frappe tous du même anathème. De là point d'unité de culte; les uns admettent deux Sacrements, les autres trois; les uns ont un culte, ceuxlà un culte différent ; et le Protestant, sorti du coin de la terre où règne la secte à laquelle il appartient, est étranger au reste du monde .
2" La sainteté. L'Église romaine est sainte dans ses dogmes, sainte dans sa morale, dans ses Sacrements, dans son culte; il n'en est point de plus propre à élever l'homme à Dieu . Les Hérétiques eux-mêmes conviennent
que l'Eglise romaine est sainte dans toutes ces choses et qu'elles sont toutes très-propres à conduire les hommes à la sainteté. Elle est sainte dans son chef qui est Jésus- Christ; sainte dans ses fondateurs qui sont les Apôtres; il n'en est ainsi des fondateurs d'aucune secte. On sait quelle fut dans les premiers siècles la sainteté d'Arius, de Manès, et des autres hérésiarques. Et dans les temps modernes, quels furent les chefs du Protestantisme ? Luther, Calvin, Zwingle, trois ecclésiastiques apostats, et les trois hommes le plus scandaleusement impudiques du seizième siècle, et vous croyez que Dieu a choisi de tels hommes pour réformer son Eglise? Sainte dans une grande partie des Papes et des Evoques leurs successeurs; sainte enfin dans un bon nombre de ses enfants. II suffit de jeter les yeux sur un martyrologe ou sur un calendrier pour voir la multitude de Saints qui se sont formés dans l'Eglise, et il y en a eu dans tous les siècles. Mais outre ce nombre infini de Saints qui se sont fait admirer par des vertus héroïques, et auxquels les peuples n'ont pu refuser leurs hommages, il en est une plus grande multitude qui se sont sanctifiés par des vertus obscures et cachées aux yeux des hommes.
La sainteté des enfants de l'Eglise est véritable, puisque Dieu a fait des miracles pour la manifester . Et les miracles opérés par les Saints ont eu lieu dans tous les siècles; ils ont encore lieu aujourd'hui, et ils n'ont lieu que dans l'Eglise catholique. Les sectes séparées ne peuvent donc donner la conduite régulière de leurs sectateurs comme une marque de la sainteté de leur
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doctrine ; Dieu n'a jamais confirmé leurs vertus par aucun miracle, tandis que les Protestants eux-mômes conviennent de la vérité des miracles opérés par les Saints de I Eglise catholique, nommément par saint François-Xavier '.
Pour que l'Eglise romaine soit sainte, la Mère des. Saints, et qu'elle soit en droit de présenter sa sainteté comme une marque de la véritable Eglise, il n'est pas nécessaire que tous ses membres soient saints; car Notre Seigneur lui-même compare son Eglise à un filet dans lequel il y a de bons et de mauvais poissons , à une aire dans laquelle on trouve la paille mêlée au froment; il suffit que tous les membres de l' Eglise aient été saints , et tous l'ont été le jour de leur Baptême; qu'un bon nombre aient continué de l'être; et que Dieu ait manifesté leur sainteté par des miracles.
3° La catholicité. L'Eglise romaine est catholique d'une triplecatholicité; 1° catholicité de doctrine. Héntière de toutes les vérités révélées, l'Eglise romaine, conformément à l'ordre du divin Maître, enseigne sans distinction, sans exception, sans augmentation, sans diminution d'un iota, tout ce que son divin époux a daigné lui apprendre. Elle ne se permet pas comme les Hérétiques de porter une main sacrilège sur les Ecritures, de choisir parmi les vérités dont le dépôt lui est remis, de rejeter les unes, d'admettre les autres. Elle reçoit, conserve et enseigne avec une égale sollicitude {es dogmes et les préceptes de son divin Epoux . 2° Ca-
' Voyez le célèbre voyageur Tavernier.
