XXX^ LEÇON
DE NOTRE UNION AVEC NOTRE SEIGNEUR LE NOUVEL ADAM, PAR LA CHARITÉ
Cinqui^me Commandement. — Bienfaits de ce Commandement. — Co qu'il défend, homicide, duel, suicide, haine, violences, emportements. — Ce qu'il défend encore, scandale. — Définition du scandale.
— Comment on le donne. — Obligation et moyen de le réparer.
— Trait historique. — Avantage social du cinquième Commandement. — Sixième et neuvième Commandements. — Leur avantage social. — Traits historiques.
Après avoir établi par le quatrième Commandement le bonheur des familles et des sociétés , en ordonnant aux inférieurs et aux supérieurs de ne vivre les uns que pour les autres, Dieu défend par les six derniers Commandements tout ce qui pourrait porter atteinte à ce bonheur et troubler ce bel ordre. Comme le plus précieux de tous les biens naturels c'est la vie , Dieu commence par le mettre à couvert; tel est l'objet du cinquième Commandement. S'adressant à tous les hommes en général, et à chacun en particulier, il oppose à leur fureur la redoutable barrière de son autorité , en disant : Tu ne tueras point. Avec quel amour nous devons recevoir ce Commandement ! C'est une protection sacrée dont Dieu daigne environner nos jours, ceux de l'enfant qui n'est pas encore né, ceux du r. iv. 6
pauvre qu'on méprise, du petit, du faible sans appui, et de tous sans distinction. Barrière formidable; quiconque osera la franchir, aura l'Enfer pour châtiment. Je demanderai compte de votre sang , dit le Seigneur, à quiconque l'aura versé' . Voilà ce que Dieu avait dit aux hommes dès que parle péché ils furent devenus méchants.
Trois grands péchés sont d'abord défendus par le cinquième Commandement : le meurtre, le duel et le suicide.
Le meurtre est l'action par laquelle la mort est donnée à un homme volontairement et injustement. On ne serait pas coupable d'homicide , si on donnait la mort à quelqu'un sans le vouloir, comme celui qui tua à la chasse l'époux de sainte Jeanne-Françoise de Chantai, croyant que c'était sur une bote fauve qu'il tirait; ou si c'était par l'ordre de ceux qui sont dépositaires de l'autorité souveraine, pour punir les grands forfaits, comme le font les exécuteurs de la haute justice.
On commet l'homicide non-seulement en l'exécutant, mais encore en l'ordonnant ou en y contribuant; et combien de personnes n'y contribuent pas de manière à s'en rendre coupables!
On contribue à l'homicide par conseil. De ce nombre, sont ceux «[ui portent à commettre ce crime en excitant la haine de ceux qui ont été outragés , et en leur reprochant leur lâcheté, s'ils n'en tirent pas vengeance.
On '^ contrlhue \tdiT négligence. De ce nombre sont ceux qui, chargés du soin des malados, les laissent périr,
' Gen. 95.
Dli PERSÉVÉRANCE. 8 ■'5
pour ne pas veiller auprès d'eux avec assez d'assiduité, ou pour ne pas suivre fidèlement les ordres du médecin .
On y contribue par intérêt. De ce nombre, sont tant de médecins et de chiruriiiens, entre les mains de qui beaucoup de personnes meurent, parce que l'esprit d'intérêt leur fait exercer cet état sans, avoir les connaissances nécessaires.
On y contribue par imprudence . hes pères et mères qui font coucher avec eux leurs petits enfants , s'exposent aussi à se rendre coupables d'homicide : il n'est pas rare que ces enfants périssent étouffés durant leur sommeil. C'est pourquoi il est expressément défendu aux parents de faire ainsi dormir leurs enfants dans leur lit, avant qu'ils aient un an.
La seconde espèce d'homicide défendue par le cinquième Commandement, c'est le duel. Le duel est un grand crime ; comme le meurtre, il viole les lois divines et humaines. Aussi, la société et la Religion ont-elles porté contre les duellistes les peines les plus graves . Les lois françaises les condamnent au châtiment des homicides, et l'Eglise catholique assemblée au Concile de Trente, leur inflige les peines suivantes : 1" l'infamie et la perte des biens; 2" la privation de la sépulture pour celui qui meurt dans le combat; 3° l'excommunication majeure qu'encourent, lors même que le duel n'a pas lieu, les duellistes , les témoins du duel, ceux qui le conseillent ou le favorisent et même ceux qui y assistent exprès, et qui par leur présence excitent au combat ',
: Sess. 25. c. 19.
Le Concile de Trente frappe les duellistes d'infamie, en sorte qu'ils sont irréguiiers et ne peuvent plus recevoir les ordres sans une dispense. En effet, ils sont infâmes parce qu'ils sont lâches et mauvais citoyens.
Lâches. Ils courbent leur front orgueilleux sous le joug d'un préjugé barbare qu'ils n'osent affronter.
Ldci^es. Ils manquent du seul courage qui honore véritablement l'homme, le courage du pardon.
Lâches. Ils se montrent esclaves des plus viles passions, l'orgueil, la rancune, la cruauté.
Mauvais cùoyens. Ils jouent, pour satisfaire une vengeance personnelle , un bien qui n'est point à eux , leur vie qui appartient à la société, à leurs épouses , à leurs enfants .
Mauvais citoyens. Ils violent effrontément la première loi de toute société qui défend à l'individu de se faire justice à lui-même.
Mauvais citoyens. Ils substituent à la morale des hommes, la morale des loups.
Mauvais citoyens. Ils sont les contempteurs audacieux de tout ce qu'il y a de plus sacré parmi les hommes, la Religion.
Mauvais citoyens. Ils foulent aux pieds toutes les lois divines et humaines pour ne reconnaître que le droit brutal du plus adroit, établissant en principe que l'honneur est h la pointe d'un sabre ou dans la balle d'un pistolet .
