DE PEK.SÉVI'RAXCP.. US
«on fait aussi bien tort au prochain quanti on retient son bien que quand on le lui prend. Celui donc qui retient injustementce qui appartient au prochain , quoiqu'il lait pris sans injustice, commet un vol'.
On dit 2° que le vol est une prise injuste , parce que le vol est un vice oppose à la justice qui veut que chacun ait le sien . Dès-lors ce n' est pas un vol de prendre ou de retenir le bien d'autrui pour une bonne fin : comme, par exemple, si l'on prend l'épée d'un homme qui veut se tuer ou son ennemi, ou si l'on cache le bien de quelqu'un à dessein de le lui conserver, ou pour empêcher qu'on ne le lui vole, ou pour plaisanter , afin de le rendre plus soigneux. Cette dernière' manière pourrait être criminelle si on prévoyait qu'elle dut causer des querelles, des emportements ou des jugements téméraires.
On dit 3° que le vol est une prise du bien d autrui : un homme reprend de sa propre autorité une chose qu'il sait certainement être à lui, et qu'on lui retient injustement, il ne commet pas un vol; au contraire un homme est censé coupable de vol en prenant une chose qui lui appartient, quand il l'a donnée en gage à son créancier, et qu'il la prend en cachette et la lui soustrait .
On dit 4" que le vol est une prise du bien d'autrui contre son gré : car si on prend ou l'on retient ce qui appartient au prochain , croyant de bonne foi et raisonnablement que celui à qui le bien appartient ne le trouvera pas mauvais , mais qu il y consentira volontiers ,
• St. Thom. 2. 2. 9. 6G. art. 3.
et que l'on ne puisse lui demander son consentement avant de se servir de son bien, ce nest pas un vol.
On dit 5" que le vol est une détention du bien d'au- Irui contre son gré, quand il a raison de ne pas vouloir qu'on l'en prive. En effet, on peut, sans pécher, s'emparer du bien d autrui contre son gré par une autorité légitime. Par cette raison, les Israélites ne commirent pas un vol quand ils emportèrent par l'ordre de Dieu les vases dor et d'argent qu'ils avaient empruntés des Egyptiens. De môme celui qui prend ou retient le bien d'un homme, parce qu'il prévoit qu'il en va mal user : par exemple, celui qui prend une bouteille de vin à un ivrogne qui est sur le point de la boire et de s'enivrer; celui qui prend de mauvais livres à un homme qui en lait un coupable usage; une femme qui, voyant que son mari consume le bien de la maison en débauches, lui prend adroitement son argent pour l'employer à l'entretien de sa famille, ne pèchent pas.
Le septième Commandement défend encore de causer au prochain aucun dommage en ses biens; ainsi on pèche contre ce précepte lorsqu'on détruit, qu'on gâte, ou qu'on fait perdre au prochain ce qui lui appartient fjiioiqu'on n'en profite pas.
Il y a tant de différentes espèces de vols qu'il est presque impossible d'en faire fénumération. Bornons-nous aux principales : on peut prendre le bien d'autrui en trois façons, i^ sans qu'il s'en aperçoive, et ce vol s'appelle larcin; 2° ouvertement et avec violence, comme font les voleurs de grands chemins, et c'est rapine; 3° en
trompant le prochain, c'est ce qu'on appelle fraude.
Se rendent coupables de larcin non-seulement ceux qui prennent en secret le bien du prochain, mais encore ccu\ qui achètent des choses volées ou qui retiennent celles qui ont été trouvées ou prises de quelque manière. Car, dit saint Augustin, si vous trouvez quelque chose et que vous ne le rendiez pas , vous êtes censé l'avoir enlevé ' . Quand on a trouvé quelque chose on doit chercher à qui elle appartient; si on ne peut le découvrir, il faut en employer la valeur au profit des pauvres. Si celui qui a trouvé est pauvre lui-même, il peut se l'appliquer.
Se rendent aussi coupables de larcin les ouvriers et les artisans qui, n'ayant pas travaillé comme ils le doivent, exigent néanmoins leur salaire plein et entier; les tailleurs qui retiennent quelque pièce de l'étoffe qu'on leur avait donnée pour faire un habit, sous prétexte que le prix dont ils sont convenus pour leur ouvrage est trop modique. Il faut dire la même chose des domestiques qui prennent à leurs maîtres pour se récompenser de la modicité de leurs gages, ou qui retiennent quelque chose de l'argent qu'on leur donne pour acheter, ou qui prennent en secret du vin ou des mets qu'on n'a pas coutume de leur donner, ou qui n'ont pas le soin qu'ils devraient avoir du bien de leurs maîtres, ou qui sont infidèles II faut encore regarder comme coupables du même péché ceux qui, exerçant quelques charges particulières ou publiques, en négligent les obligations
' Homil. 9. de Fcrbis Aiiosl. Serm. 19.
et ne laissent pas néanmoins de jouir des émoluments qu'elles leur procurent.
On peut encore prendre le bien d'autrui par rapine, c'est-à-dire ouvertement et par violence . Ainsi on se rend coupable de ce péché lorsqu'on refuse de payer aux ouvriers le salaire qui leur est dû. Ce péché est grand devant Dieu-: Sachez, dit l'apôtre saint Jacques, que le salaire que vous faites perdre aux ouvriers qui ont moissonné vos champs, crie contre vous et que leurs plaintes sont montées jusqu'aux oreilles du Dieu des armées '. Ceux qui prêtent à des intérêts exhorbitants et qui ruinent les pauvres par leurs usures ; les juges qui se laissent corrompre par des présents et qui font perdre les causes les plus justes aux pauvres gens; ceux qui trompent leurs créanciers , qui nient leurs dettes, ou qui, ayant pris du temps pour payer, achètent des marchandises sur leur foi ou sur la caution des autres, et qui ne payent point, toutes ces personnes sont coupables de rapine.
Que dirons -nous de ces riches qui exigent avec dureté ce qu'ils ont prêté, lors même que leurs débiteurs sont dans l'impossibilité de les satisfaire, qui vont jusqu'à prendre en gage, contre la défense de Dieu, des objets de première nécessité? Car le Seigneur a dit : Si votre prochain vous a donné en gage sa couverture , rendez-la lui avant le coucher du soleil, car il n'a que cela pour se couvrir et où il puisse prendre son repos ; s'il crie vers moi je V exaucerai, parce que je suis misé-
' Jac. 3. 1.
DE PEUSÉVÉRANCE. Il7
ricordteux '. C'est avec raison que nous traiterons de rapacité et de rapine la dureté de ces sortes de créanciers. Au nombre des ravisseurs il faut encore placer, suivant les Pères de l'Eglise, ceux qui dans les temps de disette cachent le blé ou les autres choses nécessaires à la vie, en sorte que la misère devient plus cruelle et les denrées plus chères. C'est sur eux que tombe cette malédiction : Celui qui cache le blé sera maudit du peuple \
Enfin on peut prendre le bien d'autrui par fraude, c'est-à-dire en le trompant. Or, on le trompe dans les ventes ou dans les achats, lorsqu'on lui vend pour bonnes des marchandises gâtées ou falsifiées, ou qu'on use de faux poids ou de fausses mesures. Il n'est sorte de ruses que la cupidité n'emploie pour s'enrichir. C'est ainsi qu'en certains lieux les marchands passent pour avoir trois mesures différentes : une plus faible pour vendre, une plus forte pour acheter, et une juste pour montrer aux vérificateurs. S'ils parviennent à en imposer aux hommes, qu'ils se souviennent qu'on ne trompe pas Dieu. Ce Dieu de toute justice leur dit dans l'Ecriture : Vous n'aurez point deux poids différents; que vos balances, vos poids, vos septiers soient justes , car le double poids est une abomination aux yeux de Dieu , et la balance trompeuse est une iniquité ^ .
Le vol est un grand péché puisqu'il est opposé à toutes les lois naturelle , divine et humaine. Il est
' Exod. 22. 26.
■' Prov. 11. 26.
• Deut. 2. 5. 13. ~ Levit. 19. 35. — Prov. 20. 23.
Il8 CATÉCHISME
opposé à la loi naturelle qui nous défend de faire à autrui ce que nous ne voudrions pas qu'on nous fît à nousmêmes. Or, personne ne souffre volontiers qu'on prenne ou qu'on retienne son bien contre sa volonté. Il est opposé à la loi divine , qui nous dit : Vous ne déroberez point ', et qui menace de l'Enfer ceux qui se rendent coupables de ce péché : Ni les voleurs , dit l'apôtre saint Paul , ni les avares, ni les médisants, ni les ravisseurs du bien d' autrui, ne posséderont le royaume de Dieu \ il est opposé à la loi humaine qui, chez tous les peuples du monde , punit les voleurs par des châtiments terribles , quelquefois par la mort. Il en doit être ainsi, car il est nécessaire que chacun possède paisiblement ce qui lui appartient; autrement ce serait renverser la société. Les suites malheureuses de ce péché sont encore une preuve de son énormité et de l'horreur qu'il doit inspirer; il est la source d'une foule de jugements téméraires, de haines, d'inimitiés, de meurtres et de bouleversements.
Enfin l'obligation de restituer prouve aussi l'énormité du vol. Pour obtenir la rémission des autres péchés, il suffit de s'en confesser, de s'en repentir et de s'en corriger, tandis uuc le péché de vol n'est point remis, à moitis qu'on ne restitue les choses dérobées. Or, quelle difficulté de restituer pour un homme qui s'est enrichi par le bien d' autrui ! chacun peut s'en faire une idée; on peut aussi en juger par ces paroles
■ Exod. 20.
' 1. Cor. C. 10.
nt l'EKSliVÉRANCE. 119
du prophète Ilabacuc : Malheur à celui qui amasse des biens qui ne lui appartiennent pas et qui ne cesse de s'entourer d'une boue épaisse ' . Le Prophète appelle une boue épaisse la possession du bien d' autrui, pour marquer combien il est difficile d'en sortir et de restituer. Cependant il le faut. Voyons donc ceux qui sont obligés à restitution.
Il est certain que tous ceux qui concourent efficacement à un vol ou qui coopèrent par une faute grave au dommage causé au prochain , sont obligés à restitution. De ce nombre est 1° celui qui commande le vol; 2" celui qui n'ayant pas assez d'autorité pour le commander, le conseille ; 3" celui qui donne au vol un consentement sans lequel le dommage ne serait pas : par exemple , un juge qui donne sa voix pour faire perdre la cause à une partie qui avait bon droit ; 4° les receleurs, c'est-à-dire non-seulement ceux qui retirent ou vendent les choses volées, mais encore ceux qui donnent retraite ou protection aux voleurs, pour les appuyer ou favoriser dans leurs vols ; 5° ceux qui ont part aux fruits du vol. Par là on entend d'abord ceux qui ont part au butin ou profitent du dommage; déplus ceux qui ont part au crime, aidant à le commettre, comme celui qui tient l'échelle à un voleur, lui ouvre la porte, lui fournit défausses clefs, qui fait le guet pendant qu'il fait son coup, ou qui l'accompagne pour l'enhardir ; et encore ceux qui détournent les personnes qui veulent empêcher le vol; 6" ceux qui, étant obligés à titre de
' Habac. 1. 5,
120 CAIÉClliSilE
justice, par leur charge ou leur emploi, à veiller à la conservation des biens du public ou des particuliers, se taisent quand ils peuvent , en pariant , en avertissant , empocher le vol ou le dommage; qui ne s'y opposent pas, le pouvant empêcher ; qui ne déclarent pas le malfaiteur que l'on obligerait à restituer, si on le connaissait.
