‹ Catéchisme de persévérance, ou, Exposé historique, dogmatique, moral et liturgique de la religionChapitre 2 sur 48 · GRACE. — PRIÈRE · texte numérisé non relu

GRACE. — PRIÈRE

JRésumé de ce qui précède. — Ce que c'est que la Religîon. — Grâce diversifiée en mille manières. — Définition de la grâce. — Division. — Grâce extérieure et grâce intérieure. — Première et seconde grâce. — Grâce sacramentelle. — Grâce habituelle et actuelle. — Trait historique. — Gratuité de la grâce. — Grâce de la prière. — Nécessité de la prière. — Ses qualités.

Résumons en quelques mots ce que nous avons dit jusqu'ici. Dieu a créé le monde pour sa gloire, c'est-àdire pour manifester ses perfections. L'homme a été établi pour jouir de ce grand spectacle, pour adorer, aimer , remercier Dieu au nom de toutes les créatures. Comme il existe des rapports nécessaires de supériorité et d'infériorité, d'amour et de protection, de respect et de reconnaissance entre le fils et le père, entre la mère

T. II. i

et la fille, de môme il en existe nécessairement entre Dieu, Créateur et Père, et l'iiomme', sa créature et son enfant. Que dis-je? les rapports entre Dieu et l'homme sont bien plus intimes, bien plus sacrés et bien plus nobles que ceux des parents et des enfants. Par un acte infini d'amour. Dieu a destiné l'homme à une fin surnaturelle, c'est-à-dire à un bonheur infini, à un bonheur au-dessus de nos pensées et des exigences de notre nature imparfaite et bornée; en un mot, à un bonheur après lequel il n'y a plus rien. Ce bonheur, c'est la vue et la possession immédiate de Dieu même dans le Ciel pendant toute l'éternité. On comprend maintenant toute la signification de ce beau mot de saint Thomas , que la grâce ne détruit pas la nature mais la perfectionne ' .

Dieu, qui voulait cette noble fin, avait donné à l'homme tous les moyens d'y parvenir. L'homme devait les mettre en usage, faire ce que Dieu lui commandait, s'abstenir de ce qu'il lui défendait. A cette condition, le bonheur lui était assuré, pour lui et pour tous ses descendants. Ces admirables rapports, ou, si vous voulez, cette société entre Dieuetl'homme innocent, c'est la Religion. Comme on voit, cette Religion, ou cette société, qui devait conduire l'homme à un bonheur auquel il n'avait par lui-même aucun droit de prétendre, est une grande faveur, une grande aumône, une grande grâce de la part de Dieu.

Or, une condition de ce divin contrat, était que

' Gratis non tolUt natursim sed perficit.

DE PERSËTÉRANCÊ. 3

1 homme s'abstiendrait du fruit de l'arbre de la science du bien et du mal. ]\lalheureusement , l'homme osa violer cette condition fondamentale : sa société avec Dieu fut détruite. Plus d'espérance; au contraire, une condamnation à mort et des châtiments proportionnés à la grandeur de l'outrage. Dieu pouvait abandonner l'homme dans le déplorable état où il venait de se plonger, comme il avait abandonné les Anges après leur révolte. Sa justice semblait l'exiger; mais la miséricorde l'emporta. Le fils de Dieu même s'offrit à son Père pour expier le crime de l'homme. Dieu se laissa toucher. Comme on voit chaque jour dans les familles, les parents accorder le pardon et rendre leur amitié à l'enfant coupable, sur la prière de l'enfant vertueux ; de même à la sollicitation de son fils, Dieu consentit à rendre à l'homme ses bonnes grâces, et à rentrer en société avec lui; c'est-à-dire, à rétablir les subUmes rapports qui existaient entre eux avant le crime originel. Or, nous l'avons dit, ces rapports, c'est la Religion; la Religion, qui doit conduire au même bonheur surnaturel , immense, infini, l'homme pénitent, comme elle devait y conduire l'homme innocent.