652 CATliCHlSML
tholicité (Je temps. Révélées à nos premiers Pères, transmises par les Patriarches, développées sous la loi, complétées sous l'Evangile , confiées aux Apôtres par IHomme-Dieu lui-même, par eux propagées dans toutes les parties de l'univers, transmises jusqu'à nous par une tradition constante, les vérités enseignées par l'Eglise romaine, remontent jusqu'aux premiers jours du monde, et seront par elle annoncées à toutes les générations futures jusqu'à la consommation des siècles. Son symbole est le symbole du genre humain, en ce sens que tout ce qu'on rencontre de vrai chez tous les peuples lui appartient comme la branche appartient à 1 arbre, le membre au corps, le rayon au soleil. 3° Catholicité de lieux. Parcourez l'univers, passez dans les quatre ou cinq parties du monde, depuis la Chine au nord de l'Amérique, depuis l'Afrique aux contrées septentrionales de l'Europe, vous trouverez des Catholiques. Par une disposition admirable de sa Providence, Dieu la ainsi voulu, afin qu'à chaque heure du jour et de la nuit il y eût quelque part une bouche qui récitât le symbole catholique; celte récitation n'est pas plus interrompue que le Sacrifice de nos autels, en vertu duquel le sang divin n'a pas cessé un instant, depuis dix- huit siècles, d'à couler sur quelque point du globe. Quand dans une partie du monde le Prêtre descend de l'autel, quand le Fidèle cesse de répéter le symbole, quand la nuit est venue pour nous, le jour brille pour d'autres, et des Prêtres montent à 1 autel, et des Catholiques récitent la profession de notre foi, ainsi par une suc-
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cession invariable jusqu'à la fin des temps '; mais partout vous ne rencontrerez pas des Hérétiques, ou des membres d'une société séparée. Catholicité de lieux; comme le soleil, l'Eglise romaine a parcouru l'horizon de l'univers; sa lumière s'est levée successivement sur les différentes contrées de la terre; l'hérésie, jamais. Catholicité de lieux; de toutes les sociétés prises à part, l'Eglise catholique est la plus nombreuse. Le Mahométisme, l'Idolâtrie, le Protestantisme, se divisent en une infinité de sectes dont chacune en particuHer est bien loin d'avoir autant de partisans que l'Eglise catholique compte de Fidèles. Ainsi, l'Eglise romaine estwnc, nous l'avons prouvé, son unité est partout, elle est donc universelle, l'unité dans l'universalité même, voilà le caractère éclatant qui la distingue et qu'on nomme la catholicité.
«Comme il n'y a qu'un épiscopat, disait saint Cyprien, ainsi il n'y a qu'une seule Eglise répandue dans la vaste multitude des membres qui la composent. De même que l'on voit sortir du soleil une foule de rayons, mais qu'il n'y a qu'un seul centre de lumière; que du corps d'un arbre sortent des rameaux en grand nombre, mais que le corps tout entier tient à un tronc fortement attaché à la terre par sa racine ; que d'une même source s'épanchent divers courants d'eau qui remontent à leur commune origine, malgré l'abondance des eaux qui la diversifient. Telle est l'image de l'Eglise : ladivinelumière qui la pénètre, embrasse dans son rayon le monde entier,
■ foyez Jav.Sret, pag. 288.
6hà CATÉCHISME
mais elle vient d un point unique qui distribue sa clarté dans tous les lieux, sans que l'unité du principe soit divisée : son inépuisable fécondité propage ses rameaux sur toute la terre; elle épanche au loin ses eaux abondantes ; c'est partout le même principe, partout la même origine, la même mère manifestant sa force par le nombre de ses enfants. »
4° Lapostoïicllé. L'Eglise romaine est apostolique, c'est-à-dire quelle remonte aux Apôtres; ils sont ses maîtres, ses fondateurs. On distingue deux sortes d'apostolicité : l'aposlolicité de doctrine et l'apostolicité de ministère. L'Eglise romaine est apostolique dans sa doctrine, c'est-à-dire qu'elle croit et enseigne, qu'elle a toujours cru et enseigné la doctrine qu'elle a reçue des Apôtres. Remontez d'âge en âge jusqu'au jour où le Fils de Dieu dit aux douze Missionnaires évangéliqucs : Allez, enseignez toutes les nations; vous trouverez le même enseignement, la môme croyance, le même symbole que nous chantons ; vous l'entendrez nîtentir dans les vastes basiliques de Nicée et de Constantinople, on le murmura sous les voûtes illuminées des catacombes; là on administra le même Baptême, la même Eucharistie, les mêmes Sacrements; là on crut au même Dieu, au même Jésus-Christ son Fils; on espéra le même Ciel, on craignit le même Enfer. Celte vénérable antiquité, cette suite non interrompue est l'éternelle confusion des Hérétiques. Pour les convaincre d'erreur, il suffit de leur demander : Que croyait-on quand vous êtes venus ? Il n'y eut jamais d'hérésie qui n'ait trouvé l'Eglise ac-
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tuellement en possession de la doctrine contraire à la vôtre. C'est un fait constant, public, universel et sans exception. Ainsi, la décision est aisée ; il n'y a qu'à voir en quelle foi on était quand les Hérétiques ont paru ; en quelle foi ils avaient été élevés eux-mêmes dans l'Eglise, et à prononcer leur condamnation sur ce fait qui ne peut être ni caché ni douteux '. 0 nos frères! ô vous qui vous êtes séparés de l'unité catholique, vous n'avez donc pas la marque essentielle de la véritable doctrine, l'apostolicité. Quelle est donc votre antiquité? Trois cents ans peut-être? Vous vous trompez , vous n'avez que l'antiquité de votre opinion. Hier vous l'avez écrite sur le papier, aujourd'hui, ce matin, vous l'avez changée : voilà votre antiquité.