N'est-ce pas avec pleine justice que l'Eglise déclare j-nfames ceux qui se rendent coupables d'un pareil crime? et la raison ne dit-elle pas en applaudissant à
DE PERSÉVÉRANŒ, 85
cet arrêt : Oui, infâmes? L'impiété elle-rnômc na-t-elle l»as élevé la voix pour llétrir ce préjugé barbare? «Gardez-vous, dit Rousseau, de cgnfondre le nom sacré de l'honneur avec ce préjugé féroce qui met toutes les vertus à la pointe d'une épéc et n'est propre qu'à faire de braves scélérats. Mais encore en quoi consiste cetaffreux préjugé? Dans l'opinion la plus extravagante et la plus barbare qui jamais entra dans l'esprit humain ; savoir : que tous les devoirs de la société sont suppléés par la bravoure ; qu'un homme n'est plus fourbe, fri ^ pon, calomniateur; qu'il est civil, humain, poli quand il sait se battre ; que le mensonge se change en vérité; que le vol devient légitime, la perfidie honnête, l'infidélité louable, sitôt qu'on soutient tout cela le fer à la main; qu'un affront est toujours bien réparé par un coup d'épée, et qu'on n'a jamais tort avec un homme parce qu'on le tue. Il y a, je l'avoue, une autre sorte d'affaire où la gentillesse se mêle à la cruauté et où Ion ne tue les gens que par hasard; c'est celle où l'on se bat au premier sang. Au premier sang ! grand Dieu ! et qu'en veux-tu faire de ce sang, bête féroce? le veuxtu boire?
» Dira-t-on qu'un duel témoigne qu'on a du cœur et que cela suffit pour effacer la honte et le reproche de tous les autres vices? Je demanderai quel honneur peut dicter une pareille décision et quelle raison peut le justifier? A ce compte, si Ion vous accusait d'avoir tué un homme, vous en iriez tuer un second pour prouver que cela n'est pas vrai. Ainsi, vertu, vice, honneur,
infamie, vérité, mensonge, tout peut tirer son être de l'événement d'un combat ; une salle d'armes est le siège de toute justice : il n'y a d'autre droit que la force, d'autre raison que le meurtre; toute la réparation due à ceux qu'on outrage, c'est de les tuer, et toute oflfense est également bien lavée dans le sang de l'offenseur ou de l'offensé. Dites, si les loups savaient raisonner, auraient-ils d'autres maximes?
» Laissez se battre tous ces gens- là (tous les mauvais sujets), rien n'est moins honorable que cet honneur dont ils font si grand bruit; ce n'est qu'une mode insensée, une fausse imitation de vertu qui se parc des plus grands crimes. L'honneur d'un homme qui pense noblement n'est point au pouvoir d'un autre ; il est en lui-même et non dans l'opinion du peuple : l'honneur ne se défend ni par l'épée ni par le bouclier, mais par une vie intègre et irréprochable, et ce combat vaut bien l'autre en fait de courage. En un mot, l'homme de courage dédaigne le duel et l'homme de bien l'abhorre.
» Je regarde les duels comme le dernier degré de brutalité où les hommes puissent parvenir. Celui qui va se battre de gaîté de cœur n'est à mes yeux qu'une bête féroce qui s'efforce d'en déchirer une autre, et s'il reste le moindre sentiment naturel dans leur ame, je trouve celui qui périt moins à plaindre que le vainqueur. Voyez ces hommes accoutumés au sang, ils ne bravent les remords qu'en étouffant la voix de la nature ; ils deviennent par degrés cruels et insensés ; ils se jouent de la vie des autres, et la punition d'avoir pu manquer d'humanité
est de la perdre tout à fait. Que sont-ils dans cet état? >> La troisième espèce d'homicide défendue par le cinquième Commandement, c'est le suicide. Prévoyance infinie du nouvel Adam ! Connaissant à fond la misère de notre cœur, la violence de nos passions, il sait que nous sommes capables d'attenter nous-mêmes à notre propre vie ; c'est pourquoi il défend le suicide. Ainsi, non content d'avoir protégé nos jours contre la violence des autres, il les met à couvert de nos propres fureurs. Pouvait-il porter plus loin sa tendre sollicitude? Notre reconnaissance pourra-t-elle jamais l'égaler?
Le suicide est un crime , parce que n'étant pas maîtres de notre vie, il ne nous appartient pas de nous l'ôter . La vie est un dépôt que la Providence nous a confié et que nous devons garder tant qu'elle le jugera convenable. Sentinelles, c'est une trahison de quitter notre poste sans l'ordre du général qui nous y a placés. Si celui qui tue un homme, dit Lactance, est un scélérat et un méchant parce qu'il ôte la vie à un homme, comment celui qui se l'ôte à lui-môme serait-il innocent, puisque c'est un homme qu'il fait mourir? Son crime, au contraire, est d'autant plus grand qu'il échappe à la vengeance des lois humaines . Comme nous ne sommes pas venus de notre propre volonté en ce monde, nous ne devons aussi en sortir que par l'ordre de Dieu qui nous y a mis '.
Le suicide n'est permis dans aucun cas. Il n'est point d'attentat plus funeste à celui qui le commet, s'il vient à mourir au môme instant, parce qu'en s'ôtant la vie tem-
' Lact. de Inatit, div, lib. 2. c. 18.
porelle , il se donne la mort éternelle. A la voix des Pères de l'Eglise se joint celle des philosophes irréligieux pour condamner le suicide. Ecoutez encore Rousseau : « Tu veux cesser de vivre ; mais je voudrais bien savoir si tu as commencé. Quoi , fus-tu placé sur la terre pour n'y rien faire? le Ciel ne t'impose-t-il point avec la vie une tûche pour la remplir? Si tu as fait ta journée avant le soir, repose-toi le reste du jour , tu le peux ; mais voyons ton ouvrage. Quelle réponse tiens-tu prête au Juge suprême qui demandera compte de ton temps ? Malheureux ! trouve-moi ce juste qui se vante d'avoir assez vécu; que j'apprenne de lui comment il faut avoir porté la vie pour être en droit de la quitter.
» Tu comptes les maux de l'humanité, et tu dis : La vie est un mal. Mais regarde , cherche dans l'ordre des choses si tu y trouves quelfjues biens qui ne soient point mêlés de maux. Est-ce donc à dire qu'il n'y ait aucun bien dans l'univers , et peux -tu confondre ce qui est mal par sa nature avec ce qui ne souffre le mal que par accident? La vie passive de l'homme n'est rien , et ne regarde qu'un corps dont il sera bientôt délivré ; mais sa vie active et morale qui doit influer sur tout son être, cousiste dans l'exercice de sa volonté. La vie est un mal pour le méchant qui prospère, et un bien pour l'honnête homme infortuné : car ce n'est pas une modification passagère , mais son rapport avec son objet , qui la rend bonne ou mauvaise.