Soit qu'on l'envisage avant le péché d'Adam, soit qu'on la considère après cette déplorable faute, la Religion est donc un bienfait, une faveur, une grâce ; ou, pour mieux dire, c'est la grâce par excellence, puisqu'elle renferme toutes les autres. Avant la chute, la Religion était, de la part de Dieu, un acte infini d'amour; après la chute, c'est un acte infini de misé-

ricorde et de clémence. Ce bienfait, nous le devons au Verbe éternel. Voilà pourquoi Dieu s'empressa d'annoncer à nos premiers parents ce divin Médiateur de la paix, ce Lien de la société nouvelle; il voulut qu'ils connussent bien celui à qui ils étaient redevables de leur conservation et de leur salut, afin de concentrer sur lui toutes leurs espérances et l'amour de tous les cœurs.

Pour rendre évidente cette vérité fondamentale , que la Religion toute entière est un grand bienfait, une grande aumône, une grande grâce, la grâce par excellence, la grâce diversifiée en mille manières, il suffit de se rappeler 1° que la théologie catholique définit la grâce un secours ou plutôt l'ensemble des secours surnaturels que Dieu accorde gratuitement aux hommes en vue des mérites de Jésus-Christ, pour opérer leur salut ; 2° qu elle divise la grâce en deux grandes espèces : les grâces extérieures et les grâces intérieures.

Les grâces extérieures sont tous les moyens surnaturels visibles ou sensibles par lesquels Dieu nous aide à opérer notre salut. Or, c'est la Religion qui nous conduit au salut. Cette première espèce de grâce renferme donc tout ce qui compose extérieurement la Relio^ion. En effet, elle comprend, dans l'Ancien Testament, toutes les révélations, toutes les promesses, toutes les figures, toutes les prédictions du Messie ; la loi donnée sur le mont Sinaï , le décalogue, tous les sacrifices, toutes les observances, toutes les cérémonies, toutes les fêtes, tous les chants, toutes les prières du culte judaïque ; tous

\ds enseignements des Prophètes pour rappeler les Hébreux à la vertu ; tous les bons exemples donnés par les saints personnages de ces temps-là ; en un mot, tous les secours extérieurs qui pouvaient porter les hommes à faire le bien surnaturel, par conséquent toute la religion mosaïque. Il est donc vrai, avant la venue du Messie, toute la religion , considérée extérieurement, n'est qu'une grande grâce, diversifiée en mille manières, pour conduire l'homme au bonheur surnaturel.

Il en est de même après la venue du Messie. Considérée extérieurement, la religion chrétienne, c'est-àdire la religion développée par le Rédempteur en personne , les enseignements admirables de ce divin Sauveur, ses miracles, ses exemples , les prédications des Apôtres et de tous leurs successeurs, répandus depuis dix-huit cents ans par tout l'univers; le symbole, le décalogue, les sacrements, les fêtes, les jeunes, toutes les lois de l'Eglise, les exemples de cette multitude innombrable de martyrs, de vierges, de solitaires; en un mot, tous les secours extérieurs qui, depuis la venue de Jésus-Christ, peuvent porter les hommes à faire le bien surnaturel , sont autant de grâces extérieures ; par conséquent encore la religion toute entière, depuis cette heureuse époque, n'est qu'une grande grâce, diversifiée en mille manières, pour conduire l'homme au bonheur surnaturel '.

Telle est la première espèce de grâces , les grâces extérieures.

Venons aux grâces intérieures. Cette seconde espèce

' l'oyez Ber^kr, art. Cvcxce.

de grâces comprend tout ce qui touche intérieurement notre cœur ; tout ce qui éclaire intérieurement notre esprit ; tout ce qui nous dispose intérieurement au bien surnaturel et nous donne la force de l'opérer . Les bonnes pensées, les salutaires inspirations, les pieux mouvements, les saintes résolutions, les chastes désirs, sont autant de grâces intérieures. Qui peut les compter? Ah ! il serait plus facile de calculer le nombre des cheveux de notre tète.

