‹ Catéchisme de persévérance, ou, Exposé historique, dogmatique, moral et liturgique de la religion (volume 4)Chapitre 3 sur 30 · XXIX^ LEÇON · texte numérisé non relu

XXIX^ LEÇON

DE NOTRE UNION AVEC LE NOUVEL ADAM , PAR LA CHARITÉ

Quatrième Commandement. — Sa signification et son étendue. — Récompense de ceux qui l'obsen'ent. — Châtiment de ceux qui le vicient. — Devoirs des enfants. — Respect, amour, obéissance, assistance spirituelle et temporelle. — Devoirs des parents et autres supérieurs. — Avantage social du quatrième Commandement. — Trait historique.

Nous avons des devoirs à remplir envers Dieu et envers le prochain, parce que nous sommes en société avec Dieu et avec nos semblables. Les trois Commandements que nous venons d'expliquer, règlent tous nos devoirs envers Dieu , et tous ces devoirs se réduisent à un seul, l'amour de Dieu par-dessus toutes choses. Les sept autres ont pour objet immédiat nos devoirs envers le prochain, et tous ces devoirs se réduisent à un seul , r amour du prochain comme nous-mêmes pour l'amour de Dieu. Ainsi , quoique ces Commandements aient pour objet immédiat la charité du prochain , ils ont néanmoins Dieu pour terme, puisque c'est pour l'amour de lui que nous devons aimer le prochain. Voilà pourquoi Notre Seigneur a dit que le Commandement d'aimer Dieu et celui d'aimer le prochain sont semblables.

Le troisième Commandement est ainsi con(.ii : Pères et mères honoreras, afin que tu vives longuement. Ces mots pères et mères ont une signification très-étendue. Ils ne regardent pas seulement ceux qui nous ont donné le jour, mais encore tous ceux qui nous tiennent lieu de père et de mère, soit par l'autorité qu'ils ont sur nous, soit à cause de leur dignité ou du besoin que nous avons d'eux ou de rexcellence de leurs fonctions ; en un mot, par pères et mères on entend ici tous les supérieurs ; dans l'Eglise, le Pape, les Evoques et tous les Pasteurs ; dans l'Etat , le Monarque , les Princes et tous les Magistrats.

Le mot honorer signifie avoir de l'estime pour quelqu'un, et faire grand cas de tout ce qui se rapporte h lui. Cet honneur suppose nécessairement 1 amour, le respect, l'obéissance, le service. C'est avec raison que Dieu a employé , en imposant ce précepte, le mot honorer, et non les termes aimez ou craignez, quoique nous soyons obligés d'aimer beaucoup et de craindre nos pères et mères. Celui qui aime quelqu'un ne l'honore pas toujours, et celui qui craint quelqu'un ne l'aime pas non plus toujours; au contraire, celui qui honore sincèrement quelqu'un , laime et le craint également.

Afin que tu vives longuement. Il est donc de foi , Dieu promet des récompense même temporelles à ceux qui seront fidèles à ce précepte . Le premier fruit de cette fidélité est une longue vie. En effet, il est juste que ceux qui gardent fidèlement la mémoire d'un bienfait . en jouissent

DE PERSl-VÉRANCE. 61

le plus long-lcmps possible. Ceux donc qui honorent leurs pères et mères ^ et qui leur témoignent une vive reconnaissance pour le bienfait de la vie et de la lumière qu'ils ont reçu d'eux, ont droit à jouir de la vie jusqu'à une grande vieillesse. Mais pour que cette prolongation de la vie soit une récompense, elle doit être heureuse. Aussi, il faut remarquer que Dieu ne promet pas seulement ici la longueur de la vie, mais aussi le repos, la tranquillité, la santé, nécessaires pour vivre heureusement. L'Écriture ne dit pas seulement, afin que voiis viviez long-temps , mais encore, afin que vous soyez heureux sur la terre'. Ces biens sont accordés à ceux dont Dieu veut récompenser la piété fdiale ; autrement il ne serait ni fidèle ni constant dans ses promesses.