» Tu t'ennuies de vivre, et tu dis : La vie est un mal . Tôt ou tard tu seras consolé , et lu diras : La vie est un
bien. Tu diras plus vrai , sans mieux raisonner ; car rien n'aura changé que toi. Change donc dès aujourd'hui , et puisque c'est dans la mauvaise disposition de ton ame qu'est tout le mal , corrige tes affections déréglées, et ne brûle pas ta maison pour n'avoir pas la peine de la ranger.
» Que font dix, vingt, trente ans, pour un être immortel? La peine et le plaisir passent comme une ombre ; la vie s'écoule en un instant; elle n'est rien par ellemême, son prix dépend de son emploi .Le bien seul qu'on a fait , demeure, et c'est par lui qu'elle est quelque chose. Ne dis donc plus que c'est un mal pour toi de vivre , puisqu'il dépend de toi seul que ce soit un bien , et que si c'est un mal d'avoir vécu , c'est une raison de plus pour vivre encore. Ne dis pas non plus qu'il test permis de mourir ; car autant vaudrait dire qu'il t'est permis de nôtre pas homme , qu'il t'est permis de te révolter contre l'auteur de ton être , et de tromper ta destination .
)> Le suicide est une mort furtive et honteuse. C'est un vol fait au genre humain. Avant de le quitter, rendslui ce qu'il a fait pour toi. — Mais je ne tiens à rien , je suis inutile au monde. — Philosophe d'un jour! ignorestu que tu ne saurais faire un pas sur la terre sans trouver quelque devoir à remplir, et que tout homme est utile à l'humanité par cela seul qu'il existe?
» Jeune insensé! s'il te reste au fond du cœur le moindre sentimentde vertu , viens, que je t'apprenne à aimer la vie. Chaque fois que tu seras tenté d'en sortir, dis en toi-même : Que je fasse encore une bonne action
avant que de mourir; puis va chercher quelque indigent à secourir , quelque infortuné à consoler , quelque opprimé h défendre. Si cette considération te retient aujourd'hui, elle te retiendra encore demain, après demain , toute la vie. Si elle ne te retient pas , meurs , tu n'es qu'un méchant '.«
L'Eglise défend de donner la sépulture aux suicides, ainsi qu'aux duellistes, lorsqu'ils meurent dans le combat. Rien de plus juste que de priver des honneurs de la Religion , ceux qui sont morts en se moquant de ses plus saintes lois? Ils ont renié leur mère, elle refuse de bénir leurs cendres et de veiller sur leur tombe : encore un coup, quoi de plus équitable? Après cela, comment ose-t-on tourmenter les Prêtres pour leur arracher des prières ou les faire assister aux funérailles de ceux qui, s'ils pouvaient revenir, seraient peut-être les premiers à s'en plaindre et à les repousser? L'intolérance n'est donc pas dans le Prêtre qui refuse son ministère, mais dans ceux qui l'exigent.
Le meurtre, le duel, le suicide ont toujours passé pour des crimes énormes. En effet, ils attaquent tout ensemble le Créateur, la créature et la société. Le Créateur, en détruisant son'ouvrage ; la créature, en la privant du plus grand des biens naturels, la vie ; la société, en la privant d'un de ses membres. Aussi, ces trois attentats sont-ils <1' abord défendus par le cinquième Commandement. Ceux qui ont tué ou blessé le prochain sont obligés de réparer le dommage qu'ils ont causé.
' Esprit, Maximes ci Piincipes de J,-J, liouiseau.
DB PERSÉVÉIVANCE. 9l
Mais le nouvel Adam ne s'est pas contenté de nous défendre le meurtre, il a voulu, pour assurer davantage notre vie, extirper du cœur humain tout ce qui pourrait y conduire. C'est encore un point où la loi nouvelle est plus parfaite que l'ancienne. L'homicide se forme dans le cœur, et c'est aussi au fond du cœur que Notre Seigneur va l'étouffer. Vous savez, disait-il aux Juifs, qu'il a été dit aux Anciens : Vous ne tuerez point ; pour moi , je vous dis , quiconque se mettra en colère contre son frère, méritera d'être condamne' par le jugement , et que celui qui lui dira vous êtes un fou, méritera d'être condamné au feu de l'Enfer ' .
Ainsi, le cinquième Commandement ne défend pas seulement de tuer, de blesser, de frapper, il défend de plus les sentiments de colère, de haine, d'envie, de mépris contre le prochain , la pensée môme et le désir de se venger, les paroles injurieuses, les imprécations, la violence, les mauvais traitements, parce que tous ces mouvements sont une semence d'homicide, et peuvent y conduire, s'ils ne sont réprimés. Le'Dieu de la société se montre tellement délicat sur ce point, qu'il n'hésite pas à mettre nos intérêts avant ceux de sa gloire. Si vous apportez votre offrande à l'autel, dit-il, et que là, vous vous rappeliez que votre frère a quelque chose contre vous, laissez-là votre présent devant l'autel, étaliez vous réconcilier , puis vous viendrez, et vous présenterez votre offrande \
• MaUh. c. 5.
^ Mallh. ici. 14.
Si Dieu met tant de soin à protéger la vie de notre corps, combien plus en met-il à protéger la vie de notre ame? si l'homicide qui détruit un corps mortel est un des plus grands crimes, parce qu'il s'attaque au chef-d'œuvre du Créateur, que dire du scandale qui fait périr une ame immortelle, infiniment plus précieuse que le corps, puisque c'est pour elle que le corps a été fait? Aussi, n"est-il pas de péché contre lequel le nouvel Adam ait lancé de plus foudroyants anathèmes. Malheur au monde à cause de ses scandales : et ailleurs : Quiconque scandalise le moindre des hommes . il vaudrait mieux pour lui être précipité dans lamer, une meule de moulin au cou. La sévérité de cette parole n'étonne pas si on considère que le scandale est un péché d'autant plus énorme qu'il renverse directement l'œuvre de 1 Incarnation. Pourquoi Notre Seigneur est-il mort en Croix ? pour sauver des âmes, et le scandale tend directement à les perdre et à priver Jésus-Christ du fruit de sa mort. Quoi de plus opposé à l'amour de Dieu et du prochain ?