Comme la grâce extérieure, la grâce intérieure se diversifie en mille manières; elle prend tous les tons, elle revêt toutes les formes; elle nous fait entendre toutes les voix : voix de la foi, voix de l'espérance, voix de l'amour, voix: du remords, voix de la crainte, voix de la tristesse, voix de la joie, voix de la tendre mère qui supplie et qui pleure; voix du Père irrité, qui reprend et qui menace ; voix àe l'ami qui adresse de doux reproches. Nuit et jour, depuis le premier instant de notre raison jusqu'à notre dernier soupir, le Rédempteur se tient debout à la porte de notre cœur, nous répétant sans cesse , et dans toutes les langues et sur tous les tons : Mon enfant, ouvrez-moi; donnez-moi votre cœur. Cette double espèce de grâce qui est toute la religion , rend raison de la double espèce de culte qui a toujours été en usage, le cuite extérieur et le culte intérieur.

Il faut en effet que Dieu se communique à l'homme extérieurement et intérieurement ; extérieurement , parce que Ihomme a un corps et des sens, et qu'il faut guérir sa nature extérieure et se proportionner à ses

besoins; intérieurement, parce que l'homme a une ame, et qu'il faut porter le remède jusque-là , et le proportionner aux besoins de cette nature spirituelle. Par là nous sommes régénérés dans notre double nature spirituelle et corporelle, et l' homme nouveau devienttout en nous; jusqu'à ce que nous puissions dire dans l'éternité , lorsque le mystère de notre transformation sera pleinement accompli : ce n'est plus moi qui vis, c'est Jésus- Christ qui vit en moi.

Et maintenant, afin de donner une connaissance plus précise de la grâce, nous répéterons avec les Théologiens catholiques, que la grâce est un secours surnaturel que Dieu accorde gratuitement à l'homme en vue des mérites de Jésus-Christ , pour nous faire opérer notre salut . Nous venons de dire en quoi consiste ce secours et comme il *se diversifie suivant nos besoins. Tantôt c'est une lumière, un enseignement qui éclaire notre esprit; tantôt c'est un mouvement intérieur, un exemple qui détermine notre volonté et la porte au bien.

Ces lumières, ces mouvements, ces forces, ces impressions , ces opérations intérieures de Dieu, portent plus particulièrement le nom de grâces. En conséquence de cette notion, on distingue la première grâce et h seconde grâce. La première grâce est celle qui de pécheurs nous rend justes, et la seconde grâce est celle qui de justes nous rend encore plus justes. La grâce sacramenleUe est celle qui nous est donnée par chacun des sacrements que nous recevons. Elle produit en nous l'effet particulier que Dieu s'est proposé en instituant le sacrement qui

nous la confère. Par exemple, la grâce propre du sacre-n ment de confirmation, c'est la force qu'il communique, pour confesser la foi.

Enfin , on distingue !a grâce habituelle et la grâce actuelle. La grâce habituelle se conçoit comme une qualité qui réside en nous. C'est le Rédempteur demeurant en nous , qui , par sa présence nous rend agréables à Dieu et dignes du bonheur éternel, nous communique les vertus infuses et les dons du Saint-Esprit et qui réside en nous jusqu'à ce que le péché mortel le chasse de notre cœur. Le Sauveur lui-même nous explique en ces termes ce touchant mystère : Si quelqu'un garde ma parole, nous dit-il, nous viendrons en lui et nous demeurerons chez lui. Et ailleurs : Si quelqu'un m'aime, il demeure en moi et moi en lui.

La grâce actuelle est une opération passagère qui nous porte au bien. C'est le Sauveur qui éclaire notre esprit, qui meut notre volonté pour lui faire opérer une bonne œuvre, accomplir un précepte ou surmionter une tentation.