Cependant, n arrive- t-il pas quelquefois que ceux qui ont pour leurs pères et mères une grande piété filiale, ne jouissent que d'une vie très-courte ? Il faut répondre , s' il en est ainsi , 1 ° que ce sont des exceptions , mais les exceptions confirment la règle; 2" que Dieu le permet pour leur plus grand bien. Il les rappelle à lui, avant qu'ils aient abandonné la voie de la piété et du devoir : Ils sont enlevés à la vie , de peur que la malice ne corrompe leur esprit^ ; ou afin que, dégagés des liens du corps, ils ne soient plus enveloppés dans les malheurs ni dans les troubles qui menacent le monde; ou bien encore, pour leur épargner la douleur dont ils seraient accablés à la vue des maux et des misères de leurs proches

I Deuter. 5. 16.

' Sap. IV. 10.

et de leurs amis ; aussi devons-nous avoir une grande crainte, lorsqu'une mort prématurée enlève les gens de bien.

Mais si Dieu promet de récompenser les enfants qui ont de la reconnaissance pour leurs jpères et mères, il menace de châtiments terribles ceux qui n'ont que de l'ingratitude et de la dureté envers eux. II est écrit : Que celui qui aura maudit son père ou sa mère . soit puni de mort. Celui qui afflige son père ou sa mère , est infâme et malheureux. Que l'œil de celui qui insulte à son père et qui méprise l'enfantement de sa mère , soit arraché par les corbeaux des torrents , et dévoré par les petits .des aigles'. Nous voyons dans l'Ecriture, que souvent la vengeance divine s'est appesantie sur les enfants qui avaient outragé leurs pères et mères. C'est ainsi que Dieu, pour venger David de son fils Absalon, qui s'était révolté contre lui , permit qu'il fût percé de trois dards, et qu'il mourût misérablement en punition de son crime .

Nous avons vu que le mot honorer comprend quatre principaux devoirs, il faut maintenant les expliquer,

i" Respect. Nos pères et mères tiennent à notre égard la place de Dieu môme. Voilà le fondement de leur autorité, voilà aussi la raison du respect que nous leur devons. Ce respect doit être intérieur et extérieur. Intérieur, c'est-à-dire que les enfants doivent déférer humblement aux avis de leurs parents ; recevoir leurs représentations et leurs réprimandes comme ils les rece-

' Exod. 21. 16. Lcv. 20 9. Prov. 15. 2. id. 20, 20. id. 30. 176-

vraientdc la bouche de Dieu môme. Ils seraient trèscoupables s'ils ne tenaient aucun compte de leurs observations, s'ils leur montraient du mépris par des gestes d'emportement et de violence , par un silence morne et méchant, par des plaintes injurieuses, en décriant leur caractère, en dévoilant leurs défauts, Ipurs fautes. Extérieur, c'est-à-dire que ce respect doit se manifester par des actions , des paroles , des manières humbles et soumises; et cela, quel que soit l'âge ou la pauvreté, ou les infirmités des pères et mères. C'est ainsi que Joseph, qui était, après le roi, le plus honoré et le plus puissant en Egypte, reçut son père, Jacob, qui venait le voir, avec les plus grandes marques d'honneur. C'est ainsi que Salomon, voyant sa mère qui venait à lui, se leva, et après l'avoir saluée, la fit asseoir à sa droite sur son trône. C'est ainsi que chez les Perses les enfants ne s'asséyaientjamais en présence de leurs parents. Darius, tout roi qu'il était, se conformait religieusement à cet usage. Combien ces exemples condamnent d'enfants chrétiens !