Ainsi les magistrats qui n'arrêtent pas autant qu'ils le peuvent le cours des vols, des rapines, des concussions, des monopoles; ainsi les maris, les pères , les maîtres, qui savent que leurs femmes, leurs enfants, leurs serviteurs, font ou veulent faire des vols et qui n'y résistent pas, qui ne les en dissuadent pas ou ne les reprennent pas ; les serviteurs qui souffrent qu'on prenne le bien de leurs maîtres, qui ne les avertissent pas du dommage qu'on leur cause ou qu'on va leur causer; un garde qui laisse piller les vignes ou les bois; un commis à un bureau de recelte, qui laisse passer sans payer les marchands qui doivent le tribut ; un berger qui laisse aller son troupeau dans les blés; un témoin qui, étant interrogé juridiquement par un juge, ne veut pas déclarer la vérité, sont obligés à restitution.
Voilà comment la loi de Dieu poursuit l'injustice dans tous ses détours et en exige la réparation de quelque manière qu'elle ait été commise. Elle prescrit de plus l'ordre dans lequel on doit restituer. Le détenteur injuste de la chose volée est le premier obligé; s'il ne restitue pas, c'est à celui qui a commandé le vol ; s'il ne restitue pas, c'est h l'exécuteur du vol ; s'il ne restitue pas, c'est aux coopérateurs.
DE PEUSÉVÉRANCE. 121
C'est à celui qu'on a volé ou à ses héritiers qu'il faut restituer, et la restitution doit être faite le plus tôt possible. A moins dune impossibilité réelle, il n'est pas permis de laisser ce soin à ses héritiers, car les héritiers ne 6ont pas toujours fidèles à remplir les volontés des mourants; ensuite il n'est pas rare que les testaments soient cassés par quelque défaut réel ou apparent de formalité. Voyez combien Dieu nous aime et prend soin de nos biens même temporels !
Toutefois ce n'est pas assez pour sa tendre sollicitude; au septième Commandement il joint le dixième. L'un règle nos actions, l'autre nos pensées relativement à la justice , et tous les deux réunis forment une législation parfaite.
Le dixième Commandement nous défend donc de désirer le bien du prochain. Le premier avantage de ce Commandement , c'est de prescrire le vrai moyen de garder le septième, car il a pour objet d'interdire le désir du bien d' autrui. Or, c'est dudésir que procède l'action. Celui donc qui aura soin d étouffer en son cœur le désir de ce qui appartient au prochain, ne lui fera aucun dommage. Un second avantage , c'est de nous apprendre que les actes extérieurs ne suffisent pas pour accomplir la loi divine et que les sentiments intérieurs du cœur sont nécessaires; et c'est ce qui établit la grande supériorité de la loi de Dieu sur les lois humaines. Un troisième avantage, c'est de nous montrer l'infinie bonté de Dieu pour nous. Pouvait-il la pousser plus loin? Par le septième Commandement, il met à couvert nos biens
122 CATÉCHISSIE
des insultes et des violences étrangères ; par celui-ci il nous défend contre nous-mêmes et contre nos appétits déréglés qui nous seraient funestes s'il nous était permis de désirer impunément tout ce que nous voudrions. Par cette défense que Dieu nous fait de nous laisser aller à la convoitise, il a pour ainsi dire émoussé Taiguillon des passions qui nous excitent à toutes sortes d'actions mauvaises. De là résulte un autre avantage : délivrés des poursuites importunes de la cupidité, nous avons plus de loisir et de facilité pour nous occuper des biens véritables et accomplir les devoirs importants que la Religion nous prescrit.
En résumé, étouffer dans le cœur de l'homme le désir déréglé des choses terrestres, l'empêcher par conséquent de se dégrader et de se rendre malheureux ; préserver la société des injustices , des fraudes et des maux incalculables qui en sont la suite; enfin, établir la paix et la charité sur la terre en les faisant régner dans les affections de l'homme, tels sont les avantages du septième et du dixième Commandements; que tous les observent et les prisons et les bagnes deviennent inutiles .
Mais aussi qu'on les retranche du Décalogue , et vous verrez ce que deviendra la société : plus de sécurité, plus de confiance, partant plus d'affaires, plus que des transactions forcées. En vain vous aurez pour protéger vos fortunes les mille articles du Code ; vaines barrières ! et la mauvaise foi, cl la chicane, et les ruses de tout genre ne trouveront-elles pas le moyen d'éluder vos lois? Et puis combien d'injustices, de concussions, de fraudes oc-
cultes que vos lois ne peuvent atteindre ! Vous avez aujourd'hui des milliers de lois, et fut-il un siècle où il se commît plus d'injustice, un siècle où l'on se plaignît plus hautement et plus souvent de la mauvaise foi ; on ne sait plus à qui se fier; n'est-ce pas là le refrain de tous les jours? Et pourquoi ces plaintes incessantes? Parce que vous méconnaissez une loi , une seule loi , une loi sans laquelle les vôtres , soutenues par vos gendarmes , par vos bagnes et vos prisons, ne sauraient protéger votre fortune. Cessez donc de vous plaindre, ou observez la loi qui , seule , peut faire cesser vos plaintes , la loi divine , protectrice des intérêts et des fortunes . Je le sais , vous en réclamez des autres la rigoureuse observation; mais si vous voulez l'obtenir, commencez par en donner l'exemple. Vous devez tenir à cette loi, c'est-à-dire au septième et au dixième préceptes du Décalogue, comme vous tenez à vos propriétés • c'est pour elles une question de vie et de mort.
La cupidité, cause de toutes les injustices, est parla même le plus grand obstacle à la restitution . Esclaves infortunés de cette aveugle passion , écoutez ce que vous devez attendre de ceux pour qui vous aurez sacrifié votre ame en leur amassant des richesses.
Un homme fort riche, qui ne devait une partie de sa fortune qu'à des injustices criantes, était dangereusement malade ; il savait que la gangrène était déjà dans ses plaies, et néanmoins on ne pouvait le déterminer à restituer. Toutes les fois qu'oïi lui parlait de restitution, il répondait : Que deviendraient mes trois fils, ils seraient
à la misère ? Cette réponse fut rapportée à un ecclésiastique : Si quelqu'un, dit-il, lui annonçait que j'ai un excellent remède pour arrêter la gangrène, il demanderait à me voir et j'espère que je pourrais l'engager à restituer. On s'empressa d annoncer cette nouvelle au malade qui fit prier T ecclésiastique de venir au plus tut. Celui-ci ne différa point et fut très-bien accueilli. Le remède est immanquable, dit l'abbé, il est simple et ne vous fera pas souffrir ; mais il est cher, très-cher. — Coutàt-il deux mille et même dix mille francs, n'importe, dit le malade, en quoi consiste-l-il? — Tout le remède consiste à faire fondre sur les endroits gangrenés de la graisse d'une personne vivante et en bonne santé , il n'en faut pas beaucoup. Si vous trouvez quelqu'un qui, pour dix mille francs, veuille se laisser brûler pendant un quart-d'heure une main, il y en aura assez. Hélas ! dit le malade, je crains bien de ne trouver personne. Rassurez-vous, dit l'ecclésiastique , vous ne connaissez pas le dévouement de vos enfants pour un père qui leur laisse tant de richesses. Faites venir votre fils aîné , il vous aime, il doit être votre héritier, dites-lui : Vous pouvez sauver la vie à votre père , si vous consentez pour me guérir à vous laisser brûler une main ; j'en ai la confiance , il acceptera. Si cependant il refuse, faites votre proposition au second en lui promettant de le faire votre héritier; s'il refuse, le troisième acceptera sans doute pour avoir l'héritage. Les trois fils sont appelés; la proposition leur est faite successivement ; tous trois la rejettent. Mon père n'y pense pas, se
DE PEnSÉV^ÉUANCE. 125
disent-ils en se retirant d'auprès de lui. Je n'y comprends rien, dit alors l'ecclésiastique au malade, si ce n'est que vous seriezbien insensé de consentir à perdre votre corps et votre ame et à être tourmenté dans le feu de l'Enfer pour des enfants qui ne veulent pas, pour vous guérir et vous sauver la vie, endurer le tourment du feu de la terre l'espace d'un quart-d'heure. Quelle folie! Vois avez raison, répondit le malade, vous m'avez ouvert les yeux; qu'on aille chercher le notaire; en l'attendant, je vous prie de me confesser ; et de concert avec son confesseur, il prit les moyens de réparer, aussi bien qu'il put, ses injustices sans avoir égard à ce que deviendraient ses enfants.
PRIERE
0 mon Dieu ! qui êtes tout amour, je vous remercie d'avoir pris tant de soin de protéger nos biens temporels ; ôtez de^mon cœur tout désir déréglé des choses de la terre.
Je prends la résolution d'aimer Dieu par-dessus toutes choses et mon prochain comme moi-même pour l'amour de Dieu ; et, en témoignage de cet amour, je ferai l'aumône toutes les fois que je le pourrai.
DE NOTRE UNION AVEC LE NOUVEL ADAM , PAR LA CHARITÉ. SEPTIÈME ET DIXIÈME COMMANDEMENTS.
Q. Que nous défend le septième Commandement?
R. Le septième Commandement nous défend de dérober le bien du prochain ou de lui causer du dommage. Dieu ne s'est pas contenté de mettre notre corps et notre ame à couvert des violences et des passions des autres, il veut encore protéger nos biens, tant est grand son amour pour nous. Voler, c'est prendre ou retenir injustement le bien d'autrui contre son gré, quand il a raison de ne pas vouloir qu'on l'en prive.
Q. Quelles sont les principales espèces de vol?
R. Les principales espèces de vol sont au nombre de trois : le larcin, quand on prend le bien d'autrui sans qu'il s'en aperçoive. Les ouvriers qui ne trava' lient pas comme ils doivent et qui exigent néanmoins leur salaire plein et entier ; les tailleurs qui retiennent une partie des étoffes qu'on leur donne pour faire des vêtements; les domestiques qui prennent à leurs maîtres , pour se dédommager de la modicité de leurs gages, etc., se rendent coupables de larcin .