Toutes ces grâces ont pour objet de nous conduire au salut : elles sont autant de semences de gloire éternelle, Yoilà pourquoi on dit avec beaucoup de raison, que la moindre grâce , le moindre degré de la grâce sanctifiante , vaut mieux que tous les dons naturels, l'esprit, la science, les talents, la santé, les richesses, les dignités, les trônes. En effet, tous les dons naturels ne nous élèvent pas et ne sauraient , sans la grâce, nous élever an bonheur surnaturel ; tandis que le

raoinJre degré de la grâce, sans tous les dons naturels, peut nous y conduire. De là , ces magnifiques et profondes paroles de saint Paul : Quand je parlerais la langue des Anges, quand j'aurais la connaissance de tous les secrets de la nature et de tous les mystères de la foi, si je n'ai pas la charité, je ne suis rien, tout cela ne me sert de rien ' . Oh ! quelle estime nous devons faire de la grâce l quelle crainte nous devons avoir de la diminuer ou de la perdre !

Aussi les Saints de tous les temps l' ont-ils préférée à tout et ont-ils souffert volontiers les plus afîreux supplices plutôt que de renoncer à ce précieux trésor. Au moment où nous écrivons ces lignes, il existe de cet amour de la grâce sanctifiante un exemple si édifiant , que nous aurions des reproches à nous faire si nous ne lui donnions pas toute la publicité qui dépend de nous .

Voici ce qu'écrit un missionnaire de la Chine. Durant la persécution de 1805, seize personnes, parmi lesquelles se trouvaient trois femmes, trois Tartares de la famille impériale et un mandarin , furent envoyés en exil. Tous ont soutenu généreusement le poids de la persécution et ont persévéré dans la foi. Trois autres furent condamnés à porter la cangue et eurent la croix gravée avec un fer chaud sous la plante des pieds, pour les forcer à marcher dessus. Deux sont morts depuis long-temps, en vrais Martyrs; le troisième vit encore, il porte la cangue depuis trente ans î ! il se nomme Pierre Tsay , son nom est précieux à conserver , car

^ I Jd Cor. c. xni.

plus tard, j'en ai la confiance, ce sera le nom d'un Martyr. Cette seule parole «je renonce à ma Religion ! » parole qu'on s'est efforcé mille fois, et vainement, de lui arracher, suffirait pour le délivrer de l'instrument de son supplice et le rendre à la liberté ; mais par la grâce de Dieu, il a toujours été et il sera, nous l'espérons, inébranlable dans la foi jusqu'à son dernier soupir. Il a été placé dans une prison située à une des portes de la ville de Pékin, de manière à ce que tous les passants puissent l'apercevoir et contempler en lui un exemple de la sévérité à laquelle doivent s'attendre ceux qui seraient disposés à embrasser la foi de Jésus-Christ. Ce vénérable athlète de la Religion demeure inaccessible aux promesses et aux menaces des persécuteurs. Rien de plus édifiant que de voir le contentement qu'il éprouve dans sa cruelle position . Les âmes pieuses vont souvent le visiter pour s'édifier, l'encourager et lui procurer tous les soulagements qu'il peut recevoir. Ce supplice si long et si douloureux, et la facilité avec laquelle il pourrait s'en délivrer en apostasiant, le rendent plus grand mille fois devant Dieu que s'il portait sa tête sur l'échafaud. Quelle belle couronne le Seigneur lui réserve dans le Ciel ! Ce confesseur de la foi est un véritable trésor pour notre chrétienté ; c'est un exemple qui parle fortement à la conscience de tous, qui fortifie les faibles, qui soutient les fervents et qui fait comprendre combien on est heureux de souffrir pour le nom de Jésus-Christ ' . Il faut savoir encore, sur la grâce, qu'elle est tout à

» Jnnales de la Prop. de la Foi , novembre 1857 , /?. 112.

{■dit gratuite . Cette vérité découle naturellement de ce que nous avons dit plus haut. En effet, c'est très-gratuitement, c'est-à-dire sans nul droit, sans nul mérite de notre part , que Dieu nous a destinés au bonheur surnaturel. Tous les moyens qu'il nous donne d'arriver à cette fin, sont donc aussi purement gratuits. Or, la grâce est l'ensemble de ces moyens. Ainsi nous ne pouvons mériter la première de toutes les grâces.