2° Amour. Il faut avouer que le cœur de l'homme est bien corrompu, pour que Dieu ait fait aux enfants un commandement exprès d'aimer leurs parents, et que pour les porter h le pratiquer , il y ait joint la promesse d'une fidélité temporelle. Car enfin , la nature fait à tous les êtres , aux lions même et aux tigres , un devoir d'aimer ceux qui leur ont donné la vie, et les animaux y sont fidèles. Que de douleurs, de chagrins, de peines, de travaux, de veilles, n'avons-nous pas coûté

Gh CATÉCHISME

à DOS parents ! Après Dieu , n'est-ce pas à eux que nous devons tout? Enfants dénaturés, tel est doncle nom qui convient à ceux qui n'aiment pas leurs pères et mères, qui, au lieu de les aimer, les contristent, ont pour eux de l'indifférence, de l'animosité ou de l'aversion. Comment des enfants chrétiens, qui savent qu'on doit aimer ses ennemis et être disposés à leur faire du bien, peuvent-ils n'être pas très-affectionnés à ceux sans lesquels ils n'existeraient pas, et qui ont tant de droit à leur tendresse, par les services qu'ils leur ont rendus, et par le bien qu'ils ne cessent de leur faire ?

Mais pour être chrétien, l'amour des enfants pour les parents doit partir d'un principe surnaturel, c'est-àdire qu'ils doivent les aimer en vue de Dieu et pour Dieu, et parce que Dieu le commande. Ainsi, quels que soient les défauts ou les vertus de nos parents, nous ne devons pas cesser de les aimer, de leur vouloir et de leur faire du bien.

3° Obéissance. C'est ici le grand devoir des inférieurs en général, et des enfants en particulier. Or, l'obéissance doit être simple, prompte, constante. Simple, c'est-à-dire que les enfants ne doivent pas raisonner sur le commandement. Ils doivent s'empresser d'obéir toutes les fois que la chose commandée n est pas contraire à la Loi de Dieu. S'il en était ainsi, non-seulement ils ne seraient pas obligés, mais encore ils feraient mal d'obéir; car il faut obéir à Dieu plutôt qu'aux hommes. Prompte , à peine Tordre est-il donné, que les enfants doivent 1" accomplir . Lorsqu' ils entendent la voix de leurs

DE PERSÉVÉRANCi:. 65

père et mère, ils doivent l'écouter comme s'ils entendaient la voix de Dieu lui-môme. Ils se rendent donc coupables contre l'obéissance , les enfants qui obligent leurs parents à réitérer plusieurs fois leur commandement, qui ne l'exécutent qu'avec lenteur et mauvaise grâce, et qui par là sont cause de plusieurs péchés, tels que l'impatience, la colère, et quelquefois les jurements. Enfin, constante, c'est-à-dire que l'obéissance doit s'étendre à tous les lieux, à toutes les circonstances, soit que la chose convienne ou ne convienne pas, qu'elle soit difficile ou non , à tous les âges , même jusqu après la mort de leurs parents, en exécutant fidèlement leurs dernières volontés.

Pour s'exciter à l'obéissance , les enfants doivent se mettre devant les yeux les exemples des Saints. Isaac se soumit humblement et sans résistance à la volonté de son père, lorsque celui-ci voulut le lier et le sacrifier à Dieu. Joseph fit un long voyage pour accomplir les derniers ordres de Jacob , et transporter ses os dans le tombeau d'Abraham et d' Isaac. Mais le grand exemple qu'ils doivent toujours méditer, est celui de Notre Seigneur. Le Verbe divin, par qui tout a été fait, le Fils de Dieu obéit à deux de ses créatures î L'Evangile nous fait en quatre paroles l'histoire de son enfance et de sa jeunesse : Il leur était soumis ! Après cela , quel enfant oserait désobéir ?

2° Assistance. Les enfants sont encore obligés d'assister leurs parents dans leurs besoins temporels et spirituels. Nous devons nous estimer heureux de pouvoir

66 CATÊCHISSIE

rendre à nos pères et mères une partie de ce qu'ils nous ont donné. Ils nous ont nourris, vêtus, élevéï; à notre tour, nous devons, lorsqu'il y a lieu, les nourrir, les vêtir , leur procurer tous les soulagements réclamés par leur pauvreté, leurs infirmités et leur vieillesse. 11 faut en un mot que nous nous conduisions de telle sorte, que nos parents puissent nous dire comme le père et la mère du jeune Tobie disaient à leur fils : 0 vous, noire cher enfant , îa lumière de nos yeux , le bâton de notre vieillesse, toute la consolation, de notre vie.