Q. Quelle est la seconde espèce de vol?
R. La seconde espèce de vol s'appelle rapine; on s'en rend coupable lorsqu'on prend le bien du prochain ouvertement et par violence. Ainsi, les maîtres qui ne payent point le salaire convenu à leurs ouvriers et do-
DE IM.RSÉVÉRANCE. l27
niestiques ; ainsi, les juges qui se laissent corrompre par (les présents, etc., sont coupables de rapine. La troisième espèce de vol s'appelle fraude. Elle a lieu lorsqu'on trompe le prochain en vendant ou en achetant, en donnant pour bonnes des marchandises gâtées, en se servant de faux poids et de fausses mesures, en faisant des contratsusuraires, etc.,etc.
Q. Le vol est-il un grand péché?
R. Le vol est un grand péché puisque Dieu le punit de l'Enfer. Ni les voleurs, dit l'apôtre saint Paul, ni les ravisseurs du bien d" autrui, n'entreront point dans le royaume des Cieux.
Q. Quand on a pris le bien du prochain, suftit-il de se repentir pour être pardonné ?
R. Quand on a pris le bien du prochain, il ne suffit pas de se repentir pour être pardonné, il faut restituer. Voici ceux qui sont obligés à restitution : 1° celui qui commande le vol ; 2° celui qui le conseille ; 3" celui qui par ses flatteries engage le voleur ; 4° celui qui donne au vol un consentement sans lequel il ne serait pas commis; 5° les receleurs ; 6° ceux qui ont part aux fruits du vol ; 7° ceux qui étant obligés par justice à empêche»" le vol ou le dommage, ne lempêchent pas.
Q A qui faut-il restituer ?
R. Il faut restituer à celui à qui on a fait tort ou à ses héritiers. Il faut restituer le plus tôt possible et ne pas laisser ce soin aux héritiers, parce que souvent ils n'accomplissent pas les volontés des mourants et qu'il n'est pas rare que les testaments soient cassés.
Q. Quels sont les principaux avantages du septième et du dixième Commandements?
R. Les principaux avantages du septième et du dixième Commandements sont : 1° de nous prouver l'infinie bonté de Dieu qui protège avec tant de soin nos biens temporels; 2° c'est d'étouffer dans notre cœur le désir déréglé des choses temporelles et par là de prévenir les vols, les rapines qui troublent la terre, car c'est du cœur que viennent tous les mauvais désirs; 3° c'est de montrer toute la sainteté de la Religion , aux yeux de laquelle il ne suffit pas de s'abstenir des actions mauvaises.
PRIÈRE
0 mon Dieu ! qui êtes tout amour, je vous remercie d'avoir pris tant de soin de protéger nos biens môme temporels ; ôtez de mon cœur tout désir déréglé des choses de la terre.
Je prends la résolution d'aimer Dieu par-dessus toutes choses et mon prochain comme moi-môme pour l'amour de Dieu; et, en témoignage de cet amoar , je ferai l'aumône toutes les fois que je le pourrai.
XXXIP LEÇON
DE NOTRE UNION AVEC NOTRE SEIGNEUR LE NOUVEL ADAM, PAR LA CHARITÉ
Huitième Commandement. — Avantage social de ce Commandement. — Son objet. — Ce qu'il défend, faux témoignage, mensonge. — Trait historique. — Médisance, calomnie, rapports, jugement téméraire. — Le Décalogue et la société actuelle.
Le plus beau don que Dieu ait fait à F homme est celui de la parole. C'est par elle que l'homme se distingue essentiellement des animaux;c'est par elle qu'il publie les louanges et la gloire de son Créateur; c'est par elle qu'il forme et qu'il entretient avec ses semblables ces relations tout ensemble si utiles et si douces , qui font la gloire du genre humain et le bonheur des familles. Telles senties nobles fins pour lesquelles Dieu a doué l'homme de la parole'. Mais depuis le péché du premier Adam, quels abus ne fait-on pas de ce don divin ! La langue est l'instrument principal de la plupart des iniquités qui souillent la terre et bouleversent la société. C'est par elle que l'hoiijme blasphème son Créateur; qu'il répand parmi ses semblables l'erreur, l'impiété, le libertinage, les haines, les dissentions et tous ces maux qui font de la vie terrestre un long supplice.
' Jac. L". 2 .
loO CATÉCHISME
Pour remédier ù tous ces maux, en rappelant la parole à son usage primitif, Dieu nous a donné le huitième Commandement. Actions de grâce vous soient rendues, ô Dieu! pour ce nouveau bienfait. Par ce précepte salutaire, il met à couvert notre honneur, notre réputation, ces biens souvent plus chers que la vie, ces biens dont la perte est capable d'empoisonner toutes les jouissances de la terre , et sans lesquels les dignités, la fortune, les talents môme sont à charge. Par là il bannit de la société, la défiance, la dissimulation, l'hypocrisie, le mensonge, qui, lorsqu'ils régnent, établissent parmi les hommes une telle confusion, qu'à peine ils diffèrent des démons; par là enfin il ramène la vérité, la confiance intime, la bonne foi , qui font de la terre un Paradis anticipé. Ainsi, ô bonté vraiment paternelle! pas un de nos intérêts , pas un de nos biens que Dieu ne protège et n'environne d'une barrière sacrée par le Décalogue ! Où trouver jamais un code de morale plus complet, plus sage et plus bienfaisant !
Or, le huitième Commandement est ainsi conçu : Vous ne porterez point de faux témoignage contre votre prochain. Quoique le faux témoignage soit seul exprimé, il est certain que ce précepte nous défend tout ce qui peut y conduire. C'est ainsi que dans les Cojpmandemcnls précédents. Dieu n'exprime que le péché principal qui leur est opposé, quoiqu'il défende tout ce qui peut y donner lieu. Le huitième précepte nous défend donc toutes les injustices qu'on peut faire au prochain par parole et par
DE IMai.SEVLKANCE. 1 > I
|H>nséo , |)arce que la pensée est une espèce de j)arole , selon le Prophète royal ' . Il suit de là que non-seulement le faux témoignage nous est défendu par ce précepte , mais encore la calomnie, la médisance, le mensonge, les paroles outrageantes , les railleries piquantes , les moqueries, les flatteries, les soupçons et les jugements . téméraires, et toutes les autres manières par lesquelles on peut blesser en paroles ou en pensées, la justice et la charité qu'on doit au prochain. Apprenons à bien connaître les principaux péchés qui violent le huitième Commandement, et tâchons d'en concevoir toute l'horreur qu ils méritent.
1" Le faux témoignage. On entend par faux témoignage, une déposition faite en justice contre la vérité, après avoir prêté le serment qu'on a coutume d'exiger (les témoins. C'est Dieu qui a établi les juges pour terminer les différends; ils ont droit d'appeler les témoins et de les interroger. Ceux-ci sont tenus de comparaître devant les juges, et de répondre, suivant la vérité, aux questions qu'on leur fait. Ils doivent dire la vérité, toute la vérité, rien que la vérité, sans avoir égard à l'intérêt de leurs parents, et même à leur propre intérêt; ils le doivent, sous peine de péché mortel. Saint Thomas dit que le faux témoin commet trois péchés ; le parjure, p'iisqu'il dit faux, après avoir juré de dire vrai; l'injustice, puisqu'il fait tort au prochain, à l'égard duquel il est obligé de garder la charité et la justice ; le mensonge, puisqu il assure ou nie une chose contre
' Qui loquitur veritatem in corde suo. Ps. 1^.
132 CATÉCniSME
la vérité qui lui est connue'. De plus, le faux témoin pèche contre trois sortes de personnes : contre Dieu, dont il méprise la présence , en le prenant à témoin d' une fausseté; contre lejuge, qu'il insulte en le trompant par un mensonge; contrôla personne adverse, qu'il s'efforce de faire condamner injustement. Aussi, Dieu a-t-il le faux témoignage en horreur. Il y a six choses , nous dit l'Écriture, que le Seigneur déleste , de ce nombre est h [aux témoin''. C est pourquoi le faux témoin périra^. C'est pour éloigner à jamais ce crime abominable, si funeste à la société, que l'Eglise a excommunié les faux témoins , et que les lois civiles les punissent des peines les plus graves. Autrefois ils étaient punis de morf^.
Le faux témoin est obhgé de réparer tout le tort qu'il a malicieusement causé au prochain, et môme à se dédire , au péril de sa propre vie, si la réparation ne peut être faite par une autre voie, et qu'il y ait lieu d'espérer que l'accusé sera renvoyé de l'accusation et son innocence reconnue . Si le mensonge et le parjure sont défendus aux témoins , ils ne le sont pas moins aux accusateurs, aux accusés, aux avocats, aux avoués, et en générale toutes les personnes qui ont part aux jugements. Voyez par combien de moyens Dieu protège l'innocence au tribunal même des hommes !
' 2. 2. (/. 70. (lit. IV.
' PlOV. C. VI.
3 IcL c. .\X1«
< ÉcHt. (leFr. 1". 1531.
DE PEP.SÉVliRANCE. ioo
2° Le mensonge. Voici un des vices les plus odieux, les plus déshonorants, et qui cause le plus de mal parmi les hommes. Mentir, c'est parler contre sa pensée, c'est assurer qu'une chose est de telle manière, quoiqu'on connaisse le contraire. Il y a trois sortes de mensonges : \e joyeux, c'est celui qu'on dit par récréation; comme si des Chrétiens pouvaient prendre plaisir à ce qui offense leur Père céleste ! [officieux , c'est celui qu'on dit pour procurer du bien au prochain, ou pour empêcher qu'il ne lui arrive du mal ; eniîn ,\e pernicieux , c'est celui que l'on dit à dessein de causer quelque préjudice au prochain . Toutes ces sortes de mensonges sont des péchés. Il n'est donc jamais permis démentir, quand même ce serait pour éviter la mort et les tourments; pour se conserver, ou au prochain, la vie, l'honneur ou les biens; pour sauver un innocent injustement accusé; pour procurer le salut du prochain, etc. Mais comment faire en certaines occasions pressantes où l'on nous interroge ? On peut ne pas dire la vérité qu'on nous demande, mais on ne doit ni la démentir ni la désavouer. On peut aussi détourner l'esprit de celui qui interroge à quelque autre chose, et s'il arrive qu'il se trompe par son imprudence, et qu'il donne un fauï sens à nos paroles, on n'est pas obhgé de le désabuser.
Pour avoir du mensonge l'horreur qu'il mérite , faisons les considérations suivantes : l'' C'est un abus du plus beau don de Dieu , la parole. En effet, la parole ne nous a été donnée que pour manifester nos pensées, et non pour nous tromper les uns les autres. C'est donc un
13Zl CATliCHIS.Mt
péché d'aller contre celte intenlion du Créateur, et de faire de la parole rinstrumeiit du mensonge. De plus, c'est par la parole que Dieu a voulu entretenir la société parmi les hommes. Mais si la société ne peut subsister sans le commerce du langage , ce commerce demande nécessairement que celui qui parle , parle conformément à sa pensée , et que celui à qui on parle , le croie; la créance de l'un n'est fondée que sur la fidélité de lautre. Or, comment lunpourra-t-il croire l'autre? si celui qui répond croit pouvoir mentir, l'autre ne pourra-t-il pas toujours douter s'il ne ment point? Le mensonge détruit donc la société des hommes , viole la foi publique et dégrade la parole.