Le mot scandale signifie proprement une chose contre laquelle on heurte en marchant. Il signifie aussi un obstacle ou un empôchement à quelque chose. C'est par cette raison qu'on nomme scandale tout ce qui nous empêche d'arriver à la vie éternelle en nous donnant occasion de pécher. Avec les Saints Pères et les Théologiens, nous entendons ici par scandale, une parole ou une action qui n'a pas toute la droiture qu'elle doit avoir, et qui par là donne aux autres occasion
d'offenser Dieu. Il est important d'expliquer cette définition.
1° Nous disons une parole ou une action , parce que, quoi qu'on ait la volonté de faire tomber les autres dans le péché, dès que ce mauvais dessein ne se manifeste point au dehors, on ne cause pas de scandale, puisqu'on ne donne pas au prochain occasion de pécher.
On comprend sous les termes de parole et d'action , l'omission de l'une ou de l'autre ; car celui qui ne fait pas ou qui ne dit pas ce qu'il doit dire ou faire, par exemple celui qui n'assiste pas à la Messe le jour du Dimanche , celui qui ne reprend pas un blasphémateur sur lequel il a autorité, donne du scandale.
2° Nous avons dit qui n'a pas toute la droiture, c'est-à-dire qui est mauvaise en elle-même, ou qui a l'apparence du mal, quoiqu'elle ne soit pas mauvaise en elle-même.
3° Nous avons dit, qui donne occasion de tomber dans h péché; car, pour qu'une action cause du scandale, il n'est pas nécessaire que la chute du prochain s'ensuive, Il suffit que l'action y donne occasion. Quoique personne ne l'imite effectivement, elle peut néanmoins être imitée. Celui, dit saint Augustin, qui, à la vue du peuple, mène une mauvaise vie, cause la mort autant qu'il est en lui à ceux qui le voient. Qu'il ne se flatte donc pas que celui qui a été spectateur de sa mauvaise vie, n'en est pas mort. Le spectateur est vivant, mais le scandaleux ne laisse pas d'être homicide '.
' De Pasl. c. A.
Il y a une foule de manières de se rendre coupable de scandale. Nous nous contenterons de dire en général qu on se rend coupable de scandale 1 ° quand on ordonne , que l'on conseille ou que Ton demande à quelqu'un qu'il fasse une chose qu'il ne peut faire sans péché. Ainsi, c'est un scandale de solliciter quelqu'une mentir ou à s'enivrer ; 2° quand on profère des blasphèmes, des paroles déshonnètes ; quand on chante des chansons mauvaises; quand on prête des livres ou des gravures dangereuses, quand on les tient exposés aux regards des' autres ; quand on fait gras les jours défendus en présence du prochain ; quand on prépare de la viande à des libertins les jours d'abstinence ; 3° les femmes se rendent coupables de scandale quand elles se coiffent d'une manière indécente, s'habillent immodestement , se découvrent les épaules ou la gorge ; 4° ceux qui persécutent les personnes pieuses , se moquant de leur piété, les traitant de dévotes ou bigotes, méprisant leur air modeste, blâmant leurs exercices de dévotion, donnant un mauvais tour à leurs saintes pratiques : ils sont responsables de tout le bien qu'ils empêchent.
Quand on a commis une faute qui a donné occasion au prochain de tomber dans le péché, il ne suffit pas de s'accuser de cette faute dans la confession, il faut encore déclarer que cette faute a scandalisé le prochain, parce que le scandale qui y est joint est un péché distinct et d'une espèce différente. Il faut de plus spécifier le nombre de personnes à qui cette faute a été une occasion dépêché, parce que le péché de scandale se multiplie à proportion
du nombre des personnes qu'on a induites à pécher.
On est obligé, par un devoir de justice, de réparer le scandale qu'on a causé. Si Dieu exige, pour pardonner , qu'on rende au prochain les biens temporels qu'on lui a enlevés par l'injustice, la réputation qu'on lui a fait perdre par la médisance ou la calomnie; comment n'exigerait -il pas de celui qui a scandalisé, qu'il fasse tous ses efforts pour retirer du bord des abîmes éternels ceux qu'il y a placés? Mais que cette réparation est difficile!
En effet , les suites du scandale sont incalculables; un mauvais exemple que vous aurez donné, une mauvaise parole que vous aurez dite , aura peut-être fait pécher des milliers de personnes que vous ne connaissez même pas; comment réparer tant de mal? 1" Il faut prier pour les personnes que vous avez pu scandaliser directement ou indirectement ; 2° donner des exemples et tenir des discours tout contraires à ceux que vous avez à vous reprocher. Ainsi, une personne qui a tenu de mauvais propos, chanté de mauvaises chansons, avancé de mauvaises maximes, des erreurs par exemple, est obligée de les désavouer de la manière la plus propre à les effacer de l'esprit. Les femmes qui ont blessé la conscience des autres, par leur luxe ou leur immodestie , doivent condamner le luxe et l'immodestie et donner des exemples de modestie et d'humilité ; 3° faire une pénitence proportionnée, autant que possible, au nombre et à l'énormité des scandales donnés. En un mot, le scandaleux, ayant ravi à Dieu sa gloire en lui enlevant
des âmes, il est obligé de faire tout ce qui dépend de lui pour la lui rendre, en contribuant au salut du plus grand nombre dames qu'il pourra. Avec cela, il n'arrachera pas de l'Enfer les âmes qu'il y aura précipitées, mais du moins il aura fait ce qu'il peut et ce que Dieu demande de lui.
Craignons plus de donner du scandale que de tomber dans le feu , et bénissons de tout notre cœur le nouvel Adam qui a daigné environner la vie de notre corps et la vie de notre ame de barrières si nombreuses et si sacrées.