Si les enfants doivent à leurs pères et mères les secours corporels, combien plus doivent-ils leur procurer les secours spirituels, surtout dans leurs maladies! Les enfants sont obligés de prier pour leurs pères et mères; ils doivent aussi, suivant les circonstances, les avertir de leurs devoirs, mais avec tout le respect, la prudence et la charité possibles; enfin, s'ils sont malades, ils ne doivent rien négliger pour les disposer à bien mourir. lis pécheraient donc grièvement s'ils manquaient à leur faire recevoir les Sacrements. Oh ! combien d'enfants laissent mourir leurs pères et mères sans se mettre en peine d'avertir le Prêtre, ou qui ne l'avertissent que trop tard. Piété cruelle! tendresse homicide dont une éternité de supplices sera la suite pour les parents et peut-être pour les enfants ! Enfin, cette assistance spirituelle doit accompagner nos pères et mères jusqu'au-delà du tombeau, c'est-à-dire que nous devons continuer de prier et faire prier pour eux.

Augustin, dans le temps de ses plus grands désordres.

honora toujours beaucoup sainte Monique, sa raùre. Il dit dans ses Confessions , liv. 9 : « Dans sa dernière maladie, elle m'assura qu'elle était contente de moi et des soins que j'avais tâché de lui rendre. Elle m'appelait son bon fîh, et elle me disait qu'il ne m'était jamais échappé un seul mot dont elle eût pu se plaindre.» Après l'avoir perdue, il versa beaucoup de larmes qu'il ne pouvait arrêter quand il pensait à ses manières si douces, si complaisantes et si pleines de tendresse, mais d'une tendresse toute chrétienne. Il offrit pour elle le sacrifice de notre Rédemption , et la recommanda aux prières de tous les fidèles qui liraient le livre de ses Confessions. Un saint Evêque avait dit à sainte Monique, avant la conversion d'Augustin : Il n'est pas possible qu'une mère qui demande à Dieu avec tant de larmes le salut de son fils, ait la douleur de le voir périr. On peut dire que ce fut la piété filiale d'Augustin, pour sa tendre et sainte mère , qui porta le Seigneur à lui accorder les grâces à l'aide desquelles il rompit ses chaînes.

L'honneur que nous devons à nos pères et mères,' comprend donc le respect, l'amour, l'obéissance, l'assistance corporelle et spirituelle ; voilà ce que Dieu exige des enfants, pour leur salut et pour le bonheur des familles .

Ce qu'il exige de la part des pères et mères n'est pas moins juste. Ils doivent à leurs enfants, 1° la nourriture ; 2° l'instruction ; 3° la correction ; 4° le bon exemple; 5° la vigilance.

l'La nourriture, c'est-à-dire que les parents doivent

nourrir, vêtir et élever leurs enfants selon leur état et leur condition. Un grand nombre de parents se rendent coupables en ce point plutôt par excès que par défaut, c'est-à-dire qu'ils nourrissent leurs enfants avec trop de délicatesse, les habillent avec trop de luxe et de recherche, par là ils excitent leur ambition et leur vanité en leur inspirant des goûts qui ne conviennent pas à leur condition. C'est un très-mauvais service qu'ils rendent à leurs enfants et à eux-mêmes, parce que trop souvent les enfants élevés au-dessus de leur état méprisent leurs parents. C'est encore une cause de désordre pour toute la société.

2° V instruction. Les parents sont obligés d'instruire par eux-mêmes ou de faire instruire leurs enfants par des personnes capables et vertueuses , de les envoyer aux Catéchismes ; en un mot , de prendre tous les moyens nécessaires pour procurer à leurs enfants la connaissance de la Religion .