2° Le mensonge attaque Dieu, qui est la vérité môme. Tout mensonge est un démenti qu'on donne à Dieu, qui connaît notre pensée. C'est pourquoi il nous dit quila en abomination les lèvres menteuses'. Il est le Père de la vérité; quand nous la disons, nous sommes ses enfants; quand nous mentons, nous effaçons en nous cet auguste caractère, et nous devenons les enfants du démon qui est le menteur par excellence et le père du mensonge. C'est lui qui proféra le premier mensonge qui fut dit dans le mondée
3° Le mensonge déshonore celui qui le commet. Il révèle en lui une ame basse, un caractère faible, des vices honteux; il l'expose aux plus grands dangers de se perdre. Car il est, hélas ! bien facile de transporter
' Prov. c. 12.
3 Joan. c. 8.
1)1 l'tUSEVERANCE. 1;^^^
I habitude de mentir, mùme dans les petites choses, aux occasions les plus importantes. Il n'y a pas un parjure, pas un sacrilège qui n'ait commencé par être un menteur. On ne parvient pas tout d'un coup jusqu'à ces crimes énormes : le mensonge ordinaire en est l'apprentissage. Désormais, ayons donc horreur du mensonge, aimons la vérité; aimons-la comme Dieu même qui en est la source et le principe unique; aimons-la plus que nos intérêts, plus que nos parents, plus que nos amis, plus que notre propre vie. Pour lui témoigner notre amour, imitons, s'il le faut, la conduite de ce saint Évêque dont il est parlé dans l'histoire ecclésiastique.
L'empereur Maximien envoya des soldats pour prendre saint Antoine , évêque de Nicomédie. Il arriva que ces soldats entrèrent sans le savoir dans la maison de ce vénérable vieillard. Ils lui demandèrent à manger. Le Saint les reçut avec beaucoup d'affabilité, et leur donna de tjuoi apaiser leur faim. Le repas fini , ils lui demandèrent où ils pourraient découvrir l'évêque Antoine. C'est moi, leur répondit le Saint. Les soldats , reconnaissants , lui dirent : Nous nous garderons bien de vous prendre; nous dirons que nous ne vous avons pas trouvé. A Dieu ne plaise, reprit le Saint, je ne veux pas que vous disiez un mensonge; j'aime bien mieux mourir que de vous conseiller un péché. Et il partit avec eux pour se rendre en prison.
Si la Providence ne nous réserve pas à une pareille épreuve, imitons du moins, dans le cours ordinaire de la
vie, la conduite d Epaminondas, ce sage Payen, cet illustre guerrier , dont les Payens eux-mêmes ont cru faire le plus bel éloge, en disant qu'il aimait tellement la vérité, qu'il ne mentait jamais, pas môme en riant'.
3° La médisance. Médire, c'est dire du mal de son prochain en son absence. Si la personne n'est pas coupable du mal dont on l'accuse, la médisance s'appelle calomnie. Exagérer le mal qu'a fait une personne, est une espèce de calomnie. Si la personne est coupable de la faute réelle, mais cachée, que la charité devait couvrir, le péché de celui qui révèle cette faute retient le nom àQ médisance. Ce péché mauvais se commet avec tant de facilité et de tant de manières, qu'il n'en est peutêtre point de plus commun . On médit par paroles i" lorsqu'on découvre, sans une cause juste et nécessaire, les vices ou les défauts cachés d'une personne à ceux qui ne les savent pas, et qu'on diminue ainsi la bonne estime qu'on avait pour elle. 2° Lorsqu' après avoir loué les bonnes qualités d' une personne , on ajoute : Tout cela est vrai, mais! pour faire entendre que celte personne n'est pas tout ce qu'on pense.
On médit par son silence. S'abstenir de louer les bonnes actions du prochain lorsqu'on devrait le faire, ou d'en parler quand il y a nécessité, est une médisance. S'en rendent con[)ablcs ceux qui, étant interrogés sur la probité d'une personne, on sur l'intégrité de ses mœurs dont ils ont connaissance, n'en rendent pas témoignage;
1 J'oycz , sur le mensonge et conlrc le mensonge, les livres de saint Augustin ; de plus, son Manuel b Laurent.
DE PliRSÉVÉRAiNCE. 137
et ceux qui se taisent quand on loue les actions du prochain, faisant entendre par leur silence que ce que l'on dit n'est pas, ou qu'ils connaissent en lui des défauts qui doivent diminuer la bonne opinion qu'on a de lui . On peut encore blesser la réputation du prochain d'une autre manière, en disant, quand on parle de ses vices ou de ses défauts : Je ne m explique pas davantage. Par cet artifice , on fait quelquefois plus de tort à la réputation du prochain, que si l'on s'expliquait tout au long : on donne sujet de croire qu'on sait encore quelque chose de considérable, puisqu'on n'ose pas le dire.
Enfin, on médit i^ar des signes, lorsqu'on marque de l'impatience quand on entend louer quelqu'un, ou qu'on sourit malicieusement, ou qu'on remue la tête, ou qu'on fait quelque autre action qui indique qu'on n'approuve pas ce qu'on dit.
Pour être convaincu de l'énormité de la médisance, il suffit de faire attention à la manière dont le Saint- Esprit parle du médisant. ïl l'appelle \ abomination des hommes ; il défend d'avoir communication avec lui ' . Il dit que les dents des médisants sont semblables à des flèches, et leurs langues à des couteaux tranchants'. Saint Paul déclare ([nils ne seront point héritiers du royaume de Dieu\ D'ailleurs, la médisance est un larcin qui enlève au prochain un bien beaucoup plus précieux et plus cher que tout ce qui peut être la ma-
' Prov. c. 24.
' Ps. 36.
' 1 Ad cor. c. 6.
I,j8 CATÉCHISME
lière du larcio. Au jugement de Dieu même , la bonne réputation vaut mieux que les grandes richesses ' .
Si nous considérons la médisance dans son principe , nous verrons que c'est un vice très-odieu\. Qu" est-ce qui l'inspire? Ce sont les passions. On médit par intérêt , par orgueil, par jalousie, par haine. Connaissez-vous des causes plus méprisables? Que dire de ses suites? Saint Bernard, qui compare le médisant à une vipère, dit que d'un coup de langue il tue trois personnes. Il se donne la mort à lui-môme par son péché; il la donne à celui dont il médit, soit parce qu'il lui enlève sa réputation , qui est sa vie civile, soit par la haine qu'il excite en son cœur, et qui lui fait perdre la vie spirituelle de lame; enfin, il la donne à ceux devant qui il médit, par la part qu'ils prennent ordinairement à la médisance'. Ah ! que le Saint-Esprit a bien raison de nous défendre de fréquenter les médisants'.
1! y a cependant certains cas où il est permis de découvrir les défauts et les vices du prochain. Ainsi on peut et on doit mal parler de quelqu'un pour le bien d'un autre qui mérite d être préféré à celui dont on dit du mal. Voici quelques exemples : ce n'est pas une médisance de découvrir à un supérieur les fautes de ses inférieurs, pour qu'il en fasse la correction ou qu'il empêche le désordre qui en peut arriver V Ce n'est pas une raé-
' Prov. c. 22.
' St. Bernard, Serm. 24. sur les Cantiq. et Si. Chrys, Uoml. 3 adpop. Antîoch.
^ Prov. 26.
•i St. Th. p. 25.
DE PJ;r.SÉVÉHANCE. 139
disance de dire la vérité à quclqu un qui vient prendre des informations sur un domestique qu'il veut engager; sur des ouvriers qu'il veut employer; sur des négociants qui demandent qu'on leur confie des capitaux ; sur une personne qui cherche à contracter alliance avec une autre.
De même, ce n'est pas une médisance que de déclarer les défauts cachés du prochain, si on ne le fait que par nécessité, n'ayant pas d'autres moyens pour défendre sa réputation ou pour éviter un mal notable, comme si l'on ne pouvait se justifier d'un crime qu'en faisant connaître que les témoins ont déjà fait un faux témoignage en quelque autre occasion. Mais ici surtout, il faut avoir grand soin de garder les règles de la justice et de la charité. Il ne faut donc rien dire que de véritable, parler sans exagération, ne point ajouter de mauvaises interprétations, ne mêler aucune intention corrompue à celle '«fui est droite; ne dire le mal qu'à regret et avec circonspection, ne le dire qu'à des personnes raisonnables et intéressées au point dont il s'agit, en leur demandant le secret Voyez avec quelle sollicitude la Religion veille sur notre réputation !
^° La calomnie et le jugement téméraire. Celte sollicitude ne s'étend pas seulement à défendre notre réputation contre la médisance, mais aussi contre la calomnie et le jugement téméraire. La calomnie est le péché de celui qui impute au prochain un mal dont il est innocent. Toutes les lois divines et humaines se réunissent pour
condamner le calomniateur : le monde lui-môme le flétrit. Il serait inutile d'en dire davantage pour nous en inspirer de l'horreur. Mieux vaut nous occuper de la conduite à tenir lorsqu'on entend la médisance ou la calomnie, et des moyens d'en réparer les suites lorsqu'on a eu le malheur de s'en rendre coupable. D'abord il n'est jamais permis de prendre plaisir à la médisance et à la calomnie, à plus forte raison d'applaudir par ses paroles ou par ses gestes à celui qui la fait. Si c'est un supérieur, il faut témoigner par notre silence, par notre air, que ses discours nous déplaisent ' ; si c'est un égal , il faut essayer adroitement de changer de conversation , ou le prier de ne pas continuer, et défendre le prochain, s'ily a lieu, en donnant des preuves de son innocence. Si c'est un inférieur, on est obligé de lui imposer silence. En un mot, dans ces circonstances délicates, il faut pratiquer le grand précepte : Faites pour les autres ce que vous voudriez qu'on fît po^" vous. Or, si nous étions absents, comment voudrions-nous qu'on défendît notre réputation ?
Mais la médisance et la calomnie étant un larcin , on ne peut en obtenir le pardon si on ne restitue le bien qu'elles ont enlevé : ce bien quelquefois plus cher que la vie, c'est la réputation. Comment la réparer? Voici quelques règles : si on a calomnié, il faut se dédire. Il n'y a pas de milieu. On peut se servir de cette manière de parler : En disant telle chose de telle personne , je me suis trompe, ou j'étais dans l erreur : il n'en est rien.