Rien ne cause plus de frayeur et ne donne plus d'inquiétude au moment de la mort, que le souvenir des scandales qu'on a donnée. Béranger, archidiacre d'Angers, avait eu le malheur de répandre au loin le venin de l'hérésie; il avait séduit un grand nombre dames. Sur la fin de sa vie, il est touché de Dieu, il abjure ses erreurs, il se convertit. Tout à coup , au moment de mourir il s'agite, il se trouble, il s'effraie. Pourquoi, mon frère, ces troubles et ces frayeurs, lui demande le Prêtre qui l'assiste? Dieu est la miséricorde môme, espérez en lui. — Je le sais, répond le malade, et j'ai bien confiance que Dieu aura égard à mes larmes et qu'il oubliera mes propres péchés; mais les péchés que j'ai fait commettre aux autres, me les pardonnera-t-il? Malheureux ! il me semble que les âmes que j'ai perdues m'attendent au tribunal de Dieu pour demander vengeance ; il me semble que Jésus-Christ fait retentir au fond de mon cœur cette voix qui m'épouvante : Ouest
DE PERSliVÉRA?«CE. 97
un tel? où est une telle <[uc tu as ptirdus?Ce n« fut qu'avec les plus grandes peines qu'on parvint à lui rendre le calme ; heureux si sa pénitence et son regret furent suffisants pour faire oublier au souverain Juge la perte des âmes qu'il lui avait enlevées.
Tune tueras point f c'est-à-dire tu ne tueras ni le corps ni l'amede ton frère, tu n'admettras pas môme dans ton esprit la pensée du meurtre ou du scandale, tel est le cinquième Commandement du Décalogue, et, nous pouvons le dire, la cinquième colonne qui soutient l'édifice social.
En eifet, otez ce Commandement, quelle sécurité existe parmi les hommes? Direz-vous que les lois humaines sont une garantie suffisante? Mais l'homme qui sera plus fort que la loi se jouera de votre vie ; mais celui qui pourra se flatter d'échapper au bourreau se jouera de votre vie, et combien de malfaiteurs lui échappent! Cinquante ans d'expérience ne nous ont-ils pas appris que les lois humaines sont des toiles d'araignées où ne se prennent que les mouches? Et puis , sans ce Commandement, que devient la vie des âmes ? que devient l'innocence? que devient l'honneur des familles? Le scandale sans frein ira multipliant impunément ses victimes. Quel est l'homme qui en lisant ces lignes peut dire : « Je ne dois rien à ce Commandement, ni moi, ni les miens, ni mon père, ni ma mère, ni mon frère, ni ma sœur, ni mon fils, ni ma fille ; la loi humaine toute seule nous a conservé la vie , et ce qui est plus précieux que la vie, l'honneur?»
Mais si nul homme ne peut tenir ce langage , donc
la société non plus. Action de grnccs par conséquent et de la part de l'homme et de la part de la société , au divin Législateur, respect profond pour sa loi, amour pour ce qu'il a fait et pour ce qu'il va faire encore : voici un nouveau bienftiit, c'est-à-dire un nouveau Commandement : c'est le sixième.
Il est un péché que la langue de tous les peuples appelle honteux, infâme ; il est un péché qui a fait noyer le monde par le déluge ; il est un péché qui a fait pleuvoir le feu du Ciel sur cinq villes entières et changé la place qu'elles occupaient en un lac immonde; il est un péché qui traîne à sa suite tous les autres péchés : 1 injustice, le meurtre, le parjure, le sacrilège, le suicide; il est un péché qui éteint la foi, abrutit lame, tue le corps et dégrade l'homme jusqu'au niveau de la brute; il est un péché qui fait chaque jour tomber les âmes en Enfer comme des flocons de neige sur les montagnes dans une matinée d'hiver; il est un péché que l'Agneau de Dieu a dû expier par un supplice particulier: péché tellement horrible qu'il est même défendu de le nommer, parce que son nom seul est capable de souiller les lèvres qui le prononcent et les oreilles qui l'entendent , ce péché est celui qui est défendu par le sixième et le neuvième Commandements.
Ce péché peut se commettre par pensées, par désirs, par regards, par paroles, par actions; aussi, tout cela est iléfendu dans l'Evangile. Il faut donc se souvenir soigneusement des deux principes suivants :
Premier principe : Dans tous les péchés contraires
DE rLRSÉVÉKANCF,. 99
au sixième et au rieuviômc Commandements, il n'y a point de légèreté de matière, c'est-à-dire que tout est mortel dès qu'il y a pleine liberté, plein consentement et pleine connaissance.
Second principe : Puisqu'il n'y a point ici de légèreté de matière , il faut dire en se confessant tout ce donton est coupable contre ces deux Commandements.
Non-seulement les pensées, les désirs, les actions contraires à la modestie nous sont défendues par ces Commandements, mais encore les occasions de ce péché; c'est-à-dire tout ce qui est propre à nous y porter. Malheureusement ces occasions sont presque innombrables. Voici les principales :
1° Les gravures, les tableaux, les statues immodestes, les livres et les chansons qui parlent d'amour profane. Les personnes qui ont de semblables objets ne peuvent, règle générale , ni les garder , ni les vendre , ni les donner , ni les prêter, elles doivent les brûler. Qu'on ne dise pas qu'on les mettra sous clé. D'abord, je demande à quoi bon? puisqu'on ne doit pas s'en servir; je vous dirai ensuite que la clé peut tomber en des mains étrangères. On connaît l'exemple de cet enfant devenu, dans l'âge de l'innocence, un libertin scandaleux pour avoir lu des livres que son père cependant avait mis sous clé.
2° Les spectacles, les danses, les bals, les fréquentations, les compagnies dangereuses, c'est-à-dire la compagnie des personnes qui, par elles-mêmes ou par leurs paroles, ou par leurs actions, portent à ce péché. C'est ici qu'il faut suivre dans toute sa rigueur cette impérieuse
' ^ns»» .
parole du Sauveur : Si votre œil droit vous scandalise^ arrachez-le ; si c'est votre main droite, coupez-la et jetezla loin de vous'. Cette parole signifie que quelque chère ou nécessaire que nous soit une personne, dès qu'elle est pour nous une occasion de péché, il faut nous en séparer.