Z°hai correction. Lcsparentsviolentsouvent cette obHgation. Ils flattent même quelquefois les vices de leurs enfants , ou ne les reprennent que faiblement. Que les parents se souviennent du grand-prêtre Iléli qui fut puni d'un châtiment terrible pour avoir eu trop d'indulgence envers ses enfants. Pour être chrétienne et utile, la correction doit être ferme, douce, constante et raisonnable .

4° Le bon exemple. Si l'obéissance est le grand devoir des enfants, le bon exemple est le grand devoir des parents. Ils tiennent dans la famille la place de Dieu,

DB PliRSÉVÉHANCE. 69

ils doivent donc ôtre ses images vivantes. Ils doivent, autant que la faiblesse humaine le permet, agir, commander, reprendre, diriger comme Dieu lui-même s'il était visiblement à la tète de la famille. Surtout, ils doivent donner l'exemple de l'accomplissement fidèle de tous les devoirs de la Religion : prier , assister aux offices , ■ fréquenter les Sacrements, observer les jours déjeune et d'abstinence, éviter avec le plus grand soin les blasphèmes, les médisances, les paroles déshonnêtes ; en un mot, tout ce qui pourrait scandaliser leurs enfants.

5° La vigilance. Les parents sont obligés de veiller sur la conduite de leurs enfants, c'est-à-dire de voir s'ils accomplissent leurs devoirs de Chrétiens, quelles personnes ils fréquentent, à quelle lecture ils se livrent. Cette vigilance doit être continuelle. Un instant de sommeil suffit 'à l'homme ennemi pour semer la zizanie dans le champ du père de famille. Les parents sont encore obligés de procurer à leurs enfants les moyens d'entrer dans leur vocation ; ils doivent les aider à la connaître par leurs conseils et leurs prières; mais ils commettraient un très-grand péché s'ils les forçaient, malgré eux, d'embrasser un état, ou s'ils les empêchaient d'entrer dans celui auquel Dieu les appelle. Enfin les pè t3s et mères doivent aimer leurs enfants selon Dieu et pour Dieu. S'il en est ainsi, ils les aimeront également sans préférer l'un à l'autre. En témoignant à leurs enfants un amour à peu près égal , ils entretiennent entre eux la paix et l'union; au lieu qu'en montrant plus d'amitié pour l'un que pour l'autre, ils causent entre eux une

jalousie qui devient ordinairement une source de haine irréconciliable et de plusieurs autres péchés. On sait le mauvais effet que produisit la prédilection de Jacob pour Joseph.

La société n'est qu'une grande famille, les supérieurs en sont comme les pères, et les inférieurs comme les enfants. Ainsi, les devoirs de la société ne sont qu'une extension des devoirs de la famille. C'est pourquoi les inférieurs sont obligés d'honorer, c'eet-à-dire de respecter, d aimer, d'obéir, d'assister leurs supérieurs, comme sont les Evoques, les Prêtres, les Rois, les Princes, les Magistrats, les Tuteurs, les Curateurs, les Maîtres, les Vieillards; car toutes ces personnes sont dignes de participer aux fruits de notre charité, de notre obéissance et de notre travail , mais non point aux mêmes degrés.

Ceux que nous devons honorer avant tout, sont les Évoques et les Prôtres, parce qu'ils sont les ambassadeurs de Jésus-Christ. C'est à eux qu'il a confié le soin de perpétuer la Religion sur la terre et de procurer aux hommes le bonheur de 1 éternité. Après eux , viennent les Rois, les Princes et nos Supérieurs dans l'ordre temporel, parce qu'ils ne concourent qu'indirectement au salut de notre ame.