L'Eglise romaine est apostolique dans son ministère, c'est un fait clair comme l'existence du soleil. Nos Eglises peuvent motilrer l'ordre et la succession de leurs Evêques jusqu'aux Apôtres ou jusqu'à l'un des hommes apostoliques envoyés par les Apôtres, et c'est ainsi que
' Bossuet, i Instr. pasior. sur les promesses de l'Église, a. 35- « Il y a toujours, continue le même Évêque,un fait malheureux pour eux, qu'ils n'ont pu couvrir : c'est celui de leur nouveauté. Nul ne peut changer les siècles passés, ni se donner des prédécesseurs, ou faire qu'il les ait trouvés en possession. La seule Église catholique remplit tous les siècles précédents par une suite qui ne peut lui être contestée. La loi vient au-devant de l'Évangile, la succession de Moïse et des Patriarches, ne fait qu'une même suite avec celle de Jésus-Christ. Être attendu , venir , être reconnu par une postérité qui dure autant que le monde, c'est le caractère du Messie en qui nous croyons : il était hier, il est aujourd'hui et il sera aux siècles des siècles.» Discours sur l'Hist. universelle, part. 2, vers la fin.
les Eglises vraiment apostoliques justifient qu'elles le sont. En partant de Notre saint Père le Pape Grégoire XVI actuellement régnant , vous remontez par une succession non interrompue de 257 Papes jusqu'à saint Pierre, fondateur de l'Eglise de Rome ; arrivé à saint Pierre, vous touchez à Jésus-Christ. Ainsi des autres Eglises catholiques : toutes également nous montrent à leur tête un Apôtre ou un envoyé des Apôtres qui les a étabhes et qui commence la chaîne de la tradition. Que les Hérétiques imaginent une semblable généalogie. C'est des Eglises primitives que les autres ont emprunté la semence de la doctrine, et qu'elles l'empruntent tous les jours à mesure qu'elles se forment. Ainsi, c'est avec raison qu'on les compte parmi les Eglises cathohques dont elles sont les filles. Toutes sont apostoliques et toutes ensemble ne font qu'une seule et même Eglise . Le souverain Pontife et les Evêques sont donc les successeurs des Apôtres ; c'est d'eux qu'ils tiennent leur origine et leur pouvoir de prêcher la doctrine de Jésus-Christ .
Il n'en est pas de même des Hérétiques, nul ne les a envovés, ils se sont envoyés eux-mêmes. Qui ôtes-vous , peut dire l'Eglise à tous ces novateurs, aux Protestants, par exemple? depuis quand et d'où êtes-vous venus? où étiez-vous avant le seizième siècle. Il y a quatre cents ans, personne ne parlait de vous, on ne vous connaissait pas, pas même de nom. Que faites- vous chez moi, n'étant pas des miens? A quel titre, Luther, coupez-vous ma forêt? qui vous a permis, Calvin, de
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détourner mes canaux? qui vous autorise, Zwingle, à ébranler mes bornes? comment osez-vous penser et vivre ici à discrétion? C'est mon bien. Je suis en possession depuis long-temps ; je suis en possession la première; je descends des anciens possesseurs, et je prouve ma descendance par des titres authentiques. Je suis héritière des Apôtres et je jouis, conformément aux dispositions de leur Testament et au serment que j'ai prêté. Pour vous, ils vous ont renonces et déshérités comme étrangers et comme ennemis. Mais pourquoi êtes-vous étrangers et ennemis des Apôtres ? Parce qu'ils ne vous ont pas envoyés, parce que la doctrine que chacun de vous a inventée ou adoptée suivant son caprice , est directement opposée à la doctrine des Apôtres '.
Ainsi, l'Église romaine seule est une, sainte, catholique, apostolique, elle porte donc seule les marques de la véritable Eglise ; elle est donc la véritable épouse de Jésus-Christ , la colonne et la base de la vérité.