Au nombre des principales occasions du péché défendu par le sixième elle neuvième Commandements, on a toujours mis les danses. Le monde dit qu'il n'y a point de mal. Eh bien ! de deux choses l'une, ou le monde se trompe ou l'Eglise de Jésus-Christ est dans l'erreur, car il n'y a pas de Catéchisme qui ne mette les danses parmi les occasions de ce péché. Je ne finirais pas si je voulais vous rapporter tout ce que les livres Saints, les Pères de l'Église, les Payens eux-mêmes ont dit contre les danses. Quelle règle de conduite faut-il donc suivre en cette matière? La voici :
Les danses étant une occasion de péché, on ne doit pas les fréquenter.
Cependant , comme la danse n'est pas mauvaise par elle-même, on peut se trouver quelquefois dans le cas de douter si l'on peut ou si l'on ne peut pas y aller. Que faut-il faire alors? Consulter notre confesseur, c'està-dire le véritable ami de notre ame qui nous décidera non pas suivant les maximes du monde, mais suivant les maximes de l'Evangile, car c'est sur l'Evangile que nous serons jugés.
La décision que nous venons de donner au sujet de la danse doit s'appliquer aux spectacles.
■ Mattb. 5.
DE PEHSÉVÉ11AINCE. 101
3° La curiosité. La démangeaison de tout voir et le manque de vigilance sur ses regards, sont presque toujours le commencement du mal . Cest mon œil qui a ravagé mon cœur; c'est par les fenêtres que la mort entre dans l'ame. Telles sont les paroles qu'on lit dans l Ecriture sainte.
4° Les parures. Inséparables de la vanité et du désir d'être vues, les parures sont pour celles qui les portent et pour ceux qui les regardent, une occasion de péché.
Voici les recommandations que les princes des Apôtres saint Pierre et saint Paul, adressent aux femmes sur ce sujet : « Elles ne doivent point se parer au dehors par l'art de leur chevelure, par des ornements d'or ni par la beauté de leurs vêtements; mais qu'elles embellissent au contraire l'homme invisible caché dans le cœur, par la pureté incorruptible d'une ame pleine de douceur et de paix, ce qui est un magnifique ornement aux yeux de Dieu '. » Et saint Paul : « Que les femmes soient vêtues comme l'humilité le demande; qu'elles se parent de modestie et de chasteté et non pas avec des cheveux frisés, ni avec des ornements d'or, ni avec des perles ou des habits somptueux". » Fidèles à l'enseignement des Apôtres, les premières Chrétiennes, ces héroïnes de la foi, qui faisaient dire aux Barbares étonnés : Quelles femmes il ij a parmi les Chrétiens! se distinguaient par la modestie et la simplicité de leurs vêtements.
D'après cela, quelle règle faut-il suivre dans son ha-
' 4 Pet. 3. 3.
^ 2 Cor. 15, 33.
billement, pour mettre sa conscience en sûreté? Il faut se conformer à la manière des personnes chrétiennes de notre condition , de notre Age et du pays où nous vivons.
Remarquons en passant que la plus sotte de toutes les vanités, c'est la vanité des habits; aussi l'appèlic-t-on proprement vanité. Pour en triompher, il suffit d'avoir un peu de jugement et de se rappeler ce mot d'une grande reine : On n'estime pas une tôte par ce qu'il y a autour, mais bien par ce qu'il y a dedans. Il faut se rappeler même que les habits étant la suite du péché, celui qui en tire vanité est un malade qui se glorifie des bandages qui cachent ses plaies.
Il ne suffit pas d'avoir fait connaître le mal, il faut en indiquer les remèdes. Or, ces remèdes sont intérieurs et extérieurs.
Les remèdes tn^e'neurs sont : i° de réfléchir à l'énormité de ce péché qui efface en nous l'image du Père qui nous a créés; qui souille les membres de Jésus-Christ, car nos membres sont ses membres ; qui le crucifie de nouveau après l'avoir couvert de crachats infâmes ; onfin qui profane le temple du Saint-Esprit, car nos corps sont les temples vivants du Seigneur ; 2° de penser aux châtiments dont Dieu punit ce péché, en ce monde , le déluge, l'embrasement de Sodome , la malédiction de Chanaan , l'aveuglement , l'endurcissement , l'impénitence finale; et, en l'autre , les supplices éternels de l'Enfer; 3° de s'efforcer de devenir humble; plus on est humble, plus on est exempt de ce péché. L'auguste Marie a été la plus pure de toutes les vierges,
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parce qu'elle a été la plus humble dos créatures.
FjCS remèdes extérieurs sont : 1° d éviter l'oisiveté. Que le diable vous trouve toujours occupé, écrivait saint Jérôme, celui qui travaille n'est tenté que par un démon, l'homme oisif en a des légions à sa poursuite; 2'Ma bonne chère, le sommeil trop prolongé, T intempérance et la recherche dans le boire et le manger : 3° pratiquer lavigilance sur ses yeux, le jeune et la mortification. On a va des Saints se jeter dans des étangs glacés pour éteindre le feu dune mauvaise pensée ; 4° la dévotion à la très-sainte Vierge , dévolion tendre et persévérante qui se manifeste par la fidélité à réciter soir et matin trois Ave Maria en l'honneur de sa pureté sans tache; 5° par-dessus tout l'usage fréquent de la confession et de la communion. Sans ce dernier moyen tous les autres seront inefficaces.
Autant le péché défendu par le sixième et le neuvième Commandements est horrible, autant la vertu contraire est belle. Oui, il est une vertu que la langue de tous les peuples appelle angélique ; il est une vertu qui a fait descendre Dieu lui-même sur la terre, tant ses charmes sont puissants! il est une vertu que le nouvel Adam a aimée d'un amour de prédilection et qui donne à ceux qui la pratiquent, avec une paix délicieuse, le droit de voir Dieu et de suivre partout l'Agneau sans tache ; il est une vertu qui fait briller sur le front les suaves et fraîches couleurs du lys et de la rose et qui élève 1 homme au-dessus des Anges ; il est une vertu si belle, si aimable, si délicate, que la langue humaine ose
à peine en prononcer le nom de peur de la profaner, celte vertu, c'est la vertu command(ie par le sixième et le neuvième Commandements.
Les principaux moyens de la conserver sont, outre la fuite de toutes les occasions dont nous avons parlé, la prière, 1" humilité, la mortification.
Et maintenant, tombons à genoux devant le Père céleste, auteur et conservateur des sociétés, dont la vigilante sollicitude n'a oublié aucun de nos intérêts.