Les domestiques doivent à leurs maîtres le respect, l'obéissance , mais une obéissance religieuse, le service et la fidélité. Ainsi, les domestiques pèchent lorsqu ils manquent à quelques-uns de ces devoirs. De leur côté, les maîtres et maîtresses sont obligés 1" à instruire

leurs domestiques ou à les faire instruire des mystères de la Religion, des devoirs du Christianisme et de ceux de leur état particulier. Les maîtres doivent donc envoyer leurs domestiques qui instructions paroissiales, les engager à fréquenter les Sacrements, à prier Dieu le soir et le matin et à leur en donner l'exemple ; 2° à faire observer à leurs domestiques les Commandements de Dieu et de l'Église; 3° à surveiller leur conduite ; 4° à les reprendre avec charité ; 5" ô leur fournir les aliments nécessaires; 6° à leur payer fidèlement leur salaire,

Tous ces devoirs sont fondés sur ce que les maîtres et maîtresses tiennent lieu de pères et de mère» aux domestiques. C'est l'idée touchante que le Christianisme nous donne. Saint Paul, s' adressant aux maîtres, leur dit : Ne traitez pas vos domestiques avec menace, souvenez-vous que vous avez tous un Maître commun dans le Ciel, qui n'aura point d'égard à la condition des personnes ' . Puis il ajoute : Si quelqu'un n'a pas soin des siens et surtout de ses domestiques, il a renié la foi et il est pire qu'un Infidèle. Conformément à cette idée, saint Augustin avertit les maîtres qu'ils doivent se considérer comme Evoques au-dedans de leurs maisons, et qu'en cette qualité, ils doivent veiller sur la conduite de leurs domestiques et pourvoir à leurs besoins spirituels '.

Quant aux devoirs des supérieurs en général, ils sont semblables à ceux des maîtres et maîtresses , car tout supérieur est le ministre de Dieu pour le bien. Or, le

• Eph. VI.

' Serm. 94. de sanctis.

bien de l'homme, c'est sa fin, et sa fin c'est sa sanctification. Ainsi, tous ceux qui sont au-dessus des autres, rois ou papes , doivent se proposer avant tout la gloire de Dieu et le salut de leurs inférieurs. Ce n'est que pour cela que Dieu leur a confié une partie de son autorité. Ils doivent donc avoir souvent devant les yeux Notre Seigneur le nouvel Adam , ce modèle parfait de tous les si4jiérieurs qui , non content d'instruire, d'édifier, de reprendre , de garder ses inférieurs, a porté le dévouement jusqu'à s'immoler pour eux. Supérieurs , qui que vous soyez , spirituels ou temporels , souvenez-vous bien que vous êtes faits pour vos inférieurs, bien plus queux-mômes ne sont faits pour vous; votre temps, vos lumières , votre santé , vos soins, vos veilles sont 5 eux. Voilà pourquoi, dans la langue du Christianisme, le pouvoir s'appelle charge. Voilà pourquoi le premier de tous les supérieurs , le vicaire de Jésus-Christ, s'appelle humblement le serviteur des serviteurs de Dieu .

Et maintenant est-il difficile de comprendre combien le quatrième Commandement est avantageux à la société? Remarquez d'abord que sous le nom de pères et mères, Dieu renferme tous les supérieurs. Profonde philosophie du langage divin ! il est donc vrai qu'il n'y a dans le monde que des pères et des enfants ! c'est-àdire , que tous les hommes ne doivent former qu'une seule famille. Base de la famille, le quatrième Commandement est aussi la base de la société. En eft'et, qu'est-ce que la société? sinon la réunion de toutes les

DB PERSÉVËRAISCK. 75

familles particulières, dans le but de se conserver et de se perfectionner. Donc sans famille point de société; mais d'autre part , point de famille sans le quatrième Commandement. Donc le quatrième Commandement est à la société ce que l'ame est au corps , la racine à l'arbre , le fondement à l'édifice. Quand je dis point de famille sans le quatrième Commandement , j'entends point de Camille , telle qu'elle doit être pour contribuer au bonheur et à la gloire de la société , c'est-àdire, éclairée, morale, tranquille, fortement unie,, distinguée par la douceur , la fermeté , le dévouement du père et de la mère, et par l'obéissance, le respect . l'amour des enfants. En un mot, sans le quatrième Commandement, vous aurez des familles payennes, turques ou sauvages, dans lesquelles le père est un despote, la mère une esclave , l'enfant une victime , en attendant qu'il soit un rebelle; mais vous n'avez pas la famille chrétienne , seule digne du nom de famille. Partout ailleurs, je vois l'homme à la place de Dieu, la force brute ou l'amour aveugle et purement naturel , comme celui de l'animal , à la place de la raison et de l'amour chrétien. Il est donc vrai, c'est au quatrième Commandement que la famille et par conséquent la société doit sa supériorité sur toutes les familles et toutes les sociétés qui ne connaissent pas ce précepte dans toute son étendue.