Il faut savoir de plus que la grâce ne détruit pas notre çoîonté, que nous sommes libres, parfaitement libres de lui résister. Bien plus, loin de gêner ou de détruire notre liberté, la grâce la perfectionne, la guérit et la rétablit , en nous donnant des lumières et des forces que nous n'avions pas et que nous ne pouvons avoir de nousmêmes . Le bâton qui soutient le vieillard tremblant ; le remède qui rend la santé au malade ne leur ôtent pas la liberté.

Il faut savoir encore que la grâce nous est absolument nécessaire y que sans elle, il nous est impossible de faire la moindre action, avoir une bonne pensée, prononcer le nom de Jésus d'une manière méritoire du Ciel. Enfin, il faut savoir qu'avec la grâce nous pouvons tout dans l'ordre du salut, c'est-à-dire accomplir tous les Commandements, résister à toutes les tentations et parvenir au bonheur éternel.

Tels sont les mojens que Notre Seigneur nous donne pour opérer notre salut. Les grâces intérieures et extétérieures qui composent toute la Religion , sont pour ainsi dire sa mise dans la société qu'il veut former avec nous.

Notre mise à nous, c'est notre coopération a la grâce, c'est notre bonne volonté, et cette coopération à la grâce, et cette bonne volonté, sont encore un don de Dieu. Cependant, voilà tout ce qu'il nous demande. Son divin fils nous l'a fait dire par ses Anges, dans le beau Cantique qu'il leur ordonna de chanter, pour annoncer sa naissance au monde : Gloire à Dieu dans les hauteurs des Cieux et sur la terre, paix aux hommes dé bonne volonté.

Ainsi, la Religion ou la société de l'homme avec Dieu consiste, de la part de Dieu, dans la grâce; de la part de l'homme, dans la bonne volonté. Le bénéfice sera, pour Dieu, la gloire ; pour l'homme, la paix sur la terre et dans l'éternité. Telles sont les conditions et les fruits de cette admirable société. Voici quelle en est la nature.

Dieu donne à l'homme la première de toutes les grâces, sans même que l'homme la lui demande, c'est ce qu'on nomme la grâce prévenante. Oui, il est vrai. Dieu nous a aimés le premier ! Avec cette grâce l'homme peut agir et surtout prier pour obtenir de nouvelles grâces ; car la prière est comme la clé de tous les trésors du Ciel. L'homme est obligé de s'en servir pour puiser dans cette riche caisse des dons divins et y prendre ce qui lui est nécessaire , afin de continuer les opérations de sa société avec Dieu.

Delà, l'indispensable nécessité delà prière. Aussi, tous les peuples ont prié, même les Payens. De là , ce précepte du Sauveur : Il faut toujoursprier et ne jamais cesser ' .

1 Luc. xviii. 1.

La prière, s'il est permis de le dire , doit être à notre ame ce que la respiration est à notre corps. L'air qui nous environne et qui est destiné à nous faire vivre, entre dans nos poumons . Quand il les a rafraîchis et fortifiés nous le repoussons; un air nouveau lui succède, à celui-ci un autre; ainsi s'entretient la vie de notre corps : de même doit s'entretenir la vie de notre ame. Par la prière nous attirons en nous la grâce destinée à éclairer notre esprit, à fortifier notre volonté, en un mot à nourrir notre ame d'une nourriture surnaturelle et divine. Cette grâce produit son effet ; nous prions de nouveau , une autre grâce succède à la première ; à celle-ci une autre encore, et notre ame continue de vivre.

Or, pour conserver la vie du corps nous avons besoin de toujours respirer; de même, pour conserver la vie de notre ame, nous avons besoin de toujours prier. On prie toujours en aimant toujours Dieu, en désirant toujours la justice, en faisant toutes ses actions dans la vue de plaire à Dieu. Vous cessez de prier, dit saint Augustin, si vous cessez d'aimer. La prière continuelle, commandée par le Sauveur et réclamée par les lois de notre société avec Dieu, est donc un désir continuel de lui plaire et de faire en tout son aimable volonté.