' St. Jérôme, Lettre à Husliq,
DE PEIlSÉVÉRA^CE. 141
Si on a médit, la dif(icult6 est bien plus grande. En effet, puisque le mal qu'on a imputé au prochain est vrai, on ne saurait dire qu'il est faux, ce serait un mensonge. Il faut donc se servir d'une phrase générale et même un peu équivoque, dire par exemple : Ce n'est pas sérieusement que je vous ai dit telle chose de telle personne, ou bien, ce que j'ai dit, je l'ai tiré de ma tête ' . D'autres fois il sera plus à propos de dire simplement du bien de la personne, surtout lorsqu'on a lieu de croire que cette manière lui sera plus agréable, afin de ne pas renouveler le souvenir de sa faute. Si la médisance ou la calomnie, outre le tort qu'elle a fait à la réputation du prochain , lui a causé un autre dommage , par exemple , si elle a fait perdre un emploi ou du travail, on est obligé à le réparer.
Il est encore un autre péché opposé comme les précédents au huitième précepte, ce sont les rapports. Ce péché est très-grand : Le semeur de rapports , dit l'Ecriture, jette le trouble parmi ceux qui vivaient en paix, c'est pourquoi il sera maudit\ On s'en rend coupable lorsqu'on fait des rapports contre les parents et les amis capables de ruiner ou d'altérer l'amitié entre les parents , la confiance entre les amis , la subordination entre les supérieurs et les inférieurs. De là naissent les querelles, les haines, les divisions et une foule d'autres maux. On ne peut donti être trop sur ses gardes pour ne point faire de rapports qui puissent avoir des suites
' B. Liguoii.
2 Prov. c. 28. .
fâcheuses. Quand on a entendu dire quelque parole contre le prochain, il faut létoufller dans son sein, et ôtre siîr quelle ne nous fera pas mourir'.
Ce nest pas seulement la parole, c'est encore la ])ensée désavantageuse au prochain qui nous est défendue par le huitième Commandement. Tel est le jugement téméraire. On entend par là un jugement désavantageux au prochain, qui n'est fondé sur aucine raison légitime et suffisante. C'est à cause de cela qu'on l'appelle téméraire : il est opposé à la justice et à la charité. A la justice, parce qu'il diminue dans l'esprit de celui qui le forme la réputation du prochain, lequel a droit qu'on pense bien de lui , tant que sa malice ne s'est |»as fait connaître au dehors par des preuves certaines. A la charité, parce qu'il ruine ou diminue l'amitié que nous devons avoir les uns pour les autres.
Quelle paix , quelle union intime régneraient parmi les liommes, si chacun imitait l'exemple de sainte Monique. Saint Augustin rapporte que (juand dos personnes ennemies lui disaient des deux côtés, l'une contre lautre, des choses outrageantes, telle que la première chaleur de la colère a coutume d'en faire dire, elle ne rapportait jamais rien de l'une à 1 autre, que ce qui pouvait servir à les réconcilier, à quoi elle travaillait de son mieux. Imitateur des vertus de sa digne mère , Augustin avait la médisance en horreur. C'est ce qui le porta à faire écrire en grosses lettres dans la salle où il avait coutume de prendre ses repas ces deux vers latins :
' Eccli, c. 19.
DE PERSF.VÉUANCE. 1/) *,
Si guis amat dictis absentum rodere vitam. Ifanc mensam velitam nnverit esse sibi.
Si quelqu'un se plaît à mal parler dos absents, qui! sache que cette table lui est interdite.
S'il arrivait que quelqu'un de ses convives commençâtà médire, le saint Evoque l'interrompaiten lui disant • Lisez ces vers; voulez-vous me mettre dans la nécessite de les faire effacer?
Violer le secret des lettres est encore un péché défendu par le huitième Commandement.
Nous venons d'expliquer les dix préceptes du Décalogue. Cette explication, toute imparfa te qu'elle est, suffit 1" pour rendre palpable cette vérité que chaque Commandement de Dieu est un bienfait , et un bienfait absolument gratuit. Je le demande, que les hommes se tyrannisent , se haïssent , s'égorgent , se ravissent l'honneur, la fortune, la réputation, Dieu en sera-t-i! moins heureux? Non, la félicité est essentielle à son ôtre , elle ne dépend point de nous; mais il a voulu prendre en main notre cause; il a voulu protéger nos intérêts , nos personnes et les personnes qui nous sont chères. Il a interposé en notre faveur son autorité toute-puissante; il a dit aux méchants : Tout ce que vous ferez aux moindres de mes enfants, je le regarderai comme fait à moi-même; si vous échappez aux lois humaines, vous n'échapperez point à ma justice. Quelle sécurité que cette promesse ! quelle garantie d'ordre, de justice, de loyauté, de charité, de paix parmi les hommes ! Ah ! pour savoir tout ce que nous devons
i lilx CATÉCHISME
au Décalogue, il faudrait savoir tout ce que, pendant un jour seulement, parmi ces millions d'hommes qui existent, il étouffe de pensées coupables , de projets de vol, de meurtre, d'injustices, de crimes de toute espèce.
Notre explication du Décalogue suffit 2" pour confondre ceux qui osent dire que la Religion n'est qu'un hors-d' œuvre dans la société; que soit qu'on l'observe ou qu'on ne l'observe pas, les affaires de ce monde n'en vont ni mieux ni plus mal. 0 hommes irréfléchis! qui jouissez des bienfaits du Christianisme sans en connaître la cause , essayez, je vous prie, de supprimer le Décalogue, et vous verrez si la Religion est un hors-d'œuvre dans la société. Otez le Décalogue, et Dieu n'est plus qu'un mot, un mot dont on peut se moquer impunément ; et voici toutes le passions sans frein, car il n'y a plus ni vice ni vertu : c'est la guerre de tous contre tous . Otez le Décalogue, et la famille n'a plus de base, la femme devient une esclave, l'enfant une victime, le père un despote inconstant et brutal. Otez le Décalogue, et la société esta jamais dissoute. La force est la loi suprême. Vous avez le despotisme, l'esclavage et l'anarchie. Otez le Décalogue, et voilà votre vie, votre honneur, celui de vos épouses et de vos enfants , votre fortune , votre réputation à la merci de l'assassin, du corrupteur, du voleur et du calomniateur, assez adroits ou assez forts pour échapper au bagne ou au bourreau , et combien qui lui échappent! Ne dites pas que vous remplacerez le Décalogue. Par quoi je vous prie remplacerez-vous une loi qui s' emparant des consciences , va saisir et étouffer le
DE PEUSÉVÉRANCi:. 1/|5
crime jusque dans son germe, le désir et la pensée! Par quoi ? Par rinslruclion? Mais ce n'est pas re qui iious manque. On dit que nous en savons plus à quatorze ans qu'on en savait autrefois à vingt-cinq; c'est môme pour cela que notre siècle s' intitule le siècle des lumières ; et néanmoins si les faits prouvent encore quelque chose , une chose est certaine , c'est que l'instruction sans religion qu'on vend partout aujourd'hui, n'a résolu qu'un seul problème; mais il faut le dire, elle l'a résolu ^vec une perfection désespérante , c'est de corrompre le plus possible dans un temps donné. L'instruction? Mais en manquaient-ils ces Grecs et ces Romains qui nous ont légué des chefs-d'œuvre de tout genre, et qui ne furent jamais pluscorrompus que lorsqu'ils furent plus instruits, et qui, malgré toutes leurs lumières, ont fini par s'abîmer dans le cloaque de leurs mœurs. L'instruction donne des idées, elle ne donne pas de mœurs : elle peut faire des savants , elle ne fera jamais des citoyens.
Par quoi encore remplacerez-vous le Décalogue? Par des systèmes politico-philosophiques ! Mais je vous dirai avec le père même de tous ces systèmes : Philosophe, tes systèmes sont fort beaux, mais de grâce montrenous la sanction . Et puis tous ces systèmes sauveurs , guérisseurs, n'ont-ils pas été tour à tour essayés depuis cinquante ans? Or, dites-moi, quel mal social ont-ils guéri? Ont-ils affermi le pouvoir? rendu l'obéissance plus exacte, le dévouement plus fidèle, la société plus morale, plus tranquille? Quel peuple ont-ils sauvé?
Par quoi encore remplacerez-vous le Décalogue? par T. iv. 10
des constitutions nouvelles, par des chartes? Mais sous ce rapport il semble qu'il nous reste peu à désirer. Depuis 1789, voilà au moins douze fois quon nous constitue . On a soumis la société à tous les traitements , et la pauvre malade est encore là, agitée, haletante, épuisée sur sa couche douloureuse, attendant la guérison.
Par quoi donc remplacerez-vous le Décalogue? Par des lois. Ah ! c'est ici que je vous attendais. Mais si les lois sans la Religion suffisaient pour guérir un peuple, affermir une société, nous serions le peuple le mieux guéri, le plus moral, le plus tranquille, le plus heureux de tous les peuples passés, présents et futures, car, grâces à Dieu, les lois ne nous manquent pas : nous en avons une assez belle collection. Depuis quarante-six ans on nous en a fabriqué soixante-seize mille sept cent cinquante-six; ce qui, de compte fait, en donne à peu près quatre par jour ! !
Reconnaissons donc une bonne fois que le Décalogue seul peut conserver la société et la préserver des calamités qui la menacent. La raison en est claire : la Religion seule dont le Décalogue est une partie essentielle, peut atteindre le cœur humain; or, c'est dans le cœur humain qu'est la source du mal : tout vient de là. Toute législation qui ne peut atteindre le cœur de l'homme, est une législation impuissante. Aimons donc le Décalogue, pratiquons-le fidèlement si nous voulons que les autres le pratiquent ; notre bonheur est à ce prix.
Dli PERSÉVÉRANCE. 14?
PRIÈRE
0 mon Dieu ! qui êtes tout amour, je vous remercie d'avoir rais ma réputation à l'abri de toute parole et môme de toute pensée qui me serait désavantageuse ; faites-moi la grâce de respecter toujours celle de mon prochain.
Je prends la résolution d'aimer Dieu par-dessus toutes choses et mon prochain comme moi-môme pour l'amour de Dieu; et, en témoignage de cet amour, /e m dirai jamais de mal de personne.
DE NOTRE UNION AVEC NOTRE SEIGNEUR LE NOUVEL ADAM , PAR LA CHARITÉ. — HUITIÈME COMMANDEMENT.
Q. Quels sont les principaux avantages du huitième Commandement?
R. Les principaux avantages du huitième Commandement sont : 1" de rappeler la parole à son usage primitif; 2° d'empêcher que notre réputation ne soit ternie par la médisance ou la calomnie ; 3" de prévenir tous les jugements et les soupçons qui pourraient nous nuire dans l'esprit de nos frères ; 4° de conserver la paix et la confiance mutuelle parmi les hommes.
Ç. Que défend-il?
R. Il défend le faux témoignage, le mensonge, la
IZlS CATÉCHISME
médisance, la calomnie, les rapports, le jugement téméraire.