Dans son infinie bonté, il ne s'est pas contenté de mettre en sijreté la vie de notre ame et de notre corps contre la violence ou les scandales des autres; par le sixième et le neuvième Commandements, il a voulu assurer la paix de la société en assurant celle de la famille qui en est la base. C'est pour cela qu'il défend sous des peines si sévères non-seulement le péché qui trouble la famille, la divise et la déshonore, mais encore tout ce qui peut'porter à ce péché. Dans le sixième Commandement, le suprême Législateur, scrutateur des reins et des consciences, sait que l'adultère vient du cœur,, et il va étoulTer le crime dans son germe, dans la pensée même la plus fiiible, contraire à la pureté; il ne nomme que l'adultère, quoiqu'il défende tous les péchés contraires à l'aimable vertu, de môme dans le cinquième il ne nomme que l'homicide, quoiqu'il défende tout ce qui peut nuire à notre vie.
Il a voulu nous préserver de nos propres passions et des suites horribles pour l'ame et pour le corps, du péché désiionnôte ; ces suites sont le remords, la honte,
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le désespoir, les maladies, la mort subite et prématurée.
Il a voulu empocher notre amour de se dégrader de nouveau, après qu'il la eu rappelé à son véritable objet. Oh ! combien ces deux Commandements nous montrent la tendresse et la sollicitude de notre Père qui est dans les Cieux.Quoi! si malgré ces Commandements, malgré les châtiments terribles dont il menace et dont il punit ceux qui se livrent à leurs passions , si , dis-je , malgré tout cela, le péché honteux cause de si grands ravages sur la terre, s'il est la cause d'une foule de crimes qui bouleversent les familles et la société, que serait-ce, grand Dieu ! si ne vous l'aviez pas défendu, et défendu avec tant de sévérité!
Oh! que la Religion, que Dieu se montre ici bien plus sage que le monde. Le monde nous engage dans toutes les occasions de ce péché; il vante les danses, les spectacles, les livres elles chants obscènes, et il (létrit ceux qui commettent le péché honteux. Le cruel ! il pousse ses partisans dans 1 abîme, et il les méprise quand ils y sont tombés! Il les pousse dans les flammes et il s'en moque lorsqu'ils y brûlent ! La Religion, au contraire, bien plus soigneuse de notre honneur et de notre repos, nous éloigne de l'abîme en nous obligeant de fuir toutes les occasions d'y tomber; et si malgr^ ses avertissements maternels nous y tombons, elle s'empresse de nous tendre une main seconrable en nous adressant ces touchantes paroles : Courage, mon enfant, tout n'est pas perdu : le repentir est frère de l'innocence. Terminons par les traits suivants.
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Monseigneur l'Evoque d'Autun, voulant donner à son peuple une instruction contre les danses, consulta un homme qui avait connu tous les plaisirs du monde, le comte de Bussy-Rabutin, si célèbre par son esprit et ses écrits; voici la réponse qu'il en reçut : «J'ai toujours cru les bals dangereux; ce n'a pas été seulement ma raison qui me l'a fait croire, ça encore été mon expérience; et, quoique le témoignage des Pères de l'Eglise soit bien fort, je tiens que sur ce chapitre, celui d'un courtisan doit être de plus grand poids. Je sais bien qu'il y a des gens qui courent moins de hasards en ces plaisirs-là que d'autres, cependant les tempéraments les plus froids s'y échauffent. Ce ne sont ordinairement que des jeunes gens qui composent ces assemblées, lesquels ont assez de peine à résister aux tentations dans la soHtude, à plus forte raison dans ces Heux-là. Ainsi, je tiens qu'il ne faut point aller au bal , quand on est chrétien ' . »
Un jour saint Eloi fit des représentations à la reine de France Bathilde, touchant sa i)arure un peu recherchée. Je ne suis pas trop parée pour une reine, répondit cette princesse. Je le veux, répliqua le Saint ; mais vous l'êtes trop pour une chrétienne. La princesse profita si bien de l'avis, que depuis ce temps- là, elle parut toujours vêtue fort simplement'.
' Avis de M. Bussy-KabuUn à ses enfants. ' Vie de Saint-Éloi.
PRIÈRE
0 mon Dieu! qui êtes tout amour, je vous remercie d'avoir protégé mon ame et mon corps contre l'homicide et le scandale ; mais je ne vous remercie pas moins d'avoir protégé mon amour contre tout ce qui pouvait le dégrader, formez en moi un cœur pur afin que je n'aime que vous.
Je prends la résolution d'aimer Dieu par-dessus toutes choses et mon prochain comme moi-même pour l'amour de Dieu; et, en témoignage de cet amom, je m efforcerai de ne jamais donner de scandale.
DE NOTRE UNIOX AVEC NOTRE SEIGNEUR LE NOUVEL ADAM PAR LA CHARITÉ. — CINQUIÈME, SIXIÈME ET NEUVIÈME COMMANDEMENTS.
Q. Que nous défend le cinquième Commandement?
R. Le cinquième Commandement nous défend de faire aucun mal au prochain dans son corps et dans son ame. Après avoir assuré le bonheur du monde parle quatrième Commandement, en obligeant tous les hommes à vivre les uns pour les autres. Dieu défend ici tout ce qui pourrait troubler ce bonheur. Non-seulement l'homicide est défendu, mais encore tout ce qui peut y conduire, comme la haine et la colère. Le suicide est aussi défendu, parce
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que nous ne sommes pas les maîtres de notre vie : elle appartient à Dieu.
Q. Qu'est-ce que le scandale?
R. Le scandale est une parole ou une action qui n'a pas toute la droiture qu'elle doit avoir, et qui parla donne aux autres occasions d'offenser Dieu. Le scandale est un plus grand péché que l'homicide, puisqu'il donne la mort à l'ame. Le scandale étant un péché particulier, il faut dire en se confessant si on a scandalisé et quel scandale on a donné au prochain. On est obligé de réparer le scandale; pour cela, il faut faire tout cequ'on peut pour effacer les mauvaises impressions qu'on a pu donner.