Sans doute, il ne nous est pas possible, dans cette vie mortelle , de penser toujours à Dieu ; mais il faut que son amour et le désir de lui plaire subsistent toujours dans notre cœur. Une comparaison rendra sensible cette vérité. Il en est de l'amour de Dieu et du désir de lui plaire, par conséquent de la prière continuelle, comme

de l'amour des choses d'ici-bas et du désir de leâ acquérir. Quoiqu'un avare ne pense pas toujours à amasser des richesses, cependant l'amour et le désir des richesses vit toujours dans son cœur, c'est à ce but qu'il rapporte toutes ses entreprises. De même, quoique nous ne puissions pas penser sans cesse à Dieu, le désir de lui plaire doit régner toujours dans notre cœur et être le principe de tout ce que nous faisons. L'amour de Dieu est un feu qui doit brûler continuellement dans notre cœur, comme dans l'ancienne Loi il était ordonné que le feu demeurât toujours allumé sur l'autel des holocaustes et que les Prêtres y missent du bois chaque matin, de peur qu'il ne s'éteignît.

Pour entretenir en nous ce feu divin et cette prière continuelle, il faut les ranimer souvent par des prières particulières, courtes ou longues, mais toujours ferventes. Les temps dans lesquels on doit s'apphquer plus particulièrement à la prière , sont : le matin et le soir, avant et après le repas, les jours de dimanche et de fête; lorsqu'on est tenté ou exposé à quelque danger; lorsqu'on doit former quelque entreprise. Il est encore très-utile de prier de temps en temps dans la journée , à l'exemple des premiers Chrétiens qui priaient très-souvent, et à l'exemple de David qui louait Dieu sept fois le jour et qui se levait même la nuit pour prier. C'est sur ce modèle que l'Église a réglé les prières qu'elle prescrit aux Ecclésiastiques, et elle souhaite que les laïques mêmes s'y conforment autant qu'ils peuvent. On voyait autrefois des rois et un grand nombre de Chré-

liens engagés dans le monde , réciter leur office chaque jour.

Ainsi, par la prière, nous attirons Dieu en nous et nous reportons notre ame en lui, ornée des mérites produits par les grâces précédentes. Ces mérites nouveaux sont un titre à des faveurs nouvelles; car celui qui profite bien des grâces qu'il reçoit, acquiert en vertu des promesses de Dieu, un droit à d'autres grâces. Venons aux différentes sortes de prières.

On distingue deux sortes de prières , la prière intérieure qu'on appelle aussi mentale et la prière extérieure qu'on appelle vocale. La prière intérieure est une prière qui se fait au fond du cœur sans prononcer aucune formule déterminée ; elle consiste à appliquer son esprit à de salutaires pensées et à embraser son cœur par de pieuses affections et de saintes résolutions. La prière intérieure, prise dans un sens général , est d'obligation, Dieu lui-même en prescrit f exercice dans la Loi ancienne. Les Commandements que je vous donne, dit-il aux Israélites, seront gravés dans votre cœur, vous les méditerez étant assis dans vos maisons et marchant dans le chemin, quand vous serez couchés dans votre lit et quand vous vous réveillerez ' . Et David, dans le premier psaume, marque comme un caractère de l'homme juste, de méditer jour et nuit la Loi du Seigneur. La prière intérieure procure de bien précieux avantages.

l"" Rien de plus propre à nous faire haïr et détester le péché. Ce qui fait croupir les pécheurs dans leurs

j Deut. VI. 6,

mauvaises habitudes , c'est qu'ils ne rentrent point en eux-mêmes et qu'ils ne réfléchissent pas sur la misère de leur état ; 2° elle contribue puissamment à nous faire croître dans l'amour de Dieu et dans toutes les vertus chrétiennes : David témoigne que dans la méditation son cœur s'était embrasé ; 3"* elle nous aide à résister aux tentations du démon , en fixant notre esprit sur les promesses et les menaces de Dieu , et sur les autres vérités de la Religion . De là ce mot de Gerson , devenu célèbre dans l'Église : A moins d'un miracle, il est impossible de se sauver sans la prière mentale.