Q. Qu'est-ce que le faux témoignage?
11. Le faux témoignage est une déposition faite en justice contre la vérité, après avoir prêté le serment qu'on a coutume d'exiger des témoins. Le faux témoignage est un très-grand péché. Celui qui s'en est rendu coupable ne doit pas seulement s'en repentir, il est encore obligé de réparer le tort qu'il a causé au prochain.
Q. Qu'est-ce que le mensonge?
R. Le mensonge est le péché de celui qui parle contre sa pensée , qui assure qu'une chose est de telle manière quoiqu'il sache le contraire. Le mensonge est un des vices les plus odieux, les plus déshonorants et les plus funestes aux hommes. Il y a trois espèces de mensonge : \e joyeux, qu'on dit pour récréation, \ officieux, qu'on dit pour rendre service ; le 'pernicieux, qui fait tort au prochain. Toutes ces espèces de mensonge sont des péchés parce que tout mensonge est opposé à Dieu qui est la vérité même , et à la fin de la parole qui ne nous a été donnée que pour nous communiquer nos pensées et non pour nous tromper.
Q. Qu'est-ce que la médisance ?
R. La médisance est une injuste diffamation du prochain. Si le mal qu'on dit du prochain est vrai, c'est une médisance ; s'il est faux, c'est une calomnie. On médit de bien des manières : 1" par paroles, lorsqu'on découvre sans une cause juste et nécessaire les vices ou les défauts cachés d'une personne à ceux qui ne les
Dli PEliSÉVÉUANCC. I:!l9
savent pas ; 2" par son silence, lorsqu'on s'abstient de louer les bonnes actions du prochain, quand on devrait le faire; 3" par signes, lorsqu'on marque de l'impatience quand on entend louer quelqu'un , ou qu'on sourit malicieusement, ou qu'on fait quelqu'autre action qui indique qu'on n'approuve pas ce qu'on dit.
Q. Qu'est-ce que la calomnie?
R. La calomnie est le péché de celui qui impute au prochain un mal dont il est innocent. La médisance et la calomnie sont des péchés qui ôtent la réputation du prochain. Il faut donc la restituer pour en obtenir le pardon. Si on a calomnié, il faut se dédire; si on a fait une médisance, il faut faire tout ce qu'on peut pour ôter la mauvaise opinion qu'on a donnée. Le plus sage est de demander à son confesseur les moyens qu'il convient d'employer pour cela.
Q. Que faut-il faire quand on entend médire ou calomnier?
R. Quand on entend médire ou calomnier, il faut se garder d'applaudir et de prendre plaisir; il faut au contraire, ou imposer silence, ou changer la conversation, ou défendre le prochain, ou du moins témoigner par notre air que la médisance et la calomnie nous déplaisent .
Q. Qu'entendez-vous par les rapports et les jugements téméraires ?
R. Par les rapports, on entend les paroles désavantageuses que rapporte une personne avec ou sans 1 intention de jeter la division entre les autres ; et par jugement téméraire, on entend un jugement désavantageux
au prochain, qui n'est fondé sur aucune raison légitime et suffisante.
PRIERE
0 mon Dieul qui êtes tout amour, je vous remercie d'avoir mis ma réputation à l'abri de toute parole et môme de toute pensée qui me serait désavantageuse ; faites-moi la grâce de respecter toujours celle de mon prochain.
Je prends la résolution d'aimer Dieu par-dessus toutes choses et mon prochain comme moi-même pour l'amour de Dieu ; et, en témoignage de cet amour, je ne dirai jamais de mal de personne.
DE PliRSÈVliRAiNCE. 151
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XXXIIP LEÇON.
DE NOTRK UNION AVEC NOTRE SEIGNEUR LE NOUVEL ADAM, PAR LA COMMUNION
Nécessité de celte union. — Tous les Sacrements se rapportent à l'Eucharistie. — Ce que c'est qu'un Sacrement. — Tous les Sacrements institués par Jésus-Christ. — Raisons de leur institution. — Sacrements des vivants et Sacrements des morts. — Matière et forme. — Cérémonies. — Trait historique.
Si nous n'étions dégradés que dans notre esprit et dans notre cœur, il suifirait, ce semble, pour nous régénérer, de la double union par la Foi et par la Charité, que nous contractons avec le nouvel Adam en croyant en lui et en observant sa loi. Mais il n'en est pas ainsi. Unis au premier Adam de la manière la plus intime, représentés par lui, renfermés en lui, comme les enfants dans leur père, nous avons tous péché en lui'. Non-seulement l'esprit et le cœur, mais le sang, la chair, le corps, les sens de l'homme sont viciés \ Pour être ré-
' In quo omnes peccaveru'at. Jd Rom. vin.
* Cette transmission non-seulement de la souillure originelle mais du péché lui-même de notre premier Père à tous ses descendants, est sans doute un grand mystùre. No us devons l'adorer sans chercher à le pénétrer. Cependant il semble qu'on entrevoit quelque clarté dans ce profond abîme, lorsqu'on vient à considérer que le péché d'Adam fut le péché de l'humanité même. Qu'était-ce eu effet que l'humanité au moment de la faute originelle? C'était Adam. Qu'estellc encore aujourd'hui? sinon
i5:> CAÎLCiiiSME
générés loul entiers el dans toutes les parties de notrt être , il faut donc nous unir tout entiers au nouvel Adam ' . Déjà nous avons expliqué les moyens et la nécessité de notre union avec lui par la Foi et par la Charité. Celte double union en prépare une troisième plus excellente : l'union de notre corps, de nos sens et de notre être tout entier avec le nouvel Adam, par la communion. Dans ce mystère d'amour et d' unité ' , se consomme pour l' homme voyageur, l'œuvre de la rédemption ; par la Communion, son esprit, son cœur, son corps, s'unissent au nouvel Adam d'une manière si étroite qu'ils s'identifient pour
Adam multiplié autant de fois qu'il a eu, qu'il a, et qu'il aura de descendants. Faciam te in gentcm ma(jnam. Je ferai de vous un grand peuple. Cette expression de l'Ecriture conlii aie ce que nous disons et rend trts-bien la multiplication , le prolongement, le développement d'un seul homme dans ses innombrables descendants, f^oycz, là-dessus, saint Aug. de gen ad litt. et cité de Dieu , etc.
" Sicut fuit vêtus Adam elïusus per totum. bomiûein el totum occupavit, ila modo totum oblineat Christus qui totum crevit, totum redemit, totuviçX glorificabit. St. Ber. serm. iv de adv. n. 2 et 3.
De là, la nécessité de la Communion pour le salut, non pas, il est vrai, quant à la réception réelle de l'Eucharistie, mais quanta l'effet, c'esl-à dire à noire union au corps mystique de Notre Seigneur. Cette participation mystique au corps de J.-C. est même nécessaire aux enfantsl'Eglise communie pour eux, comme elle croit pour eux. Ce sont les propres expressions de saint Thomas : quanquam non quoad realcm percuptioncm sicul Baptismus Eucharistix' sacrnmcntum ad saluteœ ncccssarium sit, est tamin ex parle rei <iuaj est unilas corporis mystici nccessarium
ad salutcm l'cr Baplismum ordinalur liomo ad Eucharisliam , et idco
e.\ hoc"ipso quod pucri Baptisanlur, ordinantur per Ecclesiam ad Eucharisliam. El sicul fx fidc Ecclesiœ crcdunt , sic ex intenliouc Ecclesiac dcsiderant Eucharisliam el per consequens rcciiiiunt rem ipsius, D. Th. .'î p. q. 73, art. m.
= Wyslcrium unilalis.
Dli PERSE VÉKANŒ. iit
•iinsi (lire avec lui ; en sorte que nous devenons d'autres hii-mômc, participants de la nature divine', pouvant et devant pouvoir dire : Ce n'est plus moi qui vis, c'est Jésus-Christ qui vit en moi. Dans T Eucharistie, leFilsde Dieu, comme dit Bossuet, prenant la chair de chacun de nous, communique à notre être les divines qualités du sien, et atteint ainsi le but final de la Religion sur la terre . Quel est , en effet , le but de la Religion ? sinon de réunir Dieu et l'homme séparés par le péché. Dans l'Ancien Testament , tout promet cette union, tout la figure, tout la prédit et la prépare ; dans le Nouveau , tout s'y rapporte encore : le Symbole, le Décalogue, les Sacrements. Il suit de là 1° que la Communion est l'acte le plus élevé et comme le dernier mot de tout le Christianisme. Il suit de là 2° que l'Eucharistie où s'opère cette union déifique, est dans la Religion ce qu'est le centre dans le cercle , le cœur dans le corps humain , le soleil dans le Ciel , Dieu lui-même dans l'univers. L'Eucharistie , dit saint Thomas , est comme la consommation de la vie spirituelle et la fin de tous les Sacrements '. Tout vient de cet adorable mystère , tout y ramène. La raison en est simple ; l'Eucharistie, c'est Jésus-Christ le médiateur, le nouvel Adam perpétuellement incarné au milieu du monde, s'unissant tous les hommes pour les délivrer de la dégradation primitive et leur communiquer un nouvel être. Voilà encore une des routes nombreuses qui aboutissent à
' Diviiiic consorles iialiirse.
' P. 3. q. 73. art. m.
ibh CATÉCHISME
cette vérité fondamentale qu'on ne saurait trop se re^ mettre devant les yeux , parce qu'elle est l'explication et le lien de toutes choses; savoir, que sous l'Evangile comme sous la Loi, sous les siècles passés comme sous les siècles présents et futurs, Jésus-Christ est l'ame, le centre, l'alpha et l'oméga de la Religion; tout se rapporte à lui et à notre union avec lui.
C'est donc sous ce point de vue lumineux qu'il faut montrer et que nous avons lâché de montrer jusqu'ici toute la suite de la Religion. C'est encore sous ce même point de vue , c'est-à-dire comme des moyens de préparer ou de maintenir notre union avec Notre Seigneur, par la Communion , que nous allons envisager les Sacrements. Ici nous ne sommes que l'interprète de saint Thomas. Tous les Sacrements , dit le docteur angélique, se rapportent à l'Eucharistie ' ; le Baptême nous en rend capables; la Confirmation la maintient ou nous en rend plus dignes; la Pénitence la répare lorsque le péché l'a rompue; l'Extrème-Onction achève de l'affermir au moment de la mort; l'Ordre et le Mariage la perpétuent en perpétuant l'Eglise, c" est-à-dire les Prêtres qui conservent Jésus-Christ toujours présent sur la terre et les fidèles qui le reçoivent. Tels sont les Sacrements dans le plan général de la Religion . Il est temps d'entrer dans l'explication de ces puissants moyens de salut que le nouvel Adam nous a légués.
' Eucharislia est.... omnium Sacramenlorum finis. Pcr sanctificatîones ciiiin omiîiuni Sacra uieiUoium fil jua-paratio ad suscipiendaifl vel consecrandaniEucharisliam... Sacrauicnluiu Sacranirnloruinquia Sacramentls oinuibusconsummatanipcrfi'clionnemconfcrt. D. Th. p. 'à. q,ld. art. m.