Familles chrétiennes, pourquoi donc oubliez-vous, pourquoi foulez-vous au pied ce Commandement, principe de votre bonheur? Et vous , peuples chrétiens ,

7Z| CATÉCHISilE

connaissez enCn la cause de vos malheurs , et le remède aux maux qui vous dévorent . Dans votre fol amour de l'indépendance, vous avez violé le quatrième Commandement ; vous vous bouchez les oreilles pour ne pas entendre la voix du Législateur suprême qui vous dit : Pères et mères honoreras, afin que tu vives longuement. Et voilà que des révolutions , des luttes sanglantes , des bouleversements sans cesse renaissants qui bannissent la paix , la sécurité publique , la confiance dans l'avenir , toutes les conditions du bonheur temporel , n'ont pas manqué de venir justifier la Providence et vous apprendre que ce n'est pas un vain mot que ce quatrième précepte : Pères et mères honoreras, afin que tu vives longuement.

Peuples et familles, que vos larmes, que votre sang, que votre dure expérience, ne soient pas des leçons perdues pour vous. Rentrez en vous-mêmes, observez le quatrième Commandement, et voyez comme la terre change de face. L'autorité devient sage, équitable, paternelle; c'est Dieu qui commande ; l'obéissance devient douce, constante, exacte parce qu'elle est ennoblie; ce n'est plus à l'homme c'est à Dieu que l'inférieur obéit. L'amour reprend son empire et avec l'amour revient l'union des cœurs, l'union qui fait le charme delà vie et la force des familles et des peuples, et les particuliers, et les familles, et les peuples, honorant leurs pères et mères, vivent longuement sur la terre devenue un Paradis anticipé. Expérience personnelle, raisonnement, observations, histoire ancienne, histoire contemporaine, appelez tous ces témoins à déposer, tous vous

diront par des faits : Honore tes pères cl mères ; Ion bonheur temporel est à ce prix.

Grâces immortelles soient rendues à Jésus-Christ qui, en confirmant cet admirable précepte , a eu pour but de ne faire du monde qu'une grande famille unie par les doux liens de la charité, et de ramener ainsi le genre humain à l'état de perfection primitive; si tous les hommes ne sont pas assez amis d' eux-mêmes pour l'accomplir, du moins chacun de nous peut s'y conformer pour son propre compte , et réaliser à son égard le bonheur même temporel promis à ceux qui s'y montrent fidèles. Terminons par un trait d'histoire qui servira de leçon aux. enfants et aux parents, aussi bien qu'à tous les supérieurs et à tous les inférieurs en général.

La raison veut qu'on arrête le mal dès le principe. Les pères et mères doivent donc corriger leurs enfants dès le bas âge, avant que les passions n'aient rompu- leur frein. Malgré les précautions de sa gouvernante, sainte Monique, pendant sa jeunesse, prit insensiblement du goût pour le vin , comme elle l'avoua depuis à saint Augustin, son fils. C'était elle qui allait ordinairement à la cave. Dès qu'elle avait puisé le vin, elle en avalait quelques gouttes. Ceci ne venait point d'un tempéramment porté à l'ivrognerie : c'était l'effet de la légèreté et de cette impétuosité qu'on a coutume de remarquer dans les enfants. Cependant, la quantité de vin que prenait la jeune Monique augmentait tous les jours, et l'aversion qu'elle avait naturellement pour cette liqueur diminuait à proportion ; elle en vint jusqu'à aimer le vin et

Page 1