Du reste, chacun peut prier mentalement. Dieu n'en aurait pas fait un précepte à son peuple, si tout le monde n'en était pas capable. Il n'y a personne qui ne pense et qui ne réfléchisse aux choses qui l'intéressent. Les esprits les plus bornés pensent sans peine à ce qu'ils aiment. Les personnes les plus simples peuvent réfléchir sur elles-mêmes et s'exciter à la pratique de la loi de Dieu. Une faut pour cela qu'aimer Dieu et désirer sincèrement son salut.

La seconde espèce de prière est la prière extérieure ou vocale. Elle est ainsi appelée parce qu'on la fait de bouche en prononçant des paroles déterminées, comme l'oraison dominicale, les psaumes, ou d'autres formules semblables . La prière intérieure doit accompagner la prière vocale ^ sans cela on ne prie pas véritablement. Ce peuple m'honore du bout des lèvres y dit le Seigneur, mais son cœur est loin de moi '.

« Matth. XV. 8.

Nous sommes obligés de faire des prières vocales pour plusieurs raisons : 1° parce que Notre Seigneur nous l'a commandé en nous prescrivant de réciter l'oraison dominicale, et que l'Eglise nous en donne l'exemple, car dans tous ses offices elle emploie des prières vocales ; 2° parce qu'étant composé de corps et dame, il faut que notre corps concoure à sa manière à glorifier et à louer Dieu; 3^ parce que notre ame est tellement dépendante des sens, surtout depuis le péché, que nous avons communément besoin de prononcer ou d'entendre prononcer des paroles pour nous aider à former de bonnes pensées et à nous élever à Dieu; 4-° la prière vocale es* nécessaire pour édifier le prochain et pour entretenir le culte extérieur de la PiCligion.

Les principaux abus qu'il faut éviter dans les prières vocales, sont la routine, la distraction, la précipitation, le défaut de modestie.

Les principales qualités de la prière , sont d'abord les vertus contraires aux défauts que nous venons d' indiquer, et ensuite l'humilité, la confiance, la persévérance, et la foi au nom de Jésus-Christ .

Les effets de la prière , sont de nous obtenir tout ce qui nous est nécessaire pour le corps et pour l' ame. Dieu s'est engagé par serment à ne rien refuser à la prière : Quoi que ce soit que {^ous demandiez avec foi dans la prière, cous V obtiendrez. En vérité, en vérité, je vous le dis, tout ce que vous demanderez à mon Père en mon nom , il vous le donnera ' .

î 3!afth. XXI. 22. etc.

Voici trois obstacles qui s'opposent au succès de la prière : demander dans de mauvaises dispositions, demander de mauvaises choses, demander mal.

Tel est l'admirable moyen que Dieu a donné à l'homme pour obtenir de lui tout ce qu'il voudrait : que r homme soit fidèle à prier , et le saint commerce de la Religion s'entretient entre lui et Dieu, et l'homme s'enrichit et Dieu est glorifié; et le Rédempteur obtient le butqu' il s'est proposé en s'incarnant et en se communiquant à l'homme.

Voilà pourquoi les premiers Chrétiens priaient beaucoup ; voilà pourquoi tous les Saints ont beaucoup prié. Imitons leur exemple ; aussi bien qu'à eux la prière nous est nécessaire.

PRIÈRE

Omon Dieu! qui êtes tout amour, je vous remercie de nous avoir donné tant de grâces intérieures et extérieures; faites que nous soyons fidèles à la prière, afin d'attirer de plus en plus vos bénédictions et vos faveurs .

Je prends la résolution d'aimer Dieu par-dessus toute chose, et mon prochain comme moi-même pour l'amour de Dieu ; et , en témoignage de cet amour , je ferai un peu de méditation tous les jours .

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