Un Sacrement , dit saint Augustin, est le signe d'une chose sacrée ; ou, ce qui revient au même, c est un signe visible de la grâce inoisible, institué pour notre sanctification'. De là cette définition admise par l'Eglise : Les Sacrements sont des signes sensibles institués par Jésus-Christ pour la sanctification de nos âmes.
Les Sacrements sont des signes, parce qu'ils nous font connaître une grâce invisible qu'ils produisent dans nos âmes. Ainsi, lorsque dans le Baptême, on verse l'eau sur le corps, en prononçant les paroles ordonnées pour cet effet, cela signifie que par la vertu du Saint-Esprit, lame est intérieurement purifiée de toutes les taches et de toutes les souillures du péché, et qu'elle est revêtue du divin ornement de la justice et de la grâce.
Les Sacrements sont des signes sensibles , parce que ce sont des actions et des paroles qui tombent sous nos sens, comme dans le Baptême nous voyons l'action du Prêtre qui verse l'eau, nous entendons les paroles quil prononce . Cette action et ces paroles signifient et produisent dans l'ame de celui qui est baptisé, une grâce que nous ne voyons pas et qui nous sanctifie.
* Nous avons ajouté dans la définition : institués par Jésus-Christ. 11 est de foi que c'est Notre Seigneur Jésus-Christ qui a institué tous les Sacrements ^ . Nous le savons tout ensemble par l'Ecriture-Sainte et par la tradition. L'institution du Baptême nous est marquée
' Liv. 10. Cité de Dieu 65. epist. 2. Voya aussi St. Jérôiu. sur Amos. c. 1. V. 1.; St. Cypr. epist. 15 et lir. du Bapicmc: St. Ambr. du Baptême. '' Conc, de Trente. Sess. 7, c. 1.
par CCS paroles do Notre Seigneur à Nicodèmc : Quiconque ne sera pas regénéré par l'eau et par le Saint- Esprit, ne peut entrer dans le royaume de Dieu ' . La nécessité de le recevoir nous est manifestée par ces autres paroles que le Sauveur adresse à ses Apôtres : Allez, enseignez et baptisez toutes les nations'', ce que les Apôtres ont eu grand soin d'exécuter.
Saint Luc nous apprend que les Apôtres donnaient la Confirmation aux Fidèles, lorsqu'il rapporte que les Apôtres imposaient les mains à ceux qu'ils avaient baptisés, et que ceux-ci recevaient le Saint-Esprit^ .
La promesse de l'Eucharistie est rapportée en détail par saint Jean '^; et son institution décrite d'une manière admirable par saint Mathieu, saint Luc et saint Marc.
La pénitence lut instituée lorsque Notre Seigneur, environné de ses Apôtres après sa résurrection, leur dit en souillant sur eux : Recevez le Saint-Esprit; ceux à qui vous remettrez les péchés ils leur seront remis , ils seront retenus à ceux à qui vous les retiendrez^.
L'Extrème-Onction est désignée dans l'Evangile de saint Marc où il est dit, que les Apôtres oignaient d'huile un grand nombre de malades et les guérissaient''. L\pôtre saint Jac([ues nous a fait connaître l'utilité et les effets de ce Sacrement, lorsqu'il dit : Si quelquun est
' JcuD.cb. o.
■> MaUh. 28.
^ Act. c. 8.
i Jean. c. 0.
^ Jean 20. — Mullh. 16.
* Marc. c. G. io.
malade, il doit appeler les Prêtres de r Eglise, afin qu'ils prient sur lui et quils. lui fassent les onctions avec de l'huile, et le Seigneur le soulagera, et s il a des pèches à expier ils lui seront remis'. L'ordre fut promis par le Sauveur lorsqu'il dit à ses Apôtres qu'il les ferait ses ministres et des pêcheurs d'hommes \ Et il les ordonna Prêtres lorsqu'il leur dit : Faites ceci en mémoire de moi ^ . Par là il leur donna pouvoir sur son corps naturel; et ailleurs : Recevez le Salnl-Esprit ; les péchés seront remis à ceux à qui vous les remettrez '♦. Par là il leur donna pouvoir sur son corps mystique qui est l'Eglise. Saint Paul nous fait entendre qu'il avait conféré le sacrement de l'Ordre à son disciple Timothée qu'il avertit de ne pas négliger de faire revivre la grâce qu'il lui avait donnée par l'imposition de ses mains'.
Enfin le même Apôtre nous dit en termes exprès que le Mariage est un grand Sacrement en Jésus- Christ et dans l'Eglise''.
Une autre preuve que tous les Sacrements ont été institués par Notre Seigneur, c'est que depuis l'origine l'Eglise l'a toujours cru sans varier jamais sur ce point. Les sectes séparées de son unité depuis les premiers siècles, l'Eglise grecque elle-même, retiennent et ont
» Jac. c. 5.
2 St. Malth. c. 4.
5 Luc. 21.
4 Jean. 20.
5 Tiin. c. 4.
<j Eph. c. 5. — Sur tout cela, voyez le Cutécli. du Concile de Trente Drouiu, derc snc rament aria.
toujours retenu le môme nombre de Sacrements et reconnu comme l'Eglise catholique Jésus-Christ pour leur auteur'. De plus, l'Eglise a toujours condamné comme hérétiques tous ceux qui ont refusé de reconnaître quelques-uns des Sacrements. Dans le troisième siècle, elle frappe d'analhème les Novatiens qui ne donnaient pas la Confirmation aux nouveaux baptisés; dans le quatrième , les Manichéens qui condamnaient le Mariage; dans le quatorzième siècle, Wiclef et ses adhérents, qui méprisaient l'Extrème-Onction ; dans le seizième, Luther , Zuingle et Calvin , qui rejetèrent tour à tour plusieurs Sacrements.
Les Pères et les Docteurs de l'Église nous parlent des Sacrements, des cérémonies employées dans leur administration, des effets admirables qu'ils produisent. Ils n'en parlent cependant qu'avec précaution , afin de ne pas en donner connaissance aux Payens et de ne pas jeter les perles devant les pourceaux". Ce témoignage unanime, non interrompu depuis dix-huit siècles et fondé sur l'Ecriture, est une preuve sans réplique que les Sa-
> Voyez Perpétuité de la Foi.
3 Néanmoins il est fait une mentiou expresse des sept Sacrements dans les Pères de l'Eglise. Tertullicn parle du Baptùme, de la ConOrmation et de rEucharistie dans le liv. de la Rcsurr. de la chair, c. 7. de l'ordre dans les prescriptions, c. 40. 41. St. Au^;. parle du Baptême et de l'Euch. dans la lettre 118 d Januarius; delà Conlir., dans le 3" liv. contre les lettres de Pétilien, c. lOA ; de la Pénitence , dans le liv. 3 du Baptême, c. 20; du Mariage, dans le liv. du Bien du Mariage, c. 18. 24; Innocent I; dans la lettre à Décence, et St. Cliryst. , dans le liv. 3. du Sacerdoce, c. 6, fait mention de rExtrûme-Onction , etc., etc. Si les premiers écrivains ecclésiastiques n'ont pas fait de catalogue des Sacrements, c'est qu'ils n'en parlaient que lorsque la matière le requérait absolument.
crements ont tous été institués par Notre Seigneur Jésus-Christ. Quel respect cette seule pensée ne doitelle pas nous inspirer pour les Sacrements, puisque la dignité et 1" excellence de celui qui donne, ajoute infiniment à l'excellence des dons et des bienfaits accordés ! Avec quelle piété, quelle religieuse frayeur, quelle confiance filiale ne devons-nous pas nous en approcher!
Mais hélas ! combien on a lieu de s'affliger en voyant l'indifTérence de la plupart des Clirétiens pour les Sacrements, la légèreté, le peu de soin avec lequel ils s'en approchent 1 Un saint Prêtre disait là-dessus en gémissant : Combien de malades qui, dans la belle saison, vont aux eaux de Bourbonne , de Vichy , de Barrège , etc ! Ils font de grandes dépenses pour guérir quelques infirmités corporelles, et il s'en faut bien qu'ils guérissent tous. Nous avons des sources admirables pour toutes les maladies de lame; ce sont les Sacrements. Ces sources de grâce guérissent infailliblement ceux qui y vont étant bien disposés. Comment se fait-il que tant de pécheurs négligent d'aller à ces eaux salutaires? comment la plupart de ceux qui y vont n'y portent-ils pas les dispositions nécessaires ?
Il était en quelque sorte nécessaire que Dieu instituât des Sacrements, et leur institution fait briller avec éclat la sagesse profonde et l'infinie bonté 4u nouvel Adam. Depuis sa chute, l'homme est enfoncé dans les sens. La faiblesse de son esprit est telle, qu'il lui est impossible de s'élever autrement que par des choses sensibles à la connaissance des choses spirituelles. C'est donc
iÛÔ CATÉCHISME
pour nous aider à comprendre plus facilement ce que sa vertu opère invisiblemcnt dans nos âmes, que ce souverain Maître de toutes choses a voulu figurer et représenter par des signes pris dans les choses sensibles, cette mystérieuse opération. Si l'homme était un pur esprit, il aurait communiqué immédiatement avec Dieu ; mais puisque l'ame est unie à un corps, il fallait que les choses sensibles fussent pour elle un moyen de connaître les choses invisibles.
Ainsi , la première raison pour laquelle Dieu a institué les Sacrements, c'est qu'il a voulu faire connaître sa bonté infinie en donnant à l'homme , pour opérer son salut, des moyens proportionnés à sa nature.
La seconde, c'est qu'il n'a pas voulu être adoré seulement en esprit, mais encore par un culte extérieur : Créateur de notre corps aussi bien que de notre ame , il exige le culte de l'un et de l'autre.
La troisième, c'est qu'il a voulu instruire l'homme et dompter son orgueil, en l'assujétissant h des choses sensibles, et y attachant la sanctification; il a voulu par l<^ éprouver l'obéissance de l'homme pécheur, comme il avait éprouvé celle de l'homme innocent.
La quatrième, c'est qu'il a voulu manifester aux hommes, sa sagesse et sa puissance infinie, en se servant de petites oboscs pour en opérer de grandes.
La cinquième , c'est afin d'entretenir entre les hommes le lien sacré de la charité , en leur rappelant que la participation des mêmes biens , les unit de la manière la plus étroite , et qu'elle les fait membres d'un seul et môme corps.
La définition des Sacrements se termine pur ces paroles : Pour notre sanctification. Sanctifier les hommes, c'est les rendre agréables à Dieu par l'abolition des péchés, ou par l'augmentation de la grâce. Ainsi, il est des Sacrements qui sanctifient les hommes en leur donnant la vie de la grâce qu'ils n'avaient pas auparavant, comme le Baptômeet la Pénitence; c'est pour cela qu'on les appelle Sacrements des morts. D'autres les sanctifient en augmentant et fortifiant la grâce qu'ils avaient déjà, et on les nomme Sacrements des vivants , parce qu'il faut être en état de grâce pour les recevoir .