II est encore une autre marque de la véritable Eglise, prédite par le Sauveur lui-même quand il disait : Vous serez en butte à la haine et à la persécution continuelle des hommes. Cherchez donc parmi toutes les sociétés religieuses celle qui est en butte à la haine de toutes les autres, à la haine du monde, et vous aurez trouvé la véritable épouse de THomme- Dieu. C'est à la couronne d'épines, constamment placée sur sa tête, qu'on la reconnaît. Or, cette couronne, nulle secte ne l'a portée, nulle même ne l'am-
' Terlull. prescript.
bitionne ; c'est un diadème qui orne le front de l'Eglise romaine toute seule. Nous sommes donc, nous, Catholiques, dans le sein de la vérité ; conformons notre concours à notre foi, il suffit , le Ciel est à nous ' .
En disant : Je crois l Eglise catholique, nous ne disons pas seulement que nous croyons à l'existence de l'Eglise , c'est un fait que nous voyons de nos yeux comme nous voyons le soleil , mais nous faisons profession de reconnaître que l'Eglise vient de Dieu, que sa puissance, les dons qu'elle a reçus et qu'elle nous communique, sont surnaturels. C'est en ce sens que la croyance à l'Eglise est un article de notre foi. Nous ajoutons, et la Communion des Saints. Par cet article de foi, nous faisons profession de croire que tous les membres de l'Eglise sont unis entre eux, et ceux qui sont au Ciel, et ceux qui sont sur la terre, et ceux qui sont dans le Purgatoire ; que tous les biens qui sont dans l'Eglise sont communs entre les Fidèles, en sorte que les grâces que chacun reçoit, les bonnes œuvres que chacun pratique, profitent à tout corps et à chaque membre de l'Eglise. Ainsi, l'union que les Fidèles de la terre ont entre eux, fait que toutes les grâces dont ils sont favorisés, que toutes les bonnes œuvres qu'ils font en assistant au saint Sacrifice, les Confessions, les Communions, les Méditations, les Lectures pieuses, les Aumônes, les Mortifications, les Prières, servent à tous les Fidèles de la terre s'ils sont justes. Mais ceux qui sont dans l'état du péché, quand même ils n'auraient pas perdu la foi, sont des
> Foyce Jauffrct, 311.
membres morts et ils ne participent à ces biens spirituels qu'en ce sens, que Dieu ayant c^ard aux prières (les Justes, accorde quelquefois aux pécheurs des grâces de conversion ou suspend les châtiments qu'ils méritent. L'union que les Fidèles ou Saints de la terre ont avecles Saints du Ciel, fait qu'ils obtiennent de Dieu, par leur intercession, beaucoup de grâces pour eux personnellement et pour les autres Fidèles, lorsqu'ils les honorent, les invoquent et s'efforcent de les imiter.
Enfin l'union que les Saints de la terre ont avec ceux qui soufi'rent dans le Purgatoire, fait qu'ils peuvent être utiles à ces âmes souff'rautes, par les prières, les aumônes, les indulgences, ofTertes à leur intention.
Une comparaison admirable, employée par le Saint- Esprit lui-même, nous fait comprendre celte entière communication des biens entre les Fidèles; elle est tirée du corps humain. Dans le corps humain il y a plusieurs membres, et néanmoins ils ne font qu'un seul corps. Ils n'ont pas tous la même fonction, chacun à la sienne . le pied marche, l'œil voit, l'oreille entend. Chaque fonction ne se rapporte pas directement au bien du membre qui l'exerce , mais au bien général du corps et de tous les autres membres. Ainsi, c'est pour tout le corps que le pied marche, que l'œil voit, que l'oreille entend; de même dans l'Eglise. De plus, les membres du corps sont tellement unis, que du moment où l'un d eux, même le plus faible , vient à éprouver quelque sensation de douleur ou de plaisir, aussitôt tous les autres ressentent les efi'ets de cette douleur ou de ce plaisir, à cause de l'union et de
la sympathie que la nature a mises entre eux. lien doit être de même dans l'Eglise. Comme nous profitons des biens accordés à chacun de nos frères, ainsi nous devons ressentir la douleur qui les afflige, nous réjouir avec ceux qui sont dans la foi , pleurer avec ceux qui pleurent. Voilà l'image de l'Eglise. C'est un corps spirituel dont Jésus-Christ est le Chef; tous les Saints de la terre, du Purgatoire et du Ciel en sont les membres, et l'Esprit Saint en est comme l'ame qui , se répandant par la charité dans toutes les parties de ce corps admirable, y porte le mouvement, la beauté, la force et la vie.