Q. Que nous défendent le sixième et le neuvième Commandements?
R. Le sixième et le neuvième Commandements nous défendent toutes les pensées, paroles, désirs, regards, actions contraires à la pureté. En nous défendant toutes ces choses. Dieu a voulu empêcher notre cœur de se dégrader et de devenir malheureux en devenant coupable. Quand on se confesse, il faut avoir grand soin de dire tout ce qu'on a fait contre ces deux Commandements.
Q. Que faut-il faire pour éviter ce péché?
R. Pour éviter ce péché, il faut en fuir avec soin toutes les occasions ; voici les principales : les mauvais livres et les mauvaises chansons, les danses, les bals, les spectacles , la fréquentation de persoimes d'un sexe différent, l'oisiveté, la curiosité et les parures. Dans le doute
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si on nepeut lire un livre ou se trouver à une assemblée, il faut consulter son confesseur ; parce qu'il nous répondra non pas suivant les maximes du monde, mais suivant r Evangile : c'est sur l'Evangile que nous serons jugés.
Q. Que faut-il faire quand on se trouve dans l'occasion de ce péché?
R. Quand on se trouve dans l'occasion de ce péché, il faut s' en éloigner au plus tôt, quoiqu'il puisse en coûter. Il faut mettre en pratique ce commandement de Notre Seigneur: Si votre œil droit vous scandalise, arrachez- . le; c'est-à-dire, dès qu'un objet est pour vous une occasion de péché , il faut vous en éloigner quelque cher qu'il vous soit.
Q. Quels sont les remèdes à ce péché?
R. Les remèdes à ce péché sont de deux sortes, les uns sont mtérieurs, les autres extérieurs. Les remèdes intérieurs sont : 1° de réfléchir à l'énormité de ce péché qui défigure en nous l'image de Dieu, et nous rend semblables aux bêtes ; 2" de penser aux châtiments dont Dieu punit ce péché , tel que le déluge universel , l'embrasement de Sodome, l'aveuglement et l'impénilence finale ; 3° s'efforcer de devenir humble : plus on est humble , plus on est exempt de ce péché ; 4° la prière , car Notre Seigneur a dit : Veillez et priez de peur que vous n'entriez en tentation.
Q. Quels sont les remèdes extérieurs?
R. Les remèdes extérieurs sont : 1° d'éviter la bonne chère , le sommeil trop prolongé et tout ce qui flatte trop les sens; 2°de pratiquer la vigilance sur ses yeux
et le jeûne ; 5° la dévotion à la très-sainte Vierge qui nous fasse réciter en son honneur trois Ave Maria le matin et le soir; 4° l'usage fréquent des sacrements de Pénitence et d'Eucharistie.
0. Que nous ordonnent le sixième et le neuvième Commandements ?
R. Lesixièm.e et le neuvième Commandements nous ordonnent de nous conserver purs d'ame et de cofps . La vertu de pureté est la plus aimable des vertus ; elle procure une paix délicieuse et rend l'homme semblable aux
Anges.
PRIERE
0 mon Dieu ! qui êtes tout amour, je vous remercie d'avoir protégé mon corps et mon ame contre l'homicide et le scandale ; mais je ne vous remercie pas moins d'avoir protégé mon amour contre tout ce qui pourrait le dégrader, formez en moi un cœur pur afin que je n'aime que vous qui êtes le seul objet capable de me satisfaire.
Je prends la résolution d'aimer Dieu par-dessustoutes choses et mon prochain comme moi-même pour l'amour de Dieu ; et, en témoignage de cet amour, je m efforcerai de ne jamais donner de scandale.
m; Pi:nsÉvÉr.AN(.F.. m
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XXXP LEÇON.
DE NOTRE UNION AVEC NOTRE SEIGNEUR LE NOUVEL ADAM , PAR LA CHARITÉ
Supériorité de la loi divine sur les lois humaines. — Objet du septième et du dixième Commandements. — Définition du vol. — Larcin, rapine, fraude. — Restitution, sa nécessité. — Quels sont ceux qui y sont obligés. — Avantage social de ces Commandemenls. — Trait historique.
Dans ses Commandements, Dieu se montre bien plus sage et bien plus puissant que les législateurs. Ceux-ci ne défendent que l'action coupable : le meurtre, par exemple, ou le vol; ils ne punissent le mal que lorsqu'il est commis; là se borne leur pouvoir. La pensée, le désir, la volonté du crime leur échappent; ils coupent l'arbre mauvais, mais il ne leur appartient point d'en extirper la racine , car cette racine est cachée dans le cœur de l'homme. Dieu fait bien davantage. Non content de défendre l'action extérieure, scrutateur des reins et des cœurs , il pénètre jusque dans les profondeurs de l'ame et va y étouffer le mal dans son germe , le désir et la pensée. Ses Commandements ont pour but de prévenir le crime , bien plus encore que de le punir. C'est ainsi qu'en intimant aux hommes le Déca-
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logue, Notre Seigneur se montre véritablement notre Médecin, notre Sauveur.
Or, par le cinquième Commandement il ne se borne pas à défendre le meurtre, mais encore tout ce qui peut y conduire, comme la haine, la colère, le désir de la vengeance; de même par le septième et le dixième il défend non-seulement le vol , mais encore le désir et la pensée de s'approprier injustement le bien du prochain. Ces deux préceptes ont donc pour but de régler notre conduite, nos désirs et môme nos pensées relativement à la justice.
Le septième Commandement est ainsi conçu : Vous ne déroberez point. Dérober ou voler n'est pas seulement prendre à quelqu'un, malgré lui, une chose en secret, c'est encore retenir une chose contre la volonté de celui à qui elle appartient. C'est ppurquoi les théologiens définissent le vol : la prise ou détention injuste qu'on fait du bien d' autrui contre son gré, quand il a raison de ne pas vouloir qu'on l'en prive. On entend par bien d'autrui tout ce qui appartient au prochain, soit qu'il en ait la propriété, soit qu'il n'en ait que l'usage, soit qu'il l'ait seulement en garde ou en dépôt, ou comme un gage. Ainsi on est coupable de vol, soit qu'on veuille injustement , contre le gré du prochain , ravir le domaine de ce qui lui appartient, soit qu'on veuille seulement en acquérir l'usage et la possession '. Il convient d'expliquer en détail la définition du vol.
On dit 1° que le vol est une prise ou détention ; car
' Institutes. iw. 4- 'ii'*- '•