Outre la grâce que tous les Sacrements produisent dans notre ame, il y en a trois , le Baptême, la Confirmation et r Ordre, qui impriment un caractère spirituel qui ne peut être effacé; et c'est pour cela qu'on ne peut les recevoir qu'une seule fois. Ce caractère a deux effets : par l'un, il nous rend capables de recevoir ou de faire certaines choses dans l'ordre de la Religion ; et par l'autre, il sert à distinguer ceux qui les ont reçus. Le caractère imprimé par le Baptême nous rend propres à recevoir les autres Sacrements, et en même temps il distingue les Chrétiens des Infidèles. Par le caractère de la Confirmation, nous sommes armés pour être les soldats de Jésus-Christ, publier et défendre son nom, combattre nos ennemis extérieurs et intérieurs . De plus , nous sommes séparés des nouveaux baptisés qui sont comme des enfants nouvellemenl nés'. Enfin, le ca^
■ Eph. 6. 12.
ractère du Sacrement de l'Ordre donne le pouvoir d'administrer les Sacrements, et distingue du reste des Fidèles ceux qui en sont revêtus.
Tous les Sacrements produisent ces admirables effets par leur propre vertu : cette vertu n'est autre chose que l'application du sang du nouvel Adam et des mérites de sa mort , que ce divin Sauveur veut bien nous communiquer par des signes sensibles. Or, ces signes sensibles, ou les Sacrements, se composent de deux choses essentielles : la matière et \a forme.
La matière, c'est l'élément ou la chose qu'on emploie pour administrer le Sacrement , comme l'eau dans le Baptême , Ihuile sainte dans l' Extrême-Onction ; la forme , ce sont les paroles du ministre , et il est de foi que ses paroles se joignant à la matière , le Sacrement existe'. Les paroles doivent être ajoutées à la matière, afin que la signification de la chose employée soit plus claire et plus facile à saisir. S'il n'y en avait point dans les Sacrements , il serait difficile de deviner ce que signifie la matière en elle-même. Combien nous devons remercier Dieu d'avoir établi , pour les Sacrements , une forme si exactement déterminée , que si on s'en éloigne, l'essence du Sacrement n'existe plus! Elle les rend si clairs, qu'il est impossible que jamais ils soient le sujet d'aucun doute.
Quant aux cérémonies qui accompagnent l'administration des Sacrements, elles ont été très-sagement établies pour nous représenter la sainteté qu'ils de-
1 Aug. in Joan. Truct. 80.
DB PEUSÉVÉRANCE. 163
mandent de ceux qui les administrent et qui les re- (.oivent ; ensuite pour figurer d'une manière plus étendue et mettre pour ainsi dire sous les yeux les cfTets de chaque Sacrement ; enfin, pour mieux élever l'amede ceux qui en sont témoins à la contemplation des choses divines, et faire croître en eux la foi et la charité.
Voici la manière dont une servante du Seigneur avait coutume de se préparer aux Sacrements. Tous les jours, disait-elle à celui qui dirigeait son ame et qui lui faisait rendre compte de sa conduite, je fais une prière par laquelle je demande à Dieu, au nom des mérites de Jésus-Christ , et par l'intercession de la sainte Vierge et de saint Joseph, de ne jamais faire de mauvaises confessions, de ne jamais faire que de bonnes communions; d'avoir le bonheur de recevoir le saint Viatique et 1 Extrême-Onction, et d'être parfaitement disposée quand on m'administrera ces Sacrements, si c'est le bon plaisir de Dieu que je les reçoive. Pour ne point manquer d'avoir la contrition lorsque je me confesse, je fais ordinairement, en vue de ma prochaine confession , tous les actes de contrition que je forme dans mes prières du matin et du soir, et dans le cours de la journée. La veille de ma confession, je m'excite à la douleur non-seulement des fautes commises depuis ma dernière confession, mais encore des plus grands péchés de ma vie; et à la fin de toutes mes confessions, je m'accuse d'un ou de deux de ces péchés. Je ne manque point à dire tous les jours un Pater et un Ave pour mon confesseur, afin que le Seigneur lui inspire de me
164 CATÉCHISJIE
donner les avis qui me seront le plus salutaires, et que l'exhortation qu'il me fera me touche le cœur.
Pour me préparer à mes communions, je fais plusieurs fois par jour la communion spirituelle. Dès que je m'éveille le jour où je dois communier, je pense au bonheur que j'aurai bientôt ; je me dis : Je suis invitée aujourd'hui à la table du Roi des rois. Pour conserver le recueillement dans la matinée du jour où j'ai communié, je fais cette réflexion : Une liqueur spiritueuse perd bientôt sa force si l'on ne tient pas fermé le flacon qui la renferme. C'est en action de grâce de la communion, que je tâche de faire toutes les actions de la journée. Je fais la dernière communion de chaque mois en viatique, pensant que ce sera peut-être la dernière communion de ma vie. Le dernier jour de la semaine^ étant au lit, je me donne l'Extrème-Onction spirituelle. C'est à ce dessein que je fais le signe de la Croix sur mes yeux, mes oreilles, mes narrines , ma bouche, mes mains, mes pieds, en disant : Seigneur, par ce signe de la Croix et par votre miséricorde infinie, remettez-moi tous les péchés que j'ai commis par la vue , l'ouïe , l'odorat, la bouche.
Enfin , je fais souvent cette réflexion : Tous ceux qui recevront les derniers Sacrements, étant mal disposés, seront damnés. Tous ceux qui les recevront étant bien disposés, seront sauvés. On reçoit ordinairement les Sacrements à la mort, comme on les a reçus dans le cours de la vie,
PRIÈRE
0 mon Dieu ! qui êtes tout amour, je vous remercie d'avoir voulu consommer mon union avec le nouvel Adam, par la sainte Eucharistie, et par là me communiquer ses divines qualités et me faire son enfant . Pénétrezmoi de respect et d'amour pour cet auguste Sacrement et pour tous les autres qui s'y rapportent.
Je prends la résolution d'aimer Dieu par-dessus toutes choses et mon prochain comme moi-môme pour l'amour de Dieu; et, en témoignage de cet amour, j'exciterai en moi un grand désir de bien communier.
PETIT CATÉCHIS3IE.
DE NOTRE UNION AVEC NOTRE SEIGNEUR LE NOUVEL ADAM, PAR LA COMMUNION. — DES SACREMENTS.
Q. Comment s'achève notre union avec le nouvel Adam?
R. Notre union avec le nouvel Adam, commencée par la Foi, perfectionnée par la Charité, s*achôve par la Communion. C'est dans l'Eucharistie que notre esprit, notre cœur, nos sens, s'unissent avec Notre Seigneur, en sorte que nous devenons en quelque sorte d'autres Jésus-Christ.
Q. A quoi se rapportent tous les Sacrements?
R. Tous les Sacrements, ainsi que toute la Religion, ^ rapportent à la Communion, car le but de toute la
Religion, c'est de nous unir au nouvel Adam et de nou& faire vivre de sa vie ; et c'est dans la Communion que ce mystère se consomme ici-bas.
Q. Comment les Sacrements se rapportent-ils è la Communion ?
jR. Les Sacrements se rapportent à la Communion chacun à sa manière : le Baptême nous en rend capables ; la Confirmation la maintient ou nous en rend plus dignes ; la Pénitence la rétablit lorsqu'elle est rompue par le péché ; l'Extrèmc-Onction l'affermit au moment de la mort contre les dernières attaques du démon; l'Ordre et le Mariage la perpétuent en perpétuant l'Eglise.
Q. Qu'est-ce que les Sacrements?
R. Les Sacrements sont des signes sensibles institués par Notre Seigneur Jésus-Christ pour notre sanctification. Ce sont des signes parce qu'ils nous font connaître la grâce invisible qu'ils opèrent dans nos âmes. Ainsi, dans le Baptême, l'eau versée sur la tôle du baptisé marque la grâce qui le purifie intérieurement. Sensibles. c'est-à-dire qui tombent sur nos sens; comme dans le Baptême nous voyons l'action du Prêtre qui verse l'eau, nous entendons les paroles qu'il prononce.
Q. Qu'est-ce qui a institué les Sacrements?
R. C'est Notre Seigneur Jésus-Christ qui a institué tous les Sacrements, et nul autre que lui ne pouvait les instituer. Il n'y a que Dieu qui puisse attacher à des choses sensibles le pouvoir de produire la grâce.
Q. Comment savons-nous que Notre Seigneur a institué les Sacrements?
DU PEUSÉVliRANCE. 167
7î. Nous savons que Notre Seigneur a institué les Sacrements, par l'Ecriture-Sainte et par la tradition. Dans tous les siècles de l'Eglise nous voyons qu'on a toujours admis sept Sacrements. Les Pères de l'Eglise en parlent mais avec réserve, afin de ne pas les faire connaître aux Payens et les exposer à leurs mépris.
Q. Pourquoi Notre Seigneur a-t-il institué les Sacrements?
R. Notre Seigneur a institué les Sacrements 1° afin de nous communiquer ses grâces ; 2° afin de nous aider, par le moyen des choses sensibles , à comprendre les choses spirituelles; 3° afin de nous montrer sa puissance infinie en se servant de petites choses pour en opérer de grandes ; 4" afin de nous apprendre continuellement que nous sommes tous frères.
Q. Quels sont les effets des Sacrements?
R. Les effets des Sacrements sont de nous sanctifier, soit en nous donnant la grâce , soit en l'augmentant. Le Baptême et la Pénitence nous donnent la grâce, c'est pourquoi on les appelle Sacrements des morts : les autres augmentent la grâce qne nous avons déjà , c'est pourquoi on les appelle Sacrements des vivants. Le Baptême, la Confirmation et l'Ordre, impriment en nous un caractère ineffaçable qui nous rend propres à faire ou à recevoir certaines choses dans l'ordre de la Religion; aussi on ne peut les recevoir qu'une fois. Tous les Sacrements produisent leur effet par leur propre vertu.
Q. Qu'entendez-vous par la matière et la forme des Sacrements ?
168 CAtÊCHlSME
R.On entend par la matière des Sacrements les choses qu'on emploie pour les administrer, comme l'eau dans le Baptôme ; et par la forme, les paroles du Prêtre. Ces deux choses sont nécessaires pour former le Sacrement.
PRIÈRE
0 mon Dieu ! qui êtes tout amour, je vous remercie d'avoir voulu consommer mon union avec le nouvel Adam, par la sainte Eucharistie, et par là me faire son enfant.
Je prends la résolution d'aimer Dieu par-dessus toutes choses et mon prochain comme moi-même pour l'amour de Dieu ; et, en témoignage de cet ixmouT , f excilerat en moi un grand désir de bivn communier.
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