Comme de tous les biens que nous trouvons dans le sein de l'Eglise, le premier c'est la rémission des péciiés , nous ajoutons cet autre article : Je crois la rémission des pe'chés. Nous naissons tous enfants de colère, esclaves du démon, éloignés de la vie de Dieu. Quand Jésus-Christ nous appelle au Christianisme, il ne trouve en nous que péché et corruption ; nous ne pouvons être Justes que par la rémission des péchés. Il n'y a que l'Eglise qui puisse nous l'accorder, soit par le Baptême, soit par la Pénitence, et ce pouvoir est fondé, comme nous avons vu, sur ces paroles du nouvel Adam : Les péchés seront remis à ceux à qui vous les remettrez.
Nous avons prouvé et expliqué cette belle prérogative en parlant des Sacrements.
Voilà donc que le nouvel Adam a pourvu à la conservation de son œuvre sur la terre et à sa perpétuité jusqu'à la consommation des siècles. Sa mission terrestre est finie, l'Eglise est fondée ; il ne lui reste plus
qu'à retourner vers son Père afin d'envoyer l'Esprit vivifiant qui doit animer le corps mystique qu'il vient de se former.
Après avoir promis à ses Apôtres que le Paraclet descendrait sur eux, les changerait subitement en d'autres hommes et les rendr«ait capables de lui servir de témoins à Jérusalem, dans la Judée, dans la Samarie, dans la Galilée et jusqu'aux extrémités de la terre, Jésus se lève et les conduit jusqu'au bourg de Béihanie. Tous le suivent de là jusqu'à la montagne des Oliviers. Arrivés en ce lieu, naguère théâtre de ses humiliations et de ses douleurs et bientôt théâtre de sa gloire, le nouvel Adam étend sa main sur eux pour les bénir; puis il s'élève doucement à leurs yeux. Insensiblement ils le perdent de vue; placé sur une nuée lumineuse comme sur un char de triomphe, il monte au plus haut des Cieux, et, aux acclamations de toute la milice céleste, il va, premier-né d'entre ses frères, Chef du genre humain, prendre, en notre nom, possession de la gloire éternelle. Il s'assied, et notre humanité avec lui, sur un trône sublime, à la droite de son Père.
Là, Pontife suprême. Médiateur, Avocat, Epoux de l'Eglise, il veille sur nous, plaide notre cause, dirige le vaisseau au travers des écueils jusqu'à ce qu'il l'ait attiré, avec tous ceux qui le montent, jusqu'aux célestes rivages. Il intercédera pour nous, et laissera naviguer la barque immortelle de Pierre jusqu'à ce que l'épreuve du temps accordé à la race humaine, pour se
réhabiliter, soit finie. Alors il reviendra pour séparer éternellement ceux qui seront sortis purifiés de la vie, de ceux qui en auront abusé et seront morts plus souillés qu'ils n'y étaient entrés. C'est la vérité formidable qu'il fit annoncer 5 l'heure même à ses Apôtres, et par eux à l'univers. Pendant qu'ils tenaient encore les yeux fixés vers le Ciel, voici que deux Anges, sous la figure d'hommes, revêtus d'habits blancs, parurent à leurs côtés et leur dirent : Ilommes de Galilée, que faitesvous ici à regarder le Ciel ; ce Jésus qui vient d'y monter en reviendra un jour avec la même puissance qu'il a déployée en y montant. Aces mots, les Apôtres adorent encore une fois leur divin Maître et retournent à Jérusalem. Avec la sainte Vierge, ils entrent au Cénacle et commencent celte retraite, modèle de toutes les autres, qui devait se terminer par tant de prodiges si glorieux pour le Sauveur et si consolants pour nous.
PRIERE
O mon Dieu 1 qui êtes tout amour , je vous remercie de m' avoir fait naître dans le sein de l'Eglise catholique; faites-moi la grâce d'y vivre et d'y mourir saintement.
Je prends la résolution d'aimer Dieu par-dessus toutes choses et mon prochain comme moi-même pour l'amour de Dieu; et, en témoignage de cet amour, ]e m associerai à la Propagation de la foi.
nE rERSÉVIiRANCF.. 663
DE CE QUI PERPÉTUE NOTRE UNION AVEC NOTRE SEI- GNEUR LE NOUVEL ADAM, OU DE l'ÉGLISE.